dimanche 28 mai 2017

Le Coin des libraires - #53 Clarissa & La peur de Stefan Zweig

Mon adoration pour cet écrivain qu'était Stefan Zweig n'est plus à prouver, ce n'est donc pas étonnant si j'écris cet article sur le roman inachevé Clarissa et le recueil de nouvelles intitulé La peur 

  • Clarissa (1981, publication posthume)


Retrouvé dans des manuscrits après la mort de l'auteur, Clarissa est une véritable pépite, un roman qui réfléchit sur la position d'une femme par rapport à la société (Clarissa qui est une fille de militaire est élevée dans une optique de travail, d'émancipation, et non pas dans la vision archaïque de la femme qui doit se marier et dépendre d'un homme), mais c'est aussi un livre sur la vision de Zweig sur la Première Guerre mondiale. 

« Le monde entre 1902 et le début de la Seconde Guerre mondiale, vu à travers les yeux d’une femme » : ainsi Stefan Zweig résumait-il le thème de ce roman, entrepris dans les derniers temps de sa vie et retrouvé dans ses archives.
Clarissa, fille d’un militaire autrichien, est née en 1894. À l’aube du premier conflit mondial, elle rencontre à Lucerne, en Suisse, un jeune socialiste français, Léonard, qui n’est pas sans évoquer Romain Rolland. La guerre les sépare, mais Clarissa attend un enfant.
Dans l’Europe déchirée, en proie à l’hystérie nationaliste, son acceptation de cette maternité va devenir, plus qu’une décision personnelle : un destin et un symbole.
Une œuvre testamentaire où le grand écrivain autrichien résume, de façon poignante, son idéal humaniste et son désespoir.


Dès le début du livre, je suis entrée dedans - ce qui m'arrive vraiment toujours avec cet auteur ! -, la vie de Clarissa m'a énormément intéressée - pour ne pas dire passionnée. Étant un roman inachevé, l'histoire ne s'arrête pas du tout à l'aube de la Second Guerre mondiale, mais au début des années 1920. 

Je pense que ce que j'ai préféré dans ce livre est la vision que porte l'auteur sur le premier tiers du XXème siècle. J'ai vraiment eu le sentiment que Zweig exprimait son point de vue à travers le professeur Silberstein - c'est une interprétation personnelle, pas une vérité générale, il est donc possible que je me trompe - et même si on ressent que ce personnage prend part durant la guerre avec le fait que son fils se retrouve au front, etc. on sent bien qu'après il la rejette et voit la guerre comme une bêtise - pourquoi un allemand et un français s'entretuent, ne sont-ils pas tous deux des hommes ? 

J'ai aimé la façon dont la vie de Clarissa est liée à l'Histoire. Sa vie comme celle de beaucoup d'autres s'est trouvée être largement bouleversée et Zweig décrit parfaitement bien les déboires des êtres et leurs sentiments les plus profonds - cet homme est une perle littéraire, que dire d'autre ? 


Cela fait quelques semaines que j'ai lu ce livre maintenant, et vraiment, il m'obsède. Comme je ne savais pas que c'était une oeuvre inachevée, j'ai été prise de cours lorsque que je suis arrivée à la dernière ligne parce que ça ne peut pas s'arrêter de cette façon, ce n'est tout simplement pas possible. J'y ai bien réfléchi et je pense que là où Zweig s'est arrêté est littéralement le pire moment, ça y est, elle a enfin des nouvelles de Leonard, après tout ce qu'il s'est passé elle a des nouvelles, et après ? Rien, rien, enfin si, mais c'est un secret que l'auteur a emmené avec lui, malheureusement. 
Depuis, je ne fais que me poser des questions, Clarissa serait-elle morte au début de la Seconde Guerre mondiale ? A-t-elle été heureuse ? Est-elle restée auprès de son "mari" ? Je n'ai plus que des questions et c'est vraiment horrible, savoir qu'il n'existe aucune réponse possible parce que même en l'inventant, ce ne serait jamais la même que celle que l'auteur avait en tête. 

Mais je ne regrette pas une seule seconde de l'avoir lu, j'ai pris un énorme plaisir et je le place aisément sur le même banc que Vingt-quatre heures de la vie d'une femme ou même Le Voyage dans le passé. Je le relirai certainement un jour, mais plus tard, quand je ne serais plus tourmentée par cette obsession de non finalité.


"Il faut que je m’occupe. Mon agitation ne cesse que lorsque je suis occupé. Alors, je n’ai plus peur. Car la peur de la solitude est plus nocive que le poison. Mieux vaut travailler que de vivre cela. Quand je sais que l’agitation me guette, je me mets à courir pour qu’elle ne puisse m’attraper."

Stefan Zweig, Clarissa.




Clarissa & La peur de Stefan Zweig (édition Le Livre de poche).



  • La peur (1925)



La peur est un recueil de six nouvelles - que j'ai personnellement trouvé plutôt inégales. Celle qui ouvre donne son nom au recueil, La peur. Dans cette nouvelle, il va être question d'une femme mariée (avec un train de vie relativement aisé grâce à son mari) qui a une liaison avec un homme. J'ai énormément aimé cette nouvelle, la façon dont Zweig décrit la peur qui s'immisce et vient étouffer cette femme, Irène Wagner, qui n'ose plus vivre, de peur de recroiser sa bête noire, de peur d'être découverte et de tout perdre. La façon dont l'auteur joue avec ses personnages est une fois encore remarquable, à la fin de la nouvelle, on se demande finalement qui a le plus trompé l'autre, ce petit jeu était-il réellement cruel ou bon enfant ?


Ensuite, on trouve la nouvelle Révélation inattendue d'un métier qui n'a pas particulièrement fait mouche avec moi. Je l'ai trouvé moins prenante. Bien sûr la patte de l'auteur est bien là, mais son style m'a bien moins ébloui que pour d'autres, tout simplement.
Je l'ai trouvé "en-dessous" comparé aux autres nouvelles qui forment ce recueil, comme Leporella qui m'a beaucoup touché ainsi que La femme et le paysage qui est particulièrement bien écrite dans ses descriptions. Ces deux-là m'ont enchanté et j'ai été heureuse de découvrir d'autres textes de cet auteur et surtout de les aimer.


"Quoi, que m’était-il arrivé ? Il me semblait sortir des bras de la mort. Etait-ce la fièvre qui m’avait troublé à ce point que je m’étais perdu dans le regard fugitif d’une passante ? Mais j’avais cru y lire cette même frénésie silencieuse, cette langueur désespérée, cette soif avide et insensée, qui m’apparaissait partout, dans le regard de la lune rouge, dans les lèvres altérées de la terre, dans le cri tourmenté des bêtes, la même qui s’agitait et brûlait en moi."

Stefan Zweig, La peur, nouvelle : La femme et le paysage.



Mon périple dans la bibliographie de Stefan Zweig n'en est encore qu'à ses prémisses, et je suis ravie rien qu'à l'idée de savoir qu'il me reste encore beaucoup à découvrir. Il y a de ces auteurs pour lesquels il faut prendre son temps, ne pas se brusquer et attendre qu'ils se déversent lentement sur soi avant de poursuivre l'exploration de leurs oeuvres, cet auteur là en fait partie pour moi.






mardi 9 mai 2017

Le Coin des libraires - #52 Les Dieux du tango de Carolina de Robertis

J'ai eu l'immense chance d'être contactée par les éditions du Cherche midi afin de me proposer un roman qui paraîtra le 18 mai prochain : Les Dieux du tango de Carolina de Robertis. Je remercie une fois encore la maison d'édition pour ce roman, je l'ai beaucoup aimé.

Quand je l'ai reçu je dois dire que je ne m'attendais pas à ce qu'il soit aussi gros (plus de 500 pages) et j'avais peur de ne pas avoir suffisamment de temps pour le lire et publier mon avis dessus avant sa sortie, mais en fait non, je l'ai commencé deux jours après l'avoir reçu et je l'ai dévoré tellement l'écriture est agréable, fluide et l'histoire addictive. 

Les Dieux du tango est un livre unique en son genre - en tout cas j'ai beau chercher je n'arrive pas à le rapprocher d'un livre que j'aie lu. Le sujet abordé est novateur non pas dans son idée (l'émancipation de la femme), mais dans sa réalisation (comment Leda s'émancipe de sa condition de femme). 

Février 1913. Leda a dix-sept ans. Elle quitte son petit village italien pour rejoindre en Argentine son cousin Dante, qu’elle vient d’épouser. Dans ses maigres bagages, le précieux violon de son père.
Mais à son arrivée, Dante est mort. Buenos Aires n’est pas un lieu pour une jeune femme seule, de surcroît veuve et sans ressources : elle doit rentrer en Italie. Pourtant, quelque chose la retient… Leda brûle d’envie de découvrir ce nouveau monde et la musique qui fait bouillonner les quartiers chauds de la ville, le tango, l’envoûte. Passionnée par ce violon interdit aux femmes, Leda décide de prendre son destin en main. Un soir, vêtue du costume de son mari, elle part, invisible, à travers la ville.

Elle s’immerge dans le monde de la nuit, le monde du tango. Elle s’engage tout entière dans un voyage qui la mènera au bout de sa condition de femme, de son art, de la passion sous toutes ses formes, de son histoire meurtrie. Un voyage au bout d’elle-même.

Une fois que Leda a quitté sa patrie natale (l'Italie) et rejoint le Nouveau Monde à Buenos Aires plus précisément, elle se retrouve confrontée à la solitude, à l'étrangeté. Arrivée seule, elle restera seule puisque son mari est mort. La voilà nouvelle dans un lieu qu'elle ne connaît pas et dont on ne cesse de lui répéter qu'il est dangereux pour les femmes. Pourtant, Leda ne va pas se laisser abattre et elle ne réfléchira jamais vraiment au fait de retourner auprès de sa famille en Italie, pis, il n'en est pas question pour cette presque femme qui se retrouve veuve et encore vierge à dix-sept dans un autre continent que le sien. 

Leda, c'est la femme de courage, celle qui tente le tout pour le tout pour réaliser ses rêves, pour vivre comme elle le souhaite, elle est l'image même de l'expression "on ne vit qu'une fois", même si elle doit mourir pour faire ce qu'elle aime, alors soit, parce que ne pas faire ce qu'elle aime, c'est mourir. 
Cette image est d'autant plus véridique dès l'instant où elle découvre le tango et les interdits qui vont avec, mais elle va persévérer, quitte à devenir un autre qu'elle-même. 

J'ai autant adoré l'ambiguïté du personnage de Leda qu'il m'a dérangé. L'auteure joue énormément sur le dédoublement d'identité - le parallèle fait avec sa cousine Cora le montre d'ailleurs bien, Leda n'est pas plus Leda que Dante, mais elle devient Cora celle qui voulait s'émanciper de ses parents, qui voulait vivre. On a plusieurs identités qui s'entrechoquent en un seul et même personnage et j'ai trouvé ça vraiment très intéressant. Mais ça m'a dérangé dans le sens où parfois je ne trouvais pas ça réellement plausible, je pense notamment aux rapports sexuels entre Leda et Carmen, mais le plaisir de la lecture a pris le dessus et je suis passée outre.

Les Dieux du tango, Carolina de Robertis, édition Cherche midi.

Parallèlement à toute cette histoire d'émancipation, il y a l'histoire du tango, bien évidemment, mais aussi celle de l'immigration à Buenos Aires au début du XXème siècle. L'auteure s'attache à décrire les conventillos où la plupart des immigrés vivaient les uns sur les autres, sans possibilité d'intimité à moins de gagner un bon petit paquet d'argent. J'adore découvrir de nouveaux horizons quand je lis un livre et j'ai été servi avec Les Dieux du tango parce que j'ai vraiment eu le sentiment d'être projeté en Argentine lors de ma lecture, je me voyais dans les rues à l'aube, lorsque Leda sort du cabaret, le Leteo après avoir passé toute la nuit à jouer du violon ou encore lorsqu'elle entre dans sa chambre-placard qui sent le moisi, mais dont elle doit se satisfaire pour ne pas que quiconque apprenne son secret. 

Et puis forcément, il y a le tango, ce qui est quand même au centre de l'oeuvre (et dans le titre aussi donc bon). C'est un réel coup de foudre entre Leda et le tango, cette musique envoûtante qui en est à ses prémisses. Bien sûr, le sexe de Leda va d'abord brider son envie d'apprendre à jouer, de se produire devant un public : elle est une femme, elle ne peut pas jouer de cette musique qui est réservée aux hommes, tout au plus, elle peut danser - et encore ! On s'en doute, Leda ne va pas se laisser faire et elle va aller plus loin, elle va relever le défi de devenir musicienne et de jouer du tango sur une scène, reste à savoir comment ça se va terminer ! 

Il y a aussi ce que j'ai appelé des "égarements" dans le livre, on suit des personnages secondaires, que Leda va croiser à un moment dans sa vie pendant plus ou moins longtemps comme cette femme avec qui elle fait la traversée en bateau et dont on va avoir accès à ses sentiments sur un très court moment puis plus rien, même chose pour l'homme qui va jouer avec elle pour la première fois, Nestore ou même pour le chef du groupe, Santiago (qui est absolument génial !). J'ai bien aimé saisir les sentiments de personnages que l'on rencontre furtivement, à la volée pour les voir disparaître définitivement, c'est un bon résumé de la vie en elle-même, des connaissances et des oublis. 

L'amour pour le tango est perceptible du moment où Leda le découvre jusqu'à la fin de l'oeuvre, le tango est ce qui la maintient en vie et rend sa vie tout à fait unique. C'est ce qui rend l'histoire aussi intéressante également, au même titre que ce terrible secret bien enfoui au sujet de Cora. 

Les Dieux du tango a été une bonne découverte pour moi, j'ai facilement senti l'atmosphère de la ville grâce à de bonnes descriptions et de belles rencontres. Ce livre interroge aussi sur la place de la femme dans la société (par le biais de l'héroïne, mais aussi avec les autres femmes qui sont couturières, danseuses ou alors prostituées), mais aussi sur l'homosexualité. 
La conclusion est pas mal, même si je l'ai trouvé un peu injuste et peut-être trop rapide (?), elle repose sur l'acceptation plutôt que sur le rejet, chose que Leda a toujours connu et que Dante a réussi à repousser.



"C’est ce qui arrive aux mélodies : elles se perdent dans l’air, comme les souvenirs. Et comme le corps. Les souvenirs, les mélodies et le corps disparaissent après notre mort. Mais un instrument n’a rien à voir avec un corps mortel. Oh non. Comme l’âme, l’instrument reste."

Carolina de Robertis, Les Dieux du tango







mardi 2 mai 2017

Le Coin des libraires - #51 Les cafards (#2 Harry Hole) de Jo Nesbø

Contrairement à ce que j'ai écrit dans mon article sur L'homme chauve-souris, premier volet de la saga Harry Hole de Jo Nesbø, j'ai eu le temps de lire le tome 2, Les cafards durant le mois de mars - je sais, j'ai encore beaucoup de retard sur mes publications ! 


Après avoir découvert l'Australie dans le tome I, c'est désormais la Thaïlande que Jo Nesbø nous fait visiter à travers les yeux de son héros. Une fois encore, j'ai pu découvrir un pays à travers un roman et définitivement, je dois dire que j'aime assez le principe. 


L’ambassadeur de Norvège en Thaïlande est retrouvé mort dans un bordel de Bangkok, un poignard planté dans le dos et une valise au contenu sulfureux en sa possession. De quoi nuire, de quoi faire très mal… Un meurtre aux allures d’affaire d’État, qui ne doit pas être ébruité. Harry Hole, inspecteur de la police d’Oslo, est choisi pour résoudre l’enquête en toute discrétion. Mafia, commerce du sexe, secrets d’État et drame personnel sont autant de pistes suivies par l’inspecteur scandinave. Une seule certitude, il va devoir affronter un meurtrier rusé et méthodique, qui défie la police et se prépare à commettre de nouveaux crimes.



Comme dit plus haut, j'ai pris énormément de plaisir à découvrir la Thaïlande, la ville de Bangkok et son atmosphère. Je pensais enfin découvrir la Norvège et Oslo plus précisément, mais ça n'a pas été le cas. Ça ne m'a pas déplu que l'action se passe dans un autre pays, je me dis qu'il me reste encore huit tomes pour rencontrer - renouer avec ? - le quotidien de notre héros. 


Cette fois-ci, l'histoire est entourée de tout un tissu diplomatique dont on ne pourra pas se défaire pendant toute la durée du roman. J'avoue, j'ai vraiment accroché à l'intrigue, mais toute cette histoire de diplomatie, des Affaires étrangères ne m'a pas particulièrement intéressé - faut dire que dès que ça touche la politique, généralement, je fuis !
Après, je comprends tout à fait qu'il fallait bien trouver une raison à la venue d'un policier norvégien en Thaïlande, c'est simplement que je suis moins emballée dès qu'il s'agit de ce type d'histoire. 

Pour le reste (de l'intrigue), la traque en elle-même est addictive, on s'empêtre avec Harry dans toutes sortes d'investigations qui se révèlent plus infructueuses les unes que les autres, et pourtant ! Je reprochais à l'auteur d'être resté trop longtemps focalisé sur la même personne dans le premier tome, je trouvais que ça nuisait vraiment à l'enquête et du coup à l'avancée de la lecture, mais cette fois-ci l'auteur a fait le contraire - ceux qui ont lu ce tome comprendront !

Les cafards de Jo Nesbø, édition Folio policier.


Du point de vue des personnages, j'ai bien accroché avec Liz et donc je trouve dommage qu'elle vive en Thaïlande et non pas en Norvège, j'aurais aimé la revoir. 
Harry, l'archétype du héros torturé l'est toujours autant, et en même temps, il faut dire qu'avec ce qu'il se passe dans sa vie (sa soeur...), c'est compréhensible qu'il perde pied. Franchement je trouve que Lehane est assez dur avec ses personnages, mais quand je vois Nesbø avec Harry, je me dis qu'en fait il est plutôt tendre ! L'auteur norvégien fait tellement morfler son personnage qu'on ne peut que le plaindre, même si je dois dire que je n'aime pas trop le fait que l'auteur profite du temps passé entre ses livres pour faire en sorte qu'Harry retombe dans l'alcool - c'est un peu trop facile... 
Après le premier tome, malgré les événements survenus en Australie, on peut supposer qu'Harry va peut-être réussir à remonter la pente, mais non, on apprend au début du tome II qu'Harry a repris la bouteille, mais qu'il essaie d'arrêter. Ce n'est donc pas un ivrogne qu'on retrouve, mais un homme qui essaie tant bien que mal de se désintoxiquer. 

Enfin, pour ce qui est du style de l'auteur, je dois dire qu'il est toujours aussi agréable, j'ai passé un bon moment avec ce tome comme avec le précédemment parce que ça se lit formidablement bien ! On ne remarque pas les pages qui se tournent et on a qu'une envie : en savoir plus (en grande partie grâce à Harry faut bien le dire !) et c'est un vrai plaisir. 

Je ne pensais vraiment pas avoir le temps de lire ce livre durant le mois de mars et pourtant, pourtant, l'envie a pris le dessus et il a été lu en trois petits jours, ce qui révèle bien du niveau d'addictivité. 
Je suis pressée de lire le troisième tome, avec un peu de chance je pourrais le lire au mois d'avril juste avant mes partiels - j'aimerais beaucoup, mais si je ne dis pas de bêtise, le tome III est significativement plus long. 








samedi 22 avril 2017

Le Coin des libraires - #50 L'Epouvanteur : Tome XIII La revanche de l'épouvanteur de Joseph Delaney

Enfin ! voici le premier mot qui m'est venu lorsque ce livre est arrivé entre mes mains.
Voilà plus d'un an que ce livre était attendu par beaucoup de monde et voilà qu'il est enfin là, que la saga de l'Epouvanteur est désormais terminée. 

J'ai mis tellement de temps à le lire, je voulais tellement prendre mon temps et le savourer, ne pas me jeter dessus comme je le fais généralement. J'ai mis deux semaines à le lire (tout en lisant d'autres livres à côté) j'ai réussi à me retenir pendant deux semaines et puis quand il ne me restait plus qu'une cinquantaine de pages je l'ai dévoré.

Maintenant c'est fini. Je suis un peu triste de quitter l'atmosphère qui transpire de cette saga, de quitter une sorte de famille constituée au fil des tomes. J'ai appris au milieu de ma lecture que l'auteur a prévu d'écrire une trilogie faisant suite à l'Epouvanteur, que les deux premiers tomes sont déjà parus en Angleterre donc, il faudra probablement attendre l'année prochaine pour l'avoir en français - si Bayard décide de les publier !


Il y a plus de deux ans maintenant, j'avais écrit un article sur les trois premiers volets, mais par manque de temps (et d'envie probablement aussi) je n'ai pas continué à écrire mes avis dessus. Cette fois il s'agit du dernier, et ça me paraît être une excuse suffisante pour vous en parler.
Pas besoin de résumé, ceux qui sont au tome XIII savent de quoi je parle, pour les autres, je vous conseille vivement de ne pas lire la suite de cet article.

La Revanche de l'Epouvanteur (tome XIII), Joseph Delaney, Bayard jeunesse.

Nous y sommes, Tom va devoir réaliser le rituel pour se débarrasser définitivement du malin, ce rituel qui consiste à tuer Alice. Au début de ce volet, c'est la seule chose que j'avais en tête : comment Tom allait-il réussir à se départir de cette obligation ? que pouvait être l'autre solution ?
Rapidement, ça n'a plus été ma question principale, elle a été balayée par beaucoup d'autres, dont une en particulier, comment Joseph Delaney a pu faire ça a Tom et Alice ? Pourquoi est-elle devenue comme ça aussi rapidement ? Le jeune Tom devenu grand m'a fait énormément de peine par le fait de se retrouver balayé de cette façon par le mage Lukraste, c'est dur à avaler. Mais qu'il se rassure, ça l'est tout autant pour nous, lecteurs, qui l'avons vu tomber amoureux et protéger son amie quoi qu'il arrive.

Tout s'enchaîne extrêmement vite, l'écriture est toujours fluide, l'auteur ne s'étale pas, il nous dit ce qu'il faut et c'est tout. Peut-être que mon problème est là. Quand j'ai vu que le livre fait en gros 340-350 pages, je me suis dit que ça me paraissait court pour boucler le tout et je ne me suis pas trompée.
Qui dit la fin de la saga dit affrontement final, la bataille, celle qui doit mettre fin à tout. Bon d'accord, dès le début les choses ne se passent pas comme prévu (par rapport à Alice justement, mais aussi pour Grimalkin par exemple), mais ça n'empêche que la bataille doit être extraordinaire, elle doit être la plus grande que l'on n'ait jamais vue.

Finalement, cette bataille tant attendue m'a laissé sur ma faim, tout s'enchaîne trop vite après le premier affrontement entre Grimalkin et l'autre sorcière tueuse. Tout s'enchaîne et paraît malheureusement trop simple et du coup bah voilà, en quelques pages, elle est terminée.

C'est vraiment dommage parce que j'attendais tellement de ce volet, et cet affrontement est le gros point noir, elle apparaît comme la seule façon de conclure la saga (par le biais du personnage de Grégory) et c'est tout. Pourquoi en avoir fait tellement ? Mais aussi et surtout, j'ai trouvé le lieu trop mal exploité. Quand on sait qu'à chaque début de livre on a un paragraphe énigmatique au sujet de la pierre des Ward, bah au final je n'ai pas eu l'impression d'en apprendre beaucoup plus là. Pourquoi ce lieu et pas un autre quand on regarde avec du recul ? Pourquoi cet en-tête énigmatique à chaque fois si c'est "seulement" parce que c'est le lieu où le malin doit être détruit ?

Bon heureusement, tout au fil du livre l'auteur nous confirme bien qu'il y aura une suite, par exemple lorsque Lukraste l'envoie dans le futur et qu'un nouveau nom apparaît sous celui de Tom dans sa chambre d'épouvanteur, ou même Alice disant à Tom qu'ils se reverront. C'est une consolation de savoir que ça n'est pas terminé, ça n'aurait pas pu s'arrêter de cette façon, ça aurait été horrible, surtout quand l'on sait qu'un nouveau mal se lève.

Tout ce qu'il y a à dire est que ce tome reste quand même génial parce que forcément la magie opère toujours. Tom est vraiment un de mes personnages favoris et cette saga, pouh, que dire ? elle est tellement bien !
Je suis pressée, si pressée d'avoir la suite et me dire qu'il va falloir attendre au minimum un an est horrible, mais j'ai bon espoir pour que la suite soit publiée en français et alors quand ce sera le cas, je me jèterai dessus !







vendredi 14 avril 2017

Le Coin des libraires - #49 Sacré (#3 Kenzie/Gennaro) de Dennis Lehane

Parfois, je prends des notes sur des livres, j'inscris mon appréciation seulement pour avoir une trace de ce qu'a été ma lecture. Je suis contente de l'avoir fait pour Sacré de Dennis Lehane sinon, je n'aurais jamais pu vous écrire cet article.

Nous sommes au mois de mars, j'ai lu ce roman au mois de décembre, oui, ça fait long. Comme pour la plupart des livres lus au mois de décembre, je n'ai pas eu le temps d'écrire un article dessus, mais je voulais absolument le faire pour Sacré. C'est sans doute pour cette raison que j'ai été prévoyante, et que j'ai écrit quelques phrases afin de me souvenir - chose que je n'ai pas fait pour Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otzuka ou même Home de Toni Morrison... - 

Il est grand temps d'écrire cet article, déjà parce que ma lecture s'efface un peu plus au fur et à mesure du temps, mais surtout parce que j'attends de le rédiger pour pouvoir passer au tome IV de la saga Kenzie/Gennaro que j'ai juste trop (trop) envie de lire, j'ai nommé Gone Baby Gone


Patrick Kenzie et Angela Gennaro ont affaire à un client hors du commun. Pour s’assurer leurs services, le milliardaire Trevor Stone ne trouve rien de mieux que de les kidnapper en pleine rue. Il faut dire qu’il est aux abois : son épouse est morte dans un terrible accident de voiture, il est atteint d’un cancer incurable et sa fille Désirée a disparu. Fait troublant, l’enquêteur chargé de retrouver la jeune fille a également disparu. Patrick et Angie se laissent convaincre d’accepter l’affaire et la partie de cache-cache commence. Des bureaux de l’organisation SOS détresse jusqu’à Tampa en Floride, le tandem suit une piste où ne manquent ni les rebondissements, ni les cadavres. Au bout du voyage, ils attendent quelques révélations saisissantes.

Les deux héros de Dennis Lehane reprennent du service dans une aventure à la tonalité moins sombre que les précédentes, mais au suspense tout aussi intense. Ils n’ont perdu ni leur flair, ni leur humour caustique, armes non négligeables pour survivre dans le monde pervers des milliardaires qui pratiquent l’art de la fugue et de la manipulation.


Bon, autant le dire tout de suite, cette histoire est extrêmement plaisante comme il fallait s'y attendre, néanmoins, je l'ai trouvé moins mémorable que celle des précédents volets. Lehane place la barre très haut dès le début avec son Un dernier verre avant la guerre, et son deuxième épisode, Ténèbres, prenez-moi la main est encore plus époustouflant alors forcément, il faut bien qu'à un moment l'histoire passionne moins, il faut bien que la pression retombe un peu et que les personnages soufflent, ne serait-ce que pour ne pas suffoquer. 

Je pense que j'ai trouvé cet opus un peu en dessous des précédents parce que j'ai trouvé la trame plus prévisible, plus simpliste peut-être, du moins, certaines choses paraissaient évidentes. C'est sûrement aussi parce que l'intrigue en elle-même est bien moins sombre. Faut dire qu'après les événements qui viennent conclure Ténèbres, prenez-moi la main, on a de quoi vouloir que ce soit moins compliqué pour nos deux héros - d'un point de vue professionnel comme personnel d'ailleurs. 

Il faut toujours souligner que les personnages sont merveilleusement bien construits ce qui, évidemment, rend la lecture vraiment agréable. Forcément je parle ici du duo Patrick/Angie comme toujours - je lis ces livres en grande partie pour eux deux quand même ! -, mais aussi les autres, tous ces personnages que Lehane invente et fait vivre sous nos yeux.


Sacré de Dennis Lehane, édition Rivages/Noir.


En y réfléchissant, il n'est pas beaucoup moins sombre que ses prédécesseurs. L'intrigue l'est, mais l'ambiance reste oppressante. Avec la fin du tome II, on a Angie qui a reçu une balle et l'apparition plus qu'éphémère de Phil, il est donc normal qu'au début de troisième volet les plaies soient toujours béantes et la cicatrisation paraît lente et difficile. Comme c'est le gros gros point fort de l'auteur - de créer des personnages avec une véritable psychologie - forcément ça fait mouche et il nous entraîne toujours un peu plus loin dans les questionnements intérieurs qui tiraillent nos héros.

Avec du recul maintenant, je peux dire que j'en garde un bon souvenir, moins marquant que pour les deux premiers volets, mais ça reste un souvenir agréable. J'ai passé un bon moment avec Patrick, Angie et même Bubba. Maintenant, je vais faire une petite pause dans ma lecture des Jo Nesbø pour lire Gone Baby Gone - j'essaie de lire un policier par mois -, depuis le temps que j'attends ça !

"Le chagrin, poursuivait Trevor Stone, est carnivore. Il se repaît de vous, que vous en soyez conscient ou non, que vous luttiez ou non. En cela, il ressemble beaucoup au cancer. Et puis, un beau matin, quand vous vous réveillez, il a englouti toutes les autres émotions - joie, envie, convoitise, et même amour. Alors, vous vous retrouvez seul, complètement nu devant lui. Et il prend possession de vous."

Dennis Lehane, Sacré






mercredi 5 avril 2017

Bilan - #9 Mars 2017

Le mois de mars a été un mois plutôt fructueux niveau lecture - même si je peine à faire baisser ma pile de livres à lire... - j'ai surtout lu des livres pour les cours (les trois-quarts de mes livres lus sont des livres de cours), mais j'ai aussi eu le plaisir de lire le dernier tome de la saga L'Epouvanteur de Joseph Delaney dont je vous parlerai bientôt (en tout cas j'essaierai !) ou même le tome II de la saga Harry Hole, Les Cafards de Jo Nesbø. 


  • Littérature

Comme je compte faire un article détaillé sur mes lectures personnelles du mois de mars, je vais aujourd'hui vous parler du roman Une saison de machettes de Jean Hatzfeld. Après vous avoir parlé de Dans le nu de la vie le mois dernier, je me suis dit que c'était l'occasion. 


  • Une saison de machettes de Jean Hatzfeld


Ce livre fait suite à Dans le nu de la vie. L'auteur traite toujours du même sujet : le génocide rwandais. Cette fois, il décide d'interroger non plus les rescapés mais les bourreaux eux-mêmes. C'est une tâche pour le moins délicate il faut bien le dire et la lecture de ce livre l'est tout autant. 
J'ai vraiment beaucoup aimé le premier volet qui m'a permis d'apprendre plein de choses sur l'histoire du Rwanda à la fin du XXème, mais aussi de saisir des parcelles de vies brisées, de personnes qui tentent de vivre malgré tout. Dans ce deuxième tome, je dois dire que j'émets des réserves. La démarche en elle-même est intéressante et c'est vrai qu'il est plus juste d'entendre les deux parties concernées et non pas de se cantonner aux victimes, mais qu'apprend-on finalement ? 

J'ai le sentiment d'avoir vu des chapitres se succéder sans être plus avancée dans l'explication. C'est bien simple, il n'y a aucune justification, rien. La question du pourquoi est obsédante et elle reste sans réponse jusqu'à la fin. Peut-être est-ce trop demander, peut-être qu'aucune réponse ne conviendrait, mais là, on ne peut pas se prendre d'empathie pour eux. Pour ce qu'ils ont fait à la base bien évidemment, mais aussi parce qu'ils sont incapables de se faire pardonner, il ne désire pas réellement le pardon, s'ils peuvent l'obtenir c'est tant mieux, mais c'est tout. 

Dans le nu de la vie de Jean Hatzfeld, édition Points.

Ces tueries apparaissent comme un passage de leur vie à la limite de la fantasmagorie, ça s'est passé sans que l'on sache réellement pourquoi si ce n'est que la faute revient aux autres, toujours. À ceux qui leur ont "ordonné" d'aller tuer leurs voisins, prétextant que la vie leur serait meilleure - forcément quand on vole autrui, on se retrouve plus riche. 
J'ai souvent été gêné par tant d'indifférence, par le manque de culpabilité pour certains (tous ?). 

À la fermeture du livre j'étais soulagée, je n'avais plus envie d'entendre de telles excuses, de tels propos, je me sentais plus mal encore pour ces rescapés qui ont tant souffert pour des "ordres", des "il fallait faire comme les autres". 
Lire ce livre aura été une expérience pour le moins étrange il faut bien le dire, je suis contente de l'avoir lu parce qu'il vient quand même compléter Dans le nu de la vie, mais il est certain que j'en garderai un souvenir plutôt désagréable.


« Parce que si on s’attarde trop sur la peur du génocide, on perd l’espoir. On perd ce qu’on a réussi à sauver de la vie. On risque d’être contaminé par une autre folie. Quand je pense au génocide, dans un moment calme, je réfléchis pour savoir où le ranger dans l’existence, mais je ne trouve nulle place. Je veux dire simplement que ce n’est plus de l’humain. »

Jean Hatzfeld, Une Saison de machettes.

Bilan du mois.







  • Cinéma 


J'ai vu très peu de films ce mois-ci, cinq exactement, mais ils ont tous été des films que j'ai beaucoup aimés. Celui que j'ai préféré reste Take Shelter (2011) de Jeff Nichols que je n'avais encore jamais vu et qui est juste génial - normal avec Michael Shannon dedans en même temps ! -. Il y a eu Logan de James Mangold qui est vraiment cool, même si j'aurais préféré que certains événements se passent différemment. Et puis il y a eu Split de M. Night Shyamalan dont je vais rapidement vous parler aujourd'hui. 

  • Split de M. Night Shyamalan


Dès que j'ai vu la bande-annonce de ce film l'année dernière, j'avais envie de le voir. Je dois dire d'avance que je n'ai pas été déçue, j'ai été happé par ce thriller très bien mené par James McAvoy qui livre une interprétation folle, je crois qu'il n'y a pas d'autres mots. 
Tout le début de "des filles (un peu pétasses) qui se font enlever puis séquestrer" ne m'a pas particulièrement plu, j'ai trouvé ça un bateau, mais ce n'est clairement pas le propos, l'enjeu est entièrement centré sur "les personnages" incarnés par McAvoy. 

J'ai trouvé ce film différent de ce que l'on voit en ce moment, un film qui n'a pas de prétention d'un point de vue médical (son but n'est pas de fidèlement représenter la maladie) mais il utilise plutôt une histoire peu commune pour la modifier et en faire la matière de son film à connotations presque fantastiques. Tout ce qu'il y a à dire est que Shyamalan a très bien traduit toute l'ambiguïté du personnage de McAvoy, tantôt il apparaît comme un homme inoffensif (qui voit une psychologue !) tantôt il apparaît comme un homme dangereux et sans pitié. 
Le dosage est parfait et le plaisir se retrouve décuplé. Franchement je pense que je le reverrai bientôt, je sens que je suis passée à côté de choses. 


Beaucoup semblent avoir été déçus par ce film relativement attendu, et je dois dire que je ne comprends pas vraiment pourquoi, je ne vois pas à quoi s'attendaient ces personnes et ce que le film ne leur a pas donné. 
Pour ma part j'ai beaucoup aimé ! et puis il y a cette fin qui laisse un sentiment étrange, fallait-il s'y attendre ? fallait-il en finir ? 




  • Série 

Ce mois-ci j'ai commencé la saison 2 de Love qui est enfin sortie sur Netflix. La saison 1 avait été un gros coup de coeur, alors forcément j'attendais la deuxième avec impatience. Je ne l'ai pas encore terminé (je ne veux pas trop me jeter dessus !) donc je ne vous en parlerai pas aujourd'hui mais sans doute dans un prochain article. 
J'ai regardé Marvel's Iron Fist aussi où là je suis plutôt mitigée. J'en attendais beaucoup parce que je suis pressée de voir Defenders, mais le truc c'est que je n'ai pas aimé Jessica Jones - l'épisode 1 m'a suffit - et pareil pour Luke Cage alors ça commence à être compliqué. Heureusement le personnage de Danny Rand m'a assez plu - jusqu'à une certaine mesure quand même. 

Mais aujourd'hui je vais vous parler de la série Legion qui est un gros gros coup de coeur, je pense qu'elle est l'une des meilleures séries de ce début d'année. 

  • Legion


Avec cette série on entre directement dans l'univers X-Men. Ce que j'ai adoré c'est que la série ne s'attarde pas vraiment sur tout le côté X-Men, on dirait plutôt que nos mutants font carrière en solo, loin de Charles Xavier est compagnie. On suit David (qui est le fils de Charles Xavier dans les romans) qui se trouve en hôpital psychiatrique pour schizophrénie - oui encore ! -, mais forcément il s'avère qu'il n'en est rien et qu'en réalité David n'est pas fou, il entend bel et bien des voix dans sa tête. 

S'ensuit huit épisodes tous plus intenses les uns des autres qui se terminent à chaque fois en laissant le spectateur sur le carreau. Le gros point fort de cette série outre son scénario qui est vraiment intéressant, c'est sa réalisation ! On trouve certaines séries avec une certaine prétention esthétique avec une envie de sortir de la norme visuelle en matière de série, ici on ose et c'est génial ! Chaque épisode est réalisé par une personne différente et la qualité ne descend pas parce qu'ils essaient tous de faire quelque chose d'original, de créer une vraie ambiance qui transparaît aussi bien dans les dialogues que dans l'image. 

En y repensant c'est sans doute l'une des séries les mieux abouties que j'aie eu l'occasion de voir. J'ai l'impression qu'on a tendance à aimer les séries pour leur scénario, pour ce qu'elles racontent dans ses grandes lignes, mais pas pour ce qu'elles montrent visuellement, pas pour ce qu'elles racontent entre les lignes. Ici, c'est un mix des deux, le scénario se trouve être renforcé par une réalisation qui renforce du coup aussi le scénario, l'un ne va pas sans l'autre comme on le voit dans les bons films. 


À peine terminée, Legion vient d'être renouvelé pour une saison 2, ce qui est un véritable plaisir quand on voit comment la 1 se termine. Vraiment s'il y a une série de ce début d'année 2017 qu'il faut que je conseille, c'est celle-ci parce qu'elle vaut largement le coup. 







dimanche 26 mars 2017

Le Coin des libraires - #48 L'homme chauve-souris (#1 Harry Hole) de Jo Nesbø

J'ai reçu Le bonhomme de neige de Jo Nesbø lorsqu'il a été édité dans un très beau coffret par Folio en 2015. Je l'ai lu et j'ai appris après coup que toute une saga mettant en scène ce personnage existait déjà. Sur le moment ça ne m'a pas gêné du tout - la preuve je ne me suis pas dit lors de ma lecture que ce livre faisait partie de tout un univers - et je me souviens avoir bien aimé ma lecture (je l'ai lu il y a plus d'un an maintenant). 

Quand j'ai vu que Folio allait éditer la saga complète, je me suis dit que c'était l'occasion de me les procurer afin de découvrir l'histoire. J'ai tendance à beaucoup aimer les polars/thrillers où l'auteur fait vivre un personnage sur toute une série de tomes (il suffit de voir mon amour pour la saga Kenzie/Gennaro de Lehane) et comme je me suis déjà familiarisé avec l'auteur auparavant, je n'ai pas vraiment hésité. 
J'ai décidé d'acheter deux tomes par mois et d'en lire au moins un - bon ça risque d'être impossible en mars par contre... -, mais je ne vais pas racheter Le bonhomme de neige, ce serait bête parce que je l'ai déjà et aussi parce que je préfère mon édition dans son beau coffret noir. Je ne sais pas non plus si je le relirai après avoir lu le tome 7, je verrai sur le moment. 

Enfin bref, tout ça pour dire que j'ai lu le tome 1 de la saga Harry Hole : L'homme chauve-souris écrit par Jo Nesbø et j'ai beaucoup aimé. 


L’ambassadeur de Norvège en Thaïlande est retrouvé mort dans un bordel de Bangkok, un poignard planté dans le dos et une valise au contenu sulfureux en sa possession. De quoi nuire, de quoi faire très mal… Un meurtre aux allures d’affaire d’État, qui ne doit pas être ébruité. Harry Hole, inspecteur de la police d’Oslo, est choisi pour résoudre l’enquête en toute discrétion. Mafia, commerce du sexe, secrets d’État et drame personnel sont autant de pistes suivies par l’inspecteur scandinave. Une seule certitude, il va devoir affronter un meurtrier rusé et méthodique, qui défie la police et se prépare à commettre de nouveaux crimes.


Comme d'habitude je n'ai pas lu le résumé, alors j'ai été étonné de voir que l'intrigue allait se dérouler en Australie et non en Norvège. J'ai trouvé ça plutôt ambitieux quand l'on sait que c'est le premier tome de la saga, l'auteur aurait pu préférer d'abord écrire sur un lieu qui lui est familier. 
Je crois bien que c'était la première fois que je lisais un livre où l'intrigue se déroulait en Australie et ça m'a beaucoup plu ! Peut-être que c'est aussi justement parce que je n'avais jamais lu de livre qui met en scène ce pays que j'ai bien accroché aussi, je ne sais pas. 

Quoi qu'il en soit, l'auteur s'attarde vraiment sur les problèmes présents en Australie avec notamment le rapport avec les Aborigènes, ce qui permet d'en apprendre un peu plus sur ces premiers habitants de l'Australie, en tout cas, j'ai été contente de pouvoir me documenter un peu sur ce sujet que je ne maîtrise pas du tout. 

Ensuite, comme j'ai lu le tome 8 de la saga, j'avais peur de m'ennuyer ou de savoir au préalable des choses qui ne se sont pas encore passées, mais non, pas du tout. Au contraire, j'ai eu le sentiment d'apprendre à connaître Harry Hole, comme si c'était la première fois que j'entendais parler de lui. On apprend tellement de choses sur lui, sur son passé, sur son tempérament et le moins qu'on puisse dire, c'est que l'auteur n'est pas franchement tendre avec son héros ! 
Son passé de flic soûlard, son amitié avec Andrew (trop triste), sa relation avec Birgitta (tellement triste) et multitude d'autres choses font que forcément, on s'attache au personnage. Vraiment je l'adore il est extrêmement bien écrit et c'est même plus pour cette raison que j'ai lu le livre aussi vite que pour l'intrigue en elle-même. 

L'homme chauve-souris de Jo Nesbø, édition Folio (2017).

L'intrigue est quand même pas mal, mais quand même pas folle. Toute la partie tueur en série m'a plu - forcément ! -, mais j'ai trouvé qu'on restait trop longtemps sur le même suspect. Du début jusqu'au quoi, trois quarts du bouquin, Harry reste focus sur le même gars alors forcément ça paraît évident que ce n'est pas lui. 
C'est dommage pour le coup ça doit être la seule vraie remarque négative que j'ai à faire sur ce volet, mais quand on y pense ce n'est pas une petite remarque puisqu'au final l'auteur aurait facilement pu réduire son intrigue en arrêtant d'être focalisé sur la même personne encore et encore. 
En revanche, j'ai adoré l'idée qu'Andrew a tout fait dans le but de faire comprendre à Harry qui est le coupable, mais à partir de là, j'avais trouvé qui il cherchait. La fin n'a donc pas été une grande surprise pour moi. 


Le fait d'avoir localisé l'intrigue en Australie créé aussi un horizon d'attente quant à la suite.
Oui, normalement, nous aurions dû rencontrer les membres du commissariat où Harry travaille, son patron, son partenaire. Mais là non, parce que là tout est éphémère, instable et l'auteur nous le fait très bien comprendre en plaçant sur la sellette des personnages que, dans tous les cas, on ne pense pas revoir par la suite.

Je suis donc pressée de me plonger dans les tome II : Les cafards. Je pense que j'aurais un peu l'impression de découvrir une nouvelle histoire puisqu'il me reste encore à rencontrer les personnages du quotidien de Harry en Norvège. Je suis pressée aussi de retrouver cette ambiance propre aux polars nordiques, cette ambiance glaciale qui s'insinue tout au long de l'intrigue et renforce le sentiment d'intense rudesse qui émane de cette littérature.


"Je suis juste l’une de ces très nombreuses âmes esseulées qui tentent de vivre sur cette terre. J’essaie de m’en tirer sans faire trop d’erreurs fatales. Il m’arrive parfois même d’avoir suffisamment pris le dessus pour essayer d’accomplir quelque chose de bien. C’est tout."

Jo Nesbo, L'homme chauve-souris.





lundi 20 mars 2017

Le Coin des libraires - #47 La Mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé

Laurent Gaudé est un auteur que je n'avais jamais lu avant La Mort du roi Tsongor. Il faisait partie de ces auteurs que je connais de nom, généralement le titre de son livre le plus connu, mais ça s'arrête là.
La Mort de roi Tsongor faisait partie de ces livres que j'aimerais lire un jour, mais à qui je ne donne pas la priorité. À vrai dire, ce qui m'a décidé a été la couverture que Babel a éditée pour Noël dernier. 
Aujourd'hui, il faut que je remercie les éditions Actes Sud parce que c'est grâce cette belle couverture qu'ils ont éditée que j'ai découvert ce si beau roman. 


Contrairement à ce que je pensais, je l'ai lu très peu de temps après l'avoir acheté. Je l'ai aussi rapidement lu parce qu'il est court, mais aussi parce que je voulais absolument savoir ce qui allait se passer ! 



Dans une Antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d'un empire immense, s'apprête à marier sa fille. Mais au jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate : c'est Troie assiégée, c'est Thèbes livrée à la haine. Le monarque s'éteint; son plus jeune fils s'en va parcourir le continent pour édifier sept tombeaux à l'image de ce que fut le vénéré et aussi le haïssable roi Tsongor.
Roman des origines, récit épique et initiatique, le livre de Laurent Gaudé déploie dans une langue enivrante les étendards de la bravoure, la flamboyante beauté des héros, mais aussi l'insidieuse révélation, en eux, de la défaite. Car en chacun doit s'accomplir, de quelque manière, l'apprentissage de la honte.



Contre toute attente, ce n'est pas le genre d'histoire (récit épique) que je lis d'ordinaire, mais pour tout dire, je ne savais pas à quoi je m'attaquais avant de le commencer alors ça ne m'a pas réellement perturbé. Il faut dire aussi que la lecture est très agréable et on immerge rapidement dans toute cette ambiance antique et du coup, ça m'a beaucoup fait penser aux tragédies classiques donc du coup, bah j'ai vraiment bien aimé quoi. 

Ce que nous révèle le titre est très rapidement résolu si bien que l'on ne va pas suivre la vie de Tsongor avant sa mort, mais plutôt sa descendance après sa mort. Dès le premier chapitre, l'issue semble déjà toute trouvée et il ne nous reste plus qu'à attendre que la prophétie du père Tsongor se réalise. Et puis, il y a l'histoire de Tsongor qui refuse de partir, qui donne une quête à la limite de l'impossible à son fils cadet et lui déclare qu'il doit accomplir sa tâche avant de lui donner une pièce qui lui permettra de s'en aller, de ne plus être bloqué entre les deux mondes. 

Sans que personne ne le souhaite réellement les évènements sont déchirants et tragiques : 
Pour Katabolonga, sans doute mon personnage favori - avec Souba - parce qu'il se devait de tuer Tsongor, parce que son histoire passée est atroce et malgré tout, il renonce à cette promesse faite il y a plusieurs décennies, il fait preuve d'une humanité et il est tellement touchant dans sa façon d'être toujours là. Quoi qu'il arrive, dans la vie, dans la mort, jusqu'au bout. 
Pour Samilia, celle qui allait se marier, être heureuse et vivre une belle vie et en fait, bah non, et ce, pour des enfantillages dirait-on. Elle est celle qui va se retrouver disputée, découpée en deux entre son futur mari, le prince Kouame et son vieil ami avec qui elle a grandi, Sango Kerim. Elle prend une décision qui n'en sera même pas réellement une finalement, en tout cas, elle ne changera pas grand chose à l'issue de la bataille. Comme le dit si bien Laurent Gaudé en titre de chapitre, Samilia finit par être l'oubliée. Celle qui était le centre d'attention et la raison de tout ce sang versé se retrouve déchue, une véritable paria. 
Pour les fils de Tsongor également, ils se sont déchirés par vanité, pour finalement vivre exactement le même temps (j'ai trouvé cette marque d'ironie excellente !) et aussi évidemment pour Tsongor lui-même qui se retrouve à subir une douleur insoutenable tout en étant mort, tout en attendant d'être libéré et de pouvoir s'en aller. 

Pour Souba, je n'arrive pas à me prononcer, sa quête lui a-t-elle été bénéfique ? Quand même oui puisqu'elle lui a empêché d'être à Massaba (la ville où se situe l'action) durant toute la durée de la guerre, il n'a pas été contaminé par toute cette folie survenue chez lui. Le fait d'être parti seul en exil aux quatre coins du royaume des Tsongor lui a sans doute évité la mort, mais sa finalité n'est-elle pas pire ou équivalente ? Que lui reste-t-il si ce n'est avoir libéré son père ? 

La mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé, éditions Babel.

Décidément beaucoup de questions se posent à la lecture de ce roman. Peut-être parce que les personnages sont lointains, ils viennent d'une autre époque, n'ont pas les mêmes traditions/coutumes, mais ce sont les sentiments des personnages qui ne nous sont pas réellement donnés excepté pour Souba - décidément les chapitres sur lui m'ont vraiment plu ! 
Je n'ai pas vraiment l'impression d'avoir rencontré les enfants Tsongor, ou les deux chefs de guerre et c'est dommage parce qu'ils sont présents dans une bonne partie de l'oeuvre. 

Pour ce qui est de l'histoire en elle-même, comme je le disais plus tôt, la finalité est tragique et l'on se croirait en train de lire une pièce de Racine, on sait que ça finira mal, on le sait pertinemment et on persiste quand même, c'est fatal. Sinon, c'est une histoire barbare, l'humain ne compte plus, il est perdu dans les méandres de l'orgueil, de l'honneur et le gain. 
Des années de destruction pour des poussières. 

Ça, j'ai adoré, la façon presque sadique de l'auteur de nous raconter une histoire tout à fait hors norme dans le sens où tout pourrait bien se passer ou même se rattraper au fil des années, mais pourtant non. La bêtise et l'honneur - ce mot résonne tellement dans le texte qu'on croirait Don Rodrigue face au père de Chimène - sont tellement inattaquables que forcément rien de bon ne peut en sortir. Il aurait été bien que l'un des deux finissent par capituler, finisse par grandir, mais non, autant faire la guerre, parce qu'après tout, pourquoi ne la ferions-nous pas ? 
À la fin de cette lecture, la seule réflexion qui vient est "quel gâchis", pas d'avoir lu ce livre non, absolument pas ! quel gâchis de voir à quel point on peut aller aussi loin pour peu de chose, à quel point il suffit d'un rien pour que tout bascule et qu'un empire s'effondre. 

Peut-être était-ce la punition de Tsongor pour avoir fait la guerre durant tant d'années, pour avoir tué autant de monde pour être le roi d'un immense territoire. Katabolonga ne s'est pas lui-même vengé, mais peut-être que la vie l'a fait d'elle-même et que ce n'est qu'un juste retour de médaille ? 

Vous l'aurez donc compris j'ai adoré ce livre, son histoire et la manière avec laquelle l'auteur a été cruel avec ses personnages en ne leur laissant aucun répit. Prêts à tout, ils se mènent à leur perte, parfois avec une ironie sinistre. 


"Il revoyait un monde disparu. Il arpentait des rues déjà englouties par le passé. Il était comme un survivant stupide qui voit toute une génération d’hommes mourir et reste seul, hébété, au milieu d’un monde sans nom."
Laurent Gaudé, La mort du roi Tsongor.






samedi 11 mars 2017

Le Coin des libraires - #46 Si c'est un homme de Primo Levi + Les naufragés et les rescapés

Je trouve ça toujours très délicat de discourir au sujet d'une oeuvre telle que Si c'est un homme. Le propos en lui-même est très dur humainement parlant et en qualité de témoin de l'histoire, ce livre n'est pas le genre de livre que l'on peut critiquer comme si on parlait d'un roman. 

Savoir que cette atroce vie décrite dans les témoignages du génocide de la Seconde Guerre mondiale (ou de tout autre génocide d'ailleurs) a réellement existé donne une tournure toute autre quant à l'appréciation du livre. Que l'on aime ou non le style de l'auteur, ça ne compte pas, pas une seule seconde, parce que le but, ce n'est pas de faire un exercice de style, c'est bel et bien de décrire une odieuse réalité, de la décrire avec des mots "communs", des mots que, dans notre confort, nous utilisons sans en sentir pleinement la signification. 


Il me paraît bête de revenir moi-même sur l'histoire, pour ceux qui l'ont lu, ils n'ont sans doute pas besoin d'une piqûre de rappel, pour les autres, Si c'est un homme est une oeuvre incontournable, une oeuvre qui doit être lue rien que pour sa propre conscience je pense. 

Je ne sais même plus depuis quand je voulais ce livre, je ne m'en souviens pas, mais en tout cas il figurait toujours sur ma liste de livres à acheter réalisée il y a plus de quatre ans ! Voilà que j'attends jusqu'au moment où il n'est plus question de vouloir le lire, mais de devoir le lire (pour un cours). Contrairement à ces oeuvres que l'on étudie et dont l'on sait qu'elles seront d'un ennui mortel, j'étais persuadé que ce ne serait pas le cas avec celle-ci. Simplement parce que c'est un témoignage des camps, parce que ça traite d'un sujet que j'adore lire, étudier, approfondir. 
Surtout, sans même y faire attention, je me suis retrouvée avec deux lectures qui traitent du même sujet, autant dire que durant cette semaine-là, j'ai été servi ! 


Sans parler du calvaire, de l'enfer qu'a vécu l'auteur - ainsi que tous les déportés - Si c'est un homme renferme tout un questionnement sur l'Homme et sur ses capacités à vivre. On trouve aussi un certain aspect "expérimental" par le biais d'interrogations sur les conditions de l'homme seul, mis à l'écart et qui doit donc compter sur lui-même et personne d'autre. 
Raconter quelque chose d'aussi ignoble, c'est tenter de mettre des mots sur ce que l'on ne peut pas décrire, c'est tenter de comprendre et de l'illustrer pour le faire partager. Le pathos est inexistant dans Si c'est un homme, simplement parce que ce n'est pas un livre destiné à émouvoir, c'est un livre destiné à expliquer, à montrer que l'horreur est possible et qu'il ne faut pas que l'humanité l'oublie. 

Si c'est un homme, Primo Levi, édition Pocket.

C'est vrai que j'ai longtemps repoussé cette lecture parce que j'avais peur que ce soit trop "clinique", détaché et ça l'est dans un certain sens. Mais dans un autre, c'est tellement évident, normal presque. Comment peut-on tenter d'écrire quelque chose comme ça, en en ressentant toute la douleur et en restant passif ? C'est ici que Primo Levi a parfaitement joué son coup. Il n'est pas un écrivain, il est un "écrivain-témoin" comme il s'appelle lui-même, son but, c'est de venir témoigner, de dire ce qu'il a vu et entendu, pas de créer une espèce de fil narratif ou quoi que ce soit. Il n'en rajoute pas parce qu'il n'y a pas besoin, mais aussi parce qu'il ne sait pas, tout simplement. 

Il ne mentionne pas les chambres à gaz, mais c'est normal puisqu'il n'y en avait pas sur son lager (mot allemand pour désigner le camp et que Levi utilise), pourquoi en aurait-il donc parlé ? Ici, il n'y a pas de fiction ou de "souvenirs arrangeants" qui se mêlent à la réalité, non, il n'y a que la réalité. 
Cette réalité s'impose à nous d'autant plus qu'elle repose sur certaines choses qui peuvent nous paraître "futiles" comme le fait de se procurer une cuillère, ou même du fil de fer rien que pour pouvoir nouer des chaussures. L'auteur nous montre à quel point toute une multitude de petites choses peuvent mener à la survie et ainsi éviter la mort.

Les descriptions sont très minutieuses parce que c'est ce qui compte le plus : exemplifier puis s'interroger. La haine et la vengeance sont absentes du récit parce que la volonté de l'auteur est simplement de dire, de raconter pour que ça ne se produise plus jamais.


Je suis toujours subjuguée face à la force de ces personnes qui ont le courage et la volonté de parler de leur expérience, de revenir sur des souffrances inimaginables, pour raconter et peut-être se libérer un peu d'un poids en le faisant et en permettant aux autres d'essayer de comprendre.
Je suis hébétée à chaque fois devant tant d'horreurs, pourtant je sais, je sais ce qu'il s'est passé, depuis longtemps maintenant, et pourtant dès que j'en lis, je suis choquée (je ne suis pas certaine que ce soit le terme approprié) comme si c'était la première fois. C'est souvent ce qu'il se passe quand on se heurte à quelque chose qu'on ne comprend pas et dont on a conscience qu'on ne le comprendra jamais, je crois.

Quoi qu'il en soit, je n'oublierai jamais ce livre, il m'a marqué comme tant d'autres, mais pas pour la même raison. Pour moi, il compte tout autant qu'Au nom de tous les miens de Martin Gray (aussi sur la WWII) même si ce dernier possède une large part fictionnelle (de ce que j'ai entendu) que n'a pas Si c'est un homme.



"Les souvenirs de notre vie d’autrefois nous revenaient encore, mais vaporeux et lointains, et par là même pénétrés de douceur et de tristesse, comme le sont les souvenirs de la petite enfance et de toute chose révolue. En revanche, l’entrée au camp marquait pour chacun de nous la première étape d’une tout autre série de souvenirs, cruels et proches ceux-là, et sans cesse ravivés par l’expérience présente, comme le seraient des blessures chaque jour rouvertes."

Primo Levi, Si c'est un homme.



  • Les naufragés et les rescapés


Voilà quarante ans que Primo Levi est revenu du lager, qu'il a repris une vie ayant un semblant de normalité. Celui-ci nous livre un roman rempli d'interrogations, de réflexions personnelles, de rétrospection aussi. On retrouve donc tout un tas de questionnement au sujet des bourreaux - j'ai particulièrement aimé le chapitre où l'auteur explique qu'il a reçu un bon nombre de lettres d'Allemands après la publication de Si c'est un homme en Allemagne. Cette "exploration" et ces tentatives d'explications ne sont pas réellement satisfaisantes, même si l'on comprend qu'il faut s'en contenter, car il n'y en aura pas d'autres.
J'ai aimé aussi le chapitre au sujet des Sonderkommandos, ces commandos chargés de sortir les morts des douches, de les mettre dans les crématoires, etc. Ce chapitre fait énormément réfléchir sur la culpabilité de ces hommes. D'un côté, ils acceptaient de "participer" au massacre, d'un autre, c'était ça ou la mort, mais il faut savoir que dans tous les cas, la mort leur était destinée puisque chaque membre de ces commandos étaient remplacés tous les quatre mois environ.
Il y a aussi tout une réflexion sur l'oubli, sur les souvenirs qui ne sont peut-être pas toujours très fiables surtout après un certain nombre d'années.

Une fois encore, Primo Levi s'interroge sur l'humanité en tant que tel, sur la cruauté sans nom présente dans les camps. Néanmoins,  à la fin de cette lecture, une question subsiste : lui qui voyait le lager comme une expérience "pédagogique", lui qui a survécu quarante ans après sa libération, pourquoi décider de mourir maintenant ?

Contrairement à d'autres récits de témoignage (pas forcément sur la WWII) qui sont désespérés et dégoutés de la vie, Primo Levi choisi le parti de l'optimisme - si je puis dire - pour finalement s'ôter la vie, non, vraiment, l'incompréhension demeure.


Les naufragés et les rescapés, Primo Levi, édition Arcades Gallimard.


C'est avec une immense modestie que j'ai lu ces deux oeuvres de Primo Levi. Il y a de ces auteurs comme ça où seule l'histoire compte, les livres de cet auteur en font partie. Il n'est pas question de style ou autre, non il est question de rapporter un témoignage qui soit réel, un témoignage qui permet aux générations futures comme la mienne ou la suivante de connaitre, de savoir ce qu'a été la Seconde Guerre mondiale autre part que dans les bouquins d'histoire.







La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...