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mercredi 16 décembre 2020

Fantôme (#9 Harry Hole) de Jo Nesbø

Jo Nesbø aime les va-et-vient. Comme pour beaucoup d’autres auteurs de polar, la répétition, le cycle, ça tient une place très importante dans l’oeuvre. 

Avec son personnage Harry Hole, l’auteur aime nous chahuter, nous faire replonger à l’image de son héros. 




Un jour alcoolique, le lendemain à jeun. 

Un jour policier à Oslo, le lendemain, fantôme à Hong-Kong. 


On ne sait plus très bien sur quel pied danser depuis la difficile enquête du Bonhomme de neige (t. 7), puisqu’Harry a décidé de quitter Oslo et de s’installer ailleurs. 

Oui mais voilà que déjà dans Le Léopard, il fallait bien qu’il revienne pour arrêter les méchants. 


Et puis là, il en va de même : Harry, qui a démissionné depuis plusieurs années revient à Oslo, cette fois-ci personne ne vient le chercher, pour trouver le véritable coupable de Gusto, un petit dealer de fioline, la nouvelle drogue grave addictive qui traîne partout en Norvège. 

Parce que là, pour le moment, bah le vrai coupable, et bah c’est Oleg, le fils de Rakel, le grand amour d’Harry. 


Si d’ordinaire j’ai tendance à dire qu’on peut lire les livres indépendamment les uns des autres, je déconseille fortement ce volet si on n’a pas lu Le Bonhomme de neige, l’intrigue s’en trouverait alors bien trop amoindrie. 


Harry est donc de retour, mais Harry a changé, que ce soit physiquement avec sa balafre et le fait qu’il ne consomme plus une goutte d’alcool, mais aussi mentalement, il n’est plus tout à fait le même. Et ça s’en ressent pendant une bonne partie du roman. 


Jo Nesbø offre un second souffle à son personnage, il nous entraîne au coeur d’une intrigue liée aux différents gangs implantés dans Oslo. On se retrouve encore dans les bas fonds, et cette fois, Harry est tout à fait seul. Car s’il enquête, il n’en est pas redevenu policier pour autant. 

Au contraire il est plutôt tout seul même s’il peut toujours compter sur deux-trois personnes de confiance dont Beate. 


Fidèle à lui-même, Jo Nesbø alterne temporalité (passé avec les écrits de Gusto et présent), les points de vue pour nous donner à voir une grande fresque de la corruption. 

Jusqu’au bout j’avais une certaine théorie concernant un personnage (Mikael) et ce n’était pas exactement ça. Et j’avais aussi ma théorie concernant le coupable de Gusto, l’implication d’Oleg. J’avais ma théorie depuis presque le début, et cette théorie s’est validée. 


Fantôme est, contrairement aux autres, une petite déception. J’ai placé la barre tellement haut avec cette série, avec cet auteur que j’attends désormais l’excellence. J’ai passé un très bon moment, j’étais prise dans la lecture (encore lu à un rythme effréné), mais la conclusion m’a laissée de marbre. 


Je n’ai plus qu’à entrer dans le dixième volet, Police, avant de devoir me procurer la suite, La Soif








mercredi 22 juillet 2020

Sur quelques Notabilia...

Il est rare que j’écrive un article pour parler de quatre livres qui n’ont pas le même auteur, ni le même thème. À vrai dire, leur seul point commun est d’être des parutions des éditions Noir sur Blanc, de la collection Notabilia.



  • Place ouverte à Bordeaux de Hanne Ørstavik




Sans doute celui qui m’a le moins plu. À vrai dire j’ai vraiment hésité avant d’écrire quoi que ce soit dessus. Mais je me dis que même même si je n’ai pas grand chose à en dire, c’est important aussi de parler des oeuvres qu’on n'a pas aimé. 


J’adore cette couverture, et puis je trouvais le nom évocateur, surtout la mention de Bordeaux pour un livre écrit par une norvégienne, c’est assez étonnant. 


240 pages. Le roman fait 240 pages et il aurait bien pu en faire moitié moins que mon avis serait toujours le même. 


Je suis complètement passée à côté de cette lecture. Rien ne m’a plu, j’ai trouvé l’héroïne méprisable, son histoire pas franchement intéressante, bref... je n’ai pas accroché du tout. 

Et puis l’auteure m’a perdu avec toutes ses considérations qui, je trouve, arrivaient un peu comme un cheveu sur la soupe. Dans le sens où il y a trop de passages décousus, sans lien les uns des autres. 


Il y a pourtant bon nombre de renvoi à des plasticiens, ce qui aurait pu être intéressant, mais non, là encore ma curiosité n’a pas été piquée. 

Enfin surtout j’ai trouvé que de la première à la dernière page on n’allait nulle part. 


En lisant Place ouverte à Bordeaux j’ai eu le sentiment d’entendre l’héroïne s’entendre parler. Même tout ce qui concerne le sentiment amoureux, l’importance de la féminité, je suis restée de marbre. 


Parmi la trentaine de livres de cette collection que j’ai lus, Place ouverte à Bordeaux est, je crois, celui que j’ai le moins aimé. Avant c’était La mer de la tranquillité de Sylvain Trudel. Et bien il a été détrôné…

L'oeuvre possède des qualités indéniables, disons simplement qu'il est question de sensibilité et que je n'ai pas été particulièrement touchée. 

En d'autres mots, je suis passée à côté. 


Si quelqu’un connait ce livre ou l’auteure, n’hésitait pas à me donner votre avis ! je ne connais encore personne qui ait lu Hanne Ørstavik. 


Lily se dit qu’il faut laisser les rêves faire leur effet, sans être expliqués ou compris. Les images doivent juste pouvoir exister, et être ressenties, et tout doit pouvoir être comme il est, jusqu’à ce que cela se transforme.


Place ouverte à Bordeaux, traduit par Céline Romand-Monnier aux éditions Noir sur Blanc. 



  • Lutte des classes d’Ascanio Celestini 




Mon premier livre de l’italien, premier et sans doute pas dernier. 


Lutte des classes m’a bien plu, je l’ai trouvé amusant et intéressant.

Le roman s’attache à décrire quatre personnes vivant dans un même immeuble. 


Le premier à qui la parole est donnée est Salvatore le petit frère puis vient le tour de Marinella, une des femmes travaillant au centre d’appel. Pourvue d’un bec de lièvre, elle vit de façon solitaire. Et c’est après à Nicola, le grand-frère de Salvatore d’être au centre de l’histoire. Lui aussi travaille au centre d’appel, nuit et jour, pour pouvoir aider sa famille. Et enfin c’est mademoiselle Patrizia qui ne travaille pas là-bas, mais qui a beaucoup de choses à dire. Sur sa solitude notamment. 


Comme je l’ai dit plus haut, ce livre est amusant. Et c’est là pour moi toute sa force car Celestini ne traite que de sujets sérieux dans son ouvrage : rejet des autres pour cause de différence, pauvreté accrue, dérives liés à la mondialisation, considération pour les femmes… 


Avec humour (et surtout ironie), l’auteur dénonce tout un tas d’éléments qui sont aujourd’hui au centre de nos quotidiens. 

Chaque personnage ajoute sa pierre à l’édifice de la loufoquerie. Salvatore tient en haute estime la lingerie de sa voisine du dessus par exemple pendant que Nicola lui raconte des ébats sexuels tout ce qu’il y a de plus extravagant. 


Finalement, une fois la dernière page tournée, on comprend que Patrizia sert de reliant entre les êtres. Cette anti-consumériste est le noyau dur. 

Et malgré la loufoquerie et l’ironie disséminés ici et là, il y a une forme de suspense dans chaque partie, un suspense qui ne prend fin qu’à la lecture des dernières pages de ces dites parties. 


Dit comme ça Lutte des classes ne fait pas fier allure, mais grâce à l’intérêt éprouvé pour ces personnages normaux, laissés de côté, grâce à la plume de Celestini (sans doute très bien … grâce à la traduction de Christophe Mileschi) qui donne véritablement à voir quatre personnages distincts avec des préoccupations et des aspirations différentes. 


Lutte des classes a été une très bonne lecture. Oscillant entre ironie et sérieux, on sort de cette histoire avec une question : est-il nécessaire de rire de la vie de gens désaxés pour ne pas tomber dans le pathos ? 


"Et la fatigue qui m’accablait comme un gros pull et toutes les pensées qui pesaient sur mes épaules, je les aurais démêlées et posées par terre."


Lutte des classes, traduit par Christophe Mileschi aux éditions Noir sur Blanc 


  • Journal d'un psychotronique de Aleksi K. Lepage




Paru en 2017 chez Noir sur Blanc, Journal d’un psychotronique entre dans le panthéon des oeuvres bizarroïdes


Cet avis sera court pour deux raisons : la longueur du roman (environ 80 pages) ne permet pas d’avoir énormément de choses sur lesquels se reposer sans prendre le risque de vous spoiler ; mon manque d’intérêt pour cette oeuvre. 


Depuis sa sortie j’avais envie de le découvrir, ça avait l’air complètement décalé. Et qu’on ne s’y trompe pas, c’est complètement décalé ! 


On suit un personnage qui décide de reprendre son journal, abandonné des années plus tôt. Et pendant toute la longueur de l’oeuvre, on va suivre ses récriminations, ses réflexions. Complètement à côté de la plaque, le narrateur n’a rien, pas d’argent, pas de travail, pas de relations. Seul, enfermé dans son journal, ça part dans tous les sens. Ça part vraiment trop dans tous les sens. Si bien que j’ai lu d’un oeil, prise d’ennui parce que la vie du narrateur est tout sauf palpitante. 


On se dit que ça n’a ni queue ni tête, mais ce n’est rien, le sens viendra plus tard. Et on l’attend, encore et toujours, jusqu’à la dernière page. Et le sens se fait grand absent de l’oeuvre. Ça part dans tous les sens, mais ça ne va nulle part. 

Je crois tout simplement que je suis malheureusement passée à côté... Un peu comme pour Place ouverte à Bordeaux quoi. 


Finalement je ressors de cette lecture avec un sentiment assez mitigé, sans savoir quoi vraiment en penser. Peut-être que c’était le but d’Aleksi K. Lepage. Ou peut-être pas du tout. 


Ma vie, je n’ai pas la fougue ni le talent de la raconter, de l’écrire pour d’autres, pour vous, de la réinventer, de la mettre en scène, enfin de jouer avec ; ma vie, donc, comme à peu près tout le monde je me contente de la vivre à défaut de pouvoir en faire une bonne histoire.




  • Solstice d’hiver de Svetislav Basara





Le roman que j’ai lu le plus récemment. Là encore il s’agit de mon premier roman de l’auteur serbe


Solstice d’hiver était plus que prometteur. À la lecture de la première dizaine de pages (sur 130) je me suis dit « ok c’est hyper bizarre, mais ça a l’air aussi vachement cool ». 


Il y en a eu des livres bizarre publiés chez Notabilia et qui méritait une attention particulière — je pense à Et au pire on se mariera par exemple.


Ce roman met en scène un narrateur dont on ne connait pas le nom. Tout ce qu’il faut savoir, c’est qu’il a connu Nana, que celle-ci est morte d’un cancer de la peau (tout le monde savait qu’elle mourrait comme ça, sauf son mari) et qu’elle a décidé de lui faire parvenir son journal. 


Le roman se concentre sur Nana, sur sa vie avant sa mort, sa rencontre avec le narrateur, leur courte liaison. Nana est la figure de LA femme que tous les hommes désirent, mais une femme qui est apparemment frigide - ce qui explique pourquoi elle s’est mariée avec Lovejoy, ce professeur des universités aussi barbant qu’impuissant. 


Le narrateur nous raconte les choix de celle qui a vécu pendant 33 ans. Comment elle a eu ses premières règles, comment elle a tué son père en l’irradiant un peu plus chaque jour.


Et parallèlement à cela, le narrateur nous raconte comment il a été abandonné par son père, comment ce dit père a décidé, comme Nana, d’envoyer une sorte de journal à son fils. 

La démarche est la même et de manière parallèle le narrateur nous entraine vers une fin inexorable. Une fin horrible.


Horrible, mais plutôt attendue. 


Solstice d’hiver a été une bonne lecture. Moins bonne que Lutte des classes parce que j’ai des petites choses à redire dessus. Principalement concernant la narration que j’ai trouvé franchement lourde, et aussi à cause du fait que c’est parfois trop barré. Enfin c’est surtout que la narrateur fait des digressions qui, pour moi, n’ont pas lieu d’être. Ça n’ajoute rien à le lecture si ce n’est que ça embrouille le lecteur. 


J’aimerais bien lire autre chose de Svetislav Basara histoire de vraiment me faire un avis dessus. Je me souviens avoir lu Le coeur de la terre en 2017, un roman sur Nietzsche et sur son voyage à Chypre. Je me souviens que j’avais trouvé l’écriture vraiment fluide car, moi qui n’y connais rien au philosophe j’avais apprécié ma lecture malgré certaines difficultés. 

Donc je sais que Basara peut être intéressant. Le tout reste de savoir si Noir sur Blanc éditera oui ou non un troisième livre de lui. 


Concernant les cinq dernières pages du livre intitulée Basara n’existe pas et écrit par David Albahari je n’ai pas grand chose à dire simplement parce que je n’ai franchement rien compris. Alors voilà je ne sais pas trop où l’auteur voulait en venir, mais il m’a perdu et ce, dès la première page… 


Quand elle ferme les yeux, dit-elle, c’est comme si elle n’existait pas. Elle a terriblement peur du noir. Elle aimerait que, tant que nous sommes éveillés, il fasse aussi clair en nous qu’en plein jour.


Solstice d'hiver, traduit du serbe par Gojko Lukić aux éditions Noir sur Blanc 






dimanche 10 mai 2020

Le Coin des libraires - Le Léopard (#8 Harry Hole) de Jo Nesbø

J’ai découvert Harry Hole par le biais du Bonhomme de neige, le volume n°7 de la saga. J’avais beaucoup aimé et alors j’avais profité de l’opération spéciale de Folio pour me procurer les autres titres et ainsi les relire dans l’ordre. 

J’ai même relu Le Bonhomme de neige histoire de l’avoir bien en mémoire — pourtant c’est une chose que je fais très rarement, relire des livres, et vous ?

Après l’avoir relu, j’étais super pressée de me plonger dans la suite, le tome 8, intitulé Le Léopard
Malgré les presque 900 pages, j’ai pas hésité un instant. Si cette enquête était à la hauteur des autres, je n’allais pas m’ennuyer. 




Et effectivement je ne me suis pas ennuyée du tout ! C’était un vrai délice à vrai dire. 
J’ai dévoré le bouquin si rapidement… Faut dire que quand je ne le lisais pas, je pensais aux moments où je pourrais le lire. Oui, Le Léopard a été ce genre de lecture. 

Bon pour faire un petit topo, on retrouve notre fidèle inspecteur Harry Hole à Hong-Kong. Il a décidé de démissionner après l’enquête du bonhomme de neige. 
Premier point positif, le fait que Jo Nesbø fait souvent voyager son personnages, il y a eu l’Australie, la Thaïlande et voilà qu’il s’agit de Hong Kong, et ensuite du Congo ! 

On peut avoir le sentiment d’une forme de ressassement : Harry boit, il ne boit plus, Harry travaille pour la police d’Oslo, Harry veut démissionner. 
Il y a de ça, et il y a aussi tout ce qui fait de ce personnage un des plus attachants : sa fragilité, sa solitude, son addiction, son ras-le-bol. 

Après tout, si on passait tous des années à arrêter des tueurs en série et autres détraqués, nous aussi on serait pas un peu désabusé ? 

Le personnage inventé par Jo Nesbø est l’un de mes préférés dès lors qu’il est question de polar, en grande partie pour toutes ces hésitations justement. Cette nécessité de sortir de la police, de s’inventer une vie normale, du moins qui le serait assez pour lui permettre de partager sa vie avec quelqu’un. 

Il songea à quel point tout était vulnérable, à la quantité de choses qui pouvaient être détruites en un instant. C’était ça, la vie : la destruction, la dégradation de quelque chose de parfait au départ.

Bref passons. Harry est donc à Hong-Kong, mais voilà qu’il a des problèmes, et qu’on a besoin de lui à Oslo, asap. 
On fait donc la connaissance d’un nouveau visage, celui de Kaja Solness, venue spécialement pour rapatrier Harry en Norvège. 

Au début on se dit, comme je le disais plus haut, que le schéma est le même que dans beaucoup d’autres polar : le flic désabusé qui se noie dans l’alcool pour oublier les horreurs et sa solitude. Et puis rapidement, comme toujours avec les livres de Jo Nesbø on comprend que ce manque d’originalité est en réalité un des éléments qui fait la grandeur du livre. 

Le rythme est soutenu, entre cul-de-sac et indices permettant d’avancer dans l’enquête. D’ailleurs l’enquête elle-même n’est pas le seul élément important, on retrouve aussi la lutte entre les polices qui tient une place de choix dans cet opus. Un moyen d’ancrer un peu plus dans la réalité. 

Et comme toujours l’auteur ne ménage pas son héros. Une fois encore il le chahute, l’entraîne plus bas que terre pour nous en faire un personnage puissant et profondément attachant. 

On n’a pas le temps de s’ennuyer avec Le Léopard. Presque 900 pages de pure folie. 900 pages pour raconter une enquête effrénée, pour dire des rivalités, pour nous entraîner sur trois continents différents et ainsi, espérer venir à bout de ce malade qui tue des femmes et les laisse, baignants dans leur sang. 


Vous l’aurez compris une fois encore Jo Nesbø m’a enthousiasmée. Savoir qu’il me reste encore quatre volets à découvrir c’est vraiment la cerise sur le gâteau parce que cette saga est sans doute l’une de mes préférés, sans doute ex aequo avec la merveilleuse saga de Dennis Lehane, celle qui met en scène le couple Kenzie/Gennaro. 

Pendant quelque temps, il pouvait n’être que sourire et rire, c’était comme si le soleil l’accompagnait. Si tu avais des problèmes, ils disparaissaient presque quand il arrivait, comme… oui, comme de la buée au soleil. Et pendant les périodes sombres, c’était le contraire. Tout devenait silencieux autour de lui, il planait une espèce de tragédie en devenir, et on l’entendait dans son silence. Musique mineure. Belle et épouvantable en même temps, tu comprends ? Mais c’était comme si du soleil s’était accumulé dans son regard, ses yeux continuaient à rire.







mercredi 8 avril 2020

Le Coin des libraires - Le bonhomme de neige (#7 Harry Hole) de Jo Nesbø + adaptation cinématographique

Je relis rarement les livres, encore moins quand il s'agit de polar, mais avec Le bonhomme de neige de Jo Nesbø, la tentation était trop forte. 
Lu une première fois en décembre 2015 (lorsqu'on me l'a offert), j'avais un excellent souvenir de cette lecture et même si je me souvenais de l'identité du coupable, j'ai eu envie de le relire simplement parce qu'entre temps j'ai commencé la série Harry Hole par le début. 


C'est par le biais de cet opus que j'ai rencontré le fameux détective de l'auteur suédois, et donc c'est grâce à lui si j'ai eu envie de découvrir l'intégralité de ses aventures. 
Un volet encore sombre où Harry va être baladé d'un suspect à un autre afin de parvenir à identifier le premier serial killer répertorié d'Oslo. 

La vie d'Harry suit son cours, il lutte pour ne pas replonger dans l'alcool, il reste digne face à sa séparation d'avec Rakel malgré qu'elle soit au centre de ses pensées. D'ailleurs ça m'a fait bizarre de relire l'ouvrage en ayant lu les précédents cette fois car je sais pertinemment ce qu'il s'est passé entre eux, comment ils en sont arrivés là, etc. Alors oui, si on peut lire les tomes de manière indépendante, le plaisir de lecture est bien plus important lorsqu'on connaît la série dans son intégralité. 

Des femmes se font donc assassinées lors des premières neiges et Harry va enquêter sur ces meurtres. Comme toujours il y a très rapidement des pistes, des personnes à aller interroger si bien qu'on entre dans le fil de l'histoire sans même le remarquer. 
Et il en va de même pour le bouquin en entier, malgré ses presque 600 pages.

Alors il sonderait le visage d’autres personnes pour y trouver leur douleur et leur talon d’Achille, leurs cauchemars, mobiles et raisons de leurs auto-trahisons tout en écoutant leurs usants mensonges et en essayant de découvrir une signification à ce qu’il faisait : enfermer des gens depuis longtemps enfermés en eux-mêmes

Si Harry figure parmi mes personnages de polar favori, c'est bien parce qu'il est complexe, il est intelligent, intuitif et il sait ce qu'il fait (sauf quand il boit, évidemment), mais il lui arrive aussi d'être naïf, de passer à côté de choses suspicieuses. Bon après peut-être que c'est simplement mon entraînement d'apprenti détective qui me le dit mais on en parle du mec avec ses moisissures ? À aucun moment je laisse un gars entrer chez moi comme ça et faire sa vie ! et encore moins quand tu es inspecteur de police et que tu laisses la photo de ton ex et de son gosse à portée !! 

Tout cela pour dire que trois ans après je meurs toujours d'envie de savoir qui se cache derrière cette histoire de moisissure, pourquoi il fait ça et si on le connait déjà. Ce n'est clairement pas le plus important dans cet ouvrage, c'est vrai... Mais ça fait une information qui donne l'eau à la bouche c'est tout, et après l'enquête de malade que l'on vient de découvrir, je ne sais pas, je trouve normal qu'on ne désir qu'une chose : la suite. 
En attendant, l'affrontement final est épique autant que jouissif.

Un excellent tome, l'un des meilleurs selon moi et si je l'ai relu, c'est aussi pour pouvoir avoir un meilleur souvenir des événements avant d'attaquer l'adaptation britannique sortie en 2017. 

Le mal n’est pas une chose, il ne prend pas demeure. Au contraire, c’est une absence de chose, l’absence de bien. Tout ce dont tu dois avoir peur, ici, c’est de toi-même.



  • Du papier à l'écran 


C'est le réalisateur Tomas Alfredson, déjà connu pour avoir réalisé l'adaptation de La Taupe, un ouvrage de John LeCarré qui est aux commandes de cet ambitieux projet. 
Je dis ambitieux parce qu'il me paraît difficile de transposer cette histoire en film tellement elle est foisonnante. Difficile, mais pas impossible. Alfredson s'y connaît en adaptation, il a un casting plus que correcte et en plus Martin Scorsese lui-même compte parmi les producteurs du film, que demander de plus ? Bah Scorsese en tant que réalisateur ça aurait pas mal, alors pourquoi ça c'est pas fait, déjà ?
Et puis bah apparemment les conditions de tournage n'étaient pas optimales, mais est-ce suffisant pour justifier un tel échec ? 

J'y croyais. En voyant la bande-annonce je me suis dit "pourquoi pas ?" et au final il ne rend pas du tout justice à l'oeuvre de Jo Nesbø. C'est lent, extrêmement lent. 
Si l'histoire est à peu près respecté, il y a quand même des libertés, notamment avec le personnage de Rakel (Charlotte Gainsbourg), mais ce n'est pas forcément très gênant pour l'histoire. C'est bien de ne pas faire un simple copier coller d'un matériau de base je dirais. Là il y a quelques digressions, c'est supportable même si ce n'est pas toujours explicable.



Certaines scènes sont esthétiquement belles, elles m'ont fait penser au film Millenium mais à la version suédoise de 2009 hein, celle réalisée par Niels Arden Opley - oui ça fait vraiment la fille qui a zéro culture sur le cinéma nordique ! À part ça, on peut dire que la réalisation ne m'a pas semblé franchement mémorable, disons que je note la beauté des paysages dans un coin de ma tête. 

Le seul véritable point fort du film c'est la présence de Michael Fassbinder dans le rôle de Harry Hole, vraiment, c'était une trop bonne idée, il correspond tout à fait à l'idée que je me faisais du bonhomme ! Il éclipse clairement les autres acteurs, Charlotte Gainsbourg comprise.

En bref un film possédant quelques scènes à garder pour l'esthétique et l'atmosphère, un personnage principal intéressant mais un peu trop cliché et une histoire qui ne tient pas debout. C'est dommage quand on sait que les romans de Jo Nesbø sont extrêmement bien ficelés. Je l'ai vu, j'ai été déçue, pas besoin d'en faire toute une histoire, mieux vaut se concentrer sur la suite qui sera la lecture du Léopard, encore une belle brique en perspective ! 










mercredi 25 mars 2020

Le Coin des libraires - Le sauveur (#6 Harry Hole) de Jo Nesbø

Pile un an. Le temps que j'ai attendu avant de me plonger dans le tome VI de la saga Harry Hole de Jo Nesbø
J'ai dévoré les cinq premiers volets l'an dernier, d'ailleurs le cinquième, L'étoile du diable est celui qui m'a le plus interpellé, j'ai trouvé l'histoire folle et j'avais très envie de lire la suite. 


À quelques jours de Noël, un membre de l’Armée du Salut est abattu en pleine rue par un tueur à gages, lors d’un concert de charité à Oslo. Ex-enfant soldat croate et héros de guerre, le tueur a réussi à s’enfuir. Lorsqu’il se retrouve bloqué à l’aéroport par une tempête de neige, il réalise qu’il s’est trompé de cible et décide de rester pour achever son travail. Mais l’inspecteur Harry Hole compte bien l’en empêcher. Alors qu’il met tout en œuvre pour découvrir qui a commandité ce meurtre, Harry se lance dans une course contre la montre avec le mystérieux tueur à gages : lequel des deux atteindra sa proie le premier?


Après cet affrontement absolument génial à la fin du tome V entre Harry et Waaler, j'ai mis la barre assez haut quand même, mais pas trop non plus, sinon, c'est la déception assurée.

Nouveau tome dit nouvelle enquête. On passe définitivement à autre chose et ce n'est franchement pas plus mal. On suit Harry et son coéquipier Halvorsen qui, petit à petit, parvient à entrer dans les bonnes grâces de notre inspecteur principal. 

Ici, l'enquête va se concentrer sur l'armée du salut et son personnel à la suite d'un meurtre survenu un peu avant Noël. Comme toujours on va être mené à la baguette, on va suspecter tel personne qui n'est au final pas du tout impliqué. 
J'ai pris du plaisir à lire cette nouvelle enquête car ça m'a permis de me rappeler à quel point l'auteur est doué pour donner le sentiment d'innocence quand en réalité, l'innocence n'est qu'une façade pour masquer la culpabilité.

Bon, il est vrai qu'au milieu du bouquin j'avais compris la supercherie et l'identité du coupable, mais il n'empêche que pour moi, l'auteur est vraiment doué pour disséminer les intentions de ses personnages à une exception près : les chapitres du point de vue de l'assassin nous donnent énormément d'informations, ce qui nous met sur la bonne piste assez rapidement. Ça pour le coup, je trouve que c'est dommage. 
Il est intéressant d'avoir droit au point de vue de l'assassin (c'est d'ailleurs quelque chose qu'on retrouve fréquemment chez l'auteur, à voir dans Rouge-gorge par exemple), mais il ne faut pas que ça rende la traque aussi évidente. J'entends par là qu'à nous donner trop d'indices, on finit forcément par trouver la solution.

Après, pour les romans de Jo Nesbø, je considère que le coupable est presque secondaire tellement l'enquête est bien ficelée. 
En effet, Le sauveur représente une bonne petite brique de presque 700 pages, et pourtant, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. C'est vraiment le genre de bouquin que tu commences et que tu ne veux pas lâcher pour connaître le fin mot de l'histoire, pour savoir si tes doutes sont justifiés, pour savoir où Harry va finir - et aussi, s'il va encore devoir enterrer un de ses proches. 


Le sauveur ne fait pas exception, Harry fait une nouvelle fois face à la mort. Un de ses collègues va être brutalement tué... et comme je l'ai déjà dit auparavant, je trouve que l'auteur est beaucoup trop dur avec son personnage. Fin je comprends l'aspect sadique, le fait de faire souffrir son personnage et tout, mais il y a toujours un mort dans l'histoire, peu importe le volet, un proche de Harry finit toujours au cimetière et ça commence à faire beaucoup quand même. 

Surtout que j'aimais bien ce personnage, je le trouvais prometteur, il avait un avenir - c'est là qu'on se rend compte à quel point Nesbø est vicieux : il met en avant l'avenir du personnage, son bonheur en quelque sorte, et voilà qu'on apprend 200 pages plus loin qu'il en est fini de lui, c'est frustrant. 

Sinon, Le sauveur est l'occasion d'entrer au coeur de l'armée du salut, de comprendre son fonctionnement, son organisation, et je dois dire que j'ai trouvé ça assez intéressant. On nous donne tout un tas d'informations, mais ce n'est pas de trop. 
Aussi, l'auteur démontre encore ses connaissances, ou en tout cas, son affection pour l'Histoire, en introduisant un assassin originaire de Croatie, et permet ainsi l'inclusion de la bataille de Vukovar qui a eu lieu en 1991 - personnellement je n'en avais jamais entendue parler, c'était donc en plus l'occasion d'apprendre de nouvelles choses. 


Pour ce qui est des personnages, j'ai trouvé bien le fait qu'Harry soit en train de se désintoxiquer, on le retrouve pas chez Schrøder tous les soirs et c'est assez agréable ! J'aime toujours autant le personnage de Beate qui est pour moi l'un des plus intéressants (même s'il faudrait que l'auteur continue à l'étoffer un peu plus). Aussi, on fait la rencontre d'un nouveau chef qui remplace donc Moller - qui a tant de fois couvert Harry - et qui n'est autre que Gunnar Hagen qui essaiera tant bien que mal de se faire écouter par Hole et les autres.


Un sixième tome à la hauteur des précédents où les pages filent et défilent sous nos yeux à une vitesse folle. Même après un an d'absence je n'ai pas eu de problèmes pour entrer dans Le sauveur qui démarre sur les chapeaux de roue et qui est un polar bien addictif comme je les aime.

Le prochain volet est évidemment Le bonhomme de neige lu en décembre 2015, mais dont je ne vous ai jamais parlé, ce sera alors l'occasion de le faire !






dimanche 25 février 2018

Le Coin des libraires - #86 L'étoile du diable (#5 Harry Hole) de Jo Nesbø

Lorsque Folio a réédité la saga Harry Hole de Jo Nesbø, je me suis d'abord précipitée sur L'étoile du diable bien qu'il soit le cinquième volet des enquêtes du détective - si on suit l'ordre évidemment ! La raison pour laquelle j'ai acheté celui-ci est parce que je ne comptais pas forcément tous les lires à la base et parce que c'est simplement la couverture que je préférais - ce vert est tellement beau !
Après, j'ai décidé de tous les lires et donc de tous les acheter, mais c'est véritablement celui-ci et L'homme chauve-souris que je préfère question couverture. 

Non seulement ce livre est le plus beau de cette réédition mais en plus, c'est celui que j'ai préféré jusque-là - bon un tout petit plus (ou au même niveau ?) que Rouge-gorge que j'ai quand même vachement aimé ! 


Un doigt coupé et un diamant en forme de pentagramme, plus connu sous le nom de «l’étoile du diable», telle est la signature du tueur qui terrorise Oslo durant cet été caniculaire. 
L’inspecteur Harry Hole va être contraint de réprimer son animosité envers Tom Waaler, son collègue et ennemi, s’il veut résoudre cette affaire qui pourrait bien être sa dernière. Alors que Hole tente de comprendre les motivations de l’assassin, tout laisse à penser qu’un tueur en série opère dans les rues de la capitale norvégienne…



Il faut bien le dire, si j'ai autant aimé ce volet, c'est parce que la recherche du meurtrier d'Ellen est de nouveau d'actualité, parce qu'Harry est complètement désabusé et prêt à tout pour prouver que ses soupçons au sujet de Waaler sont fondés. 

Je suis entrée immédiatement dans l'histoire ce qui n'a pas été le cas avec le tome précédent, Rue Sans-souci, où j'avais eu un peu de mal à m'immerger dans l'enquête. 
Là, c'est l'apothéose, le personnage d'Harry est clairement au fond du trou, il touche le fond, il sait qu'il va finir à la porte, il sait qu'avec Rakel c'est foutu, fin voilà, comme toujours Jo Nesbø maltraite son personnage et en fait un homme qui n'a plus rien, si ce n'est un penchant trop exacerbé pour la bouteille et une obsession maladive pour le meurtre de sa collègue - chose qu'on peut facilement comprendre. 

Dans cet opus, on quitte l'habituel Oslo venteux pour trouver une ville en pleine canicule. Croyant que l'été serait calme - apparemment c'est l'époque à laquelle il y a le moins de délits/crimes là-bas (il faut croire que mêmes les criminels prennent des vacances), les agents de la police d'Oslo n'étaient certainement pas prêts à recevoir un serial killer !

L'enquête principale est géniale et tellement bien pensée ! J'ai été baladée tout le long du livre si bien que j'aurais été incapable de donner le coupable avant de le découvrir. Tout le subterfuge avec les "étoiles" est extrêmement bien imaginé, la désignation du coupable qui n'est pas réellement coupable est tout aussi intelligente que la résolution de l'enquête en elle-même.
C'est un volet rempli d'action où il est clairement impossible de souffler, on entre dans un rythme effréné, dans une cadence qui ne cesse de s'accélérer jusqu'au dénouement final et quel dénouement ! 


L'étoile du diable de Jo Nesbø, éditions Folio.


Vraiment, j'applaudis l'imagination de l'auteur, l'aspect théâtral de son enquête et le besoin de brouiller les pistes. Cette enquête m'a énormément plu alors forcément, j'étais déjà dans une bonne optique pour suivre parallèlement à ça la relation Harry/Waaler qui est très compliquée et ambiguë. 
J'ai bien aimé en apprendre plus sur son enfance, suivre en quelque sorte son parcours et ainsi comprendre comment il a pu en arriver là. Ça donne déjà de l'épaisseur au personnage et surtout, ça permet de contrebalancer avec ce que l'on sait de son personnage - en gros, que c'est une sale ordure de flic corrompu ! 
Mais on le découvre sous un nouveau jour et sans que ce soit pour lui racheter une conduite et ça, j'ai trouvé que c'était agréable. 
Je disais dans mon article sur Rue Sans-souci (il me semble !) que Jo Nesbø n'épargne jamais Harry, une nouvelle enquête, un nouveau mort dans son entourage et cette fois encore ça n'a pas manqué, même si la victime de ce volet n'est pas à proprement parler un proche de Harry, il n'en reste pas moins une personne assez importante et surtout, avec sa mort meurt aussi son secret. 

C'est le seul bémol de ce tome V, le fait qu'Harry n'apprendra jamais la vérité au sujet de la mort d'Ellen parce que son coupable est mort sans même l'avouer. J'ai vraiment aimé cet affrontement final entre les deux hommes si bien que je pensais vraiment qu'Harry aurait le fin mot de l'histoire... et bien non et c'est dommage.
Pour le reste, je n'ai rien à redire, et pourtant, je me demande, avec le fait qu'on finisse par se demander si Harry n'est pas en fait un homme tellement désabusé qu'il en devient un flic véreux, avec le fait qu'on nous donne plus d'informations sur Waaler et son trafic d'armes qui a une place relativement importante que ce soit directement ou indirectement et ce depuis le troisième volet (qui correspond au premier qui se passe en Norvège) : pourquoi faut-il continuer à martyriser Harry en le laissant de le noir total ? Pourquoi est-ce qu'il ne pouvait pas enfin avoir la confirmation au sujet du meurtrier d'Ellen, pourquoi est-ce qu'il va devoir vivre avec des soupçons, des doutes mais jamais avec la confirmation de la vérité ? 


L'étoile du diable a tenu ses promesses et m'a permis de découvrir une nouvelle facette du personnage d'Harry Hole, un personnage qui fait définitivement partie de mes favoris en terme de polar, et qui donne envie de toujours creuser plus loin. Bon, maintenant je dois m'attaquer au sixième tome qui n'est autre que Le sauveur, mais à vrai dire je n'ai aucune idée de quand je pourrais le lire et ce ne sera sans doute pas bientôt. 

La bonne nouvelle est que cette saga ne s'arrête pas au dixième tome comme je le pensais, puisque Gallimard vient de publier la suite des aventures de Harry Hole sous le nom de La soif donc disons que j'ai une année (il y a généralement un an d'attente entre la sortie en grand format & celle en poche) pour lire les suivants. 
D'ailleurs j'y pense, j'espère que Folio pensera à publier ce nouveau volet dans la continuité des précédents !


"Les corps faisaient penser à des carapaces d’insectes vides prises dans une toile d’araignée… l’essence avait disparu, la lumière avait disparu, sans la lueur résiduelle illusoire qu’ont des étoiles qui ont explosé depuis belle lurette."

Jo Nesbo, L'étoile du diable







samedi 6 janvier 2018

Le Coin des libraires - #80 Rue Sans-Souci (#4 Harry Hole) de Jo Nesbø

C'est dans la continuité de Rouge-gorge que Jo Nesbø a écrit Rue Sans-Souci. D'une taille un peu pareil au volet précédent - 600 pages environ - on est de nouveau propulsé dans une histoire véritablement intéressante, mais qui met du temps à se mettre en place. 

J'avais très envie de lire ce tome, en particulier à cause des événements survenus dans Rouge-gorge, événements qui ne trouvent pas encore de résolution. Le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est dur de connaitre l'identité d'un meurtrier quand les personnages n'en ont absolument aucune idée ! 


Rue Sans-Souci… Drôle d’adresse, lorsqu’on est flic, pour trouver dans un appartement d’Oslo le cadavre de la femme avec laquelle on vient de passer la nuit. Surtout si on ne se rappelle rien… Conscient qu’il pourrait devenir le principal suspect, Harry Hole décide d'enquêter secrètement, même s’il est officiellement chargé d’une autre affaire : un hold-up qui a mal tourné lorsque le braqueur a abattu une employée pourtant obéissante. Ses collègues évoquent un simple dérapage, mais Hole conclut à un meurtre. Deux crimes insolites à résoudre pour l’inspecteur norvégien, alors qu’une question le tourmente : et si quelqu’un tentait de le piéger?



Comme je l'ai dit, j'ai mis un peu de temps avant d'entrer dedans. À vrai dire j'étais tellement obsédée par le mort d'Ellen, par le fait que le coupable n'ait pas été trouvé que j'ai eu du mal à accepter le fait que sa mort n'était pas à l'ordre du jour. 
J'ai dû prendre mon mal en patience et accepter le fait qu'on allait suivre une autre enquête - enfin même plusieurs autres - avant de revenir à celle-ci. C'est pour cette raison que j'ai eu du mal au début, et aussi parce que cette histoire de braquage qui s'est terminé en meurtre ne m'a pas plus emballé que ça. 
C'est à partir de la mort d'Anna que je suis véritablement rentrée dedans et qu'ensuite, les pages se sont tournées toutes seules. 

J'ai apprécié le fait que différentes enquêtes soient mêlées, que de prime abord elles n'aient rien en commun, ce qui est le cas, elles n'ont rien en commun si ce n'est le personnage de Raskol qui m'a beaucoup intrigué d'abord et que j'ai fini par trouver vraiment attachant - je pense que ce n'est d'ailleurs pas normal que je trouve un criminel attachant, mais bon. 

Il est vrai que toute l'enquête par rapport au braquage de banque ne m'a pas particulièrement fascinée, j'ai bien aimé la suivre mais j'avais une petite idée du coupable, idée qui s'est avérée être la solution, alors forcément, ça m'a un peu déçue. En revanche, cette enquête permet d'insérer un nouveau personnage, celui de Beate que j'adore, voilà il faut le dire. 


Rue Sans-Souci de Jo Nesbø, éditions Folio.


Malheureusement, Beate passe surtout pour la remplaçante. Il faut remplacer Ellen qui est partie mais qui n'est pas oubliée - sa mort est toujours présente. Harry ne l'a pas oublié même si ça reste très secondaire dans ce volet. En réalité, Beate a énormément à offrir, tout son passif avec son père, mais aussi son efficacité, enfin c'est en grande partie grâce à elle si Harry n'a pas terminé en prison après ce qu'il s'est passé avec Anna. 

Je disais dans mon article sur Rouge-gorge qu'il y a toujours un mort dans l'entourage d'Harry et je ne me suis pas trompée, dans ce volet aussi il y a un mort dans son entourage, jamais ça ne s'arrêtera, Jo Nesbø a-t-il décidé de donner la mort à au moins une connaissance de son protagoniste dans chaque tome ? Non parce que là il est franchement bien parti pour ! 

C'est en grande partie grâce à Beate si j'ai tant aimé cette enquête et j'aurais aimé qu'on suive plus souvent son point de vue. L'auteur nous donne l'esquisse de son personnage, un personnage intelligent mais profondément fragile et c'est dommage qu'on en sache pas plus. En réalité j'aurais juste trop aimé qu'elle dise à Harry qu'elle a vu Waaler avec une femme le soir de la mort d'Ellen, mais il faut que je sois patiente, ça arrivera sûrement à un moment, enfin j'espère ! 

Comme je le disais plus haut, j'ai bien aimé le personnage de Raskoll, j'ai aimé toute l'histoire par rapport aux gens du voyage, mais aussi cette histoire de famille qui nous est racontée. J'ai d'ailleurs pu apprendre que gadjo signifie "non tzigane" pour les tziganes, chose que je ne soupçonnais absolument pas ! 
C'est donc toute l'intrigue par rapport à Anna qui m'a plu, mais j'ai eu des doutes dès qu'elle a évoqué sa grande oeuvre, son chef-d'oeuvre en rapport à Némésis, j'ai eu des doutes et puis je me suis persuadée que je me trompais et puis je me suis rendue compte que je ne m'étais pas trompée... 
Bon, ça arrive de trouver, c'est un peu embêtant c'est vrai, mais ça n'a pas gâché mon plaisir de lecture et c'est le plus important. 


Ça a donc été une autre bonne enquête, un autre volet où j'ai pris du plaisir à suivre Harry. Question appréciation, il est un peu en dessous de Rouge-gorge qui m'avait captivé grâce à tout ce parallèle avec la Seconde Guerre mondiale et puis aussi avec la mort d'Ellen, mais sinon, j'ai passé un excellent moment de lecture, j'ai pris du plaisir à découvrir le passé d'Anna, à faire la connaissance de Beate et puis, bah forcément à suivre Harry qui reste un de mes personnages de roman policier favori. 


"Tous les matins, il s’était réveillé en pensant qu’il avait à présent bien dû prendre l’habitude de tomber, que la peur avait bien dû lâcher prise, l’issue était connue, la douleur déjà subie. Mais il n’en était pas ainsi. Il s’était mis à attendre avec une impatience croissante de toucher le fond, le jour où il pourrait en tout cas cesser d’avoir peur. Et maintenant qu’il voyait le fond sous lui, sa peur n’en était que plus intense."

Jo Nesbo, Rue Sans-souci.





dimanche 18 juin 2017

Le Coin des libraires - #56 Rouge-gorge (#3 Harry Hole) de Jo Nesbø

Rouge-gorge est en quelque sorte le tome III de la saga Harry Hole, mais il est surtout le premier à se passer en Norvège, pays de Jo Nesbø et donc de son personnage. 
Les deux premiers volets faisaient une taille relativement normale pour un roman policier, celui-là était quand même plus gros et je pense que c'est aussi pour nous préparer à lire les pavés qui arriveront pas la suite - Le Léopard ou Police ont l'air d'être hyper longs ! 

Mais voilà, Jo Nesbø décide de nous pondre un livre de plus de 600 pages pour nous laisser le temps de nous familiariser avec l'environnement du protagoniste et aussi pour permettre de jouer sur plusieurs tableaux, tisser diverses intrigues qui ne sont pas forcément toutes résolues à la fin. 
Contrairement à des polars (ou des livres en général) où on a parfois le sentiment que l'auteur a voulu meubler, qu'il a cherché à rendre son oeuvre plus grosse - j'avais trouvé que c'était un peu plus le cas dans L'homme chauve-souris par exemple - ce n'est absolument pas le cas ici, ce sont 600 pages qui sont très bien utilisées et qui passent toutes seules !




L’inspecteur Harry Hole est muté à la surveillance des milieux néonazis. Une seule consigne : faire le mort. Mais Hole le voudrait qu’il n’y parviendrait pas. Surtout quand il découvre qu’un fusil utilisé par le terrorisme international est importé sur le sol norvégien. Surtout si sa meilleure amie se retrouve mêlée à l’affaire. 
Son enquête l’amène à se plonger dans le passé d’un groupe de néonazis norvégiens ayant pris part à la Seconde Guerre mondiale. Que s’est-il réellement produit il y a plus de cinquante ans dans les tranchées de Leningrad? À mesure qu’il explore leur histoire, sa conviction grandit : l’un d’entre eux prépare un attentat…



On sent bien qu'après avoir écrit deux opus avec son héros Harry Hole, il est grand temps que l'auteur commence à "jouer" dans son domaine, dans un environnement qui lui est plus familier. C'est justement parce qu'il a lui-même apprivoisé son protagoniste qu'il nous révèle une fois encore les ficelles d'un travail rudement bien mené.

J'aime beaucoup les polars nordiques parce qu'en plus de faire des mentions répétitives au sujet du café, j'ai quasiment à chaque fois le sentiment que la psychologie des personnages y est vraiment bien développée et c'est pour moi un point essentiel : si je veux pouvoir m'identifier, ressentir de l'empathie ou au contraire de l'antipathie, il ne faut pas que le personnage soit une coquille et franchement, j'ai l'impression que les auteurs nordiques ont bien compris cette idée, Jo Nesbø inclut.

Avant d'en venir aux personnages, il serait bien de parler de l'intrigue, alors allons-y !
Autant le dire maintenant, j'ai eu un peu de mal avec l'entrée en matière que j'ai trouvée parfois longue - je pense aux chapitres correspondant aux années 1940. Ça n'a vraiment pas été très simple, je me suis perdue dans les noms des soldats ce qui est une chose que je déteste. Pourtant, en lisant la suite, je n'ai pu m'arrêter de m'interroger : est-ce que ce n'était pas la volonté de l'auteur que de nous perdre parmi ces soldats norvégiens qui ont combattu du côté des nazis durant la Seconde Guerre mondiale ?

Un gros point fort de ce livre : traiter un sujet qu'on aborde très peu (en tout cas en France) à savoir : la place de la Norvège dans la Seconde Guerre mondiale. Vous le savez maintenant, j'adore étudier cette période, j'en suis en quelque sorte fascinée (dans un sens qui est purement de la curiosité et non pas une espèce de sentiment malsain à l'égard de cette époque abominable), et je n'avais pourtant jamais entendu parler de la collaboration de certains soldas norvégiens avec l'Allemagne.
Pourquoi est-ce encore quelque chose qu'on ne nous dit pas ? On nous bassine avec la Première Guerre mondiale, la Seconde aussi, mais bizarrement on ne fait que survoler des sujets qui sont majeurs dans notre histoire et voilà qu'on préfère nous parler de choses absolument inutiles en comparaison comme l'ordre des rois de France, question éducation scolaire, ce pays a beaucoup de choses à revoir, mais bref.


Rouge-gorge de Jo Nesbø, édition Folio policier.

Même si j'ai eu du mal au début, même si je n'ai pas réussi à entrer dedans comme ça a été le cas pour les deux précédents, j'ai vraiment adoré, justement parce que Nesbø innove, il traite de sujets qui sont importants et dont on ne parle pas assez, du moins dans cet opus.
Puis j'ai eu du mal aussi parce qu'on se doute du coupable dès le début, enfin on est incapable de le désigner de but en blanc, mais les indices à son sujet nous aide.
Malgré ces deux raisons, ces deux éléments qui constituent les seuls points noirs je n'ai rien d'autre de réellement concret à reprocher à ce volet. J'ai été emporté, j'ai été happé par cette histoire au point que les 600 pages que je redoutais un peu au début sont passées comme une lettre à la poste.


Un autre point fort dans ce livre est, comme je le disais, les personnages et leur psychologie. Je pense sans rire que Hole est un des personnages les plus maltraités dans l'histoire des romans policiers, en tout cas personnellement je n'ai jamais vu un héros qui morfle autant que lui, c'est dingue. Je m'y suis habituée maintenant et je me le répéterais avant ma lecture du tome IV : il y a toujours un mort dans l'entourage de Hole, c'est inévitable.
Cette fois, franchement je ne m'y attendais pas du tout, je suis restée bête devant mon bouquin avec pour seule réflexion : WTF ?

Je me demande, Nesbø a-t-il un souci avec les femmes ? Vu comment il les maltraite, c'est une vraie question : d'abord sa soeur, puis ensuite sa coéquipière en Thaïlande, mais c'est bien pire là, c'est une catastrophe, c'est la tristesse... Bon après, l'idée de ne pas résoudre l'enquête, de laisser un blanc est géniale, cela permet de faire passerelle entre le tome III et le tome IV, chose que je vois rarement dans les polars - généralement lorsqu'un même héros revient de manière continue, il y a bien évidemment des faits sur sa vie qui sont donnés au fur et à mesure et qui permettent de mieux cerner le personnage, mais un opus se suffit à lui-même, il n'y a pas besoin de suite à proprement parler puisque l'enquête en elle-même est résolue. Ici, et bien non Nesbø décide de poursuivre cette enquête dans le volet suivant et de tenir ses lecteurs en haleine - je peux vous le dire, je trépigne d'impatience de lire le tome IV, mais là, je n'ai simplement pas le temps du tout.

En résumé, j'ai vraiment beaucoup aimé ce volet, mais pour des raisons différentes des précédents - excepté pour le personnage d'Harry que j'adore ! J'avais apprécié voyager, découvrir des ambiances, des informations sur les pays que sont l'Australie et la Thaïlande, chose qu'on ne retrouve pas ici. Je n'ai jamais été à Oslo non plus, mais ce n'est pas le premier polar norvégien que je lis, alors forcément, je suis mieux informée.

Définitivement, ça a été pour l'intrigue en elle-même (je parle de l'intrigue principale & de la secondaire avec Ellen, la coéquipière de Harry), autant que pour les personnages qui m'ont beaucoup plu. Une fois encore ça a été un plaisir de suivre Harry dans ses péripéties, dans ses folies, dans sa peine et sa réussite. Un volet réussi, plus que sept (six même) à dévorer avant de clore cette saga.






La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...