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dimanche 8 octobre 2023

L'Ultime Testament de Giulio Cavalli

 Les citoyens de DF étaient des esprits atrophiés qui erraient là où on les envoyait. 

Retour à DF qui n'est plus DF. 

Giulio Cavalli a conservé le nom de la ville pour son deuxième roman, l'ancrant ainsi dans le même genre : la dystopie. Mais c'est à peu près tout car la DF d'A l'autre bout de la mer, un village de pécheur sans grande importance, n'a rien à voir avec la DF de L'Ultime Testament qui est une ville développée, possiblement une capitale puisque le président y réside. 

La question des migrants abordée à son paroxysme par le prisme de l'économie et de la survivance des habitants de la petite DF est close. 

Fini le cannibalisme et la survie des uns menant à la mort ou à l'inhumanité des autres. 

Bonjour la science et ses dérives. 

Dans la nouvelle DF, rares sont ceux qui demeurent tels que la nature les a faits. Les membres du gouvernement sont les seuls à ne pas avoir reçu une dose d'un vaccin supprimant les émotions. Ils sont les seuls capables d'éprouver quelque chose, de s'interroger ou de réfléchir.

 ... car les membres du gouvernement de DF, depuis toujours, étaient sensibles et n'avaient pas de plafond en matière de sentiments contrairement aux autres citoyens, ils étaient au courant du brouillard injecté dans les veines des nourrissons. Comment ? Un simple additif mélangé aux vaccins traditionnels qui permettait de faire disparaître à vie la sensibilité ou, sans la faire disparaître totalement, ce qui réduirait les personnes à l'état de cailloux improductifs, de l'atténuer disons, pour obtenir des citoyens dociles et faciles à manoeuvrer tel un troupeau en file indienne dans la pente d'une colline. 

La population lambda est condamnée à recevoir le vaccin, à dépendre du gouvernement qui prend toutes les décisions pour eux. Le système fonctionne par le biais d'un système de note (chacun reçoit un nombre de 1 à 10) permettant de leur donner une place dans la société. On ne choisit pas plus son métier que son partenaire qui n'est d'ailleurs là que pour quelques années avant d'être relevé pour laisser place à un autre. 

C'est dans ce contexte qu'évolue Fausto, un employé sans histoire qui se retrouve à l'hôpital après un léger accident. 

Les citoyens de DF étaient des esprits atrophiés qui erraient là où on les envoyait. 

Gardé en observation, il fait la connaissance d'autres hommes qui, comme lui, sont gardés en observation à l'hôpital. Aucune dérive ne doit avoir lieu, personne ne doit réfléchir, poser des questions. Personne ne doit dessiner ou, sacrilège impardonnable, lire un livre. 

De toute façon lire est une tâche ardue quand les livres sont interdits. 

... si tu lisais un livre alors tu saurais que DF n'est pas un lieu comme un autre mais une nation amputée. 

Mais rien ne peut rester tel qu'il est. De tout temps, les uns refusent de ployer le genou quand les autres acquiescent le front bas et les yeux fermés. 

La résistance se forme, elle est maigre mais elle est prête à rallier quiconque partagerait la cause. Les livres passés sous les manteaux constituent la première étape pour éveiller les consciences. 

... la contrebande était le seul moyen de se sentir vivant, de ne pas se laisser écraser par tout le reste, de prouver que nous pouvons exister aussi, putain, que nous pouvons échapper au scénario fixé par le gouvernement dans lequel nous sommes tous des numéros à engrainer, à exploiter, à multiplier puis à envoyer à la décharge, non ? 

La résistance est active et prête à tout envoyer faire valdinguer. Et quand une médecin en partie responsable de la formule du vaccin s'en mêle, il ne peut y avoir que du grabuge. 

L'Ultime Testament est un récit débordant d'un sarcasme déjà présent dans A l'autre bout de la mer. Les descriptions de la société sont aussi drôles que graves, ce qui permet de désamorcer l'horreur des événements. 

Lecture exigeante dans la mesure où les phrases sont extrêmement longues (une ou plusieurs pages pour certaines) et où les dialogues se fondent dans la narration. Le sentiment d'urgence est palpable tout du long et on se prend à espérer un avenir qui semble impossible. 

La traduction, que l'on doit encore à Lise Caillat, est excellente et nous immerge dès les premières pages dans l'ambiance saturée et pleine d'interdits qu'est la ville de DF. 

Finalement, A l'autre bout de la mer m'avait passionné en prenant comme point d'appui la question des migrants, L'Ultime Testament est tout aussi savoureux en se fondant sur les pouvoirs de la science et des politiques, en s'intéressant à un vaccin dont l'idée - on peut légitimement le croire surtout au vu de la catastrophe que cela a été pour l'Italie - a pu venir de l'épidémie de Covid qui a frappé le monde en 2020.

Pour construire des émotions il faut en maîtriser le vocabulaire, or les citoyens de DF sont analphabètes. 


Collaboration commerciale non rémunérée. 

dimanche 24 janvier 2021

À l'autre bout de la mer de Giulio Cavalli

 « Traiter ces morts comme des marchandises est une infamie qui restera dans l’histoire. »


DF, petite ville portuaire italienne. Tout s’y déroule sans accro. Village de pêcheur tout d’un coup envahit par l’étranger. 

Tout commence lors de la découverte d’un corps par Giovanni Ventimiglia. Un homme, un étranger, un mort. 

C’est par la suite la découverte d’un deuxième corps.


Peu à peu la ville est envahie, une véritable marée humaine investit le village, le recouvre, l’abîme. 



Les habitants, le maire, même Rome, tout le monde est dépassé. 

Qui sont ces morts qui se ressemblent tous ? D’où viennent-ils ? Que viennent-ils faire ici ? 


Avec un fléau digne des meilleurs passages bibliques, DF doit compiler avec l’urgence de la situation. Seule face à tous ces corps anonymes mais en même temps identiques, il faut trouver une solution. 

Et le moins qu’on puisse dire c’est que les solutions sont vite trouvées. Elles débordent d’ingéniosité. Mais elles sont d’une glaçante barbarie. 


Avec À l’autre bout de la mer Giulio Cavalli s’intéresse à la question des migrants bien sûr, mais aussi à celle de l’économie, parfaitement indissociables. 

Et effectivement l’économie tient une place importante dans la perception que l’on a des migrants, ceux qui « volent notre travail »… 


À l’autre bout de la mer est un roman d’une grande force. En conjuguant différents points de vue, du plus abject au plus acceptable, le lecteur ne peut rester de marbre face aux exactions commises par certains personnages au nom de la préservation de DF ou du bénéfice. 


La lecture se fait de plus en plus difficile à mesure que les solutions inhumaines sont trouvées. Et c’est dans la normalité, la légèreté avec laquelle parlent certains personnages que les scènes sont les plus abominables. 


Quelque chose s’est brisé, a-t-elle sangloté. Oui, tu me les brises, lui ai-je rétorqué. Elle a fait semblant de chercher un objet dans un tiroir vide, pour éviter de me regarder. Je ne veux pas rester ici, vous êtes en train de devenir des bêtes, murmurait-elle le nez dans le tiroir. Tu parles au tiroir ? lui ai-je demandé.


La préservation passe avant tout, avant l’explication, avant l’aide. Il ne s’agit pas de comprendre d’où viennent ces hommes, comment ils ont pu débarquer ici, comment ils sont morts. Il s’agit de se protéger, de protéger DF et ses habitants, d’enterrer les morts le plus rapidement possible et à défaut, de les utiliser pour prospérer. 


Finalement DF devient une ville cauchemar. Une ville où les journalistes sont bannis, une ville, que dis-je un « état indépendant » puisqu’autosuffisant où les étrangers ne sont que du bétail. 

Une ville dystopique. Une dictature. 


De nouveau les éditions de l’Observatoire m’éblouissent avec leur littérature étrangère. 

J’ai adoré ce roman parce que comme toute bonne dystopie, il nous révèle quelque chose de notre monde, il dénonce une réalité connue mais évidemment largement exacerbée. 


Dans une langue simple mais diablement efficace, Giulio Cavalli (et donc aussi sa traductrice Lise Caillat) touche dans le mille, il bouscule, il dérange le lecteur. 

Il dénonce surtout ; l’égoïsme humain et sa cupidité, voilà deux éléments parmi bien d’autres auxquels vous serez confrontés à la lecture de ce roman. 












mercredi 28 octobre 2020

Le Détour de Luce d'Eramo

« Espérons au moins que cette aventure t’aura appris que chacun doit suivre sans détour son chemin. » 

Comment se raconter des années après ? la mémoire consiste-t-elle en un rafraîchissement ou un enjolivement ?

Ces deux questions sont une infime partie de ce qui fait la richesse de ce livre unique, Le Détour (en italien, Deviazione), édité par Le Tripode pour notre plus grand plaisir. 




Encore un bouquin sur la guerre vous allez me dire. 

Effectivement. 


Mais bien qu’on ait toujours tendance à insister sur la singularité de tel ou tel livre, celui-ci est encore autre chose, il interroge d’autres problématiques. 


D’ailleurs la différence majeure entre ce livre et les autres témoignages réside dans la démarche même de la jeune Luce d’Eramo en 1944.


Après être née et avoir grandi en France jusqu’à l’adolescence, la famille rentre au pays, l’Italie. 

Luce est la fille d’un des membres de la République de Salo. Fille de fasciste, fasciste elle-même, elle veut se faire sa propre idée des camps nazis, voir si la rumeur ambiante est vraie, si le nazisme vaut le fascisme. 

Alors, en février 1944, quelques semaines avant ses 19 ans, Luce d’Eramo embarque direction l’Allemagne. 


L’histoire de cette femme devenue ouvrière volontaire dans les camps de travail donne un aspect inédit : elle n’est pas à proprement parler prisonnière. Ses parents ont de l’influence au pays et son nom est gage de survie. 

Jusqu’à ce que Luce soit rapatriée, et fuit de nouveau. Cette fois sans ses papiers. Considérée comme une prisonnière lambda, elle est déportée à Dachau, et raconte comment elle est parvenue à s’échapper.


Et puis Luce est une idéaliste, elle veut aider les autres peu importe les dangers. 

En février 1945, soit un an après sa fuite, un mur s’ébat sur la jeune femme, venue prêter main forte pour libérer des blessés prisonniers des décombres. 

Le mur lui broie le corps et, désormais paralysée, c’est un long processus de guérison qui attendra la jeune femme. 


Cette histoire hors du commun, elle nous la raconte de manière décousue, éclatée. Le récit est non chronologique — le livre est linéaire du point de vue des dates d’écriture : on commence avec les années 1953-54 pour terminer en 1977. 


En racontant son histoire, l’auteure donne à voir la différence de traitement entre les travailleurs volontaires et les déportés. Elle revient sur sa solitude dans les camps, sur la gentillesse des Russes contrairement aux autres, sur la différence entre sa condition à elle, celle d’une jeune femme cultivée, et celle des autres qui voient d’un mauvais oeil cette gamine qui s’est elle-même engagée. 


Mais Le Détour c’est aussi tellement plus.

C’est une réflexion pointue et d’une extrême richesse concernant la mémoire : 


"[…] toujours est-il que mes souvenirs ne m’aidaient pas du tout. Ils en sont arrivés à se liguer ensemble contre moi pour m’empêcher de passer. C’était comme un embouteillage. Un épisode en tamponnait un autre, lequel en cabossait un troisième et ainsi de suite. Il en surgissait des nouveaux de partout, si bien que les positions respectives de chacun changeaient continuellement. Et puis, ils s’en prenaient à moi. Chacun d’eux prétendait être un souvenir authentique, contrairement à l’autre prétentieux d’à côté qui, poussé par mon imagination, voulait le doubler."


autant qu’une réflexion autour des camps et des différences entre ceux qui ont de l’argent et les autres, prouvant ainsi que l’inégalité pécuniaire demeure, même dans les camps de travail. 


Parce qu’elle était volontaire et parce qu’elle s’est attachée à parler de thèmes peu abordés, Luce d’Eramo confie avec Deviazione un ouvrage exceptionnel, une mine d’or sur la situation en Allemagne à cette époque, sur l’état d’esprit idéaliste d’une jeune femme fortunée — nombreux sont les passages où sa position sociale est vivement critiquée par les détenus qui, eux, n’ont pas eu le choix. 


En tentant de percer le secret de sa mémoire, Luce d’Eramo revient au fil des années sur son expérience concentrationnaire. En usant tantôt d’une narration à la première personne, tantôt à la troisième personne, elle s’interroge sur celle qu’elle était et n’est plus au moment de l’écriture. Parce que ce n’est plus elle, s’instaure une distance. 


Le Détour est riche de réflexions morales et philosophiques autant que de réflexions sur la mémoire et les tours qu’elle peut jouer. C’est un témoignage sur la situation en Allemagne lors de sa chute et de son état sanitaire une fois l’accident survenu. 


Le Détour est un météore. 

Le Détour est passionnant et spécial. 

Le Détour est à lire. 



Le Détour de Luce d’Eramo, traduit par Corinne Lucas Fiorato, et publié chez Le Tripode 






mercredi 22 juillet 2020

Sur quelques Notabilia...

Il est rare que j’écrive un article pour parler de quatre livres qui n’ont pas le même auteur, ni le même thème. À vrai dire, leur seul point commun est d’être des parutions des éditions Noir sur Blanc, de la collection Notabilia.



  • Place ouverte à Bordeaux de Hanne Ørstavik




Sans doute celui qui m’a le moins plu. À vrai dire j’ai vraiment hésité avant d’écrire quoi que ce soit dessus. Mais je me dis que même même si je n’ai pas grand chose à en dire, c’est important aussi de parler des oeuvres qu’on n'a pas aimé. 


J’adore cette couverture, et puis je trouvais le nom évocateur, surtout la mention de Bordeaux pour un livre écrit par une norvégienne, c’est assez étonnant. 


240 pages. Le roman fait 240 pages et il aurait bien pu en faire moitié moins que mon avis serait toujours le même. 


Je suis complètement passée à côté de cette lecture. Rien ne m’a plu, j’ai trouvé l’héroïne méprisable, son histoire pas franchement intéressante, bref... je n’ai pas accroché du tout. 

Et puis l’auteure m’a perdu avec toutes ses considérations qui, je trouve, arrivaient un peu comme un cheveu sur la soupe. Dans le sens où il y a trop de passages décousus, sans lien les uns des autres. 


Il y a pourtant bon nombre de renvoi à des plasticiens, ce qui aurait pu être intéressant, mais non, là encore ma curiosité n’a pas été piquée. 

Enfin surtout j’ai trouvé que de la première à la dernière page on n’allait nulle part. 


En lisant Place ouverte à Bordeaux j’ai eu le sentiment d’entendre l’héroïne s’entendre parler. Même tout ce qui concerne le sentiment amoureux, l’importance de la féminité, je suis restée de marbre. 


Parmi la trentaine de livres de cette collection que j’ai lus, Place ouverte à Bordeaux est, je crois, celui que j’ai le moins aimé. Avant c’était La mer de la tranquillité de Sylvain Trudel. Et bien il a été détrôné…

L'oeuvre possède des qualités indéniables, disons simplement qu'il est question de sensibilité et que je n'ai pas été particulièrement touchée. 

En d'autres mots, je suis passée à côté. 


Si quelqu’un connait ce livre ou l’auteure, n’hésitait pas à me donner votre avis ! je ne connais encore personne qui ait lu Hanne Ørstavik. 


Lily se dit qu’il faut laisser les rêves faire leur effet, sans être expliqués ou compris. Les images doivent juste pouvoir exister, et être ressenties, et tout doit pouvoir être comme il est, jusqu’à ce que cela se transforme.


Place ouverte à Bordeaux, traduit par Céline Romand-Monnier aux éditions Noir sur Blanc. 



  • Lutte des classes d’Ascanio Celestini 




Mon premier livre de l’italien, premier et sans doute pas dernier. 


Lutte des classes m’a bien plu, je l’ai trouvé amusant et intéressant.

Le roman s’attache à décrire quatre personnes vivant dans un même immeuble. 


Le premier à qui la parole est donnée est Salvatore le petit frère puis vient le tour de Marinella, une des femmes travaillant au centre d’appel. Pourvue d’un bec de lièvre, elle vit de façon solitaire. Et c’est après à Nicola, le grand-frère de Salvatore d’être au centre de l’histoire. Lui aussi travaille au centre d’appel, nuit et jour, pour pouvoir aider sa famille. Et enfin c’est mademoiselle Patrizia qui ne travaille pas là-bas, mais qui a beaucoup de choses à dire. Sur sa solitude notamment. 


Comme je l’ai dit plus haut, ce livre est amusant. Et c’est là pour moi toute sa force car Celestini ne traite que de sujets sérieux dans son ouvrage : rejet des autres pour cause de différence, pauvreté accrue, dérives liés à la mondialisation, considération pour les femmes… 


Avec humour (et surtout ironie), l’auteur dénonce tout un tas d’éléments qui sont aujourd’hui au centre de nos quotidiens. 

Chaque personnage ajoute sa pierre à l’édifice de la loufoquerie. Salvatore tient en haute estime la lingerie de sa voisine du dessus par exemple pendant que Nicola lui raconte des ébats sexuels tout ce qu’il y a de plus extravagant. 


Finalement, une fois la dernière page tournée, on comprend que Patrizia sert de reliant entre les êtres. Cette anti-consumériste est le noyau dur. 

Et malgré la loufoquerie et l’ironie disséminés ici et là, il y a une forme de suspense dans chaque partie, un suspense qui ne prend fin qu’à la lecture des dernières pages de ces dites parties. 


Dit comme ça Lutte des classes ne fait pas fier allure, mais grâce à l’intérêt éprouvé pour ces personnages normaux, laissés de côté, grâce à la plume de Celestini (sans doute très bien … grâce à la traduction de Christophe Mileschi) qui donne véritablement à voir quatre personnages distincts avec des préoccupations et des aspirations différentes. 


Lutte des classes a été une très bonne lecture. Oscillant entre ironie et sérieux, on sort de cette histoire avec une question : est-il nécessaire de rire de la vie de gens désaxés pour ne pas tomber dans le pathos ? 


"Et la fatigue qui m’accablait comme un gros pull et toutes les pensées qui pesaient sur mes épaules, je les aurais démêlées et posées par terre."


Lutte des classes, traduit par Christophe Mileschi aux éditions Noir sur Blanc 


  • Journal d'un psychotronique de Aleksi K. Lepage




Paru en 2017 chez Noir sur Blanc, Journal d’un psychotronique entre dans le panthéon des oeuvres bizarroïdes. 


Cet avis sera court pour deux raisons : la longueur du roman (environ 80 pages) ne permet pas d’avoir énormément de choses sur lesquels se reposer sans prendre le risque de vous spoiler ; mon manque d’intérêt pour cette oeuvre. 


Depuis sa sortie j’avais envie de le découvrir, ça avait l’air complètement décalé. Et qu’on ne s’y trompe pas, c’est complètement décalé ! 


On suit un personnage qui décide de reprendre son journal, abandonné des années plus tôt. Et pendant toute la longueur de l’oeuvre, on va suivre ses récriminations, ses réflexions. Complètement à côté de la plaque, le narrateur n’a rien, pas d’argent, pas de travail, pas de relations. Seul, enfermé dans son journal, ça part dans tous les sens. Ça part vraiment trop dans tous les sens. Si bien que j’ai lu d’un oeil, prise d’ennui parce que la vie du narrateur est tout sauf palpitante. 


On se dit que ça n’a ni queue ni tête, mais ce n’est rien, le sens viendra plus tard. Et on l’attend, encore et toujours, jusqu’à la dernière page. Et le sens se fait grand absent de l’oeuvre. Ça part dans tous les sens, mais ça ne va nulle part. 

Je crois tout simplement que je suis malheureusement passée à côté... Un peu comme pour Place ouverte à Bordeaux quoi. 


Finalement je ressors de cette lecture avec un sentiment assez mitigé, sans savoir quoi vraiment en penser. Peut-être que c’était le but d’Aleksi K. Lepage. Ou peut-être pas du tout. 


Ma vie, je n’ai pas la fougue ni le talent de la raconter, de l’écrire pour d’autres, pour vous, de la réinventer, de la mettre en scène, enfin de jouer avec ; ma vie, donc, comme à peu près tout le monde je me contente de la vivre à défaut de pouvoir en faire une bonne histoire.




  • Solstice d’hiver de Svetislav Basara





Le roman que j’ai lu le plus récemment. Là encore il s’agit de mon premier roman de l’auteur serbe. 


Solstice d’hiver était plus que prometteur. À la lecture de la première dizaine de pages (sur 130) je me suis dit « ok c’est hyper bizarre, mais ça a l’air aussi vachement cool ». 


Il y en a eu des livres bizarre publiés chez Notabilia et qui méritait une attention particulière — je pense à Et au pire on se mariera par exemple.


Ce roman met en scène un narrateur dont on ne connait pas le nom. Tout ce qu’il faut savoir, c’est qu’il a connu Nana, que celle-ci est morte d’un cancer de la peau (tout le monde savait qu’elle mourrait comme ça, sauf son mari) et qu’elle a décidé de lui faire parvenir son journal. 


Le roman se concentre sur Nana, sur sa vie avant sa mort, sa rencontre avec le narrateur, leur courte liaison. Nana est la figure de LA femme que tous les hommes désirent, mais une femme qui est apparemment frigide - ce qui explique pourquoi elle s’est mariée avec Lovejoy, ce professeur des universités aussi barbant qu’impuissant. 


Le narrateur nous raconte les choix de celle qui a vécu pendant 33 ans. Comment elle a eu ses premières règles, comment elle a tué son père en l’irradiant un peu plus chaque jour.


Et parallèlement à cela, le narrateur nous raconte comment il a été abandonné par son père, comment ce dit père a décidé, comme Nana, d’envoyer une sorte de journal à son fils. 

La démarche est la même et de manière parallèle le narrateur nous entraine vers une fin inexorable. Une fin horrible.


Horrible, mais plutôt attendue. 


Solstice d’hiver a été une bonne lecture. Moins bonne que Lutte des classes parce que j’ai des petites choses à redire dessus. Principalement concernant la narration que j’ai trouvé franchement lourde, et aussi à cause du fait que c’est parfois trop barré. Enfin c’est surtout que la narrateur fait des digressions qui, pour moi, n’ont pas lieu d’être. Ça n’ajoute rien à le lecture si ce n’est que ça embrouille le lecteur. 


J’aimerais bien lire autre chose de Svetislav Basara histoire de vraiment me faire un avis dessus. Je me souviens avoir lu Le coeur de la terre en 2017, un roman sur Nietzsche et sur son voyage à Chypre. Je me souviens que j’avais trouvé l’écriture vraiment fluide car, moi qui n’y connais rien au philosophe j’avais apprécié ma lecture malgré certaines difficultés. 

Donc je sais que Basara peut être intéressant. Le tout reste de savoir si Noir sur Blanc éditera oui ou non un troisième livre de lui. 


Concernant les cinq dernières pages du livre intitulée Basara n’existe pas et écrit par David Albahari je n’ai pas grand chose à dire simplement parce que je n’ai franchement rien compris. Alors voilà je ne sais pas trop où l’auteur voulait en venir, mais il m’a perdu et ce, dès la première page… 


Quand elle ferme les yeux, dit-elle, c’est comme si elle n’existait pas. Elle a terriblement peur du noir. Elle aimerait que, tant que nous sommes éveillés, il fasse aussi clair en nous qu’en plein jour.


Solstice d'hiver, traduit du serbe par Gojko Lukić aux éditions Noir sur Blanc 






dimanche 5 avril 2020

Le Coin des libraires - La Solitude des nombres premiers de Paolo Giordano

Je ne sais plus depuis combien d’années ce livre est sur ma liste d’envies, au moins six, ou peut-être même sept ? Bref la sortie des éditions collectors de Noël c’est toujours l’occasion de découvrir de nouveaux titres, et de s’en procurer d’autres qu’on connaît mais qu’on n'a pas encore eu le temps de lire. 

C’est ce qui s’est passé pour La Solitude des nombres premiers de Paolo Giordano. Je voulais le lire mais ce n’était pas pressé, et puis cette merveilleuse édition est sortie. 

Écrire cet avis risque d’être délicat. 
Les raisons ? l’attraction / répulsion que le roman exerce sur moi depuis que j’ai tourné la dernière page. 



Commençons pas le commencement, c’est-à-dire par l’enfance d’Alice, fille unique, envoyée aux sports d’hiver alors qu’elle déteste le ski, qu’elle est toute seule et qu’elle a ce problème d’avoir toujours envie de faire pipi une fois partie sur les pistes. Cet élément en apparence anodin va régler toute sa vie future. 
À coté, il y a Mattia, frère jumeau de Michela, atteinte d’une maladie, du moins d’un retard entraînant l’énervement du frère qui se trouve être mis au ban à cause de sa soeur. Un jour ils sont invités à un anniversaire, mais Mattia ne veut pas se coltiner son empotée de soeur, il décide donc de la laisser seule dans le parc… 

On retrouve les deux protagonistes quelques années plus tard, au lycée, où ils se rencontreront et deviendront amis. 

Ça c’est le postulat de base. 

Les années passant on suit Mattia et Alice dans des moments charnières. On les quitte pendant cinq ans, pour les retrouver grandit, et toujours amis.

Mattia pensait qu’Alice et lui étaient deux nombres premiers jumeaux, isolés et perdus, proches mais pas assez pour se frôler vraiment. 

Ce livre m’a souvent fait penser à Un jour de David Nicholls, un roman où il est question de deux amis amoureux l’un de l’autre mais qui n’arrive pas à sauter le pas et qui préfère donc être malheureux de leur côté plutôt qu’heureux ensemble.
Pour moi La Solitude des nombres premiers c’est exactement ça. 

Le lecteur sait aussi bien que les personnages qu’ils s’aiment et pourtant il ne se passe rien… C’est le point négatif de ma lecture. J’avais peur que ce soit trop fleurs bleues en mode « on finit ensemble parce qu’on est des âmes soeurs » donc de ce point de vue là je n’ai rien à dire, mais je trouve que c’est un véritable gâchis — je ne suis jamais contente, je sais. 

Au-delà de ça j’ai adoré ma lecture. C’était hyper addictif, je lisais un chapitre j’avais directement envie d’en lire un autre. 
Mattie comme Alice sont des personnages que j’ai adorés, ils sont puissants, intéressants, recherchés. Je trouve que tout se passe dans les premiers chapitres. Si on ressent de l’empathie pour eux à ce moment, alors on en ressentira durant toute la lecture. 

Ils vivaient la lente et invisible compénétration de leurs univers, tels deux astres qui gravitent autour d’un axe commun, dans des orbites de plus en plus étroites, et dont le destin évident consiste à coalescer quelque part dans l’espace et le temps.

J’ai tellement accroché aux personnages et à leurs histoires que j’ai laissé de côté le roman pendant une semaine. Il me restait 80 pages mais je ne pouvais pas le finir. Je ne voulais pas les quitter, je ne voulais pas connaître la fin. Je voulais simplement rester dans cet entre-deux, celui où on a fait la découverte de vies et qu’on n’est pas encore prêt à connaître le fin mot. 

Mais il a bien fallu arriver au bout, accepter de refermer le livre et quitter cette histoire. 
J’aimerais une suite parce que le sentiment d’inachevé que je ressens refuse de s’en aller. Il n’y en aura pas, j’en ai bien conscience — elle aurait été écrite depuis bien longtemps sinon ! 
Alors j’ai lu les dernières pages et j’ai été déçue, déçue de voir la solitude triompher, de voir les non-dits gagner tellement de terrain qu’ils demeurent au centre de leur vie. 

Il y avait eu cet épisode, et il y en avait eu de nombreux autres, qu’elle avait oubliées, car l’amour de ceux que nous n’aimons pas se dépose à la surface de nos pensées et s’évapore en toute hâte.

La Solitude des nombres premiers est un très beau livre, bien construit, prenant dès la première page et aussi désespérément pessimiste. 

Mattie et Alice sont des personnages qui risquent de rester longtemps avec moi, des personnages pour lesquels j’éprouve une sympathie sans bornes, des personnages avec lesquels j’ai vibré, et appréhendé la fin. 





mercredi 19 décembre 2018

Le Coin des libraires - #120 La goûteuse d'Hitler de Rosella Postorino

Merci aux éditions Albin Michel et à Babelio pour m'avoir permis de découvrir ce roman en avant-première. Sa sortie officielle est prévue pour le 2 janvier 2019. 

À la base j'avais décidé de refuser toute opération privilégiée jusqu'à la fin de l'année, j'ai déjà tellement d'ouvrages à lire pour mes études et plus largement, chez moi, que je ne voulais pas me rajouter de lecture. Oui mais ça c'était avant de recevoir un mail me proposant ce livre. 
Comme vous vous en doutez maintenant, il m'a suffit de lire le titre pour avoir envie de le découvrir. Même si je ne vais pas lire que ça durant les deux prochaines années, j'ai décidé de travailler sur les récits de fiction documentés sur la Seconde Guerre mondiale (mes recherches ne concernent que la littérature française !) et ma curiosité a forcément été piquée quand j'ai vu ce titre. 


1943. Reclus dans son quartier général en Prusse orientale, terrorisé à l’idée que l’on attente à sa vie, Hitler a fait recruter des goûteuses. Parmi elles, Rosa. 
Quand les S.S. lui ordonnent de porter une cuillerée à sa bouche, Rosa s’exécute, la peur au ventre : chaque bouchée est peut-être la dernière. Mais elle doit affronter une autre guerre entre les murs de ce réfectoire : considérée comme « l’étrangère », Rosa, qui vient de Berlin, est en butte à l’hostilité de ses compagnes, dont Elfriede, personnalité aussi charismatique qu’autoritaire. 
Pourtant, la réalité est la même pour toutes : consentir à leur rôle, c’est à la fois vouloir survivre et accepter l’idée de mourir.

Je suis parvenue à me plonger dedans, mais pas de la manière que j'aurais souhaité - je lisais une dizaine de pages par-ci une dizaine de pages par-là. Le début ne m'a pas franchement enchanté. J'ai trouvé la mise en place assez longue. Bref, après avoir mis une petite semaine à lire les cent premières pages, je me dis que ce n'est pas exactement ce que j'attendais. 

Et pourtant, une fois passée cette centaine de pages, immersion directe. La mise en place est longue, on suit Rosa dans son quotidien répétitif et parfois sans grand intérêt. Et pour moi, tout s'enchaîne avec l'entrée du personnage de Ziegler. Toute la complexité du roman apparaît avec ce personnage. C'est à ce moment que Rosa est tiraillée entre son statut de femme mariée qui vit chez ses beaux-parents parce que son mari a dû partir au front et celui de simple citoyenne allemande qui doit accepter la tyrannie des SS. 


Ce déchirement du personnage à partir de Ziegler m'a énormément plu. J'ai trouvé les questionnements vraiment pertinents et pas seulement là pour faire avancer l'histoire. Il en va de même pour les autres goûteuses. Si je trouvais leur présentation un peu invraisemblable, du moins pas vraiment intéressante, au fur et à mesure l'auteure parvient à bien détailler ses personnages et à en faire des êtres vivants et non plus de simples figures fantomatiques dans une histoire qui ne les concerne pas réellement. Le personnage d'Elfriede est sans conteste celui que j'ai préféré. On sent qu'elle cache quelque chose derrière son tempérament assez bipolaire, mais je ne pensais pas que ce serait ça pour autant. 

L'histoire s'enchaîne très bien, le personnage de Rosa est à mon sens vraiment trop sage. C'est vraiment l'archétype de la bonne allemande qui refuse la guerre, refuse Hitler, bref elle a déjà compris tous les problèmes liés au Troisième Reich, bref elle semble un peu trop parfaite. Jusqu'à l'arrivée de Ziegler qui va remettre en cause tout un tas de choses. 
D'ailleurs, pour ce qui est de ce personnage, je trouve que c'est un des mieux réussis. Il est complexe dans le sens où il ne semble pas particulièrement méchant ni même cruel, mais il n'est pas franchement bon non plus. C'est pour moi le plus aboutit de tous parce que l'auteure a su en faire un être humain, un être qui a commis des atrocités au nom de ses idéaux (lorsqu'il raconte à Rosa pourquoi il a demandé à être muté), et qui est hanté par ce qu'il a vu. On retrouve donc ici aussi l'image du bourreau dépeinte de manière réaliste, tout en essayant d'une certaine façon de le rendre attachant au lecteur. 

Le bémol de cette histoire avec Ziegler, c'est la finalité. Alors là j'ai pas compris pourquoi ils arrêtent de se voir avec Rosa, il raconte un peu ce qu'il faisait avant d'arriver à la Wolfsschanze, puis il part retrouver sa famille, il revient, les goûteuses sont confinées dans un même bâtiment et tout est fini. J'ai trouvé ça expéditif et sans vraie raison, c'est dommage. 




J'ai particulièrement aimé le côté rétrospectif de l'histoire, ça fait très "témoignage", ça ajoute, à mon sens, de l'épaisseur au récit. Mais des fois, je trouve ça un peu gratuit aussi. Rosa nous répète plusieurs fois "je ne l'ai appris que plus tard", ce genre de choses, sans forcément s'étaler dessus. C'est bien de le savoir, mais ce serait mieux de développer un peu. Par exemple, on ne sait pas ce que Ziegler devient une fois qu'il l'a fait évacuer vers Berlin. On n'a jamais aucune nouvelle de lui et c'est dommage quand l'on sait qu'il est un des personnages principaux de l'histoire - oui, je déteste rester dans l'ombre haha ! 

L'auteure amène très bien le passé de Rosa. Le fait d'invoquer sa famille, notamment la disparition de son père, puis celle de sa mère permet de mieux comprendre le personnage sans pour autant tomber dans le pathos. On comprend un peu mieux pourquoi elle prend ces décisions, pourquoi elle est si farouchement opposée à Hitler et à son gouvernement. Alors oui, ça fait peut-être un peu le cliché de la bonne allemande qui a dû subir sous peine d'être supprimé, mais finalement n'est-ce pas simplement ce qu'il s'est passé en réalité ? 

Je voudrais enfin ajouter que la dernière partie m'a laissée sur ma faim. Son mari, Gregor revient, mais ça ne colle pas ? Je ne comprends pas. Je ne comprends pas comment on peut nous parler d'une relation durant 300 pages, de la douleur d'une femme qui apprend que son mari a disparu, pour finalement en arriver à cette conclusion. Je trouve la fin bien trop pessimiste par rapport au reste du roman. Donc oui, pourquoi pas j'imagine, mais c'est dommage de terminer de cette façon, sur la solitude de Rosa et sur ses secrets finalement. Tout ce qu'il s'est passé durant son absence est passé sous silence et c'est bien les non-dits qui ont détruit leur relation. Et la femme qui a inspiré Rosa est restée avec son mari jusqu'à ce que celui-ci décède bien des années après la guerre. 

Globalement ça a été une très bonne lecture. Un démarrage plutôt difficile, mais une fois entrée dedans, il devient difficile de lâcher le bouquin. Un personnage principal charismatique et intéressant, et surtout, un personnage inspiré de la réalité. 
Tout au long de l'ouvrage, je me demandais ce qu'il y avait de réel dans l'histoire. À titre d'exemple, est mentionné l'attentat qui a failli coûter la vie à Hitler en juin 1944, les éléments relatés dans l'ouvrage sont fidèles à la réalité. 
L'auteure mentionne dans une note que cette idée lui est venue par le biais d'une interview d'une femme, Margot Wölk, qui, en 2013 a donné une interview en Allemagne où elle racontait justement son métier de goûteuse pour Hitler qui a duré deux ans. 

Pour ceux que ça intéresse, j'ai trouvé un article qui relate rapidement ce qu'a vécu cette femme durant la guerre et on se rend rapidement compte que Rosella Postorino s'est largement inspirée de son vécu pour écrire son roman. Elle dit d'ailleurs qu'elle souhaitait la rencontrer, mais que malheureusement, Margot Wölk est décédée avant qu'elle puisse le faire. 


La goûteuse d'Hitler de Rosella Postorino est donc un roman documenté comme j'en cherche, c'est-à-dire une histoire où l'auteure ajoute des éléments imaginaires, mais où il y a aussi une grande part de vérité. Pour répondre à ma question de savoir si les romans documentés sur la Seconde Guerre mondiale peuvent permettre au lecteur d'apprendre quelque chose sur l'Histoire, ici, je dirais cent fois oui. J'ai passé un très bon moment de lecture et j'ai appris des choses, je ne peux donc que remercier l'auteure pour la qualité de son ouvrage et une fois encore les éditions Albin Michel pour m'avoir donné l'opportunité de le découvrir en avant-première. 









dimanche 11 juin 2017

Le Coin des libraires - #55 Dernier Noël de guerre & Moi qui vous parle de Primo Levi

Après avoir lu et aimé découvrir Primo Levi en tant que témoin des camps, mais également en tant qu'écrivain, j'ai eu envie de me plonger dans d'autres oeuvres de lui. 

Le hasard a voulu que les éditions 10/18 ont réédité Dernier Noël de guerre il y a peu et que les éditions Pocket ont publié un entretien inédit de Primo Levi, Moi qui vous parle, datant d'un peu avant sa mort en 1987. Je voulais lire La Trève au départ, mais je ne l'ai pas trouvé, alors je me suis penché sur ces deux livres qui sont très différents. 



  • Dernier Noël de guerre


Ce livre est un recueil de 13 nouvelles allant de la nouvelle animalière aux fragments autobiographiques - comme c'est le cas dans la nouvelle éponyme. 

Malheureusement, j'ai trouvé ce recueil assez inégal. Les premières nouvelles ne m'ont pas particulièrement captivée, en revanche d'autres valent largement le détour : Dernier Noël de guerre par exemple. Celle-ci met en scène un juif déporté qui fête Noël à la façon chrétienne. J'ai vraiment beaucoup aimé cette nouvelle, je l'ai trouvé touchante, différente des témoignages habituels sur la Seconde Guerre mondiale. 
Je trouve donc dommage qu'elle soit la seule dans cette veine (j'entends par là une veine clairement historique), mais on trouve d'autres nouvelles qui font penser à l'oppression, c'est le cas de cette nouvelle absolument géniale nommée "État-civil" qui nous entraîne dans un monde dystopique, où la mort est contrôlée. 


Il y a aussi "Le buffet" qui met en scène un kangourou et traduit l'étouffement, la volonté de fuir le monde, elle est vraiment bien écrite, l'auteur prouve ici qu'il n'est pas simplement un "écrivain-témoin", mais également un écrivain tout court. 

Autrement, certaines nouvelles animalières m'ont beaucoup amusé notamment l'interview avec l'araignée, mais au-delà de ces appréciations pour certaines nouvelles, on ne trouve pas d'homogénéité dans le recueil, ce sont plus des nouvelles qui ont été regroupées sans qu'il y ait une véritable cohérence, ce qui rend le recueil assez inégal, malheureusement. 


Dernier Noël de guerre & Moi qui vous parle de Primo Levi.


  • Moi qui vous parle


Autant le dire maintenant : autant Dernier Noël de guerre m'a déçue pour son manque d'unité, autant Moi qui vous parle m'a déçu pour son manque de contenu. 
La première chose que l'on aperçoit à la vue du livre, c'est bien évidemment cette phrase "L'ultime entretien inédit", forcément ça donne envie. J'ai un peu eu le sentiment qu'on m'a vendu un truc sur du sable malheureusement, et ça m'embête un peu, mais il faut vraiment penser à arrêter d'écrire ce genre de trucs, ça fait vendre, mais j'ai bien le sentiment que ça déçoit plus qu'autre chose au final. 

Alors attention, je ne dis pas non plus que ce livre est dénué d'informations, qu'il est d'un ennui mortel et bon à jeter. Je dis seulement que ce qu'on nous donne ne rassasie par l'appétit qui nous habite. Comme je le disais dans mon article sur Primo Levi justement, je m'interroge énormément sur les raisons de son suicide, je me demande si ce ne pourrait pas être un accident, etc. et je m'étais dit qu'étant le dernier entretien, peut-être qu'on pourrait y déceler une information, quelque chose qui permettrait peut-être de comprendre. Malheureusement, la mort soudaine de l'écrivain n'a pas permis à Giovanni Tesio (l'homme qui interroge Levi) de venir à bout de leur entretien ce qui explique le manque de données sur sa vie d'adulte, notamment après les camps.


Beaucoup de réponses sont intéressantes, on en apprend plus sur son enfance, son adolescence, mais j'avais du mal à m'imaginer la chose tellement le ton me paraissait loin, trop détaché, sans aucune intimité. 
Oui, ce qui me gêne le plus dans cet entretien est le fait qu'il soit inachevé, alors oui on nous prévient dès la préface, mais il serait bon de le noter, ça permet en plus d'en déduire qu'il s'agit de "l'ultime entretien", mais bref. Malheureusement, on n'en apprend pas plus sur l'homme qu'a été Primo Levi à la sortie des camps - si ce n'est ce qu'il a dit dans les préfaces de Si c'est un homme par exemple, il nous dit au détour d'une phrase qu'il s'est marié et a eu un enfant, mais le mystère reste entier. 



C'est donc sur une touche assez négative que je suis venue à bout de ces deux livres, lus dans la foulée. Mais ce n'est rien, ce que ne sont pas d'immenses déceptions non plus, alors je vais persévérer, trouver et lire La Trève, et Lilith. 






La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...