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mercredi 17 février 2021

La Voix des vagues de Jackie Copleton

9 août 1945, Nagasaki 


Pendant longtemps je culpabilisais parce que, quand je lis sur la Seconde Guerre mondiale, je lis toujours sur les camps, la situation en Allemagne, l’Occupation en France. Mais jamais sur les bombes atomiques lâchées à Hiroshima d’abord, à Nagasaki ensuite. 



Je n’ai pas d’explication à donner à cette lacune si ce n’est que je ne trouvais pas vraiment de livres qui donnaient suffisamment envie — si vous avez des titres, je suis preneuse ! 


Tout ça pour dire que j’ai fini l’année 2019 avec ce cadeau, La Voix des vagues de Jackie Copleton et alors je me suis dit que c’était un signe. 

L’auteure n’est pas japonaise mais elle a vécu et enseigné à Nagasaki durant des années donc c’est tout comme. 

D’ailleurs j’ai aimé l’inclusion d’un mot japonais accompagné de sa traduction en tête de chaque chapitre. C’est une plongée au cœur de la culture japonaise, de leur façon d’être ou de se représenter les choses. 


À titre d’exemple


« Kodakara : comme le dit un poète japonais du VIIIᵉ siècle, il n’est pas de trésor plus précieux que les enfants. Selon les croyances populaires japonaises, les enfants sont des cadeaux du paradis, et ceux qui sont âgés de moins de sept ans méritent une attention particulière. Ces croyances ont une profonde influence sur leur éducation, avec pour résultat une relation étroite entre mère et enfant. »


Le roman débute bien des années après la catastrophe, nous sommes aux États-Unis et une femme âgée, Amaterasu Takahashi voit un homme apparaître sur son perron. Il déclare être son petit-fils, Hideo, présumé mort à 7 ans le 9 août. 


S’ensuit un retour en arrière, une plongée dans le Nagasaki d’avant avec de belles descriptions pour célébrer la beauté d’une ville qui finira en cendres. 

On fait la connaissance d’Amaterasu plus jeune, avant même qu’elle ne rencontre son mari, son roc, Kenzo, avant même qu’ils aient une fille, Yuko, et avant même que celle-ci donne naissance au petit Hideo. 


Fragmenté, enchâssé, le récit qu’on nous délivre recolle au fur et à mesure toutes les pièces du puzzle pour donner à voir un plan d’ensemble. Pour expliquer comment on a pu en arriver là, comment sa fille Yuko, infirmière, a pu se retrouver dans le secteur où la bombe a tout annihilé sur son passage. 


Entre culpabilité, haine et regrets, Amaterasu, devenue vieille femme est petit à petit grignotée par son passé ; elle qui a perdu son mari, elle qui doit vivre dans un pays qui n’est pas le sien. 

Voilà quasiment 40 ans que les faits se sont produits et Amaterasu, terrassée par le chagrin, dévorée par l’alcool qu’elle s’enfile pour oublier son déchirant passé, n’est pas prête à remettre en question ses convictions. 


Non, Hideo est mort, non il n’a pas pu survivre. 

Kenzo et elle l’ont recherché mais on leur a dit que de leur fille, de leur petit-fils, il ne restait rien. Ils ont disparu voilà tout.


La venue d’Hideo remet évidemment en cause toutes ses croyances. En refusant d’accepter cet homme sans mémoire comme son petit-fils, Amaterasu pose la question du pardon. D’un pardon qui est un voyage, un pardon qui ne s’accorde pas aisément. La Voix des vagues tente de redonner une voix à ces êtres qu’on a cru disparu, illustre par le biais d’une histoire familiale, l’horreur vécue ce fameux 9 août. 


Cette chose atroce, inhumaine que les japonais nomment « Pikadon ». Jackie Copleton en use souvent pour nommer le bombardement mais ne sachant pas exactement ce que ça veut dire j’ai trouvé qu’il s’agit d’une alliance entre Pika (pour les connaisseurs de Poké, pas besoin de vous expliquer que ça signifie « étincelle ») et Don qui veut dire « boum ». Littéralement : étincelle et boum. Je pense que la force d’évocation suffit à elle-même… 


Le seul bémol selon moi c’est l’omniprésence de l’histoire intime qui prend le pas sur l’histoire du bombardement de Nagasaki. 

Je trouve que les pages où se passe le bombardement sont exceptionnelles de réalisme. La fuite du temps qui semble comme bloqué, cette poussière, cette destruction massive, tout y est et pour le coup ouais, c’est extrêmement bien écrit. 

Mais les pages concernant Amaterasu et Sato, mouais bof. Je comprends l’intérêt de cette relation, notamment par rapport à l’idée du besoin de pardonner à autrui pour continuer à vivre et ne pas finir comme une coquille vide, morte à l’intérieur. Mais ça m’a bien moins intéressé parce que je le lisais vraiment pour découvrir le déroulé de cette journée noire… 

Au-delà de ça j’ai aimé cette lecture, je l’ai trouvé intelligente, sensible, j’ai aimé cette attention donnée aux coutumes japonaises, à leur tradition, etc.


La Voix des vagues est un très bon premier roman, on sent l’attachement de l’auteure pour le Japon et en particulier pour Nagasaki. D’ailleurs à ce sujet, dans ses remerciements, elle déclare : « La Voix des vagues est mon remerciement le plus sincère aux gens de Nagasaki, pour la gentillesse et la générosité dont ils ont fait preuve à mon égard, pour leur compassion et leur dignité face à une inimaginable tragédie et pour le message de paix qu’ils continuent à envoyer au monde. Plus jamais ça. »


C’est bien ce qu’on espère. Ce plus jamais. 


La Voix des vagues de Jackie Copleton traduit de l’anglais par Freddy Michalski, éditions Pocket collector. 







mercredi 25 novembre 2020

Une putain d'histoire de Bernard Minier

Lorsque j’ai reçu ce livre à Noël (2019) j’étais mi-figue mi-raisin. Ayant beaucoup aimé Glacé j’étais au départ partie pour continuer sur ma lancée avec l’exploration des aventures du commandant Servaz. 


Puis j’ai reçu Une putain d’histoire, un one-shot de Bernard Minier toujours. 

Je suis entrée dedans comme on entre dans un bon bain chaud : rapidement et avec plaisir.


Ce thriller raconte l’histoire de Henry, le narrateur qui n’est autre qu’un adolescent de seize ans vivant sur une île appelée Glass Island, à la limite entre les États-Unis et le Canada. Dès les premières pages un drame survient : Henry prend tous les jours le ferry avec ses amis afin de se rendre au lycée, mais voilà qu’un jour Naomi, sa petite amie, souhaite prendre ses distances. Et voilà que le lendemain, Naomi a disparu, pis, elle est retrouvée morte, échouée sur la plage, prisonnière d’un filet de pêche. 


Qui a bien pu tuer la belle Naomi ? Henry, en coupable tout désigné va-t-il parvenir à renverser la tendance ? Lui et ses amis, en apprentis enquêteurs seront-ils capables de démêler le vrai du faux ? 


C’est un véritable page-turner que nous a pondu Bernard Minier avec ce roman. On suit alternativement différents protagonistes, si bien que différentes pistes s’offrent à nous. Minier parvient avec brio à perdre son lecteur parmi la ribambelle de personnages, tous en apparence aussi coupables les uns des autres.


C’était amusant et prenant de suivre cette affaire, de se méfier de tous, même du narrateur - après tout, ce ne serait pas la première fois qu’un narrateur est un menteur n’est-ce pas ? 

Alors personne n’était laissé de côté, tous pouvaient être coupables. 

Alors j’ai continué d’enchaîner les chapitres, de tourner les pages si vivement que le roman a été avalé et digéré. 


Cette histoire m’a beaucoup fait penser à Shutter Island de Dennis Lehane. Sans doute à cause de cette couverture qui décrit parfaitement bien l’ambiance du roman : une mer agitée, une météo pluvieuse et orageuse. Bref, il ne fait pas forcément bon vivre sur Glass Island. 

Et puis à cause de Henry aussi, même s’il n’a rien à voir avec Teddy. Ceux qui l’ont lu comprendront, pour les autres, je préfère vous laisser la surprise. 


Parce qu’Une putain d’histoire est un thriller intelligent. Possédant quelques longueurs ici et là (principalement lorsqu’on suit d’autres personnages comme celui de Noah) mais au-delà de ça, il se laisse dévorer jusqu’au dénouement final, jusqu’à ce dernier chapitre deux ans après les faits. 

Ce chapitre m’a plu. Il a confirmé mes doutes du tout début, jusqu’à ce que j’abandonne cette piste pour me perdre dans les autres. Il faut croire en son instinct, voilà ce que m’a rappelé ce livre, de toujours se fier à son idée première parce qu’au final, elle pourrait s’avérer être la bonne. 


Je ne peux en dire plus sans en révéler de trop. Pour tous les fans de thriller, de roman policier et j’en passe, cette histoire est faite pour vous. Elle démontre qu’en France aussi on a des pointures du genre. Elle démontre qu’une bonne histoire, c’est avant tout de bons personnages et un bon cadre. Bernard Minier, en menant tout le monde en bateau réussit magnifiquement bien à traduire la peur, la culpabilité, le mensonge, et la manipulation. 









samedi 19 mai 2018

Le Coin des libraires - #96 Un goût de cannelle et d'espoir de Sarah McCoy

J'ai reçu ce magnifique roman pour Noël et je dois dire dès à présent que l'objet livre est très beau, et surtout, il fait très période de fêtes, alors je n'ai pas résisté, je l'ai lu quelques jours après qu'il ait rejoint ma pile à lire. 

Ça a donc été une de mes premières lectures de 2018 après Gone Baby Gone de Dennis Lehane. J'ai pris ce roman avec moi lors de mon passage à Paris, j'avais envie d'une lecture, disons, plus légère après ce polar qui retourne littéralement l'estomac ! 


Allemagne, 1944. Malgré les restrictions, les pâtisseries fument à la boulangerie Schmidt. Entre ses parents patriotes, sa sœur volontaire au Lebensborn et son prétendant haut placé dans l'armée nazie, la jeune Elsie, 16 ans, vit de cannelle et d'insouciance. Jusqu'à cette nuit de Noël, où vient toquer à sa porte un petit garçon juif, échappé des camps...
Soixante ans plus tard, au Texas, la journaliste Reba Adams passe devant la vitrine d'une pâtisserie allemande, celle d'Elsie... Et le reportage qu'elle prépare n'est rien en comparaison de la leçon de vie qu'elle s'apprête à recevoir.



Tout d'abord, je ne connais pas du tout Sarah McCoy, je ne sais pas ce qu'elle a publié avant, ce qu'elle publiera après, ni rien. J'ai voulu lire ce roman pour sa couverture forcément et parce que je trouve le titre très bien trouvé - sans doute parce que j'adore la cannelle haha ! 

Ne connaissant rien du tout sur l'histoire, j'ai eu l'agréable surprise de découvrir un double récit, l'un se déroulant sous l'Allemagne nazie, l'autre se passant dans les années 2000 au Texas. Autant dire que j'étais bien contente de me retrouver pendant la Seconde Guerre mondiale et que c'est évidemment ces moments du livre que j'ai le plus aimé. Pour une fois, on est du côté allemand, on suit une famille de boulanger, le père, la mère et surtout les deux soeurs : Hazel et Elsa. 
C'est surtout Elsa qu'on va suivre, c'est généralement son point de vue, son histoire, même si on a accès à la vie d'Hazel par le biais de ses lettres. 
Sans entrer dans les détails de la guerre, j'ai trouvé intéressant le fait qu'on nous parle des Lebensborn, on en parle quand même rarement dans les livres - du moins ceux que j'ai lus - et même si j'aurais aimé en apprendre davantage, ça m'a plu. 

J'ai également aimé le changement d'état d'esprit qui s'opère au fur et à mesure que l'on avance dans le temps, comment Hazel qui est une grande partisane du partie se rend compte de la triste réalité qu'elle ne voulait pas voir, tant que ça ne la concernait pas directement. Il en va un peu de même pour Elsa, mais d'une façon différente. N'ayant pas le même parcours que sa soeur aînée, elle est bien plus détachée de l'idéologie nazie qu'Hazel et elle ne comprend les enjeux que lors de sa rencontre avec le jeune Tobias. 


Un goût de cannelle et d'espoir de Sarah McCoy, éditions Pocket.


L'époque de la guerre m'a fasciné, ça m'a poussé à aller plus loin dans ma lecture et donc, à avancer et à lire les chapitres qui se concentrent sur l'époque contemporaine, l'époque où l'on suit Reba.
Sur cet aspect, je suis un peu plus mitigée dans le sens où ce personnage ne m'a pas particulièrement passionné, j'ai trouvé son histoire avec Riki un peu too much et surtout pas suffisamment intéressante par rapport à celle d'Elsa. Le lien avec l'immigration mexicaine est bien fait c'est sûr, l'idée est bonne, mais au-delà de ça, bah ça ne va pas très loin. 
La relation Reba/Riki est pas mal, mais sans plus, on a envie qu'il termine ensemble tout en sachant que c'est probablement ce qui va arriver de toute façon. 

L'auteure a mixé le tout avec brio, les liens entre les deux époques sont nets et importants - on ne nous donne pas à voir deux époques qui n'ont rien à voir juste pour le plaisir ! L'alternance fonctionne bien même si j'aurais souvent préféré rester sur l'histoire d'Elsa et ce, même une fois la guerre terminée. Son personnage est celui qui m'a le plus touché alors forcément Reba à côté, bah elle ne fait pas le poids ! 

Je garde un bon souvenir de cette lecture. En réalité, là où l'auteure a bien joué son coup, c'est dans le fait de lier une intrigue grave (on parle quand même de la mort d'enfants allemands "défaillants", de juifs dans les camps, de la mort de mexicains qui ont eu le malheur de vouloir entrer aux États-Unis afin de vivre une vie meilleure, etc.) à une écriture légère et un sentiment de béatitude assez omniprésent. Je ne sais pas très bien comment elle y est parvenue, mais c'est bien joué ! 
Les personnages sont attachants, les pages se tournent à la vitesse de l'éclair malgré la tristesse ou l'horreur de certains passages. On entre très facilement dans l'histoire et il est en revanche difficile d'en sortir tellement on s'attache aux personnages.

Dernier + : les recettes allemandes de la boulangerie d'Elsa sont ajoutées à la fin du roman, étant donné que je ne cuisine pas ça ne me mène pas loin, mais je trouve l'idée excellente !




"J’en étais désolé, mais elle a dit que les marques sur nos vies sont comme des notes de musique sur une page : elles chantent une chanson."  
Sarah McCoy, Un goût de cannelle et d'espoir.








mercredi 1 novembre 2017

Le Coin des libraires - #74 Le Journal d'Helga de Helga Weissová

Le journal d'Helga est le dernier livre traitant de la guerre en ma possession, tous les autres ont déjà été lus. Après Sonderkommando qui a été un des livres les plus difficiles à lire pour moi, j'ai voulu me plonger dans le récit intimiste que nous livre Helga, récit aux accents enfantin puisque le livre commence lorsqu'elle a 8 ans et se termine à la Libération, Helga est alors une adolescente. 

Je trouve qu'aucun récit de ce genre ne se ressemble, l'expérience de chacun est différente même si bien sûr on retrouve souvent des similitudes (le travail forcé, le manque de nourriture, les épidémies, etc.), celui-ci est quand même bien différent de tous ceux que j'ai pu lire puisque l'essentiel se concentre sur les années passées au ghetto de Terezin et non pas en camp de concentration/extermination directement. 


Helga a 8 ans quand elle commence son journal. Nous sommes en 1938 et les nazis ont envahi Prague. Les écoles sont fermées, son père a perdu son travail, toute la famille est confinée dans l’appartement. Un à un, les proches disparaissent, les déportations commencent.
En 1941, Helga et ses parents sont envoyés à Terezin, ils y resteront trois ans. Et Helga raconte : les voyages interminables, les conditions inhumaines, la faim, les maladies, la souffrance. Mais aussi l’amitié, les petits moments de joie, l’espoir. Et puis l’horreur. Helga écrit toujours et dessine pour obéir à son père : « Dis-leur ce que tu vois. »

Seules Helga et sa mère survivront. À la fin de son journal elle a 15 ans. Elle fait partie de la petite centaine d’enfants rescapés sur plus de quinze mille déportés. 



C'est une vision très intéressante que nous livre Helga parce qu'elle est innocente et en même temps très consciente de la situation. Au début elle nous décrit son quotidien à Prague, le fait qu'elle doive quitter l'école puisque celle-ci lui est désormais interdite, le fait qu'elle doive aller suivre des cours dans un appartement en compagnie d'autres enfants, également juifs. On suit son quotidien qui change, la mise en place du couvre-feu, la disparition de ses camarades au fur et à mesure que les jours passent. 

Et puis, voilà qu'un jour c'est son tour, elle aussi doit s'en aller, elle doit tout quitter pour partir à Terezin, elle a alors 12 ans à ce moment là. C'est à cet âge qu'elle doit faire face à toutes les horreurs du ghetto, elle doit accepter la séparation de ses parents (les hommes ne sont pas mélangés aux femmes), le fait de devoir travailler pour aider sa mère. Il faut subvenir à ses propres besoins, tenter le tout pour le tout afin de survivre dans la mesure du possible. 

Survivre, mais pourquoi ? pour continuer à vivre dans une pièce misérable où les corps sont collés tellement l'espace est restreint ? pour être finalement déporté et ne jamais revenir comme ça a été le cas pour son père ? 
Je n'avais jamais entendu parler de ce camp/ghetto qu'est Terezin et pourtant il semblait être une machine relativement bien huilée avec sa propre monnaie, ses propres règles. 


Le Journal d'Helga, d'Helga Weissová, éditons Pocket.


À certains moments, j'ai pensé à Charlotte Delbo et à sa trilogie Auschwitz et après, déjà parce que c'est le nom qui a été donné au deuxième chapitre du journal d'Helga, mais aussi parce qu'elles ont toutes les deux quelque chose en commun : l'espoir, la solidarité entre les êtres. 
Lors de ma lecture de Delbo j'ai été frappée par la façon dont les femmes étaient soudées entre elles, contrairement à Primo Levi, Martin Gray ou même Vladek Spiegelman qui nous expliquent bien que les camps, c'est du chacun pour soi - même si on peut un peu contraster pour Levi. 
Or, ici, une fois encore on retrouve ce sentiment d'entraide, cette idée que de toute façon tout le monde se retrouve dans le même bateau alors autant s'en sortir ensemble, du moins essayer. 


Forcément il est trop simple de dire "lisez-le" et pourtant, il le faudrait. C'est tellement difficile de lire ce genre de livres qu'on en sort toujours changé, toujours un peu plus dégoûté de faire face à cette Histoire qui est injuste et surtout abjecte. 
Il est impossible de dire "celui-ci est meilleur que celui-ci" chaque témoignage apporte un point de vue différent, raconte une vie unique et en même temps c'est une vie qui a été celle de milliers de personnes. 
J'ai aimé la présence de dessins réalisés par Helga durant ses années passées à Terezin, j'ai trouvé que ça permettait de très bien illustrer son propos et ainsi de donner une véritable image de la réalité. C'est un livre qui est complet parce qu'il est juste, il a pour vocation d'être vrai et c'est tout ce qui importe. 

Avec Le journal d'Helga, je garde surtout en mémoire que sur environ 15 000 enfants envoyés à Terezin, une centaine seulement a survécu et c'est quelque chose qu'il ne faut pas oublier : la mort de tous ces gens au nom de la haine, de l'envie et sans doute aussi de la peur de l'autre, et pourtant, c'est à cause de toutes ces choses si aujourd'hui encore la vie de tant de personnes se trouvent être ruinées ou simplement supprimées. 
Et je m'interroge toujours : comment est-ce possible ? 









mercredi 28 juin 2017

Le Coin des libraires - #57 Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig

Tout comme Agnès Martin-Lugand, Agnès Ledig fait grand bruit depuis quelque temps maintenant  - à raison d'une publication par an environ, il est normal qu'elle revienne souvent sur les devants de la scène. À vrai dire, Juste avant le bonheur est mon premier de l'auteure, et peut-être bien le dernier. 

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je pense qu'il est bon de dire tout de suite que ce n'est pas forcément un "mauvais livre" même si c'est vrai, je vais dire beaucoup de choses négatives dessus, je crois que dans le fond, c'est simplement que ce genre de roman contemporain avec ce type d'histoire et d'écriture ne me plaît pas particulièrement - Les gens heureux lisent et boivent du café a d'ailleurs le même traitement, je les range tous les deux dans une même catégorie générique. 



Cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fées. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d’une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui sourire. Ému par leur situation, un homme les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. Tant de générosité après des années de galère : Julie reste méfiante, elle n’a pas l’habitude. Mais pour Lulu, pour voir la mer et faire des châteaux de sable, elle pourrait bien saisir cette main qui se tend…



Bon, entrons dès maintenant dans le vif du sujet : l'histoire. Afin de ne pas passer par quatre-chemins, je vais donner ici les aspects qui m'ont déplu dans ce livre. Il y a d'abord la rapidité folle des événements : du jour au lendemain tout change complètement à tel point que ça paraît invraisemblable, franchement la rencontre entre Julie et Paul et leurs échanges par la suite avant le départ en Bretagne, tout ça, ça ne sonne absolument pas réel, pas une fois j'ai cru à ce qu'on me servait si bien que dès le début, c'était assez compliqué pour accrocher. 

Il y a ensuite, tous ces préjugés, celui de l'homme retraité qui veut serrer une petite femme d'une vingtaine d'années, bah oui parce que c'est bien connu, quand un homme parle à une femme, c'est seulement pour se la faire. Ou encore celui comme quoi Julie est nécessairement une écervelée parce qu'elle a eu un enfant très jeune ou même qu'elle compte profiter d'un vieil homme, parce qu'après tout à son âge, que pourrait-elle faire d'autre ? 
Franchement ce sont des préjugés qui n'ont pas lieu d'être et qui cataloguent péjorativement les personnages. Alors bien sûr tout le roman va s'attacher à se séparer de tous ces préjugés et à montrer que non les gens ne sont pas comme ça, oui d'accord, mais encore ? 

Il y a enfin cette proximité entre les personnages qui semblent sortie de nulle part, c'est tout ou rien j'ai l'impression : Jérome par exemple, il déteste Julie au début, et il le fait bien savoir, mais voilà, il suffit d'une course entre les deux pour que hop, toute animosité se soit envolée. 

Vu comme ça, c'est vrai que ça fait beaucoup de critiques - et ce n'est pas encore terminé - mais je dois bien avouer que la deuxième partie du livre (qui correspond à "l'après accident") est quand même plus intéressante, plus profonde. Je ne dirais pas que ce n'est que du pathos parce que je ne pense pas que ce soit le cas, je ne pense pas avoir de leçon à donner à une femme qui écrit sur la mort d'un enfant quand on sait qu'elle en a elle-même perdu un. 


Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig, édition Pocket collector.

Oui il y a beaucoup de choses qui ne vont pas : le fait que Julie soit à la limite de la panique à l'idée de partir en mer parce qu'elle a peur de l'inconnu, mais qu'elle n'ait pas peur de partir en Bretagne chez des inconnus avec son gosse, ça, ça ne la fait pas stresser plus que ça, c'est complètement invraisemblable ! 
Ce genre d'histoire plus les personnages qui sont des stéréotypes ambulants, bah,  il devient difficile de s'attacher, de compatir, excepté pour Julie qui est bien évidemment mise en avant par rapport aux autres. Au début je trouvais Paul relativement prometteur, son histoire passée, etc. mais c'est le personnage qui a été complètement éclipsé après l'accident et c'est dommage. 

Forcément on a mal pour Julie, mais je ne pense pas que l'événement survenu devait se trouver à ce moment-là dans l'histoire. En fait je trouve que jusqu'au départ de Bretagne qui sonne le retour à Paris, il n'y a pas grand chose d'intéressant. C'est vrai, il arrive que les débuts soient difficiles, le temps de poser l'ambiance, les personnages dans un cadre bien précis et qui se veut réaliste : Julie est une caissière dans un supermarché, elle rencontre Paul qui est à sa caisse, jusque-là ok, mais après ? quel est ce virage où du jour au lendemain lui tranquille, il lui sort qu'il veut l'emmener elle et son fils en Bretagne, quand est-ce que ça arrive ça dans la réalité ?? 



Il ne sert à rien d'épiloguer durant des heures, je n'ai pas accroché, non pas que je m'attendais à être particulièrement éblouie ou quoi, j'avais entendue que les critiques étaient plutôt mitigés, mais que faire quand la curiosité prend le dessus. 
Je n'ai pas adhéré, à cause de l'histoire (pas l'histoire entière attention !), à cause de la plume de l'auteure qui ne m'a pas paru impérissable, en revanche elle décrit parfaitement bien la lassitude, le manque, la tristesse ou encore la perte. C'est vraiment ce qui a sauvé ma lecture, j'ai aimé la deuxième partie, je l'ai trouvé bien plus aboutie, travaillée, réaliste, tout ce qu'il m'a manqué lors de la première partie en fait. 


"Quelques larmes, pour laisser s’écouler le trop-plein d’un coeur trop gros. Trop de chagrin. Aujourd’hui est un jour sans. Elle ne peut pas voir le soleil chaque matin. Le ciel est parfois sombre, et donne une autre lumière à la vie, un peu plus terne, un peu plus grise, moins réjouissante."

Agnès Ledig, Juste avant le bonheur.









dimanche 11 juin 2017

Le Coin des libraires - #55 Dernier Noël de guerre & Moi qui vous parle de Primo Levi

Après avoir lu et aimé découvrir Primo Levi en tant que témoin des camps, mais également en tant qu'écrivain, j'ai eu envie de me plonger dans d'autres oeuvres de lui. 

Le hasard a voulu que les éditions 10/18 ont réédité Dernier Noël de guerre il y a peu et que les éditions Pocket ont publié un entretien inédit de Primo Levi, Moi qui vous parle, datant d'un peu avant sa mort en 1987. Je voulais lire La Trève au départ, mais je ne l'ai pas trouvé, alors je me suis penché sur ces deux livres qui sont très différents. 



  • Dernier Noël de guerre


Ce livre est un recueil de 13 nouvelles allant de la nouvelle animalière aux fragments autobiographiques - comme c'est le cas dans la nouvelle éponyme. 

Malheureusement, j'ai trouvé ce recueil assez inégal. Les premières nouvelles ne m'ont pas particulièrement captivée, en revanche d'autres valent largement le détour : Dernier Noël de guerre par exemple. Celle-ci met en scène un juif déporté qui fête Noël à la façon chrétienne. J'ai vraiment beaucoup aimé cette nouvelle, je l'ai trouvé touchante, différente des témoignages habituels sur la Seconde Guerre mondiale. 
Je trouve donc dommage qu'elle soit la seule dans cette veine (j'entends par là une veine clairement historique), mais on trouve d'autres nouvelles qui font penser à l'oppression, c'est le cas de cette nouvelle absolument géniale nommée "État-civil" qui nous entraîne dans un monde dystopique, où la mort est contrôlée. 


Il y a aussi "Le buffet" qui met en scène un kangourou et traduit l'étouffement, la volonté de fuir le monde, elle est vraiment bien écrite, l'auteur prouve ici qu'il n'est pas simplement un "écrivain-témoin", mais également un écrivain tout court. 

Autrement, certaines nouvelles animalières m'ont beaucoup amusé notamment l'interview avec l'araignée, mais au-delà de ces appréciations pour certaines nouvelles, on ne trouve pas d'homogénéité dans le recueil, ce sont plus des nouvelles qui ont été regroupées sans qu'il y ait une véritable cohérence, ce qui rend le recueil assez inégal, malheureusement. 


Dernier Noël de guerre & Moi qui vous parle de Primo Levi.


  • Moi qui vous parle


Autant le dire maintenant : autant Dernier Noël de guerre m'a déçue pour son manque d'unité, autant Moi qui vous parle m'a déçu pour son manque de contenu. 
La première chose que l'on aperçoit à la vue du livre, c'est bien évidemment cette phrase "L'ultime entretien inédit", forcément ça donne envie. J'ai un peu eu le sentiment qu'on m'a vendu un truc sur du sable malheureusement, et ça m'embête un peu, mais il faut vraiment penser à arrêter d'écrire ce genre de trucs, ça fait vendre, mais j'ai bien le sentiment que ça déçoit plus qu'autre chose au final. 

Alors attention, je ne dis pas non plus que ce livre est dénué d'informations, qu'il est d'un ennui mortel et bon à jeter. Je dis seulement que ce qu'on nous donne ne rassasie par l'appétit qui nous habite. Comme je le disais dans mon article sur Primo Levi justement, je m'interroge énormément sur les raisons de son suicide, je me demande si ce ne pourrait pas être un accident, etc. et je m'étais dit qu'étant le dernier entretien, peut-être qu'on pourrait y déceler une information, quelque chose qui permettrait peut-être de comprendre. Malheureusement, la mort soudaine de l'écrivain n'a pas permis à Giovanni Tesio (l'homme qui interroge Levi) de venir à bout de leur entretien ce qui explique le manque de données sur sa vie d'adulte, notamment après les camps.


Beaucoup de réponses sont intéressantes, on en apprend plus sur son enfance, son adolescence, mais j'avais du mal à m'imaginer la chose tellement le ton me paraissait loin, trop détaché, sans aucune intimité. 
Oui, ce qui me gêne le plus dans cet entretien est le fait qu'il soit inachevé, alors oui on nous prévient dès la préface, mais il serait bon de le noter, ça permet en plus d'en déduire qu'il s'agit de "l'ultime entretien", mais bref. Malheureusement, on n'en apprend pas plus sur l'homme qu'a été Primo Levi à la sortie des camps - si ce n'est ce qu'il a dit dans les préfaces de Si c'est un homme par exemple, il nous dit au détour d'une phrase qu'il s'est marié et a eu un enfant, mais le mystère reste entier. 



C'est donc sur une touche assez négative que je suis venue à bout de ces deux livres, lus dans la foulée. Mais ce n'est rien, ce que ne sont pas d'immenses déceptions non plus, alors je vais persévérer, trouver et lire La Trève, et Lilith






samedi 11 mars 2017

Le Coin des libraires - #46 Si c'est un homme de Primo Levi + Les naufragés et les rescapés

Je trouve ça toujours très délicat de discourir au sujet d'une oeuvre telle que Si c'est un homme. Le propos en lui-même est très dur humainement parlant et en qualité de témoin de l'histoire, ce livre n'est pas le genre de livre que l'on peut critiquer comme si on parlait d'un roman. 

Savoir que cette atroce vie décrite dans les témoignages du génocide de la Seconde Guerre mondiale (ou de tout autre génocide d'ailleurs) a réellement existé donne une tournure toute autre quant à l'appréciation du livre. Que l'on aime ou non le style de l'auteur, ça ne compte pas, pas une seule seconde, parce que le but, ce n'est pas de faire un exercice de style, c'est bel et bien de décrire une odieuse réalité, de la décrire avec des mots "communs", des mots que, dans notre confort, nous utilisons sans en sentir pleinement la signification. 


Il me paraît bête de revenir moi-même sur l'histoire, pour ceux qui l'ont lu, ils n'ont sans doute pas besoin d'une piqûre de rappel, pour les autres, Si c'est un homme est une oeuvre incontournable, une oeuvre qui doit être lue rien que pour sa propre conscience je pense. 

Je ne sais même plus depuis quand je voulais ce livre, je ne m'en souviens pas, mais en tout cas il figurait toujours sur ma liste de livres à acheter réalisée il y a plus de quatre ans ! Voilà que j'attends jusqu'au moment où il n'est plus question de vouloir le lire, mais de devoir le lire (pour un cours). Contrairement à ces oeuvres que l'on étudie et dont l'on sait qu'elles seront d'un ennui mortel, j'étais persuadé que ce ne serait pas le cas avec celle-ci. Simplement parce que c'est un témoignage des camps, parce que ça traite d'un sujet que j'adore lire, étudier, approfondir. 
Surtout, sans même y faire attention, je me suis retrouvée avec deux lectures qui traitent du même sujet, autant dire que durant cette semaine-là, j'ai été servi ! 


Sans parler du calvaire, de l'enfer qu'a vécu l'auteur - ainsi que tous les déportés - Si c'est un homme renferme tout un questionnement sur l'Homme et sur ses capacités à vivre. On trouve aussi un certain aspect "expérimental" par le biais d'interrogations sur les conditions de l'homme seul, mis à l'écart et qui doit donc compter sur lui-même et personne d'autre. 
Raconter quelque chose d'aussi ignoble, c'est tenter de mettre des mots sur ce que l'on ne peut pas décrire, c'est tenter de comprendre et de l'illustrer pour le faire partager. Le pathos est inexistant dans Si c'est un homme, simplement parce que ce n'est pas un livre destiné à émouvoir, c'est un livre destiné à expliquer, à montrer que l'horreur est possible et qu'il ne faut pas que l'humanité l'oublie. 

Si c'est un homme, Primo Levi, édition Pocket.

C'est vrai que j'ai longtemps repoussé cette lecture parce que j'avais peur que ce soit trop "clinique", détaché et ça l'est dans un certain sens. Mais dans un autre, c'est tellement évident, normal presque. Comment peut-on tenter d'écrire quelque chose comme ça, en en ressentant toute la douleur et en restant passif ? C'est ici que Primo Levi a parfaitement joué son coup. Il n'est pas un écrivain, il est un "écrivain-témoin" comme il s'appelle lui-même, son but, c'est de venir témoigner, de dire ce qu'il a vu et entendu, pas de créer une espèce de fil narratif ou quoi que ce soit. Il n'en rajoute pas parce qu'il n'y a pas besoin, mais aussi parce qu'il ne sait pas, tout simplement. 

Il ne mentionne pas les chambres à gaz, mais c'est normal puisqu'il n'y en avait pas sur son lager (mot allemand pour désigner le camp et que Levi utilise), pourquoi en aurait-il donc parlé ? Ici, il n'y a pas de fiction ou de "souvenirs arrangeants" qui se mêlent à la réalité, non, il n'y a que la réalité. 
Cette réalité s'impose à nous d'autant plus qu'elle repose sur certaines choses qui peuvent nous paraître "futiles" comme le fait de se procurer une cuillère, ou même du fil de fer rien que pour pouvoir nouer des chaussures. L'auteur nous montre à quel point toute une multitude de petites choses peuvent mener à la survie et ainsi éviter la mort.

Les descriptions sont très minutieuses parce que c'est ce qui compte le plus : exemplifier puis s'interroger. La haine et la vengeance sont absentes du récit parce que la volonté de l'auteur est simplement de dire, de raconter pour que ça ne se produise plus jamais.


Je suis toujours subjuguée face à la force de ces personnes qui ont le courage et la volonté de parler de leur expérience, de revenir sur des souffrances inimaginables, pour raconter et peut-être se libérer un peu d'un poids en le faisant et en permettant aux autres d'essayer de comprendre.
Je suis hébétée à chaque fois devant tant d'horreurs, pourtant je sais, je sais ce qu'il s'est passé, depuis longtemps maintenant, et pourtant dès que j'en lis, je suis choquée (je ne suis pas certaine que ce soit le terme approprié) comme si c'était la première fois. C'est souvent ce qu'il se passe quand on se heurte à quelque chose qu'on ne comprend pas et dont on a conscience qu'on ne le comprendra jamais, je crois.

Quoi qu'il en soit, je n'oublierai jamais ce livre, il m'a marqué comme tant d'autres, mais pas pour la même raison. Pour moi, il compte tout autant qu'Au nom de tous les miens de Martin Gray (aussi sur la WWII) même si ce dernier possède une large part fictionnelle (de ce que j'ai entendu) que n'a pas Si c'est un homme.



"Les souvenirs de notre vie d’autrefois nous revenaient encore, mais vaporeux et lointains, et par là même pénétrés de douceur et de tristesse, comme le sont les souvenirs de la petite enfance et de toute chose révolue. En revanche, l’entrée au camp marquait pour chacun de nous la première étape d’une tout autre série de souvenirs, cruels et proches ceux-là, et sans cesse ravivés par l’expérience présente, comme le seraient des blessures chaque jour rouvertes."

Primo Levi, Si c'est un homme.



  • Les naufragés et les rescapés


Voilà quarante ans que Primo Levi est revenu du lager, qu'il a repris une vie ayant un semblant de normalité. Celui-ci nous livre un roman rempli d'interrogations, de réflexions personnelles, de rétrospection aussi. On retrouve donc tout un tas de questionnement au sujet des bourreaux - j'ai particulièrement aimé le chapitre où l'auteur explique qu'il a reçu un bon nombre de lettres d'Allemands après la publication de Si c'est un homme en Allemagne. Cette "exploration" et ces tentatives d'explications ne sont pas réellement satisfaisantes, même si l'on comprend qu'il faut s'en contenter, car il n'y en aura pas d'autres.
J'ai aimé aussi le chapitre au sujet des Sonderkommandos, ces commandos chargés de sortir les morts des douches, de les mettre dans les crématoires, etc. Ce chapitre fait énormément réfléchir sur la culpabilité de ces hommes. D'un côté, ils acceptaient de "participer" au massacre, d'un autre, c'était ça ou la mort, mais il faut savoir que dans tous les cas, la mort leur était destinée puisque chaque membre de ces commandos étaient remplacés tous les quatre mois environ.
Il y a aussi tout une réflexion sur l'oubli, sur les souvenirs qui ne sont peut-être pas toujours très fiables surtout après un certain nombre d'années.

Une fois encore, Primo Levi s'interroge sur l'humanité en tant que tel, sur la cruauté sans nom présente dans les camps. Néanmoins,  à la fin de cette lecture, une question subsiste : lui qui voyait le lager comme une expérience "pédagogique", lui qui a survécu quarante ans après sa libération, pourquoi décider de mourir maintenant ?

Contrairement à d'autres récits de témoignage (pas forcément sur la WWII) qui sont désespérés et dégoutés de la vie, Primo Levi choisi le parti de l'optimisme - si je puis dire - pour finalement s'ôter la vie, non, vraiment, l'incompréhension demeure.


Les naufragés et les rescapés, Primo Levi, édition Arcades Gallimard.


C'est avec une immense modestie que j'ai lu ces deux oeuvres de Primo Levi. Il y a de ces auteurs comme ça où seule l'histoire compte, les livres de cet auteur en font partie. Il n'est pas question de style ou autre, non il est question de rapporter un témoignage qui soit réel, un témoignage qui permet aux générations futures comme la mienne ou la suivante de connaitre, de savoir ce qu'a été la Seconde Guerre mondiale autre part que dans les bouquins d'histoire.







samedi 31 décembre 2016

Le Coin des libraires - #40 Les gens heureux lisent et boivent du café d'Agnès Martin-Lugand

Je sais, j'ai énormément de retard sur mes articles par rapport à mes lectures. J'ai lu Les gens heureux lisent et boivent du café d'Agnès Martin-Lugand il y a plus d'un mois maintenant et heureusement que j'ai pris des notes sur mon ressenti à la fin de ma lecture, sinon, je n'aurais sans doute pas pu vous écrire cet article aujourd'hui. 

J'ai reçu ce livre en novembre dernier pour mon anniversaire dans une édition vraiment magnifique puisqu'il s'agit de l'édition limitée Pocket - je tiens d'ailleurs à dire qu'au vu de la beauté du livre comparé à la version classique, Pocket a pris une très bonne décision en l'éditant avec cette nouvelle couverture même si c'est dommage qu'il n'ait pas édité la suite La vie est facile, ne t'inquiète pas dans une édition du même esprit (peut-être pour l'année prochaine ?) 

Depuis le temps qu'il me fait de l'oeil ce livre je n'ai pas pu m'en empêcher, il a été ma première lecture parmi tous les livres que l'on m'a offert. 
Cela fait maintenant plusieurs semaines/mois que je ne peux plus trop lire, en tout cas pas dans un rythme aussi soutenu qu'auparavant alors j'ai tendance à favoriser les lectures assez courtes comme vous avez pu le voir sur Instagram - bon Temps glaciaires & Sacré sont les exceptions - et pour le coup, ce qui est sûr c'est que Les gens heureux lisent et boivent du café entre parfaitement dans ce critère puisqu'il ne fait même pas 200 pages. 



« Ils étaient partis en chahutant. J’avais appris qu’ils faisaient encore les pitres dans la voiture. Je m’étais dit qu’ils étaient morts en riant. Je m’étais dit que j’aurais voulu être avec eux. »
Diane a brusquement perdu son mari et sa fille dans un accident de voiture. Dès lors, tout se fige en elle, à l’exception de son coeur, qui continue de battre. Obstinément. Douloureusement. Inutilement. Égarée dans les limbes du souvenir, elle ne retrouve plus le chemin de l’existence. Afin d’échapper à son entourage qui l’enjoint à reprendre pied, elle décide de s’exiler en Irlande, seule.

Mais, à fuir avec acharnement la vie, elle finit par vous rattraper…


Bon, une fois encore j'ai retrouvé cet éternel débat dû à l'engouement des livres : la médiatisation d'un livre le rend-il moins bon parce que les critères d'appréciation se trouvent être plus élevés que d'ordinaire ? 
C'est une question délicate dont la réponse n'est pas la même en fonction du livre en lui-même je trouve, mais aussi en fonction du lecteur. 

Pour ma part, c'est vrai que quand j'entends vraiment beaucoup parler d'un livre comme ça a été le cas pour celui-ci, j'ai tendance à mettre la barre très haute et à avoir des attentes relativement importantes. Il m'arrive de regretter l'engouement autour d'un livre ou d'un auteur à cause de cela justement - même si je souhaite aux auteurs d'acquérir une certaine notoriété bien évidemment ! 
C'est vrai aussi que j'ai tendance à me plonger dans un livre tout en sachant le moins possible de ce qu'il va raconter, de telle sorte que j'évite les résumés ou autre sur les réseaux sociaux, mais on ne peut pas passer à côté de la médiatisation de certains livres - en ce moment, c'est par exemple Chanson douce de Leïla Slimani qui a en plus remporté le prix Goncourt de cette année et qui m'intrigue beaucoup, mais je pense que je vais attendre quelques mois, peut-être pour sa sortie poche ou quoi, mais en tout cas pas maintenant, tout le monde ne fait qu'en parler et je préfère toujours attendre de retrouver le calme d'après la tempête. 


Bon bref, tout cela pour dire que ce livre a été vraiment énormément vendu, que beaucoup le considèrent comme un coup de coeur ou en tout cas, une excellente lecture, etc, etc. comme vous l'avez sans doute un peu compris, ça n'a pas vraiment été le cas pour moi. 

Je m'explique - avant de me faire égorger par les fans de l'auteure -. L'histoire en elle-même est plutôt intéressante, puisque l'on suit Diane une parisienne qui vit dans le passé ou plus exactement qui ne vit plus réellement. Elle vit en quelque sorte en exilé dans son appartement depuis qu'elle a perdu son mari et sa fille il y a de cela une année. Complètement désemparée, elle ne semble plus savoir comment vivre tout simplement. 
Le postulat est tout à fait correct, l'histoire promet d'être riche en émotion. De prime abord j'ai pris le livre pour un mélange entre le drame et le développement personnel comme on en voit beaucoup pullulé depuis des années (comme avec Laurent Gounelle par exemple), mais en fait non, pas vraiment en tout cas. 

Bien évidemment tout le roman va tourner autour de Diane, la protagoniste du roman qui est tout aussi énervante qu'épuisante, mais pas tout le temps ! Enfin si, mais c'est surtout que ça fonctionne à l'usure. Au début on comprend pourquoi elle est aussi mal, pourquoi elle se plaint toutes les pages et tout et puis, voilà qu'elle prend la décision de partir en Irlande et on se dit alors : ça y est l'apprentissage de la guérison va commencer, on ne va pas la supporter pendant tout le bouquin dans son appart dégueulasse de Paris. 

J'ai vraiment aimé le moment où elle décide de prendre sa vie en main avec ce voyage, de se prouver à elle-même qu'elle en est capable, qu'elle peut le faire seule. Sur certains aspects, je me suis retrouvée dans la psychologie du personnage ce qui n'était pas désagréable, mais sur d'autres j'ai plus eu l'impression d'avoir affaire à une fille de 16 ans qu'à une femme qui, certes a perdu son mari et sa fille, mais qui a quand même des choses auxquelles se raccrocher, comme son meilleur ami Felix ou son café-librairie quoi. Fin je suis désolée, mais c'est un peu capricieux de sa part de tout abandonner comme ça, surtout quand on sait que des gens tueraient pour avoir la chance de faire la même chose, mais bref.



Les gens heureux lisent et boivent du café d'Agnès Martin-Lugand, édition Pocket collector.


Voilà donc que Diane part en Irlande histoire de guérir seule, histoire d'être recluse dans un pays étranger et d'avoir enfin la solitude dont elle a besoin - c'est en tout cas comme ça que je l'ai perçu. À ce moment là, ça allait un peu mieux, je la trouvais un peu moins pitoyable à toujours se plaindre et tout. 
Finalement, ça a été de courte durée parce qu'elle repart à la fin du bouquin et alors une grosse interrogation s'est posée : à quoi bon partir ? en quoi ce voyage en Irlande est-il légitime pour l'histoire puisqu'au final, retour à la case départ, Diane revient à Paris et décide de reprendre en main "Les gens", mais ce n'est pas comme s'il n'était pas là avant qu'elle parte, elle n'avait peut-être pas besoin de partir faire ce qu'elle a fait pour s'en rendre compte quoi. 

Lors de la dernière page du livre je me suis demandée à quoi ça a servi, à quoi ça l'a avancé de partir en Irlande si ce n'est faire n'importe quoi, si ce n'est briser le coeur du pauvre Edward qui était prêt à sauter le pas pour elle. Définitivement, ça a été une déception parce que le personnage est bien trop creux et pitoyable pour moi. 

J'ai surtout eu l'impression que l'auteure voulait mettre le paquet sur le pathos afin de combler certaines lacunes comme le fait de ne peut-être pas réellement savoir ce que cela fait de perdre des êtres aussi proches. Oui, c'est ça, j'ai eu le sentiment que l'auteure n'a peut-être pas suffisamment creusé dans son personnage en tant que telle et l'a surtout utilisé comme généralité. 
Je m'explique : Diane = représentation d'une femme qui a perdu sa famille donc elle est la figure de proue de tous ceux qui ont perdu un jour leur conjoint ou un enfant, mais au-delà de cela, où est l'individu en tant que tel ? où se trouve le personnage que l'on suit ? D'un point de vue psychologique je n'ai pas eu le sentiment de suivre un personnage à part entière, plus une vague image d'une femme qui a perdu sa famille mais qui n'a pas d'identité propre, qui se définit toujours par le biais des autres : d'abord sa famille, Felix, puis Edward et enfin son café/librairie, mais le personnage de Diane, je n'ai jamais eu le sentiment de le découvrir. 

Vous l'aurez donc compris, je n'ai pas trouvé Diane particulièrement attachante, évidemment on ressent de la compassion pour ce qu'elle a vécu, pour ce qu'elle subit au quotidien, mais c'est aussi difficile d'apprécier un personnage quand l'on ne perçoit pas réellement ses contours et quand celui-ci pleure la moitié - les trois-quarts ? - du temps. 
Ce problème de psychologie des personnages n'est pas applicable à tous puisque j'ai beaucoup aimé les personnages seconds comme Felix même si je l'ai trouvé trop stéréotypé dans le genre "coureur de jupons gay" ce qui est dommage parce qu'il a un potentiel vraiment intéressant. 
Non, c'est surtout Edward que j'ai aimé, j'ai trouvé qu'il était le personnage le plus élaboré, le plus abouti avec une réelle construction du personnage. Oui c'est vrai, son histoire peut paraître tirer par les cheveux, mais il n'empêche que ses réactions paraissent sincères et qu'il a l'air d'avoir été travaillé par l'auteure. En tout cas, j'ai cru sentir un réel cheminement dans la façon d'écrire ce personnage que ce soit dans son histoire passée et même dans celle que l'on suit avec sa femme, avec son métier de photographe. 


Comme je le disais au début de mon article la sur-médiatisation de ce livre a sans doute joué dans mon appréciation, après tout, quand beaucoup de monde a adoré un bouquin, on est toujours un peu déçu de ne pas l'avoir autant aimé. Que voulez-vous, je m'attendais à mieux je ne vais pas mentir simplement pour être comme tout le monde. J'ai été déçu par la résolution, par le personnage de Diane et aussi par le style malheureusement. Sans m'attendre à quelque chose d'hyper transcendant, je n'ai pas été particulièrement transporté par l'écriture de l'auteure. 
Pour dire la vérité, j'ai trouvé le style assez plat, le point positif est que ça se lit très vite, en une journée c'était plié, mais au-delà, j'ai tendance à préférer quand l'écriture est plus poétique, plus lyrique. 
J'ai eu un gros problème avec les nombreuses répétitions. Je veux dire, répéter toutes les deux pages que Diane est déprimée, qu'elle fume cigarette sur cigarette et n'arrête pas de pleurer est une façon de dire les choses franchement et je préfère quand les choses sont dites de manière un peu plus subtile, plus métaphorique on va dire. 


Sans être un fiasco total quand même, je m'attendais à mieux - beaucoup mieux - si bien que je ne comprends pas l'engouement qu'il y a eu pour ce livre, mais je suis contente de l'avoir lu, de m'être fait mon propre avis. Je tiens enfin à dire que ce n'est pas parce que je n'ai pas aimé que ça signifie que je ne le conseille pas, si je ne l'ai pas aimé, quelqu'un d'autre l'aimera, c'est évident. Il n'empêche également, malgré mon appréciation, que je salue le travail de l'auteure, comme toujours parce qu'il n'est jamais facile d'écrire un livre, parce qu'un auteur met une part de lui-même dans ses écrits et je ne veux pas donner l'impression de penser que c'est un travail aisé et rapide, parce que ce n'est pas le cas.


Pour finir, je me demande toujours si je vais me mettre à la lecture de la suite, La vie est facile, ne t'inquiète pas qui, si j'ai bien compris, vient en quelque sorte conclure l'histoire de Diane. J'aimerais bien le lire, surtout qu'il est tout aussi court, mais le seul truc qui me chiffonne vraiment c'est la couverture. Je n'ai pas envie d'acheter cette couverture avec une femme dessus que je trouve vraiment moche, surtout qu'elle ne va pas du tout avec l'édition collector de Pocket.


"Je n’avais jamais habité seule, j’avais quitté la maison de mes parents pour m’installer avec lui. J’avais peur de passer un simple coup de téléphone pour demander un renseignement ou faire une réclamation. Colin, lui, savait tout faire. Il fallait que je l’imagine me guider pour tout préparer. J’allais le rendre fier de moi. Si c’était une des dernières actions que je faisais avant de m’enterrer, je prouverais à tous que j’étais capable d’aller jusqu’au bout."

Agnès Martin-Lugand, Les gens heureux lisent et boivent du café


À bientôt, en 2017 !
















samedi 27 juin 2015

Le Coin des Libraires - #18 Le Silence de Jean-Guy Soumy

Une nouvelle lecture commencée, dévorée, terminée. Le Silence de Jean-Guy Soumy, que dire ? Je ne connaissais pas du tout l'auteur, j'ai acheté le roman un peu au hasard, fouinant d'un rayon à un autre,  une nouvelle fois je n'ai pas été déçue. Je dirais que Le Silence fait partie de ces cours romans qui te garde en alerte, que tu veux continuer, poursuivre et ainsi, avoir le fin mot de l'histoire, le pourquoi du comment qui couvre toute cette quête d'identité. 


Le monde de Jessica s'effondre le jour où son mari, mathématicien de renommé internationale, se tire une balle dans la tête. Comment Alexandre a-t-il pu la trahir ainsi, abandonner leurs deux fils, détruire leurs vies ? L'acte est d'autant plus incompréhensible qu'il ne correspond pas à l'homme qu'elle a connu. Mais qui était-il vraiment ? Peu à peu, l'histoire se fissure... Alexandre a menti, falsifié son identité, inventé un passé. Comment cela a-t-il été possible ? Et surtout, pourquoi ? 


Jessica Leroy se retrouve désormais seule, son mari Alexandre s'est suicidé dans un motel sans aucune raison apparente. Jessica ne comprend pas, pourquoi a-t-il fait cela ? Pour l'instant, elle n'est qu'au début de ses peines. Au fil des pages, nous découvrons avec Jessica que son mari n'était pas ce qu'il semblait être, cet homme brillant, ce catholique Caennais qui a immigré en Amérique, patrie qui lui a tout donné. Jessica tente le tout pour le tout, avec elle, nous allons procéder à une cherche aux trésors, qui était-il vraiment ? 

Je n'imaginais pas qu'un disparu puisse occuper tant de place. Ton image devant mes yeux. Ta voix. Ton corps. Cet envahissement qui renvoi aux débuts de l'amour. Je te cherche.
Je cherche.
J'ai abandonné l'idée de déceler un signe que tu m'aurais laissé. Subtil, ambigu, comme tu savais l'être. Pendant des jours et des nuits, je me suis interrogée. En vain. Aussi, ai-je décidé de remonter à la source, au temps de notre rencontre. Comme si ma dernière chance de retrouver un signe m'attendait là-bas.
Jean-Guy Soumy, Le Silence.


Au fur et à mesure de notre lecture, on en apprend plus, il n'était absolument pas Caennais, ses parents n'étaient pas ses parents. Nous découvrons la vérité par le biais de quelques poèmes, quelques bribes de sentiments que ressentait probablement Alexandre. Tout comme Jessica nous sommes bercés dans le silence, un silence profond, dur et froid, un silence éternel. Le silence est le lot de Jessica, cette nouvelle présence, celle qui remplace son ami, qui s'immisce entre elle et les autres, ses fils Phil et Lewis - fils cadet atteint d'autisme - John, cet ami qui aimerait plus et Samuel, ce frère jumeaux avec qui elle partagera un thé, le soir, au coin d'un feu. 

Ce silence est là, dans toute l'oeuvre, tapis dans une obscurité pesante, noircie par le mensonge. 

Ce qui m'a plu fût de retrouver la Seconde Guerre mondiale comme thème récurrent dans l'oeuvre, après ma lecture j'ai aimée en apprendre encore un peu plus même si, il faut bien le dire, les passages sur la jeunesse d'Alexandre sont très peu détaillés d'un point de vue historique. Vient s'ajouter l'idée magnifique des poèmes d'Armand Robin (extraits de Ma vie sans moi) qui seront des indices pour Jessica, de petits fragments de ce qu'était Alexandre aussi. Alexandre étant un mathématicien de génie, il est évidemment que les mathématiques ont un rôle crucial dans le déchiffrement de l'énigme du roman. Surtout que Jean-Guy Soumy n'est pas seulement écrivain mais également professeur de maths. 


Le Silence de Jean-Guy Soumy.

Le gros point fort dans ce roman, intrigue mis à part est le personnage. Contre toute attente, Jessica n'est pas celle qui m'a le plus plu bien qu'elle soit le personnage principal. Son personnage me paraît trop loin, trop incomplet aussi. Oui, la question est de savoir qui était Alexandre mais j'ai été un peu déçue de voir qu'au bout du compte, on apprend tout sur lui mais rien de plus sur elle. Nous avons quelques bribes, ici et là qui viennent lui ajouter une certaine contenance qui ne m'a malheureusement pas suffit. Eh oui, ceux que j'ai préféré sont les outsiders, Lewis et Samuel. 
Dès le début, Lewis est celui qui m'a paru être le plus intéressant, le plus atypique. Pas parce qu'il est autiste, non, parce qu'il est dépeint avec une telle candeur, une telle précision cachée que je ne pouvais pas ne pas l'aimer. D'après moi, il est celui qui en sait le plus, je trouve que cela se sent dès le début, quand lui pousse l'idée de vouloir apprendre le yiddish. Il se révèle réellement lors du voyage en France, j'ai vraiment aimé ces passages où, au coin d'une pièce, on le croisait, toujours silencieux, toujours extérieur aux choses mais en réalité si sensible, si intelligent.
Samuel est un peu comme cela aussi, silencieux, calme, paisible, différent. Il est l'homme dans l'ombre, celui qui vit tranquillement dans sa ferme, qui a malgré lui tué Alexandre. Tout comme Lewis, je l'ai trouvé sensible malgré les apparences.

En revanche, Phil est le seul à m'être apparu comme quelqu'un de détestable, quelqu'un d'égoïste. Je ne sais pas si c'était la volonté de l'auteur ou non mais dans tous les cas j'ai apprécié ne pas entendre parler de lui. Bien que lui aussi soit un élément essentiel à l'intrigue puisqu'il est celui qui peut déchiffrer les énigmes, les équations mathématiques de son père, je n'ai pas aimé ses brèves apparitions dans le roman. On ne peut pas aimer tout le monde, j'imagine.

Je ne sais pas si tu me comprends. J’hésite devant les souvenirs que tu m’abandonnes. Je suis indécise, comme une femme qui doute de la sincérité de son séducteur. Il se pourrait que ce que nous avons accompli tous deux me fuie et s’échapper vers des territoires pleins de rancoeur. Il est possible aussi, et cela dépend de toi que tu réussisses encore à me toucher.
J’aimerais reconstruire l’histoire de nos vies. Respirer de nouveau librement.
Alexandre, toi. Quand as-tu cessé de respirer ?
Jean-Guy Soumy, Le Silence.

Le Silence est un roman qui s'écoute plus que ne se lit, un roman qui te murmure la réalité. Une bonne lecture malgré certains petits défauts, un moment de détente face à un style éblouissant qu'est celui de l'auteur.
Ce livre est pour moi ce que Pascal Guignard a dit dans Vie secrète : "Le silence n'est que l'ombre que le langage porte."

Si vous souhaitez l'acheter c'est ici (librairie chapitre)







La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...