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dimanche 19 août 2018

Le Coin des libraires - #107 Le Procès de Franz Kafka + adaptation cinématographique d'Orson Welles

Voilà longtemps que je pense à écrire cet article. J'ai eu la chance d'étudier le roman Le Procès de Franz Kafka et j'avais envie de vous en parler pour la simple raison que j'ai beaucoup aimé lire cette oeuvre - comme toutes les autres oeuvres de l'auteur lues jusqu'ici. 

Paradoxalement à ça, j'appréhende un peu d'écrire cet article, Le Procès est une oeuvre tellement complexe, possédant tellement d'interprétations qui, parfois et même souvent, n'ont rien à voir entre elles que, je ne sais pas très bien comment je vais pouvoir me dépatouiller de tout ça, mais bon, autant essayer ! 
Et puis, j'avais aussi envie de refaire ce format d'article où je parle du roman pour ensuite aborder son adaptation cinématographique, je le fait peu parce que mine de rien, ça prend du temps - d'ailleurs, si tout se passe bien le prochain article de ce type que vous devriez voir n'est autre que sur Gone Baby Gone de Dennis Lehane, adapté par Ben Affleck ! 


Un matin, au réveil, alors qu’il n’est coupable d’aucun crime, Joseph K est accusé et arrêté. Arrêté, mais laissé entièrement libre. Accusé, mais sans savoir ni de quoi ni par qui. Ainsi s’ouvre Le Procès, qui dépeint les affres d’un personnage aux prises avec un adversaire aussi implacable qu’insaisissable, la loi. Terreur, mépris, révolte, indifférence : quoi qu’il éprouve ou fasse, le prévenu s’enferre, aggrave son cas, court à sa perte. Et, à mesure que s’effondrent toutes ses hypothèses, la réalité se dévoile pour ce qu’elle est : un univers de faux-semblants. Roman de la justification impossible, Le Procès nous invite à emboîter le pas à Joseph K, au narrateur et à Kafka lui-même, pour méditer sur le destin d’un individu, le sens de la vie et la question du salut.



C'est mon premier roman de Kafka, je ne le connaissais auparavant que par le biais de ses nouvelles : La Métamorphose, La colonie pénitentiaire, mais je n'avais pas encore eu l'opportunité de me pencher sur ses romans qui sont au nombre de trois : Le Procès, Le Disparu, Le Château, et sont tous inachevés. 

Kafka est un auteur qui me fascine, en grande partie à cause de son histoire personnelle, son besoin d'être un homme normal c'est-à-dire avec un travail, une femme, etc. et de vivre une vie d'artiste, une vie où il remplit sa vocation qui n'est autre que l'écriture - il dessinait aussi, c'est généralement passé sous silence, mais apparemment il lui arrivait de dessiner et ses productions n'étaient pas si mal, de ce que j'en ai entendu. 
Enfin voilà j'ai avec lui un sentiment de grande étrangeté dans le sens où j'ai le sentiment que son oeuvre m'est toujours insaisissable. Il me semble qu'on a tellement dégagé de thèses dessus que jamais on ne trouvera une explication ou une démarche à son écriture, sans doute est-ce un peu un mélange de différentes thèses, une seule étant trop réductrice pour l'auteur praguois. 

En tout cas, pour ma part, je ne me suis pas arrêtée à la seule lecture psychologique de l'oeuvre - comme quoi tout ce qui arrive à Joseph K., le protagoniste est en réalité une façon de montrer la relation de Kafka avec son père, ni même une seule lecture politique : Kafka dénonce un système insaisissable, inconnaissable qui a droit de vie ou de mort sur les citoyens de ce système. 

Kafka représente l'écrivain par excellence qu'on ne peut catégoriser, qu'on ne peut pas non plus expliquer, il est une sorte d'ovni, d'auteur de génie qui n'a rien laissé derrière lui excepté des manuscrits inachevés, destinés aux flammes. 


Pour parler seulement du Procès et arrêter de donner mon avis sur ce grand auteur qu'est pour moi Franz Kafka, je dirais tout d'abord que c'est un roman rempli de non sens, d'obscurité, d'incompréhension.
Joseph K. est lui-même un personnage ambivalent, un personnage dont on ne sait pas grand chose et qui se trouve être accusé comme ça, en un claquement de doigts. 
C'est une des choses que j'aime chez Kafka, le fait qu'on ait dès le début la situation de posée. On ne passe pas des plombes à poser un environnement, une atmosphère, non non, dès la première phrase on nous dit ce qu'il en est. 

Description d'une quête sans identité, nécessité d'absolution religieuse, absurdité qui frise le non sens, Le Procès est bel est bien la quête d'un homme pour prouver son innocence. Jusque là, c'est franchement banal, mais ça l'est quand même beaucoup moins quand il s'agit de prouver son innocence alors qu'on ne sait même pas de quoi on est accusé. L'idée est folle quand même, non mais franchement, comment peut-on proclamer son innocence si on ne sait tout bonnement pas ce qu'on nous reproche ?
Cette question fait partie de beaucoup d'autres questions du même acabit, mais globalement, le noyau du roman est de donner à voir la lutte d'un homme face au pouvoir. J'ai trouvé ça passionnant, la façon dont Kafka nous donne à voir un personnage qui, comme le lecteur, se trouve complètement dépassé, qui passe de la surprise totale, à la remise en question. 

J'ai aimé aussi cette façon de faire rire le lecteur alors que la situation est tout à fait angoissante, voire tragique. Cette absurdité, mêlée à la farce à moitié, ça m'a, par moment, fait exploser de rire alors qu'après coup, je me disais que c'était horrible, en fait. C'est sinistre, tout en étant drôle, c'est dingue quand même ! 

Alors il est évident que même après deux lectures (quasi trois), il y a encore plein de choses que je n'ai pas compris, je ne peux pas prétendre que j'ai tout saisi parce que c'est absolument faux, à vrai dire, je ne peux faire que des conjectures - et puis, faut dire que je ne suis pas une très bonne exégète non plus haha ! 
Quoi qu'il en soit l'auteur pose énormément de questions, comme sur la loi par exemple : ce qu'on pense qu'elle est, ce qu'elle est réellement, et ce, par le biais du chapitre Dans la cathédrale qui fait énormément réfléchir avec la parabole du gardien. Chapitre qui, par ailleurs, est fondamental puisque c'est le seul que Kafka a publié de son vivant et surtout, qu'il ne voulait pas détruire. 


Vous l'aurez donc compris, j'ai adoré lire et étudier cette oeuvre, même si j'ai bien conscience de ne pas avoir tout saisi, j'ai passé un excellent moment avec ce roman qui ne cesse de nous questionner sur tout un tas de sujets importants, tout en mêlant une sorte d'humour noir qui, quand on y pense, fait froid dans le dos ! 


"D’ailleurs de toute façon, comment est-ce qu’un être humain peut être coupable. Nous sommes pourtant tous des êtres humains, ici, tous autant que nous sommes."
Franz KafkaLe Procès.


J'aimerais désormais lire sa correspondance avec Milena Jesenska, ou sinon peut-être lire un autre roman, je ne sais pas trop encore. 



  • Du papier à l'écran 

Mon prof nous avait conseillé de regarder l'adaptation réalisée par Orson Welles en 1962, ce n'était pas obligatoire, mais comme vous pouvez vous en douter je n'ai pas résisté à l'envie de voir l'adaptation. 
Autant le dire dès maintenant, ce qui m'a décidé à voir le film au-delà du réalisateur, c'est bien évidemment l'acteur qui joue Joseph K. et qui n'est autre qu'Anthony Perkins. 

Pour ceux à qui le nom ne dit rien, c'est tout simplement l'acteur qui incarne Norman Bates dans Psychose d'Alfred Hitchcock - le meilleur film du monde ! Je n'ai pas pu résister juste pour ça, juste parce qu'il joue incroyablement bien Norman dans Psychose et parce que je ne l'avais jamais vu dans un autre film. Après coup, j'a regardé une biographie de l'auteur et il semblerait que ce soit ses deux plus grands rôles, il a surtout fait des films de "séries B" comme on dit, puis il est décédé du sida. 

Bon déjà, j'ai adoré le parti pris de Welles qui est celui du rêve. On remarque aussi dès le début l'importance qu'a pour lui le chapitre Dans la cathédrale puisque le film commence justement avec la parabole présente dans ce chapitre. 
Et puis, très vite on se rend aussi compte de la fidélité à l'oeuvre originelle. Welles utilise le parti-pris du rêve pour justifier les événements, mais il n'en reste pas moins tout à fait fidèle au roman - sauf quelques digressions ici et là.

Ces digressions, elles apparaissent surtout dans l'optique de faire du Procès, une sorte d'écho de la Seconde Guerre mondiale, écho sans doute des juifs dans les camps (avec le plan où Joseph K. se trouve entouré d'hommes accusés qui sont affublés de pancartes numérotées), écho aussi de bombe nucléaire (la fin du film) qui vient conclure la chute. 




Anthony Perkins est fidèle au personnage de base : il passe de l'incompréhension au rejet, puis de la volonté de s'en dépatouiller à une lassitude qui ne peut se résoudre que d'une seule façon.
J'ai adoré sa façon d'incarner le rôle, à vrai dire quand j'ai vu le film après avoir lu le livre, je me suis faite la réflexion que c'était exactement comme ça que je voyais Joseph K. 
Enfin ce qui m'a marqué, ce sont les décors, je pense notamment à ce plan où Joseph K. se trouve littéralement écrasé par l'architecture du tribunal, image qui traduit à la perfection le sentiment d'angoisse que l'on ressent à la lecture du Procès, quand on comprend que l'homme se trouve aux prises avec la justice, la loi, le tribunal que l'on ne connaît pas, que l'on ne peut pas rencontrer et qui reste une vérité irréfragable. 

C'est un film à la hauteur de son oeuvre originelle qu'Orson Welles a pondu, un film à la mesure du géant qu'était Kafka et qui, pour ma part, est une interprétation intéressante et personnelle du roman sans pour autant que celui-ci soit dénaturé. Globalement il reste assez proche du livre, un peu comme c'était le cas pour Sa majesté des mouches, adapté par Peter Brook.
J'ai l'impression qu'a cette époque, on évitait les écarts, en tout cas plus qu'aujourd'hui où on trouve plus d'interprétations libres et personnelles - enfin, ce n'est évidemment que mon avis ! 


Le Procès (1962) d'Orson Welles.


L'avez-vous déjà lu ou vu ? Est-ce qu'un des deux vous fait envie ? 






mercredi 1 novembre 2017

Le Coin des libraires - #74 Le Journal d'Helga de Helga Weissová

Le journal d'Helga est le dernier livre traitant de la guerre en ma possession, tous les autres ont déjà été lus. Après Sonderkommando qui a été un des livres les plus difficiles à lire pour moi, j'ai voulu me plonger dans le récit intimiste que nous livre Helga, récit aux accents enfantin puisque le livre commence lorsqu'elle a 8 ans et se termine à la Libération, Helga est alors une adolescente. 

Je trouve qu'aucun récit de ce genre ne se ressemble, l'expérience de chacun est différente même si bien sûr on retrouve souvent des similitudes (le travail forcé, le manque de nourriture, les épidémies, etc.), celui-ci est quand même bien différent de tous ceux que j'ai pu lire puisque l'essentiel se concentre sur les années passées au ghetto de Terezin et non pas en camp de concentration/extermination directement. 


Helga a 8 ans quand elle commence son journal. Nous sommes en 1938 et les nazis ont envahi Prague. Les écoles sont fermées, son père a perdu son travail, toute la famille est confinée dans l’appartement. Un à un, les proches disparaissent, les déportations commencent.
En 1941, Helga et ses parents sont envoyés à Terezin, ils y resteront trois ans. Et Helga raconte : les voyages interminables, les conditions inhumaines, la faim, les maladies, la souffrance. Mais aussi l’amitié, les petits moments de joie, l’espoir. Et puis l’horreur. Helga écrit toujours et dessine pour obéir à son père : « Dis-leur ce que tu vois. »

Seules Helga et sa mère survivront. À la fin de son journal elle a 15 ans. Elle fait partie de la petite centaine d’enfants rescapés sur plus de quinze mille déportés. 



C'est une vision très intéressante que nous livre Helga parce qu'elle est innocente et en même temps très consciente de la situation. Au début elle nous décrit son quotidien à Prague, le fait qu'elle doive quitter l'école puisque celle-ci lui est désormais interdite, le fait qu'elle doive aller suivre des cours dans un appartement en compagnie d'autres enfants, également juifs. On suit son quotidien qui change, la mise en place du couvre-feu, la disparition de ses camarades au fur et à mesure que les jours passent. 

Et puis, voilà qu'un jour c'est son tour, elle aussi doit s'en aller, elle doit tout quitter pour partir à Terezin, elle a alors 12 ans à ce moment là. C'est à cet âge qu'elle doit faire face à toutes les horreurs du ghetto, elle doit accepter la séparation de ses parents (les hommes ne sont pas mélangés aux femmes), le fait de devoir travailler pour aider sa mère. Il faut subvenir à ses propres besoins, tenter le tout pour le tout afin de survivre dans la mesure du possible. 

Survivre, mais pourquoi ? pour continuer à vivre dans une pièce misérable où les corps sont collés tellement l'espace est restreint ? pour être finalement déporté et ne jamais revenir comme ça a été le cas pour son père ? 
Je n'avais jamais entendu parler de ce camp/ghetto qu'est Terezin et pourtant il semblait être une machine relativement bien huilée avec sa propre monnaie, ses propres règles. 


Le Journal d'Helga, d'Helga Weissová, éditons Pocket.


À certains moments, j'ai pensé à Charlotte Delbo et à sa trilogie Auschwitz et après, déjà parce que c'est le nom qui a été donné au deuxième chapitre du journal d'Helga, mais aussi parce qu'elles ont toutes les deux quelque chose en commun : l'espoir, la solidarité entre les êtres. 
Lors de ma lecture de Delbo j'ai été frappée par la façon dont les femmes étaient soudées entre elles, contrairement à Primo Levi, Martin Gray ou même Vladek Spiegelman qui nous expliquent bien que les camps, c'est du chacun pour soi - même si on peut un peu contraster pour Levi. 
Or, ici, une fois encore on retrouve ce sentiment d'entraide, cette idée que de toute façon tout le monde se retrouve dans le même bateau alors autant s'en sortir ensemble, du moins essayer. 


Forcément il est trop simple de dire "lisez-le" et pourtant, il le faudrait. C'est tellement difficile de lire ce genre de livres qu'on en sort toujours changé, toujours un peu plus dégoûté de faire face à cette Histoire qui est injuste et surtout abjecte. 
Il est impossible de dire "celui-ci est meilleur que celui-ci" chaque témoignage apporte un point de vue différent, raconte une vie unique et en même temps c'est une vie qui a été celle de milliers de personnes. 
J'ai aimé la présence de dessins réalisés par Helga durant ses années passées à Terezin, j'ai trouvé que ça permettait de très bien illustrer son propos et ainsi de donner une véritable image de la réalité. C'est un livre qui est complet parce qu'il est juste, il a pour vocation d'être vrai et c'est tout ce qui importe. 

Avec Le journal d'Helga, je garde surtout en mémoire que sur environ 15 000 enfants envoyés à Terezin, une centaine seulement a survécu et c'est quelque chose qu'il ne faut pas oublier : la mort de tous ces gens au nom de la haine, de l'envie et sans doute aussi de la peur de l'autre, et pourtant, c'est à cause de toutes ces choses si aujourd'hui encore la vie de tant de personnes se trouvent être ruinées ou simplement supprimées. 
Et je m'interroge toujours : comment est-ce possible ? 









La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...