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dimanche 6 décembre 2020

La Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne

 Mais je continue à croire qu’il vaut mieux pour celui qui souffre être libre de montrer sa douleur, comme cette pauvre femme, que de l’enfermer dans son coeur.

Qui n’a jamais entendu parler de ce roman, La Lettre écarlate ? Que ce soit parce qu’il est considéré parmi ces livres qui ont construit la littérature américaine, ou pour sa protagoniste, véritable héroïne dans son sens le plus strict. 


Publié en 1850, La Lettre écarlate se situe deux siècles plus tôt, en 1642 à Boston et s’étale sur sept ans. 


La belle Hester Prynne vit dans une communauté puritaine, largement dominante à cette époque — c’est cette même société qui a fondé les 13 colonies de la côte Est des États-Unis. 

Cette même société qui l’accuse d’adultère. Face au mutisme de la jeune femme qui refuse de dévoiler le nom de l’homme avec qui elle a eu une liaison, le châtiment est sans appel : Hester devra porter cette lettre, preuve de son déshonneur : A. 


Destinée à vivre comme une pestiférée, Hester refuse de laisser son trésor, sa petite fille, Perle, être éduquée par les puritains. 

Qu’à cela ne tienne, Hester, la tête haute, n’a que faire des ragots… 


Le mari, lui, a laissé sa femme venir dans le Nouveau Monde, alors forcément quand il revient et apprend la nouvelle, il se désolidarise en refusant de se faire connaître. 

Le secret est bien gardé là aussi. 

 

Les années passent, Hester conserve de sa superbe, elle qui coud magnifiquement pour les autres. Elle dont la lettre exerce une étrange fascination, entre admiration et répulsion. 

Elle qui porte à la face de tous sa déchéance avec superbe. 


Mais La Lettre écarlate ce n’est pas seulement Hester Prynne. 

C’est aussi le secret de la paternité de la petite Perle. C’est aussi l’amour dans un monde où le divorce n’est pas envisageable, où les convenances empêchent le bonheur.


La fin est tout ce qu’il y a de plus beau. Ravagé par la culpabilité, largement encouragé par le mari, le coupable suprême, celui dont le nom n’a pas été prononcé publiquement dévoile sa faute. C’est déchirant. 


La Lettre écarlate c’est la dénonciation. Celle de cette société qui se pense bien sous tout rapport mais qui est en réalité gangrénée par l’hypocrisie. 

C’est l’admiration pour cette femme, pour la beauté de sa lettre, illustration de la honte et pourtant tellement plus que cela. 

La lettre fascine quoi qu’on dise. Avec ses fils d’or Hester démontre qu’elle accepte le châtiment mais qu’elle n’est pas seulement une femme adultère, elle est aussi tellement plus. 


La lettre écarlate mérite sa place au sein des pionniers de la littérature américaine. En faisant le pari de dénoncer la société puritaine du 17e siècle, Nathaniel Hawthorne créer la figure majeure d’Hester Prynne, illustration d’une résilience hors norme.


C’est un curieux sujet d’observation et d’étude que de savoir si la haine et l’amour ne sont pas au fond la même chose. Tous deux, parvenus à l’apogée de leur développement, supposent un degré élevé d’intimité et de connaissance du coeur ; tous deux font dépendre un individu d’un autre individu pour sa nourriture affective et spirituelle ; tous deux laissent l’amant passionné, ou celui qui hait non moins passionnément, solitaire et désolé si l’objet de sa passion lui est retiré. D’un point de vue philosophique en conséquence, ils semblent être essentiellement identiques, à ceci près que l’un apparaît baigné de lumière céleste et l’autre sous un jour ombreux et sinistre.


La Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne, traduit par Pierre Leyris aux éditions 10/18







dimanche 21 juin 2020

Le Coin des libraires - Captive de Margaret Atwood

En 1996 paraît le roman de Margaret Atwood intitulé Alias Grace. Il aura fallu la mode de La Servante écarlate pour que le jour se fasse de nouveau sur ce roman, également adapté en série sous le même titre. 

En France, c’est en 1998 que Captive sort dans nos librairies.




Ayant adoré La Servante écarlate (livre comme série), j’avais très envie de découvrir Captive, même si je ne savais absolument rien dessus. En plus j’avais reçu à Noël (2018) la magnifique édition collector publiée par 10/18. Je n’avais plus d’excuse. 


Je ne sais pas si c’est pareil pour vous, mais je préfère toujours lire le livre avant de découvrir son adaptation (et inversement si c’est d’abord un film avant d’être un livre, chose très rare). 

Du coup je voyais toujours la vignette de la série passer et je me disais toujours qu’il fallait que je lise le livre…


Il aura fallu qu’on me mette devant le premier épisode pour que je me décide à ouvrir le bouquin. Et quelle lecture ! 

Je ne savais pas de quoi ça parlait (même si j’avais compris qu’il y avait une histoire de meurtre là-dessous) mais ça avait l’air quand même vachement bien ! 


Pour la première fois j’ai lu le roman et alternativement j’ai regardé la série si bien que je suivais vraiment les deux en même temps. 

J’ai rapidement compris que Margaret Atwood s’était inspirée d’un fait-divers et là, évidemment c’était le jackpot. 


Un fait-divers historique, dont je ne connaissais pas l’existence et où il est question de meurtre et de psychologie, mais que demander de plus ??


J’étais servie il y a pas à dire. 


Criminelle, criminelle, murmure-t-il tout bas. Ce terme a de l’attrait, une senteur, presque. De gardénias de serre. Terrifiante, mais également discrète. Il s’imagine en train de la respirer tout en attirant Grace vers lui, en appuyant sa bouche contre la sienne. Criminelle.


Captive reprend l’histoire de Grace Marks, femme de chambre chez Thomas Kinnear, un bourgeois ayant des relations avec sa gouvernante, Nancy Montgomery.


En 1843, James McDermott assassine le couple et s’enfuit avec Grace. Cerveau de l’opération, complice ou simple victime collatérale, Grace est arrêtée avec McDermott. Condamnée à perpétuité pour le meurtre de Kinnear uniquement (McDermott a pris la pendaison), Grace est restée 30 ans en prison avant d’être graciée en 1872. 

S'il n'y a pas eu la peine de mort pour elle, c’est uniquement en raison de son jeune âge lorsque les faits sont survenus. 


Aujourd’hui encore les raisons autour du meurtre de Kinnear et Montgomery sont mystérieuses, en particulier le rôle joué par Grâce. 

Margaret Atwood s’intéresse d’ailleurs surtout à la jeune femme, aux raisons qui auraient pu la pousser à en arriver là. Choisissant la thèse psychologique, Grâce aurait eu des problèmes, disons schizophréniques, après la mort de sa seule amie, Mary Whitney, décédée des suites d’un avortement. 


La place de choix de Mary dans l’imaginaire de Grâce pourrait expliquer les raisons de son acte : venger la jeune femme décédée à cause, notamment, de sa classe sociale et de son impossibilité d’avoir un enfant au regard de ses conditions de vie. 


Le livre n’est que spéculation et la série reprend bien ces diverses interrogations. 


En des moments pareils, j’envie ceux qui ont trouvé un refuge sûr où accrocher leur coeur ; ou peut-être est-ce que je leur envie d’avoir un coeur à accrocher. J’ai souvent le sentiment de ne pas en avoir et de ne posséder à la place qu’une pierre en forme de coeur ; et d’être donc condamné à «  errer en solitaire comme un nuage  », comme l’a écrit Wordsworth.



Captive de Margaret Atwood, traduit par Michèle Albaret-Maatsch aux éditions 10/18.


  • Du livre à l’écran 


Sans volonté de trancher, Atwood a choisi le parti de l’interrogation. Finalement on en apprend pas plus sur le fait divers et sur Grâce Marks après avoir lu Captive, mais on sort interrogatif et avec un sentiment contradictoire à l’égard de Grace. 


Il en va de même dans la série où la fascination ressentie par le Dr. Jordan (Edward Holcroft) est tout autant celle du spectateur. En équilibre entre la culpabilité et l’erreur judiciaire, on ne sait sur quel pied danser. 

Quelle est la vérité ? Est-ce une histoire macabre largement due aux conditions sociales de l’époque ? chose qu’Atwood décrit parfaitement bien dans son roman avec par exemple la jalousie éprouvée à l’égard de Nancy Montgomery, aussi méprisable que toute bonne bourgeoise qui se respecte (mais n’oublions pas qu’elle n’est en rien une bourgeoise).


J’ai eu la bonne surprise de retrouver Anna Paquin (True Blood, et plus dernièrement dans The Irish Man) dans le rôle de Nancy. 

En campant un personnage détestable elle donne des points à Grace pour laquelle on éprouve que de la pitié. 


La série retranscrit fidèlement ce sentiment d’injustice ressenti à l’égard de Grace. On croit la majeure partie du temps qu’une femme de sa trempe n’a pas pu faire ce qu’on lui reproche. Elle est trop douce, trop calme, trop gentille. 

Mais il faut se méfier des apparences, voilà ce qu’on veut nous faire comprendre. 



ⓒ



En 6 épisodes le spectateur est interrogé sur la difficulté à reconnaître quelqu’un coupable sur le seul fait d’un témoignage (McDermott et Grace ne cessent de se jeter la balle, et un troisième protagoniste y met son grain de sel). La réalisation est efficace et nous met dans une ambiance feutrée, celle, intime, des séances avec un psychologue. 


Le choix de reprendre le titre du roman Alias Grace est très fort. Je le comprends vraiment comme un aveu, celui de la maladie, du trouble de la personnalité. Tandis que le titre Captive est caractéristique de Grace Marks, un être énigmatique, complexe… captivant. 



D’ordinaire je déteste les fins ouvertes, mais là il y a à mon sens une nécessité de ne pas trancher. La thèse psychologique est parfaitement plausible. La thèse de l’influence de Grace sur McDermott l’est aussi. 

On ne saura jamais les raisons de cet acte, on ne saura jamais qui est véritablement coupable, qui a manipulé qui, qui est à l’origine du massacre. 


L’Histoire est composée de zone d’ombre et ce fait divers, survenu au 19e n’y coupe pas. 

Grace était un cas clinique avant l’heure, ou était-elle simplement une tueuse jalouse et dépravée. Qui sait ? 


Dans tous les cas je recommande à tous ceux qui aiment les faits divers le livre comme la série, ils sont à peu près pareils du point de vue de l’histoire, mais ils apportent chacun un éclairage différent sur les principaux protagonistes. 







dimanche 15 mars 2020

Le Coin des libraires - L'Oeil le plus bleu de Toni Morrison

De Toni Morrison je n’avais lu que Home il y a bien deux ans maintenant je dirais. Je n’avais pas écrit d’avis dessus, malgré le fait que j’avais beaucoup aimé suivre Frank, de retour sur les routes de sa maison, suite à la fin de la guerre de Corée. 

Lorsque j’ai appris que l’auteure était décédée en août dernier, j’ai un peu culpabilisée. J’avais adoré Home et voilà que je n’avais rien lu depuis. 
C’est quand même sacrément triste de se dire qu’on attend presque qu’un écrivain décède pour se donner le temps de le lire...

Beloved était sur ma liste depuis quasiment aussi longtemps que Home, mais je m’étais dit qu’ils ont tous l’air intéressants, qu’ils ont tous l’air de nous donner une autre image des États-Unis, du racisme, de la condition des noirs, qu’ils soient hommes ou femmes. 

Je me suis achetée L’oeil le plus bleu début janvier. Parce que 10/18 l’a réédité dans une couverture magnifique ; parce que j’ai compris qu’il était grand temps de s’y mettre. 



J’ai commencé par ce titre parce qu’il est son premier roman. 
Paru en 1970, L’oeil le plus bleu se concentre sur trois personnes, trois fillettes / pré ado : Frieda et Claudia (l’histoire est principalement vue depuis le point de vue de cette dernière) et Pecola. Les trois sont noires, les trois sont opprimées. 

Cette histoire n’a rien de joyeux, bien au contraire. 
Durant quatre chapitres, quatre chapitres qui rythment les saisons, une année entière, celle de 1941, la narratrice va s’intéresser à la famille de Pecola, à son rêve d’avoir les plus beaux yeux bleus du monde. 

Le livre est sombre, si sombre qu’il n’est pas toujours facile de faire face. Le lecteur doit accepter la ségrégation, la violence, l’inceste, la pédophilie, et donc le viol. 
S’agissant de petites filles n’ayant même pas encore leurs règles (excepté pour Pecola), la crudité des événements fait froid dans le dos. 

Le contenu du livre ainsi que les partis-pris de l’auteure font de L’oeil le plus bleu un ouvrage difficile, sincère et poétique. 

Chaque membre de la famille enfermé dans sa propre cellule de conscience, chacun se fabriquant sa propre couverture de réalité en patchwork — en réunissant des fragments d’expérience ici, des bouts d’information là. À partir des minuscules impressions glanées de l’un à l’autre, ils créaient un sentiment d’appartenance et essayaient de vivre comme ils étaient.

Il est important de souligner l’importance des couleurs par exemple. 
Cette importance on la retrouve dans les fantasmes des filles : la volonté d’avoir des yeux bleus ou au contraire dans la haine : le dégoût pour les poupées blondes. 

Mais les couleurs, elles sont toujours de près ou de loin liées aux blancs, les couleurs leurs sont réservées, excepté pour le rouge du sang et le vert de la maison. Leurs couleurs sont le gris et le noir, inexorablement. 

L’oeil le plus bleu heurte en plein coeur. Il traite de sujets complexes, horribles avec une sensibilité infantile désarmante. 

Toni Morrison a signé un premier roman exceptionnel où les personnages, l’histoire, le style laissent présager l’oeuvre qui sera la sienne des années plus tard. 

Mais pour découvrir la vérité sur la façon dont meurent les rêves, il ne faut jamais croire ce que dit le rêveur.




samedi 10 novembre 2018

Le Coin des libraires - #119 Nord-Michigan de Jim Harrison

Mon premier Jim Harrison. Lorsque j'ai commencé à lire des livres de façon "sérieuse", je me suis pas mal intéressée à la littérature américaine et anglaise (en plus de la française), et puis, entre temps, je me suis découvert une grande passion pour la littérature allemande/autrichienne, si bien que j'ai un peu délaissé la littérature américaine. 

J'en lis toujours, mais quand même assez peu au final. Je n'ai pas rencontré les grandes figures du XIXe-XXe siècle américain comme Edith Wharton, Jack London, Charles Bukowski ou encore William Faulkner - cette mini liste d'auteurs est non exhaustive et ne contient que des auteurs que j'aimerais lire, donc par définition, que je n'ai pas encore personnellement découvert. 

Néanmoins, je dois contraster en soulignant que je ne suis pas non plus une vraie bille, j'ai déjà lu Poe, Sallinger, Hemingway, Fitzgerald... 
Et puis, j'ai lu, pleuré, relu, repleuré face à Des souris et des hommes de Steinbeck qui est pour moi un des meilleurs livres jamais écrit au monde. 
Fin voilà, ma culture en littérature américaine est passable, mais mes lectures, bah, elles le sont bien moins. 

J'ai reçu Dalva pour mon anniversaire (ou Noël ?) en 2016. Je ne l'ai pas encore lu non plus. À vrai dire j'ai un peu de mal à me plonger dans un pavé lorsque je n'ai encore rien lu de l'auteur en question. Lorsque j'ai vu que les éditions 10/18 sortait une édition limitée de Nord-Michigan, troisième roman de l'auteur paru aux États-Unis en 1976, je n'ai pas hésité bien longtemps, j'ai commencé par celui-ci car il a été écrit avant Dalva et parce qu'il est plus court, c'était donc pour moi l'occasion de découvrir l'auteur plus rapidement. 


Instituteur dans une bourgade rurale du Nord-Michigan, Joseph coule des jours tranquilles dans la ferme de ses parents. Entre la chasse et la pêche, il partage ses nuits avec Rosalee, l’amie d’enfance, l’éternelle fiancée. Quand survient Catherine, une de ses élèves, âgée de dix-sept ans et très affranchie, déterminée à bouleverser le cours des choses… 

Sur un thème presque banal, Harrison a composé le plus simple mais aussi le plus beau de tous ses romans. 


Après la lecture des premières pages, une question s'impose : dans quoi me suis-je embarquée ? 
Une fois passée les trois pages d'un espèce de prologue, on est catapulté dans la nature, on nous parle de pêche de manière assez pointue quand on y pense. 
Bon, après coup je me suis dit "normal, vu le passif de Joseph, la pêche, la chasse et la nature vont avoir une place importante, si ce n'est centrale dans cette histoire". 

Pourtant, une fois passée les premières pages au sujet de la pêche, je me rends compte que je suis entrée dedans à la vitesse de l'éclair et que ma lecture est pour le moins agréable et enrichissante. 

Il faut dire que le personnage de Joseph, qui m'est apparu comme étranger de prime abord m'a rapidement touché. Ce quadragénaire, instituteur (un peu) aigri rêve d'évasion, plus précisément de l'océan. Déjà, pour moi, un des gros points forts du livre, c'est ce tiraillement, cette hésitation entre terre et mer, entre la chasse et la pêche, entre Rosalee, celle qu'il aime depuis des années et Catherine, celle avec qui il occupe ses journées, celle qui semble être un peu l'illustration de sa crise de la quarantaine. 

C'est une vie banale que nous montre Harrison, une petite vie tranquille de fils de fermier dans le Michigan, près de la Pine River. C'est un lieu commun pour cet auteur, membre du mouvement  nature writing - courant littéraire naît avec le fameux Wilden de Thoreau (si je ne me trompe pas) qui mêle des passages autobiographiques à des réflexions et descriptions de la nature. 

C'est bien ce qu'est Nord-Michigan : un court roman issu du nature writing. 
On y trouve en tout cas bon nombre de descriptions des lieux (qui, d'ailleurs, donne envie de découvrir le nord de cet état) et certains traits du personnage semblable à son auteur. 
À titre d'exemple, il y a évidemment les racines de l'auteur qui, comme son protagoniste, est d'origine suédoise de par ses parents. Il y a également le fait que Jim Harrison est né et a vécu au Michigan. 
Sans doute y en a-t-il d'autres, mais le but de cet article n'est pas de prouver que ce roman fait partie de ce mouvement littéraire américain. 


Nord-Michigan de Jim Harrison, éditions 10/18 collector.


C'est alors dans cette banalité de la vie qu'évolue Joseph, habitant de ce Michigan rural où il n'y a qu'une seule école pour tous les élèves. De ce Michigan où il vit avec sa mère mourante, dernier enfant de la famille à être resté dans les environs - ses soeurs sont parties de ce trou perdu depuis belle lurette -, de ce Michigan où il est hanté par le souvenir de son meilleur ami décédé, Orin, ex-mari de son amour de jeunesse, j'ai nommé Rosalee. 

Las de vivre une vie paisible, sans accroc, il découvre la fraicheur de la nouveauté en la personne de Catherine, ado de 17 ans qui n'est autre qu'une de ses élèves. À partir de là, Joseph va jouer à un jeu dangereux, un jeu qui brûle, qui abîme. Forcément, il va faire souffrir son amour de toujours, forcément il va devoir grandir et alors décider de la suite. Il va devoir faire un choix entre des éléments irréconciliables, entre la terre et la mer. 


Comme je le disais plus haut, j'ai eu du mal avec les premières pages, avec les descriptions de la nature, etc. et puis on comprend vite l'importance de ces descriptions pour l'ambiance d'une part, pour imprimer un paysage, et pour le personnage d'autre part. C'est un personnage fragile, attachant, émotif que l'on découvre. 
Jim Harrison nous offre un tableau passionnant, bucolique du nord du Michigan, et avec lui, l'illustration d'un homme fatigué d'être là où il est, d'être ce qu'il est, mais néanmoins heureux d'être environné de ces paysages si familier, de ces terres pour chasser, des lacs et autres rivières pour pêcher. 
C'est simplement que ce n'est pas l'océan. 


Honnêtement, je me suis plongée dedans un peu au hasard. Avec l'envie de découvrir ce grand monsieur de la littérature américaine du XXe siècle et avec le pressentiment que ce roman allait vraiment être trop centré sur la nature, et pas assez sur le personnage. Je me suis trompée. 
J'ai énormément aimé ce roman, je l'ai trouvé juste et touchant, à l'image du personnage de Joseph. 
Il ne fait pas de doute que je découvrirai d'autres romans de l'auteur, à commencer par Dalva qui m'attend sagement dans ma bibliothèque. 



"Il s’arrêta à l’idée que la vie n’était qu’une danse de mort, qu’il avait traversé trop rapidement le printemps et puis l’été et qu’il était déjà à mi-chemin de l’automne de sa vie. Il fallait vraiment qu’il s’en sorte un peu mieux parce que chacun sait à quoi ressemble l’hiver."
Jim Harrison, Nord-Michigan.





dimanche 11 juin 2017

Le Coin des libraires - #55 Dernier Noël de guerre & Moi qui vous parle de Primo Levi

Après avoir lu et aimé découvrir Primo Levi en tant que témoin des camps, mais également en tant qu'écrivain, j'ai eu envie de me plonger dans d'autres oeuvres de lui. 

Le hasard a voulu que les éditions 10/18 ont réédité Dernier Noël de guerre il y a peu et que les éditions Pocket ont publié un entretien inédit de Primo Levi, Moi qui vous parle, datant d'un peu avant sa mort en 1987. Je voulais lire La Trève au départ, mais je ne l'ai pas trouvé, alors je me suis penché sur ces deux livres qui sont très différents. 



  • Dernier Noël de guerre


Ce livre est un recueil de 13 nouvelles allant de la nouvelle animalière aux fragments autobiographiques - comme c'est le cas dans la nouvelle éponyme. 

Malheureusement, j'ai trouvé ce recueil assez inégal. Les premières nouvelles ne m'ont pas particulièrement captivée, en revanche d'autres valent largement le détour : Dernier Noël de guerre par exemple. Celle-ci met en scène un juif déporté qui fête Noël à la façon chrétienne. J'ai vraiment beaucoup aimé cette nouvelle, je l'ai trouvé touchante, différente des témoignages habituels sur la Seconde Guerre mondiale. 
Je trouve donc dommage qu'elle soit la seule dans cette veine (j'entends par là une veine clairement historique), mais on trouve d'autres nouvelles qui font penser à l'oppression, c'est le cas de cette nouvelle absolument géniale nommée "État-civil" qui nous entraîne dans un monde dystopique, où la mort est contrôlée. 


Il y a aussi "Le buffet" qui met en scène un kangourou et traduit l'étouffement, la volonté de fuir le monde, elle est vraiment bien écrite, l'auteur prouve ici qu'il n'est pas simplement un "écrivain-témoin", mais également un écrivain tout court. 

Autrement, certaines nouvelles animalières m'ont beaucoup amusé notamment l'interview avec l'araignée, mais au-delà de ces appréciations pour certaines nouvelles, on ne trouve pas d'homogénéité dans le recueil, ce sont plus des nouvelles qui ont été regroupées sans qu'il y ait une véritable cohérence, ce qui rend le recueil assez inégal, malheureusement. 


Dernier Noël de guerre & Moi qui vous parle de Primo Levi.


  • Moi qui vous parle


Autant le dire maintenant : autant Dernier Noël de guerre m'a déçue pour son manque d'unité, autant Moi qui vous parle m'a déçu pour son manque de contenu. 
La première chose que l'on aperçoit à la vue du livre, c'est bien évidemment cette phrase "L'ultime entretien inédit", forcément ça donne envie. J'ai un peu eu le sentiment qu'on m'a vendu un truc sur du sable malheureusement, et ça m'embête un peu, mais il faut vraiment penser à arrêter d'écrire ce genre de trucs, ça fait vendre, mais j'ai bien le sentiment que ça déçoit plus qu'autre chose au final. 

Alors attention, je ne dis pas non plus que ce livre est dénué d'informations, qu'il est d'un ennui mortel et bon à jeter. Je dis seulement que ce qu'on nous donne ne rassasie par l'appétit qui nous habite. Comme je le disais dans mon article sur Primo Levi justement, je m'interroge énormément sur les raisons de son suicide, je me demande si ce ne pourrait pas être un accident, etc. et je m'étais dit qu'étant le dernier entretien, peut-être qu'on pourrait y déceler une information, quelque chose qui permettrait peut-être de comprendre. Malheureusement, la mort soudaine de l'écrivain n'a pas permis à Giovanni Tesio (l'homme qui interroge Levi) de venir à bout de leur entretien ce qui explique le manque de données sur sa vie d'adulte, notamment après les camps.


Beaucoup de réponses sont intéressantes, on en apprend plus sur son enfance, son adolescence, mais j'avais du mal à m'imaginer la chose tellement le ton me paraissait loin, trop détaché, sans aucune intimité. 
Oui, ce qui me gêne le plus dans cet entretien est le fait qu'il soit inachevé, alors oui on nous prévient dès la préface, mais il serait bon de le noter, ça permet en plus d'en déduire qu'il s'agit de "l'ultime entretien", mais bref. Malheureusement, on n'en apprend pas plus sur l'homme qu'a été Primo Levi à la sortie des camps - si ce n'est ce qu'il a dit dans les préfaces de Si c'est un homme par exemple, il nous dit au détour d'une phrase qu'il s'est marié et a eu un enfant, mais le mystère reste entier. 



C'est donc sur une touche assez négative que je suis venue à bout de ces deux livres, lus dans la foulée. Mais ce n'est rien, ce que ne sont pas d'immenses déceptions non plus, alors je vais persévérer, trouver et lire La Trève, et Lilith. 






La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...