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mercredi 19 janvier 2022

Lune de papier de Mitsuyo Kakuta

Le monde entier était doux et aimable comme jamais. Elle se mit à penser que c’était ainsi que les gens riches voyaient la vie. […] Ces gens qui riaient de bon coeur, qui ne haussaient jamais le ton, qui n’écrasaient pas les autres, qui faisaient vite confiance, qui ne montraient ni n’exprimaient aucune malveillance, qui ne pensaient même pas que quelqu’un puisse leur vouloir du mal. Elle était convaincue qu’ils avaient passé leur vie dans cette ambiance éthérée que procurait l’argent.


La quatrième parle d’une femme, Rika, mariée et employée de banque. On nous dit qu’elle détourne l’argent de ses clients. 

Pourtant quand j’ai commencé à lire, ce fait existait déjà, il était déjà là, déjà plus d’actualité. 

On suit Rika et quelques anciennes camarades de classe. Ces autres femmes, dont le portrait est tracé avec minutie, sont présentes pour donner plus d’épaisseur à Rika, nous donner plus d’informations sur ce qu’elle était bien avant d’être ce qu’elle est devenue, mais aussi pour donner une autre représentation des femmes au Japon. Leur comportement et leurs pensées. 


Dans ce livre, tout tourne autour de l’argent. `


Les mariages sont tous centrés sur l’argent : il y a celle qui n’a pas su réfréner ses achats compulsifs, à tel point qu’elle s’est endetté. Une fois le mari a remboursé et pardonné, la deuxième fois, quelques années après, il a demandé le divorce. 

Il y a celle qui a grandi dans l’opulence et souhaite acheter tout ce dont ses enfants ont besoin, même les choses inutiles. Elle fait peser sur son mari un reproche silencieux : s’il gagnait plus d’argent, elle pourrait être heureuse. 



Il y a Rika, la jeune Rika qui ne parvient pas à tomber enceinte. 

Ceci est le premier poids que la société fait peser sur elle : mariée elle devrait avoir des enfants, et être une mère au foyer épanouie. Mais tout ça ça marche pas et son mari ne la désire plus. Tomber enceinte devient une rêverie lointaine. 


La belle Rika ne peut rien s’offrir, et se fait rabaisser par son mari sur le mode de la dérision (tu n’es même pas en cdi, et puis tu ne gagnes pas beaucoup, tu auras beau te défoncer à la tâche, tu n’auras jamais rien d’autres que des clopinettes : donc qui est l’homme de la maison ?). 

Tout dégringole pourtant un jour. Suffit-il du jour où Rika n’a pas assez sur elle pour payer ses courses et emprunte de l’argent à un de ses clients ? ou bien celui où elle rencontre ce jeune homme, petit-fils d’un de ses clients fortunés, étudiant sans le sous, vite épris de Rika ? C’est quand il lui raconte tous ses soucis d’argent que la spirale commence, quand il parle de ses dettes à n’en plus finir qu’elle commence à piocher dans les enveloppes de ceux qui, de toute façon, ont tellement d’argent qu’ils n’en verront rien. 

Le total se chiffre à plus de 100 millions de yens. 

Parce que je pensais qu’il fallait donner une forme concrète à ce qui nous lie. Parce que je pensais que pour devenir quelqu’un, pour devenir plus que ce que je suis, j’avais besoin de choses concrètes.


Mais elle remboursera. Bien sûr qu’elle remboursera. 

En attendant son mari part à Shanghai, elle décide de rester au Japon. À ce moment tout tourne plus rond. Il s’agit de surenchère encore et toujours. 

Aller manger dans les meilleurs restaurants, inviter son amant dans les meilleurs hôtels (où aller d’autre ?) la frénésie se poursuit, Rika emprunte toujours plus d’argent, achète toujours plus de vêtements. 

Elle va jusqu’à louer un appartement à Tokyo, un pied à terre pour son amant qui n’a plus besoin de payer de loyer. Un petit nid douillet où elle peut se réfugier.

Tout fini pourtant par dégringoler. Le retour du mari sonne en quelque sorte le glas. 


Tout aurait été tellement plus simple si elle avait eu de l’argent, si elle avait pu emprunter cette ascenseur social elle aurait été heureuse. 

La société japonaise est consumériste au possible, et le poids du crédit à la consommation est important qu’on ne se méfie jamais vraiment de ses machines qui délivrent un paquet d’argent en un clin d’oeil. 

C’est si facile de s’endetter, si facile de crever d’envie d’aller faire les boutiques, de vivre au-dessus de ses moyens, de s’acheter des choses sans regarder les prix avant. C’est une envie pressante et parfois même une drogue. L’envie d’être comme ceux que l’on n’est pas, d’exister enfin parce qu’on a tout fait pour. 


Mitsuyo Kakuta va à l’essentiel sans user d’un pathos sans doute mal venu. Si je me suis attachée à Rika ce n’est pas tant grâce au style qu’aux événements. Rika m’a beaucoup touchée parce qu’elle est profondément humaine et fragile, mais elle m’a aussi beaucoup agacée. 


Lune de papier dépeint le couple comme un diktat, l’auteure insiste sur les conséquences survenues au Japon au lendemain de la mondialisation - il ne faut pas oublier que le pays est une île et que ça ne fait pas si longtemps qu’il s’est ouvert au monde -, conséquences désastreuses puisque les japonais n’hésitent pas à s’endetter toujours plus pour un effet de mode. Le manque d’argent corrélé au couple donne à voir une image plaintive des épouses : sans épaisseur au sein du mariage, sans revenus, sans but si ce n’est s’occuper des enfants (si enfants il y a), leur existence ne peut être attestée que par les dépenses folles permises par les crédits. 

Rika dans ses choix démontre à la fois l’emprise de la société sur elle et un besoin viscérale de liberté. Mais qu’en est-il ? 


Jusqu’à présent, qu’avait-elle pris pour la liberté ? Ce qu’elle ressentait maintenant, cette liberté formidable, infinie, était-elle due aux sommes énormes qu’elle n’aurait jamais pu gagner mais qu’elle avait dépensées, ou au fait qu’elle avait abandonné tout ce qu’elle avait, y compris un endroit où revenir et ses livrets de banque ?







mercredi 14 avril 2021

Le musée des femmes assassinées de Marie Hummel

Ce titre, tellement accrocheur : Le musée des femmes assassinées m’a tout de suite donné envie. 



Maggie travaille pour le Rocque Museum à Los Angeles, un musée d’art contemporain. 

Chargée de traquer les coquilles dans les communiqués de presse et autres papiers officiels, Maggie nous entraîne au coeur de la vie d’un musée. 

Entre l’envers du décor, la scénographie, le personnel insoupçonné derrière chaque expo, etc., Maggie va nous donner un aperçu de l’artifice de l’art, des tractations douteuses et de l’omniprésence du bénéfice. On ne peut envisager une oeuvre d’art sans s’arrêter sur le prix que celle-ci pourrait rapporter. 


Ça c’est pour l’aspect « immersion dans le monde artistique » et c’est pas toujours réjouissant ! Mais l’auteure, Marie Hummel a elle-même travaillé dans un musée de ce style, elle s’est inspirée de son expérience personnelle pour pondre toute l’ambiance du Rocque et de ce milieu impitoyable. Force est de reconnaître que c’est intéressant comme plongée. 


Si les réflexions sur les oeuvres d’art, sur le concepteur, sur le galeriste et le collectionneur sont très intéressante, le propos du livre ne s’arrête pas là. 


En effet, le roman est très concentré sur le temps - l’essentiel des événements se passe sur une dizaine de jours - et il ne faut pas attendre pour que le vernissage de la troisième expo de l’extraordinaire artiste Kim Lord commence. 

Au programme, des portraits de femmes, toutes assassinées à L.A., toutes ont réellement existé. 


Je me souviens d’une déclaration de Kim Lord au sujet de la peinture, le médium qu’elle a choisi pour s’exprimer : le Tueur des Femmes esseulées, le Rôdeur nocturne, le Dormeur macabre - on donne aux monstres de Los Angeles des surnoms très évocateurs. Dans le même temps, leurs victimes ressemblent à des mannequins. Il y a ce vernis de glamour sur leur souffrance et leur humanité, a-t-elle dit.


Le seul hic c’est l’absence de l’artiste à son propre vernissage, où peut-elle bien être ? 

On suit Maggie qui n’a pas particulièrement d’affinités avec Kim mais qui va vouloir savoir ce qu’il en est. Est-ce qu’il s’agit d’un coup de pub de sa part ? a-t-elle été agressée, ou pire ? 


J’ai adoré l’ambiance et le sujet même du livre. En se fondant sur les histoires de multiples femmes ayant été tuées à L.A., Marie Hummel s’interroge aussi sur la ville, ce qu’elle promet et ce qu’elle donne. 

C’est passionnant et en même temps j’ai pas eu le sentiment d’aller au bout de la réflexion première : les femmes assassinées sont élevées au niveau de star presque (je pense par exemple à Elizabeth Short, le Dahlia noir…) et leur identité est d’une certaine façon engluée dans celle de leur meurtrier. 

Ou si celui-ci est inconnu, ces femmes ne sont définies uniquement par leur mort et non pour la vie qu’elles ont vécu… 


C’est assez horrible d’envisager les choses de cette façon et pourtant c’est bien ce dont il s’agit. L’attraction qu’on éprouve pour ce genre d’histoire (moi la première) oscille entre abjection et hommage. Le roman traduit bien ce paradoxe je trouve même s’il aurait pu aller encore plus loin. 



Le musée des femmes assassinées est intelligent. Marie Hummel s’est bien appropriée les codes du genre pour donner à voir une histoire prenante ! Son héroïne, Maggie, est elle aussi bien construite mais l’importance de son passé est sans doute ce qui m’a le moins intéressé — c’est tout à fait subjectif évidemment ! 


Pour celles et ceux qui éprouvent une certaine fascination pour les féminicides et la façon dont les médias s’en emparent, ou si vous êtes intéressés par l’envers du milieu de l’art. 


Avant longtemps le ravissant minois d’une énième femme assassinée apparaîtra à côté de celui de Laci, et celle-ci s’effacera pour rejoindre à son tour la toile de fond des autres victimes d’homicide. Nous qualifierons son cas de résolu ou non résolu, comme si connaître l’identité du meurtrier expliquait pourquoi elle a vu sa vie abrégée. Au final la raison de sa mort deviendra le cadre de toute son existence, et non pas le nombre infini de raisons pour lesquelles la défunte méritait de vivre. 


Le musée des femmes assassinées de Marie Hummel, traduit par Thierry Arson 


dimanche 19 avril 2020

Le Coin des libraires - La sublime communauté II. Les six mondes

Emmanuelle Han a parcouru le globe au travers d’émission comme Les Nouveaux Voyageurs. En découvrant La Sublime communauté en 2017, j’ai été entraînée dans une histoire formidable. Sans doute une des histoires où je me suis sentie le plus dépaysée. 

Le premier tome m’avait énormément plu en grande partie grâce à l’utilisation de mythes, de légendes, de traditions propres à certains peuples. Ainsi on côtoie une sorcière, ou on prie Hanumãn, dieu de la sagesse dans la religion hindoue. 




Le fait de suivre trois enfants issus de trois lieux différents permet de mettre en avant la culture de chacun et c’est, pour moi, l’aspect le plus positif de cette oeuvre. 
Mais la fin du premier volet donnait l’eau à la bouche. Et même si les éditions Actes Sud ont ajouté les premières pages du deuxième tome, il a fallu attendre beaucoup plus longtemps que prévu pour le découvrir. 

Sorti il y a un an maintenant je voulais avoir vraiment une journée entière devant moi pour me plonger dedans. J’ai attendu, puis je l’ai dévoré. 

Dans son coeur, il n’y avait plus que l’essence du souvenir et un sentiment, profond, d’éternité.

On suit toujours Tupà, Ekian et Ashoka, mais désormais, ils connaissent l’existence des autres. D’ailleurs les deux premiers se sont déjà retrouvés et il va s’agir de trouver Ashoka afin de pouvoir créer La Sublime communauté. 
Mais ce n’est pas l’unique enjeu de ce tome, au contraire, il va être nécessaire d’agir vite pour contrecarrer les plans de l’Observateur, dont les plans, malgré l’obscurité qui les entoure, est de détruire les ressources de la terre - ressources qui sont déjà épuisés dès le premier volet, si on en croit les informations véhiculés par les Guetteurs. 

J’ai trouvé ce tome un peu moins bon que le précédent. Pour la seule raison qu’il est beaucoup moins centré sur les personnages. L’identité des personnages, leur singularité, c’est l’élément qui m’a énormément plu à la base. L’histoire des Étincelants, la présence du singe, j’ai trouvé que c’était trop peu présent dans cette suite. 

En vérité, pour une fois j’ai préféré la mise en place que les péripéties en tant que telles. Néanmoins j’ai beaucoup aimé cette lecture. Je trouve l’histoire très bien trouvée, parce qu’elle pourrait être une histoire de notre temps. 
On a d’un côté les transplantés, que sont les trois protagonistes. Contre eux, les Guetteurs, personnages pour le moins obscurs, dont on ne sait pas s’ils sont foncièrement mauvais, dont on ne sait rien en réalité. 
Et puis il y a aussi les Affamés, ces humains qui ne sont plus que le reflet d’eux-mêmes. Représentant d’une masse sans contours, une masse perdue, misérable, ils sont le reflet de la sur-population et du manque de ressources terrestres pour subvenir à leurs besoins. 

Finalement La Sublime communauté, plus qu’une dystopie, c’est avant tout un regard posé sur le monde actuel. Le réchauffement climatique, la surpopulation, la misère grandissante pour les classes les plus pauvres. L’homme détruit son habitat, comme les Guetteurs détruisent l’eau. 

Car l’utilisation des portes apparait comme remède ultime, le seul vrai pour pouvoir survivre. Mais si les portes, menant au Six mondes n’était en fait qu’un stratagème mensonger ? Et si les Six mondes n’existaient pas ? C’est ce sur quoi ce tome deux va s’évertuer de fournir des réponses. 

J’ai été un peu déçue face au manque de réponse à certaines questions, notamment autour de l’Observateur, personnage absolument pas aboutit ; c’est à peine si ses contours ont été dessinés. Et j’ai été choquée de la fin aussi. À l’heure d’aujourd’hui je me demande encore si c’est négatif ou positif. Je crois que je suis restée sur ma faim en réalité, je crois que c’était trop rapide pour que je puisse adhérer au retournement final. Après avoir passé deux tomes à s’afficher en ennemis de nos héros, ils apparaissent finalement comme seul salut possible. Ça ne m’a pas trop plu, même si d’un autre côté je comprends très bien la conclusion. 

Seulement j’espérais que ce ne soit pas un diptyque, histoire de ne pas rester sur un sentiment d’inachevé. Tant pis. 




samedi 19 août 2017

Le Coin des libraires - #63 La sublime communauté I. Les Affamés d'Emmanuelle Han

J'ai eu la chance de recevoir en avant-première Les Affamés, le premier volet de La sublime communauté d'Emmanuelle Han par le biais de Babelio et des éditions Actes Sud - la parution est prévue pour le 4 octobre ce qui laisse encore du temps. 

En temps normal je dois dire que je n'aurais sans doute pas acheté ce livre, la couverture ne fait absolument pas envie, l'auteure m'est inconnue et comme je ne lis jamais les quatrièmes, je ne vois pas comment j'aurais pu me retrouver avec ce livre entre les mains et pourtant ! 
Pourtant on m'a proposé de participer à une opération privilégiée et dans ce genre de cas, je lis toujours les résumés. J'ai déjà tellement de livres à lire chez moi que je n'ai pas envie de m'en rajouter juste sous le prétexte que ce sont des livres qui sont offerts puisqu'il faut quand même les lires rapidement - il faut publier son avis dessus un mois au maximum après réception. 


Il faut que je dise dès maintenant que j'ai passé un excellent moment, ça a été une lecture que j'ai beaucoup aimée et qui, malheureusement, donne vraiment trop envie d'en savoir plus, mais il va falloir attendre. 


C'est la fin de notre ère. Aux quatre coins d'une planète surpeuplée et en pleine dévastation, six mystérieuses portes apparaissent, ouvrant des brèches vers des mondes inconnus. En quête d'une terre promise, fuyant la misère et la mort, des flux d'hommes, de femmes et d'enfants désespérés, Les Affamés, se pressent vers ces Six Mondes, ignorant tout à leur sujet. Quels secrets renferment ces Portes ? Quel mal ronge les Affamés ? Quelle est la nature des six Mondes ? En ces temps de détresse où la violence et le chacun-pour-soi font rage, seuls trois enfants pourront le découvrir. Ashoka, Ekian et Tupà ne se connaissent pas, vivent à des milliers de kilomètres de distance. Pourtant, leurs destins sont liés. De leur union dépendra le sort de la Sublime Communauté.



Tout d'abord, j'ai trouvé l'idée novatrice, c'est la fin de notre monde, enfin celle-ci est même déjà survenue et on se retrouve dans un univers rempli de zones d'ombres où tous nos repères ont disparu et où on va suivre trois enfants qui n'ont bien évidemment jamais connu le "monde d'avant". 

J'ai pris énormément de plaisir à découvrir un univers propre à l'auteure déjà, mais surtout un univers inspiré de divers mythes/légendes/traditions avec par exemple la présence d'une sorcière ou même de Hanumãn qui est le patron des lutteurs, le dieu de la sagesse dans la religion hindoue - oui je me suis renseignée quand même ! 
Les inspirations de l'auteure me sont complètement étrangères je dois bien le dire, je m'en sors pas trop mal quand il s'agit de mythologie grecque/romaine et même parfois nordique mais pour le reste, je suis une vraie bille ! Ici, bien que l'auteure transforme les choses un peu à sa sauce, il y a une véritable inspiration et ça m'a permis de considérablement sortir de ma zone de confort et j'ai beaucoup aimé cet aspect. J'ai par exemple découvert ce qu'est le sanskrit - la langue des textes religieux hindous ou bouddhistes. C'est bête, j'ai souvent entendu ce mot, je savais que c'était une langue - quand même ! - mais je n'en avais jamais entendu parler dans un livre et je n'en avais jamais vu à l'écrit non plus.

Vous l'aurez compris j'ai énormément aimé tout l'aspect mythique dans lequel l'auteure a puisé afin de construire son imaginaire. Cet espèce de melting pot m'a énormément séduit, j'ai découvert un monde différent, nouveau et surtout original et pour le coup, c'est là que réside toute la force de ce roman.
Là, et aussi dans les personnages, ces trois enfants/adolescents que l'on suit alternativement. 


La sublime communauté, tome I : Les Affamés d'Emmanuelle Han.


Il y a Tupà d'abord qui a grandi dans une tribu entre le Brésil et l'Argentine. On ne sait pas grand chose sur sa façon de vivre si ce n'est qu'il doit trouver la Terre sans Mal et qu'il passe beaucoup de temps à la ville à faire des magouilles - ce mot est vraiment très laid. Même si c'est sans doute son personnage qui finit par être le plus avancé dans sa connaissance des Transplantés, il est celui qui m'a le moins plu. J'ai aimé le suivre, c'est simplement que jusqu'ici il m'a un peu moins fasciné que les deux autres - même si je dois bien dire que vers la fin du tome, il devient plus intéressant. 

Ekian est la seule fille, elle vient d'une communauté Touareg, donc du Sahara. Son personnage est absolument passionnant - elle est quand même la fille d'Amoulkadine (gros plus pour l'histoire des Étincelants !) et puis je pense que ce n'est pas pour rien si les Guetteurs cherchent absolument à lui mettre la main dessus. 

Et puis enfin, il y a Ashoka que j'adore, littéralement ! Il est le plus jeune, il est vit à Gange, en Inde, au service du roi où son travail consiste à tenir le Feu. Si je trouve le personnage d'Ekian passionnant, celui d'Ashoka est génial pour son rapport à la Flamme, au singe également. Tout l'aspect mythique dont je parlais au début transparaît de ce personnage plus que des autres - d'après moi en tout cas. 

Ces trois personnages ne se connaissent pas, pour preuve ils vivent tous dans des lieux bien éloignés les uns des autres et surtout ils ne savent pas eux-mêmes qu'ils sont différents.
L'auteure maîtrise parfaitement son histoire si bien qu'on en demande toujours plus, mais elle nous dévoile quand même des informations ici et là. Il y a encore plein de choses que l'on ne sait pas - ce qui est normal quand il s'agit d'un premier tome - mais il y a aussi des choses qu'on sait déjà et ça c'est une très bonne chose. On n'est pas sur notre faim à se poser mille et mille questions, non, on est sur notre faim parce que ce qu'on a appris donne l'eau à la bouche.

J'avais peur de finir ce tome sans savoir pourquoi on suit ces personnages et pas d'autres et non, ce n'est pas le cas, les clés nous sont données au fur et à mesure du temps et pour ça, je dis merci à l'auteure. J'ai aussi trouvé que c'était une bonne idée d'insérer des termes espagnols ou encore du tamasheq (la langue touareg) dans le récit, ça donne une véritable impression d'immersion et ça rajoute à l'exotisme de l'histoire. Une distanciation s'opère alors puisqu'on aborde des modes de vie ou de pensées qui sont inconnus et c'est ce qui a rajouté à mon plaisir de lecture. 

Par contre, je n'ai pas compris pourquoi avoir appelé ce tome les Affamés. J'ai compris qui ils sont et tout, mais ils sont tellement relégués au second plan que je ne sais pas, je ne crois pas que ça aurait été le titre que j'aurais choisi. 

C'est un premier volet maîtrisé, bien ficelé et qui donne envie. Également, j'ai trouvé que c'était une bonne idée d'ajouter un extrait du deuxième tome ainsi que de donner son titre et une idée de sa date de sortie - 1er semestre 2018. 
Tout ce que j'ai à dire est vivement, vivement la suite, que je sache qui est l'Observateur, mais surtout, qui est la Sublime communauté ou encore si elle existe bel et bien ? Tout ce que je peux dire c'est que je serai au rendez-vous ! 








lundi 20 mars 2017

Le Coin des libraires - #47 La Mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé

Laurent Gaudé est un auteur que je n'avais jamais lu avant La Mort du roi Tsongor. Il faisait partie de ces auteurs que je connais de nom, généralement le titre de son livre le plus connu, mais ça s'arrête là.
La Mort de roi Tsongor faisait partie de ces livres que j'aimerais lire un jour, mais à qui je ne donne pas la priorité. À vrai dire, ce qui m'a décidé a été la couverture que Babel a éditée pour Noël dernier. 
Aujourd'hui, il faut que je remercie les éditions Actes Sud parce que c'est grâce cette belle couverture qu'ils ont éditée que j'ai découvert ce si beau roman. 


Contrairement à ce que je pensais, je l'ai lu très peu de temps après l'avoir acheté. Je l'ai aussi rapidement lu parce qu'il est court, mais aussi parce que je voulais absolument savoir ce qui allait se passer ! 



Dans une Antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d'un empire immense, s'apprête à marier sa fille. Mais au jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate : c'est Troie assiégée, c'est Thèbes livrée à la haine. Le monarque s'éteint; son plus jeune fils s'en va parcourir le continent pour édifier sept tombeaux à l'image de ce que fut le vénéré et aussi le haïssable roi Tsongor.
Roman des origines, récit épique et initiatique, le livre de Laurent Gaudé déploie dans une langue enivrante les étendards de la bravoure, la flamboyante beauté des héros, mais aussi l'insidieuse révélation, en eux, de la défaite. Car en chacun doit s'accomplir, de quelque manière, l'apprentissage de la honte.



Contre toute attente, ce n'est pas le genre d'histoire (récit épique) que je lis d'ordinaire, mais pour tout dire, je ne savais pas à quoi je m'attaquais avant de le commencer alors ça ne m'a pas réellement perturbé. Il faut dire aussi que la lecture est très agréable et on immerge rapidement dans toute cette ambiance antique et du coup, ça m'a beaucoup fait penser aux tragédies classiques donc du coup, bah j'ai vraiment bien aimé quoi. 

Ce que nous révèle le titre est très rapidement résolu si bien que l'on ne va pas suivre la vie de Tsongor avant sa mort, mais plutôt sa descendance après sa mort. Dès le premier chapitre, l'issue semble déjà toute trouvée et il ne nous reste plus qu'à attendre que la prophétie du père Tsongor se réalise. Et puis, il y a l'histoire de Tsongor qui refuse de partir, qui donne une quête à la limite de l'impossible à son fils cadet et lui déclare qu'il doit accomplir sa tâche avant de lui donner une pièce qui lui permettra de s'en aller, de ne plus être bloqué entre les deux mondes. 

Sans que personne ne le souhaite réellement les évènements sont déchirants et tragiques : 
Pour Katabolonga, sans doute mon personnage favori - avec Souba - parce qu'il se devait de tuer Tsongor, parce que son histoire passée est atroce et malgré tout, il renonce à cette promesse faite il y a plusieurs décennies, il fait preuve d'une humanité et il est tellement touchant dans sa façon d'être toujours là. Quoi qu'il arrive, dans la vie, dans la mort, jusqu'au bout. 
Pour Samilia, celle qui allait se marier, être heureuse et vivre une belle vie et en fait, bah non, et ce, pour des enfantillages dirait-on. Elle est celle qui va se retrouver disputée, découpée en deux entre son futur mari, le prince Kouame et son vieil ami avec qui elle a grandi, Sango Kerim. Elle prend une décision qui n'en sera même pas réellement une finalement, en tout cas, elle ne changera pas grand chose à l'issue de la bataille. Comme le dit si bien Laurent Gaudé en titre de chapitre, Samilia finit par être l'oubliée. Celle qui était le centre d'attention et la raison de tout ce sang versé se retrouve déchue, une véritable paria. 
Pour les fils de Tsongor également, ils se sont déchirés par vanité, pour finalement vivre exactement le même temps (j'ai trouvé cette marque d'ironie excellente !) et aussi évidemment pour Tsongor lui-même qui se retrouve à subir une douleur insoutenable tout en étant mort, tout en attendant d'être libéré et de pouvoir s'en aller. 

Pour Souba, je n'arrive pas à me prononcer, sa quête lui a-t-elle été bénéfique ? Quand même oui puisqu'elle lui a empêché d'être à Massaba (la ville où se situe l'action) durant toute la durée de la guerre, il n'a pas été contaminé par toute cette folie survenue chez lui. Le fait d'être parti seul en exil aux quatre coins du royaume des Tsongor lui a sans doute évité la mort, mais sa finalité n'est-elle pas pire ou équivalente ? Que lui reste-t-il si ce n'est avoir libéré son père ? 

La mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé, éditions Babel.

Décidément beaucoup de questions se posent à la lecture de ce roman. Peut-être parce que les personnages sont lointains, ils viennent d'une autre époque, n'ont pas les mêmes traditions/coutumes, mais ce sont les sentiments des personnages qui ne nous sont pas réellement donnés excepté pour Souba - décidément les chapitres sur lui m'ont vraiment plu ! 
Je n'ai pas vraiment l'impression d'avoir rencontré les enfants Tsongor, ou les deux chefs de guerre et c'est dommage parce qu'ils sont présents dans une bonne partie de l'oeuvre. 

Pour ce qui est de l'histoire en elle-même, comme je le disais plus tôt, la finalité est tragique et l'on se croirait en train de lire une pièce de Racine, on sait que ça finira mal, on le sait pertinemment et on persiste quand même, c'est fatal. Sinon, c'est une histoire barbare, l'humain ne compte plus, il est perdu dans les méandres de l'orgueil, de l'honneur et le gain. 
Des années de destruction pour des poussières. 

Ça, j'ai adoré, la façon presque sadique de l'auteur de nous raconter une histoire tout à fait hors norme dans le sens où tout pourrait bien se passer ou même se rattraper au fil des années, mais pourtant non. La bêtise et l'honneur - ce mot résonne tellement dans le texte qu'on croirait Don Rodrigue face au père de Chimène - sont tellement inattaquables que forcément rien de bon ne peut en sortir. Il aurait été bien que l'un des deux finissent par capituler, finisse par grandir, mais non, autant faire la guerre, parce qu'après tout, pourquoi ne la ferions-nous pas ? 
À la fin de cette lecture, la seule réflexion qui vient est "quel gâchis", pas d'avoir lu ce livre non, absolument pas ! quel gâchis de voir à quel point on peut aller aussi loin pour peu de chose, à quel point il suffit d'un rien pour que tout bascule et qu'un empire s'effondre. 

Peut-être était-ce la punition de Tsongor pour avoir fait la guerre durant tant d'années, pour avoir tué autant de monde pour être le roi d'un immense territoire. Katabolonga ne s'est pas lui-même vengé, mais peut-être que la vie l'a fait d'elle-même et que ce n'est qu'un juste retour de médaille ? 

Vous l'aurez donc compris j'ai adoré ce livre, son histoire et la manière avec laquelle l'auteur a été cruel avec ses personnages en ne leur laissant aucun répit. Prêts à tout, ils se mènent à leur perte, parfois avec une ironie sinistre. 


"Il revoyait un monde disparu. Il arpentait des rues déjà englouties par le passé. Il était comme un survivant stupide qui voit toute une génération d’hommes mourir et reste seul, hébété, au milieu d’un monde sans nom."
Laurent Gaudé, La mort du roi Tsongor.






La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...