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vendredi 14 avril 2017

Le Coin des libraires - #49 Sacré (#3 Kenzie/Gennaro) de Dennis Lehane

Parfois, je prends des notes sur des livres, j'inscris mon appréciation seulement pour avoir une trace de ce qu'a été ma lecture. Je suis contente de l'avoir fait pour Sacré de Dennis Lehane sinon, je n'aurais jamais pu vous écrire cet article.

Nous sommes au mois de mars, j'ai lu ce roman au mois de décembre, oui, ça fait long. Comme pour la plupart des livres lus au mois de décembre, je n'ai pas eu le temps d'écrire un article dessus, mais je voulais absolument le faire pour Sacré. C'est sans doute pour cette raison que j'ai été prévoyante, et que j'ai écrit quelques phrases afin de me souvenir - chose que je n'ai pas fait pour Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otzuka ou même Home de Toni Morrison... - 

Il est grand temps d'écrire cet article, déjà parce que ma lecture s'efface un peu plus au fur et à mesure du temps, mais surtout parce que j'attends de le rédiger pour pouvoir passer au tome IV de la saga Kenzie/Gennaro que j'ai juste trop (trop) envie de lire, j'ai nommé Gone Baby Gone ! 


Patrick Kenzie et Angela Gennaro ont affaire à un client hors du commun. Pour s’assurer leurs services, le milliardaire Trevor Stone ne trouve rien de mieux que de les kidnapper en pleine rue. Il faut dire qu’il est aux abois : son épouse est morte dans un terrible accident de voiture, il est atteint d’un cancer incurable et sa fille Désirée a disparu. Fait troublant, l’enquêteur chargé de retrouver la jeune fille a également disparu. Patrick et Angie se laissent convaincre d’accepter l’affaire et la partie de cache-cache commence. Des bureaux de l’organisation SOS détresse jusqu’à Tampa en Floride, le tandem suit une piste où ne manquent ni les rebondissements, ni les cadavres. Au bout du voyage, ils attendent quelques révélations saisissantes.

Les deux héros de Dennis Lehane reprennent du service dans une aventure à la tonalité moins sombre que les précédentes, mais au suspense tout aussi intense. Ils n’ont perdu ni leur flair, ni leur humour caustique, armes non négligeables pour survivre dans le monde pervers des milliardaires qui pratiquent l’art de la fugue et de la manipulation.


Bon, autant le dire tout de suite, cette histoire est extrêmement plaisante comme il fallait s'y attendre, néanmoins, je l'ai trouvé moins mémorable que celle des précédents volets. Lehane place la barre très haut dès le début avec son Un dernier verre avant la guerre, et son deuxième épisode, Ténèbres, prenez-moi la main est encore plus époustouflant alors forcément, il faut bien qu'à un moment l'histoire passionne moins, il faut bien que la pression retombe un peu et que les personnages soufflent, ne serait-ce que pour ne pas suffoquer. 

Je pense que j'ai trouvé cet opus un peu en dessous des précédents parce que j'ai trouvé la trame plus prévisible, plus simpliste peut-être, du moins, certaines choses paraissaient évidentes. C'est sûrement aussi parce que l'intrigue en elle-même est bien moins sombre. Faut dire qu'après les événements qui viennent conclure Ténèbres, prenez-moi la main, on a de quoi vouloir que ce soit moins compliqué pour nos deux héros - d'un point de vue professionnel comme personnel d'ailleurs. 

Il faut toujours souligner que les personnages sont merveilleusement bien construits ce qui, évidemment, rend la lecture vraiment agréable. Forcément je parle ici du duo Patrick/Angie comme toujours - je lis ces livres en grande partie pour eux deux quand même ! -, mais aussi les autres, tous ces personnages que Lehane invente et fait vivre sous nos yeux.


Sacré de Dennis Lehane, édition Rivages/Noir.


En y réfléchissant, il n'est pas beaucoup moins sombre que ses prédécesseurs. L'intrigue l'est, mais l'ambiance reste oppressante. Avec la fin du tome II, on a Angie qui a reçu une balle et l'apparition plus qu'éphémère de Phil, il est donc normal qu'au début de troisième volet les plaies soient toujours béantes et la cicatrisation paraît lente et difficile. Comme c'est le gros gros point fort de l'auteur - de créer des personnages avec une véritable psychologie - forcément ça fait mouche et il nous entraîne toujours un peu plus loin dans les questionnements intérieurs qui tiraillent nos héros.

Avec du recul maintenant, je peux dire que j'en garde un bon souvenir, moins marquant que pour les deux premiers volets, mais ça reste un souvenir agréable. J'ai passé un bon moment avec Patrick, Angie et même Bubba. Maintenant, je vais faire une petite pause dans ma lecture des Jo Nesbø pour lire Gone Baby Gone - j'essaie de lire un policier par mois -, depuis le temps que j'attends ça !

"Le chagrin, poursuivait Trevor Stone, est carnivore. Il se repaît de vous, que vous en soyez conscient ou non, que vous luttiez ou non. En cela, il ressemble beaucoup au cancer. Et puis, un beau matin, quand vous vous réveillez, il a englouti toutes les autres émotions - joie, envie, convoitise, et même amour. Alors, vous vous retrouvez seul, complètement nu devant lui. Et il prend possession de vous."

Dennis Lehane, Sacré






samedi 1 octobre 2016

Le Coin des libraires - #34 Ténèbres, prenez-moi la main (#2 Kenzie/Gennaro) de Dennis Lehane

Deuxième tome de la saga Kenzie/Gennaro, Ténèbres, prenez-moi la main est plus qu'à la hauteur de son prédécesseur, Un dernier verre avant la guerre (vous pouvez retrouver mon avis dessus ici). 

J'ai décidé de lire un roman policier par mois, c'est en quelque sorte un challenge que je me suis personnellement fixé (ainsi qu'un classique !), du coup je compte lire le tome III, Sacré le mois prochain et ainsi de suite. Ce challenge personnel me permet tout d'abord d'étaler ma lecture de cette saga sur un temps plus long que si je les lisais tous à la suite, mais aussi, ça me permet de lire d'autres livres qui eux, ne sont pas des romans policier. J'aime quand c'est diversifié oui, haha. 


Résumé des éditions Payot & Rivages 

Une nuit, la psychiatre Diandra Warren reçoit un appel anonyme et menaçant qu’elle croit lié à l’une de ses patientes. Quand arrive au courrier une photo de son fils Jason sans aucune mention d’expéditeur, elle prend peur et demande de l’aide à Patrick Kenzie et Angela Gennaro. C’est pour les deux détectives le début d’une affaire bouleversante qui va les confronter à l’inacceptable, jusqu’à l’imprévisible dénouement. La peur, la compassion, la répulsion, l’amour, toutes ces émotions sont remarquablement mises en scène parDennis Lehane dans un livre qu’on ne lâche pas avant la dernière page et dont les échos résonnent bien après qu’on l’a refermé.


Cette fois et contrairement au précédent, Patrick et Angie se retrouvent en première ligne, ils sont dans le viseur d'un serial killer qui sévit depuis plus de 20 ans à Boston, et plus précisément dans le quartier de nos protagonistes. Bon voilà, ce n'est pas nouveau j'adore les histoires sanglantes, macabres, morbides, tout ce que vous voulez, du coup, je dois bien avouer qu'avec cette histoire, bah j'en ai eu pour mon argent haha !

Déjà dans Un dernier verre avant la guerre, je parlais du fait que nous ne sommes jamais à l'abri, que dès le début du livre on se sent comme épié, avec un sentiment d'être nu face aux autres, ou plutôt que les autres - l'ennemi en l'occurrence - a une longueur d'avance sur nous. C'est un sentiment vraiment très désagréable et en même temps très addictif parce qu'en sachant que nous ne sommes pas ceux qui en savent le plus, forcément, on cherche à en apprendre davantage. 

Comme nos protagonistes sont en première ligne, on se retrouve à leur côté. J'avais trouvé le tome précédent très sombre avec cette histoire de viol d'enfants, de racisme à en vomir. Cette fois, c'est tout à fait différent et pourtant dans son genre, c'est tout aussi odieux. Cette histoire, c'est celle de la folie, c'est le paroxysme de la violence, de la torture, c'est l'apothéose du morbide. 

L'histoire est complexe en grande partie parce que le criminel recherché tue des gens depuis plus de 20 ans, depuis la première moitié des années 1970, ce qui remonte à l'enfance de Patrick et de sa bande (Angie, Phil, Bubba ou encore le mafieux Kevin) à peu près âgés de dix ans.
L'entrée dans le vif du sujet est relativement longue, on est vraiment dans l'histoire qu'à partir du moment où son amie d'enfance Kara est retrouvée crucifiée, ouais c'est quand même pas commun faut bien le dire. C'est le premier meurtre vraiment abject parmi une dizaine tous plus horrible les uns des autres. À la suite de ce passage où on retrouve son corps, j'ai trouvé que l'histoire débutait vraiment quand Kenzie va parler avec l'ancien flic, Gerry Glynn, devenu patron de bar. 

L'histoire est folle, très clairement il est difficile de lâcher le livre parce qu'on veut savoir, parce que la curiosité prend le pas sur l'horreur et que l'on désire connaître le fin mot de l'histoire, le pourquoi Hardiman qui est en prison depuis des années pour avoir tué son "ami" veut parler à Patrick en sachant que ce dernier ne le connaît même pas ? pourquoi le tueur qui tire toutes les ficelles, celui qui se cache dans l'ombre a décidé de cibler Patrick et donc ses proches par la même occasion ? surtout, lequel des proches de notre protagoniste va mourir ? Parce que oui, le tueur qui a une longueur d'avance sur lui - et donc sur nous - le prévient, il ne pourra pas protéger tout le monde.
Après avoir écrit ces mots, l'auteur était obligé de faire mourir quelqu'un, il ne pouvait pas jeter ces mots au hasard simplement pour faire peur, il fallait transformer cette menace en exécution pour que justement, on ne comprenne que personne n'est à l'abri, pas même nos deux héros fétiches. 

Ténèbres, prenez-moi la main de Dennis Lehane.

En parlant de héros, Patrick et Angie forment un duo absolument parfait, leur relation ambiguë mi-amitié, mi-amour est mise à rude épreuve dans ce tome et on en vient à se dire que quelque chose va se briser entre eux, mais non, leur relation est si forte qu'elle provoque un fort effet de contraste avec l'enquête, avec la haine que l'on ressent vis-à-vis des tueurs. Ce tandem nous prouve à eux deux que quoiqu'il se passe, eux s'aimeront toujours, eux seront toujours là l'un pour l'autre, même si dans le fond, ça signifie devenir une autre personne que celle qu'ils sont. Ils sont des héros qui se battent mais qui n'en sont pas moins ravagés par la peur, par la vengeance qui amène comme une auréole de noirceur au-dessus d'eux. Si l'un de deux morts, en l'occurrence Angie est bien plus en danger que Patrick dans ce tome, la seule solution, c'est de tuer le coupable, le faire souffrir autant qu'eux ont souffert. 

C'est une situation qui n'est pas sans rappeler celle de Marion Socia, grand méchant du tome précédent que Patrick a liquidé. Sur le moment le détective savait que c'était la meilleure solution, celle qu'il fallait prendre, mais ça n'empêche qu'il reste hanté par cet homme qu'il a abattu et c'est en ça que Lehane est très fort parce que même si ses protagonistes sont prêts à tout pour se sauver l'un l'autre, même à donner leur âme au diable, il n'empêche qu'ils sont par la suite, rempli de honte, de remords et la fatigue, l'usure prend le pas sur le reste. On le remarque par exemple lors de cette discussion entre Angie et Patrick où celle-ci parle d'un homme qu'elle a tué par le passé et que depuis, elle ne vit plus de la même façon, elle ressent une sorte d'abattement qui ne s'en ira probablement jamais. 

Pour ce qui est du personnage du serial killer, dont je ne révélerai pas le nom - au cas où - je dirais que j'ai trouvé son personnage absolument fou. Sa psychologie est tellement bien écrite, il paraît tellement normal que l'on se demande comment il a pu faire ça, comment il peut faire ça. Il n'y a qu'à voir la lettre qu'il adresse à Patrick où il explique son premier meurtre et ce qui en a découlé, cette lettre est si humaine qu'elle donne froid dans le dos. L'idée qu'un homme devienne un tueur parce qu'après avoir tué quelqu'un il se rend compte qu'il continue à vivre, qu'il s'en sort et peut donc recommencer pour en gros se sentir plus vivant, j'ai trouvé ça vraiment tordu, mais d'un autre côté, très compréhensible dans la démarche - je ne suis pas sûre que l'on comprendra très bien ce que je veux dire là haha. 
Par contre, je dois avouer que je n'ai pas vraiment adhéré au fait qu'il n'utilise pas toujours le même mode opératoire pour tuer ses victimes. Enfin même s'ils sont toujours deux, LE cerveau de l'opération n'en reste pas moins le véritable serial killer et pour moi, il va de soi que le mode opératoire doit toujours être le même, mais bon. 

Contre toute attente, j'ai beaucoup aimé le personnage de Phil, dont on entend parler dès le tome I puisqu'il a été marié à Angie durant 12 ans. Je détestais son personnage dans Un dernier verre avant la guerre. Déjà parce que j'ai en horreur ces connards qui frappent leur femme c'est une chose et aussi parce que le peu où il apparaît vraiment, c'est-à-dire à la fin du tome, c'est pour mieux passer pour une raclure. 
Néanmoins, Lehane a décidé de lui donner une deuxième chance avant le lever de rideau, il a voulu faire du personnage de Phil l'homme qui était le meilleur ami d'enfance de Patrick, cet homme que nous n'avons pas connu, mais qui semblait être un chic type. Je dois avouer que j'ai été un peu triste pour lui, qu'il n'y avait peut-être aucune autre alternative pour son personnage mais qu'il n'empêche que je commençais à m'attacher à son personnage qui a compris de ses erreurs et qui au lieu d'essayer de les effacer, essaie de vivre avec et d'accepter ses fautes. 

Forcément, le personnage de Bubba m'a encore beaucoup amusé. Il est un peu plus présent dans ce tome et qu'est-ce qu'il me fait rire avec ses répliques assassines, c'est vraiment un plaisir d'avoir découvert un personnage si atypique, j'espère qu'il sera plus présent encore dans la suite. 
Et enfin, le nouveau personnage de ce livre, c'est quand même Grace, la nouvelle amie de Patrick. Alors, je dois dire que j'ai aimé son personnage, j'ai trouvé qu'elle apportait une certaine fraîcheur, une certaine nouveauté aussi, mais déjà étant pro Patrick/Angie, j'avais pas forcément envie qu'ils terminent ensemble, mais surtout, elle devient tellement casse pied au bout d'un moment qu'on aimerait qu'elle disparaisse loin, très loin, ce qui finit par se passer. 

Je dois avouer que ce genre de personnages qui fait des reproches à tout-va, ça me saoule au bout de cinq minutes. Je trouve ça débile le fait qu'elle sorte à Patrick "tout ça c'est ta faute, à cause de ton métier, tu recherches la violence, bla bla, bla" Au secours ! Elle savait où elle mettait les pieds, c'est bon, c'est une grande fille, elle était au courant de son métier, au bout d'un moment faut arrêter de faire la fragile et de rejeter la faute sur les autres. Si elle avait peur des conséquences, elle n'aurait pas dû commencer une relation avec lui, un point c'est tout ! 

Enfin voilà, comme vous vous en doutez, j'ai adoré cette lecture, Dennis Lehane fait partie (pour moi) de ces maîtres du genre, il parvient si bien à allier l'horreur des situations, le suspense de l'enquête à des personnages principaux si bien dessinés, si profonds que l'on ne peut qu'y croire et donc entrer dedans, c'est fatal. On retrouve cette écriture cynique, désenchantée de l'auteur avec toujours un côté dénonciateur. Cette fois-ci ce n'est pas pour parler du racisme, mais du contrôle exercé par les policiers (l'enquête de 74 qui a été conclue avec l'arrestation de Hardiman quand tout montrait qu'il était peu probable qu'il soit le coupable) ou encore par de petits groupuscules qui pensent faire la loi (le groupe dans lequel le père de Patrick a fait partie) et je ne parle même pas de la mafia irlandaise qui est quand même bien présente dans cette histoire. 
Plus que tout, ce tome nous confirme quelque chose que l'on savait déjà : personne n'est à l'abri, tout le monde peu tomber, et mourir. 

"Quelquefois, tu te demandes si tu ne préférerais pas encore une confrontation directe, pour au moins faire quelque chose au lieu d’avoir l’impression d’étouffer à l’intérieur de ton propre corps."

Dennis Lehane, Ténèbres, prenez-moi la main.








samedi 27 août 2016

Le Coin des libraires - #29 Un dernier verre avant la guerre (#1 Kenzie/Gennaro) de Dennis Lehane

Cela fait plus d'un an maintenant que je veux lire en intégralité la série Kenzie/Gennaro de Dennis Lehane. J'ai découvert cet auteur l'année dernière - enfin il y a quasiment deux ans maintenant - lors d'un cours que j'ai suivie à la fac sur le roman policier. L'une des œuvres étudiés était Prières pour la pluie qui correspond au cinquième tome sur les six qui composent la série. Ce livre a été celui que j'ai préféré de toutes mes lectures pour ce cours. N'étant pas une grande experte du genre à ce moment - je ne le suis toujours pas maintenant, mais au moins je m'y suis mise entre-temps - je ne savais pas vraiment dans quoi je m'étais les pieds que ce soit du point de vue du style comme de l'atmosphère du roman policier en tant que tel. 

Je me souviens avoir tellement adoré ce livre que j'avais décidé de le chroniquer sur le blog, d'ailleurs si ça vous intéresse voici mon avis : Le Coin des libraires - #9 Prières pour la pluie de Dennis Lehane

Enfin passons ! Je disais donc que j'avais très envie de lire cette saga et dans l'ordre de préférence ! Aujourd'hui, il ne me manque plus que le dernier tome, Moonlight Mile il me semble, mais tant pis, j'ai décidé de quand même me lancer ! 

Résumé des éditions Payot & Rivages : 

Amis depuis l’enfance, Patrick Kenzie et Angela Gennaro sont détectives privés. Ils ont installé leur bureau dans le clocher d’une église de Boston. Un jour, deux sénateurs influents les engagent pour une mission apparemment simple : retrouver une femme de ménage noire qui a disparu en emportant des documents confidentiels. Ce que Patrick et Angela vont découvrir, c’est un feu qui couve « en attendant le jet d’essence qui arrosera les braises ». En attendant la guerre des gangs, des races, des couples, des familles.

Thriller urbain, roman engagé, Un dernier verre avant la guerre est la première enquête du couple Kenzie-Gennaro, les deux héros meurtris de Dennis Lehane. Ils ont, selon les mots de Jean-Pierre Perrin dans Libération, « le désespoir terriblement drôle et l’humour ravageur prêt à fleurir sur la moindre cicatrice. 


Dès les premières pages, nous sommes comme propulsés dans la ville de Boston et ses différents quartiers. Le contexte dans lequel les personnages évoluent est primordial puisque tout est imprégné de cette espèce de rivalité/haine entre les Noirs et les Blancs. Dès le début, on comprend que le livre va poser la question des problèmes raciaux avec le personnage de la femme de ménage noire qui a disparu en emportant des papiers importants, comme par hasard. On ne peut tout simplement pas passer à côté de cette question de la couleur de peau qui est absolument essentielle pour la compréhension du roman et surtout qui pose des questions très différentes les unes des autres en fonction de la personne qui les formulent. 

J'ai trouvé vraiment intéressant d'aborder cette problématique qui malgré ce que beaucoup diront, reste d'actualité aujourd'hui encore. Les rivalités et les "guerres" entre noirs et blancs existent toujours en particulier aux États-Unis, d'ailleurs certains quartiers sont comme réservés. L'élite blanche vit dans les beaux quartiers tandis que les noirs sont forcés de vivre dans des quartiers malfamés en périphérie et toujours plus reculés comme si dans le fond, on ne voulait pas d'eux. 
Indirectement, c'est cette haine entre les hommes qui mène à la guerre des gangs, d'où le titre "Un dernier verre avant la guerre" qui, soit dit en passant est une phrase dite dans le roman. 

Ça a été un très grand plaisir de retrouver le personnage de Patrick et celui d'Angie découvert dans Prières pour la pluie. Je pense qu'on peut lire les livres indépendamment les uns des autres, mais certains détails nous manquent, certaines clés nous échappent pour comprendre la psychologie des personnages d'une manière qui soit profonde et dans son intégralité. 
Par exemple, je savais qu'Angie avait été marié à un homme Phil, qu'il la battait, mais au moment de Prières pour la pluie sa relation avec lui est bel et bien de l'histoire ancienne, il n'est qu'un vague souvenir d'une vie passée. Or, dans Un dernier verre avant la guerre, Angie est mariée à Phil, ils vivent ensemble et on suit ce qui sera la fin de leur mariage. Cet aspect de la femme mariée - et battue - permet d'en apprendre plus encore sur son personnage et de creuser un peu plus profondément sur son caractère. 

Un dernier verre avant la guerre de Dennis Lehane, édition Rivages/Noir.

De même pour Patrick qui est le vrai personnage principal de la série, celui que l'on suit plus encore qu'Angie ou même Booba qui contre toute attente n'apparaît pas plus que ça dans ce premier tome, ce qui, je l'avoue m'a un peu déçue mais bon, on ne peut pas tout avoir. 
Il en va de même pour Patrick qui est comme bloqué dans le passé, qui existe dans l'ombre d'un père  considéré comme un Héros pour la population. Cette image qu'on nous dépeint dès les premières pages par le biais des sénateurs ne correspond pas à l'image qu'à Patrick de ce père violent récemment décédé d'un cancer des poumons.
Au fil des pages, on va en apprendre plus sur cette relation que Pat entretenait avec son père, sur sa peur, sur son dégoût aussi. J'ai particulièrement aimé le chapitre où Patrick se rappelle le moment où lui et sa sœur ont manqué de mettre le feu dans toute leur maison et où, en représailles son père l'a brûlé avec un fer à repasser. 
La psychologie de Patrick est finement écrite et tellement réaliste qu'on ne peut qu'y croire. Je pense surtout que son personnage est aussi bien écrit et abordé parce que l'auteur a été éducateur par le passé, il doit à mon avis, avoir entendu des histoires plus odieuses les unes des autres avec des enfants pour principaux acteurs. 

Alors je ne sais pas si l'histoire en elle-même lui a été inspirée par un enfant qu'il a aidé ou si elle est sortie de son esprit comme ça, un jour, mais elle est absolument géniale ! 
Au début, toute cette histoire de documents volés paraît anodine, on se demande ce que la femme de ménage, Jenna Angeline a bien pu voler qui justifie d'engager des détectives privés et puis enfin, quand on l'apprend, oh, nan mais je n'ai vraiment pas de mots ! J'ai été scotché même si je dois bien avouer que je m'en suis doutée quelques pages avant (je parle de l'identité du petit garçon sur les photos qui était, je trouve, assez évidente après l'épisode de l'enterrement de Jenna Angeline). 


J'ai lu quelques avis où on disait que c'est un livre drôle, pour le coup, je ne partage pas cet avis, du tout même. C'est un roman très amer, cynique de par le style de l'auteur, c'est indéniable. Certains passages font sourire, notamment l'insolence de Patrick, mais en aucun cas je l'ai trouvé drôle. Enfin je veux dire la trame principale n'a absolument rien de drôle, c'est au contraire choquant et immoral quand on apprend de quoi il en retourne, dans quoi l'un des sénateurs a trempé et définitivement, drôle n'est pas un adjectif que j'emploierai pour définir ce roman - mais bien sûr, ça n'est que mon avis. 

Le style de Dennis Lehane est très agréable parce que très lisible, on tourne les pages sans même se rendre compte qu'on les tourne. Il est aussi très cynique comme je le disais plus haut, on sent une sorte de désenchantement qui se dégage des personnages principaux et en particulier de Patrick. 
Et nous lecteurs, nous sommes là, au beau milieu de deux camps qui s'affrontent de manière acharnée et bien qu'on ne prenne pas forcément parti comme le font Angie et Patrick, nous ne pouvons pas rester au milieu à attendre que ça passe. Au bout d'un moment, nous aussi nous devons choisir nos armes et nous battre parce que nous ne sommes pas en sécurité, à n'importe quelle page nous pouvons mourir et ce, dès les premières lignes, quand Patrick se retrouve en quelque sorte en "territoire ennemi", dans cet hôtel pompeux emplie de personnages peu recommandables comme le sont ses clients : des sénateurs que l'on peut déjà voir comme véreux. 

J'ai adoré cette lecture, j'ai pris beaucoup de plaisir à retrouver Patrick et Angie et je suis pressée de lire la suite, Ténèbres, prenez moi la main que je pense lire le mois prochain. Je ne veux pas les enchaîner pour la simple et bonne raison que c'est une série que l'auteur a terminée et donc, une fois les six tomes achevés, je ne pourrais plus lire les aventures de Kenzie & Gennaro, ce qui, j'en suis déjà persuadée, me rendra un peu triste. 


"Dans ces yeux, il y avait l’emprunte flétrie de l’espoir défunt et il y avait une porte fermée. C’étaient les yeux d’un cerveau et d’une âme qui s’étaient effondrés sous le poids d’une surcharge sensorielle. Les yeux d’un mort vivant, de quelqu’un qui n’a plus conscience de sa perte, de sa nudité."

Dennis Lehane, Un dernier verre avant la guerre.







mardi 24 février 2015

Le Coin des Libraires - #12 Le Dahlia Noir de James Ellroy

Comme vous avez pu le constater, mes derniers articles portant sur la littérature parlent des romans policiers. Depuis que j'ai suivi un cours de romans policiers à la fac, je m'y intéresse beaucoup plus et j'ai d'ailleurs déjà trouvé des perles, le livre dont je vais vous parler aujourd'hui en est une. 

"Les mots me vinrent en foule, des mots sincères, des mots doux à lui dire, des mots qui parleraient de nous deux. Mais je n'y arrivais pas."
James Ellroy, Le Dahlia noir. 


Eh oui, il s'agit bel et bien du célèbre polar, Le Dahlia Noir de James Ellroy. J'avais vaguement entendu parler de l'histoire de cette femme, notamment grâce au film de De Palma du même nom. Ensuite, c'est en faisant quelques achats que je suis tombé dessus. C'est comme souvent la couverture qui m'a interpellé, ensuite, quand j'ai remarqué qu'il s'agissait de ce roman, je me suis dit qu'il était temps que je l'achète - et c'est surtout que je ne voulais pas passer à côté, je le trouve tellement beau. 

Ce que j'ai particulièrement aimé dans ce roman, c'est le fait que l'auteur ne nous cache rien, il semble presque se déshabiller devant son lecteur, il écrit des mots comme il les dirait. C'est vraiment agréable et ça permet de ne pas trop tomber dans le désespoir parce que, franchement, avec ce livre il ne faut pas avoir peur du glauque ! 
L'univers du roman est très sombre, cette obscurité ne cesse de s'accroître au fil des pages tournées. Jusqu'à la fin, le mystère reste entier, Ellroy est très bon pour créer le suspense, quoi que nous pensons, nous avons tort - bien évidemment je parle de mon ressenti personnel. 

On suit un homme surnommé Bucky Bleichert, membre des forces de l'ordre de la LAPD (Los Angeles Police Department) qui commencent à travailler sur un cas qui semble impossible à resolver : la mort d'une jeune femme, Elizabeth Short torturée puis découpée en deux et laissé sur un terrain vague de Los Angeles.

James Ellroy, Le Dahlia noir

Oui, cette histoire est tout sauf marrante, surtout quand l'on sait que James Ellroy s'est inspiré d'une histoire vraie, Elizabeth Short a bien été tuée puis découpée, c'est ce que j'ai vraiment apprécié dans ce livre, il s'agit d'un polar mais aussi d'un roman historique. 
Après avoir dû lire un roman policier historique pour mes cours, je peux quand même dire qu'ils ne sont vraiment pas tous géniaux et l'exemple que j'ai me semble en être un bon. 

Bien que j'aie adoré ce roman, j'ai eu un peu de mal à rentrer dedans, avant que le meurtre d'Elizabeth Short ait lieu, nous suivons seulement Bleichert, sa passion pour la boxe et sa rivalité avec celui qui deviendra son meilleur ami : Lee Blanchart.

Cependant, dès que l'enquête sur le Dahlia Noir commence, nous sommes plongé dans une affaire dont nous ne pouvons décrocher avant d'avoir lu jusqu'à la dernière ligne cette histoire fascinante. On pénètre un peu comme des voyeurs dans la vie de Bucky, on le suit même au travers de ses fantasmes, fantasmes malsains autour de cette femme assassinée. La psychologie des personnages possède une place à part entière, c'est vraiment agréable de sentir que l'auteur à donner matière à ses personnages, ils ont un contenu et ne sont pas seulement une surface lisse et plate, sans intérêt. 

Ce roman ne perd pas de sa splendeur au fil des pages, l'auteur possède un style de qualité dont on ne se lasse pas, vraiment, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde. Comme tout bon roman policier, l'intrigue est extrêmement bien ficelée et ce n'est que dans les dernières pages que l'on prend conscience de toute l'étendue des choses. Personnellement, j'ai pris une grosse claque quand je l'ai terminé. On peut dire ce que l'on veut mais j'aurais vraiment aimé une suite, une autre aventure mettant en scène ce policier averti que représente Bleichert. 

"Après quelque temps, elle en vint à s'offusquer de mes perpétuelles questions et exigea d'inverser les rôles. Je répondis par des mensonges et me demandai où je pourrais bien aller si, soudain, il ne me restait plus pour vivre que mon propre passé."

James Ellroy, Le Dahlia noir

J'ai été littéralement fasciné par cet auteur et son univers si particulier, ses réflexions profondes noircissent un peu plus ce roman qui apparaît déjà comme une course contre le mal et ses subordonnés. 

James Ellroy, Le Dahlia noir édition collector Rivages/Noir
Si vous souhaitez l'acheter, c'est ici 






jeudi 25 décembre 2014

Le Coin des Libraires - #9 Prières pour la pluie de Dennis Lehane

C'est en ce 25 décembre que je vous retrouve pour un nouvel article. J'essaie de faire de mon mieux pour pouvoir publier des articles, bien qu'en ce moment je suis débordée avec mes révisions - Eh oui, je ne suis pas pleinement en vacances puisque après ces deux semaines de répit, j'ai encore une semaine de partiel ! 

Assez parlé de moi, je voulais vous faire partager une découverte littéraire d'un nouveau genre sur le blog, le roman policier ! 

Je m'explique, durant mon premier semestre, l'option que j'ai choisie été roman policier, j'avoue que je l'ai choisi un peu par dépit, je n'aime pas vraiment les romans policiers. En réalité, je m'excuse auprès de tous les grands écrivains de roman policier, je me suis trompée au sujet de ce genre. J'ai eu trois livres à lire pour mon cours, parmi ces trois livres, il y avait Prières pour la pluie de Dennis Lehane. Pour en resituer quelques-uns, il est l'auteur de Shutter Island mais également de Mystic River (qui ont donné lieu à des adaptations cinématographiques géniales). 
Dès le début, je savais que des trois livres que je devais lire, ce serait celui que je préférais, c'est donc celui que j'ai gardé pour la fin. 

"Parce que depuis que tu es partie, j'ai tous ces rêves où tu dors près de moi. Et quand je me réveille, je sens ton parfum, et je suis toujours à moitié endormi, mais comme je n'en suis pas conscient, je tends la main vers toi. Je touche ton oreiller, et tu n'es pas là. 
Et je me retrouve allongé dans mon lit à cinq heures du matin, les oiseaux commencent à chanter, tu n'es pas là et l'odeur de ton parfum disparaît peu à peu. Elle disparaît et.... Il n'y a plus que moi. 


Et les draps blancs. Des draps blancs, ces putains d'oiseaux, et j'ai mal Ange, mais je ne peux rien faire d'autre que fermer les yeux, rester là et regretter d'avoir autant envie de mourir."



Comme je le pensais, j'ai adoré ce roman ! Prières pour la pluie est si je me souviens bien, le cinquième tome de la saga Kenzie/Gennaro. L'auteur a publié six livres sur les mêmes protagonistes, deux détectives privés de Boston. Je ne connaissais pas du tout cette saga avant d'en entendre parler en cours. Tout naturellement, je me suis dit que si le livre me plaisait vraiment, alors pourquoi ne pas lire toute la saga ? C'est d'ailleurs ce que je compte faire ! 

Après avoir lu ce fameux cinquième tome qui comporte des pages qu'on ne voit même pas défiler, on se rend compte qu'on est entré dans le bouquin, qu'on enquête avec Patrick Kenzie. Bien que ce soit inhérent aux romans policiers, je me suis sentie dans l'histoire beaucoup plus rapidement qu'avec les deux autres lectures que j'avais. Dennis Lehane est un auteur qui se lit très bien, auteur qui ne cesse de faire des références culturelles tout au long du roman pour éviter de rentrer dans une ambiance qui serait trop glauque, ou même trop triste. 

Dennis Lehane, Prières pour la pluie.


Quoi qu'il en soit, je relirai Prières pour la pluie dans l'ordre chronologique, c'est-à-dire que j'ai quatre autres romans à lire avant celui-ci. J'ai d'ailleurs été gâté par le Père Noël puisque j'ai reçu les trois premiers livres de cette saga qui sont Un dernier verre avant la gueurre, Ténèbres, prenez moi la main, et enfin Sacré. Il me tarde de les commencer pour enfin connaître l'histoire de Patrick Kenzie depuis le début, et surtout, de relire Prières pour la pluie, pour y voir encore de nouvelles choses qui m'auraient échappé durant ma première lecture, et surtout, des choses que je ne peux comprendre qu'en ayant lu ses prédécesseurs. 


Prières pour la pluie abrite donc un détective privé comme héros, Patrick Kenzie, celui-ci va devoir mener une enquête très complexe qui mêle énormément de suspects, mais qui abrite surtout un profond malade - oui, je n'ai pas peur de le dire. J'aime vraiment l'atmosphère sombre qu'on retrouve dans ce livre, cette enquête qui ne semble pas avancer et pourtant, quand on y réfléchit bien, on trouve la réponse sous nos yeux, car oui, il faut se méfier des apparences. 


Je pense d'ailleurs que je modifierai cet article après avoir relu une seconde fois Prières pour la pluie, car, comme dans tout bon livre, on ne comprend pleinement l'enjeu qu'après l'avoir lu à plusieurs reprises. 

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Je vous souhaite à tous un très joyeux Noël. 






La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...