samedi 19 août 2017

Le Coin des libraires - #63 La sublime communauté I. Les Affamés d'Emmanuelle Han

J'ai eu la chance de recevoir en avant-première Les Affamés, le premier volet de La sublime communauté d'Emmanuelle Han par le biais de Babelio et des éditions Actes Sud - la parution est prévue pour le 4 octobre ce qui laisse encore du temps. 

En temps normal je dois dire que je n'aurais sans doute pas acheté ce livre, la couverture ne fait absolument pas envie, l'auteure m'est inconnue et comme je ne lis jamais les quatrièmes, je ne vois pas comment j'aurais pu me retrouver avec ce livre entre les mains et pourtant ! 
Pourtant on m'a proposé de participer à une opération privilégiée et dans ce genre de cas, je lis toujours les résumés. J'ai déjà tellement de livres à lire chez moi que je n'ai pas envie de m'en rajouter juste sous le prétexte que ce sont des livres qui sont offerts puisqu'il faut quand même les lires rapidement - il faut publier son avis dessus un mois au maximum après réception. 


Il faut que je dise dès maintenant que j'ai passé un excellent moment, ça a été une lecture que j'ai beaucoup aimée et qui, malheureusement, donne vraiment trop envie d'en savoir plus, mais il va falloir attendre. 


C'est la fin de notre ère. Aux quatre coins d'une planète surpeuplée et en pleine dévastation, six mystérieuses portes apparaissent, ouvrant des brèches vers des mondes inconnus. En quête d'une terre promise, fuyant la misère et la mort, des flux d'hommes, de femmes et d'enfants désespérés, Les Affamés, se pressent vers ces Six Mondes, ignorant tout à leur sujet. Quels secrets renferment ces Portes ? Quel mal ronge les Affamés ? Quelle est la nature des six Mondes ? En ces temps de détresse où la violence et le chacun-pour-soi font rage, seuls trois enfants pourront le découvrir. Ashoka, Ekian et Tupà ne se connaissent pas, vivent à des milliers de kilomètres de distance. Pourtant, leurs destins sont liés. De leur union dépendra le sort de la Sublime Communauté.



Tout d'abord, j'ai trouvé l'idée novatrice, c'est la fin de notre monde, enfin celle-ci est même déjà survenue et on se retrouve dans un univers rempli de zones d'ombres où tous nos repères ont disparu et où on va suivre trois enfants qui n'ont bien évidemment jamais connu le "monde d'avant". 

J'ai pris énormément de plaisir à découvrir un univers propre à l'auteure déjà, mais surtout un univers inspiré de divers mythes/légendes/traditions avec par exemple la présence d'une sorcière ou même de Hanumãn qui est le patron des lutteurs, le dieu de la sagesse dans la religion hindoue - oui je me suis renseignée quand même ! 
Les inspirations de l'auteure me sont complètement étrangères je dois bien le dire, je m'en sors pas trop mal quand il s'agit de mythologie grecque/romaine et même parfois nordique mais pour le reste, je suis une vraie bille ! Ici, bien que l'auteure transforme les choses un peu à sa sauce, il y a une véritable inspiration et ça m'a permis de considérablement sortir de ma zone de confort et j'ai beaucoup aimé cet aspect. J'ai par exemple découvert ce qu'est le sanskrit - la langue des textes religieux hindous ou bouddhistes. C'est bête, j'ai souvent entendu ce mot, je savais que c'était une langue - quand même ! - mais je n'en avais jamais entendu parler dans un livre et je n'en avais jamais vu à l'écrit non plus.

Vous l'aurez compris j'ai énormément aimé tout l'aspect mythique dans lequel l'auteure a puisé afin de construire son imaginaire. Cet espèce de melting pot m'a énormément séduit, j'ai découvert un monde différent, nouveau et surtout original et pour le coup, c'est là que réside toute la force de ce roman.
Là, et aussi dans les personnages, ces trois enfants/adolescents que l'on suit alternativement. 


La sublime communauté, tome I : Les Affamés d'Emmanuelle Han.


Il y a Tupà d'abord qui a grandi dans une tribu entre le Brésil et l'Argentine. On ne sait pas grand chose sur sa façon de vivre si ce n'est qu'il doit trouver la Terre sans Mal et qu'il passe beaucoup de temps à la ville à faire des magouilles - ce mot est vraiment très laid. Même si c'est sans doute son personnage qui finit par être le plus avancé dans sa connaissance des Transplantés, il est celui qui m'a le moins plu. J'ai aimé le suivre, c'est simplement que jusqu'ici il m'a un peu moins fasciné que les deux autres - même si je dois bien dire que vers la fin du tome, il devient plus intéressant. 

Ekian est la seule fille, elle vient d'une communauté Touareg, donc du Sahara. Son personnage est absolument passionnant - elle est quand même la fille d'Amoulkadine (gros plus pour l'histoire des Étincelants !) et puis je pense que ce n'est pas pour rien si les Guetteurs cherchent absolument à lui mettre la main dessus. 

Et puis enfin, il y a Ashoka que j'adore, littéralement ! Il est le plus jeune, il est vit à Gange, en Inde, au service du roi où son travail consiste à tenir le Feu. Si je trouve le personnage d'Ekian passionnant, celui d'Ashoka est génial pour son rapport à la Flamme, au singe également. Tout l'aspect mythique dont je parlais au début transparaît de ce personnage plus que des autres - d'après moi en tout cas. 

Ces trois personnages ne se connaissent pas, pour preuve ils vivent tous dans des lieux bien éloignés les uns des autres et surtout ils ne savent pas eux-mêmes qu'ils sont différents.
L'auteure maîtrise parfaitement son histoire si bien qu'on en demande toujours plus, mais elle nous dévoile quand même des informations ici et là. Il y a encore plein de choses que l'on ne sait pas - ce qui est normal quand il s'agit d'un premier tome - mais il y a aussi des choses qu'on sait déjà et ça c'est une très bonne chose. On n'est pas sur notre faim à se poser mille et mille questions, non, on est sur notre faim parce que ce qu'on a appris donne l'eau à la bouche.

J'avais peur de finir ce tome sans savoir pourquoi on suit ces personnages et pas d'autres et non, ce n'est pas le cas, les clés nous sont données au fur et à mesure du temps et pour ça, je dis merci à l'auteure. J'ai aussi trouvé que c'était une bonne idée d'insérer des termes espagnols ou encore du tamasheq (la langue touareg) dans le récit, ça donne une véritable impression d'immersion et ça rajoute à l'exotisme de l'histoire. Une distanciation s'opère alors puisqu'on aborde des modes de vie ou de pensées qui sont inconnus et c'est ce qui a rajouté à mon plaisir de lecture. 

Par contre, je n'ai pas compris pourquoi avoir appelé ce tome les Affamés. J'ai compris qui ils sont et tout, mais ils sont tellement relégués au second plan que je ne sais pas, je ne crois pas que ça aurait été le titre que j'aurais choisi. 

C'est un premier volet maîtrisé, bien ficelé et qui donne envie. Également, j'ai trouvé que c'était une bonne idée d'ajouter un extrait du deuxième tome ainsi que de donner son titre et une idée de sa date de sortie - 1er semestre 2018. 
Tout ce que j'ai à dire est vivement, vivement la suite, que je sache qui est l'Observateur, mais surtout, qui est la Sublime communauté ou encore si elle existe bel et bien ? Tout ce que je peux dire c'est que je serai au rendez-vous ! 








mercredi 16 août 2017

Le Coin des libraires - #62 Phobie de Sarah Cohen-Scali

Bien que je sois ouverte à énormément de genres littéraires, je lis peu de roman adolescent/young adult. J'aime bien en lire, certaines histoires sont vraiment très bonnes - je pense à Métamorphose d'Ericka Duflo dont je vous parlerai dans un prochain article et que j'ai adoré ! - mais je n'en lis pas énormément, je ne saurais pas dire pourquoi, même si je pense que c'est en partie parce que je trouve souvent que les histoires sont répétitives, qu'on a toujours la même structure de base et ça m'ennuie rapidement. 

Pour Phobie, ça n'a pas été la même chose, ce livre aborde toutes sortes de sujet dont on ne parle jamais : l'achluphobie (la peur du noir), la thérapie par le biais de la réalité virtuelle. J'ai appris pas mal de choses à ce sujet et j'ai vraiment aimé découvrir quelque chose de nouveau. 


Une odeur de moisi. Une cave. L’obscurité totale. Et la peur. La peur qui prend aux tripes. Cauchemar...ou réalité ? Anna ouvre les yeux et prend peu à peu conscience qu’elle n’est pas en train de faire le cauchemar récurrent qui la tourmente depuis son enfance, mais qu’elle est bel et bien séquestrée. Qui l’a enlevée ? Le croque-mitaine qui la terrorise depuis qu’elle a cinq ans, ou un homme de chair et d’os ? Chargé d’enquêter sur l’enlèvement de la jeune fille, le commandant Ferreira doit collaborer avec un psychiatre, le docteur Fournier. Son enquête est vite reliée à une autre, celle de la disparition du père d’Anna, onze ans auparavant. Onze années de silence et d’oubli à parcourir. Un voyage à rebours, au coeur d’une mémoire secrète.



On suit donc Anna dans sa petite vie pas si tranquille que ça puisqu'elle a peur du noir, mais surtout peur d'autre chose, de celui qui a pris son père, il y a maintenant onze ans. Même si de prime abord on pense que cet événement tragique se trouve derrière l'adolescente, on va être obligé de constater que tout tourne autour de cette mystérieuse disparition.

En plus de traiter le cas d'Anna, on assiste alors aux recherches d'un commissaire qui a assisté au drame des années plus tôt. Il va décider de rechercher Anna déclarée disparue tout en essayant de creuser un peu plus pour tenter de découvrir ce qui est arrivé au père.

Au fil des pages, l'illusion s'emmêle avec la réalité si bien qu'il est difficile de savoir si elle a réellement vu le croque-mitaine comme elle l'a affirmé plus jeune ou si elle est atteinte d'hallucination ou a simplement fait un cauchemar, enfin toutes sortes d'hypothèses se révèlent être tout sauf loufoques !
Durant une large partie du livre - jusqu'à ce qu'Anna soit "retrouvée" - on se met à être méfiant envers tous les personnages, excepté le commissaire Fereira qui n'a pas l'air de cacher quoi que ce soit.



Phobie de Sarah Cohen-Scali aux éditons Gulf Stream, collection Électrogène 


J'ai énormément aimé tout le parallèle avec les contes de fées, le lien fait avec son père pour qu'elle puisse vaincre sa peur et aller de l'avant. Le personnage d'Anna m'a plu, surtout pendant sa séquestration, je me suis énormément attachée à elle, et malheureusement je n'ai pas trop aimé son changement de tempérament par la suite, je l'ai trouvé un peu trop sûre d'elle, même si je comprends pourquoi elle prend confiance, je trouve que c'est trop radical.
Forcément j'ai aimé aussi le psychiatre, il n'hésite pas à prendre des risques, il va un peu trop loin quand même, mais il réussit, ses actions aboutissent, comme celle de Fereira.

Phobie est un roman très bien ficelé. Je croyais que tout allait tourner autour de la disparition d'Anna mais en fait non pas du tout et la suite nous révèle de très bonnes surprises. J'ai adoré le fait que l'auteure ait décidé d'aborder un sujet vrai, même si comme elle le dit elle-même à la fin, elle a pris des libertés par rapport à la réalité, il n'empêche qu'elle se fonde sur une partie de vérité, le service nommée dans l'hôpital parisien existe bel et bien, etc.

Ce livre change des mes lectures habituels, Sophie Cohen-Scali a mélangé le thriller psychologique au roman policier en quelque sorte, mais dans une représentation qui est vraiment peu commune. Je me suis prise à l'intrigue, aux recherches, aux rebondissements.
Ça a été un vrai plaisir de lecture, j'ai passé un bon moment et c'est ce dont j'avais besoin, alors on peut dire que Phobie a rempli son rôle.






mercredi 9 août 2017

Le Coin des libraires - #61 Sonderkommando, entretien avec Shlomo Venezia

Un autre livre sur la Seconde Guerre mondiale, oui je sais. Ce ne sera pas le dernier en plus, puisque j'ai lu par la suite Le Journal d'Helga d'Helga Weissová. 

J'ai toujours voulu en apprendre plus sur les Sonderkommando, ces juifs qui étaient assignés aux travaux dans les crématoires, comme aider les prisonniers à se déshabiller avant d'entrer dans les douches, retirer les corps après que le Zyklon B ait fait son travail, ou même "enfourner" les corps dans les fours...
Comme je le disais dans mon article sur Primo Levi, tous les récits de guerre sont abominables, les camps le sont particulièrement - parce que c'est un sujet foisonnant, où la liberté de paroles s'est accomplie et parce que ça a touché une large partie du monde -, mais là, j'avais bien conscience que ça allait sans doute être pire encore. En effet, on peut dire que ça l'a été. 


Issu de la communauté juive italienne de Salonique, Shlomo Venezia fut déporté à l’âge de vingt et un ans à Auschwitz-Birkenau, et incorporé dans les Sonderkommandos, ces « équipes spéciales » chargées par les SS de vider les chambres à gaz et de brûler les corps des victimes, avant d’être éliminées à leur tour au bout de quelques mois. Plus d’un demi-siècle après, le témoignage d’un des rares rescapés.


Début mai, j'ai été voir une exposition au Mémorial de la Shoah de Paris, cette exposition était sur la WWII dans la BD - d'ailleurs c'est une expo vraiment très intéressante, elle vaut le détour ! - et après ça, j'ai été dans la librairie du Mémorial. C'est ici que j'ai trouvé Sonderkommando et Le Journal d'Helga, deux livres que je ne connaissais pas et qui m'ont fait très envie - en plus de beaucoup d'autres ! 

Évidemment, il ne sert à rien de dire à quel point ce livre est dur, à quel point il est sale et emmène le lecteur jusqu'au dégoût. Pas du dégoût pour le travail que ces juifs ont dû faire de force, mais pour ceux qui les ont poussé à faire ça. 
Avec ce livre, on découvre une nouvelle image des camps, celle des Sonderkommando qui sont tantôt vus comme des "privilégiés" (ils ont plus de nourriture par exemple) tantôt comme des complices du régime nazi. 

L'idée d'entrer en quelque sorte dans les bas-fonds par le biais de cet entretien de Shlomo Venezia donne au lecteur la possibilité d'apprendre plus de choses, des éléments dont on ne parle jamais comme par exemple la situation de la Grèce lors de son annexion. D'ailleurs, les quelques pages à la fin du livre donne plus de détails historiques et permettent de comprendre un peu mieux comment les choses se sont passées lorsque Mussolini était allié à Hitler et comment elles se sont passées lorsque les deux dictateurs sont devenus ennemis. 

Shlomo Venezia, juif grec, nous raconte sa vie avant sa déportation, puis sa déportation avec sa famille, qui a été entièrement décimée à l'exception de sa soeur aînée, et de son frère qui était avec lui dans les Sondekommando. 


Sonderkommando, entretien avec Shlomo Venezia, éditions Livre de poche

Même après autant d'années, il donne des informations très précises sur ce qu'il y a vécu, sur les gardiens dans le crématoire (lui travaillait dans le crématoire III, un des plus utilisés), sur la révolte peut-être vaine des Sonderkommando, sur la vie de guerre, leur évasion pour ne pas être tué. Shlomo Venezia a eu de la chance d'y arriver à ce moment-là. Ce poste est évidemment le pire de tous, les Sonderkommando sont à l'écart des autres prisonniers pour ne pas qu'ils puissent parler, ils dorment dans le crématoire, ils mettent au feu des corps inertes d'inconnus, d'amis, de la famille, ils broient les os qui n'ont pas bien brûlés. C'est pour cette raison que les nazis ont décidé de tous les gazer au bout de trois mois, Shlomo y est resté bien plus de trois mois, il y est resté jusqu'à ce que le camp soit évacué. L'explication au fait qu'il n'ait pas été gazé est simple : les Allemands, voyant qu'ils allaient perdre la guerre, il devait faire au plus vite pour tuer un maximum de personne, il n'y avait donc pas le temps de s'occuper des équipes de Sonderkommando. Après ça, il a fallu de la main d'oeuvre pour démonter les crématoires et ne laisser aucune trace. Une fois encore, les prisonniers ne pouvaient pas avoir un accès libre aux crématoires, ils ne devaient pas voir la configuration des lieux, une fois encore pour ne laisser aucune trace. 
Si Shlomo a pu témoigner, c'est parce qu'il s'est enfui, parce qu'il savait que sa mort allait poindre le bout son nez s'il restait dans le camps pendant que les autres détenus étaient évacués. 


C'est un récit vraiment horrible, je n'ai pas d'autres mots. Certains passages m'ont retourné l'estomac, ils m'ont écoeuré, dégouté plus que pour ma lecture de Primo Levi ou même Charlotte Delbo. Je pense à ce passage où le rescapé confie qu'il a dû aider son oncle à se déshabiller pour l'envoyer à la mort, qu'il lui a donné un petit quelque chose à manger parce qu'il savait que c'était la fin pour lui et qu'il voulait le tranquilliser. Il explique que ses "coéquipiers" se sont occupés du reste (le sortir de la chambre à gaz, le mener au four, le mettre dedans...). Ce passage est sans doute celui qui m'a le plus marqué. Je ne saurais dire pourquoi parce que franchement, je ne suis pas certaine qu'il soit le pire de tous. 

Aujourd'hui, mon avis est comme celui d'hier, les membres du Sonderkommando n'auraient jamais fait ce travail de leur propre volonté, de gaieté de coeur, Shlomo a fait une erreur, celle de se proposer pour un travail sans savoir en quoi il consistait et ce, pour un peu plus de nourriture que les autres. Qui peut bien vouloir faire ça de son propre chef franchement ? La révolte est la preuve que ces hommes ne voulaient pas faire ça, qu'il voulait mettre fin à toute cette horreur en faisant exploser les crématoires. Alors oui, la révolte a été rapidement étouffée, mais elle a bien eu lieu. 


Ce texte est très difficile à lire, mais il est également très riche en informations sur un poste trop peu abordé - en même temps, il y a eu peu de survivants des Sonderkommandos pour témoigner... Il doit être lu tout comme Levi doit l'être, il doit être plus connu parce qu'il est un récit précieux pour nous, les générations suivantes. 


"Cela me réconforte de savoir que je ne parle pas dans le vide, car témoigner représente un sacrifice énorme. Ça ranime une souffrance lancinante qui ne me quitte jamais. Tout va bien et, tout d’un coup, je me sens désespéré. Dès que je ressens un peu de joie, quelque chose en moi se bloque immédiatement. C’est comme une tare intérieure ; je l’appelle la « maladie des survivants ». Ce n’est pas le typhus, la tuberculose ou les autres maladies qu’on a pu attraper. C’est une maladie qui nous ronge de l’intérieur et qui détruit tout sentiment de joie. Je la traîne depuis ce temps de souffrance dans le camp. Cette maladie ne me laisse jamais un moment de joie ou d’insouciance, c’est une humeur qui en permanence érode mes forces."
Shlomo Venezia, Sonderkommando.








lundi 24 juillet 2017

Le Coin des libraires - #60 La force des choses I de Simone de Beauvoir

Après avoir lu La force de l'âge de Simone de Beauvoir l'été dernier, il fallait que je continue mon périple avec la suite : La force des choses. À ce jour je n'ai lu que le premier des deux tomes - Folio a en tout cas décidé de le diviser en deux - et je ne sais pas quand je lirai la suite alors je préfère écrire un article uniquement sur le premier. 

Tout comme pour La force de l'âge, j'ai mis pas mal de temps à le lire, le lisant par petits morceaux. Ce n'est pas parce que je voulais le garder bien au chaud comme son prédécesseur, mais plutôt parce que ça a été une lecture plutôt difficile. 


«Peu de temps après le jour V, je passai une nuit très gaie avec Camus, Chauffard, Loleh Bellon, Vitold, et une ravissante Portugaise qui s'appelait Viola. D'un bar de Montparnasse qui venait de fermer, nous descendîmes vers l'hôtel de la Louisiane ; Loleh marchait pieds nus sur l'asphalte, elle disait : "C'est mon anniversaire, j'ai vingt ans." Nous avons acheté des bouteilles et nous les avons bues dans la chambre ronde ; la fenêtre était ouverte sur la douceur de mai et des noctambules nous criaient des mots d'amitié ; pour eux aussi, c'était le premier printemps de paix.» 

Simone de Beauvoir, née en 1908 à Paris, a raconté son enfance et son adolescence dans Mémoires d’une jeune fille rangée, sa vie à Paris, ses débuts d’écrivain, la guerre et l’Occupation dans La force de l’âge. La troisième partie de ses souvenirs, La force des choses, commence dans le Paris de la Libération.


Ce livre est une première petite déception pour moi. J'ai tellement aimé suivre Simone de Beauvoir dans Mémoires d'une jeune fille rangée et La force de l'âge que je ne m'étais pas dit que ça pourrait être différent pour celui-ci. J'ai été captivé par les précédents, tandis que j'ai trouvé des longueurs dans celui-ci. Ces longueurs, elles sont dues à toutes ces tartines de politique que l'on doit suivre page après page. 

Le livre débute à la Libération, la situation en France est donc plutôt compliquée et je n'ai pas eu le sentiment que la façon dont elle l'a décrite l'a rendu plus claire. J'ai eu le sentiment qu'on m'envoyait des acronymes de parties sans chercher à expliquer les véritables idées et surtout, elle ne parlait que des penchants politiques de Sartre. À un moment, je me suis dit que si je voulais savoir qu'elles avaient été les opinions politiques de Sartre, j'aurais essayé de lire une biographie ou autre, qu'elle en parle, je comprends, qu'elle parle dix fois plus de ça que de son deuxième voyage aux États-Unis, je dis non. 

En revanche, j'ai vraiment aimé la façon dont elle a traduit toute la palette de sentiments ressentis à la fin de la Seconde Guerre mondiale : espoir de liberté, période d'euphorie, deuil commun, horreur à l'annonce des événements survenus aux camps, etc. 



La force des choses I de Simone de Beauvoir, édition Folio



"Je me disais aussi : « Il y a des gens plus malheureux que moi », mais je ne trouvais pas cette vérité consolante, au contraire ; cette frêle tristesse en moi, c’était comme un résonateur qui captait un concert de plaintes ; un désespoir universel s’insinuait dans mon coeur jusqu’à me faire souhaiter la fin du monde."
Simone de Beauvoir, La force des choses I.


J'ai aussi aimé entrer dans "l'élite littéraire" de l'époque : Camus, Malraux, Vian, etc. on apprend non pas qui ont été ces écrivains, mais qui ont été ces hommes et c'était forcément intéressant. Par contre, il n'y a que deux seules et uniques mentions de Violette Leduc, et encore, à la volée ! Je pensais qu'elle en parlerait plus en détail comme elle le fait avec tous ces amis qui font partie intégrante de son oeuvre, et pourtant non. Je ne le cache pas, ça a été une déception. 

Et puis on fait la connaissance de l'Américain Algren, auteur également, résidant à Chicago. Elle nous décrit parfois un peu pudiquement, mais avec une réelle sincérité son idylle avec lui, le plaisir des retrouvailles, la souffrance des au-revoir. Elle expose avec une véritable simplicité l'incompatibilité entre sa vie à lui à Chicago et sa vie à elle, à Paris, aux côtés de Sartre. 

Il y a aussi ces moments où elle parle de ses écrits, de façon rétrospective elle nous donne son avis sur ceux-ci, et elle parle enfin de sa grande oeuvre Le Deuxième Sexe - qui ne m'intéresse pas outre mesure. Ces passages étaient passionnants, qu'elle livre ce qu'elle pense de ses écrits après coup, qu'elle prenne position par rapport à eux, j'ai adoré. 


Voilà, ça n'a pas été une mauvaise lecture, loin de là, je pensais simplement que ce serait une lecture aussi bouleversante que pour les deux premiers, que je chavirerais pour ne reprendre pied qu'à la fin du livre, ça n'a pas été le cas, mais ça n'empêche pas je vais continuer à la lire, à la découvrir. J'ai tellement aimé ce que j'ai déjà vu que je n'ai pas le choix, il faut que j'en apprenne plus encore. 



"Non seulement ma vie, ce n’était pas moi qui la tissais, mais sa figure, la figure de mon époque et de tout ce que j’aimais, dépendait de l’avenir. Si je pensais que l’humanité s’acheminait vers la paix, la justice, l’abondance, mes jours n’avaient pas la même couleur que si elle courait vers la guerre ou piétinait dans la douleur."

Simone de Beauvoir, La force des choses I.






mercredi 19 juillet 2017

Le Coin des libraires - #59 Les enfants de Dimmuvík de Jón Atli Jónassón

Je voulais lire ce petit livre depuis quelques mois déjà et quand j'ai eu l'occasion de le trouver à Paris, comment dire que j'étais trop contente. Bon avec même pas 90 pages, il est évident qu'il a été lu d'une traite, durant le trajet pour rentrer chez moi. C'est rapide, mais c'était très, très bon. 


Les enfants de Dimmuvík est un roman islandais, il se passe en Islande et c'est une des principales raisons qui faisaient que je voulais le lire, j'adore ce pays et j'aimerais beaucoup pouvoir le visiter un jour, alors en attendant, j'essaie de lire dessus, d'en apprendre plus. 


Le jour de l’enterrement de son frère, une vieille femme se remémore leur enfance misérable au bord d’une crique, quelque part en Islande, où l’on enterrait les mort-nés dans des champs de lave. C’était un pays maudit baigné d’une mer vide, écrasé par des montagnes aux cimes déchiquetées. Un pays aux hivers rudes où trois enfants malingres sont réduits à manger du lichen ou des chiens errants. La vieille femme se souvient de sa mère qui un jour perdit la raison et se tourna vers un mur, cessant de parler et de voir. Elle se souvient de son père qui, à la lueur d’une bougie, leur lisait le soir des pages de la Bible. C’était en 1930, la vieille femme avait alors douze ans. Elle se rappelle la faim, qui les torturait, et le crucifix où pendait un Jésus efflanqué à la tête énorme, un christ aussi difforme qu’eux, qui n’avait rien à leur dire.
Dans Les enfants de Dimmuvík, Jón Atli Jónassón raconte une histoire d’autant plus terrible que la vérité y apparaît comme un os mis à nu : il y a parfois, simplement, trop de bouches à nourrir. C’est aussi en filigrane une méditation angoissée sur la tentation d’abandonner les siens à leur misère pour sauver sa peau.


Ce livre n'est absolument pas joyeux, on ne termine pas sa lecture en ayant la patate, mais plutôt en relativisant : la vie des autres peut être si affreuse parfois, si injuste et misérable. Ça touche, ça fait mal, mais c'est bien de rencontrer d'autres contrées, de découvrir des modes de vie lointains et c'est ce genre de choses que j'ai découvert dans ce livre, un monde très différent du mien, un monde rural où le froid, la neige et la famine ne quittent jamais la petite famille de la narratrice. 

Ce roman islandais décrit avec une froide lucidité cette famille pauvre dans les années 1930, ce récit est bien entendu rétrospectif puisqu'il est écrit par l'aînée de la famille. Elle nous raconte à quel point leur vie était horrible, pour elle, son frère, sa jeune soeur ou encore ses parents. C'est une lecture vraiment dure, et ce, dès le début, même dans le présent de la narratrice, lorsqu'elle nous parle de son mari qui a oublié, qui l'a oublié. Et puis peu à peu, ça devient pire encore, les descriptions sur la maigreur de sa soeur, sur la foi inébranlable de son père, sur la folie de sa mère, cette même mère qui est plongée dans le mutisme depuis sa fausse couche, ou plutôt son accouchement d'un mort-né. 

Tout ce qui est décrit est emprunt de violence, celle de la mort, de la faim, du froid, de la vie. Tout est amplifié parce que tout est odieux et qu'il ne semble pas y avoir de possibilité de sortir de cette vie. Alors voilà que le seul plaisir se trouve dans le fait de boire du lait une fois par semaine, et celui qui fait des kilomètres pour y aller à droit d'en boire à volonté, maigre consolation. 


Les enfants de Dimmuvík de Jón Atli Jónassón, collection Notabilia


Chaque page recèle un nouveau sentiment, c'est un livre très dense parce que très concentré, l'auteur a magnifiquement condensé son histoire pour qu'elle soit la plus courte possible, la plus concise et donc la plus poignante possible. 

On s'attache à la protagoniste, on a mal avec elle parce qu'on s'y voit, on est à ses côtés lorsqu'elle se prend une gifle par son père, lorsqu'elle va chercher sa mère dehors en pleine nuit, lorsqu'elle voit son père emmener le chien. 
Le récit se termine avec une sorte de cassure, une vision d'horreur qui surpasse le reste - la preuve, c'est possible et on en ressort le souffle coupé. 

On découvre alors un pays qui porte en ses contrés la misère, on nous dévoile la difficulté du climat, le froid, la neige. On trouve énormément de sujet avec la folie de cette mère qui semble être restée bloquée, le père qui pense que Dieu viendra les sauver et attend vainement, et trois enfants, trois pauvres enfants qui doivent grandir, vivre dans cette pauvreté et enfin, s'émanciper, si c'est possible. 


Un nouveau Notabilia a rejoint ma bibliothèque donc et une fois encore, j'ai été happée par cette histoire, par la difficulté de vivre, par la détresse de cette enfant devenue une vieille femme mais qui, malgré tout, reste hantée par ses souvenirs. Une fois encore, ça a fait mouche, la magie a opéré et j'ai passé des minutes difficiles avec ce livre entre les mains, mais j'ai aussi été touchée, j'ai aussi aimé.



"Ce qui me chagrine le plus quand je repense au passé, c’est l’impuissance. Je savais si peu de choses. Je savais à peine lire en ânonnant. Et puis le chagrin cède la place aux larmes. Puis à la honte et au regret aussi. Ça se passe toujours comme ça."

Jón Atli JónassónLes enfants de Dimmuvík.





lundi 10 juillet 2017

Le Coin des libraires - #58 Le Jardin de Winter de Valérie Fritsch

Ce livre est une pépite, vraiment il me le fallait rien que pour la beauté de la couverture - c'est pour cette raison que je l'ai acheté... -, mais en plus l'histoire qu'il renferme est touchante, poétique, symbolique, j'ai pris un très grand plaisir à découvrir Le Jardin de Winter, le premier roman de Valérie Fritsch, auteure autrichienne. 


Il est vrai que c'est un livre assez étrange dans son genre, il se situe entre le récit apocalyptique et le romantisme. Il nous emmène rapidement dans son univers où on y rencontre Anton Winter, le protagoniste qui va surtout nous parler du jardin de son enfance, tout en décrivant son présent : la fin du monde, en tout cas de l'humanité. 



Anton Winter a grandi en pleine nature, dans un jardin luxuriant et des bois touffus, un cocon de verdure gouverné par sa grand-mère, à distance du monde. Adulte, il s’occupe de ses oiseaux au dernier étage du plus grand immeuble de la ville, tandis qu’en contrebas, l’humanité vit ses dernières heures avant une apocalypse programmée.

Hanté par le souvenir du jardin merveilleux de son enfance, il refuse de se résoudre au pire et tente d’imaginer avec Frederike, qu’il vient de rencontrer, le jour d’après.


On apprend assez vite que c'est la fin du monde, l'apocalypse est là, l'humanité va être décimée, mais on ne sait pas pourquoi, ce qu'il s'est passé ou autre, les raisons sont floues, on doit juste accepter ce constat : c'est la fin. 
Comme souvent quand l'on se sait au bord de la mort, l'homme se remémore sa vie passée, son monde disparu. C'est le cas d'Anton, qui vit dans la ville, mais qui est resté en partie chez lui, dans ce jardin où il a passé son enfance, entouré de sa famille, ses grands-parents, ses parents, son frère. 

Il nous parle ensuite de son départ - on suppose que les raisons de ce dit départ sont liées à la grand-mère - il décrit ensuite une vie solitaire, au sommet du plus grand immeuble de la ville. C'est dans cette tour d'ivoire qu'Anton s'est réfugié, qu'il vit parmi les oiseaux. On sent une certaine distance lorsqu'il décrit le jardin de son enfance, distance mêlée à de la nostalgie. 

Forcément, on comprend dès le début que le jardin a une importance primordiale pour Anton et donc aussi pour nous. Évidemment il y a toutes sortes de symboliques dans cette vision du jardin, celle du Paradis, d'un paradis qui a disparu lorsqu'Anton a grandi, qu'il a été confronté à la solitude, à la mort et qu'il a dû partir parce que ce paradis était désormais entaché par la douleur. Il doit sans doute y avoir plein de lectures possibles quant à ce jardin, qui est présent tout au long du livre, sur ce personnage qu'est le jardin et qui paraît être plus important encore que le protagoniste Anton - pour preuve, c'est lui qui figure d'abord dans le titre, c'est d'abord le Jardin, puis le nom de famille d'Anton. 


Le Jardin de Winter de Valérie Fritsch, édition Phébus.


Le monde continu pourtant, malgré que ce soit les prémisses de la fin, l'humanité retient son souffle, mais elle respire toujours. C'est dans ces conditions très étranges qu'Anton va rencontrer une femme avec qui il va passer ses derniers moments - en sa compagnie et avec une autre femme et son enfant, qui ne sont autre que la famille du frère d'Anton, retrouvée un peu par hasard. 
Ensemble, ils décident de retrouver la terre familiale et donc le fameux jardin où ils verront la fin de leur vie arriver. 

Le personnage d'Anton est attachant, mais il est comme déjà disparu, il est déjà mort alors la distance entre lui et le lecteur se creuse toujours plus. Pour les autres personnages qui sont au nombre de trois (je ne compte pas le bébé évidemment) ils semblent être des coquilles vides. La copine d'Anton a l'air complètement à côté de la plaque, je crois qu'elle n'a pas bien compris que c'est la fin de tout. C'est pareil pour le frère d'Anton, la distance entre les deux frères est si grande qu'on ne peut pas s'attacher à lui. Tout ce qu'on peut faire c'est suivre leur destruction de loin sans rien pouvoir faire, sans avoir à imaginer une autre alternative parce que l'on sait qu'il n'y en a pas, que la sentence est connue depuis le début et qu'il va falloir l'accepter. 

Symbole de la fin du monde, du passage de l'enfance à l'âge adulte, du retour aux origines, Le Jardin de Winter est tout ça à la fois et bien plus encore. 

Le point fort de ce livre est sans conteste son écriture, la poésie des mots. Franchement pour un premier roman, un premier essai, Valérie Fritsch a réussi avec brio. Le style est poignant, il est touchant et j'ai vraiment ressenti beaucoup de plaisir à lire un texte si juste et si étrange à la fois. C'est le troisième Phébus que j'ai lu jusqu'ici et je ne peux pas le dire avec certitude (je ne sais pas parler autrichien), mais j'ai bien l'impression que les traducteurs font un boulot très minutieux pour traduire au mieux la volonté de l'auteure et si c'est le cas, bravo parce que franchement, j'ai été conquise. 


"Cela faisait longtemps qu’il n’avait plus pris autant de plaisir à quitter son appartement. Cela faisait longtemps qu’il n’avait plus eu autant de choses à voir. Cela faisait longtemps que le monde s’était arrêté, et voilà qu’il tournait sur lui-même comme un manège et traversait en une course effrénée un univers funeste."

Valérie Fritsch, Le Jardin de Winter






mercredi 28 juin 2017

Le Coin des libraires - #57 Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig

Tout comme Agnès Martin-Lugand, Agnès Ledig fait grand bruit depuis quelque temps maintenant  - à raison d'une publication par an environ, il est normal qu'elle revienne souvent sur les devants de la scène. À vrai dire, Juste avant le bonheur est mon premier de l'auteure, et peut-être bien le dernier. 

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je pense qu'il est bon de dire tout de suite que ce n'est pas forcément un "mauvais livre" même si c'est vrai, je vais dire beaucoup de choses négatives dessus, je crois que dans le fond, c'est simplement que ce genre de roman contemporain avec ce type d'histoire et d'écriture ne me plaît pas particulièrement - Les gens heureux lisent et boivent du café a d'ailleurs le même traitement, je les range tous les deux dans une même catégorie générique. 



Cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fées. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d’une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui sourire. Ému par leur situation, un homme les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. Tant de générosité après des années de galère : Julie reste méfiante, elle n’a pas l’habitude. Mais pour Lulu, pour voir la mer et faire des châteaux de sable, elle pourrait bien saisir cette main qui se tend…



Bon, entrons dès maintenant dans le vif du sujet : l'histoire. Afin de ne pas passer par quatre-chemins, je vais donner ici les aspects qui m'ont déplu dans ce livre. Il y a d'abord la rapidité folle des événements : du jour au lendemain tout change complètement à tel point que ça paraît invraisemblable, franchement la rencontre entre Julie et Paul et leurs échanges par la suite avant le départ en Bretagne, tout ça, ça ne sonne absolument pas réel, pas une fois j'ai cru à ce qu'on me servait si bien que dès le début, c'était assez compliqué pour accrocher. 

Il y a ensuite, tous ces préjugés, celui de l'homme retraité qui veut serrer une petite femme d'une vingtaine d'années, bah oui parce que c'est bien connu, quand un homme parle à une femme, c'est seulement pour se la faire. Ou encore celui comme quoi Julie est nécessairement une écervelée parce qu'elle a eu un enfant très jeune ou même qu'elle compte profiter d'un vieil homme, parce qu'après tout à son âge, que pourrait-elle faire d'autre ? 
Franchement ce sont des préjugés qui n'ont pas lieu d'être et qui cataloguent péjorativement les personnages. Alors bien sûr tout le roman va s'attacher à se séparer de tous ces préjugés et à montrer que non les gens ne sont pas comme ça, oui d'accord, mais encore ? 

Il y a enfin cette proximité entre les personnages qui semblent sortie de nulle part, c'est tout ou rien j'ai l'impression : Jérome par exemple, il déteste Julie au début, et il le fait bien savoir, mais voilà, il suffit d'une course entre les deux pour que hop, toute animosité se soit envolée. 

Vu comme ça, c'est vrai que ça fait beaucoup de critiques - et ce n'est pas encore terminé - mais je dois bien avouer que la deuxième partie du livre (qui correspond à "l'après accident") est quand même plus intéressante, plus profonde. Je ne dirais pas que ce n'est que du pathos parce que je ne pense pas que ce soit le cas, je ne pense pas avoir de leçon à donner à une femme qui écrit sur la mort d'un enfant quand on sait qu'elle en a elle-même perdu un. 


Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig, édition Pocket collector.

Oui il y a beaucoup de choses qui ne vont pas : le fait que Julie soit à la limite de la panique à l'idée de partir en mer parce qu'elle a peur de l'inconnu, mais qu'elle n'ait pas peur de partir en Bretagne chez des inconnus avec son gosse, ça, ça ne la fait pas stresser plus que ça, c'est complètement invraisemblable ! 
Ce genre d'histoire plus les personnages qui sont des stéréotypes ambulants, bah,  il devient difficile de s'attacher, de compatir, excepté pour Julie qui est bien évidemment mise en avant par rapport aux autres. Au début je trouvais Paul relativement prometteur, son histoire passée, etc. mais c'est le personnage qui a été complètement éclipsé après l'accident et c'est dommage. 

Forcément on a mal pour Julie, mais je ne pense pas que l'événement survenu devait se trouver à ce moment-là dans l'histoire. En fait je trouve que jusqu'au départ de Bretagne qui sonne le retour à Paris, il n'y a pas grand chose d'intéressant. C'est vrai, il arrive que les débuts soient difficiles, le temps de poser l'ambiance, les personnages dans un cadre bien précis et qui se veut réaliste : Julie est une caissière dans un supermarché, elle rencontre Paul qui est à sa caisse, jusque-là ok, mais après ? quel est ce virage où du jour au lendemain lui tranquille, il lui sort qu'il veut l'emmener elle et son fils en Bretagne, quand est-ce que ça arrive ça dans la réalité ?? 



Il ne sert à rien d'épiloguer durant des heures, je n'ai pas accroché, non pas que je m'attendais à être particulièrement éblouie ou quoi, j'avais entendue que les critiques étaient plutôt mitigés, mais que faire quand la curiosité prend le dessus. 
Je n'ai pas adhéré, à cause de l'histoire (pas l'histoire entière attention !), à cause de la plume de l'auteure qui ne m'a pas paru impérissable, en revanche elle décrit parfaitement bien la lassitude, le manque, la tristesse ou encore la perte. C'est vraiment ce qui a sauvé ma lecture, j'ai aimé la deuxième partie, je l'ai trouvé bien plus aboutie, travaillée, réaliste, tout ce qu'il m'a manqué lors de la première partie en fait. 


"Quelques larmes, pour laisser s’écouler le trop-plein d’un coeur trop gros. Trop de chagrin. Aujourd’hui est un jour sans. Elle ne peut pas voir le soleil chaque matin. Le ciel est parfois sombre, et donne une autre lumière à la vie, un peu plus terne, un peu plus grise, moins réjouissante."

Agnès Ledig, Juste avant le bonheur.









dimanche 18 juin 2017

Le Coin des libraires - #56 Rouge-gorge (#3 Harry Hole) de Jo Nesbø

Rouge-gorge est en quelque sorte le tome III de la saga Harry Hole, mais il est surtout le premier à se passer en Norvège, pays de Jo Nesbø et donc de son personnage. 
Les deux premiers volets faisaient une taille relativement normale pour un roman policier, celui-là était quand même plus gros et je pense que c'est aussi pour nous préparer à lire les pavés qui arriveront pas la suite - Le Léopard ou Police ont l'air d'être hyper longs ! 

Mais voilà, Jo Nesbø décide de nous pondre un livre de plus de 600 pages pour nous laisser le temps de nous familiariser avec l'environnement du protagoniste et aussi pour permettre de jouer sur plusieurs tableaux, tisser diverses intrigues qui ne sont pas forcément toutes résolues à la fin. 
Contrairement à des polars (ou des livres en général) où on a parfois le sentiment que l'auteur a voulu meubler, qu'il a cherché à rendre son oeuvre plus grosse - j'avais trouvé que c'était un peu plus le cas dans L'homme chauve-souris par exemple - ce n'est absolument pas le cas ici, ce sont 600 pages qui sont très bien utilisées et qui passent toutes seules !




L’inspecteur Harry Hole est muté à la surveillance des milieux néonazis. Une seule consigne : faire le mort. Mais Hole le voudrait qu’il n’y parviendrait pas. Surtout quand il découvre qu’un fusil utilisé par le terrorisme international est importé sur le sol norvégien. Surtout si sa meilleure amie se retrouve mêlée à l’affaire. 
Son enquête l’amène à se plonger dans le passé d’un groupe de néonazis norvégiens ayant pris part à la Seconde Guerre mondiale. Que s’est-il réellement produit il y a plus de cinquante ans dans les tranchées de Leningrad? À mesure qu’il explore leur histoire, sa conviction grandit : l’un d’entre eux prépare un attentat…



On sent bien qu'après avoir écrit deux opus avec son héros Harry Hole, il est grand temps que l'auteur commence à "jouer" dans son domaine, dans un environnement qui lui est plus familier. C'est justement parce qu'il a lui-même apprivoisé son protagoniste qu'il nous révèle une fois encore les ficelles d'un travail rudement bien mené.

J'aime beaucoup les polars nordiques parce qu'en plus de faire des mentions répétitives au sujet du café, j'ai quasiment à chaque fois le sentiment que la psychologie des personnages y est vraiment bien développée et c'est pour moi un point essentiel : si je veux pouvoir m'identifier, ressentir de l'empathie ou au contraire de l'antipathie, il ne faut pas que le personnage soit une coquille et franchement, j'ai l'impression que les auteurs nordiques ont bien compris cette idée, Jo Nesbø inclut.

Avant d'en venir aux personnages, il serait bien de parler de l'intrigue, alors allons-y !
Autant le dire maintenant, j'ai eu un peu de mal avec l'entrée en matière que j'ai trouvée parfois longue - je pense aux chapitres correspondant aux années 1940. Ça n'a vraiment pas été très simple, je me suis perdue dans les noms des soldats ce qui est une chose que je déteste. Pourtant, en lisant la suite, je n'ai pu m'arrêter de m'interroger : est-ce que ce n'était pas la volonté de l'auteur que de nous perdre parmi ces soldats norvégiens qui ont combattu du côté des nazis durant la Seconde Guerre mondiale ?

Un gros point fort de ce livre : traiter un sujet qu'on aborde très peu (en tout cas en France) à savoir : la place de la Norvège dans la Seconde Guerre mondiale. Vous le savez maintenant, j'adore étudier cette période, j'en suis en quelque sorte fascinée (dans un sens qui est purement de la curiosité et non pas une espèce de sentiment malsain à l'égard de cette époque abominable), et je n'avais pourtant jamais entendu parler de la collaboration de certains soldas norvégiens avec l'Allemagne.
Pourquoi est-ce encore quelque chose qu'on ne nous dit pas ? On nous bassine avec la Première Guerre mondiale, la Seconde aussi, mais bizarrement on ne fait que survoler des sujets qui sont majeurs dans notre histoire et voilà qu'on préfère nous parler de choses absolument inutiles en comparaison comme l'ordre des rois de France, question éducation scolaire, ce pays a beaucoup de choses à revoir, mais bref.


Rouge-gorge de Jo Nesbø, édition Folio policier.

Même si j'ai eu du mal au début, même si je n'ai pas réussi à entrer dedans comme ça a été le cas pour les deux précédents, j'ai vraiment adoré, justement parce que Nesbø innove, il traite de sujets qui sont importants et dont on ne parle pas assez, du moins dans cet opus.
Puis j'ai eu du mal aussi parce qu'on se doute du coupable dès le début, enfin on est incapable de le désigner de but en blanc, mais les indices à son sujet nous aide.
Malgré ces deux raisons, ces deux éléments qui constituent les seuls points noirs je n'ai rien d'autre de réellement concret à reprocher à ce volet. J'ai été emporté, j'ai été happé par cette histoire au point que les 600 pages que je redoutais un peu au début sont passées comme une lettre à la poste.


Un autre point fort dans ce livre est, comme je le disais, les personnages et leur psychologie. Je pense sans rire que Hole est un des personnages les plus maltraités dans l'histoire des romans policiers, en tout cas personnellement je n'ai jamais vu un héros qui morfle autant que lui, c'est dingue. Je m'y suis habituée maintenant et je me le répéterais avant ma lecture du tome IV : il y a toujours un mort dans l'entourage de Hole, c'est inévitable.
Cette fois, franchement je ne m'y attendais pas du tout, je suis restée bête devant mon bouquin avec pour seule réflexion : WTF ?

Je me demande, Nesbø a-t-il un souci avec les femmes ? Vu comment il les maltraite, c'est une vraie question : d'abord sa soeur, puis ensuite sa coéquipière en Thaïlande, mais c'est bien pire là, c'est une catastrophe, c'est la tristesse... Bon après, l'idée de ne pas résoudre l'enquête, de laisser un blanc est géniale, cela permet de faire passerelle entre le tome III et le tome IV, chose que je vois rarement dans les polars - généralement lorsqu'un même héros revient de manière continue, il y a bien évidemment des faits sur sa vie qui sont donnés au fur et à mesure et qui permettent de mieux cerner le personnage, mais un opus se suffit à lui-même, il n'y a pas besoin de suite à proprement parler puisque l'enquête en elle-même est résolue. Ici, et bien non Nesbø décide de poursuivre cette enquête dans le volet suivant et de tenir ses lecteurs en haleine - je peux vous le dire, je trépigne d'impatience de lire le tome IV, mais là, je n'ai simplement pas le temps du tout.

En résumé, j'ai vraiment beaucoup aimé ce volet, mais pour des raisons différentes des précédents - excepté pour le personnage d'Harry que j'adore ! J'avais apprécié voyager, découvrir des ambiances, des informations sur les pays que sont l'Australie et la Thaïlande, chose qu'on ne retrouve pas ici. Je n'ai jamais été à Oslo non plus, mais ce n'est pas le premier polar norvégien que je lis, alors forcément, je suis mieux informée.

Définitivement, ça a été pour l'intrigue en elle-même (je parle de l'intrigue principale & de la secondaire avec Ellen, la coéquipière de Harry), autant que pour les personnages qui m'ont beaucoup plu. Une fois encore ça a été un plaisir de suivre Harry dans ses péripéties, dans ses folies, dans sa peine et sa réussite. Un volet réussi, plus que sept (six même) à dévorer avant de clore cette saga.






dimanche 11 juin 2017

Le Coin des libraires - #55 Dernier Noël de guerre & Moi qui vous parle de Primo Levi

Après avoir lu et aimé découvrir Primo Levi en tant que témoin des camps, mais également en tant qu'écrivain, j'ai eu envie de me plonger dans d'autres oeuvres de lui. 

Le hasard a voulu que les éditions 10/18 ont réédité Dernier Noël de guerre il y a peu et que les éditions Pocket ont publié un entretien inédit de Primo Levi, Moi qui vous parle, datant d'un peu avant sa mort en 1987. Je voulais lire La Trève au départ, mais je ne l'ai pas trouvé, alors je me suis penché sur ces deux livres qui sont très différents. 



  • Dernier Noël de guerre


Ce livre est un recueil de 13 nouvelles allant de la nouvelle animalière aux fragments autobiographiques - comme c'est le cas dans la nouvelle éponyme. 

Malheureusement, j'ai trouvé ce recueil assez inégal. Les premières nouvelles ne m'ont pas particulièrement captivée, en revanche d'autres valent largement le détour : Dernier Noël de guerre par exemple. Celle-ci met en scène un juif déporté qui fête Noël à la façon chrétienne. J'ai vraiment beaucoup aimé cette nouvelle, je l'ai trouvé touchante, différente des témoignages habituels sur la Seconde Guerre mondiale. 
Je trouve donc dommage qu'elle soit la seule dans cette veine (j'entends par là une veine clairement historique), mais on trouve d'autres nouvelles qui font penser à l'oppression, c'est le cas de cette nouvelle absolument géniale nommée "État-civil" qui nous entraîne dans un monde dystopique, où la mort est contrôlée. 


Il y a aussi "Le buffet" qui met en scène un kangourou et traduit l'étouffement, la volonté de fuir le monde, elle est vraiment bien écrite, l'auteur prouve ici qu'il n'est pas simplement un "écrivain-témoin", mais également un écrivain tout court. 

Autrement, certaines nouvelles animalières m'ont beaucoup amusé notamment l'interview avec l'araignée, mais au-delà de ces appréciations pour certaines nouvelles, on ne trouve pas d'homogénéité dans le recueil, ce sont plus des nouvelles qui ont été regroupées sans qu'il y ait une véritable cohérence, ce qui rend le recueil assez inégal, malheureusement. 


Dernier Noël de guerre & Moi qui vous parle de Primo Levi.


  • Moi qui vous parle


Autant le dire maintenant : autant Dernier Noël de guerre m'a déçue pour son manque d'unité, autant Moi qui vous parle m'a déçu pour son manque de contenu. 
La première chose que l'on aperçoit à la vue du livre, c'est bien évidemment cette phrase "L'ultime entretien inédit", forcément ça donne envie. J'ai un peu eu le sentiment qu'on m'a vendu un truc sur du sable malheureusement, et ça m'embête un peu, mais il faut vraiment penser à arrêter d'écrire ce genre de trucs, ça fait vendre, mais j'ai bien le sentiment que ça déçoit plus qu'autre chose au final. 

Alors attention, je ne dis pas non plus que ce livre est dénué d'informations, qu'il est d'un ennui mortel et bon à jeter. Je dis seulement que ce qu'on nous donne ne rassasie par l'appétit qui nous habite. Comme je le disais dans mon article sur Primo Levi justement, je m'interroge énormément sur les raisons de son suicide, je me demande si ce ne pourrait pas être un accident, etc. et je m'étais dit qu'étant le dernier entretien, peut-être qu'on pourrait y déceler une information, quelque chose qui permettrait peut-être de comprendre. Malheureusement, la mort soudaine de l'écrivain n'a pas permis à Giovanni Tesio (l'homme qui interroge Levi) de venir à bout de leur entretien ce qui explique le manque de données sur sa vie d'adulte, notamment après les camps.


Beaucoup de réponses sont intéressantes, on en apprend plus sur son enfance, son adolescence, mais j'avais du mal à m'imaginer la chose tellement le ton me paraissait loin, trop détaché, sans aucune intimité. 
Oui, ce qui me gêne le plus dans cet entretien est le fait qu'il soit inachevé, alors oui on nous prévient dès la préface, mais il serait bon de le noter, ça permet en plus d'en déduire qu'il s'agit de "l'ultime entretien", mais bref. Malheureusement, on n'en apprend pas plus sur l'homme qu'a été Primo Levi à la sortie des camps - si ce n'est ce qu'il a dit dans les préfaces de Si c'est un homme par exemple, il nous dit au détour d'une phrase qu'il s'est marié et a eu un enfant, mais le mystère reste entier. 



C'est donc sur une touche assez négative que je suis venue à bout de ces deux livres, lus dans la foulée. Mais ce n'est rien, ce que ne sont pas d'immenses déceptions non plus, alors je vais persévérer, trouver et lire La Trève, et Lilith






samedi 3 juin 2017

Le Coin des libraires - #54 Halgato de Feri Lainsček

Vous risquez de souvent voir passer des livres des éditions Phébus dans les semaines/mois à venir. Après Notabilia, je dirais que c'est celle que je préfère pour la qualité des objets, la beauté des ouvrages, le fait que ce soit si agréable comme objet entre les mains, mais aussi pour la qualité et la diversité des textes. 

C'est grâce à Babelio que j'ai découvert mon premier Phébus au début de cette année, et c'est grâce à Babelio et à la maison d'édition que je reviens puisque j'ai reçu Halgato de Feri Lainsček grâce à la Masse critique, alors merci à eux ! 


Au-delà de la rivière Mur, en Slovénie, dans le campement des Roms, le bonheur se cultive en toute simplicité : une cruche de vin, un foyer, de la musique à tout moment.

Le jeune Halgato le sait bien, et pourtant. Son violon ne chante que pour payer l’éducation de son demi-frère Pišti – son espoir, celui qui doit s’élever et écrire un jour l’histoire de leur communauté. Mais un Tsigane peut-il seulement échapper à son destin ?

Adapté au cinéma en 1995, le roman de Feri Lainšček fait entendre la voix brusque et belle d’une société singulière.




Halgato est un livre dont il est difficile de savoir ce qu'il m'a fait ressentir exactement. J'ai aimé l'histoire, mais je l'ai aussi trouvé très déroutante, alors même si cela fait maintenant trois jours que je l'ai terminé, j'ai du mal à me positionner par rapport à cette lecture.

Il s'agit de mon premier livre issu de la littérature slovène, j'étais extrêmement pressée de le commencer en grande partie pour cette raison, mais au final je ne me demande si ça a eu une réelle importance, je n'ai pas eu le sentiment de visiter la Slovénie, malheureusement.

J'ai adoré tout le mystère du début, au sujet du père d'Halgato, Mariska, de son "départ" et de la venue de Bumbas, son "nouveau père". Je pensais qu'on allait suivre que le personnage éponyme, mais finalement non, une large partie du livre se concentre sur son enfance et adolescence, ses escapades avec Bumbas pour faire entrer son frère à l'école, pour que lui au moins ne soit pas "qu'un Tsigane". 
Je crois que c'est ce qui m'a le plus dérangé dans ce livre : le fait qu'être Tsigane passe clairement pour une malédiction, une maladie incurable. Ça m'a vraiment frappé parce que du début jusqu'à la fin on nous rabâche la même chose et surtout toutes les actions du personnage sont motivées par la volonté de sortir de cette condition, de s'élever.


Halgato, Feri Lainsček, édition Phébus.

Je pensais aussi que le violon aurait une place plus importante. Après l'avoir trouvé omniprésent dans Les Dieux du tango, je l'ai trouvé effacé ici. On nous en parle ici et là, pour nous dépeindre sa facilité à jouer ou même l'histoire autour de son violon. Ça ne m'a pas non plus trop embêter, mais j'aurais aimé en apprendre plus sur le passé de l'instrument, mais bon.

Sinon, j'ai passé un bon moment, ça a été une bonne découverte, j'ai suivi une philosophie de vie qui m'est lointaine - il y a cette phrase dans le livre qui pour moi, décrit parfaitement bien la communauté des gens du voyage : "La route qu’on empruntait importait peu, tout comme la direction qu’on prenait. C’est la règle dans ce monde : tous les chemins mènent quelque part. Qu’on aille de l’avant ou qu’on retourne en arrière, on est toujours en train de partir et de venir à la fois."

J'aurais en revanche aimé plus de descriptions des environs, les paysages, le pays afin d'être complètement immergée dans l'univers et ne pas avoir le sentiment d'en être extérieur.

Enfin, pour ce qui est de la fin, j'ai bien aimé, mais j'ai trouvé dommage que ce soit un dernier rappel des "préjugés contre les Tsiganes" : ils sont des voleurs. C'est dommage parce que jusqu'au bout tout tourne autour de la même chose, même si Halgato essaie de s'en défaire, il ne le peut qu'au prix de vivre en ermite, loin des autres et je ne sais pas si on peut y trouver un quelconque réconfort.


Quoi qu'il en soit je remercie une nouvelle fois Babelio et les éditions Phébus, j'ai fait une autre belle découverte grâce à eux.


"Il savait que l’eau n’exercerait que peu de ses voeux. Mais il savait aussi qu’elle emporterait tout ce dont il voulait se débarrasser. Parce que ça s’est toujours passé ainsi avec ce fleuve. Maintes pensées pénibles qu’il y avait plongées avaient disparu sans laisser de trace. Maintes envies ou douleurs s’étaient ainsi liquéfiées."
Feri Lainsček, Halgato.







La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...