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vendredi 19 janvier 2018

Littérature - bilan 2017

Mi janvier 2018, déjà. Je n'ai pas eu le temps d'écrire mon bilan de l'année passée avant, mais je souhaitais absolument revenir dessus, donc, mieux vaut tard que jamais ! 

90. Voici le nombre de 2017, le nombre de livres lus - merci Goodreads qui est très utile pour se créer des challenges sur l'année et ainsi pouvoir avoir un petit recap' des lectures. Mon challenge personnel était de lire 74 livres (j'en ai lu 73 en 2016) alors d'en avoir lu quinze de plus, j'étais bien contente ! Surtout, j'ai toujours privilégié la "lecture de qualité" comme je l'appelle, c'est-à-dire lire à mon rythme, lire ce que j'ai envie de lire - bon sauf pour mes livres de cours mais ça, c'est autre chose - et puis ne pas me prendre la tête. Je ne suis pas le genre à angoisser parce qu'on me dit que j'ai par exemple trois livres en dessous du bon rythme ou autre, non, je préfère me laisser porter. 


Cette année 2017 aura été très riche, j'ai découvert de nouveaux auteurs, notamment des contemporains ; j'ai approfondi le sujet qui m'intéresse plus que tous les autres en littérature : la Seconde Guerre mondiale ; j'ai continué à découvrir des polars, comme avec Jo Nesbø qui m'a particulièrement conquis avec les cinq premiers volets qui mettent en scène les aventures de Harry Hole. En bref, mon résumé de l'année est diversifié et c'est ce que j'adore - je parle littérature en général puisque je ne lis pas de manga ni de BD. 


Cet article est pour moi l'occasion de vous présenter mes cinq meilleures lectures de 2017, celles qui m'ont le plus marqué, celles qui je relirai possiblement (même si je ne suis pas trop relecture), celles qui laisseront une trace indélébile dans mon histoire de lectrice, mais aussi dans mon histoire personnelle. 
Je précise maintenant qu'il n'y a pas d'ordre, il n'y a pas de n°5 et de n°1, les livres dont je vais vous parler sont très différents les uns des autres et je considère qu'on ne peut pas comparer deux oeuvres à partir du moment où elles n'appartiennent pas au même genre. Je vais simplement vous donner cinq livres en espérant qu'ils vont feront envie et surtout, qu'ils vous retourneront le coeur comme ça a été le cas pour moi. 

Bien évidemment si vous connaissez ce blog, vous connaitrez déjà mon avis sur la plupart de ces livres puisque je les ai déjà chroniqué plus tôt, mais j'aime assez l'idée de les réunir dans un même article. 


  • Clarissa (1981 - posthume), Stefan Zweig 


Forcément il fallait s'y attendre, Stefan Zweig figure dans ce top. Je n'ai pas lu énormément de livres de l'auteur cette année - cinq il me semble - il faut dire que j'essaie de les étaler. C'est un peu comme avec Simone de Beauvoir, j'ai cette angoisse de tout découvrir trop vite et de me retrouver sans aucun autre texte à me mettre sous la dent. 
J'ai lu Clarissa au mois de mai dernier, juste avant de lire le recueil La Peur - que je recommande aussi d'ailleurs - et encore maintenant, je suis hantée par l'histoire et plus encore par son caractère inachevé. 
Si vous avez vu mon article dessus, je parlais surtout de cette oeuvre par rapport au regard de l'auteur sur le début du XXe, sur la Première Guerre mondiale, sur la place de la femme un peu aussi. Je suis surtout restée pantoise face à ce roman en fait, et ce, parce qu'il n'est pas terminé et que, comme c'est souvent le cas, jamais on ne pourra savoir où l'auteur voulait en venir avec ses personnages - c'est aussi parce que le moment où il s'arrête et particulièrement injuste...
Je ne suis pas très adepte des fins ouvertes parce que j'ai tendance à avoir l'impression que j'abandonne le personnage, ou que lui m'abandonne, et là, le sentiment s'est retrouvé en puissance mille si bien que j'ai relu la dernière page une bonne dizaine de fois. 

Même si c'est une oeuvre inachevée, je trouve dommage qu'elle soit un peu mise de côté dans l'oeuvre de Zweig. On parle forcément du Joueur d'échecs, de ses nouvelles telles que Vingt-quatre heures de la vie d'une femme ou même de son roman-testament Le Monde d'hier. On ne parle pas suffisamment de Clarissa et pourtant, pour moi, on y retrouve un grand nombre de thématiques chers à l'écrivain et en particulier l'humanisme qui ressort de certains personnages. 


NB : je voulais ne présenter qu'une oeuvre de l'auteur, mais j'ai longuement hésité avec Derniers messages, un petit recueil qui m'a énormément touché parce qu'on retrouve aussi l'omniprésence de ce qui, pour moi, fait de Zweig un grand écrivain : son humanisme, sa volonté d'unification. Du coup, même si j'ai préféré vous reparler de Clarissa, je vous conseille tout autant Derniers messages ! 





  • Sonderkommando (publié en 2009), Shlomo Venezia 


C'est tout aussi évident que pour Zweig, il fallait que je reparle d'une de mes lectures sur la Seconde Guerre mondiale et celle-ci me paraît être pertinente puisqu'elle ne figure pas parmi les plus connues, malgré le fait qu'on en apprend énormément sur ce "groupe" si obscure et controversé qu'est le sonderkommando. J'ai trouvé ce témoignage-entretien lors de ma visite au Mémorial de la Shoah à Paris lorsque j'ai été voir l'exposition Shoah et bande dessinée - qui était géniale d'ailleurs ! - et je n'ai pas résisté. 
Alors bien sûr, ce n'est clairement pas une oeuvre à mettre entre les mains de tout le monde, c'est extrêmement cru mais comment décrire l'horreur si ce n'est avec l'horreur ? Décrire l'indicible est quelque chose de très complexe et beaucoup d'auteurs ont eu énormément de mal ou ne sont même pas parvenus à écrire rien qu'une parcelle de l'horreur qu'ils ont vécu dans les camps - l'exemple de Charlotte Delbo qui a composé sa trilogie Auschwitz et après à l'aide de fragments de récits, de poèmes et autres formes en est un bon exemple. 
Seulement, si vous souhaitez en savoir plus sur les camps, si vous souhaitez vous enliser plus loin encore dans l'abomination, vous devez lire ce livre. 

Pour ma part, c'est un devoir de mémoire, une nécessité pour comprendre le passé et pour vivre l'avenir. Beaucoup sont rebutés à l'idée de lire ce genre de témoignage et je peux le comprendre, c'est tout sauf une lecture légère, ce n'est pas le genre de livre qui te donne franchement envie de vivre d'amour et d'eau fraîche, mais c'est notre histoire et il me paraît important de ne pas l'occulter - ce n'est bien sûr que mon avis personnel. 


NB : j'ai aussi hésité entre Sonderkommando ou Si c'est un homme de Primo Levi, mais ce dernier est bien plus connu, c'est généralement celui sur lequel on se penche quand on veut lire sur cette période, alors il m'a semblait plus judicieux de parler de Sonderkommando qui est moins connu, et qui est un peu un "pour aller plus loin". Je trouve qu'il est surtout destiné à ceux qui veulent en savoir plus, ceux qui ont déjà lu d'autres oeuvres sur les camps auparavant. 
Et puis, il est préfacé par Simone Weil - dont il faut que je lise les mémoires de guerre d'ailleurs - alors rien que pour cette raison, il mérite de figurer dans cet article. 





  • Duologie Six of Crows, Leigh Bardugo 


Je me surprend moi-même à vous présenter un livre young adulte, enfin plutôt deux livres puisqu'il s'agit d'une duologie. À vrai dire, j'aime assez lire de la "littérature jeunesse", je passe toujours globalement un bon moment, mais j'ai tendance à rapidement oublier ces lectures. Disons qu'elles me marquent généralement moins que les autres. Avec Six of Crows, c'est différent. 
Le premier volet m'a fait de l'oeil dès sa sortie avec sa couverture absolument magnifique et tous les avis positif sur internet (avis que je regarde très rarement quand il s'agit de livres que je n'ai pas lus), mais comme je déteste attendre les suites, j'ai voulu attendre le deuxième volet.
À la base j'étais contente qu'il n'y ait que deux tomes, mais une fois lancée dans la lecture, j'ai rapidement déchanté !

Pour dire les choses rapidement, j'ai littéralement adoré l'univers proposé par l'auteure, l'ambiance, les personnages, tout y était si bien que je n'ai pas résisté, j'ai dévoré les deux tomes. 
Disons que j'ai aimé le premier, mais le deuxième m'a tellement entraîné, j'étais tellement dans l'histoire que je n'ai pas vu les pages passer et, ah, rien qu'en y repensant je me le dis, c'était trop rapide, j'aurais voulu en avoir encore ! Je suis restée avec un grand sentiment de vide les jours qui ont suivi, j'ai eu du mal à me décoller des personnages, à me plonger dans un autre livre, j'étais comme bloquée. 
Maintenant, je suis à la fois déçue d'avoir tout lu, tout découvert et heureuse d'avoir eu la chance de me plonger dedans. Avec Six of Crows, j'ai de nouveau eu cette confirmation que la littérature jeunesse ne s'adresse pas qu'aux jeunes et que malgré la réduction que cette littérature subit, elle n'en reste pas moins une littérature de qualité. 


Rien que d'écrire de nouveau sur ces livres, j'ai envie de me plonger dans Grisha qui est la première trilogie de l'auteure. Je l'ai reçu à mon anniversaire, ça fait donc deux mois que je résiste à l'envie de m'y plonger, mais je sens que c'est pour bientôt, sûrement dans les prochains jours, je ne tiens plus ! 





  • Petites reines (2017), Jimmy Lévy 


Si vous avez vu mon article dessus, vous savez que je suis obligée de vous parler de ce roman, je n'ai pas d'autre choix, il figure bien évidemment dans ce top de 2017. 
L'année 2017 m'a permis d'avoir mon premier partenariat avec une maison d'édition, celle du Cherche-midi et je ne remercierai jamais assez Benoit pour cette chance. J'ai eu le plaisir d'être choisie avec d'autres blogueurs pour faire partie de leur team thriller, mais surtout, j'ai reçu ce petit bijou qu'est Petites reines. 

L'histoire est assez complexe dans le fond et elle est surtout divinement bien écrite. Comme vous le savez sans doute je ne suis pas hyper branchée auteur contemporain, j'en aime bien quelques-uns mais c'est rarement l'amour fou, le gros coup de coeur, et pourtant, Petites reines a tout cassé par sa crudité tout autant que par sa justesse. Il y a tellement de thèmes abordés dans ce livre qu'il ne servirait à rien de tout lister, et puis, parfois, il ne suffit pas de conseiller, il faut laisser à l'autre l'espace afin que se créer l'envie. 

Néanmoins, je le conseille bien évidemment, mais j'ai surtout envie que de vous-mêmes, vous tentiez d'apprivoiser ces petites reines et peut-être qu'alors vous ressentirez l'émotion que j'aie ressenti lors de ma lecture. C'était les montagnes russes, la découverte du monde, l'attachement pour des êtres tout à fait différent, c'était magnifique et pour cela je remercie le Cherche-midi de publier des textes avec cette qualité que ce soit dans son propos comme dans son style. 
-- Je précise quand même que la maison d'édition ne m'a absolument pas demandé d'écrire ça, c'est uniquement parce que j'ai adoré ce livre que je vous en parle. -- 





  • Je couche toute nue (2017), Camille/Auguste 


Mon avis sur ce livre est assez récent alors je dois avouer que je ne sais pas trop quoi ajouter, mais il mérite de figurer ici, rien que pour le travail effectué. J'imagine qu'il en a fallu du temps pour rassembler toutes ces lettres d'artiste, toutes ces coupures de presse. Je couche toute nue, c'est l'histoire à l'état brut, sans artifice ni déguisement, c'est les faits sans interprète, c'est une merveilleuse plongée dans le Paris artistique du début du XXe et plus particulièrement du Paris des sculpteurs. 

Il faut bien évidemment aimer l'art, mais j'ai quand même le sentiment qu'on peut aimer ce livre sans s'y connaître des masses, sans être fana des deux artistes. Je trouve que Je couche toute nue permet aussi d'avoir une vision globale de la façon dont on voyait l'art il y a un siècle et ce, par le biais des journaux intimes ou, comme je le disais, des coupures de presse et autres comptes rendus de salon. 
Je le conseille parce qu'on en apprend énormément sur Rodin et Claudel, enfin même plus sur Camille puisqu'Auguste est mort trente ans avant elle.
N'hésitez pas à aller voir mon article dessus, il est bien plus détaillé et je crois que malgré la difficulté, j'ai retranscrit la plupart des sentiments ressentis lors de ma lecture. 





Sélection de certaines de mes meilleures lectures de 2017.


Il est évident qu'il y a d'autres livres qui m'ont marqué durant l'année passée, je pense à Charlotte de David Foenkinos ou dans le même registre Être ici est une splendeur de Marie Darrieussecq lu à la toute fin du mois de décembre et dont j'espère vous donner mon avis très bientôt. Il y a aussi Le Jardin de Winter de Valérie Fritsch ou même La mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé, mais je ne peux malheureusement pas vous reparler de tous ces livres, alors le mieux à faire est sans doute d'aller voir mes articles dessus et d'espérer que 2018 me réservera d'aussi belles lectures !
Après, il faut le dire, c'est déjà partie pour ! 

J'espère que votre année 2017 aura été aussi riche que la mienne, que vous n'avez pas eu trop de déceptions ou du moins, pas autant que de coups de coeur, mais surtout, je vous souhaite une excellente année 2018. 









mercredi 9 août 2017

Le Coin des libraires - #61 Sonderkommando, entretien avec Shlomo Venezia

Un autre livre sur la Seconde Guerre mondiale, oui je sais. Ce ne sera pas le dernier en plus, puisque j'ai lu par la suite Le Journal d'Helga d'Helga Weissová. 

J'ai toujours voulu en apprendre plus sur les Sonderkommando, ces juifs qui étaient assignés aux travaux dans les crématoires, comme aider les prisonniers à se déshabiller avant d'entrer dans les douches, retirer les corps après que le Zyklon B ait fait son travail, ou même "enfourner" les corps dans les fours...
Comme je le disais dans mon article sur Primo Levi, tous les récits de guerre sont abominables, les camps le sont particulièrement - parce que c'est un sujet foisonnant, où la liberté de paroles s'est accomplie et parce que ça a touché une large partie du monde -, mais là, j'avais bien conscience que ça allait sans doute être pire encore. En effet, on peut dire que ça l'a été. 


Issu de la communauté juive italienne de Salonique, Shlomo Venezia fut déporté à l’âge de vingt et un ans à Auschwitz-Birkenau, et incorporé dans les Sonderkommandos, ces « équipes spéciales » chargées par les SS de vider les chambres à gaz et de brûler les corps des victimes, avant d’être éliminées à leur tour au bout de quelques mois. Plus d’un demi-siècle après, le témoignage d’un des rares rescapés.


Début mai, j'ai été voir une exposition au Mémorial de la Shoah de Paris, cette exposition était sur la WWII dans la BD - d'ailleurs c'est une expo vraiment très intéressante, elle vaut le détour ! - et après ça, j'ai été dans la librairie du Mémorial. C'est ici que j'ai trouvé Sonderkommando et Le Journal d'Helga, deux livres que je ne connaissais pas et qui m'ont fait très envie - en plus de beaucoup d'autres ! 

Évidemment, il ne sert à rien de dire à quel point ce livre est dur, à quel point il est sale et emmène le lecteur jusqu'au dégoût. Pas du dégoût pour le travail que ces juifs ont dû faire de force, mais pour ceux qui les ont poussé à faire ça. 
Avec ce livre, on découvre une nouvelle image des camps, celle des Sonderkommando qui sont tantôt vus comme des "privilégiés" (ils ont plus de nourriture par exemple) tantôt comme des complices du régime nazi. 

L'idée d'entrer en quelque sorte dans les bas-fonds par le biais de cet entretien de Shlomo Venezia donne au lecteur la possibilité d'apprendre plus de choses, des éléments dont on ne parle jamais comme par exemple la situation de la Grèce lors de son annexion. D'ailleurs, les quelques pages à la fin du livre donne plus de détails historiques et permettent de comprendre un peu mieux comment les choses se sont passées lorsque Mussolini était allié à Hitler et comment elles se sont passées lorsque les deux dictateurs sont devenus ennemis. 

Shlomo Venezia, juif grec, nous raconte sa vie avant sa déportation, puis sa déportation avec sa famille, qui a été entièrement décimée à l'exception de sa soeur aînée, et de son frère qui était avec lui dans les Sondekommando. 


Sonderkommando, entretien avec Shlomo Venezia, éditions Livre de poche

Même après autant d'années, il donne des informations très précises sur ce qu'il y a vécu, sur les gardiens dans le crématoire (lui travaillait dans le crématoire III, un des plus utilisés), sur la révolte peut-être vaine des Sonderkommando, sur la vie de guerre, leur évasion pour ne pas être tué. Shlomo Venezia a eu de la chance d'y arriver à ce moment-là. Ce poste est évidemment le pire de tous, les Sonderkommando sont à l'écart des autres prisonniers pour ne pas qu'ils puissent parler, ils dorment dans le crématoire, ils mettent au feu des corps inertes d'inconnus, d'amis, de la famille, ils broient les os qui n'ont pas bien brûlés. C'est pour cette raison que les nazis ont décidé de tous les gazer au bout de trois mois, Shlomo y est resté bien plus de trois mois, il y est resté jusqu'à ce que le camp soit évacué. L'explication au fait qu'il n'ait pas été gazé est simple : les Allemands, voyant qu'ils allaient perdre la guerre, il devait faire au plus vite pour tuer un maximum de personne, il n'y avait donc pas le temps de s'occuper des équipes de Sonderkommando. Après ça, il a fallu de la main d'oeuvre pour démonter les crématoires et ne laisser aucune trace. Une fois encore, les prisonniers ne pouvaient pas avoir un accès libre aux crématoires, ils ne devaient pas voir la configuration des lieux, une fois encore pour ne laisser aucune trace. 
Si Shlomo a pu témoigner, c'est parce qu'il s'est enfui, parce qu'il savait que sa mort allait poindre le bout son nez s'il restait dans le camps pendant que les autres détenus étaient évacués. 


C'est un récit vraiment horrible, je n'ai pas d'autres mots. Certains passages m'ont retourné l'estomac, ils m'ont écoeuré, dégouté plus que pour ma lecture de Primo Levi ou même Charlotte Delbo. Je pense à ce passage où le rescapé confie qu'il a dû aider son oncle à se déshabiller pour l'envoyer à la mort, qu'il lui a donné un petit quelque chose à manger parce qu'il savait que c'était la fin pour lui et qu'il voulait le tranquilliser. Il explique que ses "coéquipiers" se sont occupés du reste (le sortir de la chambre à gaz, le mener au four, le mettre dedans...). Ce passage est sans doute celui qui m'a le plus marqué. Je ne saurais dire pourquoi parce que franchement, je ne suis pas certaine qu'il soit le pire de tous. 

Aujourd'hui, mon avis est comme celui d'hier, les membres du Sonderkommando n'auraient jamais fait ce travail de leur propre volonté, de gaieté de coeur, Shlomo a fait une erreur, celle de se proposer pour un travail sans savoir en quoi il consistait et ce, pour un peu plus de nourriture que les autres. Qui peut bien vouloir faire ça de son propre chef franchement ? La révolte est la preuve que ces hommes ne voulaient pas faire ça, qu'il voulait mettre fin à toute cette horreur en faisant exploser les crématoires. Alors oui, la révolte a été rapidement étouffée, mais elle a bien eu lieu. 


Ce texte est très difficile à lire, mais il est également très riche en informations sur un poste trop peu abordé - en même temps, il y a eu peu de survivants des Sonderkommandos pour témoigner... Il doit être lu tout comme Levi doit l'être, il doit être plus connu parce qu'il est un récit précieux pour nous, les générations suivantes. 


"Cela me réconforte de savoir que je ne parle pas dans le vide, car témoigner représente un sacrifice énorme. Ça ranime une souffrance lancinante qui ne me quitte jamais. Tout va bien et, tout d’un coup, je me sens désespéré. Dès que je ressens un peu de joie, quelque chose en moi se bloque immédiatement. C’est comme une tare intérieure ; je l’appelle la « maladie des survivants ». Ce n’est pas le typhus, la tuberculose ou les autres maladies qu’on a pu attraper. C’est une maladie qui nous ronge de l’intérieur et qui détruit tout sentiment de joie. Je la traîne depuis ce temps de souffrance dans le camp. Cette maladie ne me laisse jamais un moment de joie ou d’insouciance, c’est une humeur qui en permanence érode mes forces."
Shlomo Venezia, Sonderkommando.








La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...