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vendredi 19 janvier 2018

Littérature - bilan 2017

Mi janvier 2018, déjà. Je n'ai pas eu le temps d'écrire mon bilan de l'année passée avant, mais je souhaitais absolument revenir dessus, donc, mieux vaut tard que jamais ! 

90. Voici le nombre de 2017, le nombre de livres lus - merci Goodreads qui est très utile pour se créer des challenges sur l'année et ainsi pouvoir avoir un petit recap' des lectures. Mon challenge personnel était de lire 74 livres (j'en ai lu 73 en 2016) alors d'en avoir lu quinze de plus, j'étais bien contente ! Surtout, j'ai toujours privilégié la "lecture de qualité" comme je l'appelle, c'est-à-dire lire à mon rythme, lire ce que j'ai envie de lire - bon sauf pour mes livres de cours mais ça, c'est autre chose - et puis ne pas me prendre la tête. Je ne suis pas le genre à angoisser parce qu'on me dit que j'ai par exemple trois livres en dessous du bon rythme ou autre, non, je préfère me laisser porter. 


Cette année 2017 aura été très riche, j'ai découvert de nouveaux auteurs, notamment des contemporains ; j'ai approfondi le sujet qui m'intéresse plus que tous les autres en littérature : la Seconde Guerre mondiale ; j'ai continué à découvrir des polars, comme avec Jo Nesbø qui m'a particulièrement conquis avec les cinq premiers volets qui mettent en scène les aventures de Harry Hole. En bref, mon résumé de l'année est diversifié et c'est ce que j'adore - je parle littérature en général puisque je ne lis pas de manga ni de BD. 


Cet article est pour moi l'occasion de vous présenter mes cinq meilleures lectures de 2017, celles qui m'ont le plus marqué, celles qui je relirai possiblement (même si je ne suis pas trop relecture), celles qui laisseront une trace indélébile dans mon histoire de lectrice, mais aussi dans mon histoire personnelle. 
Je précise maintenant qu'il n'y a pas d'ordre, il n'y a pas de n°5 et de n°1, les livres dont je vais vous parler sont très différents les uns des autres et je considère qu'on ne peut pas comparer deux oeuvres à partir du moment où elles n'appartiennent pas au même genre. Je vais simplement vous donner cinq livres en espérant qu'ils vont feront envie et surtout, qu'ils vous retourneront le coeur comme ça a été le cas pour moi. 

Bien évidemment si vous connaissez ce blog, vous connaitrez déjà mon avis sur la plupart de ces livres puisque je les ai déjà chroniqué plus tôt, mais j'aime assez l'idée de les réunir dans un même article. 


  • Clarissa (1981 - posthume), Stefan Zweig 


Forcément il fallait s'y attendre, Stefan Zweig figure dans ce top. Je n'ai pas lu énormément de livres de l'auteur cette année - cinq il me semble - il faut dire que j'essaie de les étaler. C'est un peu comme avec Simone de Beauvoir, j'ai cette angoisse de tout découvrir trop vite et de me retrouver sans aucun autre texte à me mettre sous la dent. 
J'ai lu Clarissa au mois de mai dernier, juste avant de lire le recueil La Peur - que je recommande aussi d'ailleurs - et encore maintenant, je suis hantée par l'histoire et plus encore par son caractère inachevé. 
Si vous avez vu mon article dessus, je parlais surtout de cette oeuvre par rapport au regard de l'auteur sur le début du XXe, sur la Première Guerre mondiale, sur la place de la femme un peu aussi. Je suis surtout restée pantoise face à ce roman en fait, et ce, parce qu'il n'est pas terminé et que, comme c'est souvent le cas, jamais on ne pourra savoir où l'auteur voulait en venir avec ses personnages - c'est aussi parce que le moment où il s'arrête et particulièrement injuste...
Je ne suis pas très adepte des fins ouvertes parce que j'ai tendance à avoir l'impression que j'abandonne le personnage, ou que lui m'abandonne, et là, le sentiment s'est retrouvé en puissance mille si bien que j'ai relu la dernière page une bonne dizaine de fois. 

Même si c'est une oeuvre inachevée, je trouve dommage qu'elle soit un peu mise de côté dans l'oeuvre de Zweig. On parle forcément du Joueur d'échecs, de ses nouvelles telles que Vingt-quatre heures de la vie d'une femme ou même de son roman-testament Le Monde d'hier. On ne parle pas suffisamment de Clarissa et pourtant, pour moi, on y retrouve un grand nombre de thématiques chers à l'écrivain et en particulier l'humanisme qui ressort de certains personnages. 


NB : je voulais ne présenter qu'une oeuvre de l'auteur, mais j'ai longuement hésité avec Derniers messages, un petit recueil qui m'a énormément touché parce qu'on retrouve aussi l'omniprésence de ce qui, pour moi, fait de Zweig un grand écrivain : son humanisme, sa volonté d'unification. Du coup, même si j'ai préféré vous reparler de Clarissa, je vous conseille tout autant Derniers messages





  • Sonderkommando (publié en 2009), Shlomo Venezia 


C'est tout aussi évident que pour Zweig, il fallait que je reparle d'une de mes lectures sur la Seconde Guerre mondiale et celle-ci me paraît être pertinente puisqu'elle ne figure pas parmi les plus connues, malgré le fait qu'on en apprend énormément sur ce "groupe" si obscure et controversé qu'est le sonderkommando. J'ai trouvé ce témoignage-entretien lors de ma visite au Mémorial de la Shoah à Paris lorsque j'ai été voir l'exposition Shoah et bande dessinée - qui était géniale d'ailleurs ! - et je n'ai pas résisté. 
Alors bien sûr, ce n'est clairement pas une oeuvre à mettre entre les mains de tout le monde, c'est extrêmement cru mais comment décrire l'horreur si ce n'est avec l'horreur ? Décrire l'indicible est quelque chose de très complexe et beaucoup d'auteurs ont eu énormément de mal ou ne sont même pas parvenus à écrire rien qu'une parcelle de l'horreur qu'ils ont vécu dans les camps - l'exemple de Charlotte Delbo qui a composé sa trilogie Auschwitz et après à l'aide de fragments de récits, de poèmes et autres formes en est un bon exemple. 
Seulement, si vous souhaitez en savoir plus sur les camps, si vous souhaitez vous enliser plus loin encore dans l'abomination, vous devez lire ce livre. 

Pour ma part, c'est un devoir de mémoire, une nécessité pour comprendre le passé et pour vivre l'avenir. Beaucoup sont rebutés à l'idée de lire ce genre de témoignage et je peux le comprendre, c'est tout sauf une lecture légère, ce n'est pas le genre de livre qui te donne franchement envie de vivre d'amour et d'eau fraîche, mais c'est notre histoire et il me paraît important de ne pas l'occulter - ce n'est bien sûr que mon avis personnel. 


NB : j'ai aussi hésité entre Sonderkommando ou Si c'est un homme de Primo Levi, mais ce dernier est bien plus connu, c'est généralement celui sur lequel on se penche quand on veut lire sur cette période, alors il m'a semblait plus judicieux de parler de Sonderkommando qui est moins connu, et qui est un peu un "pour aller plus loin". Je trouve qu'il est surtout destiné à ceux qui veulent en savoir plus, ceux qui ont déjà lu d'autres oeuvres sur les camps auparavant. 
Et puis, il est préfacé par Simone Weil - dont il faut que je lise les mémoires de guerre d'ailleurs - alors rien que pour cette raison, il mérite de figurer dans cet article. 





  • Duologie Six of Crows, Leigh Bardugo 


Je me surprend moi-même à vous présenter un livre young adulte, enfin plutôt deux livres puisqu'il s'agit d'une duologie. À vrai dire, j'aime assez lire de la "littérature jeunesse", je passe toujours globalement un bon moment, mais j'ai tendance à rapidement oublier ces lectures. Disons qu'elles me marquent généralement moins que les autres. Avec Six of Crows, c'est différent. 
Le premier volet m'a fait de l'oeil dès sa sortie avec sa couverture absolument magnifique et tous les avis positif sur internet (avis que je regarde très rarement quand il s'agit de livres que je n'ai pas lus), mais comme je déteste attendre les suites, j'ai voulu attendre le deuxième volet.
À la base j'étais contente qu'il n'y ait que deux tomes, mais une fois lancée dans la lecture, j'ai rapidement déchanté !

Pour dire les choses rapidement, j'ai littéralement adoré l'univers proposé par l'auteure, l'ambiance, les personnages, tout y était si bien que je n'ai pas résisté, j'ai dévoré les deux tomes. 
Disons que j'ai aimé le premier, mais le deuxième m'a tellement entraîné, j'étais tellement dans l'histoire que je n'ai pas vu les pages passer et, ah, rien qu'en y repensant je me le dis, c'était trop rapide, j'aurais voulu en avoir encore ! Je suis restée avec un grand sentiment de vide les jours qui ont suivi, j'ai eu du mal à me décoller des personnages, à me plonger dans un autre livre, j'étais comme bloquée. 
Maintenant, je suis à la fois déçue d'avoir tout lu, tout découvert et heureuse d'avoir eu la chance de me plonger dedans. Avec Six of Crows, j'ai de nouveau eu cette confirmation que la littérature jeunesse ne s'adresse pas qu'aux jeunes et que malgré la réduction que cette littérature subit, elle n'en reste pas moins une littérature de qualité. 


Rien que d'écrire de nouveau sur ces livres, j'ai envie de me plonger dans Grisha qui est la première trilogie de l'auteure. Je l'ai reçu à mon anniversaire, ça fait donc deux mois que je résiste à l'envie de m'y plonger, mais je sens que c'est pour bientôt, sûrement dans les prochains jours, je ne tiens plus ! 





  • Petites reines (2017), Jimmy Lévy 


Si vous avez vu mon article dessus, vous savez que je suis obligée de vous parler de ce roman, je n'ai pas d'autre choix, il figure bien évidemment dans ce top de 2017. 
L'année 2017 m'a permis d'avoir mon premier partenariat avec une maison d'édition, celle du Cherche-midi et je ne remercierai jamais assez Benoit pour cette chance. J'ai eu le plaisir d'être choisie avec d'autres blogueurs pour faire partie de leur team thriller, mais surtout, j'ai reçu ce petit bijou qu'est Petites reines

L'histoire est assez complexe dans le fond et elle est surtout divinement bien écrite. Comme vous le savez sans doute je ne suis pas hyper branchée auteur contemporain, j'en aime bien quelques-uns mais c'est rarement l'amour fou, le gros coup de coeur, et pourtant, Petites reines a tout cassé par sa crudité tout autant que par sa justesse. Il y a tellement de thèmes abordés dans ce livre qu'il ne servirait à rien de tout lister, et puis, parfois, il ne suffit pas de conseiller, il faut laisser à l'autre l'espace afin que se créer l'envie. 

Néanmoins, je le conseille bien évidemment, mais j'ai surtout envie que de vous-mêmes, vous tentiez d'apprivoiser ces petites reines et peut-être qu'alors vous ressentirez l'émotion que j'aie ressenti lors de ma lecture. C'était les montagnes russes, la découverte du monde, l'attachement pour des êtres tout à fait différent, c'était magnifique et pour cela je remercie le Cherche-midi de publier des textes avec cette qualité que ce soit dans son propos comme dans son style. 
-- Je précise quand même que la maison d'édition ne m'a absolument pas demandé d'écrire ça, c'est uniquement parce que j'ai adoré ce livre que je vous en parle. -- 





  • Je couche toute nue (2017), Camille/Auguste 


Mon avis sur ce livre est assez récent alors je dois avouer que je ne sais pas trop quoi ajouter, mais il mérite de figurer ici, rien que pour le travail effectué. J'imagine qu'il en a fallu du temps pour rassembler toutes ces lettres d'artiste, toutes ces coupures de presse. Je couche toute nue, c'est l'histoire à l'état brut, sans artifice ni déguisement, c'est les faits sans interprète, c'est une merveilleuse plongée dans le Paris artistique du début du XXe et plus particulièrement du Paris des sculpteurs. 

Il faut bien évidemment aimer l'art, mais j'ai quand même le sentiment qu'on peut aimer ce livre sans s'y connaître des masses, sans être fana des deux artistes. Je trouve que Je couche toute nue permet aussi d'avoir une vision globale de la façon dont on voyait l'art il y a un siècle et ce, par le biais des journaux intimes ou, comme je le disais, des coupures de presse et autres comptes rendus de salon. 
Je le conseille parce qu'on en apprend énormément sur Rodin et Claudel, enfin même plus sur Camille puisqu'Auguste est mort trente ans avant elle.
N'hésitez pas à aller voir mon article dessus, il est bien plus détaillé et je crois que malgré la difficulté, j'ai retranscrit la plupart des sentiments ressentis lors de ma lecture. 





Sélection de certaines de mes meilleures lectures de 2017.


Il est évident qu'il y a d'autres livres qui m'ont marqué durant l'année passée, je pense à Charlotte de David Foenkinos ou dans le même registre Être ici est une splendeur de Marie Darrieussecq lu à la toute fin du mois de décembre et dont j'espère vous donner mon avis très bientôt. Il y a aussi Le Jardin de Winter de Valérie Fritsch ou même La mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé, mais je ne peux malheureusement pas vous reparler de tous ces livres, alors le mieux à faire est sans doute d'aller voir mes articles dessus et d'espérer que 2018 me réservera d'aussi belles lectures !
Après, il faut le dire, c'est déjà partie pour ! 

J'espère que votre année 2017 aura été aussi riche que la mienne, que vous n'avez pas eu trop de déceptions ou du moins, pas autant que de coups de coeur, mais surtout, je vous souhaite une excellente année 2018. 









samedi 25 novembre 2017

Le Coin des libraires - #77 Je couche toute nue, Camille/Auguste

"Il a fallu que je te connaisse et tout a pris une vie inconnue, ma terne existence a flambé dans un feu de joie. Merci, car c’est à toi que je dois toute la part de ciel que j’ai eue dans ma vie."

Camille/Auguste, Je couche toute nue - Auguste à Camille, 1886.


Novembre. Cette période de l'année où tout va trop vite, où les jours sont trop courts et où il devient difficile de faire quoi que ce soit. Je croule sous le travail, à tel point que mon rythme de lecture a énormément baissé, mais je suis là, et ce, pour vous parler de ce livre ovni qu'est Je couche toute nue


Tout d'abord je voudrais une fois encore remercier les éditions Slatkine & Cie qui ont si gentiment accepté de m'envoyer ce livre, je suis juste trop contente d'avoir eu la chance de le découvrir. Je trépignais d'impatience de pouvoir me jeter dedans et même si j'ai mis plus de temps que ce que je pensais, je me dis qu'au final, ce n'est pas plus mal de l'avoir dégusté.


Camille Claudel et Auguste Rodin se rencontrent en 1884. Vingt-trois ans les séparent. Elle est encore mineure, et devient l’élève du maître. Ils vont s’aimer neuf ans, se séparer (1883-1895), se retrouver (1895-1899), se perdre enfin (1900). Rodin meurt en pleine gloire en 1917. Camille Claudel est internée en 1913 dans un asile où elle mourra seule en 1943.
L’histoire est connue pour avoir été cent fois dite, filmée. La voici, telle que, brutale, naturelle et poétique. Les sources seules, sans commentaire, ni notes. Correspondance inédite, journaux intimes, carnets… Une passion sans détours, racontée comme un roman. Une biographie vraie où les historiens (Didier Le Fur et Isabelle Mons) s’effacent pour laisser place à la musique des sources.

"[…] comment faut-il vivre ? Et vous m’avez répondu : en travaillant. Et je le comprends bien. Je sens que travailler, c’est vivre sans mourir."
Camille/Auguste, Je couche toute nue - Rainer Maria Rilke à Auguste Rodin, 11 septembre 1902.


Je couche toute nue est un document exceptionnel, ou plutôt, une somme de documents divers et variés qui nous permet d'entrer dans l'effervescence de la vie artistique de la fin du XIXe - début XXe. Contrairement à ce que je croyais à la base, ce livre n'est pas uniquement composé de lettres entre Claudel, Rodin et leurs proches, on y trouve également des coupures de journaux au sujet des sculpteurs, des comptes rendus de Salon ou même des fragments de journaux intimes comme celui des frères Goncourt ou encore de Paul Claudel, écrivain et frère de la sculptrice. 

C'est sans fard que nous entrons dans la vie des deux artistes, on est littéralement catapulté aux premières loges et ça, c'est vraiment génial ! On sent tout d'abord l'immense influence de Rodin dans le milieu de la sculpture, il est énormément plébiscité, et on peut voir à quel point il était reconnu de son vivant - même s'il a dû attendre des années pour enfin recevoir la consécration. 
Le fait d'avoir accès à tous ces documents permet de rythmer la vie des artistes, on a ainsi un rapide échange épistolaire entre Zola et Rodin autour de la statut Balzac, ou même entre Rodin et Rainer Maria Rilke par exemple. 

Néanmoins Claudel parvient petit à petit à se faire connaître, elle passe de "l'élève de Rodin" à son propre maître, elle est d'ailleurs souvent valorisée dans les journaux, son travail paraît être reconnu, mais paradoxalement, elle ne parvient pas à vivre de ses oeuvres. 
Un premier bémol (il n'y en aura que deux et ce sont surtout des détails) réside dans le fait que je m'attendais à trouver plus de lettres entre Claudel et Rodin, finalement il y en a assez peu, mais elles sont toujours très forte émotionnellement parlant et elles permettent d'accéder à une infime partie de ce qui les reliaient tous les deux. 


Je couche toute nue commence en quelque sorte quand Camille devient l'élève d'Auguste et se termine un peu après la mort de celle-ci en 1943 - plus spécifiquement après la mort de son frère Paul. Leur relation amoureuse est connue, mais les causes de leur séparation restent assez floues - on sait qu'elle aurait décidé de rompre parce que Rodin refusait de se séparer de sa femme et il y a des rumeurs d'avortement, mais c'est mystérieux. 
Étant une grande fan de l'artiste, j'appréhendais un peu le moment de son internement (en 1913) et sa captivité durant les trente dernières années de sa vie. Le moins qu'on puisse dire c'est que niveau apprentissage, je suis servie ! 


Elle a été internée pour délire de persécution (entre autres choses) et en voyant les lettres qu'elle adressait à sa famille (sa mère et son frère), on peut voir qu'elle avait bien un problème à ce niveau-là. Je me demande à partir de quel moment toutes ces idées ont germées dans son esprit - certains disent que c'est après qu'elle ait dû avorter d'un enfant de Rodin - et pourquoi fallait-il nécessairement qu'elle accuse son ancien amant. On voit clairement que Rodin n'est pas la cause de son internement, il veut l'aider au contraire, et ce, même après leur séparation, où il fera en sorte qu'elle vive le mieux possible en lui versant une petite pension tous les mois à titre anonyme. 
Peut-être que c'était trop dur pour Camille de simplement accepter que sa famille se cachait derrière l'internement. En même temps faut dire qu'elle avait pas l'air gâté niveau famille, son père avait à peine le pied dans la tombe que la mère et le fils faisaient en sorte qu'elle soit internée... 


Je couche toute nue, Camille/Auguste, éditions Slatkine & Cie.


On assiste à sa descente aux enfers, comment elle a eu besoin d'incriminer Rodin pour justifier le manque de reconnaissance, la façon qu'elle avait de s'enfermer chez elle de peur qu'on ne vienne lui voler ses oeuvres, ou même son autodestruction lorsqu'elle a brûlé ses oeuvres pour ne pas que "ses ennemis" puissent s'en emparer... Oui, elle avait clairement un problème, c'est indéniable, et ses lettres le montrent particulièrement bien, mais de là à être interné pendant 30 ans, de là à être rejetée par sa propre famille qui en fait clairement une pestiférée, une catin même - surtout sa mère - c'est franchement dur. 

J'ai été choquée par le manque de considération, par cette façon qu'avait sa mère de la rejeter, de la mettre en porte à faux, de ne pas envisager une seule seconde qu'elle soit transférée dans un asile sur Paris et encore moins qu'elle revienne habiter chez elle. 
On sent qu'il y a anguille sous roche et que ce n'est pas seulement la façon qu'avait Camille de vivre qui l'a condamné. Sa mère est bien trop véhémente, elle a bien trop honte de sa fille pour que ça se résume seulement à une vie de reclus, de famine et de laisser aller. 
Et c'est là que les propos de Paul Claudel viennent nous éclairer - un peu en tout cas - puisqu'il y a cette lettre envoyée à Mme Rolland - oui, la femme de Romain Rolland, il y en a des figures illustres dans ce livre ! - où il l'accuse d'avoir fait comme Camille, d'avoir tué une vie - en d'autres mots : d'avoir subit un avortement. 

On est donc envoyé sur cette piste qui reste obscure jusqu'au bout et qui confirme ce que la rumeur disait déjà. Camille est donc en partie devenue folle parce qu'elle a dû avorter de (ou des) enfant(s) de Rodin ? Peut-être en partie. 
Il y a aussi les propos du petit-fils de Jessie Lipscomb - une sculptrice qui était elle aussi élève d'Auguste et amie de Camille - qui parle du journal de sa grand-mère où cette dernière parle de l'existence d'enfants qu'auraient eu Claudel et Rodin. 


Je ne parle quasiment que de Camille et ce n'est pas anodin, c'est bien parce que j'apprécie énormément son art que j'ai souhaité lire ce livre, je voulais lever le voile autour de son existence si mystérieuse, autour de cette incarcération forcée - c'est en tout cas bien ce que c'est pour moi. 
C'est sans doute pour cela que j'ai préféré le moment où survient son internement, c'est là où tout s'assombrit, où Camille qui ne comprend pas de prime abord va finir par réaliser qu'elle ne sortira jamais, peu importe ses supplications, peu importe ses requêtes auprès des médecins, elle ne sortira pas. En grande partie parce que sa mère n'avait aucune envie de l'avoir sur le dos et parce que son frère était sans aucun doute un religieux réfractaire et égoïste. Je ne vois pas d'autres mots pour définir leur comportement, cette façon de parler d'elle comme si elle avait la peste et d'en faire le diable en personne, c'est abject. 

En tant qu'auteur, je ne sais pas si j'apprécie Paul Claudel, n'ayant jamais rien lu de lui, mais en tant que personne, il m'apparaît comme étant un être lâche et fermé d'esprit. 
Après tout, il parle lui-même de "libération" lorsqu'il apprend que sa soeur est malade et puis, le comble de l'hypocrisie survient lorsqu'il s'interroge sur ses actions après la mort de Camille. Au moment où c'est trop tard le gars se dit "ah, peut-être que j'aurais dû l'aider ?" ah, bah, peut-être qu'il aurait dû y penser avant de laisser sa soeur pourrir dans un hospice pendant 30 ans ! 
Je ne suis pas médecin, je ne suis donc pas habilitée à dire si elle devait réellement être internée ou si son délire de persécution aurait pu disparaître avec le temps, mais je ne suis franchement pas certaine qu'il y avait besoin de lui infliger toutes ces privations comme de refuser qu'on lui rende visite ou qu'elle écrive à ses amis...


Le deuxième bémol de ce livre est qu'il manque d'illustrations, on entend énormément parler des oeuvres des deux artistes puisqu'on assiste en quelque sorte à la création et à l'évolution de ces dites oeuvres et je pense que ça aurait été un vrai plus d'ajouter les sculptures dont il est fait mention. 
Bien sûr ce n'est qu'un détail là aussi, ça ne m'a pas empêché de regarder sur internet pour certaines d'entre elles, mais disons que j'aurais été comblée. 


Enfin voilà, Je couche toute nue fait partie de mes meilleures lectures de cette année et il faut dire qu'il n'y en a pas tant que ça qui s'élève à ce niveau. J'ai adoré entrer dans l'intimité de ces figures illustres, pouvoir me faire une idée de leur façon de vivre, de l'importance des commandes de l'Etat et surtout du problème que peut poser amour et travail lorsqu'on les mélange. Je l'ai refermé en ayant un sentiment d'injustice extrême pour Camille Claudel qui est passée d'artiste de génie à vieille fille folle, mais son talent transparait toujours aujourd'hui et le passage du temps n'a rien pu faire pour changer cela. 

J'ai grandement minimisé la place de Rodin dans cet article, je m'en rends bien compte, et j'en suis désolée. Mais soit je continue à écrire et on y est jusqu'à demain, soit je conclus en disant que tous les amoureux de sculpture ou d'art en général vont forcément trouver leur bonheur avec cet ouvrage rempli de sincérité, de documents authentiques, qui sont autant d'illustrations de la difficulté d'être une femme sculptrice au XXe (ou devrais-je dire sculpteur...) que d'avoir un aussi grand artiste qu'Auguste Rodin comme mentor. Ils se sont aimés et se sont déchirés. 



"Un jour que Rodin me rendait visite, je l’ai vu soudain s’immobiliser devant ce portrait, le contempler, caresser doucement le métal et pleurer. Oui, pleurer. Comme un enfant. Voilà quinze ans qu’il est mort. En réalité, il n’aura jamais aimé que vous, Camille, je puis le dire aujourd’hui. Tout le reste - ces aventures pitoyables, cette ridicule vie mondaine, lui qui, dans le fond, restait un homme du peuple -, c’était l’exutoire d’une nature excessive. Oh ! je sais bien, Camille, qu’il vous a abandonnée, je ne cherche pas à le justifier. Vous avez trop souffert par lui.[…]"
Camille/Auguste, Je couche toute nue - Eugène Blot à Camille Claudel, 3 septembre 1932.


"Je suis tombée dans le gouffre. Je vis dans un monde si curieux, si étrange. Du rêve que fut ma vie, ceci est le cauchemar."

Camille/Auguste, Je couche toute nue - Camille Claudel à Eugène Blot, 1935 ?







La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...