dimanche 31 mai 2020

Le Coin des libraires - L'Affamée de Violette Leduc

Aimer est difficile mais l’amour est une grâce.

Je ne vous présente plus Violette Leduc, je crois que depuis le temps vous avez bien compris mon profond intérêt pour cette auteure française du XXe siècle.

Je continue ma découverte de sa bibliographie. Après avoir étudié L’Asphyxie et La Bâtarde pour un cours, j’ai décidé de me plonger dans L’Affamée, son deuxième roman paru en 1948. 

L’Affamée consacre l’amour de Leduc pour son amie, l’auteure du Deuxième Sexe, j’ai nommé Simone de Beauvoir. 
Après sa rencontre qui a permis la publication chez Gallimard de L’Asphyxie dans la collection Espoir d’Albert Camus, Leduc tombe amoureuse de son amie, l’indépendante, la forte, l’intelligente Simone. 

Mais rien ne se passe comme elle l’aurait souhaité. Simone, dont on remet en cause (peut-être plus facilement aujourd’hui) l’hétérosexualité, n’éprouvait aucun sentiment pour la tumultueuse Violette. Pis, elle s’est parfois moquée du « visage ingrat » de Violette dans des lettres destinées à certains de ses proches. 



Violette n’aura eu aucune chance. Simone lui a permis de s’épanouir en tant qu’écrivain en l’encourageant à poursuivre dans cette voie, en lui prêtant de l’argent, en écrivant la préface de La Bâtarde, afin de rallier ses lecteurs et de leur permettre de découvrir son poulain. 

Mais tout ça finalement, ça passe au second plan quand on comprend l’amour ressenti par Leduc, cet amour à sens unique. 
L’Affamée raconte ce sens unique. Il raconte les longues semaines, les longues heures à attendre que « Madame » revienne d’un de ses nombreux voyages. Il raconte l’attente, les divagations d’une narratrice perdue sans son amoureuse. 

J’avais un peu peur du thème initial, je savais de quoi il en retournait puisqu’elle en parle dans La Bâtarde, et l’amour à sens unique, surtout celui éprouvé pour Beauvoir, je n’avais pas hyper envie de le découvrir.

Faut dire que Simone de Beauvoir est une de mes auteures préférées, j’adore ses livres autobiographiques, mais au fur et à mesure du temps le mythe s’est un peu fissuré pour donner à voir une autre personnalité, moins clinquante, plus réelle. 
Et puis j’ai feuilleté l’essai de Marie-Jo Bonnet, Simone de Beauvoir et les femmes, et j’y ai découvert des choses pas toujours reluisantes, comme cette partie justement assez courte autour de sa relation avec Leduc, autour du fait qu’elle la critiquait dans des lettres à ses amis… 

Bref on est pas là pour parler de ça mais bien de L’Affamée
En fait, tout ce que je dis là, c’est pour justifier le fait que je n’ai pas tant accroché que ça. J'aurais jamais cru dire ça d’un livre de Violette Leduc et c’est pourtant le cas. J’y ai retrouvé la beauté de sa plume, peut-être parfois trop précieuse comme certains aiment le rappeler, mais malgré ça l’histoire n’est pas parvenue à me captiver suffisamment pour que je passe outre les digressions, pour que j’éprouve un réel intérêt pour ce qui fait la matière du livre : un amour à sens unique, une narratrice esseulée, perdue au sein d’une ville trop grande, à la fois trop peuplée et trop vide. 

L’Affamée considérée comme « la description de l’Amour », honnêtement je pense qu’on peut repasser, ses autres livres à l’instar de La Vieille fille et le mort (je sais je vous en parle tout le temps de ce livre, mais lisez-le !!) sont, à mon sens, bien plus intéressant à découvrir. Mais comme toujours, il s'agit d'un ressenti personnel. 







mercredi 27 mai 2020

Le Coin des libraires - La Disparition de Joseph Mengele d'Olivier Guez

Couronné par le prix Renaudot en 2017, La disparition de Joseph Mengele est ce que l'on peut appeler une fiction historique. C'est-à-dire que l'auteur, Olivier Guez a fait énormément de recherches historiques concernant son personnage et à côté de cela, il a romancé différents événements, fautes d'informations ou autre. 




Si vous avez lu mon article sur Ces rêves qu'on piétine de Sébastien Spitzer, vous n'êtes pas sans savoir que ce type d'ouvrage disons hybride (puisqu'il mélange fiction et histoire) est ce qui m'intéresse le plus actuellement en littérature. Là aussi, l'auteur a choisi l'époque de la Seconde Guerre mondiale, mais celle-ci est très rapidement abordée au début et on se concentre ensuite sur la fuite de Mengele en Amérique latine. 

Le titre indique ce que l'on va suivre, mais je pensais quand même qu'il allait y avoir plus de références à la Seconde Guerre mondiale qui est le socle de toute l'histoire de Mengele, de 1945 jusqu'à sa mort, en 1979. Si vous souhaitez en apprendre plus sur les atrocités de celui qu'on a nommé "L'ange de la mort", ce n'est pas avec ce livre d'Olivier Guez que vous allez être contenté. 

Non, on suit véritablement et presque exclusivement sa fuite en Amérique. Il est rapidement fait mention de ses expériences lorsqu'il était "médecin" à Auschwitz, mais ce n'est qu'au début et je pense que c'est dans une volonté de remettre en contexte sa disparition
Et jamais, au grand jamais le lecteur aura le sentiment qu'il regrette les horreurs qu'il a commises, pour lui au nom de la science - pour nous au nom de la folie. 

Lors de ma lecture je me demandais comment c'était possible qu'un homme aussi diabolique a pu échapper à la justice, et l'auteur répond à cette question : grâce à des fanatiques du nazisme et autres partisans comme c'était le cas de Juan Perón en Argentine par exemple, et aussi grâce à un manque cruel de remords. Pas un seul instant Mengele semble regretter ses actions. Au contraire, il est carrément déçu de ne pas pouvoir poursuivre ses recherches... On est dans un sacré niveau d'inhumanité là. 


Malheur à celui qui trouble son mode de vie immuable et ordonné, emprunte un stylo, des ciseaux, un livre, déplace une chaise ou un tapis : il entre dans une fureur noire et vocifère et gémit, comme si la disparition d’un objet ébranlait le fragile ordonnancement de son existence et illustrait le néant de son immense solitude. 


Cet exil de 35 ans est l'occasion pour l'auteur de nous montrer que l'Amérique du Sud était la destination de rêve pour les nazis, suprémacistes blanc, etc. Mengele a eu de la chance, sa traque n'a pas été des plus virulentes et il a réussi à se sortir de toutes les situations avec plus ou moins d'avance. Alors oui, cette cavale lui a valu de devenir paranoïaque, de tomber malade, mais ça me paraît être une consolation trop mince comparé au fait qu'il n'a jamais été jugé pour ses actes. 
Il est mort à 67 ans. 35 ans à se cacher, certes, mais ça reste à mon sens c'est un petit prix à payer. Jamais aucun remords ; comment est-ce possible d'être si fondamentalement mauvais ? Comment c'est possible que sa famille ait pu protéger quelqu'un d'aussi abject ?

De Gênes en Argentine, de l'Argentine au Paraguay, des vacances en Uruguay puis un nouveau déménagement au Paraguay après qu'ait été demandé son extradition à l'Argentine, pour finalement terminer au Brésil où il mourra. 
Le pire là-dedans, ce n'est pas tous ces voyages, toutes ces fois où il aurait pu se faire arrêter en passant d'un pays à un autre, non, le pire c'est qu'il a pu utiliser sa véritable identité, il a pu récupérer son certificat de naissance pour avoir des papiers, il a pu vivre sous son propre nom et c'est ça qui semble impossible. 

Une histoire avec des longueurs, beaucoup de références historiques concernant la situation politique des pays dans lesquels il a vécu (principalement en Argentine où il est souvent question du régime péroniste) qui sont lourdes. En tout cas toutes les fois où j'ai décroché, c'est à cause de ces longs développements qui ne concernent qu'indirectement le personnage qui nous intéresse. 
À la fin de ma lecture, l'image que j'ai gardé de l'ange de la mort est pathétique. Cet homme a été pitoyable jusqu'à son dernier souffle, un être fragile et méprisable qui a eu la chance d'être bien entouré, d'avoir une famille qui l'a aidé jusqu'à la fin.
Bref, certains passages sont carrément pitoyables, notamment lorsqu'il se retrouve tout seul, qu'il a peur d'être démasqué, etc. et même si on sait très bien qu'il n'a jamais été attrapé, on se prend à l'espérer très fort, rien que pour se dire qu'il y a une justice, du moins sur le papier. 


Une lecture un tantinet décevante, j'aurais aimé qu'il soit plus souvent fait mention de ces activités en tant que médecin à Auschwitz durant quasiment deux ans, même si le titre indique déjà que ce qui compte, c'est l'après guerre. Un titre d'ailleurs parfaitement choisi puisqu'il n'a pas seulement pris la fuite, il a carrément disparu pour tous ceux qui tentaient de le retrouver. Un roman important qui permet d'en apprendre énormément sur cette cavale qui dura 35 ans et qui me semble être injustement méconnue. 


Puissent-ils rester loin de nous, les songes et les chimères de la nuit. 
Méfiance, l’homme est une créature malléable, il faut se méfier des hommes. 







dimanche 24 mai 2020

Le Coin des libraires - Dernières lettres de Montmartre de Qiu Miaojin

Qiu Miaojin était une écrivain taïwanaise. Rêvant de la France et en particulier de Paris, elle y est venue pour ses études au début des années 1990. En 1995 elle se suicide, quelques temps après avoir achevé l’écriture de Dernières lettres de Montmartre

La préface de ce livre est écrite par Hélène Cixous, féministe et femme de lettres. 
Cette préface, qui aurait dû être exceptionnelle, m’a refroidie. 
Je ne comprenais pas où Cixous voulait en venir, je me suis emmêlée dans les noms, bref, ça commençait mal. 

Le début aussi il commençait mal (mais le début seulement). 




Zoé, la narratrice-protagoniste est double de l’auteure s’adresse à différentes personnes dans des lettres qui, pour le lecteur, demeurent sans réponse. Ce livre est un ovni, une célébration de son amour pour Xu autant que l’aveu de sa douleur. La séparation d’avec Xu : un crève-cœur. 
Que l’on ne s’offusque pas de la mention présente en tête du livre : ce roman n’a rien de linéaire. Fragmenté, éclaté, chaque lettre peut être lue indépendamment des autres, même si certaines sont directement liées (d'où l'importance des dates). 

Les Dernières lettres de Montmartre sont un objet atypique, un livre original où l’on ne sait très bien si Qiu Miaojin y raconte sa vérité ou si ce ne sont que des appels à l’aide, des déclarations d’amour perdues ou évanouies.

Trop sensible, trop rêveuse peut-être. 
Ou alors simplement trop meurtrie ? 
Depuis la lecture de ce livre je me le demande : pourquoi Qiu Miaojin en est-elle venue à ça ? pourquoi a-t-elle choisi de s’ôter la vie à l’aide d’un couteau de cuisine ? 
C’est à n’y rien comprendre.

Ou alors ces dernières lettres sont une possibilité de compréhension, un moyen d’effleurer un semblant d’explication ? Peut-être bien que oui. Ou alors pas du tout. 

J’ai personnellement choisi de voir dans ce livre des allures d’autobiographie. 
Le quotidien parisien, le lien avec Taïwan, l’amour à sens unique. L’amour lesbien. 
C’est un élément central de cette oeuvre l’amour de la narratrice pour les femmes, cette libération sexuelle effectuée par la littérature est tabou dans son pays natal à cette période.

Xiaoyong, cette souffrance qui m’accable jour et nuit n’a pas pour cause un malentendu avec le monde, ni les douleurs d’un corps en déroute ; elle provient de la fragilité de mon âme et des blessures qu’elle a subies. Je souffre de tout ce mal qu’on m’a fait, je pleure tout ce que j’aurais pu donner, aux autres, et au monde, alors que je suis dans l’incapacité de rendre ma propre vie un peu meilleure. Le tort n’en revient pas au monde, mais à nos âmes fragiles, nous ne savons pas nous soustraire aux blessures que le monde nous inflige, nos esprits en tombent durablement malades.

Dernières Lettres de Montmartre cri à la planète l’amour homosexuel, l’amour d’une femme pour une autre, l’amour jusqu’à la haine, jusqu’à la destruction totale. 

Comme souvent dans ces cas-là, les motifs de la mort de l’écrivain sont obscurs, le lecteur peut choisir de laisser les ombres là où elles sont, ou bien de creuser dans les écrits pour tenter d’en trouver un semblant d’explication. 
Finalement, ce choix revient à chacun et l’attrait possible que l’on peut éprouver face à cet ovni littéraire, c’est justement son originalité, son aspect éclaté pour traduire d’un état d’esprit, d’une relation amoureuse vaine. 

Ce roman est hors norme dans le fond comme dans la forme. Je suis contente d’avoir découvert cette belle âme qu’était Qiu Miaojin et ce, encore une fois grâce aux éditions Noir sur Blanc et à leur sublissime collection Notabilia. 


À savoir : les éditions Notabilia publient le premier roman de l’auteure intitulé Les Cahiers d’un crocodile. Sortie décalée suite au Covid, je crois qu'il est reporté à fin décembre mais à confirmer ! 


Je rêve de retrouvailles, j’ai le coeur qui tangue, pour l’apaiser, il n’y aurait que ma tête posée sur ta poitrine…




mercredi 20 mai 2020

Le Coin des libraires - Mémoire de fille d'Annie Ernaux

Auteure contemporaine prolifique, Mémoire de fille est ma première rencontre avec Annie Ernaux. Pourtant j'ai longtemps voulu la découvrir, en grande partie pour la dimension autobiographique présente dans bon nombre de ses ouvrages. 

J'ai choisi ce livre pour son titre (à la base je voulais surtout découvrir La place, mais je ne l'ai pas trouvé donc j'ai choisi celui-ci) : Mémoire de fille. Ça m'a évidemment fait penser au premier volet autobiographique de Simone de Beauvoir, mais pour moi, la comparaison s'arrête ici. 




Je ne m'attendais pas à ça. Ça, c'est le va et vient entre le passé, lors de l'été 1958 où l'auteure a 18 ans et le présent de l'écriture, celui du regard rétrospectif donc. Si ce n'était que ça, ça passerait encore, mais non, en fait ce qui m'a le plus gêné, c'est sans doute la narration, l'entremêlement de paragraphe où l'auteure utilise le je (= voix de l'auteure) et de paragraphe où il est question d'elle (= l'auteure, lorsqu'elle était à la colo en 58). 
On est confrontés aux réflexions de l'auteure qui vient décortiquer l'événement ou apporter un point de vue. Elle se met littéralement à nue dans son ouvrage, elle décrit tous ses espoirs et peines survenus lors de ce fameux été. 

La démarche auctoriale est très intéressante - même si c'est toujours très mégalo d'écrire un bouquin qui va s'attacher à revenir sur un événement personnel et en parler ; certains diront que l'écriture n'est pas une psychanalyse - même si je pense qu'il est préférable de lire ce livre quand on en a lu d'autres d'elle. Ça permet de savoir déjà si on aime le style de l'auteure, et en plus d'avoir une petite idée de ce à quoi on va être confronté.

Il n’y a pas de pensée en elle. Elle n’est que mémoire de leurs deux corps, de leurs gestes, de ce qui a été accompli — qu’elle l’ait voulu ou non. Elle est dans l’affolement de la perte, dans l’injustifiable de l’abandon.

Un des points forts de l'histoire c'est d'avoir une idée de l'enfance d'une fille à la fin des années 50. Les aspirations, les interdits. Le besoin d'être accepté, de faire partie d'un groupe. Ce moment dans la vie de l'auteure a été décisif, sans doute a-t-elle attendu des années avant d'écrire dessus, et on sent qu'elle y a réfléchi. Peut-être même un peu trop. J'ai eu l'impression de me heurter trop souvent aux mêmes réflexions. 

Et puis il y a mon côté sceptique qui se montre et qui pense qu'elle a peut-être aussi brodé son récit. Qu'elle a ajouté des détails signifiants pour porter son récit passé. Je ne sais pas, mais c'est possible et cette interrogation s'ajoute à celle de la légitimité. Pourquoi écrire un ouvrage sur soi et pour soi ? Mémoire de fille n'est-il pas, finalement, un ouvrage centré sur une expérience traumatique devenue tabou ou simplement mise de côté durant des années ?

Étrange douceur de la consolation rétrospective d’un imaginaire qui vient réconforter la mémoire, briser la singularité et la solitude de ce qu’on a vécu par la ressemblance, plus ou moins juste, avec ce que d’autres ont vécu au même moment. 

Je crois bien que mon avis n'est pas encore tout à fait tranché. J'ai aimé pour l'originalité, la démarche, et paradoxalement, j'ai bien moins apprécié pour les mêmes raisons. Je n'ai pas trouvé l'écriture d'Annie Ernaux particulièrement poétique, j'ai trouvé qu'elle s'apparentait à la plume journalistique parfois. La distanciation instaurée par le récit présent ne permet pas d'inciter une quelconque envie de découvrir "la fille de 58". Certaines questions sont vraiment intéressantes, notamment celles où elle s'interroge sur le fait d'écrire sur elle qui n'est plus elle. 

Et pourtant, il n'y a pas de coup de coeur, d'excellente lecture. Non, Mémoire de fille est pour moi (pour l'instant en tout cas) une lecture normale, rien de bien extraordinaire en somme. Ce n'est pas une lecture inoubliable. Elle aurait pu être fantastique, mais je trouve qu'elle est vraiment trop autocentrée, qu'ai-je appris si ce n'est quelques détails sur les moeurs en France en 1958 ? 
Je ne désespère pas, j'aimerais lire un autre ouvrage d'Annie Ernaux, simplement pour me faire un véritable avis sur cette auteure reconnue. Peut-être que le problème réside justement dans le fait que j'ai commencé par ce livre, et selon certains admirateurs de l'auteure, ce serait en quelque sorte une des clés de son oeuvre ou quelque chose comme ça.

Comment sommes-nous présents dans l’existence des autres, leur mémoire, leurs façons d’être, leurs actes même ? Disproportion inouïe entre l’influence sur ma vie de deux nuits avec cet homme et le néant de ma présence dans la sienne.







dimanche 17 mai 2020

Le Coin des libraires - La maison Tellier et autres nouvelles de Guy de Maupassany

Maupassant est un de mes auteurs favoris, c’est un secret pour personne. Ses nouvelles m’ont réconcilié avec le genre et ses romans traitent toujours de sujet passionnants. 
Bref, Maupassant, c’est un peu (avec Zweig quand même), LE romancier et nouvelliste que j’aurais aimé pouvoir rencontrer. Son tempérament fragile, la place de la folie dans ses écrits et dans sa vie… définitivement cet auteur me fascine et j’essaie, doucement mais sûrement, de découvrir l’intégralité de sa prose. 

Après avoir lu Fort comme la mort que je recommande à 1000%, j’ai découvert le recueil La Maison Tellier. Il se compose de 9 nouvelles et est enrichi de commentaires. 

Ce fut comme un éclat de lumière illuminant d’un seul coup toute l’étendue de son malheur ; et la rencontre de ce souffle errant le jeta dans l’abîme noir des douleurs irrémédiables. Il sentit son coeur déchiré par cette séparation sans fin. Sa vie était coupée au milieu ; et sa jeunesse entière disparaissait engloutie dans cette mort. 
(nouvelle : En famille


J’ai trouvé les nouvelles assez inégales. Par exemple, la nouvelle éponyme ne m’a pas franchement emballée, je crois même qu’il s’agit de celle qui m’a le moins intéressée. Pourtant, il s’agit de la nouvelle réaliste la plus connue de l’auteur, après Boule de Suif — une autre nouvelle que j’avais trouvé intéressante, mais pas hyper agréable à lire. 

La Maison Tellier met en scène une maison close fermée pour cause… d’enterrement. Il s’agit, ni plus ni moins, de faire des femmes des saintes et non plus des prostituées. 




En revanche j’ai adoré Le papa de Simon. Chez Maupassant, la conclusion est souvent amer, difficile et malheureuse. Ici c’est l’inverse, cette nouvelle est rapprochable du conte pour enfants. Comme c’était agréable de suivre un personnage positif et pour lequel tout se passe bien ! 
Cette nouvelle tient une place particulière dans mon esprit car elle est vraiment l’une des rares qui ne soit pas pessimiste. 

Je ne vais pas aborder les nouvelles une à une, je préfère vous laisser les découvrir. Mais enfin, je peux dire que j’ai aimé Les Tombales et Histoire d’une fille de ferme

« Me voici donc entrant dans le cimetière Montmartre, et tout à coup imprégné de tristesse, d’une tristesse qui ne faisait pas trop de mal, d’ailleurs, une de ces tristesses qui vous font penser, quand on se porte bien : ‟Ça n’est pas drôle, cet endroit-là, mais le moment n’en est pas encore venu pour moi…‟ 
« L’impression de l’automne, de cette humidité tiède qui sent la mort des feuilles et le soleil affaibli, fatigué, anémique, aggravait en la poétisant la sensation de solitude et de fin définitive flottant sur ce lieu, qui sent la mort des hommes. 
(nouvelle : Les Tombales)

La dernière démontre bien la dure réalité de la vie pour les jeunes domestiques qui étaient souvent engrossées puis abandonnées par un homme qui refusait de leur passer la bague au doigt. Même si la conclusion est assez positive, la nouvelle, elle, est grinçante. 

Mais alors, en son coeur si longtemps meurtri, se leva, comme une aurore, un amour inconnu pour ce petit être chétif qu’elle avait laissé là-bas ; et cet amour même était une souffrance nouvelle, une souffrance de toutes les heures, de toutes les minutes, puisqu’elle était séparée de lui. 
(nouvelle : Histoire d'une fille de ferme)

Toutes les nouvelles valent le détour, elles nous apprennent un tempérament, une pratique propre au 19e ainsi que leur état d’esprit. On retrouve la plupart des thèmes chers à l’écrivain comme la prostitution, l’angoisse, la pauvreté, l’adultère, ou encore le refus de paternité — il sait de quoi il parlait puisqu’il n’a jamais reconnu ses enfants...

Pas de coup de coeur ici, mais un grand enthousiasme pour la plupart des nouvelles qui constituent le recueil. Petit bémol pour La Maison Tellier comme je le disais, mais sinon le choix des nouvelles de ce recueil est judicieux car il y en a pour tous les goûts. 
Alors oui il n’arrive pas à la cheville de mes deux recueils favoris jusque-là : Contes du jour et de la nuit et Contes sur le suicide, mais une fois encore j’ai passé un moment délicieux en compagnie de Maupassant. 









mercredi 13 mai 2020

Le Coin des libraires - La nuit introuvable de Gabrielle Tuloup

Voici une de mes lectures improbables de l'année 2018 (j'ai perdu cet article dans les méandres de mon ordinateur, le voici donc !). L'auteure m'était inconnue, tout autant que son premier roman, La nuit introuvable. Ayant été bénévole durant le salon du livre de ma ville, j'ai assisté à une rencontre où l'auteure parlait justement de son roman. Il ne m'en a pas fallu beaucoup pour me convaincre. 




Deux personnages, Nathan et sa mère, Marthe. Le roman étant assez court, on entre très vite dans l'histoire. Nathan est un être qui semble vivre de manière solitaire depuis longtemps maintenant, et plus encore depuis la mort de son père. N'ayant jamais eu une vraie relation avec sa mère ils ont vite perdu le contact. Qu'elle n'est pas sa surprise le jour où il reçoit un coup de fil d'une voisine de sa mère. 

Le récit à deux voix est enclenché. On va suivre d'un côté le présent, lorsque Nathan apprend que Marthe est atteinte d'Alzheimer et qu'elle a exprimé une volonté : son fils doit lui rendre huit fois visite. Huit visites où, à la fin, on lui remettra une des huit lettres qu'elle lui a laissé. 
C'est une manière de s'expliquer, de se dédouaner peut-être, mais surtout c'est une façon de prouver son amour pour ce fils qu'elle n'a jamais réellement chéri sans raison, du moins, en apparence. Le passé est bien évidemment celui de Marthe, celui de ses lettres. Comment était son enfance, sa propre mère, comment elle a rencontré son père, etc. Chaque lettre permet d'en apprendre plus sur cette femme, protagoniste au même titre que Nathan, mais protagoniste fantomatique. 

Durant tout le roman on a l'impression que Marthe n'est déjà plus qu'une ombre, un être qui se transforme en fumée au fur et à mesure de la lecture. 
Je pense que ce sentiment que j'ai ressenti à l'égard de Marthe est tout à fait normal. Elle est atteinte d'Alzheimer après tout. 

Depuis quelque temps la vie est parfois un peu floue. J’ai du mal à distinguer hier d’avant-hier, et les mots qui ont une consonance proche prennent un malin plaisir à jouer à cache-cache les uns dernière les autres. 

C'est justement ce qui m'a intéressé quand j'ai entendu parler du livre : l'utilisation de cette maladie incurable. Si vous me lisez régulièrement vous savez forcément que la mémoire, les souvenirs, l'oubli sont des sujets de prédilection, j'adore lire des livres autour de ces thèmes, il m'est donc apparu évident de lire cet ouvrage. 
Et je n'ai pas été déçue. Comme je le disais plus haut, on entre directement dans l'histoire. On suit à la base un personnage assez antipathique (ce qui ne m'a pas du tout étonné), mais on sent bien qu'il s'agit d'un homme en peine, seul et perdu. 

J'ai dévoré ce livre parce que je voulais en savoir plus. Pas sur Nathan, mais sur sa mère. Marthe est un personnage fort, elle est au centre du récit, au centre de l'écriture de l'ouvrage aussi je pense. L'auteure a crée un personnage complexe et complet. Si je me suis attachée à Nathan, notamment grâce à son enfance assez difficile auprès de sa mère, je me suis encore plus identifiée à Marthe que j'ai trouvé extrêmement forte tout au long de son récit. Cette force qui transparaît de ses lettres est mise en balance avec la fragilité du personnage, le besoin d'autrui sous peine de se blesser (je pense au passage où ils se promènent au Luxembourg par exemple), la nécessité de continuer à vivre une vie qui n'est plus la sienne lorsque l'on oublie tout.

Moi aussi, Nathan j’ai mes sillons et mes parcelles disparues trop tôt. Je signe un bail avec l’oubli, mais qui gardera la mémoire de mes biens, de mes compromis, de mes dédits ? Il ne reste déjà qu’un bien maigre territoire de mon passé. Tout file. Ton père est mort et tu es parti loin. À moins que ce soit moi qui n’aie jamais pu être proche.
Je ne veux surtout pas emporter mon secret. Mes vices cachés le sont au pli d’une ride mais les caresses de Jacques ne me lisent plus. Ton père avait de ces mains qui savent quand la peau braille d’avoir eu mal quelque part. Le corps qu’on n’aime plus se tait doucement. 

Et puis il y a cette fin... tellement déchirante. 

Rien que d'y repenser j'en ai le coeur qui se serre. On s'y attend et pourtant ça reste douloureux.
J'ai adoré cet ouvrage, j'ai aimé Nathan et Marthe pour ce qu'ils sont, des membres d'une famille dysfonctionnelle, des êtres qui s'aiment outre mesure mais qui ne sont jamais parvenus à se le montrer. Était-il trop tard ? Non, je ne crois pas. 

Si j'ai autant aimé cette lecture c'est en grande partie grâce à la plume de l'auteure qui est absolument magnifique, à la fois poétique et débordante de simplicité. 
Dans tous les cas cet ouvrage aura été une grande surprise et je ne regrette absolument pas de l'avoir lu, d'avoir pu le faire dédicacer. Il prend une place particulière dans ma vie de lectrice et j'en suis très heureuse. 

La maladie avait maintenant fait de ma mère une veille dame fugueuse, qui s’écorchait les jambes et les ongles à gratter à la porte de ses souvenirs et qui vérifiait vingt fois les poches de sa robe de chambre pour y retrouver sa mémoire. Mais les poches étaient vides.







dimanche 10 mai 2020

Le Coin des libraires - Le Léopard (#8 Harry Hole) de Jo Nesbø

J’ai découvert Harry Hole par le biais du Bonhomme de neige, le volume n°7 de la saga. J’avais beaucoup aimé et alors j’avais profité de l’opération spéciale de Folio pour me procurer les autres titres et ainsi les relire dans l’ordre. 

J’ai même relu Le Bonhomme de neige histoire de l’avoir bien en mémoire — pourtant c’est une chose que je fais très rarement, relire des livres, et vous ?

Après l’avoir relu, j’étais super pressée de me plonger dans la suite, le tome 8, intitulé Le Léopard
Malgré les presque 900 pages, j’ai pas hésité un instant. Si cette enquête était à la hauteur des autres, je n’allais pas m’ennuyer. 




Et effectivement je ne me suis pas ennuyée du tout ! C’était un vrai délice à vrai dire. 
J’ai dévoré le bouquin si rapidement… Faut dire que quand je ne le lisais pas, je pensais aux moments où je pourrais le lire. Oui, Le Léopard a été ce genre de lecture. 

Bon pour faire un petit topo, on retrouve notre fidèle inspecteur Harry Hole à Hong-Kong. Il a décidé de démissionner après l’enquête du bonhomme de neige. 
Premier point positif, le fait que Jo Nesbø fait souvent voyager son personnages, il y a eu l’Australie, la Thaïlande et voilà qu’il s’agit de Hong Kong, et ensuite du Congo ! 

On peut avoir le sentiment d’une forme de ressassement : Harry boit, il ne boit plus, Harry travaille pour la police d’Oslo, Harry veut démissionner. 
Il y a de ça, et il y a aussi tout ce qui fait de ce personnage un des plus attachants : sa fragilité, sa solitude, son addiction, son ras-le-bol. 

Après tout, si on passait tous des années à arrêter des tueurs en série et autres détraqués, nous aussi on serait pas un peu désabusé ? 

Le personnage inventé par Jo Nesbø est l’un de mes préférés dès lors qu’il est question de polar, en grande partie pour toutes ces hésitations justement. Cette nécessité de sortir de la police, de s’inventer une vie normale, du moins qui le serait assez pour lui permettre de partager sa vie avec quelqu’un. 

Il songea à quel point tout était vulnérable, à la quantité de choses qui pouvaient être détruites en un instant. C’était ça, la vie : la destruction, la dégradation de quelque chose de parfait au départ.

Bref passons. Harry est donc à Hong-Kong, mais voilà qu’il a des problèmes, et qu’on a besoin de lui à Oslo, asap. 
On fait donc la connaissance d’un nouveau visage, celui de Kaja Solness, venue spécialement pour rapatrier Harry en Norvège. 

Au début on se dit, comme je le disais plus haut, que le schéma est le même que dans beaucoup d’autres polar : le flic désabusé qui se noie dans l’alcool pour oublier les horreurs et sa solitude. Et puis rapidement, comme toujours avec les livres de Jo Nesbø on comprend que ce manque d’originalité est en réalité un des éléments qui fait la grandeur du livre. 

Le rythme est soutenu, entre cul-de-sac et indices permettant d’avancer dans l’enquête. D’ailleurs l’enquête elle-même n’est pas le seul élément important, on retrouve aussi la lutte entre les polices qui tient une place de choix dans cet opus. Un moyen d’ancrer un peu plus dans la réalité. 

Et comme toujours l’auteur ne ménage pas son héros. Une fois encore il le chahute, l’entraîne plus bas que terre pour nous en faire un personnage puissant et profondément attachant. 

On n’a pas le temps de s’ennuyer avec Le Léopard. Presque 900 pages de pure folie. 900 pages pour raconter une enquête effrénée, pour dire des rivalités, pour nous entraîner sur trois continents différents et ainsi, espérer venir à bout de ce malade qui tue des femmes et les laisse, baignants dans leur sang. 


Vous l’aurez compris une fois encore Jo Nesbø m’a enthousiasmée. Savoir qu’il me reste encore quatre volets à découvrir c’est vraiment la cerise sur le gâteau parce que cette saga est sans doute l’une de mes préférés, sans doute ex aequo avec la merveilleuse saga de Dennis Lehane, celle qui met en scène le couple Kenzie/Gennaro. 

Pendant quelque temps, il pouvait n’être que sourire et rire, c’était comme si le soleil l’accompagnait. Si tu avais des problèmes, ils disparaissaient presque quand il arrivait, comme… oui, comme de la buée au soleil. Et pendant les périodes sombres, c’était le contraire. Tout devenait silencieux autour de lui, il planait une espèce de tragédie en devenir, et on l’entendait dans son silence. Musique mineure. Belle et épouvantable en même temps, tu comprends ? Mais c’était comme si du soleil s’était accumulé dans son regard, ses yeux continuaient à rire.







mercredi 6 mai 2020

Le Coin des libraires - Le bon fils de Denis Michelis

N°27 des Notabilia, et accessoirement le deuxième roman de Denis Michelis, mais le premier a être publié chez Noir sur Blanc - le deuxième, État d'ivresse est paru début janvier 2019. Le bon fils est un ouvrage qui m'a longtemps fait de l'oeil, j'ai fini par craquer et me plonger dedans. 

Je commence à en avoir lu des livres de cette collection mine de rien. J'ai mes grands favoris les romans de Gaëlle Josse, ceux de Sam Savage, À tout moment la vie de Sam Malmquist (mon premier de cette collection est véritablement l'un des meilleurs !!) et d'autres encore, et puis il y a ceux que je pensais vraiment aimer, et qui ne m'ont finalement pas vraiment touché. Dans cette catégorie, il y a trois ouvrages : La condition pavillonnaire, N'oublie pas s'il te plaît, que je t'aime et La mer de la tranquillité
Du coup maintenant quand je commence un roman de cette collection, j'essaie de partir sans à priori, il y en a que je peux aimer, d'autres, moins.




Le bon fils compte parmi les excellentes découvertes. J'ai adoré cet ouvrage si bien que je l'ai lu en deux petits jours. Dès que j'avais ne serait-ce que dix minutes de liberté, je le lisais. L'histoire, l'humour parfois grinçant de Denis Michelis, j'ai tout aimé. 

Le roman est découpé en trois parties appelées actes, comme au théâtre. On suit d'abord la relation entre Albertin et son père depuis qu'ils ont déménagé à la campagne suite au divorce des parents. De sa mère, on ne sait rien excepté qu'elle ne voulait plus de lui. Elle aussi a baissé les bras. 

Le bon fils, c'est tout bêtement l'histoire d'Albertin devenu Constant. Un adolescent qui n'est pas bon à l'école, qui n'a pas d'ami, bref qui est tout seul et qui, en plus, a la fâcheuse habitude de parler aux arbres. C'est tout naturellement que son père va décider d'inviter Hans, un de ses amis d'enfance pour s'occuper de l'éducation de son fils. Comme son ex-femme, lui aussi à tout essayé et pas moyen, Albertin est un cas désespéré, jamais il ne sera un bon fils. 


Mais voilà que Hans va faire des merveilles, il va prendre en main l'éducation du jeune Constant qui va devenir populaire grâce à son "père" trop cool qui vient le chercher en voiture, ou parce qu'il commence à obtenir de bons résultats au lycée. Miraculeusement, Constant devient un bon fils, il se voue à Hans qui possède une large part d'ombre. Détenteur des clés de la cave (on défend à Constant d'y aller) il est une sorte de gardien, mais pas un gardien très positif.

Après que le père ait donné Albertin en cadeau à Hansi (on se passe de commentaire haha !), celui-ci va prendre sa tâche très à coeur et va choisir d'éduquer Constant de la seule manière possible : avec la violence. En relisant ma phrase, je comprends à quel point c'est loufoque, comment un père peut-il donner son fils comme on donne du sel ? Le sujet est sérieux, mais il est parfois abordé de manière légère et complètement barrée. C'est ce mélange qui fait le point fort de l'ouvrage. Sur la quatrième, il est fait mention de "tragi-comédie" et en effet, je trouve qu'il n'y a pas de terme plus adéquat pour qualifier ce roman qui s'apparente quelques fois au théâtre, par exemple quand Albertin parle à son arbre, on a le sentiment qu'il se confie au lecteur dans une sorte de monologue. 
Ces monologues sont importants, il remplace en quelque sorte la mère absente, il est le confident, celui qui protège et qui empêche de devenir un bon fils.

Et il y a la fille aux boutons d'or, celle qui n'hésitera pas à le qualifier de "malade mental", qui lui dira qu'il n'y a pas de "Hans + son père", qu'il n'y a que lui, Constant, et son père. Ça nous interroge pas mal sur la place de Hans, son rôle et son existence. Sur la question du dédoublement de personnalité. D'un côté il y a le père, effacé et impuissant et de l'autre, il  y a Hans, libre, charmeur et violent. L'inaction contre l'action. Le coup de théâtre final n'en est pas vraiment un et on est forcé de s'interroger sur ce qu'est être un bon fils. 

Sans doute est-ce la base pour devenir un bon employé, un bon mari, un bon homme, base fondamental aujourd'hui pour réussir dans la vie. C'est donc en quelque sorte une critique acerbe de la pression scolaire, de l'éducation des parents qui abandonnent leurs enfants une fois que l'échec pointe le bout de son nez ou qui, au contraire, deviennent violent ou menaçant envers leurs enfants. C'est aussi l'occasion d'aborder la relation complexe qu'il y a entre un père et son fils. La nécessité d'être fier tout en s'émancipant totalement. 
Constant s'est émancipé, il a changé de nom, de père, de mère, il est désormais libre de ses choix. Capable d'être un bon fils, il sera capable d'être un bon homme. 


▣ Une lecture unique, fascinante pour son propos et sa construction, l'écriture parfois comique, parfois acerbe de Denis Michelis ajoute une perpective en plus à cette histoire déjà passionnante. 










dimanche 3 mai 2020

Le Coin des libraires - L'Épouvanteur XVI : L'Héritage de L'Épouvanteur de Joseph Delaney

J’ai repoussé au maximum, j’ai attendu attendu attendu. 

Mais n’en pouvant plus d’attendre, j’ai craqué. 

Ça va, entre temps j’ai appris que Joseph Delaney écrivait une nouvelle histoire où Tom revient. Il ne sera plus le protagoniste, mais je prends ce qu’il y a à prendre ! 




Dans cet ultime volet les forces Kobalos risquent de devenir invincible si leur dieu Talkus parvient à récupérer l’intégralité de son âme. L’enjeu est donc de le vaincre avant. 

Je vais faire court pour ce tome, en particulier parce que c’est le dernier et que je ne veux spoiler personne.

J’ai juste envie de dire que je l’ai dévoré
Il y a des moments auxquels je ne m’attendais mais alors pas du tout. Je suis restée pantoise parfois, c’est dire que l’auteur arrive encore à m’étonner ! 

J’avais peur d’être déçue avec ce tome, surtout parce que c’est le dernier alors forcément la barre était haut. 
La barre était haut et il a fallu que quelques pages pour que je sois de nouveau pleinement dedans, aux côtés de mes personnages préférés. 

Ce volet est à mon sens à la hauteur de toute la saga, il y a des rebondissements, des retournements de situation, des morts, des survivants, bref l’Héritage de l’Épouvanteur conclut sur une belle note. 

La fin sonne véritablement comme la fin, et même si Tom va nous revenir par le biais de la nouvelle série (intitulée Brother Wulf en VO, sortie le 16 avril — donc je pense qu’il paraîtra d’ici l’année prochaine chez Bayard), on sent bien que ce ne sera pas pareil. 
Ce 16e tome conclut la fin d’un cycle, d’un personnage, mais non pas d’un univers.

L’Epouvanteur fait véritablement partie de ces sagas jeunesse absolument géniales ! J’ai passé des moments formidables en compagnie de ces personnages, de ces intrigues. J’ai découvert le personnage d’Alice qui est pour moi l’une des sorcières les plus badass que j’aie pu voir - avec Grimalkin évidemment ! 

Pour moi L’Épouvanteur c’est la magie de la fantasy, l’évasion, et la promesse sans cesse renouvelée que non, la fantasy n’est pas uniquement destinée aux enfants/adolescents, que les adultes aussi, ils peuvent y trouver leur compte. 

C’est toujours un peu triste de dire au revoir à des personnages que l’on a suivi durant plusieurs années. Heureusement je me console avec la nouvelle série de Joseph Delaney, Aberrations. J’ai eu la chance de recevoir le premier volet l’année dernière par Babelio, le deuxième vient de sortir, mais je n’ai pas eu le temps de me le procurer avant le confinement… ce n’est que partie remise ! 







Thérèse Raquin d'Emile Zola

É crit trois ans avant de se lancer dans la grande entreprise que représente les Rougon-Macquart, Zola fait de Thérèse Raquin une sorte d’...