samedi 15 septembre 2018

Le Coin des libraires - #111 N'oublie pas, s'il te plaît, que je t'aime de Gaétan Soucy

Je crois bien que N'oublie pas, s'il te plaît, que je t'aime de Gaétan Soucy est mon premier roman canadien, plus particulièrement québécois. Et malheureusement il s'agit aussi de ma première (petite) déception de la collection Notabilia.


Gaétan Soucy se voyait dans N’oublie pas, s’il te plaît, que je t’aime en archéologue amoureux qui explore l’idéal humain. Il y mesure, examine, interprète, remue, soulève les couches concentriques des sentiments. À cette longue lettre d’un professeur à son étudiante, Gaétan Soucy souhaitait donner une réponse, que sa mort précipitée à l’été 2013 a laissé à l’état d’esquisse. Mais l’idée était lancée. C’est donc à son initiative que Suzanne Côté-Martin, Pierre Jourde, Catherine Mavrikakis et Sylvain Trudel se sont prêtés au jeu d’imaginer une réponse, en se glissant tour à tour dans la peau de l’aimée. Ce livre curieux en hommage à G. Soucy se veut d’abord et avant tout une célébration de l’écriture : car c’est bien sur la rive du littéraire que cet amour sourd et aveugle, obtus, déchiré, affolant et furieux a rejeté l’écrivain un temps frappé de silence.


Comme vous le savez sans doute maintenant, je souhaite acquérir tous les livres de cette collection, et donc forcément, tous les lire. Désormais la collection s'étend à une quarantaine, j'en possède les trois quarts et j'en ai lu à peu près un quart - je me suis fixée le challenge d'en lire un par mois en 2018, pour le moment, je tiens le bon bout !

Il est évident que certains me font plus envie que d'autres, que ce soit pour leur auteur, leur titre ou encore leur couverture. Également, je lis généralement le résumé de ceux que je ne connais pas pour me faire une petite idée. Pour N'oublie pas, s'il te plait, que je t'aime, je dois dire que j'ai été intriguée par la couverture et le pitch du livre.

J'aime assez les romans épistolaires donc déjà ça partait bien, et pourtant j'ai rapidement déchanté. Le gros point noir, c'est la tournure des phrases de l'auteur. La lettre du professeur fait à peine une soixantaine de pages, et pour moi, c'était déjà trop.
Tout du long, j'ai eu le sentiment que le protagoniste, Philippe, s'écoutait parler. La façon dont il a besoin de montrer à Amélie que lui sait mieux, que lui a l'expérience, que lui a raison, j'ai trouvé ça hyper autocentré, à la limite du pédantisme.

Je m'attendais à une lettre incandescente, à une ode à l'amour, à cette jeune femme, Amélie, étudiante, amie, amante, je n'ai rien trouvé qui s'en rapproche. Au contraire c'était pour moi très scolaire dans le sens où chacun a sa propre place, l'enseignant sait forcément mieux que l'étudiante, il est donc normal qu'il sache aussi ce qui est mieux pour elle visiblement.
Cette façon de forcer les choses, de tenter d'amener Amélie à penser comme lui parce que c'est soi-disant la bonne façon de voir, ça m'a gêné.


N'oublie pas, s'il te plaît, que je t'aime de Gaétan Soucy, collection Notabilia.


Je crois qu'il est bon de préciser que ce n'est pas la plume de l'auteur que je n'ai pas aimé, au contraire, celle-ci est plutôt agréable, parfois difficile à comprendre (j'ai dû chercher certains mots dans le dico), donc globalement plaisante. Non vraiment ce qui m'a dérangé c'est la façon dont Philippe s'adresse à Amélie, cette façon de mettre en avant sa science infuse en quelque sorte. Clairement, j'ai trouvé ça dommage et à des années lumières de l'amour tel qu'il doit être - consenti, libre et passionné (c'est véritablement le seul élément que j'ai retrouvé dans cette lettre).

Je comprends le besoin de faire comprendre à un être que l'on aime le pourquoi du comment, mais j'estime qu'il faut que ce soit une démonstration éclairée et non pas un simple prétexte pour se mettre en avant et justifier ses idéaux au dépend de l'autre.

J'aurais aimé avoir une vraie réponse de la part d'Amélie, une réponse qui soit écrite par Gaétan Soucy lui-même. Malheureusement il est décédé avant d'avoir pu l'écrire, ce qui fait de ce livre une oeuvre inachevée.
Et c'est là que je vais développer le point fort de ce livre : la pluralité des voix.
Et ce, grâce à cette proposition de l'éditeur aussi originale qu'excellente : proposer à cinq autres auteurs d'imaginer la réponse d'Amélie. Cette idée est top parce qu'elle donne un autre relief à la lettre de Philippe, elle permet de découvrir les différentes interprétations que l'on peut déduire du texte de Soucy et c'est vraiment ce qui m'a permis de sauver ma lecture.

J'ai particulièrement aimé deux lettres, celle de Sylvain Trudel (ce qui est plutôt cool étant donné que je pense bientôt lire son livre La mer de la tranquillité, publié chez Notabilia) et de Pierre Jourde. Ce sont les deux auteurs qui sont parvenus à faire sortir mon ressenti et à la retranscrire. Ils ont su mettre en avant les reproches que j'ai pu faire à la lettre de Soucy. Il y a cette phrase signé Pierre Jourde qui, à mon sens, reflète parfaitement bien la lettre de Philippe : "Ta lettre : elle oblige. Comme ta personne, en un sens, oblige."

Je pensais être passée à coté de cette histoire, à côté de sa poésie, et finalement, lorsque j'ai refermé cet ouvrage après avoir lu les cinq réponses des cinq différents auteurs, j'ai compris que je n'étais peut-être pas passé à côté de tout. J'ai compris que j'avais sûrement eu un ressenti différent de celui que je croyais avoir. Finalement, je dirais que cette lecture reste mitigée dans le sens où je n'ai pas pris un énorme plaisir à découvrir Gaétan Soucy avec ce texte, mais d'une certaine façon, ce livre m'a permis de voir les choses sous un nouvel angle, ce qui est toujours bon à prendre.



"La tentation est forte alors - et chez les meilleurs - de se croire voué à une vie petite, de s’imposer une banalité quotidienne à la manière d’une punition, de chercher refuge dans la routine, la médiocrité des jours recommencés, s’étant une fois pour toutes et sévèrement jugé inapte à mériter mieux. Nos aspirations à l’essor, à prendre notre envol, nous apparaissent alors n’avoir été que présomptions, prétentieuses démesures."
Gaétan Soucy, N'oublie pas, s'il te plait, que je t'aime.








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