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dimanche 22 juillet 2018

Le Coin des libraires - #104 L'asphyxie de Violette Leduc

Cela fait longtemps que je n'avais pas lu de livres de Violette Leduc, après avoir commencé avec La vieille fille et le mort & La femme au petit renard, j'avais un peu mis de côté l'auteure. J'ai toujours La Bâtarde chez moi, mais je ne l'ai toujours pas lu. J'aimerais lire ses livres dans leur ordre de parution, du coup, j'ai acheté L'asphyxie, son premier ouvrage paru en 1946. 

J'avais déjà été assez étonnée lors de ma lecture de La vieille fille et le mort. Je ne le qualifie pas forcément comme un roman, mais peut-être plus comme un semblant de tranche de vie. On ne connait pas franchement bien le personnage et tout ce qui est mis en avant c'est sa solitude et sa relation étrange avec cet homme mort qu'elle retrouve dans son épicerie. 

Ici, c'est un peu la même chose. Je trouve en fait assez grossier de qualifier cette oeuvre de roman, c'est plus que ça, c'est une sorte de déclaration, un mal-être jeté à la face du monde. 



L'asphyxie, c'est l'atmosphère dans laquelle grandit la Bâtarde. Sa mère ne lui donne jamais la main. Bien au contraire. Elle lui fait porter le poids d'une faute qu'elle n'a pu accepter. Quant à son regard sur sa fille, c'est à peine un regard : c'est dur et bleu.


Si j'ai décidé de suivre les publications de l'auteure dans l'ordre chronologique, c'est aussi parce que Violette Leduc puisait énormément dans sa vie pour écrire, L'asphyxie ne déroge pas à la règle. 
D'ailleurs, ce livre représente les prémisses, l'enfance de l'auteure, son sentiment de rejet. Ce rejet qui transparaît dès la première phrase. Phrase marquante, extrêmement dure de par sa simplicité et son propos : "Ma mère ne m'a jamais donné la main..." 

Avec L'asphyxie, on en apprend un peu plus sur cette femme qui se sentait sûrement honteuse d'être une bâtarde, une enfant qui, dès l'enfance a compris que sa mère n'était autre qu'une étrangère. Une femme tantôt méchante, tantôt absente. Une femme qui n'a que faire d'une petite fille sans père. 
Si la figure de la mère en prend pour son grade (jusque dans une certaine mesure, j'ai personnellement trouvé qu'elle admirait la mère dans un certain sens), celle de la grand-mère se trouve être rehaussée, presque fantasmée tellement cette vieille femme représente l'enfance en tant que telle pour la jeune fille. 

Dès ce roman on trouve le besoin d'aimer, d'être acceptée, d'être heureuse. Mais ce besoin se confronte forcément avec le mal d'aimer, cette difficulté, non, cette impossibilité même. La fillette n'aura donc jamais droit au bonheur après le décès de sa grand-mère ? 


L'asphyxie de Viollete Leduc, Imaginaire Gallimard.


Je me suis plongée dans ce livre avec beaucoup d'enthousiasme. Je me souviens à quel point j'avais aimé La vieille fille et le mort, à quel point j'ai été marquée par la solitude, par la nécessité d'être aimé  pour soi. Cette vieille femme m'avait beaucoup touché dans ses réflexions et ses façons de faire. 
À la fin de ma lecture, je suis toujours autant enthousiaste, parce que j'ai aimé, malgré le fait que des éléments m'ont un peu gêné. 

L'asphyxie est un livre de même pas 200 pages, ce n'est pas vraiment une écriture linéaire - même pas du tout - puisque l'on passe d'un événement à un autre, une époque à une autre, sans qu'il soit toujours facile (ou possible) de faire le lien entre les chapitres. Il est vrai que j'ai parfois eu un peu de mal à comprendre où l'auteure voulait nous mener. Il est vrai aussi que certains chapitres ne m'ont pas paru fondamentaux pour comprendre l'état d'esprit de la fillette et par extension celui de l'auteure. 

Néanmoins, pour un premier roman, je dis chapeau bas. Dès ce premier écrit on retrouve ce qui fera la patte de l'auteure : un récit très concentré sur la vie personnelle alternant des passages fictionnels à des passages sans doute plus autobiographiques. Aussi un leitmotiv qui est celui de la mal aimé, celle que l'on ne pourra jamais complètement aimer, qui n'aura jamais complètement sa place, qui, pour le dire grossièrement, n'est pas légitime - forcément, on retrouve une fois encore l'idée de la bâtardise. 


Même si j'ai trouvé certains passages en trop, d'autres m'ont paru extrêmement éclairant lorsqu'on veut comprendre l'environnement dans lequel a grandi la jeune Violette, entre un père inexistant, une mère insensible et une grand-mère formidable, la jeune fille va devoir se construire seule, avec cette idée de rejet, d'existence injustifiable aux yeux du monde, parce que c'est ce qu'elle semble être à ses yeux, une enfant coupable. 


Prochain ouvrage de l'auteure : L'Affamée


Vous connaissez cette auteure ? Ou certains de ses livres ? 







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