lundi 24 juillet 2017

Le Coin des libraires - #60 La force des choses I de Simone de Beauvoir

Après avoir lu La force de l'âge de Simone de Beauvoir l'été dernier, il fallait que je continue mon périple avec la suite : La force des choses. À ce jour je n'ai lu que le premier des deux tomes - Folio a en tout cas décidé de le diviser en deux - et je ne sais pas quand je lirai la suite alors je préfère écrire un article uniquement sur le premier. 

Tout comme pour La force de l'âge, j'ai mis pas mal de temps à le lire, le lisant par petits morceaux. Ce n'est pas parce que je voulais le garder bien au chaud comme son prédécesseur, mais plutôt parce que ça a été une lecture plutôt difficile. 


«Peu de temps après le jour V, je passai une nuit très gaie avec Camus, Chauffard, Loleh Bellon, Vitold, et une ravissante Portugaise qui s'appelait Viola. D'un bar de Montparnasse qui venait de fermer, nous descendîmes vers l'hôtel de la Louisiane ; Loleh marchait pieds nus sur l'asphalte, elle disait : "C'est mon anniversaire, j'ai vingt ans." Nous avons acheté des bouteilles et nous les avons bues dans la chambre ronde ; la fenêtre était ouverte sur la douceur de mai et des noctambules nous criaient des mots d'amitié ; pour eux aussi, c'était le premier printemps de paix.» 

Simone de Beauvoir, née en 1908 à Paris, a raconté son enfance et son adolescence dans Mémoires d’une jeune fille rangée, sa vie à Paris, ses débuts d’écrivain, la guerre et l’Occupation dans La force de l’âge. La troisième partie de ses souvenirs, La force des choses, commence dans le Paris de la Libération.


Ce livre est une première petite déception pour moi. J'ai tellement aimé suivre Simone de Beauvoir dans Mémoires d'une jeune fille rangée et La force de l'âge que je ne m'étais pas dit que ça pourrait être différent pour celui-ci. J'ai été captivé par les précédents, tandis que j'ai trouvé des longueurs dans celui-ci. Ces longueurs, elles sont dues à toutes ces tartines de politique que l'on doit suivre page après page. 

Le livre débute à la Libération, la situation en France est donc plutôt compliquée et je n'ai pas eu le sentiment que la façon dont elle l'a décrite l'a rendu plus claire. J'ai eu le sentiment qu'on m'envoyait des acronymes de parties sans chercher à expliquer les véritables idées et surtout, elle ne parlait que des penchants politiques de Sartre. À un moment, je me suis dit que si je voulais savoir qu'elles avaient été les opinions politiques de Sartre, j'aurais essayé de lire une biographie ou autre, qu'elle en parle, je comprends, qu'elle parle dix fois plus de ça que de son deuxième voyage aux États-Unis, je dis non. 

En revanche, j'ai vraiment aimé la façon dont elle a traduit toute la palette de sentiments ressentis à la fin de la Seconde Guerre mondiale : espoir de liberté, période d'euphorie, deuil commun, horreur à l'annonce des événements survenus aux camps, etc. 



La force des choses I de Simone de Beauvoir, édition Folio



"Je me disais aussi : « Il y a des gens plus malheureux que moi », mais je ne trouvais pas cette vérité consolante, au contraire ; cette frêle tristesse en moi, c’était comme un résonateur qui captait un concert de plaintes ; un désespoir universel s’insinuait dans mon coeur jusqu’à me faire souhaiter la fin du monde."
Simone de Beauvoir, La force des choses I.


J'ai aussi aimé entrer dans "l'élite littéraire" de l'époque : Camus, Malraux, Vian, etc. on apprend non pas qui ont été ces écrivains, mais qui ont été ces hommes et c'était forcément intéressant. Par contre, il n'y a que deux seules et uniques mentions de Violette Leduc, et encore, à la volée ! Je pensais qu'elle en parlerait plus en détail comme elle le fait avec tous ces amis qui font partie intégrante de son oeuvre, et pourtant non. Je ne le cache pas, ça a été une déception. 

Et puis on fait la connaissance de l'Américain Algren, auteur également, résidant à Chicago. Elle nous décrit parfois un peu pudiquement, mais avec une réelle sincérité son idylle avec lui, le plaisir des retrouvailles, la souffrance des au-revoir. Elle expose avec une véritable simplicité l'incompatibilité entre sa vie à lui à Chicago et sa vie à elle, à Paris, aux côtés de Sartre. 

Il y a aussi ces moments où elle parle de ses écrits, de façon rétrospective elle nous donne son avis sur ceux-ci, et elle parle enfin de sa grande oeuvre Le Deuxième Sexe - qui ne m'intéresse pas outre mesure. Ces passages étaient passionnants, qu'elle livre ce qu'elle pense de ses écrits après coup, qu'elle prenne position par rapport à eux, j'ai adoré. 


Voilà, ça n'a pas été une mauvaise lecture, loin de là, je pensais simplement que ce serait une lecture aussi bouleversante que pour les deux premiers, que je chavirerais pour ne reprendre pied qu'à la fin du livre, ça n'a pas été le cas, mais ça n'empêche pas je vais continuer à la lire, à la découvrir. J'ai tellement aimé ce que j'ai déjà vu que je n'ai pas le choix, il faut que j'en apprenne plus encore. 



"Non seulement ma vie, ce n’était pas moi qui la tissais, mais sa figure, la figure de mon époque et de tout ce que j’aimais, dépendait de l’avenir. Si je pensais que l’humanité s’acheminait vers la paix, la justice, l’abondance, mes jours n’avaient pas la même couleur que si elle courait vers la guerre ou piétinait dans la douleur."

Simone de Beauvoir, La force des choses I.






mercredi 19 juillet 2017

Le Coin des libraires - #59 Les enfants de Dimmuvík de Jón Atli Jónassón

Je voulais lire ce petit livre depuis quelques mois déjà et quand j'ai eu l'occasion de le trouver à Paris, comment dire que j'étais trop contente. Bon avec même pas 90 pages, il est évident qu'il a été lu d'une traite, durant le trajet pour rentrer chez moi. C'est rapide, mais c'était très, très bon. 


Les enfants de Dimmuvík est un roman islandais, il se passe en Islande et c'est une des principales raisons qui faisaient que je voulais le lire, j'adore ce pays et j'aimerais beaucoup pouvoir le visiter un jour, alors en attendant, j'essaie de lire dessus, d'en apprendre plus. 


Le jour de l’enterrement de son frère, une vieille femme se remémore leur enfance misérable au bord d’une crique, quelque part en Islande, où l’on enterrait les mort-nés dans des champs de lave. C’était un pays maudit baigné d’une mer vide, écrasé par des montagnes aux cimes déchiquetées. Un pays aux hivers rudes où trois enfants malingres sont réduits à manger du lichen ou des chiens errants. La vieille femme se souvient de sa mère qui un jour perdit la raison et se tourna vers un mur, cessant de parler et de voir. Elle se souvient de son père qui, à la lueur d’une bougie, leur lisait le soir des pages de la Bible. C’était en 1930, la vieille femme avait alors douze ans. Elle se rappelle la faim, qui les torturait, et le crucifix où pendait un Jésus efflanqué à la tête énorme, un christ aussi difforme qu’eux, qui n’avait rien à leur dire.
Dans Les enfants de Dimmuvík, Jón Atli Jónassón raconte une histoire d’autant plus terrible que la vérité y apparaît comme un os mis à nu : il y a parfois, simplement, trop de bouches à nourrir. C’est aussi en filigrane une méditation angoissée sur la tentation d’abandonner les siens à leur misère pour sauver sa peau.


Ce livre n'est absolument pas joyeux, on ne termine pas sa lecture en ayant la patate, mais plutôt en relativisant : la vie des autres peut être si affreuse parfois, si injuste et misérable. Ça touche, ça fait mal, mais c'est bien de rencontrer d'autres contrées, de découvrir des modes de vie lointains et c'est ce genre de choses que j'ai découvert dans ce livre, un monde très différent du mien, un monde rural où le froid, la neige et la famine ne quittent jamais la petite famille de la narratrice. 

Ce roman islandais décrit avec une froide lucidité cette famille pauvre dans les années 1930, ce récit est bien entendu rétrospectif puisqu'il est écrit par l'aînée de la famille. Elle nous raconte à quel point leur vie était horrible, pour elle, son frère, sa jeune soeur ou encore ses parents. C'est une lecture vraiment dure, et ce, dès le début, même dans le présent de la narratrice, lorsqu'elle nous parle de son mari qui a oublié, qui l'a oublié. Et puis peu à peu, ça devient pire encore, les descriptions sur la maigreur de sa soeur, sur la foi inébranlable de son père, sur la folie de sa mère, cette même mère qui est plongée dans le mutisme depuis sa fausse couche, ou plutôt son accouchement d'un mort-né. 

Tout ce qui est décrit est emprunt de violence, celle de la mort, de la faim, du froid, de la vie. Tout est amplifié parce que tout est odieux et qu'il ne semble pas y avoir de possibilité de sortir de cette vie. Alors voilà que le seul plaisir se trouve dans le fait de boire du lait une fois par semaine, et celui qui fait des kilomètres pour y aller à droit d'en boire à volonté, maigre consolation. 


Les enfants de Dimmuvík de Jón Atli Jónassón, collection Notabilia


Chaque page recèle un nouveau sentiment, c'est un livre très dense parce que très concentré, l'auteur a magnifiquement condensé son histoire pour qu'elle soit la plus courte possible, la plus concise et donc la plus poignante possible. 

On s'attache à la protagoniste, on a mal avec elle parce qu'on s'y voit, on est à ses côtés lorsqu'elle se prend une gifle par son père, lorsqu'elle va chercher sa mère dehors en pleine nuit, lorsqu'elle voit son père emmener le chien. 
Le récit se termine avec une sorte de cassure, une vision d'horreur qui surpasse le reste - la preuve, c'est possible et on en ressort le souffle coupé. 

On découvre alors un pays qui porte en ses contrés la misère, on nous dévoile la difficulté du climat, le froid, la neige. On trouve énormément de sujet avec la folie de cette mère qui semble être restée bloquée, le père qui pense que Dieu viendra les sauver et attend vainement, et trois enfants, trois pauvres enfants qui doivent grandir, vivre dans cette pauvreté et enfin, s'émanciper, si c'est possible. 


Un nouveau Notabilia a rejoint ma bibliothèque donc et une fois encore, j'ai été happée par cette histoire, par la difficulté de vivre, par la détresse de cette enfant devenue une vieille femme mais qui, malgré tout, reste hantée par ses souvenirs. Une fois encore, ça a fait mouche, la magie a opéré et j'ai passé des minutes difficiles avec ce livre entre les mains, mais j'ai aussi été touchée, j'ai aussi aimé.



"Ce qui me chagrine le plus quand je repense au passé, c’est l’impuissance. Je savais si peu de choses. Je savais à peine lire en ânonnant. Et puis le chagrin cède la place aux larmes. Puis à la honte et au regret aussi. Ça se passe toujours comme ça."

Jón Atli JónassónLes enfants de Dimmuvík.





lundi 10 juillet 2017

Le Coin des libraires - #58 Le Jardin de Winter de Valérie Fritsch

Ce livre est une pépite, vraiment il me le fallait rien que pour la beauté de la couverture - c'est pour cette raison que je l'ai acheté... -, mais en plus l'histoire qu'il renferme est touchante, poétique, symbolique, j'ai pris un très grand plaisir à découvrir Le Jardin de Winter, le premier roman de Valérie Fritsch, auteure autrichienne. 


Il est vrai que c'est un livre assez étrange dans son genre, il se situe entre le récit apocalyptique et le romantisme. Il nous emmène rapidement dans son univers où on y rencontre Anton Winter, le protagoniste qui va surtout nous parler du jardin de son enfance, tout en décrivant son présent : la fin du monde, en tout cas de l'humanité. 



Anton Winter a grandi en pleine nature, dans un jardin luxuriant et des bois touffus, un cocon de verdure gouverné par sa grand-mère, à distance du monde. Adulte, il s’occupe de ses oiseaux au dernier étage du plus grand immeuble de la ville, tandis qu’en contrebas, l’humanité vit ses dernières heures avant une apocalypse programmée.

Hanté par le souvenir du jardin merveilleux de son enfance, il refuse de se résoudre au pire et tente d’imaginer avec Frederike, qu’il vient de rencontrer, le jour d’après.


On apprend assez vite que c'est la fin du monde, l'apocalypse est là, l'humanité va être décimée, mais on ne sait pas pourquoi, ce qu'il s'est passé ou autre, les raisons sont floues, on doit juste accepter ce constat : c'est la fin. 
Comme souvent quand l'on se sait au bord de la mort, l'homme se remémore sa vie passée, son monde disparu. C'est le cas d'Anton, qui vit dans la ville, mais qui est resté en partie chez lui, dans ce jardin où il a passé son enfance, entouré de sa famille, ses grands-parents, ses parents, son frère. 

Il nous parle ensuite de son départ - on suppose que les raisons de ce dit départ sont liées à la grand-mère - il décrit ensuite une vie solitaire, au sommet du plus grand immeuble de la ville. C'est dans cette tour d'ivoire qu'Anton s'est réfugié, qu'il vit parmi les oiseaux. On sent une certaine distance lorsqu'il décrit le jardin de son enfance, distance mêlée à de la nostalgie. 

Forcément, on comprend dès le début que le jardin a une importance primordiale pour Anton et donc aussi pour nous. Évidemment il y a toutes sortes de symboliques dans cette vision du jardin, celle du Paradis, d'un paradis qui a disparu lorsqu'Anton a grandi, qu'il a été confronté à la solitude, à la mort et qu'il a dû partir parce que ce paradis était désormais entaché par la douleur. Il doit sans doute y avoir plein de lectures possibles quant à ce jardin, qui est présent tout au long du livre, sur ce personnage qu'est le jardin et qui paraît être plus important encore que le protagoniste Anton - pour preuve, c'est lui qui figure d'abord dans le titre, c'est d'abord le Jardin, puis le nom de famille d'Anton. 


Le Jardin de Winter de Valérie Fritsch, édition Phébus.


Le monde continu pourtant, malgré que ce soit les prémisses de la fin, l'humanité retient son souffle, mais elle respire toujours. C'est dans ces conditions très étranges qu'Anton va rencontrer une femme avec qui il va passer ses derniers moments - en sa compagnie et avec une autre femme et son enfant, qui ne sont autre que la famille du frère d'Anton, retrouvée un peu par hasard. 
Ensemble, ils décident de retrouver la terre familiale et donc le fameux jardin où ils verront la fin de leur vie arriver. 

Le personnage d'Anton est attachant, mais il est comme déjà disparu, il est déjà mort alors la distance entre lui et le lecteur se creuse toujours plus. Pour les autres personnages qui sont au nombre de trois (je ne compte pas le bébé évidemment) ils semblent être des coquilles vides. La copine d'Anton a l'air complètement à côté de la plaque, je crois qu'elle n'a pas bien compris que c'est la fin de tout. C'est pareil pour le frère d'Anton, la distance entre les deux frères est si grande qu'on ne peut pas s'attacher à lui. Tout ce qu'on peut faire c'est suivre leur destruction de loin sans rien pouvoir faire, sans avoir à imaginer une autre alternative parce que l'on sait qu'il n'y en a pas, que la sentence est connue depuis le début et qu'il va falloir l'accepter. 

Symbole de la fin du monde, du passage de l'enfance à l'âge adulte, du retour aux origines, Le Jardin de Winter est tout ça à la fois et bien plus encore. 

Le point fort de ce livre est sans conteste son écriture, la poésie des mots. Franchement pour un premier roman, un premier essai, Valérie Fritsch a réussi avec brio. Le style est poignant, il est touchant et j'ai vraiment ressenti beaucoup de plaisir à lire un texte si juste et si étrange à la fois. C'est le troisième Phébus que j'ai lu jusqu'ici et je ne peux pas le dire avec certitude (je ne sais pas parler autrichien), mais j'ai bien l'impression que les traducteurs font un boulot très minutieux pour traduire au mieux la volonté de l'auteure et si c'est le cas, bravo parce que franchement, j'ai été conquise. 


"Cela faisait longtemps qu’il n’avait plus pris autant de plaisir à quitter son appartement. Cela faisait longtemps qu’il n’avait plus eu autant de choses à voir. Cela faisait longtemps que le monde s’était arrêté, et voilà qu’il tournait sur lui-même comme un manège et traversait en une course effrénée un univers funeste."

Valérie Fritsch, Le Jardin de Winter






mercredi 28 juin 2017

Le Coin des libraires - #57 Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig

Tout comme Agnès Martin-Lugand, Agnès Ledig fait grand bruit depuis quelque temps maintenant  - à raison d'une publication par an environ, il est normal qu'elle revienne souvent sur les devants de la scène. À vrai dire, Juste avant le bonheur est mon premier de l'auteure, et peut-être bien le dernier. 

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je pense qu'il est bon de dire tout de suite que ce n'est pas forcément un "mauvais livre" même si c'est vrai, je vais dire beaucoup de choses négatives dessus, je crois que dans le fond, c'est simplement que ce genre de roman contemporain avec ce type d'histoire et d'écriture ne me plaît pas particulièrement - Les gens heureux lisent et boivent du café a d'ailleurs le même traitement, je les range tous les deux dans une même catégorie générique. 



Cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fées. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d’une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui sourire. Ému par leur situation, un homme les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. Tant de générosité après des années de galère : Julie reste méfiante, elle n’a pas l’habitude. Mais pour Lulu, pour voir la mer et faire des châteaux de sable, elle pourrait bien saisir cette main qui se tend…



Bon, entrons dès maintenant dans le vif du sujet : l'histoire. Afin de ne pas passer par quatre-chemins, je vais donner ici les aspects qui m'ont déplu dans ce livre. Il y a d'abord la rapidité folle des événements : du jour au lendemain tout change complètement à tel point que ça paraît invraisemblable, franchement la rencontre entre Julie et Paul et leurs échanges par la suite avant le départ en Bretagne, tout ça, ça ne sonne absolument pas réel, pas une fois j'ai cru à ce qu'on me servait si bien que dès le début, c'était assez compliqué pour accrocher. 

Il y a ensuite, tous ces préjugés, celui de l'homme retraité qui veut serrer une petite femme d'une vingtaine d'années, bah oui parce que c'est bien connu, quand un homme parle à une femme, c'est seulement pour se la faire. Ou encore celui comme quoi Julie est nécessairement une écervelée parce qu'elle a eu un enfant très jeune ou même qu'elle compte profiter d'un vieil homme, parce qu'après tout à son âge, que pourrait-elle faire d'autre ? 
Franchement ce sont des préjugés qui n'ont pas lieu d'être et qui cataloguent péjorativement les personnages. Alors bien sûr tout le roman va s'attacher à se séparer de tous ces préjugés et à montrer que non les gens ne sont pas comme ça, oui d'accord, mais encore ? 

Il y a enfin cette proximité entre les personnages qui semblent sortie de nulle part, c'est tout ou rien j'ai l'impression : Jérome par exemple, il déteste Julie au début, et il le fait bien savoir, mais voilà, il suffit d'une course entre les deux pour que hop, toute animosité se soit envolée. 

Vu comme ça, c'est vrai que ça fait beaucoup de critiques - et ce n'est pas encore terminé - mais je dois bien avouer que la deuxième partie du livre (qui correspond à "l'après accident") est quand même plus intéressante, plus profonde. Je ne dirais pas que ce n'est que du pathos parce que je ne pense pas que ce soit le cas, je ne pense pas avoir de leçon à donner à une femme qui écrit sur la mort d'un enfant quand on sait qu'elle en a elle-même perdu un. 


Juste avant le bonheur d'Agnès Ledig, édition Pocket collector.

Oui il y a beaucoup de choses qui ne vont pas : le fait que Julie soit à la limite de la panique à l'idée de partir en mer parce qu'elle a peur de l'inconnu, mais qu'elle n'ait pas peur de partir en Bretagne chez des inconnus avec son gosse, ça, ça ne la fait pas stresser plus que ça, c'est complètement invraisemblable ! 
Ce genre d'histoire plus les personnages qui sont des stéréotypes ambulants, bah,  il devient difficile de s'attacher, de compatir, excepté pour Julie qui est bien évidemment mise en avant par rapport aux autres. Au début je trouvais Paul relativement prometteur, son histoire passée, etc. mais c'est le personnage qui a été complètement éclipsé après l'accident et c'est dommage. 

Forcément on a mal pour Julie, mais je ne pense pas que l'événement survenu devait se trouver à ce moment-là dans l'histoire. En fait je trouve que jusqu'au départ de Bretagne qui sonne le retour à Paris, il n'y a pas grand chose d'intéressant. C'est vrai, il arrive que les débuts soient difficiles, le temps de poser l'ambiance, les personnages dans un cadre bien précis et qui se veut réaliste : Julie est une caissière dans un supermarché, elle rencontre Paul qui est à sa caisse, jusque-là ok, mais après ? quel est ce virage où du jour au lendemain lui tranquille, il lui sort qu'il veut l'emmener elle et son fils en Bretagne, quand est-ce que ça arrive ça dans la réalité ?? 



Il ne sert à rien d'épiloguer durant des heures, je n'ai pas accroché, non pas que je m'attendais à être particulièrement éblouie ou quoi, j'avais entendue que les critiques étaient plutôt mitigés, mais que faire quand la curiosité prend le dessus. 
Je n'ai pas adhéré, à cause de l'histoire (pas l'histoire entière attention !), à cause de la plume de l'auteure qui ne m'a pas paru impérissable, en revanche elle décrit parfaitement bien la lassitude, le manque, la tristesse ou encore la perte. C'est vraiment ce qui a sauvé ma lecture, j'ai aimé la deuxième partie, je l'ai trouvé bien plus aboutie, travaillée, réaliste, tout ce qu'il m'a manqué lors de la première partie en fait. 


"Quelques larmes, pour laisser s’écouler le trop-plein d’un coeur trop gros. Trop de chagrin. Aujourd’hui est un jour sans. Elle ne peut pas voir le soleil chaque matin. Le ciel est parfois sombre, et donne une autre lumière à la vie, un peu plus terne, un peu plus grise, moins réjouissante."

Agnès Ledig, Juste avant le bonheur.









dimanche 18 juin 2017

Le Coin des libraires - #56 Rouge-gorge (#3 Harry Hole) de Jo Nesbø

Rouge-gorge est en quelque sorte le tome III de la saga Harry Hole, mais il est surtout le premier à se passer en Norvège, pays de Jo Nesbø et donc de son personnage. 
Les deux premiers volets faisaient une taille relativement normale pour un roman policier, celui-là était quand même plus gros et je pense que c'est aussi pour nous préparer à lire les pavés qui arriveront pas la suite - Le Léopard ou Police ont l'air d'être hyper longs ! 

Mais voilà, Jo Nesbø décide de nous pondre un livre de plus de 600 pages pour nous laisser le temps de nous familiariser avec l'environnement du protagoniste et aussi pour permettre de jouer sur plusieurs tableaux, tisser diverses intrigues qui ne sont pas forcément toutes résolues à la fin. 
Contrairement à des polars (ou des livres en général) où on a parfois le sentiment que l'auteur a voulu meubler, qu'il a cherché à rendre son oeuvre plus grosse - j'avais trouvé que c'était un peu plus le cas dans L'homme chauve-souris par exemple - ce n'est absolument pas le cas ici, ce sont 600 pages qui sont très bien utilisées et qui passent toutes seules !




L’inspecteur Harry Hole est muté à la surveillance des milieux néonazis. Une seule consigne : faire le mort. Mais Hole le voudrait qu’il n’y parviendrait pas. Surtout quand il découvre qu’un fusil utilisé par le terrorisme international est importé sur le sol norvégien. Surtout si sa meilleure amie se retrouve mêlée à l’affaire. 
Son enquête l’amène à se plonger dans le passé d’un groupe de néonazis norvégiens ayant pris part à la Seconde Guerre mondiale. Que s’est-il réellement produit il y a plus de cinquante ans dans les tranchées de Leningrad? À mesure qu’il explore leur histoire, sa conviction grandit : l’un d’entre eux prépare un attentat…



On sent bien qu'après avoir écrit deux opus avec son héros Harry Hole, il est grand temps que l'auteur commence à "jouer" dans son domaine, dans un environnement qui lui est plus familier. C'est justement parce qu'il a lui-même apprivoisé son protagoniste qu'il nous révèle une fois encore les ficelles d'un travail rudement bien mené.

J'aime beaucoup les polars nordiques parce qu'en plus de faire des mentions répétitives au sujet du café, j'ai quasiment à chaque fois le sentiment que la psychologie des personnages y est vraiment bien développée et c'est pour moi un point essentiel : si je veux pouvoir m'identifier, ressentir de l'empathie ou au contraire de l'antipathie, il ne faut pas que le personnage soit une coquille et franchement, j'ai l'impression que les auteurs nordiques ont bien compris cette idée, Jo Nesbø inclut.

Avant d'en venir aux personnages, il serait bien de parler de l'intrigue, alors allons-y !
Autant le dire maintenant, j'ai eu un peu de mal avec l'entrée en matière que j'ai trouvée parfois longue - je pense aux chapitres correspondant aux années 1940. Ça n'a vraiment pas été très simple, je me suis perdue dans les noms des soldats ce qui est une chose que je déteste. Pourtant, en lisant la suite, je n'ai pu m'arrêter de m'interroger : est-ce que ce n'était pas la volonté de l'auteur que de nous perdre parmi ces soldats norvégiens qui ont combattu du côté des nazis durant la Seconde Guerre mondiale ?

Un gros point fort de ce livre : traiter un sujet qu'on aborde très peu (en tout cas en France) à savoir : la place de la Norvège dans la Seconde Guerre mondiale. Vous le savez maintenant, j'adore étudier cette période, j'en suis en quelque sorte fascinée (dans un sens qui est purement de la curiosité et non pas une espèce de sentiment malsain à l'égard de cette époque abominable), et je n'avais pourtant jamais entendu parler de la collaboration de certains soldas norvégiens avec l'Allemagne.
Pourquoi est-ce encore quelque chose qu'on ne nous dit pas ? On nous bassine avec la Première Guerre mondiale, la Seconde aussi, mais bizarrement on ne fait que survoler des sujets qui sont majeurs dans notre histoire et voilà qu'on préfère nous parler de choses absolument inutiles en comparaison comme l'ordre des rois de France, question éducation scolaire, ce pays a beaucoup de choses à revoir, mais bref.


Rouge-gorge de Jo Nesbø, édition Folio policier.

Même si j'ai eu du mal au début, même si je n'ai pas réussi à entrer dedans comme ça a été le cas pour les deux précédents, j'ai vraiment adoré, justement parce que Nesbø innove, il traite de sujets qui sont importants et dont on ne parle pas assez, du moins dans cet opus.
Puis j'ai eu du mal aussi parce qu'on se doute du coupable dès le début, enfin on est incapable de le désigner de but en blanc, mais les indices à son sujet nous aide.
Malgré ces deux raisons, ces deux éléments qui constituent les seuls points noirs je n'ai rien d'autre de réellement concret à reprocher à ce volet. J'ai été emporté, j'ai été happé par cette histoire au point que les 600 pages que je redoutais un peu au début sont passées comme une lettre à la poste.


Un autre point fort dans ce livre est, comme je le disais, les personnages et leur psychologie. Je pense sans rire que Hole est un des personnages les plus maltraités dans l'histoire des romans policiers, en tout cas personnellement je n'ai jamais vu un héros qui morfle autant que lui, c'est dingue. Je m'y suis habituée maintenant et je me le répéterais avant ma lecture du tome IV : il y a toujours un mort dans l'entourage de Hole, c'est inévitable.
Cette fois, franchement je ne m'y attendais pas du tout, je suis restée bête devant mon bouquin avec pour seule réflexion : WTF ?

Je me demande, Nesbø a-t-il un souci avec les femmes ? Vu comment il les maltraite, c'est une vraie question : d'abord sa soeur, puis ensuite sa coéquipière en Thaïlande, mais c'est bien pire là, c'est une catastrophe, c'est la tristesse... Bon après, l'idée de ne pas résoudre l'enquête, de laisser un blanc est géniale, cela permet de faire passerelle entre le tome III et le tome IV, chose que je vois rarement dans les polars - généralement lorsqu'un même héros revient de manière continue, il y a bien évidemment des faits sur sa vie qui sont donnés au fur et à mesure et qui permettent de mieux cerner le personnage, mais un opus se suffit à lui-même, il n'y a pas besoin de suite à proprement parler puisque l'enquête en elle-même est résolue. Ici, et bien non Nesbø décide de poursuivre cette enquête dans le volet suivant et de tenir ses lecteurs en haleine - je peux vous le dire, je trépigne d'impatience de lire le tome IV, mais là, je n'ai simplement pas le temps du tout.

En résumé, j'ai vraiment beaucoup aimé ce volet, mais pour des raisons différentes des précédents - excepté pour le personnage d'Harry que j'adore ! J'avais apprécié voyager, découvrir des ambiances, des informations sur les pays que sont l'Australie et la Thaïlande, chose qu'on ne retrouve pas ici. Je n'ai jamais été à Oslo non plus, mais ce n'est pas le premier polar norvégien que je lis, alors forcément, je suis mieux informée.

Définitivement, ça a été pour l'intrigue en elle-même (je parle de l'intrigue principale & de la secondaire avec Ellen, la coéquipière de Harry), autant que pour les personnages qui m'ont beaucoup plu. Une fois encore ça a été un plaisir de suivre Harry dans ses péripéties, dans ses folies, dans sa peine et sa réussite. Un volet réussi, plus que sept (six même) à dévorer avant de clore cette saga.






dimanche 11 juin 2017

Le Coin des libraires - #55 Dernier Noël de guerre & Moi qui vous parle de Primo Levi

Après avoir lu et aimé découvrir Primo Levi en tant que témoin des camps, mais également en tant qu'écrivain, j'ai eu envie de me plonger dans d'autres oeuvres de lui. 

Le hasard a voulu que les éditions 10/18 ont réédité Dernier Noël de guerre il y a peu et que les éditions Pocket ont publié un entretien inédit de Primo Levi, Moi qui vous parle, datant d'un peu avant sa mort en 1987. Je voulais lire La Trève au départ, mais je ne l'ai pas trouvé, alors je me suis penché sur ces deux livres qui sont très différents. 



  • Dernier Noël de guerre


Ce livre est un recueil de 13 nouvelles allant de la nouvelle animalière aux fragments autobiographiques - comme c'est le cas dans la nouvelle éponyme. 

Malheureusement, j'ai trouvé ce recueil assez inégal. Les premières nouvelles ne m'ont pas particulièrement captivée, en revanche d'autres valent largement le détour : Dernier Noël de guerre par exemple. Celle-ci met en scène un juif déporté qui fête Noël à la façon chrétienne. J'ai vraiment beaucoup aimé cette nouvelle, je l'ai trouvé touchante, différente des témoignages habituels sur la Seconde Guerre mondiale. 
Je trouve donc dommage qu'elle soit la seule dans cette veine (j'entends par là une veine clairement historique), mais on trouve d'autres nouvelles qui font penser à l'oppression, c'est le cas de cette nouvelle absolument géniale nommée "État-civil" qui nous entraîne dans un monde dystopique, où la mort est contrôlée. 


Il y a aussi "Le buffet" qui met en scène un kangourou et traduit l'étouffement, la volonté de fuir le monde, elle est vraiment bien écrite, l'auteur prouve ici qu'il n'est pas simplement un "écrivain-témoin", mais également un écrivain tout court. 

Autrement, certaines nouvelles animalières m'ont beaucoup amusé notamment l'interview avec l'araignée, mais au-delà de ces appréciations pour certaines nouvelles, on ne trouve pas d'homogénéité dans le recueil, ce sont plus des nouvelles qui ont été regroupées sans qu'il y ait une véritable cohérence, ce qui rend le recueil assez inégal, malheureusement. 


Dernier Noël de guerre & Moi qui vous parle de Primo Levi.


  • Moi qui vous parle


Autant le dire maintenant : autant Dernier Noël de guerre m'a déçue pour son manque d'unité, autant Moi qui vous parle m'a déçu pour son manque de contenu. 
La première chose que l'on aperçoit à la vue du livre, c'est bien évidemment cette phrase "L'ultime entretien inédit", forcément ça donne envie. J'ai un peu eu le sentiment qu'on m'a vendu un truc sur du sable malheureusement, et ça m'embête un peu, mais il faut vraiment penser à arrêter d'écrire ce genre de trucs, ça fait vendre, mais j'ai bien le sentiment que ça déçoit plus qu'autre chose au final. 

Alors attention, je ne dis pas non plus que ce livre est dénué d'informations, qu'il est d'un ennui mortel et bon à jeter. Je dis seulement que ce qu'on nous donne ne rassasie par l'appétit qui nous habite. Comme je le disais dans mon article sur Primo Levi justement, je m'interroge énormément sur les raisons de son suicide, je me demande si ce ne pourrait pas être un accident, etc. et je m'étais dit qu'étant le dernier entretien, peut-être qu'on pourrait y déceler une information, quelque chose qui permettrait peut-être de comprendre. Malheureusement, la mort soudaine de l'écrivain n'a pas permis à Giovanni Tesio (l'homme qui interroge Levi) de venir à bout de leur entretien ce qui explique le manque de données sur sa vie d'adulte, notamment après les camps.


Beaucoup de réponses sont intéressantes, on en apprend plus sur son enfance, son adolescence, mais j'avais du mal à m'imaginer la chose tellement le ton me paraissait loin, trop détaché, sans aucune intimité. 
Oui, ce qui me gêne le plus dans cet entretien est le fait qu'il soit inachevé, alors oui on nous prévient dès la préface, mais il serait bon de le noter, ça permet en plus d'en déduire qu'il s'agit de "l'ultime entretien", mais bref. Malheureusement, on n'en apprend pas plus sur l'homme qu'a été Primo Levi à la sortie des camps - si ce n'est ce qu'il a dit dans les préfaces de Si c'est un homme par exemple, il nous dit au détour d'une phrase qu'il s'est marié et a eu un enfant, mais le mystère reste entier. 



C'est donc sur une touche assez négative que je suis venue à bout de ces deux livres, lus dans la foulée. Mais ce n'est rien, ce que ne sont pas d'immenses déceptions non plus, alors je vais persévérer, trouver et lire La Trève, et Lilith






samedi 3 juin 2017

Le Coin des libraires - #54 Halgato de Feri Lainsček

Vous risquez de souvent voir passer des livres des éditions Phébus dans les semaines/mois à venir. Après Notabilia, je dirais que c'est celle que je préfère pour la qualité des objets, la beauté des ouvrages, le fait que ce soit si agréable comme objet entre les mains, mais aussi pour la qualité et la diversité des textes. 

C'est grâce à Babelio que j'ai découvert mon premier Phébus au début de cette année, et c'est grâce à Babelio et à la maison d'édition que je reviens puisque j'ai reçu Halgato de Feri Lainsček grâce à la Masse critique, alors merci à eux ! 


Au-delà de la rivière Mur, en Slovénie, dans le campement des Roms, le bonheur se cultive en toute simplicité : une cruche de vin, un foyer, de la musique à tout moment.

Le jeune Halgato le sait bien, et pourtant. Son violon ne chante que pour payer l’éducation de son demi-frère Pišti – son espoir, celui qui doit s’élever et écrire un jour l’histoire de leur communauté. Mais un Tsigane peut-il seulement échapper à son destin ?

Adapté au cinéma en 1995, le roman de Feri Lainšček fait entendre la voix brusque et belle d’une société singulière.




Halgato est un livre dont il est difficile de savoir ce qu'il m'a fait ressentir exactement. J'ai aimé l'histoire, mais je l'ai aussi trouvé très déroutante, alors même si cela fait maintenant trois jours que je l'ai terminé, j'ai du mal à me positionner par rapport à cette lecture.

Il s'agit de mon premier livre issu de la littérature slovène, j'étais extrêmement pressée de le commencer en grande partie pour cette raison, mais au final je ne me demande si ça a eu une réelle importance, je n'ai pas eu le sentiment de visiter la Slovénie, malheureusement.

J'ai adoré tout le mystère du début, au sujet du père d'Halgato, Mariska, de son "départ" et de la venue de Bumbas, son "nouveau père". Je pensais qu'on allait suivre que le personnage éponyme, mais finalement non, une large partie du livre se concentre sur son enfance et adolescence, ses escapades avec Bumbas pour faire entrer son frère à l'école, pour que lui au moins ne soit pas "qu'un Tsigane". 
Je crois que c'est ce qui m'a le plus dérangé dans ce livre : le fait qu'être Tsigane passe clairement pour une malédiction, une maladie incurable. Ça m'a vraiment frappé parce que du début jusqu'à la fin on nous rabâche la même chose et surtout toutes les actions du personnage sont motivées par la volonté de sortir de cette condition, de s'élever.


Halgato, Feri Lainsček, édition Phébus.

Je pensais aussi que le violon aurait une place plus importante. Après l'avoir trouvé omniprésent dans Les Dieux du tango, je l'ai trouvé effacé ici. On nous en parle ici et là, pour nous dépeindre sa facilité à jouer ou même l'histoire autour de son violon. Ça ne m'a pas non plus trop embêter, mais j'aurais aimé en apprendre plus sur le passé de l'instrument, mais bon.

Sinon, j'ai passé un bon moment, ça a été une bonne découverte, j'ai suivi une philosophie de vie qui m'est lointaine - il y a cette phrase dans le livre qui pour moi, décrit parfaitement bien la communauté des gens du voyage : "La route qu’on empruntait importait peu, tout comme la direction qu’on prenait. C’est la règle dans ce monde : tous les chemins mènent quelque part. Qu’on aille de l’avant ou qu’on retourne en arrière, on est toujours en train de partir et de venir à la fois."

J'aurais en revanche aimé plus de descriptions des environs, les paysages, le pays afin d'être complètement immergée dans l'univers et ne pas avoir le sentiment d'en être extérieur.

Enfin, pour ce qui est de la fin, j'ai bien aimé, mais j'ai trouvé dommage que ce soit un dernier rappel des "préjugés contre les Tsiganes" : ils sont des voleurs. C'est dommage parce que jusqu'au bout tout tourne autour de la même chose, même si Halgato essaie de s'en défaire, il ne le peut qu'au prix de vivre en ermite, loin des autres et je ne sais pas si on peut y trouver un quelconque réconfort.


Quoi qu'il en soit je remercie une nouvelle fois Babelio et les éditions Phébus, j'ai fait une autre belle découverte grâce à eux.


"Il savait que l’eau n’exercerait que peu de ses voeux. Mais il savait aussi qu’elle emporterait tout ce dont il voulait se débarrasser. Parce que ça s’est toujours passé ainsi avec ce fleuve. Maintes pensées pénibles qu’il y avait plongées avaient disparu sans laisser de trace. Maintes envies ou douleurs s’étaient ainsi liquéfiées."
Feri Lainsček, Halgato.







dimanche 28 mai 2017

Le Coin des libraires - #53 Clarissa & La peur de Stefan Zweig

Mon adoration pour cet écrivain qu'était Stefan Zweig n'est plus à prouver, ce n'est donc pas étonnant si j'écris cet article sur le roman inachevé Clarissa et le recueil de nouvelles intitulé La peur 

  • Clarissa (1981, publication posthume)


Retrouvé dans des manuscrits après la mort de l'auteur, Clarissa est une véritable pépite, un roman qui réfléchit sur la position d'une femme par rapport à la société (Clarissa qui est une fille de militaire est élevée dans une optique de travail, d'émancipation, et non pas dans la vision archaïque de la femme qui doit se marier et dépendre d'un homme), mais c'est aussi un livre sur la vision de Zweig sur la Première Guerre mondiale. 

« Le monde entre 1902 et le début de la Seconde Guerre mondiale, vu à travers les yeux d’une femme » : ainsi Stefan Zweig résumait-il le thème de ce roman, entrepris dans les derniers temps de sa vie et retrouvé dans ses archives.
Clarissa, fille d’un militaire autrichien, est née en 1894. À l’aube du premier conflit mondial, elle rencontre à Lucerne, en Suisse, un jeune socialiste français, Léonard, qui n’est pas sans évoquer Romain Rolland. La guerre les sépare, mais Clarissa attend un enfant.
Dans l’Europe déchirée, en proie à l’hystérie nationaliste, son acceptation de cette maternité va devenir, plus qu’une décision personnelle : un destin et un symbole.
Une œuvre testamentaire où le grand écrivain autrichien résume, de façon poignante, son idéal humaniste et son désespoir.


Dès le début du livre, je suis entrée dedans - ce qui m'arrive vraiment toujours avec cet auteur ! -, la vie de Clarissa m'a énormément intéressée - pour ne pas dire passionnée. Étant un roman inachevé, l'histoire ne s'arrête pas du tout à l'aube de la Second Guerre mondiale, mais au début des années 1920. 

Je pense que ce que j'ai préféré dans ce livre est la vision que porte l'auteur sur le premier tiers du XXème siècle. J'ai vraiment eu le sentiment que Zweig exprimait son point de vue à travers le professeur Silberstein - c'est une interprétation personnelle, pas une vérité générale, il est donc possible que je me trompe - et même si on ressent que ce personnage prend part durant la guerre avec le fait que son fils se retrouve au front, etc. on sent bien qu'après il la rejette et voit la guerre comme une bêtise - pourquoi un allemand et un français s'entretuent, ne sont-ils pas tous deux des hommes ? 

J'ai aimé la façon dont la vie de Clarissa est liée à l'Histoire. Sa vie comme celle de beaucoup d'autres s'est trouvée être largement bouleversée et Zweig décrit parfaitement bien les déboires des êtres et leurs sentiments les plus profonds - cet homme est une perle littéraire, que dire d'autre ? 


Cela fait quelques semaines que j'ai lu ce livre maintenant, et vraiment, il m'obsède. Comme je ne savais pas que c'était une oeuvre inachevée, j'ai été prise de cours lorsque que je suis arrivée à la dernière ligne parce que ça ne peut pas s'arrêter de cette façon, ce n'est tout simplement pas possible. J'y ai bien réfléchi et je pense que là où Zweig s'est arrêté est littéralement le pire moment, ça y est, elle a enfin des nouvelles de Leonard, après tout ce qu'il s'est passé elle a des nouvelles, et après ? Rien, rien, enfin si, mais c'est un secret que l'auteur a emmené avec lui, malheureusement. 
Depuis, je ne fais que me poser des questions, Clarissa serait-elle morte au début de la Seconde Guerre mondiale ? A-t-elle été heureuse ? Est-elle restée auprès de son "mari" ? Je n'ai plus que des questions et c'est vraiment horrible, savoir qu'il n'existe aucune réponse possible parce que même en l'inventant, ce ne serait jamais la même que celle que l'auteur avait en tête. 

Mais je ne regrette pas une seule seconde de l'avoir lu, j'ai pris un énorme plaisir et je le place aisément sur le même banc que Vingt-quatre heures de la vie d'une femme ou même Le Voyage dans le passé. Je le relirai certainement un jour, mais plus tard, quand je ne serais plus tourmentée par cette obsession de non finalité.


"Il faut que je m’occupe. Mon agitation ne cesse que lorsque je suis occupé. Alors, je n’ai plus peur. Car la peur de la solitude est plus nocive que le poison. Mieux vaut travailler que de vivre cela. Quand je sais que l’agitation me guette, je me mets à courir pour qu’elle ne puisse m’attraper."

Stefan Zweig, Clarissa.




Clarissa & La peur de Stefan Zweig (édition Le Livre de poche).



  • La peur (1925)



La peur est un recueil de six nouvelles - que j'ai personnellement trouvé plutôt inégales. Celle qui ouvre donne son nom au recueil, La peur. Dans cette nouvelle, il va être question d'une femme mariée (avec un train de vie relativement aisé grâce à son mari) qui a une liaison avec un homme. J'ai énormément aimé cette nouvelle, la façon dont Zweig décrit la peur qui s'immisce et vient étouffer cette femme, Irène Wagner, qui n'ose plus vivre, de peur de recroiser sa bête noire, de peur d'être découverte et de tout perdre. La façon dont l'auteur joue avec ses personnages est une fois encore remarquable, à la fin de la nouvelle, on se demande finalement qui a le plus trompé l'autre, ce petit jeu était-il réellement cruel ou bon enfant ?


Ensuite, on trouve la nouvelle Révélation inattendue d'un métier qui n'a pas particulièrement fait mouche avec moi. Je l'ai trouvé moins prenante. Bien sûr la patte de l'auteur est bien là, mais son style m'a bien moins ébloui que pour d'autres, tout simplement.
Je l'ai trouvé "en-dessous" comparé aux autres nouvelles qui forment ce recueil, comme Leporella qui m'a beaucoup touché ainsi que La femme et le paysage qui est particulièrement bien écrite dans ses descriptions. Ces deux-là m'ont enchanté et j'ai été heureuse de découvrir d'autres textes de cet auteur et surtout de les aimer.


"Quoi, que m’était-il arrivé ? Il me semblait sortir des bras de la mort. Etait-ce la fièvre qui m’avait troublé à ce point que je m’étais perdu dans le regard fugitif d’une passante ? Mais j’avais cru y lire cette même frénésie silencieuse, cette langueur désespérée, cette soif avide et insensée, qui m’apparaissait partout, dans le regard de la lune rouge, dans les lèvres altérées de la terre, dans le cri tourmenté des bêtes, la même qui s’agitait et brûlait en moi."

Stefan Zweig, La peur, nouvelle : La femme et le paysage.



Mon périple dans la bibliographie de Stefan Zweig n'en est encore qu'à ses prémisses, et je suis ravie rien qu'à l'idée de savoir qu'il me reste encore beaucoup à découvrir. Il y a de ces auteurs pour lesquels il faut prendre son temps, ne pas se brusquer et attendre qu'ils se déversent lentement sur soi avant de poursuivre l'exploration de leurs oeuvres, cet auteur là en fait partie pour moi.






mardi 9 mai 2017

Le Coin des libraires - #52 Les Dieux du tango de Carolina de Robertis

J'ai eu l'immense chance d'être contactée par les éditions du Cherche midi afin de me proposer un roman qui paraîtra le 18 mai prochain : Les Dieux du tango de Carolina de Robertis. Je remercie une fois encore la maison d'édition pour ce roman, je l'ai beaucoup aimé.

Quand je l'ai reçu je dois dire que je ne m'attendais pas à ce qu'il soit aussi gros (plus de 500 pages) et j'avais peur de ne pas avoir suffisamment de temps pour le lire et publier mon avis dessus avant sa sortie, mais en fait non, je l'ai commencé deux jours après l'avoir reçu et je l'ai dévoré tellement l'écriture est agréable, fluide et l'histoire addictive. 

Les Dieux du tango est un livre unique en son genre - en tout cas j'ai beau chercher je n'arrive pas à le rapprocher d'un livre que j'aie lu. Le sujet abordé est novateur non pas dans son idée (l'émancipation de la femme), mais dans sa réalisation (comment Leda s'émancipe de sa condition de femme). 

Février 1913. Leda a dix-sept ans. Elle quitte son petit village italien pour rejoindre en Argentine son cousin Dante, qu’elle vient d’épouser. Dans ses maigres bagages, le précieux violon de son père.
Mais à son arrivée, Dante est mort. Buenos Aires n’est pas un lieu pour une jeune femme seule, de surcroît veuve et sans ressources : elle doit rentrer en Italie. Pourtant, quelque chose la retient… Leda brûle d’envie de découvrir ce nouveau monde et la musique qui fait bouillonner les quartiers chauds de la ville, le tango, l’envoûte. Passionnée par ce violon interdit aux femmes, Leda décide de prendre son destin en main. Un soir, vêtue du costume de son mari, elle part, invisible, à travers la ville.

Elle s’immerge dans le monde de la nuit, le monde du tango. Elle s’engage tout entière dans un voyage qui la mènera au bout de sa condition de femme, de son art, de la passion sous toutes ses formes, de son histoire meurtrie. Un voyage au bout d’elle-même.

Une fois que Leda a quitté sa patrie natale (l'Italie) et rejoint le Nouveau Monde à Buenos Aires plus précisément, elle se retrouve confrontée à la solitude, à l'étrangeté. Arrivée seule, elle restera seule puisque son mari est mort. La voilà nouvelle dans un lieu qu'elle ne connaît pas et dont on ne cesse de lui répéter qu'il est dangereux pour les femmes. Pourtant, Leda ne va pas se laisser abattre et elle ne réfléchira jamais vraiment au fait de retourner auprès de sa famille en Italie, pis, il n'en est pas question pour cette presque femme qui se retrouve veuve et encore vierge à dix-sept dans un autre continent que le sien. 

Leda, c'est la femme de courage, celle qui tente le tout pour le tout pour réaliser ses rêves, pour vivre comme elle le souhaite, elle est l'image même de l'expression "on ne vit qu'une fois", même si elle doit mourir pour faire ce qu'elle aime, alors soit, parce que ne pas faire ce qu'elle aime, c'est mourir. 
Cette image est d'autant plus véridique dès l'instant où elle découvre le tango et les interdits qui vont avec, mais elle va persévérer, quitte à devenir un autre qu'elle-même. 

J'ai autant adoré l'ambiguïté du personnage de Leda qu'il m'a dérangé. L'auteure joue énormément sur le dédoublement d'identité - le parallèle fait avec sa cousine Cora le montre d'ailleurs bien, Leda n'est pas plus Leda que Dante, mais elle devient Cora celle qui voulait s'émanciper de ses parents, qui voulait vivre. On a plusieurs identités qui s'entrechoquent en un seul et même personnage et j'ai trouvé ça vraiment très intéressant. Mais ça m'a dérangé dans le sens où parfois je ne trouvais pas ça réellement plausible, je pense notamment aux rapports sexuels entre Leda et Carmen, mais le plaisir de la lecture a pris le dessus et je suis passée outre.

Les Dieux du tango, Carolina de Robertis, édition Cherche midi.

Parallèlement à toute cette histoire d'émancipation, il y a l'histoire du tango, bien évidemment, mais aussi celle de l'immigration à Buenos Aires au début du XXème siècle. L'auteure s'attache à décrire les conventillos où la plupart des immigrés vivaient les uns sur les autres, sans possibilité d'intimité à moins de gagner un bon petit paquet d'argent. J'adore découvrir de nouveaux horizons quand je lis un livre et j'ai été servi avec Les Dieux du tango parce que j'ai vraiment eu le sentiment d'être projeté en Argentine lors de ma lecture, je me voyais dans les rues à l'aube, lorsque Leda sort du cabaret, le Leteo après avoir passé toute la nuit à jouer du violon ou encore lorsqu'elle entre dans sa chambre-placard qui sent le moisi, mais dont elle doit se satisfaire pour ne pas que quiconque apprenne son secret. 

Et puis forcément, il y a le tango, ce qui est quand même au centre de l'oeuvre (et dans le titre aussi donc bon). C'est un réel coup de foudre entre Leda et le tango, cette musique envoûtante qui en est à ses prémisses. Bien sûr, le sexe de Leda va d'abord brider son envie d'apprendre à jouer, de se produire devant un public : elle est une femme, elle ne peut pas jouer de cette musique qui est réservée aux hommes, tout au plus, elle peut danser - et encore ! On s'en doute, Leda ne va pas se laisser faire et elle va aller plus loin, elle va relever le défi de devenir musicienne et de jouer du tango sur une scène, reste à savoir comment ça se va terminer ! 

Il y a aussi ce que j'ai appelé des "égarements" dans le livre, on suit des personnages secondaires, que Leda va croiser à un moment dans sa vie pendant plus ou moins longtemps comme cette femme avec qui elle fait la traversée en bateau et dont on va avoir accès à ses sentiments sur un très court moment puis plus rien, même chose pour l'homme qui va jouer avec elle pour la première fois, Nestore ou même pour le chef du groupe, Santiago (qui est absolument génial !). J'ai bien aimé saisir les sentiments de personnages que l'on rencontre furtivement, à la volée pour les voir disparaître définitivement, c'est un bon résumé de la vie en elle-même, des connaissances et des oublis. 

L'amour pour le tango est perceptible du moment où Leda le découvre jusqu'à la fin de l'oeuvre, le tango est ce qui la maintient en vie et rend sa vie tout à fait unique. C'est ce qui rend l'histoire aussi intéressante également, au même titre que ce terrible secret bien enfoui au sujet de Cora. 

Les Dieux du tango a été une bonne découverte pour moi, j'ai facilement senti l'atmosphère de la ville grâce à de bonnes descriptions et de belles rencontres. Ce livre interroge aussi sur la place de la femme dans la société (par le biais de l'héroïne, mais aussi avec les autres femmes qui sont couturières, danseuses ou alors prostituées), mais aussi sur l'homosexualité. 
La conclusion est pas mal, même si je l'ai trouvé un peu injuste et peut-être trop rapide (?), elle repose sur l'acceptation plutôt que sur le rejet, chose que Leda a toujours connu et que Dante a réussi à repousser.



"C’est ce qui arrive aux mélodies : elles se perdent dans l’air, comme les souvenirs. Et comme le corps. Les souvenirs, les mélodies et le corps disparaissent après notre mort. Mais un instrument n’a rien à voir avec un corps mortel. Oh non. Comme l’âme, l’instrument reste."

Carolina de Robertis, Les Dieux du tango







mardi 2 mai 2017

Le Coin des libraires - #51 Les cafards (#2 Harry Hole) de Jo Nesbø

Contrairement à ce que j'ai écrit dans mon article sur L'homme chauve-souris, premier volet de la saga Harry Hole de Jo Nesbø, j'ai eu le temps de lire le tome 2, Les cafards durant le mois de mars - je sais, j'ai encore beaucoup de retard sur mes publications ! 


Après avoir découvert l'Australie dans le tome I, c'est désormais la Thaïlande que Jo Nesbø nous fait visiter à travers les yeux de son héros. Une fois encore, j'ai pu découvrir un pays à travers un roman et définitivement, je dois dire que j'aime assez le principe. 


L’ambassadeur de Norvège en Thaïlande est retrouvé mort dans un bordel de Bangkok, un poignard planté dans le dos et une valise au contenu sulfureux en sa possession. De quoi nuire, de quoi faire très mal… Un meurtre aux allures d’affaire d’État, qui ne doit pas être ébruité. Harry Hole, inspecteur de la police d’Oslo, est choisi pour résoudre l’enquête en toute discrétion. Mafia, commerce du sexe, secrets d’État et drame personnel sont autant de pistes suivies par l’inspecteur scandinave. Une seule certitude, il va devoir affronter un meurtrier rusé et méthodique, qui défie la police et se prépare à commettre de nouveaux crimes.



Comme dit plus haut, j'ai pris énormément de plaisir à découvrir la Thaïlande, la ville de Bangkok et son atmosphère. Je pensais enfin découvrir la Norvège et Oslo plus précisément, mais ça n'a pas été le cas. Ça ne m'a pas déplu que l'action se passe dans un autre pays, je me dis qu'il me reste encore huit tomes pour rencontrer - renouer avec ? - le quotidien de notre héros. 


Cette fois-ci, l'histoire est entourée de tout un tissu diplomatique dont on ne pourra pas se défaire pendant toute la durée du roman. J'avoue, j'ai vraiment accroché à l'intrigue, mais toute cette histoire de diplomatie, des Affaires étrangères ne m'a pas particulièrement intéressé - faut dire que dès que ça touche la politique, généralement, je fuis !
Après, je comprends tout à fait qu'il fallait bien trouver une raison à la venue d'un policier norvégien en Thaïlande, c'est simplement que je suis moins emballée dès qu'il s'agit de ce type d'histoire. 

Pour le reste (de l'intrigue), la traque en elle-même est addictive, on s'empêtre avec Harry dans toutes sortes d'investigations qui se révèlent plus infructueuses les unes que les autres, et pourtant ! Je reprochais à l'auteur d'être resté trop longtemps focalisé sur la même personne dans le premier tome, je trouvais que ça nuisait vraiment à l'enquête et du coup à l'avancée de la lecture, mais cette fois-ci l'auteur a fait le contraire - ceux qui ont lu ce tome comprendront !

Les cafards de Jo Nesbø, édition Folio policier.


Du point de vue des personnages, j'ai bien accroché avec Liz et donc je trouve dommage qu'elle vive en Thaïlande et non pas en Norvège, j'aurais aimé la revoir. 
Harry, l'archétype du héros torturé l'est toujours autant, et en même temps, il faut dire qu'avec ce qu'il se passe dans sa vie (sa soeur...), c'est compréhensible qu'il perde pied. Franchement je trouve que Lehane est assez dur avec ses personnages, mais quand je vois Nesbø avec Harry, je me dis qu'en fait il est plutôt tendre ! L'auteur norvégien fait tellement morfler son personnage qu'on ne peut que le plaindre, même si je dois dire que je n'aime pas trop le fait que l'auteur profite du temps passé entre ses livres pour faire en sorte qu'Harry retombe dans l'alcool - c'est un peu trop facile... 
Après le premier tome, malgré les événements survenus en Australie, on peut supposer qu'Harry va peut-être réussir à remonter la pente, mais non, on apprend au début du tome II qu'Harry a repris la bouteille, mais qu'il essaie d'arrêter. Ce n'est donc pas un ivrogne qu'on retrouve, mais un homme qui essaie tant bien que mal de se désintoxiquer. 

Enfin, pour ce qui est du style de l'auteur, je dois dire qu'il est toujours aussi agréable, j'ai passé un bon moment avec ce tome comme avec le précédemment parce que ça se lit formidablement bien ! On ne remarque pas les pages qui se tournent et on a qu'une envie : en savoir plus (en grande partie grâce à Harry faut bien le dire !) et c'est un vrai plaisir. 

Je ne pensais vraiment pas avoir le temps de lire ce livre durant le mois de mars et pourtant, pourtant, l'envie a pris le dessus et il a été lu en trois petits jours, ce qui révèle bien du niveau d'addictivité. 
Je suis pressée de lire le troisième tome, avec un peu de chance je pourrais le lire au mois d'avril juste avant mes partiels - j'aimerais beaucoup, mais si je ne dis pas de bêtise, le tome III est significativement plus long. 








La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...