dimanche 24 septembre 2017

L'Avenue du cinéma - #25 Les Proies de Sofia Coppola

Voilà longtemps que je n'ai pas écrit un article sur le cinéma. Le dernier en date était pour le film Mademoiselle de Park Chan-wook qui fait partie de mon tops 10 de l'année 2016. J'ai souvent voulu écrire des articles sur des films, j'ai longuement hésité pour Get Out de Jordan Peele que j'ai littéralement adoré, mais par manque de temps j'ai été obligée d'abandonner l'idée. 

J'ai aussi hésité avant de commencer à écrire cet article, j'ai un peu peur d'être rouillée après avoir passé plus de six mois sans donner un avis qui soit relativement détaillé sur un film, mais j'ai envie de vous en parler alors on verra. 

J'attends Les Proies depuis des mois, étant une grosse fan de Kirsten Dunst, je me tiens au courant de ses projets et quand j'ai appris qu'elle allait de nouveau travailler aux côtés de Sofia Coppola j'étais trop heureuse. Je trouve que ce duo marche très bien, d'ailleurs, il me semble que tous les films que j'ai vu de cette réalisatrice sont ceux qu'elle a fait avec Kirsten Dunst, excepté The Bling Ring (2013) auquel je n'ai pas trop adhéré - et oui, honte à moi qui n'aies pas vu ni Lost in Translation (2003) ni Somewhere (2010) ! 

Avant d'entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser que je n'ai pas lu le livre éponyme (1966) de Thomas Cullinan et je n'ai pas vu la version cinématographique de Jon Siegel (1971) avec Clint Eastwood. Pour tout dire, je ne pense pas que je lirai le livre, ça m'a tout l'air d'être une brique et pour ce que j'en ai lu, je crois que j'aurais trop de mal à entrer dedans. Pour le film, franchement d'un côté, la curiosité prend le dessus et j'aimerais savoir ce qui a été fait avant, mais d'un autre, le film de Coppola semble prendre un tollé parce qu'il est justement comparé au film de 1971 alors qu'ils sont apparemment très différents - même si évidemment le postulat est le même, alors je suis sur la réserve. 


Affiche The Beguiled/Les Proies (2017), Sofia Coppola.


Bon comme vous l'avez probablement compris, plus que pour l'histoire, c'est pour la réalisation et les acteurs que j'a vu ce film. Bon, ce n'est clairement pas pour Colin Farrell ou même Nicole Kidman, mais bien uniquement pour Kirsten Dunst et un peu Elle Fanning aussi. 

Rapidement quand même, l'histoire est celle de John McBurney (Colin Farrell), un yankee trouvé à la limite de l'inconscience dans les bois par Amy (Oona Laurence) qui décide de le ramener dans le pensionnat où elle vit exclusivement avec des femmes. Nous sommes en 1964, la guerre de Sécession a commencé depuis quelques années et pourtant les femmes du pensionnat décident de le remettre sur pied, bien qu'il soit un ennemi - il est un Nordiste, elles sont des Sudistes. 
Voilà le postulat de départ en gros. 

Franchement, je pense que j'aime autant ce film parce que justement ce n'est pas l'histoire qui me faisait le plus envie. C'est ce que j'ai le moins aimé dedans, son intrigue principale. Les personnages sont un peu trop survolés, ils n'ont pas de véritable passé - Martha (Nicole Kidman) avait quelqu'un avant la guerre de Sécession, Edwina (Kirsten Dunst) désire se barrer du pensionnat plus que toutes les autres. C'est quand même la raison pour laquelle elles sont bloquées ensemble et au final on ne se concentre que sur le rapport entre les femmes et John.  
Pour ajouter de l'épaisseur aux personnages, je pense qu'il aurait été bien de les doter d'un passif et non pas de seulement se concentrer sur l'instant, sur leur désir, leur besoin d'être celle qui gagnera John même si je peux comprendre que ce soit un parti pris que de saisir des femmes à des âges divers et dans une situation aussi délicate, peut-être que finalement le passé ne compte pas dans ce genre de situation (?). 
Le fait qu'on ne sache rien sur eux rend flou les prises de positon. On ne connaît pas le tempérament des personnages, Colin Farrell joue bien, mais son personnage est volatile, a-t-il véritablement des raisons de devenir menaçant après la mutilation ? a-t-il vu clair dans le jeu de ces femmes qui incarnent l'innocence même ? les femmes voulaient-elles réellement se venger en exerçant une forme de castration perceptible par la mutilation ? oui, encore maintenant il y a trop de questions qui se bousculent et trop peu de réponses peut-être.

Mais aussi, c'est cet aspect là qui m'a énormément plu dans le film, qui est innocent, qui ne l'est pas ? Dès le début on est persuadé que l'intrus qu'est John va être le "chasseur" et que ces femmes seront ses "proies", c'est évident de se dire ça rien que par le titre - un titre qui est pour moi particulièrement très mal choisi puisque personnellement il n'y a aucune nécessité d'y mettre un pluriel... - mais finalement à la fin du film la question se pose de nouveau, qui a été chassé ? 
Ce ne sont sûrement pas les femmes. Ce sont elles qui mènent la danse, ce sont elles qui décident si John doit rester pour guérir ou être livré, s'il a le droit de manger avec elles ou s'il doit manger seul, enfermé. La seule décision de John est celle de choisir le lit dans lequel il veut coucher, sa seule décision, et sans aucun doute la plus bête vu la tournure des événements. 


Les Proies (2017), Sofia Coppola.


Bien évidemment il fallait s'attendre à la question de la féminité chez Coppola, leur virginité, leur pureté transparaît par tous les pores de ces femmes habillées de blanc ou encore de bleu, mais c'est un portrait en demi teinte que la réalisatrice nous livre. 
Au départ elles sont ce qu'elles représentent, des sortes de saintes vivant en autarcie, qui vouent leur journée à un labeur (celui de travailler au jardin ou celui d'étudier) et dès l'arrivée du sexe opposé, d'un homme qui s'affiche immédiatement en tant qu'ennemi - parce qu'il est un yankee déjà mais parce qu'il est un homme surtout, alors ces femmes changent du tout au tout. Elles deviennent calculatrices - je pense à Martha qui tente de tromper John avec l'alcool, elles sont perfides et jalouses entre elles - on le voit avec les remarques sur les bijoux, les épaules nues d'Edwina qui choque par son audace et son manque de pudeur, et ça va carrément jusqu'au dévergondage avec Carol (Elle Fanning) qui, ni une ni deux décide d'embrasser John et accepte même de l'avoir dans son lit ! 

J'ai vu Les Proies comme l'invitation d'un corps étranger, un double ennemi dans un microcosme matriarcal qui refuse la servitude, qui souhaite faire les règles et compte bien les appliquer peu importe ce que ça demande. C'est assez ironique de voir des femmes qui semblent si pieuses et en même temps qui sont si facilement convaincues qu'il faut supprimer un homme.

Tout le long du film on a cette ambivalence des personnages qui est dû au jeu, les femmes sont discrètes, elles parlent avec une sorte de réserve, une timidité qui se révèle être feinte - pour Edwina et Carol qui prouvent qu'elles ne sont pas du tout blanches comme neige, bien au contraire, et je crois qu'il en va de même pour Martha qui aurait bien aimé avoir sa part du gâteau aussi. Ce ne sont pas dans les mots qu'il faut chercher des réponses, mais dans le regard. Ils disent tous ce qu'ils désirent avec celui-ci et du coup ça entraîne une certaine retenue qui est intéressante à observer. 
Même le personnage de John finalement, il paraît franchement sympa même si on sent bien que les femmes l'intéresse, il n'est pas non plus insensible à leur charme et il a bien senti qu'il avait le choix alors il a saisi sa chance, mais en soi, il ne dit rien qui puisse être mal interprété avant qu'il ne se blesse de nouveau. 


La réalisation est tout en finesse avec une photographie absolument magnifique - merci au directeur de la photographie Philippe Le Sourd, il a fait un excellent boulot ! - ainsi qu'un décor majestueux qui souligne l'enfermement, le repli de ces femmes qui sont perpétuellement étouffées. Elles le sont avec cette imposante bâtisse, avec ces énormes colonnes qui sont comme des barreaux de prison mais aussi l'expression de leur pouvoir - cette maison n'est pas sans faire penser aux palais antiques je trouve. 
Les plans soulignent toujours l'enfermement : on est derrière les grilles, on est enfermé à clé dans la chambre, on est dans le jardin, mais on est pris entre les arbres si bien que le soleil transperce mais ne se déverse pas et les arbres nous bouchent la vue... 
Je souligne d'ailleurs que les décors sont naturels, ce ne sont pas de vulgaires images réalisées en studio et si je ne dis pas de bêtise, le tournage s'est notamment effectué en Louisiane - dites moi si je dis n'importe quoi ! 


Cet avis est évidemment très subjectif, j'y ai vu ça mais d'autres ont sûrement vu d'autres choses et peut-être que ce que j'y ai vu n'est absolument pas ce que Sofia Coppola voulait nous montrer, mais finalement je me dis que le principal c'est que j'ai passé un excellent moment, j'ai aimé voir ce film et je suis heureuse qu'il me plaise - j'avais quand même des attentes. C'est essentiellement grâce à la réalisation et aux acteurs, que je salue ce film, Sofia Coppola montre une fois encore qu'elle maîtrise son travail, qu'elle sait diriger des acteurs et ça a fonctionné avec moi - même si je le redis encore, j'aurais aimé qu'il fasse 20-30 min en plus afin qu'on saisisse parfaitement tous les enjeux et ainsi ne pas se tenir à distances des personnages.  






mardi 19 septembre 2017

Le Coin des libraires - #68 Sous ses yeux de Ross Armstrong

Avant d'entrer dans le vif du sujet qui est mon avis sur Sous ses yeux de Ross Armstrong, j'aimerais partager une nouvelle avec vous. Suite à une annonce des éditions Cherche midi durant l'été passé, j'ai postulé afin de devenir chroniqueuse pour la maison d'édition et ce, pour l'année à venir. Cette candidature concernait les thrillers et comme je suis plus une lectrice de roman policier que de thriller finalement, et bien j'ai eu envie de tenter, je me suis dit que ce serait une excellente expérience pour moi et que ça me permettrait peut-être de m'ouvrir à un genre que j'apprécie mais dont je ne suis pas experte ! 

Tout ça pour vous dire que je suis ravie d'avoir été sélectionnée pour cette aventure qui promet d'être riche en découvertes que ce soit livresques ou humaines - bah oui, il ne faut pas oublier que j'ai été choisie avec d'autres blogueurs/instagrameurs et que je vais avoir l'année entière pour échanger mes impressions avec eux, je me languis ! 


J'ai pu découvrir les éditions du Cherche midi il y a quelques mois grâce à l'envoi du roman Les Dieux du tango de Carolina de Robertis que j'avais vraiment beaucoup aimé et je suis heureuse de revenir aujourd'hui pour vous parler d'un autre titre de cette maison d'édition - et préparez-vous, vous risquez de voir passer un bon nombre de livres de chez eux dans les mois à venir. 



Entre La Fille du train et Fenêtre sur cour, un premier roman que les amateurs de thrillers n’oublieront pas de sitôt.
Passionnée d’ornithologie depuis son enfance, Lily Gullick ne s’éloigne jamais de sa paire de jumelles. Depuis l’appartement qu’elle occupe avec son mari, elle ne se contente toutefois pas d’observer les oiseaux. Elle ne peut en effet s’empêcher d’espionner ses voisins, en particulier les derniers habitants d’une vieille résidence, un vestige dans ce quartier qui s’embourgeoise à vue d’œil. Alors qu’elle vient de faire connaissance d’une de ses occupantes, Jean, cette dernière est retrouvée morte dans des conditions étranges. Lily, qui croit connaître presque intimement tous ses voisins pour les avoir longuement observés, décide de mener son enquête. Celle-ci, commencée par désœuvrement, pour fuir un mari de plus en plus lointain, une vie un peu trop déprimante, tourne vite à l’obsession.


Avec ce thriller psychologique exceptionnel, qui connaît un succès sans précédent dans les pays anglo-saxons, Ross Armstrong prend son personnage principal – et son lecteur – à son propre piège. Jouant sur les mécanismes contagieux du voyeurisme, il dévoile, par une série de rebondissements époustouflants, les surprises qui parfois nous attendent quand nous nous plongeons dans la vie des autres pour esquiver la nôtre.


On rencontre donc Lily, une jeune femme qui vit à Londres avec son mari Aiden. J'ai pris énormément de plaisir à la suivre, son personnage m'a plu dès le début parce qu'il est un personnage atypique. J'ai aimé le rapport aux oiseaux, même si finalement j'ai trouvé que c'était peut-être qu'un prétexte au voyeurisme - on peut conclure que Lily a passé son enfance à observer les oiseaux avec la personne à qui son journal est destiné, et donc qu'en grandissant, eh bien, elle est passée de l'observation des oiseaux à celle des humains, voilà tout. Pourtant les oiseaux en eux-mêmes n'ont qu'une place minime et j'aurais bien aimé que ce soit un peu plus exploité. 

J'ai adoré suivre Lily, mais je ne m'attendais pas à du tout à ce que le roman prenne cette tournure. Encore maintenant, la façon dont l'auteur joue avec son personnage principal, mais aussi avec son lecteur me laisse relativement dubitative. Que fait-on quand il est impossible de démêler le vrai du faux ? Qu'a-t-on réellement vu et qu'est-ce qui finalement n'était que dans l'esprit de Lily ? 
Esprit déséquilibré ou simplement affaibli ? Délire passager ou maladie réelle ? 

Bon c'est vrai que je dis avoir été assez troublée - et ça a été le cas ! - mais c'est surtout parce que je ne m'attendais absolument pas à ça, j'étais à fond dans l'enquête que mène Lily si bien que je n'ai rien vu venir, je ne me suis posée aucune question et pour ça, je dois dire que l'auteur s'en est vraiment bien sorti, en tout cas, moi, il m'a eue. 
J'ai réellement été choquée par la révélation au sujet d'Aiden, par cette solitude soudaine qui s'abat sur la protagoniste et la frappe de plein fouet. Je n'ai pas été sensible aux signes avant coureurs que représentait la disparition soudaine du mari, je me suis interrogée sur le pourquoi du comment, mais à aucun moment je n'ai imaginé ça. 


Sous ses yeux de Ross Armstrong, éditions Cherche midi.

Au début, j'ai trouvé assez étrange d'être directement apostrophé en quelque sorte. Lily écrit un journal et elle l'écrit pour quelqu'un, pour le lecteur bien évidemment, mais pour une autre personne avant tout et cette façon d'utiliser le tu ne m'a pas du tout dérangé, au contraire j'ai trouvé assez intéressant de devenir un personnage à part entière, tout en étant un personnage extérieur. Cet intérêt a d'ailleurs été renforcé dès l'apparition du père et de la façon dont Lily résume les choses, on en vient alors à se demander pourquoi elle le fait, pour elle-même ou finalement simplement pour le lecteur qui devient alors bien plus important qu'il ne le croyait au départ ? 
J'espère que ce que je dis là est clair, mais bizarrement je n'en suis pas certaine.  Haha ! 


Bon parce qu'il faut bien donner un petit bémol, le voici. Pour moi, l'auteur est tombé dans un écueil basique, celui de vouloir trop cacher le coupable tout en laissant des indices qui semblent le désigner. C'est une erreur qui est assez commune finalement que celle de vouloir faire en sorte qu'on ne le soupçonne pas du tout, ce qui rend forcément le personnage suspect. Vous l'aurez donc compris, j'ai rapidement découvert l'homme que recherche Lily donc pour la surprise, c'est un peu tombé à l'eau ! 

Mais en définitive, plus que l'enquête c'est l'aspect humain qui m'a plu, c'est le personnage de Lily qui a besoin de trouver le coupable pour fuir sa vie, sa réalité et ainsi survivre. Même si dès le début on se doute que quelque chose cloche avec elle, on se demande ce que signifient ces dates qui nous sont données à chaque début de chapitre (je pense aux J-10 par exemple), on se laisse emporter dans son monde, dans sa paranoïa et dans sa douleur également. 
Je dois enfin préciser que j'ai beaucoup aimé les en-têtes de début de chapitre où Lily observe - traque ? - quelqu'un. Ça donne un vrai plus à l'intrigue, mais aussi au roman en lui-même, ça ajoute une pointe d'originalité. 


Vous l'aurez compris, j'ai passé un bon moment avec Sous ses yeux, plus que pour l'enquête que mène Lily, c'est pour son personnage à elle que je l'ai aimé même si évidemment, l'intrigue reste addictive. 



"Ils savent que je suis une imitation d’être humain. Les gens doivent voir que j’ai décomposé le million de choses insignifiantes qu’ils font inconsciemment pour survivre, et que je les fais une à une, les empilant minutieusement, consciente de tout, me plaçant moi-même dans un état de soumission, actionnant manuellement les rouages qui me permettent de traverser péniblement la journée."

Ross Armstrong, Sous ses yeux 












mercredi 13 septembre 2017

Le Coin des libraires - #67 Lotto Girl de Georgia Blain

Tout d'abord je tiens à remercier Babelio et les éditions Casterman pour cet envoi puisque j'ai eu la chance de découvrir Lotto Girl de Georgia Blain en avant-première, sa parution est prévue pour le 13 septembre prochain ! 
En plus, les éditions Casterman ont eu la délicate attention de m'envoyer un marque-page à l'effigie du roman, ce qui est très gentil à eux. 

Si je ne me trompe pas, il s'agit de mon premier roman australien même si je dois dire que ça n'a pas trop d'importance ici puisque les pays n'existent plus, enfin tout ce qu'on connaît aujourd'hui n'existe plus. 


« Ils se servent de nous. Parfois pour combler une lacune, parfois pour tester un nouveau profil. Ils se servent de nous pour les réglages, pour affiner un modèle. Nous ne sommes que des prototypes de travail. Ils encouragent nos parents, ou les soudoient. Les miens se sont entendus dire que je serais belle s'ils choisissaient l'option préconisée par BioPerfect.

Je l'ai dévisagée. Je n'avais jamais pensé qu'on puisse être autre chose qu'une Lotto girl. C'est-à-dire une fille particulièrement douée, au patrimoine génétique exceptionnel. Une fille unique en son genre... »



Lotto Girl a été une lecture très rapide puisque je l'ai lu en à peine un jour et demi. Ça a été une lecture rapide et surtout prenante grâce à la forme que l'auteure a donné à son récit. On veut toujours en savoir plus grâce à une double narration qui fonctionne bien - on se retrouve à la fois dans le présent de l'héroïne qui est dans un camp de recyclage et à la fois dans son passé, lorsqu'elle était une Lotto girl à l'école de Halton. 

Alors oui, une Lotto Girl (il existe aussi des Lotto Boy) ce sont ces filles qui ont été choisies à la loterie pour subir des modifications génétiques tels qu'une capacité à résister à l'environnement, un penchant pour les arts, une intelligence hors norme, ce genre de choses quoi. Dans ce livre le monde n'est plus régit par des pays, mais par des entreprises, par les Parents et en particulier par BioPerfect, une espèce de boîte qui agit sur par mal de choses et qui est notamment à l'origine des modifications génétiques. 
Forcément comme il s'agit d'une dystopie, tout n'est pas rose et il y a énormément d'inégalités. Ceux qui ont les moyens vont payer des modifications génétiques à leurs enfants et ainsi leur donner une vie agréable, ceux qui ne les ont pas peuvent tenter la loterie et ainsi donner naissance à un(e) Lotto ou alors vivre misérablement toute leur vie dans un camp qui aura leur peau. 

J'ai trouvé intéressante toute cette histoire d'entreprises qui contrôlent tout, mais il y a beaucoup de zones d'ombre, beaucoup de choses ne sont pas expliquées, ni même survolées et c'est dommage parce que cette histoire pourrait être réelle - il ne serait pas étonnant si, dans quelques années, les entreprises sont les seules à contrôler le monde et encore moins qu'il y ait des modifications génétiques sur les enfants... 
Par exemple, je n'ai pas compris en quoi les "données" peuvent entraîner la mort, comment c'est possible ?


Lotto Girl de Georgia Blain aux éditions Casterman.


Cette histoire m'a fait penser à la trilogie Uglies de Scott Westerfeld - bon il y a quatre tomes mais le dernier ne vaut vraiment pas le coup... - pour le personnage de Tally qui est en quelque sorte semblable à celui de Fern dans la mesure où à la base elles sont à 1000% du côté du pouvoir. 
Tally ne désire qu'une chose : subir la chirurgie et ainsi ne plus être une uglie, Fern ne désire qu'une chose : être une Lotto Girl, être meilleure que les autres, du moins meilleure que sa famille. 
J'ai évidemment pensé à la trilogie Effacée de Teri Terry aussi, forcément, puisque là aussi il y a un délire d'Effacement même si ce n'est pas abordé de la même façon puisqu'ici la pratique semble être commune chez ceux qui font partie de l'Opposition. 


J'ai trouvé intéressant le personnage de Fern qui est tantôt attachant, tantôt antipathique. Elle n'est pas un personnage qui désire aller à contre courant, qui pense que le pouvoir en place devrait être remplacé, au contraire, elle est à fond dans tout ce délire de supériorité, d'unicité. C'est bien simple, elle est une Lotto girl alors elle est unique, elle vaut mieux que les autres, pour dire les choses rapidement, elle rêve du monde qu'on lui vend contrairement aux autres Lotto que l'on suit. 
C'était aussi intéressant de suivre ces trois autres Lotto, de voir à quel point elles n'ont pas droit à l'erreur et comment on peut rapidement être considéré comme "défaillante", de voir aussi qu'elles ne se sentent pas forcément à la hauteur et qu'il n'est pas donné à tout le monde d'être une Lotto, même si on a gagné à la loterie. 


Mais c'est un univers qui n'est pas suffisamment développé ce qui est dommage parce qu'il est prometteur, bon après c'est vrai que c'est compliqué de détailler un monde à part entière en "seulement" 330 pages.  Au moins l'entrée dans l'histoire est quasi immédiate ce qui est un gros point fort si, comme moi, vous avez du mal à immerger dans une histoire. 

Finalement on reste pas mal sur notre faim, que va-t-il arriver à Lark ? Ivy est-elle encore vivante ? et Miss Margaret ? Qui a subi des modifications génétiques entre les quatre et qui n'est pas une "vraie" Lotto girl ?
Après peut-être qu'à la base l'auteure souhaitait que ce livre soit un premier volet d'une saga, ou peut-être que ce devait être un one shot. Dans tous les cas on ne le saura pas, malheureusement Georgia Blain est décédée d'un cancer à la fin de l'année passée. 







samedi 9 septembre 2017

Série du moment - #18 Kingdom (saison 3)

Il y a tout juste un an je vous parlais de mon affection pour la série Kingdom de Byron Balasco, plus précisément je vous parlais de mon avis sur la saison 2 que vous pouvez retrouver ici.
Aujourd'hui, je reviens pour vous parler de la troisième et dernière saison de cette série. 

Si jamais vous souhaitez un petit résumé, autant aller voir mon article sur la saison 2, j'y explique la base des relations entre les personnages et le postulat de départ - il est plus simple de rediriger que de tout réécrire, surtout pour ceux qui connaissent déjà l'histoire ce qui est probablement le cas si vous regardez cet article. 


Après avoir adoré la saison 2, j'étais évidemment pressée de voir débarquer la troisième, surtout qu'il avait été dit qu'il s'agissait de la dernière saison malheureusement. C'est sans doute pour cette raison, que j'ai trouvé que certaines intrigues n'étaient pas suffisamment développées voire même pas du tout terminées. 

Cette saison ne commence pas à la suite de la deuxième, du temps a passé. Jay a arrêté le combat et s'est rangé, il travail dans l'immobilier, il a une femme et même une petite fille, nous sommes donc bien loin du gros toxico auquel on avait l'habitude dans les saisons précédentes - il faut croire que la mort d'Eva/Ava dans la saison précédente lui a permis de remettre les choses en perspective même si on n'aborde jamais sa mort, ni même son personnage - pas plus que celui d'Alicia d'ailleurs. 

Nate est resté fidèle à lui-même, il se bat toujours et est également toujours avec son copain, rencontré dans la saison 2. Maintenant que Jay est au courant pour son homosexualité, on pourrait penser que Nate s'assume plus, mais non, pas du tout même, il est toujours caché, il a toujours peur de la façon dont son père pourrait réagir, et la suite des événements montrera qu'il peut avoir raison d'avoir peur. 

Dans les saisons précédentes, j'aurais dit sans hésiter qu'Alvey et Jay sont de loin mes préférés et pourtant, dans cette saison, j'ai trouvé le personnage de Jay bien trop absent, trop effacé, en quelque sorte un pâle reflet du personnage complètement loufoque, même barré qu'on a l'habitude de voir et ça m'a un peu déçu. En revanche pour ce qui est d'Alvey, que dire franchement ? son personnage me touche, que ce soit dans sa manière d'être, sa façon d'être à la fois autodestructeur et à la fois très attachant, ses réactions disproportionnées qui n'apportent que des embrouilles - comme le prouve l'avant dernier épisode de la saison d'ailleurs - et son besoin de contrôle, son besoin de montrer aux autres (et à lui-même) qu'il est toujours capable. Et puis il faut le dire, on attend un combat d'Alvey depuis le début de la série, enfin personnellement j'ai toujours voulu qu'il se batte alors forcément quand j'ai vu que c'était un des enjeux de cette dernière saison, j'ai été ravie ! 

Pour ce qui est de Ryan, j'aimais assez son personnage avant, comme je l'avais dit j'ai été touchée par sa relation avec son père, sa gentillesse qui s'entrechoque à un manque de contrôle flagrant. Cette fois, j'ai été saoulée par son comportement durant presque les trois-quarts de la saison, il est vrai qu'il finit par se rattraper dès le moment où il rembarre Dom dans le bar, mais avant ça, qu'est-ce qu'il est fatiguant franchement ! Enfin je dis ça mais j'ai quand même compati lorsqu'il a tabassé un des hommes qui étaient entrés chez lui pour le voler. 


Objectivement parlant, j'ai trouvé cette saison assez inégale, enfin non, ce n'est même pas le mot. J'ai été emportée par l'intrigue Dom, depuis le début on sent bien qu'il n'est pas vraiment un bon gars, qu'il cache quelque chose, du moins qu'il faut s'en méfier et c'est bien ce que l'on fait. À chaque nouvel épisode il semble avoir une idée en tête et pourtant au final, j'aimerais qu'on m'explique l'intérêt de cette intrigue ? J'ai l'impression qu'il y avait soit le besoin de meubler et avoir un enjeu pour quelques épisodes, soit qu'il y a eu un gros manque de temps parce qu'il fallait boucler la saison et donc la série en 10 épisodes et que c'était impossible. 
Dom est présent dans les trois quarts de la saison et pourtant, il suffit que Ryan l'envoie paître pour qu'il disparaisse pour de bon sans demander son dû, j'ai trouvé ça franchement gros. 


Kingdom, saison 3 épisode 10.


C'était gros mais sans doute nécessaire pour pouvoir se concentrer sur la fin de la série, sur les origines d'Alvey - on fait enfin la rencontre de sa mère ! - ce qui permet une réunion familiale, chose qu'on n'avait pas vu depuis longtemps. Ces épisodes sont géniaux, vraiment, j'ai adoré cette fin de saison, cette volonté qu'a Alvey de faire les choses bien avec ses fils (enfin !) et puis tout s'enchaîne sans qu'on puisse rien faire, sans qu'on ne contrôle rien, du moins pas plus que les personnages eux-mêmes et alors, c'est le drame. 

J'ai été choquée, j'ai été déçue et j'ai été triste. Peut-être fallait-il que ça se passe comme ça, Nate n'avait peut-être pas sa place dans ce monde impitoyable qu'est la MMA ou peut-être pas - dans les deux cas le discours de Jay dans le dernier épisode m'a donné des frissons tellement je l'ai trouvé percutant et c'est sans doute le seul vrai moment où j'ai le sentiment de retrouver le vrai Jay, ce personnage que j'ai adoré durant deux saisons. 
Peut-être qu'une fois encore Alvey devait être à la source, peut-être qu'il fallait que ce soit le rejet ultime, mais un rejet qui après coup, semble être plus une erreur qu'autre chose. Quoi qu'il en soit, j'ai trouvé dommage de réagir de cette façon quand on dit quelques minutes avant qu'on souhaite partager des choses avec ses fils. C'est tellement dommage que je n'en reviens toujours pas, Nate était probablement le moins cabossé par la vie, le plus acceptable en tout cas et voilà qu'il faut faire sans. 

Une fois encore le monde du sport est distancée par la réalité, par la vie elle-même, pour un temps en tout cas. 
Déchirant, voilà ce qu'est ce dernier épisode, un mélange de tristesse et d'incompréhension, un mélange de compassion et d'énervement, c'est tous les sentiments que l'on ressent devant cette série et qui sont réunis pour un seul et unique épisode, et quel épisode ! 
C'est l'enterrement puis c'est le match, celui qu'on attend, celui que tout le monde souhaite voir depuis toujours et le voilà, enfin. J'ai été déçue par cet affrontement, j'ai trouvé qu'Alvey prenait plus une dérouillée qu'autre chose, qu'il n'y avait pas vraiment de chorégraphie mais plutôt un lancé de coup un peu au hasard ce qui est dommage quand on voit la beauté de certains combats. Je pense notamment au dernier affrontement de Ryan et Jay qui est hyper immersif, hyper mouvementé parce que bien réalisé, on n'a pas le temps et on le sent. Là au contraire, j'ai eu l'impression que les plans avaient du mal à s'enchaîner, qu'il était difficile d'avoir une harmonie et c'est dommage surtout quand il s'agit du dernier combat. 

Bon après forcément ça reste Alvey alors j'ai aimé c'est évident, mais je m'attendais à mieux, non, je voulais mieux, pour terminer le tout en beauté. 
Surtout, je suis restée sur ma faim, j'ai encore collé sur la rétine ces images de fin de combat, ce moment où Jay parle à l'oreille d'Alvey et que nous, spectateurs, n'avons pas la possibilité de savoir ce qu'il lui dit, J'ai trouvé que c'était vraiment trop dommage quand on voit la relation du père et de son fils aîné depuis le début. J'aurais aussi aimé savoir où aller mener cette histoire avec Christina, s'ils allaient se rapprocher avec Alvey ou si au contraire elle allait rester dans cette maison très étrange - je précise d'ailleurs que j'avais énormément de mal avec son personnage auparavant et que celui-ci m'a assez plu cette saison, en grande partie par rapport à sa relation affectueuse avec Alvey. 


Après évidemment j'ai passé un bon moment avec la famille Kulina, avec l'équipe Navy St. et je suis vraiment déçue que cette série soit terminée parce qu'elle fait partie de ces séries de qualités qui sont trop méconnues pour obtenir une réelle reconnaissance. 
Je ne suis pas une grande amatrice de sport et encore moins quand il s'agit de sport qui implique la violence, mais il n'empêche que j'ai suivi cette série depuis ses débuts et que j'ai adoré parce que Kingdom ne se résume définitivement pas qu'à ça et cette saison l'a montré une fois encore. Cette série est intelligente et bien traitée que ce soit dans son sujet de base, le free fight, comme dans son environnement, c'est-à-dire les personnages qui gravitent autour de ce sport. 






mercredi 6 septembre 2017

Le Coin des libraires - #66 Métamorphose I. Exorde d'Ericka Duflo

Je pense que si vous suivez ce blog depuis pas mal de temps, vous savez comment je procède lors de l'acquisition de livres : je ne regarde jamais la quatrième, tout se fait au feeling en quelque sorte, je peux être attiré par la couverture, le titre ou encore l'auteur, mais jamais par le résumé ou alors c'est vraiment très rare. 

La saga Métamorphose d'Ericka Duflo n'a pas fait exception, j'ai souvent vu passer les couvertures sur Instagram et je les ai longtemps vu me faire de l'oeil dans la librairie où je vais le plus alors forcément, j'ai fini par craquer. 


Adolescente rebelle et obstinée, Senna brave les interdits depuis le décès de sa mère. Elle ne fréquente plus les mêmes amis, rentre tard le soir et se fait souvent renvoyer de l'école. Ses relations avec son père se dégradent. Pourtant, Senna a d'autres inquiétudes : une marque hideuse et boursouflée s'étale sur son dos, elle entend des voix effrayantes et a parfois l'impression d'être surveillée. Ses écarts de conduite vont l'amener dans un pensionnat en Alaska où elle fera la connaissance de Ian, un garçon aussi beau que sombre, au comportement très étrange.  Sa vie va alors prendre une tournure inattendue...


Je n'ai jamais acheté de livres des éditions Kennes, pour dire la vérité je ne connaissais pas cette maison d'édition avant. Je ne sais pas s'ils publient beaucoup de choses ou non, tout ce que je peux dire c'est qu'elle vient de Belgique. 
En tout cas je dois bien dire que malgré l'anonymat de celle-ci - je ne veux pas dire qu'elle est réellement inconnue mais que personnellement je n'en avais jamais entendu parler - leurs couvertures sont vraiment très jolies, elles donnent envie, en tout cas pour ce qui est des trois premiers tomes de Métamorphose qui sont vraiment beaux. 

C'est donc pour ses jolies couvertures et son titre que je me suis lancée dans l'univers imaginé par Ericka Duflo et je n'ai pas été déçue. 
Autant le dire maintenant, le gros point fort de ce livre est sans conteste ses créatures. Le fantastique est un genre que j'aime bien mais mine de rien ça tourne assez souvent en rond : vampire, loup-garou, sorcier, voilà ce à quoi on a droit généralement et là, là je dois dire que j'ai été très agréablement surprise. 

Bon, je dis ça maintenant mais je ne faisais pas la fière durant ma lecture, j'avais si peur que Ian soit un vampire... Je me suis répétée je ne sais combien de fois "si c'est un vampire, je ne termine pas le livre, c'est mort". J'avais l'impression que l'auteure reprenait un peu Twilight avec cette histoire de pensionnat où l'héroïne rencontre l'adolescent mystérieux, elle a des cours avec lui, elle est mal à l'aise quand il est là, etc, etc. Fin vraiment, j'avais trop peur que ce soit une mauvaise reprise mais en même temps je trouvais que l'auteure semblait s'en amuser plus qu'autre chose alors je ne savais pas trop quoi en penser. 
Depuis, l'auteure m'a dit que je ne suis pas trompée et qu'elle s'amusait véritablement des stéréotypes ce qui m'a quand même énormément rassuré et a fait grandir mon plaisir de lecture lorsque j'ai entamé le deuxième tome. 

Il s'avère que Ian n'est pas du tout un vampire, il est bien une créature surnaturelle, mais une créature très peu commune, une créature dont on parle vraiment très peu en général, un peu comme pour Senna en fait. 
Je m'étalerais plus sur leur véritable nature lorsque j'écrirais mon avis sur le deuxième volet, je ne veux pas prendre le risque de raconter l'histoire à ceux qui ne la connaîtrait pas encore. Ce que je peux dire, c'est que l'idée est excellente et j'ai vraiment accroché avec l'idée de parler de créatures aussi peu communes - en y réfléchissant, la seule histoire que j'aie lue et qui traite de la créature qu'est Senna a été l'Epouvanteur de Joseph Delaney et j'avais déjà trouvé à ce moment que c'était une pure idée. 


Métamorphose - I. Exorde d'Ericka Duflo, éditions Kennes.


Enfin voilà sans trop en raconter sur qui nos deux héros sont en réalité, je pense que je peux dire que j'ai passé un bon moment. Les pages défilent sans qu'on le remarque - il faut dire que la police est particulièrement grosse aussi. 
C'est le genre de lecture qui est sans prise de tête, où on se laisse prendre par l'histoire. Alors oui j'ai vraiment trouvé certaines situations un peu trop faciles à mon goût. J'ai vu dans cette histoire énormément de références à d'autres livres de young adult. Je parlais de Twilight plus haut mais il y a également Vampire Academy par exemple avec cette idée de pensionnant un peu au beau milieu de nulle part et qui est là pour protéger la jeune fille d'on ne sait quoi. J'ai vraiment pensé à d'autres lectures que j'avais pu faire par le passé et en y réfléchissant, ça ne me gêne pas plus que ça, au contraire même, j'ai bien aimé baigner dans toutes sortes de références et en même temps découvrir une véritable histoire qui au final n'est comme aucune autre. 


Dans le fond je lis quand même peu de roman jeunesse/young adult, j'aime bien en lire, mais je trouve que certaines histoires sont vraiment trop fleur bleu ou alors trop invraisemblables. Et puis j'ai des périodes aussi, j'aime bien en lire l'été généralement je ne pourrais pas dire pourquoi exactement mais je trouve que ce sont des lectures qui sont agréables à lire l'été, on ne se prend pas trop la tête, on a juste à se laisser immerger dans l'histoire et voilà, ça ne va pas plus loin. 
Il n'empêche que j'ai eu de vraies belles découvertes et que d'après moi il ne faut pas sous-estimer ce genre parce qu'en plus, les histoires ne sont généralement pas seulement réservées aux "jeunes adultes" - c'est d'ailleurs un terme que je trouve très réducteur et péjoratif, mais passons. 


Tout ça pour dire que j'ai passé un bon moment avec Exorde, j'ai bien aimé faire la connaissance de Senna même si je dois bien dire qu'elle m'a souvent énervé, mais j'ai surtout bien aimé Ian qui, d'après moi, a un fort potentiel. Senna aussi hein, mais il est évident qu'elle a du potentiel puisqu'elle est l'héroïne. 

Je suis pressée de me plonger dans la suite de cette saga mais il va falloir que je prenne mon temps puisque les trois premiers tomes sont sortis, le quatrième devrait sortir qu'en mars/avril de l'année et il ne manquera plus que le cinquième avant que ce ne soit la fin. Étant donné que je déteste attendre les sorties, je pense lire le deuxième tome dans les prochains jours et ensuite je ferai une petite pause, peut-être que j'attendrai la sortie du quatrième volet pour lire le troisième, je ne sais pas trop encore, je verrai. 

Quoi qu'il en soit si vous aimez le fantastique et surtout les créatures peu communes, n'hésitez pas, essayez Métamorphose, il y a des chances pour que ça vous plaise ! 







mercredi 30 août 2017

Le Coin des libraires - #65 Dernier voyage à Buenos-Aires de Louis-Bernard Robitaille

Avec la fin de mes partiels, j'ai eu la chance de recevoir en cadeau Dernier voyage à Buenos-Aires de Louis-Bernard Robitaille que je convoitais depuis des mois ! Je déteste commander sur Internet parce que je déteste attendre, je ne l'ai jamais acheté avant pour cette raison - il s'agit de la toute première publication de la collection Notabilia, publié en 2013, donc il est difficile de le trouver en librairie.

Comme j'avais très envie de me plonger dedans, j'ai terminé Les Nuits de laitue de Vanessa Barbara et j'ai enchaîné avec celui-ci, et on peut le dire, je n'ai pas été déçue de ma lecture.


Jefferson Woodbridge avait débarqué à Paris à vingt ans avec l’intention de devenir un romancier américain célèbre. Quelques décennies plus tard, on le retrouve, désabusé, obscur tâcheron du monde de l’édition qui apprécie ses qualités de nègre et de traducteur. Lorsque le docteur Moreno lui annonce qu’il sera aveugle dans les six mois, cela lui apparaît comme une délivrance : « Ainsi donc je n’aurai plus jamais le temps de m’ennuyer », se dit-il, en prenant la décision d’aller mettre fin à ses jours à Buenos Aires. La proximité de la mort fait également ressurgir le souvenir de Magdalena, la première femme, peut-être la seule, qui ait compté dans sa vie. Une jeune femme solaire, fantasque et insaisissable dont l’apparition un samedi soir au métro Mairie de Montreuil l’avait ébloui. Comme dans un rêve, il se souvient d’avoir vécu avec Magda la vie de bohême à Paris. Un jour elle avait disparu.



Le postulat de départ donne envie, c'est évident, et la suite également puisqu'on va remonter dans le passé de Jefferson pour en apprendre plus sur la mystérieuse Magdalena. Il m'a beaucoup fait penser au livre, Le dernier gardien d'Ellis Island de Gaëlle Josse pour le postulat de départ : après une nouvelle (ici l'annonce de sa cécité, dans l'autre, l'annonce de la fermeture d'Ellis) le protagoniste se remémore sa vie passée. Celle de John se concentre sur son poste au sein de la prison, celle de Jefferson sur sa relation tumultueuse avec Magda.

Ma lecture a été addictive, l'écriture est minutieuse, et même si on connaît la finalité de la relation entre les deux, on a juste envie d'en savoir plus, de connaître tous les tenants et aboutissants qui ont mené à cette conclusion. Ce n'est pas la vie de Jefferson qui est au centre, enfin elle l'est indirectement avec le fait qu'il soit venu à Paris pour devenir un grand écrivain par exemple, mais tout tourne autour de sa culpabilité, de cette femme qui le hante encore maintenant.

Le personnage de Jefferson n'est pas particulièrement attachant, certains de ses traits le sont, sa volonté de devenir écrivain, mais à ses rêves de grandeur viennent s'ajouter ses tendances à la flemmardise et finalement, il ne deviendra jamais ce qu'il voulait, il ne publiera jamais rien de son nom, sa vie entière semble se résumer à Magda.


Dernier voyage à Buenos-Aires de Louis-Bernard Robitaille, collection Notabilia.


Pour ce qui est de Magda, j'ai adoré son personnage. Il est raconté par le point de vue de Jefferson et il nous révèle une large palette du caractère de la femme. Sa beauté tout d'abord, mais aussi sa douleur, elle nous est pas clairement dite, mais certains passages sont extrêmement tristes, comme ceux où il lui dit qu'il est mieux qu'ils vivent séparés, ceux où il l'évite, etc. Pourtant, il revient toujours, et peut-être que ça a été le problème, peut-être que c'était trop douloureux pour elle de ne l'avoir qu'à moitié, de devoir supporter son indifférence.

Alors oui, Jefferson me fait de la peine après coup, mais il n'a pas été très correct avec elle, pas du tout même, on dirait qu'au fur et à mesure, elle est devenue l'ombre d'elle-même et c'est bien ce qu'il s'est passé.


J'ai adoré l'histoire, l'espèce de désespoir de cet Américain venu à Paris pour vivre une vie d'écrivain accompli, pour suivre les traces d'Hemingway ou de Fitzgerald et qui a dû renoncer à tout ça. Je ne peux pas m'empêcher de me demander s'il ne s'est pas saboté tout seul, s'il n'a pas eu assez de courage pour atteindre son but ou si tout simplement il n'était pas fait pour être ce qu'il souhaitait, mais dans tous les cas, j'ai de la peine pour lui. Mais tout s'efface quand je pense à Magda, au fait qu'il n'ait jamais essayé de prendre soin d'elle, qu'il ait voulu l'exhiber tel un trophée récemment gagné.

C'est un détail, mais j'aurais préféré un autre titre, je ne trouve pas que celui-ci ait suffisamment de poids pour porter une telle histoire. En se plongeant dans le livre, on s'attend à découvrir l'Argentine, ou du moins qu'on en parle plus que ça. Finalement, ici, on voyage énormément en Europe, mais on ne voit pas l'Argentine.


Maintenant que je sais que j'ai aimé Dernier voyage à Buenos-Aires, je pense bientôt m'atteler à La Péninsule, un autre livre de Louis-Bernard Robitaille paru chez Notabilia également.


"En même temps, je savais que l’image, si profondément enfouie fût-elle, ne se détruirait jamais tout à fait, qu’elle menaçait un jour ou l’autre de reprendre vie, épaisseur, couleur et forme, pour revenir me tourmenter. Je me demandai un instant si l’on pouvait mourir de honte."

Louis-Bernard Robitaille, Dernier voyage à Buenos-Aires.






mercredi 23 août 2017

Le Coin des libraires - #64 Les Nuits de laitue de Vanessa Barbara

Après avoir lu Phobie de Sarah Cohen-Scali, j'ai voulu m'attaquer à quelque chose de léger alors j'ai décidé de lire Les Nuits de laitue de Vanessa Barbara et je n'ai pas été déçue. 

Si je ne me trompe pas, il s'agit du deuxième livre des éditions Zulma que je lis - le premier ayant été Vent printanier de Hubert Haddad - mais j'en ai quelques uns dans ma pile à lire, notamment de Hubert Haddad toujours, je ne sais pas, je n'arrive pas à trouver le temps pour le lire - si quelqu'un l'a lu et peut me donner son avis dessus ce serait bienvenu ! 



Otto et Ada partagent depuis un demi-siècle une maison jaune perchée sur une colline et une égale passion pour le chou-fleur à la milanaise, le ping-pong et les documentaires animaliers. Sans compter qu’Ada participe intensément à la vie du voisinage, microcosme baroque et réjouissant.
Il y a d’abord Nico, préparateur en pharmacie obsédé par les effets secondaires indésirables ; Aníbal, facteur fantasque qui confond systématiquement les destinataires pour favoriser le lien social ; Iolanda et ses chihuahuas hystériques ; Mariana, anthropologue amateur qui cite Marcel Mauss à tout-va ; M. Taniguchi, centenaire japonais persuadé que la Seconde Guerre mondiale n’est pas finie.
Quant à Otto, lecteur passionné de romans noirs, il combat ses insomnies à grandes gorgées de tisane tout en soupçonnant qu’on lui cache quelque chose…


Avec un titre aussi loufoque, on ne pouvait suivre qu'une histoire elle-même loufoque et c'est exactement ce que c'est, un roman qui te fait passer un bon moment, sans prise de tête, et ça fait du bien ! On suit donc Otto, qui doit vivre seul depuis la mort soudaine de sa femme Ada. On va suivre ce personnage perdu dans cette vie de solitaire, incapable de changer une ampoule par lui-même, voué à la solitude parce qu'il n'y avait qu'elle qui parlait avec les voisins et lui racontait tout par la suite. 

On voit des souvenirs de leur vie, la façon dont ils étaient ensemble, ce qu'ils faisaient de leur journée. On découvre alors la grande absente du livre, celle qui est au centre de ce microcosme que représente le voisinage, celle qui est partie et est liée aux intrigues (celle d'Otto consiste à savoir ce que cachent ses voisins, celle des voisins consiste à cacher un triste événement dont Ada a été la complice). 

C'est un livre léger tout en étant assez grave : il traite quand même de la perte, de la mort, de meurtre. Et pourtant, c'est tout doux, il n'y a pas de vocabulaire percutant, ou autre, on suit les événements comme ils se déroulent et on patiente sagement jusqu'aux dernières révélations. 
Je n'ai pas eu besoin de dévorer ce livre, déjà parce qu'il est relativement court, mais aussi parce qu'il ne s'y est pas prêté. J'ai aimé le lire, mais je ne me suis pas jetée dessus comme ça peut être le cas pour d'autres. 


Les Nuits de laitue de Vanessa Barbara, éditions Zulma.


Globalement j'ai passé un bon moment, j'ai aimé me tenir auprès d'Otto et vivre sa confusion, sa méfiance envers ses voisins. J'ai aimé son espèce de répulsion des autres, la volonté de vouloir rester seul tout en étant comme commandé par une force intérieure qui cherche la chaleur humaine. 
Otto reste le grand ignorant de l'histoire, il ne sait rien et ne saura pas.
Je dois dire que je ne m'attendais pas à cette révélation, l'histoire avec cet ancien soldat japonais qui m'a amusée, m'a fait de la peine, m'a dégoutée par tant de fanatisme, je ne m'y attendais pas du tout et j'ai trouvé ça bien ficelé. Parce que oui, ceci explique cela. 

Les personnages sont très bien décrits, mais la plupart ne m'ont pas touchée. Excepté Otto, ce vieux Mr Tanigushi et Ada bien sûr. En revanche, il faut reconnaître que chaque personnage est différent des autres, j'ai par exemple beaucoup aimé l'espèce de fascination qu'a Nico pour les notices de médicament, ça m'a beaucoup amusée. 

Finalement je dirais que ça a été une lecture agréable, un bon premier roman pour Vanessa Barbara qui arrive très bien à lier une intrigue sombre à un ton léger, dénué d'accusations, mais rempli de faux semblants. 





samedi 19 août 2017

Le Coin des libraires - #63 La sublime communauté I. Les Affamés d'Emmanuelle Han

J'ai eu la chance de recevoir en avant-première Les Affamés, le premier volet de La sublime communauté d'Emmanuelle Han par le biais de Babelio et des éditions Actes Sud - la parution est prévue pour le 4 octobre ce qui laisse encore du temps. 

En temps normal je dois dire que je n'aurais sans doute pas acheté ce livre, la couverture ne fait absolument pas envie, l'auteure m'est inconnue et comme je ne lis jamais les quatrièmes, je ne vois pas comment j'aurais pu me retrouver avec ce livre entre les mains et pourtant ! 
Pourtant on m'a proposé de participer à une opération privilégiée et dans ce genre de cas, je lis toujours les résumés. J'ai déjà tellement de livres à lire chez moi que je n'ai pas envie de m'en rajouter juste sous le prétexte que ce sont des livres qui sont offerts puisqu'il faut quand même les lires rapidement - il faut publier son avis dessus un mois au maximum après réception. 


Il faut que je dise dès maintenant que j'ai passé un excellent moment, ça a été une lecture que j'ai beaucoup aimée et qui, malheureusement, donne vraiment trop envie d'en savoir plus, mais il va falloir attendre. 


C'est la fin de notre ère. Aux quatre coins d'une planète surpeuplée et en pleine dévastation, six mystérieuses portes apparaissent, ouvrant des brèches vers des mondes inconnus. En quête d'une terre promise, fuyant la misère et la mort, des flux d'hommes, de femmes et d'enfants désespérés, Les Affamés, se pressent vers ces Six Mondes, ignorant tout à leur sujet. Quels secrets renferment ces Portes ? Quel mal ronge les Affamés ? Quelle est la nature des six Mondes ? En ces temps de détresse où la violence et le chacun-pour-soi font rage, seuls trois enfants pourront le découvrir. Ashoka, Ekian et Tupà ne se connaissent pas, vivent à des milliers de kilomètres de distance. Pourtant, leurs destins sont liés. De leur union dépendra le sort de la Sublime Communauté.



Tout d'abord, j'ai trouvé l'idée novatrice, c'est la fin de notre monde, enfin celle-ci est même déjà survenue et on se retrouve dans un univers rempli de zones d'ombres où tous nos repères ont disparu et où on va suivre trois enfants qui n'ont bien évidemment jamais connu le "monde d'avant". 

J'ai pris énormément de plaisir à découvrir un univers propre à l'auteure déjà, mais surtout un univers inspiré de divers mythes/légendes/traditions avec par exemple la présence d'une sorcière ou même de Hanumãn qui est le patron des lutteurs, le dieu de la sagesse dans la religion hindoue - oui je me suis renseignée quand même ! 
Les inspirations de l'auteure me sont complètement étrangères je dois bien le dire, je m'en sors pas trop mal quand il s'agit de mythologie grecque/romaine et même parfois nordique mais pour le reste, je suis une vraie bille ! Ici, bien que l'auteure transforme les choses un peu à sa sauce, il y a une véritable inspiration et ça m'a permis de considérablement sortir de ma zone de confort et j'ai beaucoup aimé cet aspect. J'ai par exemple découvert ce qu'est le sanskrit - la langue des textes religieux hindous ou bouddhistes. C'est bête, j'ai souvent entendu ce mot, je savais que c'était une langue - quand même ! - mais je n'en avais jamais entendu parler dans un livre et je n'en avais jamais vu à l'écrit non plus.

Vous l'aurez compris j'ai énormément aimé tout l'aspect mythique dans lequel l'auteure a puisé afin de construire son imaginaire. Cet espèce de melting pot m'a énormément séduit, j'ai découvert un monde différent, nouveau et surtout original et pour le coup, c'est là que réside toute la force de ce roman.
Là, et aussi dans les personnages, ces trois enfants/adolescents que l'on suit alternativement. 


La sublime communauté, tome I : Les Affamés d'Emmanuelle Han.


Il y a Tupà d'abord qui a grandi dans une tribu entre le Brésil et l'Argentine. On ne sait pas grand chose sur sa façon de vivre si ce n'est qu'il doit trouver la Terre sans Mal et qu'il passe beaucoup de temps à la ville à faire des magouilles - ce mot est vraiment très laid. Même si c'est sans doute son personnage qui finit par être le plus avancé dans sa connaissance des Transplantés, il est celui qui m'a le moins plu. J'ai aimé le suivre, c'est simplement que jusqu'ici il m'a un peu moins fasciné que les deux autres - même si je dois bien dire que vers la fin du tome, il devient plus intéressant. 

Ekian est la seule fille, elle vient d'une communauté Touareg, donc du Sahara. Son personnage est absolument passionnant - elle est quand même la fille d'Amoulkadine (gros plus pour l'histoire des Étincelants !) et puis je pense que ce n'est pas pour rien si les Guetteurs cherchent absolument à lui mettre la main dessus. 

Et puis enfin, il y a Ashoka que j'adore, littéralement ! Il est le plus jeune, il est vit à Gange, en Inde, au service du roi où son travail consiste à tenir le Feu. Si je trouve le personnage d'Ekian passionnant, celui d'Ashoka est génial pour son rapport à la Flamme, au singe également. Tout l'aspect mythique dont je parlais au début transparaît de ce personnage plus que des autres - d'après moi en tout cas. 

Ces trois personnages ne se connaissent pas, pour preuve ils vivent tous dans des lieux bien éloignés les uns des autres et surtout ils ne savent pas eux-mêmes qu'ils sont différents.
L'auteure maîtrise parfaitement son histoire si bien qu'on en demande toujours plus, mais elle nous dévoile quand même des informations ici et là. Il y a encore plein de choses que l'on ne sait pas - ce qui est normal quand il s'agit d'un premier tome - mais il y a aussi des choses qu'on sait déjà et ça c'est une très bonne chose. On n'est pas sur notre faim à se poser mille et mille questions, non, on est sur notre faim parce que ce qu'on a appris donne l'eau à la bouche.

J'avais peur de finir ce tome sans savoir pourquoi on suit ces personnages et pas d'autres et non, ce n'est pas le cas, les clés nous sont données au fur et à mesure du temps et pour ça, je dis merci à l'auteure. J'ai aussi trouvé que c'était une bonne idée d'insérer des termes espagnols ou encore du tamasheq (la langue touareg) dans le récit, ça donne une véritable impression d'immersion et ça rajoute à l'exotisme de l'histoire. Une distanciation s'opère alors puisqu'on aborde des modes de vie ou de pensées qui sont inconnus et c'est ce qui a rajouté à mon plaisir de lecture. 

Par contre, je n'ai pas compris pourquoi avoir appelé ce tome les Affamés. J'ai compris qui ils sont et tout, mais ils sont tellement relégués au second plan que je ne sais pas, je ne crois pas que ça aurait été le titre que j'aurais choisi. 

C'est un premier volet maîtrisé, bien ficelé et qui donne envie. Également, j'ai trouvé que c'était une bonne idée d'ajouter un extrait du deuxième tome ainsi que de donner son titre et une idée de sa date de sortie - 1er semestre 2018. 
Tout ce que j'ai à dire est vivement, vivement la suite, que je sache qui est l'Observateur, mais surtout, qui est la Sublime communauté ou encore si elle existe bel et bien ? Tout ce que je peux dire c'est que je serai au rendez-vous ! 








mercredi 16 août 2017

Le Coin des libraires - #62 Phobie de Sarah Cohen-Scali

Bien que je sois ouverte à énormément de genres littéraires, je lis peu de roman adolescent/young adult. J'aime bien en lire, certaines histoires sont vraiment très bonnes - je pense à Métamorphose d'Ericka Duflo dont je vous parlerai dans un prochain article et que j'ai adoré ! - mais je n'en lis pas énormément, je ne saurais pas dire pourquoi, même si je pense que c'est en partie parce que je trouve souvent que les histoires sont répétitives, qu'on a toujours la même structure de base et ça m'ennuie rapidement. 

Pour Phobie, ça n'a pas été la même chose, ce livre aborde toutes sortes de sujet dont on ne parle jamais : l'achluphobie (la peur du noir), la thérapie par le biais de la réalité virtuelle. J'ai appris pas mal de choses à ce sujet et j'ai vraiment aimé découvrir quelque chose de nouveau. 


Une odeur de moisi. Une cave. L’obscurité totale. Et la peur. La peur qui prend aux tripes. Cauchemar...ou réalité ? Anna ouvre les yeux et prend peu à peu conscience qu’elle n’est pas en train de faire le cauchemar récurrent qui la tourmente depuis son enfance, mais qu’elle est bel et bien séquestrée. Qui l’a enlevée ? Le croque-mitaine qui la terrorise depuis qu’elle a cinq ans, ou un homme de chair et d’os ? Chargé d’enquêter sur l’enlèvement de la jeune fille, le commandant Ferreira doit collaborer avec un psychiatre, le docteur Fournier. Son enquête est vite reliée à une autre, celle de la disparition du père d’Anna, onze ans auparavant. Onze années de silence et d’oubli à parcourir. Un voyage à rebours, au coeur d’une mémoire secrète.



On suit donc Anna dans sa petite vie pas si tranquille que ça puisqu'elle a peur du noir, mais surtout peur d'autre chose, de celui qui a pris son père, il y a maintenant onze ans. Même si de prime abord on pense que cet événement tragique se trouve derrière l'adolescente, on va être obligé de constater que tout tourne autour de cette mystérieuse disparition.

En plus de traiter le cas d'Anna, on assiste alors aux recherches d'un commissaire qui a assisté au drame des années plus tôt. Il va décider de rechercher Anna déclarée disparue tout en essayant de creuser un peu plus pour tenter de découvrir ce qui est arrivé au père.

Au fil des pages, l'illusion s'emmêle avec la réalité si bien qu'il est difficile de savoir si elle a réellement vu le croque-mitaine comme elle l'a affirmé plus jeune ou si elle est atteinte d'hallucination ou a simplement fait un cauchemar, enfin toutes sortes d'hypothèses se révèlent être tout sauf loufoques !
Durant une large partie du livre - jusqu'à ce qu'Anna soit "retrouvée" - on se met à être méfiant envers tous les personnages, excepté le commissaire Fereira qui n'a pas l'air de cacher quoi que ce soit.



Phobie de Sarah Cohen-Scali aux éditons Gulf Stream, collection Électrogène 


J'ai énormément aimé tout le parallèle avec les contes de fées, le lien fait avec son père pour qu'elle puisse vaincre sa peur et aller de l'avant. Le personnage d'Anna m'a plu, surtout pendant sa séquestration, je me suis énormément attachée à elle, et malheureusement je n'ai pas trop aimé son changement de tempérament par la suite, je l'ai trouvé un peu trop sûre d'elle, même si je comprends pourquoi elle prend confiance, je trouve que c'est trop radical.
Forcément j'ai aimé aussi le psychiatre, il n'hésite pas à prendre des risques, il va un peu trop loin quand même, mais il réussit, ses actions aboutissent, comme celle de Fereira.

Phobie est un roman très bien ficelé. Je croyais que tout allait tourner autour de la disparition d'Anna mais en fait non pas du tout et la suite nous révèle de très bonnes surprises. J'ai adoré le fait que l'auteure ait décidé d'aborder un sujet vrai, même si comme elle le dit elle-même à la fin, elle a pris des libertés par rapport à la réalité, il n'empêche qu'elle se fonde sur une partie de vérité, le service nommée dans l'hôpital parisien existe bel et bien, etc.

Ce livre change des mes lectures habituels, Sophie Cohen-Scali a mélangé le thriller psychologique au roman policier en quelque sorte, mais dans une représentation qui est vraiment peu commune. Je me suis prise à l'intrigue, aux recherches, aux rebondissements.
Ça a été un vrai plaisir de lecture, j'ai passé un bon moment et c'est ce dont j'avais besoin, alors on peut dire que Phobie a rempli son rôle.






mercredi 9 août 2017

Le Coin des libraires - #61 Sonderkommando, entretien avec Shlomo Venezia

Un autre livre sur la Seconde Guerre mondiale, oui je sais. Ce ne sera pas le dernier en plus, puisque j'ai lu par la suite Le Journal d'Helga d'Helga Weissová. 

J'ai toujours voulu en apprendre plus sur les Sonderkommando, ces juifs qui étaient assignés aux travaux dans les crématoires, comme aider les prisonniers à se déshabiller avant d'entrer dans les douches, retirer les corps après que le Zyklon B ait fait son travail, ou même "enfourner" les corps dans les fours...
Comme je le disais dans mon article sur Primo Levi, tous les récits de guerre sont abominables, les camps le sont particulièrement - parce que c'est un sujet foisonnant, où la liberté de paroles s'est accomplie et parce que ça a touché une large partie du monde -, mais là, j'avais bien conscience que ça allait sans doute être pire encore. En effet, on peut dire que ça l'a été. 


Issu de la communauté juive italienne de Salonique, Shlomo Venezia fut déporté à l’âge de vingt et un ans à Auschwitz-Birkenau, et incorporé dans les Sonderkommandos, ces « équipes spéciales » chargées par les SS de vider les chambres à gaz et de brûler les corps des victimes, avant d’être éliminées à leur tour au bout de quelques mois. Plus d’un demi-siècle après, le témoignage d’un des rares rescapés.


Début mai, j'ai été voir une exposition au Mémorial de la Shoah de Paris, cette exposition était sur la WWII dans la BD - d'ailleurs c'est une expo vraiment très intéressante, elle vaut le détour ! - et après ça, j'ai été dans la librairie du Mémorial. C'est ici que j'ai trouvé Sonderkommando et Le Journal d'Helga, deux livres que je ne connaissais pas et qui m'ont fait très envie - en plus de beaucoup d'autres ! 

Évidemment, il ne sert à rien de dire à quel point ce livre est dur, à quel point il est sale et emmène le lecteur jusqu'au dégoût. Pas du dégoût pour le travail que ces juifs ont dû faire de force, mais pour ceux qui les ont poussé à faire ça. 
Avec ce livre, on découvre une nouvelle image des camps, celle des Sonderkommando qui sont tantôt vus comme des "privilégiés" (ils ont plus de nourriture par exemple) tantôt comme des complices du régime nazi. 

L'idée d'entrer en quelque sorte dans les bas-fonds par le biais de cet entretien de Shlomo Venezia donne au lecteur la possibilité d'apprendre plus de choses, des éléments dont on ne parle jamais comme par exemple la situation de la Grèce lors de son annexion. D'ailleurs, les quelques pages à la fin du livre donne plus de détails historiques et permettent de comprendre un peu mieux comment les choses se sont passées lorsque Mussolini était allié à Hitler et comment elles se sont passées lorsque les deux dictateurs sont devenus ennemis. 

Shlomo Venezia, juif grec, nous raconte sa vie avant sa déportation, puis sa déportation avec sa famille, qui a été entièrement décimée à l'exception de sa soeur aînée, et de son frère qui était avec lui dans les Sondekommando. 


Sonderkommando, entretien avec Shlomo Venezia, éditions Livre de poche

Même après autant d'années, il donne des informations très précises sur ce qu'il y a vécu, sur les gardiens dans le crématoire (lui travaillait dans le crématoire III, un des plus utilisés), sur la révolte peut-être vaine des Sonderkommando, sur la vie de guerre, leur évasion pour ne pas être tué. Shlomo Venezia a eu de la chance d'y arriver à ce moment-là. Ce poste est évidemment le pire de tous, les Sonderkommando sont à l'écart des autres prisonniers pour ne pas qu'ils puissent parler, ils dorment dans le crématoire, ils mettent au feu des corps inertes d'inconnus, d'amis, de la famille, ils broient les os qui n'ont pas bien brûlés. C'est pour cette raison que les nazis ont décidé de tous les gazer au bout de trois mois, Shlomo y est resté bien plus de trois mois, il y est resté jusqu'à ce que le camp soit évacué. L'explication au fait qu'il n'ait pas été gazé est simple : les Allemands, voyant qu'ils allaient perdre la guerre, il devait faire au plus vite pour tuer un maximum de personne, il n'y avait donc pas le temps de s'occuper des équipes de Sonderkommando. Après ça, il a fallu de la main d'oeuvre pour démonter les crématoires et ne laisser aucune trace. Une fois encore, les prisonniers ne pouvaient pas avoir un accès libre aux crématoires, ils ne devaient pas voir la configuration des lieux, une fois encore pour ne laisser aucune trace. 
Si Shlomo a pu témoigner, c'est parce qu'il s'est enfui, parce qu'il savait que sa mort allait poindre le bout son nez s'il restait dans le camps pendant que les autres détenus étaient évacués. 


C'est un récit vraiment horrible, je n'ai pas d'autres mots. Certains passages m'ont retourné l'estomac, ils m'ont écoeuré, dégouté plus que pour ma lecture de Primo Levi ou même Charlotte Delbo. Je pense à ce passage où le rescapé confie qu'il a dû aider son oncle à se déshabiller pour l'envoyer à la mort, qu'il lui a donné un petit quelque chose à manger parce qu'il savait que c'était la fin pour lui et qu'il voulait le tranquilliser. Il explique que ses "coéquipiers" se sont occupés du reste (le sortir de la chambre à gaz, le mener au four, le mettre dedans...). Ce passage est sans doute celui qui m'a le plus marqué. Je ne saurais dire pourquoi parce que franchement, je ne suis pas certaine qu'il soit le pire de tous. 

Aujourd'hui, mon avis est comme celui d'hier, les membres du Sonderkommando n'auraient jamais fait ce travail de leur propre volonté, de gaieté de coeur, Shlomo a fait une erreur, celle de se proposer pour un travail sans savoir en quoi il consistait et ce, pour un peu plus de nourriture que les autres. Qui peut bien vouloir faire ça de son propre chef franchement ? La révolte est la preuve que ces hommes ne voulaient pas faire ça, qu'il voulait mettre fin à toute cette horreur en faisant exploser les crématoires. Alors oui, la révolte a été rapidement étouffée, mais elle a bien eu lieu. 


Ce texte est très difficile à lire, mais il est également très riche en informations sur un poste trop peu abordé - en même temps, il y a eu peu de survivants des Sonderkommandos pour témoigner... Il doit être lu tout comme Levi doit l'être, il doit être plus connu parce qu'il est un récit précieux pour nous, les générations suivantes. 


"Cela me réconforte de savoir que je ne parle pas dans le vide, car témoigner représente un sacrifice énorme. Ça ranime une souffrance lancinante qui ne me quitte jamais. Tout va bien et, tout d’un coup, je me sens désespéré. Dès que je ressens un peu de joie, quelque chose en moi se bloque immédiatement. C’est comme une tare intérieure ; je l’appelle la « maladie des survivants ». Ce n’est pas le typhus, la tuberculose ou les autres maladies qu’on a pu attraper. C’est une maladie qui nous ronge de l’intérieur et qui détruit tout sentiment de joie. Je la traîne depuis ce temps de souffrance dans le camp. Cette maladie ne me laisse jamais un moment de joie ou d’insouciance, c’est une humeur qui en permanence érode mes forces."
Shlomo Venezia, Sonderkommando.








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