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dimanche 24 septembre 2017

L'Avenue du cinéma - #25 Les Proies de Sofia Coppola

Voilà longtemps que je n'ai pas écrit un article sur le cinéma. Le dernier en date était pour le film Mademoiselle de Park Chan-wook qui fait partie de mon tops 10 de l'année 2016. J'ai souvent voulu écrire des articles sur des films, j'ai longuement hésité pour Get Out de Jordan Peele que j'ai littéralement adoré, mais par manque de temps j'ai été obligée d'abandonner l'idée. 

J'ai aussi hésité avant de commencer à écrire cet article, j'ai un peu peur d'être rouillée après avoir passé plus de six mois sans donner un avis qui soit relativement détaillé sur un film, mais j'ai envie de vous en parler alors on verra. 

J'attends Les Proies depuis des mois, étant une grosse fan de Kirsten Dunst, je me tiens au courant de ses projets et quand j'ai appris qu'elle allait de nouveau travailler aux côtés de Sofia Coppola j'étais trop heureuse. Je trouve que ce duo marche très bien, d'ailleurs, il me semble que tous les films que j'ai vu de cette réalisatrice sont ceux qu'elle a fait avec Kirsten Dunst, excepté The Bling Ring (2013) auquel je n'ai pas trop adhéré - et oui, honte à moi qui n'aies pas vu ni Lost in Translation (2003) ni Somewhere (2010) ! 

Avant d'entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser que je n'ai pas lu le livre éponyme (1966) de Thomas Cullinan et je n'ai pas vu la version cinématographique de Jon Siegel (1971) avec Clint Eastwood. Pour tout dire, je ne pense pas que je lirai le livre, ça m'a tout l'air d'être une brique et pour ce que j'en ai lu, je crois que j'aurais trop de mal à entrer dedans. Pour le film, franchement d'un côté, la curiosité prend le dessus et j'aimerais savoir ce qui a été fait avant, mais d'un autre, le film de Coppola semble prendre un tollé parce qu'il est justement comparé au film de 1971 alors qu'ils sont apparemment très différents - même si évidemment le postulat est le même, alors je suis sur la réserve. 


Affiche The Beguiled/Les Proies (2017), Sofia Coppola.


Bon comme vous l'avez probablement compris, plus que pour l'histoire, c'est pour la réalisation et les acteurs que j'a vu ce film. Bon, ce n'est clairement pas pour Colin Farrell ou même Nicole Kidman, mais bien uniquement pour Kirsten Dunst et un peu Elle Fanning aussi. 

Rapidement quand même, l'histoire est celle de John McBurney (Colin Farrell), un yankee trouvé à la limite de l'inconscience dans les bois par Amy (Oona Laurence) qui décide de le ramener dans le pensionnat où elle vit exclusivement avec des femmes. Nous sommes en 1964, la guerre de Sécession a commencé depuis quelques années et pourtant les femmes du pensionnat décident de le remettre sur pied, bien qu'il soit un ennemi - il est un Nordiste, elles sont des Sudistes. 
Voilà le postulat de départ en gros. 

Franchement, je pense que j'aime autant ce film parce que justement ce n'est pas l'histoire qui me faisait le plus envie. C'est ce que j'ai le moins aimé dedans, son intrigue principale. Les personnages sont un peu trop survolés, ils n'ont pas de véritable passé - Martha (Nicole Kidman) avait quelqu'un avant la guerre de Sécession, Edwina (Kirsten Dunst) désire se barrer du pensionnat plus que toutes les autres. C'est quand même la raison pour laquelle elles sont bloquées ensemble et au final on ne se concentre que sur le rapport entre les femmes et John.  
Pour ajouter de l'épaisseur aux personnages, je pense qu'il aurait été bien de les doter d'un passif et non pas de seulement se concentrer sur l'instant, sur leur désir, leur besoin d'être celle qui gagnera John même si je peux comprendre que ce soit un parti pris que de saisir des femmes à des âges divers et dans une situation aussi délicate, peut-être que finalement le passé ne compte pas dans ce genre de situation (?). 
Le fait qu'on ne sache rien sur eux rend flou les prises de positon. On ne connaît pas le tempérament des personnages, Colin Farrell joue bien, mais son personnage est volatile, a-t-il véritablement des raisons de devenir menaçant après la mutilation ? a-t-il vu clair dans le jeu de ces femmes qui incarnent l'innocence même ? les femmes voulaient-elles réellement se venger en exerçant une forme de castration perceptible par la mutilation ? oui, encore maintenant il y a trop de questions qui se bousculent et trop peu de réponses peut-être.

Mais aussi, c'est cet aspect là qui m'a énormément plu dans le film, qui est innocent, qui ne l'est pas ? Dès le début on est persuadé que l'intrus qu'est John va être le "chasseur" et que ces femmes seront ses "proies", c'est évident de se dire ça rien que par le titre - un titre qui est pour moi particulièrement très mal choisi puisque personnellement il n'y a aucune nécessité d'y mettre un pluriel... - mais finalement à la fin du film la question se pose de nouveau, qui a été chassé ? 
Ce ne sont sûrement pas les femmes. Ce sont elles qui mènent la danse, ce sont elles qui décident si John doit rester pour guérir ou être livré, s'il a le droit de manger avec elles ou s'il doit manger seul, enfermé. La seule décision de John est celle de choisir le lit dans lequel il veut coucher, sa seule décision, et sans aucun doute la plus bête vu la tournure des événements. 


Les Proies (2017), Sofia Coppola.


Bien évidemment il fallait s'attendre à la question de la féminité chez Coppola, leur virginité, leur pureté transparaît par tous les pores de ces femmes habillées de blanc ou encore de bleu, mais c'est un portrait en demi teinte que la réalisatrice nous livre. 
Au départ elles sont ce qu'elles représentent, des sortes de saintes vivant en autarcie, qui vouent leur journée à un labeur (celui de travailler au jardin ou celui d'étudier) et dès l'arrivée du sexe opposé, d'un homme qui s'affiche immédiatement en tant qu'ennemi - parce qu'il est un yankee déjà mais parce qu'il est un homme surtout, alors ces femmes changent du tout au tout. Elles deviennent calculatrices - je pense à Martha qui tente de tromper John avec l'alcool, elles sont perfides et jalouses entre elles - on le voit avec les remarques sur les bijoux, les épaules nues d'Edwina qui choque par son audace et son manque de pudeur, et ça va carrément jusqu'au dévergondage avec Carol (Elle Fanning) qui, ni une ni deux décide d'embrasser John et accepte même de l'avoir dans son lit ! 

J'ai vu Les Proies comme l'invitation d'un corps étranger, un double ennemi dans un microcosme matriarcal qui refuse la servitude, qui souhaite faire les règles et compte bien les appliquer peu importe ce que ça demande. C'est assez ironique de voir des femmes qui semblent si pieuses et en même temps qui sont si facilement convaincues qu'il faut supprimer un homme.

Tout le long du film on a cette ambivalence des personnages qui est dû au jeu, les femmes sont discrètes, elles parlent avec une sorte de réserve, une timidité qui se révèle être feinte - pour Edwina et Carol qui prouvent qu'elles ne sont pas du tout blanches comme neige, bien au contraire, et je crois qu'il en va de même pour Martha qui aurait bien aimé avoir sa part du gâteau aussi. Ce ne sont pas dans les mots qu'il faut chercher des réponses, mais dans le regard. Ils disent tous ce qu'ils désirent avec celui-ci et du coup ça entraîne une certaine retenue qui est intéressante à observer. 
Même le personnage de John finalement, il paraît franchement sympa même si on sent bien que les femmes l'intéresse, il n'est pas non plus insensible à leur charme et il a bien senti qu'il avait le choix alors il a saisi sa chance, mais en soi, il ne dit rien qui puisse être mal interprété avant qu'il ne se blesse de nouveau. 


La réalisation est tout en finesse avec une photographie absolument magnifique - merci au directeur de la photographie Philippe Le Sourd, il a fait un excellent boulot ! - ainsi qu'un décor majestueux qui souligne l'enfermement, le repli de ces femmes qui sont perpétuellement étouffées. Elles le sont avec cette imposante bâtisse, avec ces énormes colonnes qui sont comme des barreaux de prison mais aussi l'expression de leur pouvoir - cette maison n'est pas sans faire penser aux palais antiques je trouve. 
Les plans soulignent toujours l'enfermement : on est derrière les grilles, on est enfermé à clé dans la chambre, on est dans le jardin, mais on est pris entre les arbres si bien que le soleil transperce mais ne se déverse pas et les arbres nous bouchent la vue... 
Je souligne d'ailleurs que les décors sont naturels, ce ne sont pas de vulgaires images réalisées en studio et si je ne dis pas de bêtise, le tournage s'est notamment effectué en Louisiane - dites moi si je dis n'importe quoi ! 


Cet avis est évidemment très subjectif, j'y ai vu ça mais d'autres ont sûrement vu d'autres choses et peut-être que ce que j'y ai vu n'est absolument pas ce que Sofia Coppola voulait nous montrer, mais finalement je me dis que le principal c'est que j'ai passé un excellent moment, j'ai aimé voir ce film et je suis heureuse qu'il me plaise - j'avais quand même des attentes. C'est essentiellement grâce à la réalisation et aux acteurs, que je salue ce film, Sofia Coppola montre une fois encore qu'elle maîtrise son travail, qu'elle sait diriger des acteurs et ça a fonctionné avec moi - même si je le redis encore, j'aurais aimé qu'il fasse 20-30 min en plus afin qu'on saisisse parfaitement tous les enjeux et ainsi ne pas se tenir à distances des personnages.  






mercredi 21 décembre 2016

L'Avenue du cinéma - #24 Mademoiselle de Park Chan-wook

Ce nom ne vous est certainement pas inconnu puisqu'à mon avis, il est un des cinéastes sud-coréens du moment qui a le plus le vent en poupe. Park Chan-wook, surtout connu à la base pour Old Boy (2003) - que je n'ai même pas vu - puis ensuite avec Stoker (2013) et enfin Snowpiercer qui avait fait grand bruit lors de sa sortie en 2014. Bon pour être franche, à part Mademoiselle, j'ai seulement vu Stoker, et encore, ça date de la semaine dernière. 
J'ai vu plusieurs extraits de Old Boy qui a l'air vraiment cool, mais c'est tout et j'espère le voir quand même bientôt. 

Enfin bref, on n'est pas vraiment là pour parler de la filmographie de Park Chan-wook, mais plutôt pour parler de son dernier film, Mademoiselle donc. Sorti début novembre, j'ai vu la bande-annonce qui m'a tout de suite donné envie. Ces derniers mois, la Corée du Sud a été à l'honneur pour moi, puisque j'ai vu Dernier train pour Busan de Yeon Sang-ho (vraiment troooop cool), puis The Strangers de Na Hong-jin dont j'ai été assez déçue quand même en particulier parce que je n'ai pas eu le sentiment de comprendre grand chose. Et puis, le dernier en date a été Mademoiselle que j'ai vu il y a bientôt un mois maintenant. 

Je pense que cet article va être relativement court, en tout cas plus que d'ordinaire, car je ne veux absolument pas raconter l'histoire ni rien, je ne veux pas gâcher le plaisir que les retournements de situation procurent, alors je vais essayer de faire au plus court afin de seulement vous confier mon ressenti sans trop m'étaler sur l'intrigue. 




Tout d'abord, j'aimerais parler de cette force qu'a le réalisateur pour raconter des histoires. Le fait que le film soit découpé en trois parties bien distinctes permet l'élaboration de trois points de vue différents, autant de façon d'interpréter des actes ou des paroles. Cette manière de contrôler parfaitement son scénario et plus largement son histoire en entière est ce qui a rendu mon appréciation du film aussi bonne. Plus qu'un simple film "d'arnaque", c'est un film qui tente d'aborder des tas de sujets importants et toujours actuels - l'homosexualité pour n'en citer qu'un. 

L'atmosphère est, elle aussi pleinement maîtrisée, on se retrouve dans les années 1930, en Corée du Sud qui est colonisée par le Japon - après The Strangers, on peut définitivement comprendre que la Corée du Sud a très mal vécu cette annexion par le Japon. Ce dernier a une place fondamentale puisque Hideko (Kim Min-hee) est japonaise ainsi que son oncle (Jo Jin-woong), mais je ne connais pas l'histoire de la Corée du Sud, je ne suis pas historienne non plus alors je ne prétendrai pas comprendre tous les tenants et aboutissants qui se jouent dans les films coréens qui traitent de ce sujet.

Lors du début du film, nous sommes avertis : nous entrons dans la première partie, il est donc logique de considérer que le film sera découpé en quartier en quelque sorte. Sans faire attention à la durée de cette première partie sur un film qui fait quasiment 2h30, on arrive à la fin et là, un énorme wtf m'échappe et je ne comprends absolument pas la scène qui vient de se dérouler sous mes yeux. Ce que j'ai trouvé le plus admirable dans ce film - autre que l'esthétique - c'est l'enchevêtrement des évènements qui est simplement fou et là, on comprend la force du savoir-faire de Park Chan-wook quand il s'agit de perdre son spectateur pour mieux le retrouver plus tard. 

Pour ce qui est du jeu des acteurs, je dirais que celui des deux actrices principales est bluffant : Sookee (Kim Tae-ri) et Hideko sont simplement excellentes, qu'est-ce que je pourrais dire de plus ? Le double-jeu instauré par les deux est palpable tout au long du film, jusqu'au point qu'à la dernière scène, on se demande si elles ne vont pas faire crever l'écran. 
Les autres acteurs sont très bons aussi, que ce soit le "comte" ou l'oncle, simplement l'histoire est quand même surtout centrée sur ces deux femmes et la découverte de l'amour en quelque sorte alors il me semble normal de surtout parler d'elles. 


Mademoiselle, Park Chan-wook.


Pour ce qui est de l'esthétique du film, je ne peux que me ranger du côté de ceux qui le trouvent magnifique, parce que définitivement, il l'est. Certains plans sont éclatants de beauté et renforce l'aspect presque irréel des situations.
Forcément - je suis loin d'être la première à le faire - on peut faire un parallèle avec La Vie d'Adèle (2013) de Kechiche, film que je n'ai pas du tout aimé et qui m'a profondément ennuyé. On retrouve néanmoins certaines thématiques comme celle de l'entrée dans l'âge adulte pour ces deux filles-femmes qui se découvrent l'une l'autre. C'est aussi, et surtout ces scènes de sexe très crues ponctuées par des gros plans.
Petit point négatif : certaines de ces scènes sont trop longues, le propos est trop appuyé si bien que ça rend certaines scènes à la limite de la gêne si ce n'est de l'inutilité - je pense surtout à la scène où Sookee met son doigt dans la bouche de Hideko pendant quoi, une bonne minute ?


Enfin voilà, pour mon premier film de Park Chan-wook j'en ai pris plein les yeux. J'ai été happé par la beauté des décors, des personnages et par une histoire qui est bien plus complexe qu'elle n'y paraît.
Je n'ai plus qu'à voir les autres nombreux films de lui que je n'ai pas vu avant de pouvoir donner un avis qui soit construit sur sa filmographie.



P.S. : Mademoiselle est adapté du roman du Bout des doigts de Sarah Waters, écrit au début des années 2000. Je ne l'ai pas lu mais j'aimerais beaucoup, surtout que le réalisateur semble avec effectué quelques digressions.

Comme toujours si vous avez des questions, des avis à me donner par rapport à Mademoiselle ou même un autre de Park Chan-wook, n'hésitez pas !









mercredi 28 septembre 2016

L'Avenue du cinéma - #23 Le Cercle des poètes disparus de Peter Weiss + livre éponyme

Comme je vous le disais dans mon bilan du mois d'août, j'ai lu le roman Le Cercle des poètes disparus. Ça faisait pas mal de temps que je voulais voir le film, surtout après avoir étudié un extrait en cours et avoir essuyé des "quoi ? tu n'as jamais vu ce film ??"
Voilà, c'est désormais chose faite, ma culture cinématographique n'a plus à en souffrir, haha

Pour la "petite histoire", Le Cercle des poètes disparus fait partie de ces films qui ont été conçu avec une idée originale et non provenant d'une œuvre littéraire, ce qui, il faut bien le dire est tout à son honneur. On trouve quand même beaucoup de films qui sont des adaptations et ce, depuis la création du cinéma, ce n'est pas quelque chose de nouveau, le cinéma se lie très bien à la littérature et c'est un rapport que j'ai toujours trouvé passionnant. 

J'ai d'abord lu le livre avant de voir le film, même si j'aurais préféré le contraire, oui, vous devriez avoir remarqué que je suis ce genre de personne qui lit/voit d'abord l'œuvre originale et se tourne ensuite vers l'adaptation. Cette fois, ça n'était pas possible alors j'ai d'abord lu le roman. 
Sauf si ma mémoire est défaillante, je crois bien que c'était la première fois que je lisais un livre qui était auparavant un film, ce qui est un peu étrange quand on est habitué au contraire. 

J'ai décide de d'abord parler du film et d'ensuite le comparer au livre car, après tout, celui-ci est venu le premier.

L'approche du film est assez originale, on ne suit pas des pauvres ou encore des marginaux, non non, on suit l'élite, ceux qui sont destinés à rejoindre de grandes écoles et à exercer des métiers influents.
Le milieu rigide et archaïque de cette école pour garçons qu'est Welton, étonne par son aspect vieillit  au point qu'aujourd'hui, on peut penser que ça ne se passe plus du tout de cette façon, même dans ce genre d'école. En définitive, le fait que ce soit toujours comme ça aujourd'hui compte peu. Ce que j'ai trouvé un peu abusé de prime abord, c'est le fait que justement, on suit une bande d'adolescents qui n'ont pas à se plaindre de leur statut, du genre "quoi, tu vas devenir un prestigieux avocat et faire tes études à Yale, oh grand Dieu, quelle chienne de vie !"

Mais avec du recul, j'en suis venue à me demander si justement le cas de Neil n'était pas différent. Je veux dire par là que le fait que l'argent ne fait pas tout n'entre pas en compte pour lui, étant donné que même si sa famille a de l'argent aujourd'hui,  on nous fait bien comprendre que son père a trimé toute sa vie pour être là où il est et que c'est pour cette raison qu'il veut que son fils soit l'excellence même.
Donc oui, l'environnement fortuné de l'école est primordial, on suit des ados fortunés qui pourront faire ce que bon leur chante une fois sortis des jupes des parents. Il n'empêche néanmoins que Neil est un personnage à part pour cette raison et que c'est sans doute pour cela qu'il sera celui qui s'en ira.


L'histoire est très belle évidemment, les acteurs ajoutent grandement à sa beauté et en particulier Robin Williams dans le rôle de Mr Keating, il est un personnage attachant que l'on ne peut qu'adorer notamment pour son attitude qui détone complètement avec l'école. Je pense bien sûr à cette scène où il leur dit d'arracher l'introduction de leur livre, les élèves sont tellement façonnés par l'enseignement délivré par des professeurs austères qu'ils n'y croient pas leurs oreilles.
C'est un sujet noble que celui de la liberté, de la poésie, du fait qu'il faut "sucer la moelle de la vie" comme Keating le reprend si bien.

J'ai vraiment beaucoup aimé l'histoire que j'ai trouvée horriblement triste, incontestablement. Il fait partie de ces films très beaux avec un message très fort - Carpe diem ici - et c'est surtout le message que j'ai aimé, plus que le film en lui-même.
Bien que d'une certaine beauté, je n'ai pas trouvé l'esthétique du film très recherché, tout est au service de l'histoire et aucun plan ne ressort par rapport aux autres, excepté cette scène finale, celle où Todd court dans une neige qui ne s'arrête pas de tomber, qu'il court dans cette étendue de blanc, qu'il trébuche et pourtant, il continue à courir encore et encore, pour ne pas se laisser tomber, pour ne pas abandonner son cher ami qui l'a quitté. Ce plan est vraiment magnifique visuellement comme narrativement, mais j'ai trouvé dommage de devoir attendre la fin pour trouver un plan qui soit esthétiquement bon et pas seulement au service du scénario.

Attention, je ne dis pas que le film est moche parce que ce n'est pas le cas, certaines scènes sont intéressantes, notamment celles dans la grotte où se réunit le cercle, mais il n'y a rien de transcendant, malheureusement.

Il y a juste une chose qui m'a un peu fait tiquer (mais pareil dans le livre), c'est le fait que ce soit de la poésie d'hommes pour les hommes. Où est la poésie féminine ? Non parce que Keating cite quelques noms à un moment dont Shelley, mais Shelley l'homme, l'époux de Mary qui n'est "qu'une femme de lettres" et non une poétesse. Rien, la poésie féminine passe à la trappe ! Déjà que la femme en tant que telle n'est pas très bien représentée dans les deux supports, j'ai trouvé ça un peu moyen de voir que toute la poésie qui est citée n'est que de la poésie écrite par des hommes et ici, lu par des hommes aussi.
Je ne critique pas White, Thoreau ou même Shakespeare, absolument pas, mais ça n'aurait tué personne d'ajouter rien qu'un poème écrit par une femme, je vous assure.
Mais surtout le problème c'est que l'image de la femme dans ce film est franchement discutable. Non parce qu'au final, à quoi servons-nous ? Et bien, retour aux siècles précédents, nous ne sommes que des muses, des sources d'inspiration pour ces grands auteurs masculins ! Chris qui est la seule fille vraiment présente tout au long du film ne sert qu'à inspirer Knox pour écrire son poème, les deux autres filles présentes lors d'une des réunions du cercle ne servent à rien à part faire les pimbêches.
Le pire, c'est quand même qu'il suffit à Charlie de deux vers qu'il fait passer pour sa création (et qui sont en réalité de Shakespeare) pour que celles-ci soient en admiration devant lui, comme si elles n'avaient jamais rien entendu de telle.
Non mais franchement, faut pas abuser non plus, on n'est pas aussi niaises que ça, merci !

Au final, le seul moment relativement juste, c'est celui où est publié l'article où il est demandé que les filles puissent s'inscrire dans l'école. Mais là encore, ce n'est pas pour les bonnes raisons, c'est simplement parce que les garçons s'ennuient sans les filles et que bah, ce serait plus sympa s'ils pouvaient s'occuper quand même ! Donc voilà, pour ce qui est de l'image de la femme, on peut sérieusement repasser.



  • De l'écran au papier


Publié en 1990 soit un an après la sortie du film, le livre Le Cercle des poètes disparus est une transposition en livre, tout simplement. Très court, à peine deux cents pages, j'ai trouvé l'histoire très intéressante - faut dire que je la découvrais pour la première fois comme je n'avais pas vu le film. Pour tous ceux qui ont aimé le film, je leur dirai qu'il peut être sympa de lire le livre, mais en soit il n'est pas non plus très différent du film.
Le style d'écriture est plaisant, ça se lit bien et on arrive rapidement au bout sans y trouver de longueur.

En revanche, est-ce que le livre apporte plus que le film ? Oui et non.
Comme très souvent, on a généralement plus de détails dans un livre que dans un film, c'est par exemple comme cela que j'ai su que les vers récités par Charlie aka Ruwanda - je crois - sont en réalité ceux de Shakespeare, chose qui n'est pas dite dans le film. C'est ce genre de petits détails qui rend le livre intéressant par rapport à l'œuvre originelle.
J'ai aussi trouvé que l'on sent plus que Todd est le protagoniste que dans le film où là, tout le monde est un peu sur la même échelle et gravite autour de Neil.
Sinon, bah je dois bien avouer que durant le visionnage du film, j'ai surtout trouvé que l'auteur, N.H. Kleinbaum a repris le tout plan par plan et l'a écrit. Sans être une pale copie, le roman n'offre pas forcément un regard nouveau et c'est peut-être pour cela au final que j'ai été plutôt déçue par la réalisation. Le même point de vue a été adopté dans les deux ce qui du coup ne permet pas d'avoir un regard très original en fonction du support.

Le Cercle des poètes disparus de  N.H. Kleinbaum.

Ça a été un bon livre, un bon film aussi. Je dirais quand même un meilleur film qu'un livre parce que finalement, je ne trouve pas que ce soit très dur d'écrire à la lettre une histoire qui a déjà été écrite auparavant - ça n'est que mon avis évidemment. J'ai particulièrement aimé le message, comme beaucoup je pense, c'est un message vraiment magnifique, un message qui touche tout le monde et qui nous rappelle de ne pas attendre pour vivre notre vie, parce que la vie ne nous attend pas pour nous quitter. Une belle histoire, une histoire triste comme il y en a de plus en plus rarement au cinéma.

L'adaptation de ce film en livre m'a mené à une question dont je n'ai pas trouvé la réponse, pourquoi ce film-là a eu droit à son roman et pas d'autres films tout aussi beaux ? Qui est-ce qui a décrété, permis, décidé que Le Cercle des poètes disparus deviendrait un livre en plus d'être déjà un film ?
Cette histoire méritait d'être écrite, c'est vrai, mais comme d'autres histoires, comme j'aurais aimé lire l'histoire d'Eternal Sunshine of the spotless mine de Gondry par exemple, alors pourquoi lui précisément ?








mercredi 7 septembre 2016

Bilan - #3 Août 2016

Comme pour le mois dernier (article de juillet ici), je vous retrouve aujourd'hui pour le bilan du mois d'août qui vient de se terminer ! 
Après réflexion, j'ai décidé de reprendre la même forme d'article que la dernière fois, ça me paraissait assez clair de cette façon. 

  • Littérature


10 livres ce mois-ci, chiffre relativement irraisonnable quand on sait que j'en ai acheté le double au mois d'août mais bon, je n'arriverai franchement pas à lire plus, ce n'est pas possible. Et encore, c'est parce qu'au mois d'août je n'ai pas fait grand chose, je n'ai pas été très occupé, les choses vont changer dès ce mois de septembre, c'est certain. 
J'ai déjà écrit un certain nombre d'articles au sujet de mes lectures du mois d'août, j'ai déjà publié celle sur Un dernier verre avant la guerre de Dennis Lehane & M pour Mabel d'Helen Macdonald dont je vais ajouter les liens plus bas. Pour ce qui est des autres lectures, certains articles sont en cours d'écriture, notamment sur le tome 1, Brisée de Teri Terry (il faut d'ailleurs que j'écrive aussi celle du tome 2 que j'ai terminé il y a deux jours) ou encore celui sur La Fille du train de Paula Hawkins qui devrait être le prochain article à paraître sur le blog - techniquement samedi prochain

Bon évidemment avec ce que je dis là on est loin des dix livres. Je ne compte pas parler de tous ni même écrire un article sur chaque. On peut voir sur la photo plus bas que j'ai lu des livres comme L'Odyssée d'Homère qui est tellement classique que je ne peux pas dire grand chose dessus si ce n'est que ça a été une excellente lecture, ce qui était sûr étant donné que j'adore la mythologie grecque.
 J'ai également lu une anthologie sur la poésie française au XIXè dont je ne vais pas parler non plus. 

J'ai aussi lu Le Cercle des poètes disparus de N.H. Kleinbaum que l'on m'a fortement conseillé et que j'ai beaucoup aimé, mais j'attends de voir le film pour pouvoir faire un article comparatif film/livre, surtout que pour une fois, c'est le film qui a donné lieu au livre. 

Et j'ai aussi lu deux autres livres dont je vais rapidement parler ici, il s'agit de 13 French Street de Gil Brewer et Un amour sous la Terreur de Dominique Legrand
Les deux sont des livres courts, que j'ai depuis pas mal de temps et que je n'avais pas pris le temps de découvrir. 

  • 13 French Street, Gil Brewer

Livre qui m'étais inconnu, je me souviens l'avoir acheté pour sa couverture que je trouvais jolie. 
13 French Street est le premier roman noir que j'ai lu. Je commence à être habitué au polar que ce soit nordique ou anglophone, mais je n'avais encore jamais lu de roman noir, ce qui est bête étant donné que j'aime beaucoup le genre film noir. 
Comme je l'imaginais, j'ai eu beaucoup d'images de films qui m'ont suivi tout au long de ma lecture. L'image de la femme fatale, femme négative est présente durant tout le récit, son personnage n'a pas été sans me rappeler celui de la femme dans les nombreuses adaptations de Le facteur sonne toujours deux fois ou encore Le faucon maltais de John Huston
C'est un roman court - il fait à peine plus de 200 pages - et efficace. L'histoire est atypique, j'ai beaucoup aimé la tension, l'atmosphère très lourde mêlée à l'ivresse de la boisson et surtout de la passion. Cette espèce de désir si fort que le protagoniste est comme aspiré par la femme fatale qui est clairement une garce. 

Une lecture très rapide donc - je l'ai lu en une journée - et surtout très agréable même si j'ai eu quelques problèmes avec la plume de l'auteur, mais bon, ça c'est un avis très personnel et surtout subjectif. L'histoire en elle-même est prenante, intéressante et même un peu énervante à certains moments. 


13 French Street de Gil Brewer & Le Cercle des poètes disparus de N.H. Kleinbaum


  • Un amour sous la Terreur, Dominique Legrand 

Ce livre, il m'a énormément fait penser au livre Le chevalier de Maison-Rouge d'Alexandre Dumas dont je parlais dans mon bilan du mois de juin. Il m'y a fait penser pour deux raisons qui sont toutes simples, les deux romans se situent à la période de la Terreur, moment très sombre dans l'histoire française et surtout, les deux se concentrent sur des personnages masculins qui tombent amoureux de la mauvaise personne, en quelque sorte. 
Dans Le chevalier de Maison-Rouge il s'agissait de l'amour de Maurice pour Geneviève. Le thème est repris dans Un amour sous la terreur puisque le protagoniste est également amoureux d'une femme, mais la situation est pire encore puisqu'elle est une aristocrate, qu'elle s'est fait emprisonner et donc qu'elle va devoir mourir à cause de son statut. 
Mais voilà que le protagoniste, révolutionnaire dans l'âme et surtout amoureux transi va faire tout ce qui est en son pouvoir pour qu'elle soit sauvée et puisse vivre sa vie. 

Je n'ai pas particulièrement aimé le revirement dans la personnalité de François (perso principal) qui au début est vraiment un révolutionnaire, il rêve de liberté, de justice surtout, pour son père qui s'est fait abattre sous ses yeux lorsqu'il était plus jeune. Mais voilà que sa route, du moins son tour de garde dans la prison dans laquelle il travaille va croiser la route d'une prisonnière qui n'est autre qu'une jeune femme qu'il a connue par le passé, lorsqu'il chassait avec son oncle pour pouvoir manger. Et va s'ensuivre une histoire amoureuse où du coup bah il suffit d'un regard pour que le gars oublie absolument toutes ses convictions, c'est un peu facile quand même. 
Après c'est vrai que c'est un récit qui fait 150 pages, donc évidemment il n'y a pas le temps de trop développer ni rien, mais ça n'empêche que passer 20 pages à faire pleurer dans les chaumières : oh c'est triste pour son père, c'est affreux ce qu'il lui est arrivé, il a bien raison de vouloir obtenir justice des aristocrates, etc. pour ensuite faire un virage à 180° sans autre raison que la vue de cette jeune femme, ouais, ça me semble vraiment trop facile. 
Pareil pour l'histoire un peu Roméo & Juliette, avec la fiole et tout, c'est franchement téléphoné quoi. Enfin c'est un peu trop simple, ça aurait pu être mieux exploité, d'après moi. 

Sinon, j'ai aimé en apprendre un petit peu plus sur le climat de cette époque, sur le fait que certains révolutionnaires se rendent compte que les choses prennent un tournant plutôt inattendu et surtout, pas voulu, comme le fait que les femmes et les enfants ne devraient pas être guillotinés aussi facilement ou même qu'il faut que les prisonniers aient un procès juste et non que l'arrestation signifie déjà la peine de mort. 
Finalement, quelle est la conclusion à retenir ? Qu'il n'était pas bon d'être révolutionnaire ? 


Un amour sous la Terreur de Dominique Legrand.



  • Mes avis en ligne : 






Bilan lectures d'août



  • Cinéma 

Les délices de Tokyo (2016), Naomi Kawase 


Au mois d'août, j'ai eu la chance de passer quelques jours dans une ville qui a mis en place des projections de film en plein air durant un mois. Un soir, c'était Les délices de Tokyo de Naomi Kawase qui est sorti au début de cette année 2016. 
J'avais eu très envie de le voir lors de sa sortie mais avec tous les films qui sortent et que j'aimerais voir, je n'avais pas réussi à y aller donc forcément quand j'ai vu qu'il passait en plein air un soir, j'ai eu envie de voir. 
Adapté du roman éponyme, je sais maintenant qu'il va falloir que je me procure le livre pour pouvoir comparer les deux et voir ce que je préfère. 
Les délices de Tokyo est absolument magnifique, c'est un film sur la vie en général, sur le fait de perdre goût à la vie justement. L'esthétique du film est très belle, très poétique avec énormément de plans d'arbres, de cerisiers en particulier, c'est toute une mise en scène sur le temps qui passe, sur les rapports entre les êtres, fin vraiment, j'ai adoré. 
Surtout que l'histoire ne s'arrête pas là puisqu'il ne s'agit pas seulement de suivre Sentaro le vendeur de dorayakis et son employé Tokue âgée de 70 ans, c'est aussi l'occasion d'en apprendre plus sur la condition des lépreux au Japon, sur leur sort et l'image de ces parias qui n'avaient pas le droit de se mélanger aux autres il n'y a encore pas si longtemps. 
Enfin voilà, tout ça pour dire que j'ai adoré ce film, que je le regarderai encore avec plaisir et surtout que maintenant, j'aimerais lire le livre, voir si celui-ci vaut tout autant le coup ou non - d'ailleurs si vous l'avez déjà lu, dites-moi ce que vous en avez pensé ! - 




Alors j'ai hésité à parler de Suicide Squad (de David Ayer) mais dans tous les cas je ne comptais pas en faire un article complet parce que je ne voyais pas l'intérêt. Je pense que tout a été dit et que ce ne serait que se répéter. Alors voilà ça commençait à faire vraiment longtemps que je l'attendais, comme tout le monde quoi. Et comme tout le monde aussi, bah, j'ai été très très déçue. Comment dire que je m'attendais à autre chose ? Ce que j'appelle autre chose, c'est par exemple un film sur de vrais méchants et non pas des méchants qui sont en fait des gentils (surtout Deadshot-Will Smith) ou encore que ces "méchants" aient une véritable identité et non pas seulement des flash-back pour qu'on ait pitié d'eux et donc qu'on les plaigne - en particulier Diablo cette fois. 
Enfin, pas besoin d'épiloguer, vous l'aurez compris j'ai été très déçu, mais pas seulement parce que le film est nul, qu'on soit bien d'accord, surtout parce que le film qu'on nous vend n'est pas celui dont on nous a fait la pub durant des mois et des mois. 
Suicide Squad = parfait exemple de film qui pâtit de sa publicité. 


Je n'ai pas écrit un seul article sur un film ce mois-ci tout simplement parce que tous les films que j'ai vus en août ne sont pas sortis ce mois-ci - excepté Suicide Squad -, et je n'ai pas vu de film qui m'ait vraiment donné envie d'écrire dessus. 



  • Série 



Contre toute attente, j'ai pas mal écrit sur les séries ce mois-ci, du moins j'en ai eu l'impression. Le mois d'août sonne généralement la fin des saisons qui ont commencé quand celles qui commencent à la rentrée se terminent. Comme je le disais déjà dans mon article bilan du mois dernier, j'ai débuté pas mal de nouvelles séries cet été et la plupart viennent de se terminer. 
Bon mis à part mes trois articles publiés sur des séries, je vais vous parler aujourd'hui de deux autres séries dont je n'ai pas du tout parlé sur le blog, mais que j'ai pourtant regardées et plus ou moins aimé. 

La première, il s'agit de The Living and The Dead d'Ashley Pharoah diffusée sur BBC One et qui comptait seulement 6 épisodes. Même si les six épisodes sont sortis en même temps, j'ai pris mon temps pour ne pas tous les regarder dans la foulée mais plutôt les voir à mon rythme. La saison commençait vraiment bien, dans une atmosphère très agréable, mais malheureusement, ça dégringole au fur et à mesure. 
L'épisode 1 est bon, mais les suivants n'ont pas de logique directe avec le premier, les histoires "surnaturelles" se croisent sans jamais s'emboîter, ce que j'ai trouvé plutôt dommage parce qu'il faut quand même pas mal attendre avant de pouvoir lier les choses entre elles. 
J'ai trouvé un peu bateau le fait que tout soit lié au fils mort de Nathan (protagoniste), du coup, dès le premier épisode on s'interroge et il s'avère qu'on a raison depuis le début donc. 
Ensuite, c'est dommage qu'il n'y ait pas de saison 2 parce que clairement le sixième et dernier épisode est incompréhensible ! On passe cinq épisodes dans une Angleterre de pré-industrialisation (fin des années 1880) avec des paysages très beaux, très naturels aussi du coup et voilà que le dernier épisode nous amène à notre époque, à l'heure d'aujourd'hui et c'est vraiment étrange, enfin je n'ai pas compris l'utilité de cette sorte de possession familiale qui s'étend sur plusieurs décennies du coup. Surtout, c'est le fait qu'on nous le balance comme ça que je n'ai pas trop aimé. Pour une saison en six épisodes, il fallait au pire découper la saison en deux parties et non pas faire juste le dernier épisode sur notre époque, ce n'est pas assez. 
En soi, le dernier épisode n'est pas trop mal, mais tellement de choses changent qu'on peine à y croire, c'est trop tard, il aurait fallu nous laisser cette piste depuis le début et non pas nous enliser dans une histoire du XIXè siècle si c'est pour finalement se concentrer sur une histoire contemporaine. 
La fin pose trop de questions auxquelles nous n'aurons jamais de réponse puisque la série n'a pas été reconduite pour une saison 2 mais ça, personne ne pouvait le savoir lors de l'écriture ni même du tournage. 




Très rapidement maintenant je vais parler de la série Stranger Things de Matt & Ross Duffer  qui a fait un carton cet été. D'un point de vue personnel, je dirais que globalement HBO est la chaîne la mieux placée en terme de série, mais ces dernières années, depuis le succès fracassant d'Orange is the New Black, on ne peut pas dire que Netflix soit mauvais pour les séries, bien au contraire même, je ne compte plus le nombre de séries absolument géniales qui viennent de cette plateforme.
Pour ne pas déroger à la règle, Stranger Things fait partie de ces séries que l'on adore regarder, que l'on aime découvrir parce qu'elles ont ce petit plus, elles ont ce quelque chose qui font d'elles des films de plusieurs heures et non plus seulement des séries. 
Bien que très contraignant dans son format pour la mise en scène, la série permet de créer vraiment un espace et une situation qui soit plus aboutie qu'un film de deux heures par exemple. C'est ce que j'aime dans la série en tant que telle, qu'on puisse apprendre à connaître les personnages à notre rythme, qu'on puisse les découvrir petit à petit. 
J'ai adoré suivre cette petite bande de garçon - + Eleven - dans Stranger Things, j'ai adoré le scénario, j'ai adoré la réalisation ainsi que le jeu des acteurs, bref comme quasiment tout le monde, j'ai trouvé cette série à la hauteur de mes espérances, tout simplement. 
En à peine deux jours où j'ai vu les huit épisodes je peux dire que je suis déjà pressée de voir la suite, de voir ce qu'il va arriver à nos petits héros et plus que tout, si Eleven va revenir - même si vu comment l'actrice Millie Bobby Brown a crevé l'écran, il me paraît peu probable qu'elle ne fasse pas son retour. 

  • Mes avis en ligne : 










mercredi 27 juillet 2016

L'Avenue du cinéma - #22 Animal Kingdom de David Michôd + série éponyme

Oula, ça commençait à faire longtemps que je n'ai pas écrit sur un film, il faut dire ces derniers temps je n'ai pas vraiment été au cinéma, je me contente principalement de "vieux" films - notamment ceux d'Hitchcock dont je suis actuellement en train de me refaire la filmographie

Aujourd'hui donc, on va parler film, mais aussi série ! Voilà, je reviens pour vous parler du film australien Animal Kingdom de David Michôd sorti en 2010 et qui a eu droit à son adaptation série cette année. Pour tout avouer, j'ai commencé la série sans connaître le film que j'ai découvert par la suite, donc je pense que mon jugement sur celui-ci a largement été influencé par mon visionnage du début de la saison 1. 

Pour ce qui est du film Animal Kingdom, il est le premier long métrage du réalisateur David Michôd et il a remporté le prix du jury au festival Sundance en 2010, voilà. L'histoire, c'est celle de Josh (James Frecheville) qui va vivre chez sa grand-mère après la mort d'une overdose de sa mère. Le film commence dans un petit appartement miteux, on y découvre J. et le corps de sa mère, inerte. Il appelle les secours et s'en va pour une nouvelle vie aux côtés de sa famille : sa grand-mère Smurf et ses quatre oncles. 


Les oncles justement, vont avoir un rôle capital dans la vie de J. et donc dans le film, ils sont tous très différents, mais ils ont en commun la violence et la criminalité. Le fait que ce soit le point de vue de Josh qui soit adopté nous permet d'avoir un regard extérieur sur les évènements, il ne fait pas partie de la famille à proprement parler, on se méfie de lui parce qu'il est jeune et surtout parce qu'il est "nouveau". 

On suit donc son personnage qui est jeté dans la cage aux lions et est indifférent aux évènements - je pense notamment à la scène où la police entre chez eux, qu'il les voit et ne réagit pas spécialement, il reste stoïque en attendant d'être arrêté. Du début jusque quasiment la fin du film, il va être manipulé tantôt par sa famille, tantôt par la police qui va voir en lui le témoin parfait pour enfin coincer cette fratrie de malfaiteurs. Etre manipulé ne semble pas le gêner plus que ça en plus, il accepte de menacer avec une arme un mec sur la route pour rien, parce que son frère Darren lui dit de le faire, il accepte également de coopérer avec la police parce qu'il n'est plus protégé par ses oncles et comme le dit si bien Leckie (le flic) Josh ne fait plus partie de la bande des "forts" il doit donc se débrouiller par lui-même. 

Après plus des trois-quarts du film on viendrait à penser que vraiment, Josh est incapable d'agir par lui-même et voilà que survient ce passage extrêmement dur où son oncle Pope qui est de loin le plus violent (et dérangé) décide de supprimer sa copine Nikki. À partir de là, les choses changent et c'est avec un climax riche en tension que le film touche à sa fin et alors je dis oui ! Cette fin est vraiment intéressante, le film se conclut sur le passage au monde adulte de notre protagoniste, lui aussi maintenant il fait partie des grands prédateurs, il n'est plus malléable comme il l'a été durant tout le film. 

Le cliché de la famille de gangster est franchement bien traité, Michôd n'a pas cherché à embellir les faits ou autre, au contraire il est désireux de montrer les erreurs humaines, la volonté de toujours gagner plus, la violence aussi qui est présente du début à la fin. Il ne s'agit pas de dénoncer, plutôt de dépeindre les échecs des uns et des autres, échecs qui coûtent la vie à plus d'une personne. 



Comme dit précédemment, j'ai commencé à regarder la série Animal Kingdom de Jonathan Lisco - d'ailleurs à l'heure où j'écris ces lignes, je viens tout juste de voir l'épisode 7 de la saison 1 composée de 10 épisodes. Je ne sais même pas pourquoi je l'ai commencé, je dirais seulement que c'était sans doute par curiosité, quoi qu'il en soit j'ai trouvé le premier épisode très prometteur, ce qui m'a donné envie d'en apprendre plus et c'est à ce moment que j'ai appris qu'il s'agissait d'un film à la base. 


Après visionnage du film, je dois dire que j'aime vraiment bien la série, je la trouve intéressante, bien écrite, bien réalisée. J'avais peur que ce soit finalement qu'une pâle copie du film et pourtant non. Néanmoins, certains plans sont parfois les mêmes, le début de la série et pareil au début du film avec l'appartement dans lequel Josh vivait avec sa mère, sa grand-mère qui vient le chercher ou même cette scène où Pope va coucher Nikki dans le lit de Josh. 

Pourtant, à côté de ces similitudes, la série prend peu à peu ses distances par rapport au film, format oblige. Bah oui, son format de cinquante minutes fois dix permet d'étaler, de pousser plus loin dans l'histoire, mais également dans la psychologie des personnages. 

Pour moi, le personnage de Smurf est bien plus intéressant dans la série. De mon point de vue, les femmes sont particulièrement lésées dans les deux supports, d'ailleurs, on le sent particulièrement dans la série avec l'anniversaire de Pope, jumeau de Laura dont personne ne parle jamais. Néanmoins  la série nous donne à voir Smurf comme une femme de fer, une maman poule qui contrôle absolument tout, qui décide quels jobs ses fils feront et qui garde l'argent à la fin. Dans le film, on attend longtemps avant de voir se dessiner la figure castratrice et dominante de la mère ce que j'ai trouvé dommage - mais bien évidemment comme je l'ai dit, j'ai été influencé par la série. 

Pareil pour Pope qui est bien plus contrasté dans la série que dans le film où il est clairement complètement barge. Je préfère son personnage dans la série simplement parce qu'il est moins antipathique, il est même attachant sous certains aspects - notamment par rapport à sa relation avec Catherine. Ou encore Darren qui est un personnage à part entière dans la série tandis qu'il est franchement inutile dans le film. 

Il me reste encore trois épisodes avant de la fin de cette saison - ce qui me fait penser que j'aimerais bien qu'elle soit renouvelée quand même ! - encore beaucoup d'interrogations notamment sur le passé, j'aimerais en apprendre plus sur Laura, sur Baz aussi, sur tous les personnages en fait. Peut-être que ma demande sera réalisée puisque déjà l'épisode 6 & 7 nous donnent à voir sur le passé de Smurf qui est des plus intéressant ! 

Si vous ne l'avez pas encore compris, j'ai aimé le film Animal Kingdom et j'adore la série qui fait partie de mes meilleures découvertes de cet été 2016 ! 



Avez-vous déjà vu le film ou la série ? 






vendredi 10 juin 2016

L'Avenue du Cinéma - #21 Elle de Paul Verhoeven

Le 26 mai dernier, j'ai eu la chance d'assister à une projection du dernier film de Paul Verhoeven qui s'est suivie d'une rencontre - vous pouvez la retrouver en intégralité sur le site du Café des Images, le lien à la fin de l'article -. Réalisateur de Robocop (1987), Total Recall (1990) ou encore de Basic Instinct (1992), le cinéaste néerlandais n'est décidément plus à présenter. 

Film faisant partie de la sélection officielle du festival de Cannes 2016, retour du réalisateur après une absence de dix ans derrière la caméra, il y avait de quoi avoir envie ! Surtout quand l'on sait que Elle, n'est ni plus ni moins l'adaptation du roman Oh... (2012) de Philippe Djian que j'ai lu en décembre dernier. 

L'histoire est donc largement reprise du livre, c'est celle de Michelle (interprétée par Isabelle Huppert). une bourgeoise à l'aube de la cinquantaine qui un jour, se fait violer chez elle. Excepté quelques modifications comme le fait que Michelle est à la tête d'une société de jeu vidéo, - dans le livre, il s'agit de scénaristes - globalement, on retrouve l'emprunte Djian. 

Le film commence bien, très bien même, c'est l'image d'un chat gris qui assiste à ce que le spectateur entend, mais ne voit pas, un viol, celui de Michelle.
Comment va-t-elle vivre avec le fait d'avoir été violé ? comment va-t-elle aborder la chose ? Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'aime pas se la jouer victime. Michelle n'est pas une victime, elle est plus une survivante, mais une survivante qui paraît fausse comme dans la scène du restaurant où elle confesse à ses amis le viol qu'elle a subi. 
De manière désinvolte, elle le balance comme ça genre "ah oui, je ne vous ai pas dit, c'est vrai !", il ne manquait plus qu'elle demande le sel et c'était le pompon ! Je crois qu'à force de vouloir toujours paraître détachée et inatteignable, Isabelle Huppert est tombée dans l'indifférence au point que ça ne semble tout simplement pas vrai.

Et puis, Michelle continue à vivre tranquillement et ça en est parfois même un peu gênant - je pense notamment à la scène où après avoir subi le viol, elle va tranquillement prendre un bon bain moussant - et l'on se demande une fois encore comment c'est possible, comment est-ce qu'on peut préférer un bain à une douche dont le but est de se laver, de ne plus se sentir souillé ? 


Autour d'elle, on trouve tout un monde, d'abord sa mère - qui semble avoir la mentalité d'une enfant de douze ans et s'entiche d'un homme d'une trentaine d'années, son père qui est en prison pour avoir tué des dizaines d'enfants (d'ailleurs, l'histoire n'est pas la même, dans le film, il est dit qu'il a tué tous les enfants de son quartier, et dans le livre, il me semble qu'il est question d'un massacre à Disneyland). Aussi, l'ex-mari de Michelle ainsi que sa nouvelle copine, mais également son fils Vincent - qui définitivement n'est pas bien futé ou encore sa meilleure amie qui n'a pas l'air de compter plus que ça quand on sait que Michelle se fait son mari depuis plusieurs mois simplement "comme ça". 

Bien évidemment, le personnage du violeur est un personnage récurant qui ne va pas se ramener juste une fois et repartir, non, on va le côtoyer comme Michelle. D'abord sans savoir que c'est lui, en ayant simplement des doutes, puis en le perçant au grand jour. 
Je connaissais déjà l'histoire du livre, je savais déjà à l'avance qui était le violeur, ce qui n'a en rien gâché mon plaisir. En revanche, ce qui l'a gâché, c'est l'interprétation de Laurent Lafitte qui m'a tout sauf convaincu, je l'ai trouvé mauvais et douteux. C'est clair que ça ne doit pas être simple d'incarner ce type de personnage, de dérangé (non parce qu'il faut quand même y aller pour être le genre de mec qui entre chez toi par effraction pour éjaculer sur ton lit, après je dis rien...). 
Le truc, c'est que je n'y ai pas cru une seule seconde quoi, que ce soit dans le rôle du violeur ou dans celui du voisin attentionné, ça coince. Le seul moment où je l'ai trouvé à peu près acceptable a été la scène où Michelle lui parle de son passé autour d'un verre de cognac - scène qui est sans doute l'une des meilleures du film - au-delà de ça, j'ai été déçu. 

De son côté, Isabelle Huppert joue parfaitement bien le rôle de la bourgeoise antipathique, à croire que le rôle était réellement fait pour elle. Je n'aime pas plus que ça cette actrice - ouh, je risque de me faire des ennemis - et j'avais peur que ça nuise à mon appréciation du film alors qu'en fait ça a été le contraire, elle a merveilleusement bien joué son rôle d'héroïne que l'on n'apprécie pas plus que ça et qui a une moralité douteuse, donc rien à redire à ce niveau-là. Après comme je le disais plus haut, à trop vouloir forcer dans le "je-m'en-foutisme", ça en devient trop, comme la scène où elle demande sans pression à son employé de baisser son pantalon et que lui le fait, normal. Mais globalement, son interprétation est bonne et certaines scènes sont vraiment très bien jouées, je pense notamment aux scènes du viol qui est montré sous plusieurs aspects, ou encore le moment où pendant le diner, elle explose de rire quand sa mère annonce ses fiançailles avec un homme de trente (quarante ?) ans de moins qu'elle. 

  • Du roman à l'écran  


Je pense que je n'ai pas pleinement aimé le film parce que je n'avais pas complètement adhéré au livre de Philippe Djian. Ma lecture n'a pas été ennuyeuse, mais elle n'a pas été mémorable non plus. J'ai aimé lire le livre pour le fait qu'il n'y ait pas de moral (comme dans le film d'ailleurs), qu'il n'est pas question de porter un jugement sur les femmes violées ou encore que toutes les femmes fantasment le viol - ouais non, définitivement celui qui pense ça est un bel abruti. J'ai aimé le côté osé, le fait qu'un homme ose parler à la place d'une femme sur un sujet aussi grave et important, oui cet aspect-là m'a beaucoup plu. Mais déjà l'histoire me paraissait bancale, ce délire de fantasmer sur son violeur/voisin qui a un grain, ça ne m'avait pas transporté plus que ça, pas plus que le fait de coucher avec le mari de sa meilleure amie je dois dire. 

Je ne me suis pas attaché au personnage de Michelle simplement parce qu'on ne se ressemble pas, parce que je n'aimais pas sa personnalité, mais j'aimais sa vie, son mariage raté, son fils prêt à tout pour rester avec une femme enceinte d'un enfant qui n'est même pas de lui - d'ailleurs le moment de l'accouchement dans le film est vraiment très marrant, en y pensant, j'en ris encore -. Aussi et surtout l'histoire avec son père, qui me semble être le plus intéressant. 
J'ai ressenti une forme de faiblesse dans le personnage littéraire que je n'ai pas retrouvé à l'écran et j'ai trouvé ça dommage. Dans sa solitude, Michelle reste un personnage humain, fragile qui ressent véritablement des sentiments tandis que dans les films elle est plus comme son personnage de jeu vidéo, une sorte de robot insensible, un être inexistant. 


Autre point qui m'a dérangé, le fait qu'il y est un problème de légitimité vis-à-vis de l'existence des femmes. Toutes les relations sont, de près ou de loin, liées à des hommes : sa mère qui n'arrête pas de remettre sur le tapis le père, sa belle-fille par rapport à son fils, la nouvelle compagne de son ex-mari. C'est la même chose pour la meilleure amie, son mari aussi est mêlé à l'histoire. Mais ce problème trouve sa résolution à la fin du film, au moment où Michelle et Anna décident d'emménager ensemble, on peut sans doute y voir un espoir d'existence féminine sans la dépendance vis-à-vis des hommes - c'est du moins de cette façon que je l'ai vu. 


Après avoir écrit tout ça, j'ai l'impression de ne trouver que des points négatifs à ce film, ce qui n'est pas le cas, j'ai passé un très bon moment malgré quelques défauts apparents. Je savais que le livre m'avait laissé sur ma faim alors je m'étais préparé au fait que ça pourrait être de même pour le film. Mais, quand on met de côté l'histoire en elle-même qui est la reprise du livre, le film en lui-même est vraiment intéressant et il défend des points qui me semblent être pertinents aussi. 


"Comment peut-il rouvrir des plaies à peine fermées ? Qu’il soit maudit, vraiment. Quelle foudre les frappe tous ces gens persuadés de la valeur de leur travail alors qu’on les croyait sains d’esprit, capables de sentir ce qui n’était pas bon avant même d’aller jusqu’au bout de la première phrase ? Quelle boue épaisse leur ferme les yeux ? Quel aveuglement paralyse leur cerveau ? Quel dysfonctionnement se produit dans leur cervelle ?"
Philippe Djian, Oh...


Pour lire l'interview réalisée lors de la rencontre : Retour à l'humanité - Café des Images


Pour se procurer le livre :


dimanche 13 mars 2016

L'Avenue du Cinéma - #20 The Revenant d'Alejandro González Iñárritu

The Revenant d'Iñárritu, c'est la légende du trappeur Hugh Glass dans le Nord-Ouest des États-Unis au XIXème siècle (1820 environ). Histoire quelque peu modifiée par rapport au roman Le Revenant de Michael Punke puisque Glass n'aurait jamais eu de fils indien et surtout, l'histoire de revanche entre Fitzgerald et notre héros concernerait simplement une histoire de vol, celui du fusil de Glass que Fitzgerald lui aurait subtilisé au moment où il décida de le laisser seul pour mort dans la nature. 

Développé d'un point de vue uniquement fictif, le fils de Glass, Hawk (interprété par Forrest Goodluck) est un élément scénaristique qui, il faut bien le dire rajoute une certaine épaisseur au personnage principal. Bah oui, je ne suis pas certaine que l'impact aurait été le même si on avait suivi le périple vengeur de Glass durant plus de deux heures simplement pour que celui-ci récupère son fusil. Le fait que Fitzgerald ait tué son fils, qui plus est sous ses yeux sans qu'il ne puisse rien faire rajoute à la dramatisation. 

Le film s'inscrit surtout dans une optique réaliste où l'esthétique prône sur le reste, ce n'est d'ailleurs pas pour rien si le tournage prévu en quatre-vingts jours a en réalité duré neuf mois. Ce tournage difficile, on le doit à la météo, mais surtout au réalisateur lui-même et à son directeur de la photographie, Emmanuel Lubezki qui voulaient tourner avec une certaine lumière et toujours en extérieur. Rien que les premiers plans sont d'une beauté à couper le souffle, je pense par exemple au deuxième plan du film, celui avec l'arbre qui est absolument magnifique. Il y a beaucoup de plans "horizontaux" notamment dans la forêt et ces plans-là aussi valent le coup. 




La bataille avec l'ours est sans conteste la séquence la plus marquante du film, de par son réalisme et sa beauté. Il faut quand même se rendre compte que derrière ce corps d'ours se cache un homme, (Glenn Ennis) un cascadeur qui aurait beaucoup observé les ours pour copier leurs mouvements et lui aussi, on peut dire qu'il joue parfaitement son rôle. Oui, il faut bien le dire, on y voit que du feu, on est tellement pris dans cet affrontement absolument terrible et les effets spéciaux sont tellement bons qu'on croirait à un vrai ours ! Un animal sauvage qui lacère le dos de sa proie, que dis-je de sa victime, qui s'en va pour mieux revenir, après avoir reçu une balle de la part de Glass qui a eu pour seul but de l'énerver plus encore. Et alors c'est là qu'il y a cette image d'une barbarie qui va au-delà de tout, nous voilà scotchés devant l'écran après ce moment très rapide où l'ours déchire la gorge de Glass d'un unique coup de patte, bah oui, il ne fallait pas plus. 
Et là encore, quand on se dit que ça suffit, que le combat va s'achever, que l'ours renifle la peur de notre héros, la lèche comme pour la garder en mémoire, nous sommes repartis pour un troisième round, round final qui se terminera avec la mort de l'ours, in extremis sans doute pour notre trappeur qui, on le pense ne pourra pas survivre à ça

Le casting du film est bien évidemment excellent, je pense aux trois acteurs qui portent le film : Leonardo DiCaprio, Tom Hardy et Will Poulter. Finalement, une grande partie du film ne repose que sur DiCaprio, sa solitude dans une nature sauvage inquiétante où il arrive, avec peine à survivre. Son Oscar est plus que mérité, toujours dans la justesse, il n'est jamais ridicule ou dans l'exagération. La scène du meurtre de son fils en est un parfait exemple, il est là, face à cette horreur et il ne peut rien, il ne peut même pas crier, hurler à la mort, rien, excepté des bruits de plaintes qui ne font que renforcer son incapacité à agir. Ou encore le passage avec la carcasse de cheval dont il ressort nu au petit matin, mi-homme mi-animal, une sorte de métissage des deux. Scène qu'il a bien tourné lui-même d'ailleurs, et je dois bien avouer que personnellement, je ne sais pas si je l'aurais fait tellement ça me semble dégueulasse, ou même de manger du foie de bison cru, et encore, je ne suis pas végétarienne comme lui.


Mais il a néanmoins un petit bémol dans cette perfection que semble être The Revenant. J'ai adoré, il n'y a aucun doute là-dessus, non, ce qui m'a le plus embêté en fait, c'est que je savais que j'adorerais et j'attendais jusqu'à la dernière seconde quelque chose qui viendrait me faire moins l'aimer, parce que oui, rien n'est parfait - même si certaines œuvres s'en rapprochent dangereusement. Et j'ai bien trouvé quelque chose, ce quelque chose, c'est la fin du film. Cet espèce d'affrontement final entre Glass & Fitzgerald qui débute comme une chasse quelques douze minutes avant la fin. Oui, nous y voilà, cela fait désormais plus de deux heures que nous sommes devant cette beauté visuelle, deux heures également que nous l'attendons cette vengeance promise et elle est là, face à nous. J'ai été bien déçue, un affrontement qui finalement ne dure pas plus de sept minutes pour se conclure en "ça ne ramènera pas ton fils Glass" et celui-ci qui lâche son ennemi pour le donner aux autres, ceux qui sont les ennemis des Blancs, mais pas de Glass, les Indiens. J'ai trouvé la scène trop brève, j'ai trouvé qu'elle ne nous donnait pas suffisamment comparé au film dans sa globalité, c'est censé être le moment fatidique et finalement, nous sommes obligés de nous contenter d'un bref combat qui est évidemment beau visuellement, avec cette neige qui au fur et à mesure des coups de poignard et de hache devient comme contaminée par le sang, par un Fitzgerald qui n'est plus qu'un homme grisonnant, l'ombre d'une silhouette passée qui n'a plus grand chose à nous apporter. 

The Revenant est de ces excellents films qu'il faut avoir vu rien que pour sa beauté, son esthétique absolument magnifique où son directeur de la photographie mérite amplement d'avoir été oscarisé pour son travail. C'est un film intéressant sur une légende américaine du XIXème siècle qui nous fait voyager pendant plus de deux heures trente, mais qui n'est pas parfait à cause d'un scénario qui pèche un peu au profit de l'esthétique (à l'inverse du film Spotlight, vu récemment).








La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...