mercredi 4 mai 2022

Marilyn : ombre et lumière de Norman Rosten

Mais elle s’est évadée des faits pour entrer dans le mythe, figée dans un obscur mélange d’histoire et de souvenirs. Elle nous hante avec des questions auxquelles nous ne pourrons jamais répondre… Toute beauté est mystère. Ce qui nous revient, c’est le sourire, le coeur désespéré, l’image qui flamboie et ne s’évanouira jamais. 

De Marilyn Monroe il y a la fascination. 

Fascination pour la femme Norma devenue Marilyn symbole d’un sex appeal hollywoodien des années 50.

Fascination pour ses amants, de son mariage avec un acteur à celui avec un écrivain réputé, ses relations sentimentales tumultueuses et dont on spécule une relation avec Kennedy - mais lequel, John ou Robert ? 


Son ami l’écrivain Norman Rosten nous délivre un récit intimiste, loin de l’icône et de la diva qu’on a voulu nous dépeindre. 



Dans son intimité, Norma est poète. Elle aime la poésie, c’est d’ailleurs un des éléments qui rendra l’amitié de l’écrivain avec l’actrice pérenne. Le texte s’ouvre d’ailleurs sur un poème de celle-ci :

« À l’aide à l’aide

À l’aide je sens la vie qui se rapproche

Quand tout ce que je veux, c’est mourir. »


Le point de départ est la rencontre entre Marilyn et l’auteur. La jeune femme a  une réputation solide, un précédent mariage qui n’a pas fonctionné. 

Ils se rencontrent sept ans avant la disparition de l’actrice, en 1955. Norman Rosten nous plonge dans le couple Monroe/Miller, l’attirance, l’annonce du mariage, l’épanouissement, les difficultés. 


Rosten nous raconte les souffrances d’une fausse-couche, d’une femme qui désire farouchement un enfant et n’arrive pas à en avoir. 


Il nous raconte quelques anecdotes de cinéma, entre Clark Gable et Laurence Olivier. 


Il nous raconte l’extravagance et une forme de je m’en foutisme de façade.

Ça me fait peur. Tous ces gens que je ne connais pas ; ils sont parfois si émotifs. Je veux dire, s’ils vous aiment tant sans vous connaître, ils peuvent de la même façon vous haïr. 

Il raconte son rapport aux hommes, sa sensualité, sa relation avec les Kennedy, dont Robert, dont il en décrit les rumeurs comme « nées de potins et de conjectures absurdes ». Prendre position, en tant qu’ami de Marylin, c’est d’une certaine façon éteindre une flamme éternelle. Il souhaite mettre fin aux rumeurs, mettre les pendules à l’heure : qui était cette femme ? une croqueuse d’hommes comme la plupart le pensaient ? 


Il raconte le déséquilibre, la dépression, le psy jamais bien loin. Le psy qu’on dérange pour un rien, pour lui montrer une sculpture fraîchement achetée, qu’on fait venir sur le tournage pour la tranquilliser. 

Elle paraît être joyeuse ; nous commençons à être habitués à ses changements d’humeur. Quand elle a le moral, c’est comme si une douce musique l’entourait. Quand elle est triste, elle se retire en elle-même.

Il raconte l’internement aussi. Quelques pages pour dire la difficulté de vivre pour Marilyn, pour dire l’attirance vers le bas. Pour dire aussi comme Hollywood prend mais ne rend jamais. 

En y repensant, toutes les aventures avec Marilyn avaient ce côté imprévisible, menaçant, comme si elle se heurtait malgré elle au destin. Le destin et elle semblaient cheminer côte à côte, je pense qu’il avait un peu peur d’elle.

Dans une suite de séquences, à la manière d’un film de vignettes, Norman Rosten dépeint une femme et non une icône. Il dépeint une amie et non une actrice. Marilyn était tout ça à la fois… mais c’est souvent derrière les plus beaux sourires que se cachent les peines les plus profondes. 






mercredi 13 avril 2022

Pharmakon d'Olivier Bruneau

Dans un livre ça devrait marquer le début d’un nouveau chapitre, mais pour moi, y a pas de pause, pas de transition ici. Entre le jour et la nuit, c’est juste une simple histoire de luminosité. 

Imaginez ne plus avoir besoin de dormir, ne plus ressentir la fatigue, vivre chaque minute de chaque heure d’une journée. 

Ça vous dirait ? 


Olivier Bruneau s’intéresse au sommeil dans son nouveau roman paru début avril chez Le Tripode : Pharmakon. 




La définition de ce mot devenu l’éponyme du roman amène le lecteur dans une histoire en demi-teinte, ni salvatrice ni destructrice. 


Un homme, tireur d’élite, est membre d’une entreprise privée de mercenaires : 


C’est dur à croire, mais j’ai beau être un tireur d’élite, je suis même pas sûr d’aimer tirer. Y se trouve juste que je suis trop bon à ça, et je peux pas me permettre de rien en faire. Avoir un don pareil et le laisser pourrir, c’est comme déchirer un ticket de loterie gagnant, celui qui t’assure de pas perdre ta vie à essayer de la gagner.


Le narrateur va être notre cobaye, celui qui teste pour nous le cachet miracle qui bloque le sommeil, l’annihile, l’éradique. 

Le traitement expérimental est délivré sous étroite surveillance et c’est entre les rencontres avec le médecin et les missions sur le terrain que les jours et les nuits vont s’enchaîner. 


La situation s’envenime et le personnage s’enlise.


Le roman, très court, est anxiogène du début à la fin. On sent une catastrophe arriver sans savoir d’où elle pourrait bien venir. 


En Grèce antique le terme pharmakon désigne autant un poison, un remède qu’un bouc émissaire. Le sommeil apparaît tour à tour sous ces trois facettes, à la fois allié et ennemi. 

On sort du roman sonné, dégoûté par certains passages (lors de l’intrusion dans le village par exemple), mais certain d’avoir découvert un personnage qui n’est ni héros ni anti-héros. Un homme paumé, tout simplement.


Pharmakon est un court roman d’anticipation. En concentrant son livre sur un peu plus de 120 pages, Olivier Bruneau n’épargne rien au lecteur : les effrayants progrès de la médecine, l’insensibilité et la mégalomanie des occidentaux face aux villageois, un homme-narrateur un peu à côté de la plaque qui doit rester sur le qui-vive. 

L’oralité m’a semblé en accord avec ce que l’on voulait nous faire ressentir, le narrateur, personnage nébuleux nuancé de gris, n’a pas la clé de la compréhension, comme le lecteur il est perdu, il est un rat de laboratoire qui n’a pas les tenants et les aboutissants. L’oralité renforce l’incertitude directement liée au personnage central et qui, de ce fait, contamine le lecteur. 


Je vous laisse avec cet extrait percutant : 

Mais au fil des ans je n’ai plus supporté cette espèce d’intranquillité permanente. La garde ne doit jamais baisser, l’esprit doit rester toujours en éveil, et jamais il ne trouve le repos véritable. Quelle que soit l’heure de la nuit, il y a toujours quelqu’un d’éveillé quelque part dans le monde qui peut avoir besoin de vous. Les lumières de ce monde-là ne s’éteignent jamais, jamais il ne nous laisse dormir d’un sommeil noir. Le continuum existe sur les réseaux de vie dématérialisée, et ce n’est qu’une question d’années pour qu’il finisse de contaminer tout le reste. […] Quand j’ai essayé d’expliquer ça à mon supérieur, il m’a d’abord ri au nez, et puis il m’a dit que le sommeil n’était plus qu’un luxe réservé à la classe des feignants, cette classe improductive, inférieure, inutile.


Un grand merci à Babelio et au Tripode pour l’envoi de ce titre ! 







mercredi 30 mars 2022

America[s] de Ludovic Manchette & Christian Niemiec

« Et toi ? Tu fuis ou tu vas quelque part ? 

[…] 

Je vais là où je suis aimée. »

Du haut de ses treize ans, Amy décide de quitter le domicile familial pour rejoindre sa soeur aînée partie à Hollywood pour devenir playmate. Cela fait désormais un an que la cadette est sans nouvelle. 

Amy prend son destin à bras le corps et décide de traverser les États-Unis en partant de Philadelphie, à l’extrême pointe est, pour arriver à Los Angeles, à l’extrême ouest. 

Dis comme ça, la jeune Amy apparaît bien inconsciente : qui traverse le pays du haut de ses treize ans en stop et sans un pécule ? 




Le postulat de départ peut faire penser à un thriller, on se dit qu’il paraît très étonnant qu’Amy ne tombe pas sur quelqu’un et pouf…

Pareil pour la soeur. Rien ne nous garantit qu’il ne lui ait pas arrivé quelque chose. Un an sans nouvelle, c’est long. 


Oui mais non. 


Le parti pris est radicalement différent. 

Ludovic Manchette et Christian Niemiec misent sur un roman d’apprentissage, un road trip en plein coeur des seventies. 


Les rencontres s’enchaînent et Amy avancent aux côtés de personnages très différents et parfois très attachants. Certains sont fictionnels, d’autres sont de futures célébrités. 

À mes yeux la force du livre est dans l’insertion de l’Histoire des États-Unis. C’est la mention d’un tueur en série charmant, considéré comme sympathique et qui deviendra mondialement connu pour avoir tué (au moins) trente fois, c’est la rencontre hautes en couleurs avec « The Boss » et toute sa clique. C’est aussi l’invention de personnages réconfortants et aimants. On a une belle galerie de personnages et chacun apporte quelque chose. 


J’étais quand même très hésitante je dois l’avouer. J’ai adoré l’histoire d’Alabama 1963 et j’avais peur de ne pas retrouver la même tension, la même affection pour les personnages peuplant America[s].

Dans Alabama 1963 il y a tout un contexte social et historique, sur quoi allez bien pouvoir se pencher les deux auteurs ? 


En situant leur intrigue pile dix ans après Alabama 1963, Christian Niemiec et Ludovic Manchette s’intéresse à des événements survenus dans tout le pays. 

Ils usent d’anecdotes ou de faits divers pour renforcer le rapport à la réalité. On nous explique par exemple pourquoi la ville de Budville a été surnommée Bloodyville. On découvre le fabuleux manoir Playboy et le quotidien des playmates. On baigne dans l’ambiance des années 70 et on suit Amy avec délectation. 

À la fois adolescente de treize, quatorze, parfois quinze ans, elle use de multiples prénoms pour se protéger. Elle n’est pas naïve malgré sa jeunesse, elle est pleine de fougue et de détermination. 


America[s] est une super histoire sur la famille, l’amitié, et la quête de soi. 

Le roman, au final, nous donne à voir la difficulté de trouver sa place, mais aussi l’effervescence, l’espoir et les déceptions de la douce America.  


Une lecture formidable ! 


« On passe tous par là. Je veux dire, toute notre vie, on perd des gens autour de nous. Des fois, on les perd juste de vue… » […]

« … et des fois, on les perd tout court. Ouais; la vie est une suite de… (Il réfléchit)… de deuils. Toutes sortes de deuils : de notre innocence, d’endroits qu’on doit quitter, de certains rêves, certains espoirs. Parce qu’il faut pas seulement renoncer à ce qu’on a perdu, il faut aussi apprendre à renoncer à ce qu’on n’aura jamais… » 








dimanche 20 mars 2022

Voyage au Liberland de Timothée Demeillers et Grégoire Osoha

Tout commence à Prague, lorsqu’un un homme, Jirí Kreibich, décide d’ouvrir un site internet intitulé Liberland. L’homme est un libertarien convaincu et il est tout sauf ravi du résultat des élections (un libertarien défend l’idée selon laquelle la liberté individuelle ne peut avoir de restrictions que par l’individu lui-même). 

Avec cette idée de site, Jirí entend bien mettre en avant ses idées politiques dont la plus centrale reste le rejet du contrôle de l’état.  

Deux ans après, le projet existe toujours mais aucune expansion n’est visible. Jirí entend parler de terres non revendiquées, il en existe une en Europe, entre la Croatie et la Serbie. Les 7 km non revendiquées deviendront la terre promise pour ce col blanc, la terre du Liberland. 

Jirí partage ses idées avec un ami, Vit Jedlička qui est tout de suite conquis. Lui aussi trouve que l’état a la main mise sur la propriété individuelle, les taxes n’en finissent plus… bref leur idée c’est que chacun ait son propre bout de terre qui lui appartiens, c’est-à-dire qu’on peut faire ce qu’on veut sur sa terre du moment qu’elle est à nous - donc en gros si t’es un bon vieux raciste, tu devrais pouvoir canarder les étrangers qui entrent sur ton terrain à coup d’AK-47, au Liberland, ça posera pas de problème ! 


En 2015 ils se décident à aller découvrir cette Terra nullius mais tout prend une direction déjà moins joyeuse. 

Face à la rumeur d’un terrain truffé de mines, Jirí renonce à son projet et passe le flambeau à Vit. Le périple pour arriver à bon port et planter le drapeau des libertariens est semé d’embuches et leur arrivée ne passe pas inaperçue. 


Par la suite les problèmes vont s’enchaîner. 

Qui voudrait vivre dans un État de 7km dans lequel on ne peut entrer ? 

L’armée serbe et et l’armée croate empêchent toute effraction. La zone du Liberland est une ancienne zone de conflit, elle se trouve à la frontière et l’installation des libertariens ne fait qu’ajouter de l’huile sur le feu. 


L’enquête menée par Timothée Demeillers et Grégoire Osoha interrogent tous les aspects du fantasme libertarien de Vit et des autres. Elle s’intéresse aux tensions déjà prégnantes dans cette zone entre la Croatie et la Serbie, elle nous montre à quel point personne ne prend au sérieux Vit et ses petits camarades.


Le Liberland veut devenir un pays sans État, un paradis fiscal puisqu’il rejète justement les impôts. Tout part d’une conviction selon laquelle l’État profite des contribuables. Quand on s’interroge notamment sur le système de santé, c’est plutôt évasif : pas d’impôt donc pas d’argent, mais ce sera apparemment selon le bon vouloir de chacun. 

Mais nous n’en sommes pas là puisqu’aucun pays n’a reconnu le Liberland comme étant un État et personne ne peut accéder au territoire puisque la police croate veille à ne laisser entrer personne. 


Les deux auteurs remontent aux origines de l’enquête, témoignant ainsi de la complexité déjà présente dans cette zone bien avant l’arrivée de ces fous de libertariens.

Les journalistes sont venus dans la région pour un documentaire sur la guerre entre la Serbie et la Croatie. Ils se rendent à Vukovar où les deux nationalités se côtoient mais vivent largement séparées (jusqu’en maternelle où il y avait avant un grillage pour empêcher les enfants serbes de jouer avec les croates et vice versa), et entendent parler du Liberland qui va fêter ses un an et qui se trouve à à peine à une centaine de kilomètres. 

La folle aventure commence mais rien ne se passe comme prévu et ce qui passait pour une vaste blague reste quelque chose d’abstrait.

Le « Président » Vit passe plus de temps à se montrer lors de conférences, etc. qu’à faire autre chose. 

Beaucoup se sont portés volontaires et ont vite déchanté face à l’ampleur des travaux mais aussi face à la difficulté de la tâche. Attirés par un fantasme sur le papier, des témoignages montrent comme l’idée est vaine, comme le projet du Liberland n’est finalement qu’une illusion. 

Car comment vivre là où on ne peut se rendre ? 



Voyage au Liberland est une enquête passionnante ancrée dans le temps. C’est l’époque qui permet de telles réflexions. De même l’épidémie de Covid qui s’insère dans les derniers chapitres (évidemment Vit et ses petits copains ne croient pas au virus…) nous rappelle comme cette histoire est une histoire d’aujourd’hui, avec des préoccupations d’aujourd’hui.

Dans une zone déchirée par les conflits, des hommes ont cru pouvoir s’emparer de ce qui est à personne, eux qui ne veulent aucune limite si ce n’est celle de la propriété se retrouvent au coeur d’une zone de tension entre deux pays vivant dans une paix toute relative. 


Certains passages font froid dans le dos, certains font lever les sourcils (impossible de m’empêcher de me dire que parfois, c’était vraiment une belle brochette de débiles, mais ça reste un jugement purement personnel…), certains amusent, mais quoi qu’il en soit, les journalistes ont écrit un livre ultra complet sur la question. Ils ont abordé chaque thème, chaque situation dans une écriture concise, mise au service de l’enquête.


Je ne connaissais pas les subtilités autour des libertariens, des anarco-capitalistes et j’en passe, je ne connaissais pas l’existence complètement folle de ce pays non reconnu, le Liberland. 


Un ouvrage ultra documenté et intéressant pour en apprendre un peu plus sur la réalité des folies de notre monde ! 







dimanche 13 mars 2022

Dating fatigue : amours et solitudes dans les années (20)20 de Judith Duportail

La dating fatigue. C’est un épuisement mental d’un nouveau genre. La version XXIe siècle de la mélancolie amoureuse. […] La dating fatigue, c’est quand on se sent trop petit pour notre liberté amoureuse. C’est la nouvelle saveur du vide dans la multitude. Le vide qui nous happe quand notre téléphone ne cesse de sonner, mais qu’aucun message ne nous semble directement adressé. […] C’est le sentiment de mort qui durcit au sein de son coeur lorsqu’il nous semble avoir emprunté pour la millième fois le même ascenseur émotionnel, entre espoir, date, projection, ghosting et déception. C’est quand on se rejète que la prochaine fois on ne se laissera pas avoir. On y croira un peu moins fort, on en donnera un peu moins on restera davantage recroquevillé à l’intérieur de soi. Mais alors, si on se renferme trop, ne risque-t-on pas de passer à côté de quelque chose ? La dating fatigue, c’est ce dilemme.


Judith Duportail est connue pour avoir écrit L’Amour sous algorithme, un livre-enquête où elle dévoile les dessous peu reluisants de Tinder. Pas besoin de l’avoir lu pour apprécier Dating fatigue, amours et solitudes dans les années (20)20. 



Judith s’interroge sur l’état de l’amour aujourd’hui, sur le couple, l’amour hétérosexuel (parce qu’elle se considère comme tel), mais l’amour homosexuel et même le « polyamour » sont aussi présents et interrogés. 

La société impact profondément nos rapports les uns des autres, d’autant plus quand il s’agit d’une relation homme/femme. L’auteure décrit une situation intime vécue avec une femme, elle en use comme exemple pour montrer à quel point la situation aurait été bien différente si elle avait été face à un homme. 

Elle déplore cette situation, l’impossibilité de se comporté d’une certaine façon parce qu’elle est une femme. Son comportement qui n’est pas choquant quand il est dirigé contre une femme devient aguicheur, voire sulfureux face au sexe opposé. 

À l’inverse si ça avait été un homme, nul doute qu’on aurait pris son comportement pour de la virilité…  



Avec Dating fatigue, il ne s’agit pas seulement de relation de couple mais d’amour et de société. De la place de la femme dedans, de son image. 

Comment être heureuse et épanouie quand il faut sans cesse jouer un rôle ? Quand on s’oublie au détriment des autres ? 

Comment, dans ce contexte, dans une société qui nous insulte des centaines de fois par jour depuis notre enfance, qui, selon le philosophe Simon Lemoine, fait de nous des « manque d’être », des personnes qui ne se définissent plus que parce qu’elles ne parviennent pas à être, prendre conscience de notre valeur ? Se respecter soi-même dans un tel contexte relève de l’acte de bravoure extrême. 

Je repense à toutes les fois où j’ai ri à des blagues que je trouvais humiliantes pour ne pas avoir l’air coincée, où je me suis couchée tard quand l’autre ne voulait pas dormir, à toutes les fois où j’ai souri pour avoir l’air agréable, toutes les fois où j’ai tu mes opinions pour ne pas envenimer les choses, toutes les fois où le bien-être de l’autre est passé avant le mien, toutes les fois où je me suis écrasée, rapetissée toute seule (enfin toute seule…, plutôt bien aidée par la société), et je me rends compte que ce sont toutes ces fois-là où je me suis manqué de respect. Ce n’est pas le sexe qui salit, non, c’est de se trahir pour correspondre aux attentes d’un autre. 


En revenant sur son travail sur Tinder, l’auteure insiste sur la difficulté de rencontrer du monde quand on refuse les sites de rencontre. C’est bien simple on a l’impression que c’est le seul outil permettant de rencontrer des inconnus. Depuis l’émergence de ces sites de rencontres, on sur-consomme et on transforme les êtres en vulgaires objets dignes, ou pas, d’être swipés du bon côté.


Néanmoins il ne faut pas perdre espoir et c’est en cela aussi que j’ai aimé ce titre. Judith Duportail est complètent paumée. Elle ne sait plus ce qu’elle aime, a peur que ses goûts aient changé. Cet essai est une exploration dans le coeur d’une femme au 21e siècle. Une femme seule qui aimerait ne plus l’être mais ne sait comment faire pour palier à la solitude. Une femme esseulée qui se cherche et espère bien se trouver. 

 

L’auteure conclut sur le journalisme narratif « exige[ant) d’enquêter autant à l’extérieur qu’à l’intérieur de soi ». Un journalisme d’un nouveau genre donc où il n’est plus question d’être impartial : 

« Tant de journalistes prétendent ne pas vouloir  se mettre en avant en se réfugiant derrière l’emploi de la troisième personne du singulier. Je crois, moi, qu’il s’agit de fausse pudeur et qu’ils ne veulent pas assumer ce qu’ils écrivent. […]

J’appartiens à la génération de femmes et de journalistes qui assument leur subjectivité pour espérer - je dis bien espérer, car nous savons, nous, qu’il n’est pas possible de l’asséner - porter un propos universel. Mon livre est un appel à l’introspection, un appel à creuser au fond de soi pour déconstruire les entraves à notre liberté que le patriarcat nous a imposées. Une fois ces carcans explosés, notre devoir est d’aider quelqu’un d’autre à s’en libérer : « La fonction de la liberté est de libérer quelqu’un d’autre », écrivait Toni Morrison. »

 

Peu habituée aux essais j’étais curieuse de voir ce que pouvais donner ce titre. Judith Duportail nous entraîne dans des interrogations à la Bridget Jones 2.0 où la virtualité a pris le pas sur le réel et où les femmes essaient courageusement de se faire aimer sans se trahir. 

Une réflexion intéressante sur notre société et la place laissée à l’amour.






samedi 5 mars 2022

L'Énigme Gerstein d'Alain le Ninèze

Connaissez-vous Kurt Gerstein ? Cet ingénieur allemand a grandi auprès d’un père antisémite, il s’est notamment fait arrêter et a été envoyé en camps durant 6 semaines dans les années 1930 car opposé au parti nazi. 

En 1941 il apprend la mort de sa belle-soeur, atteinte de schizophrénie, décédée d’une pseudo pneumonie. Kurt comprend qu’il y a anguille sous roche et décide d’entrer dans la SS pour en savoir plus. 



Intelligent et débrouillard Kurt va entrer à l’Institut d’hygiène et être chargé de s’occuper de l’assainissement et de la désinfection des camps, mais faisant preuve d’un vrai talent, il va finir par être chargé de subvenir aux besoins en acide cyanhydrique, autrement dit, en zyklon. 


Il a notamment visiter les premiers camps d’extermination, Belzec et Treblinka et être ainsi témoin de la mise en à mort de milliers d’êtres humains. 


Pris d’effroi il essaiera diverses combines pour tenter de faire disparaître un maximum de cargaison de zyklon. 


Finalement après avoir passé des mois dans la peur de se faire démasquer par ses collaborateurs, il ira au devant des alliés, plus précisément des français pour leur raconter sa folle histoire. 

De cela naîtra les « rapports Gerstein » au nombre de quatre. 

Deux en français et deux en allemand. 

Face à certains membres de l’ORCG (Organe de Recherche des Criminels de Guerre) qui ne croient pas à la version de Kurt, celui-ci s’est pendu dans sa cellule le 25 juillet.


Il faudra attendre vingt ans, 1965 pour qu’une campagne permette sa réhabilitation. Entre temps sa femme et ses enfants ont été contraints de vivre dans la précarité. 


Le personnage Kurt Gerstein est bien complexe, dans ses actes plus que dans ses pensées (du moins de ce qu’on peut en déduire suite à ses déclarations et aux interview de ses proches) mais il semble qu’il demeure une constante, celle de sa foi en la religion chrétienne qui est en quelque sorte ce qui l’a entraîné à détester le nazisme — il pensait notamment que les nazis allaient devoir faire face au jugement divin après avoir exterminé le peuple élu. 

Il a raconté ce qu’il a vu à Belzec à diverses personnes : un suédois en espérant que celui-ci transmette son témoignage aux alliés (témoignage qui a été découvert… en août 45 !), il a essayé d’atteindre le pape Pie XII, sans succès. 


Alain Le Ninèze, l’auteur de ce livre formidable a écrit un roman, il met en scène des personnes qui ont véritablement existé ainsi que des situations, en s’inspirant toujours d’un élément historique fiable que ce soit des rapports Gerstein que j’ai mentionnés ou bien de compte-rendu, d’interview effectués par des historiens. D’ailleurs il précise à chaque fois la source en la citant. Ainsi on trouve des passages des rapports écrits par le principal intéressé ce qui donne un caractère fiable à la démarche. 


Alors oui il y a un petit côté HHhH dans le sens où l’auteur confie également ses doutes concernant l’écriture de telle ou telle scène pour reconnaître que les propos d’untel seront dans tous les cas meilleurs que tout ce qu’il peut écrire. Il y a un côté de « l’oeuvre en train de se faire » par l’entremise d’interrogations sur la démarche. 

Pourtant au-delà de cette similitude les oeuvres n’ont rien à voir. Si j’ai pu trouver à HHhH la mise en scène d’une volonté d’exactitude sans qu’elle transparaisse toujours au coeur du récit, ici il y a une volonté d’exactitude pour le lecteur qui se retrouve avec la mise en scène du romancier et est confronté aux sources historiques, aux documents qui font l’Histoire telle qu’elle est. 


Le rôle du romancier n’est pas de réhabiliter Kurt Gerstein. D’autres l’ont fait avant lui et il relance en quelque sorte le débat sur le rôle qu’il a joué pendant la guerre, sur ses motivations et son choix de mettre fin à ses jours. 

Alain Le Ninèze nous raconte ici une histoire extraordinaire mais vraie, une histoire où s’entrechoquent littéralement l’invention du romancier et le pouvoir historique. 


Une belle découverte, parfois dérangeante, mais toujours passionnante. 


À lire pour ceux qui ont envie d’en apprendre plus sur une personne prête à tout pour connaître la vérité et stopper les massacres auxquels il a été témoin. 

Néanmoins ça ne plaira pas à tout le monde : en ajoutant à chaque fois la source qui lui a permis d’écrire ses chapitres romancés les informations que l’on apprend sont quasiment toujours dédoublées. En d’autres termes ce n’est pas un ouvrage qu’on dévore. 





dimanche 20 février 2022

Grand Hotel Europa d'Ilja Leonard Pfeijffer

On pourrait décrire l’histoire de l’Europe comme une histoire de nostalgie de l’Histoire. 


Difficile d’écrire sur un roman quand il a déjà été présenté un nombre incalculable de fois et de manière bien plus pointue et réflexive que ce que je m’apprête à écrire. 

Durant ma lecture j’ai écrit quelques mots clés : mise en abîme, relecture, nostalgie, amour, art. 



La beauté de ce roman réside dans tous ces éléments là. L’auteur s’est servi de ce qui fait la richesse de notre continent pour tenté de répondre à la question qu’il se posait depuis 14 ans, depuis son départ des Pays-Bas pour l’Italie : pourquoi s’est-il senti plus européen après avoir emménagé à Gênes ? Qu’est-ce que l’identité européenne ? 


Grand Hotel Europa est à la croisée des genres, que ce soit du point de vue formel (ni tout à fait un roman, ni tout à fait une biographie) ou thématique (ce n’est pas à proprement parler un roman d’amour, pas à mes yeux en tout cas, ni un essai, ni même un roman d’enquête) et c’est ce qui fait sa richesse. Ça et toutes les réflexions autour de notre passé d’européen, autour de la situation actuelle en Europe. 


Notre patrimoine est une force, mais n’est-il pas aussi une faiblesse ? 


Ilja Leonard Pfeijffer, le protagoniste, arrive au Grand Hotel Europa pour écrire sur son amour évaporé, Clio. C’est douloureux mais raconter cette relation sera salutaire alors le personnage (accessoirement il est aussi écrivain et poète, comme notre auteur !) se rend dans ce grand hôtel, symbole du prestige perdu de l’Europe, de l’Europe vieillotte et dépassée. 


Ce Grand Hotel Europa est un personnage à lui tout seul, c’est une énigme, elle renvoie le personnage à la question de base : qu’en est-il de l’Europe aujourd’hui ? 


Dans cet hôtel Ilja va faire la connaissance de différents personnages, de la poétesse un brin cinglée à Abdul le génial Abdul. 

J’ai aimé son personnage parce qu’il est aux antipodes de tous les autres. Il y a partout cette nostalgie, ce regard braqué vers le passé. Abdul lui ne veut plus du passé, il ne veut plus de ses souvenirs douloureux, lui veut oublier et ne penser qu’au futur : 

« Abdul n’aime pas parler du passé. Il dit que c’est un lieu mauvais que chacun ferait mieux d’oublier. Il dit que l’avenir est plus important, car il est encore à venir et que donc on a encore prise sur lui. Il a raison, mais je suis curieux. J’aimerais mieux le connaître et, de mon point de vue, il est impossible de connaître un homme sans connaître un tant soit peu son passé. Il ne partage pas cette vision. D’après lui, un homme est connaissable à son visage, et ce visage est tourné en direction de l’endroit où il va et non de celui d’où il vient. »


Accessoirement, l’un de mes passages préférés concerne l’inspiration latine dans l’histoire d’Abdul. Le parallèle avec Ulysse est si ingénieux ! 


Pourtant ce n’est pas le passé d’Ilja ni même sa relation avec Clio qui m’ont passionnés, ce sont les réflexions sur l’Europe, l’Europe destinée à être dépassée par les autres puissances, l’Europe, victime du tourisme de masse. Et à chaque fois des statistiques, et toujours des exemples concrets pour confirmer un raisonnement ou un fait - Venise ensevelit sous les eaux dans quelques années est l’exemple le plus frappant de la nocivité du tourisme de masse. 


Grand Hotel Europa est à mes yeux le roman des fins. Il commence sur la fin d’une histoire d’amour, il se termine sur la fin de quelque chose, sur une forme d’abdication, un déclin peut-être. Il parle d’une fin possible ou peut-être même déjà advenue, celle de notre beau continent. Grand Hotel Europa est un roman monde plein de poésie et de pensées. 

L’Europe est devenue un musée à ciel ouvert, un fantastique parc à thèmes historique pour les touristes. Et l’ingrédient principal de ce destin touristique est, conformément au premier critère essentiel de notre identité, notre excellent réseau d’hôtels et de restaurants. L’omniprésence de cafés et la richesse de nos formidables traditions culinaires font de notre continent la destination touristique idéale. L’avenir du Vieux Continent est déjà sous nos yeux. L’Europe est la villégiature du reste du monde.


L’écriture visuelle et rythmée est impeccable, bravo à Françoise Antoine pour sa superbe traduction ! 


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Une fois mon article écrit, j’ai été regarder la vidéo de la rencontre vleel avec l’auteur et son interprète Marianne de Susbielle. Ilja Leonard Pfeijffer parle à un moment du rôle du poète et de l’écriture. Pour lui, il y a un devoir de dire la vérité, mais celle-ci est peut-être restreinte à notre vision du monde. Dès lors le meilleur moyen de raconter la vérité serait par la fiction.

Ça explique la porosité entre la réalité disséminée dans le roman : les éléments biographiques communs au protagoniste et à l’auteur (le nom, le métier, le déménagement, l’éditeur…) mélangé à une histoire d’amour fictionnelle, à des personnages mi-réels mi-fictionnels (c’est le cas d’Abdul comme on l’apprend lors de l’entretien). 


Bref je vous recommande cette vidéo si vous êtes curieux d’en apprendre plus sur ce grand Grand Hotel Europa. 







mercredi 16 février 2022

Le piège de Jean Hanff Korelitz

Un écrivain, auteur de deux romans (l’un a bien marché, le second a fait un bon flop) enseigne l’écriture créative faute de mieux. Une année il tombe sur un étudiant particulièrement arrogant qui pense tenir l’intrigue parfaite. Certain de son coup il est réticent à en parler. Il finit par la raconter au professeur qui doit bien avouer que cette intrigue, personne n’y a jamais pensé, ça va faire un tabac ! 

Deux trois ans plus tard, ne voyant par le roman sortir, l'écrivain à moitié raté fait de petites recherches. Là il tombe sur une information étonnante : l’écrivain en herbe est mort depuis quelque temps déjà, voilà pourquoi son roman n’a jamais paru. 

Quand même, l’idée était bonne ! 



Jake, le protagoniste, ne peut se permettre de la laisser passer. Et voilà la genèse de Réplique, son troisième roman. Sans surprise c’est un vrai tabac. On se l’arrache et Spielberg achète même les droits. Mais quand même, Jake s’en veut diablement.

Sur la route de la promo il fait la rencontre d’une magnifique femme aux cheveux gris. Ni une ni deux tout se met en branle et ils sont ensemble. Deux mois après elle quitte tout pour s’installer à New York avec lui. Au bout de six mois, c’est le mariage. Quelque chose cloche, forcément. 

À côté Jake remarque les agissements d’une personne sur Twitter, elle sait, oui elle sait et elle dit publiquement que Jake est un voleur. Il a volé l’intrigue. 


La peur, la peur s’insinue partout. Celle de tout perdre, tout ce qu’il vient à peine de recevoir et qui risque de voler en éclats. Il décide de partir sur la piste du profil gênant.

La vérité se révèle comme une claque : cette super intrigue dont l’élève se targuait tant, quelle est son origine ? 


Jake comprend tout. 

Mais un peu trop tard, faut dire qu'il est pas super bon enquêteur. 


La lecture du Piège m'a énormément troublée. Je m'attendais à quelque chose d'étonnant mais certainement pas ça. L'originalité de l'intrigue réside dans sa conclusion plus que dans son élaboration.

Les dernières pages sont glaçantes à tel point que j'ai refermé ce livre en éprouvant un profond malaise. 

Par la suite, voyant que les jours passaient mais que je ne me décidais pas à écrire dessus, je suis revenue sur ce sentiment de malaise et la raison pour laquelle je le ressens comme cela. 


J'ai compris que le dernier chapitre me met en rogne, que cette conclusion est tellement injuste, tellement machiavélique aussi que je n'ai pas réussi à passer outre. 

Jake n'est pas particulièrement agréable à suivre, on se prend de pitié pour lui (mais pas de compassion), mais quand même ! Il ne méritait sans doute pas ça. Le monde ne méritait sans doute pas autant d'hypocrisie. 


Si l'intrigue n'est pas super originale de prime abord, je me doutais que j'allais être surprise avec Jean Hanff Korelitz (si vous avez lu/vu The Undoing vous comprenez sans doute pourquoi), mais plus que de la surprise c'est du trouble que j'ai ressenti. Est-ce que j'ai aimé ? Est-ce que j'ai trouvé ça trop simple ? 

Je ne sais pas trop à vrai dire. 

Je sais que j'ai dévoré le livre, et je sais que la fin m'a laissé un goût d'injustice et de complicité. 





mercredi 2 février 2022

Nous, les humains de Frank Westerman

L’année dernière à peu près à la même période je découvrais Le Dit du Vivant de Denis Drummond et j’entrais dans l’univers des ancêtres humains et de la paléoanthropologie. 

Avec Nous, les humains, Frank Westerman qui est aussi narrateur nous embarque dans une aventure personnelle : il décide de s’intéresser à ce sujet avec ses étudiants, il décide que les étudiants auront un rôle à jouer dans son prochain livre (celui que nous sommes en train de lire). 




Il y a énormément d’interrogations sur l’Homme, sur ce qui le différencie des autres animaux, ce qui le rend humain, mais pas nécessairement supérieur. Il y a une grande place pour la morale dans ce livre. Certains considèrent les Hommes comme étant supérieur aux autres espèces (ce qui entraîne des interrogations : en quoi sommes-nous supérieurs ? serait-ce à cause de notre réflexion, de notre capacité à pouvoir transformer la nature selon nos besoins ? serait-ce parce que nous prenons soin des nôtres ? serait-ce parce que nous sommes plus stratèges ?…) et d’autres pensent tout à fait l’inverse. 


Les interrogations et tous les éléments autour des différents hominidés retrouvés au fil des décennies sont passionnants. On en apprend vraiment beaucoup sur les différents homo mais aussi sur les rivalités, les querelles et les batailles entre spécialistes - ça n’a pas été sans me rappeler la lecture de La Guerre des dinosaures qui traite des mêmes stupides rivalités… -, sur la place des femmes dans la recherche aussi. 


Bref Nous, les humains est une mine d’or pour celui qui souhaite en apprendre plus sur l’Histoire des Hommes, sur les différentes espèces retrouvées, espèces plus ou moins proches de la nôtre (l’australopithèque, l’homo erectus, etc.) mais aussi sur l’histoire de ces découvertes. Retracer le parcours de chercheurs est passionnant, certains ont eu la chance de faire des découvertes capitales, d’autres ont péri pour hérésie à cause de ces découvertes, d’autres encore ont creusé au bon endroit, mais pas suffisamment profondément, laissant la découverte à d’autres… N’est pas chanceux qui veut.


On apprend une multitude de choses de manière accessible ce qui est  à mon sens le plus gros point fort du livre (j’avais fait ce même compliment pour Le Dit du Vivant, et décidément, la lisibilité est primordiale à mes yeux de néophytes). 


Le seul point noir c’est l’aspect contemporain, toutes les descriptions de lieux ou parfois les développements concernant les élèves, etc., tout ça a eu pour effet de ralentir ma lecture, de me couper dans mon élan. Non pas que je n’étais pas intéressée par l’élaboration du livre en lui-même, simplement je n’ai pas été embarquée par l’aspect intime de l’entreprise.


Nous, les humains est un texte interrogeant notre passé, ce qui fait de nous les homo sapiens d’aujourd’hui, ce qui, à un moment ou à un autre à donner ce résultat-là. Les développements autour des paléoanthropologues et des différentes espèces découvertes au fil des siècles sont passionnants, d’autant plus pour une novice dans mon genre. 

Je pense en revanche qu’il peut vite ennuyer un lecteur averti de la question.


Ni un roman, ni une autobiographie, ni un essai, disons peut-être une enquête. 

Enquête contemporaine sur les traces de nos ancêtres, à la recherche de réponses à des questions et des réflexions qui tiennent tantôt de philosophie, tantôt d’éthique, tantôt de métaphysique. 


Si la quête que j’ai menée sur l’essence de l’humain m’a appris quelque chose, c’est que nous sommes condamnés à rectifier sans cesse ce que nous croyons savoir. Seule la fiction peut donner l’illusion que la réalité est exacte, de façon éphémère. Tout autre écrit devra toujours laisser une porte ouverte, le début d’autre chose. Version après version. C’est justement la rectification, comme figure de style, qui nous différencie des autres espèces. La version finale n’existe pas. 


Traduit par Mireille Cohendy.  






La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...