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dimanche 12 mars 2023

La Montagne inversée de Romain Lescurieux et Antonin Vabre

Comprendre. Voir de nos propres yeux ce que ce pic de Bugarach a sous le capot. Pourquoi fascine-t-il autant ? Pourquoi des galaxies de personnes gravitent-elles autour depuis des dizaines d’années ?

Le 21 décembre 2012 devait sonner la fin du monde selon le calendrier Maya. Mais d’où venait réellement cette info ? N’a-t-elle pas été exagérée ? inventée ?


En 2012, deux amis journalistes, Romain Lescurieux et Antonin Vabre, ont pris la direction du Pech de Bugarach et de ses environs, dans l’Aude. Cette montagne ferait partie des lieux épargnés par la fin du monde.



10 ans après nous sommes toujours ici, alors d’où venait cette rumeur ? et pourquoi Bugarach et quelques communes alentours étaient-ils un terrain privilégié ?

Les journalistes reviennent sur les lieux dix ans plus tard, prêts à mettre au jour tout ce qui leur avait échappés. 


Il y a la montagne elle-même, unique en son genre puisqu’une fois à l’intérieur, au lieu de descendre, il faut monter : 

Cette montagne a cette particularité d’être formée par un pli anticlinal inversé. Concrètement, la roche la plus ancienne se situe au sommet. Ce qui est dessus devrait être dessous. D’où ce surnom de « montagne inversée ».

Il y a les théories : une base d’extraterrestres serait cachée sous le pic, l’émergence du New Age qui a contribué à donner une image déformée des lieux. Il suffit parfois d’un écrivain de fantastique pour faire croire à des centaines, des milliers de personnes, qu’il s’agit d’un lieu magique, ou d’un grimpeur renommé ou même d’une riche anglaise baignant dans l’ésotérisme pour que germe l’idée que Bugarach est un lieu plein de magie.

Et n’oublions pas le fameux Sylvain Durif, rappelez-vous, ce « christ cosmique » qui a eu son quart d’heure de gloire en 2012. 

Plusieurs « explications » circulent autour de ce site : puissante force magnétique, caractère ésotérique qui le fait surnommer la « montagne sacrée », existence mythique d’une vie souterraine, passage vers des mondes inconnus ou des civilisations disparues, abri d’une base extraterrestre, lieu d’enfouissement de l’arche d’alliance. […] Le site de Bugarach semble donc être un site à surveiller, et ce, plus particulièrement à l’approche de l’année 2012, notamment au regard de possibles troubles à l’ordre public constitués par d’importants rassemblements de personnes » 

La Montagne inversée est un tour d’horizon. On découvre Bugarach mais aussi Rennes-le-château ou Renes-les-bains avec leurs propres croyances et histoires. Ces histoires se partagent et en créer d’autres.

Il y a ce curé qui a vécu au 19e et dont on le suspecte d’avoir caché un trésor. Il y a la légende de Bug et d’Arach qui aurait donné son nom à Bugarach. Il y a autant d’histoires que de points de vue sur cette montagne où l’ésotérisme n’est jamais loin. 


En parallèle de cette quête consistant à découvrir l’origine de la rumeur, à rencontrer les habitants des villages, à compiler des anecdotes et des éléments parfois troublants, les journalistes se lancent dans une exploration du Bufo Fret, une grande cavité découverte par des spéléo passionnés. 

Mené par le guide Henri, spéléologue confirmé, ils vont entrer dans les boyaux de la montagne inversée. 


L’entrelacement des chapitres évite de mettre l’accent uniquement sur la découverte de la cavité et leur trajet, assez angoissant comme ça. On fait des sauts dans le temps, on cartographie les environs comme on rencontre les principaux habitants de la ville, du maire aux nouveaux habitants en passant par les journalistes. 


On en apprend plus sur la spéléologie aussi. 

De même que pour la paléontologie (Marchialy a publié un autre super livre à ce sujet : La Guerre des dinosaures) il y a une vraie rivalité entre spéléologues. Il existe différents groupes qui sont en compétition. C’est ce que nous explique Henri quand il admet ne pas faire partie de l’équipe ayant découvert la cavité.

Entre la compétition, le manque de passionnés et les dégradations humaines, on comprend que la spéléo est une matière complexe, difficile, et dangereuse. 


Suivre la passion de ces hommes pour la nature, pour les grottes et le caché, le mystérieux, l’introuvable jusqu’à ce qu’il soit découvert, c’est véritablement ce que j’ai le plus aimé dans La Montagne inversée. 

La spéléologie est une branche de la science géographique. Nous sommes des découvreurs de la géographie cachée. Au niveau symbolique, on révèle le caché. Un vrai spéléologue est passionné par la vérité, par ce qui n’est pas visible.

Finalement, le 21 décembre 2012 n’apparaît que comme une étape, un moment marquant de l’histoire de Bugarach, mais un moment parmi d’autres. Les prédictions ne sont rien de plus que la mise en lumière d’une terre qui abritait déjà bien des mystères. 


Une enquête passionnante, comme toujours chez Marchialy !! 

dimanche 20 mars 2022

Voyage au Liberland de Timothée Demeillers et Grégoire Osoha

Tout commence à Prague, lorsqu’un un homme, Jirí Kreibich, décide d’ouvrir un site internet intitulé Liberland. L’homme est un libertarien convaincu et il est tout sauf ravi du résultat des élections (un libertarien défend l’idée selon laquelle la liberté individuelle ne peut avoir de restrictions que par l’individu lui-même). 

Avec cette idée de site, Jirí entend bien mettre en avant ses idées politiques dont la plus centrale reste le rejet du contrôle de l’état.  

Deux ans après, le projet existe toujours mais aucune expansion n’est visible. Jirí entend parler de terres non revendiquées, il en existe une en Europe, entre la Croatie et la Serbie. Les 7 km non revendiquées deviendront la terre promise pour ce col blanc, la terre du Liberland. 

Jirí partage ses idées avec un ami, Vit Jedlička qui est tout de suite conquis. Lui aussi trouve que l’état a la main mise sur la propriété individuelle, les taxes n’en finissent plus… bref leur idée c’est que chacun ait son propre bout de terre qui lui appartiens, c’est-à-dire qu’on peut faire ce qu’on veut sur sa terre du moment qu’elle est à nous - donc en gros si t’es un bon vieux raciste, tu devrais pouvoir canarder les étrangers qui entrent sur ton terrain à coup d’AK-47, au Liberland, ça posera pas de problème ! 


En 2015 ils se décident à aller découvrir cette Terra nullius mais tout prend une direction déjà moins joyeuse. 

Face à la rumeur d’un terrain truffé de mines, Jirí renonce à son projet et passe le flambeau à Vit. Le périple pour arriver à bon port et planter le drapeau des libertariens est semé d’embuches et leur arrivée ne passe pas inaperçue. 


Par la suite les problèmes vont s’enchaîner. 

Qui voudrait vivre dans un État de 7km dans lequel on ne peut entrer ? 

L’armée serbe et et l’armée croate empêchent toute effraction. La zone du Liberland est une ancienne zone de conflit, elle se trouve à la frontière et l’installation des libertariens ne fait qu’ajouter de l’huile sur le feu. 


L’enquête menée par Timothée Demeillers et Grégoire Osoha interrogent tous les aspects du fantasme libertarien de Vit et des autres. Elle s’intéresse aux tensions déjà prégnantes dans cette zone entre la Croatie et la Serbie, elle nous montre à quel point personne ne prend au sérieux Vit et ses petits camarades.


Le Liberland veut devenir un pays sans État, un paradis fiscal puisqu’il rejète justement les impôts. Tout part d’une conviction selon laquelle l’État profite des contribuables. Quand on s’interroge notamment sur le système de santé, c’est plutôt évasif : pas d’impôt donc pas d’argent, mais ce sera apparemment selon le bon vouloir de chacun. 

Mais nous n’en sommes pas là puisqu’aucun pays n’a reconnu le Liberland comme étant un État et personne ne peut accéder au territoire puisque la police croate veille à ne laisser entrer personne. 


Les deux auteurs remontent aux origines de l’enquête, témoignant ainsi de la complexité déjà présente dans cette zone bien avant l’arrivée de ces fous de libertariens.

Les journalistes sont venus dans la région pour un documentaire sur la guerre entre la Serbie et la Croatie. Ils se rendent à Vukovar où les deux nationalités se côtoient mais vivent largement séparées (jusqu’en maternelle où il y avait avant un grillage pour empêcher les enfants serbes de jouer avec les croates et vice versa), et entendent parler du Liberland qui va fêter ses un an et qui se trouve à à peine à une centaine de kilomètres. 

La folle aventure commence mais rien ne se passe comme prévu et ce qui passait pour une vaste blague reste quelque chose d’abstrait.

Le « Président » Vit passe plus de temps à se montrer lors de conférences, etc. qu’à faire autre chose. 

Beaucoup se sont portés volontaires et ont vite déchanté face à l’ampleur des travaux mais aussi face à la difficulté de la tâche. Attirés par un fantasme sur le papier, des témoignages montrent comme l’idée est vaine, comme le projet du Liberland n’est finalement qu’une illusion. 

Car comment vivre là où on ne peut se rendre ? 



Voyage au Liberland est une enquête passionnante ancrée dans le temps. C’est l’époque qui permet de telles réflexions. De même l’épidémie de Covid qui s’insère dans les derniers chapitres (évidemment Vit et ses petits copains ne croient pas au virus…) nous rappelle comme cette histoire est une histoire d’aujourd’hui, avec des préoccupations d’aujourd’hui.

Dans une zone déchirée par les conflits, des hommes ont cru pouvoir s’emparer de ce qui est à personne, eux qui ne veulent aucune limite si ce n’est celle de la propriété se retrouvent au coeur d’une zone de tension entre deux pays vivant dans une paix toute relative. 


Certains passages font froid dans le dos, certains font lever les sourcils (impossible de m’empêcher de me dire que parfois, c’était vraiment une belle brochette de débiles, mais ça reste un jugement purement personnel…), certains amusent, mais quoi qu’il en soit, les journalistes ont écrit un livre ultra complet sur la question. Ils ont abordé chaque thème, chaque situation dans une écriture concise, mise au service de l’enquête.


Je ne connaissais pas les subtilités autour des libertariens, des anarco-capitalistes et j’en passe, je ne connaissais pas l’existence complètement folle de ce pays non reconnu, le Liberland. 


Un ouvrage ultra documenté et intéressant pour en apprendre un peu plus sur la réalité des folies de notre monde ! 







La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...