dimanche 22 juillet 2018

Le Coin des libraires - #104 L'asphyxie de Violette Leduc

Cela fait longtemps que je n'avais pas lu de livres de Violette Leduc, après avoir commencé avec La vieille fille et le mort & La femme au petit renard, j'avais un peu mis de côté l'auteure. J'ai toujours La Bâtarde chez moi, mais je ne l'ai toujours pas lu. J'aimerais lire ses livres dans leur ordre de parution, du coup, j'ai acheté L'asphyxie, son premier ouvrage paru en 1946. 

J'avais déjà été assez étonnée lors de ma lecture de La vieille fille et le mort. Je ne le qualifie pas forcément comme un roman, mais peut-être plus comme un semblant de tranche de vie. On ne connait pas franchement bien le personnage et tout ce qui est mis en avant c'est sa solitude et sa relation étrange avec cet homme mort qu'elle retrouve dans son épicerie. 

Ici, c'est un peu la même chose. Je trouve en fait assez grossier de qualifier cette oeuvre de roman, c'est plus que ça, c'est une sorte de déclaration, un mal-être jeté à la face du monde. 



L'asphyxie, c'est l'atmosphère dans laquelle grandit la Bâtarde. Sa mère ne lui donne jamais la main. Bien au contraire. Elle lui fait porter le poids d'une faute qu'elle n'a pu accepter. Quant à son regard sur sa fille, c'est à peine un regard : c'est dur et bleu.


Si j'ai décidé de suivre les publications de l'auteure dans l'ordre chronologique, c'est aussi parce que Violette Leduc puisait énormément dans sa vie pour écrire, L'asphyxie ne déroge pas à la règle. 
D'ailleurs, ce livre représente les prémisses, l'enfance de l'auteure, son sentiment de rejet. Ce rejet qui transparaît dès la première phrase. Phrase marquante, extrêmement dure de par sa simplicité et son propos : "Ma mère ne m'a jamais donné la main..." 

Avec L'asphyxie, on en apprend un peu plus sur cette femme qui se sentait sûrement honteuse d'être une bâtarde, une enfant qui, dès l'enfance a compris que sa mère n'était autre qu'une étrangère. Une femme tantôt méchante, tantôt absente. Une femme qui n'a que faire d'une petite fille sans père. 
Si la figure de la mère en prend pour son grade (jusque dans une certaine mesure, j'ai personnellement trouvé qu'elle admirait la mère dans un certain sens), celle de la grand-mère se trouve être rehaussée, presque fantasmée tellement cette vieille femme représente l'enfance en tant que telle pour la jeune fille. 

Dès ce roman on trouve le besoin d'aimer, d'être acceptée, d'être heureuse. Mais ce besoin se confronte forcément avec le mal d'aimer, cette difficulté, non, cette impossibilité même. La fillette n'aura donc jamais droit au bonheur après le décès de sa grand-mère ? 


L'asphyxie de Viollete Leduc, Imaginaire Gallimard.


Je me suis plongée dans ce livre avec beaucoup d'enthousiasme. Je me souviens à quel point j'avais aimé La vieille fille et le mort, à quel point j'ai été marquée par la solitude, par la nécessité d'être aimé  pour soi. Cette vieille femme m'avait beaucoup touché dans ses réflexions et ses façons de faire. 
À la fin de ma lecture, je suis toujours autant enthousiaste, parce que j'ai aimé, malgré le fait que des éléments m'ont un peu gêné. 

L'asphyxie est un livre de même pas 200 pages, ce n'est pas vraiment une écriture linéaire - même pas du tout - puisque l'on passe d'un événement à un autre, une époque à une autre, sans qu'il soit toujours facile (ou possible) de faire le lien entre les chapitres. Il est vrai que j'ai parfois eu un peu de mal à comprendre où l'auteure voulait nous mener. Il est vrai aussi que certains chapitres ne m'ont pas paru fondamentaux pour comprendre l'état d'esprit de la fillette et par extension celui de l'auteure. 

Néanmoins, pour un premier roman, je dis chapeau bas. Dès ce premier écrit on retrouve ce qui fera la patte de l'auteure : un récit très concentré sur la vie personnelle alternant des passages fictionnels à des passages sans doute plus autobiographiques. Aussi un leitmotiv qui est celui de la mal aimé, celle que l'on ne pourra jamais complètement aimer, qui n'aura jamais complètement sa place, qui, pour le dire grossièrement, n'est pas légitime - forcément, on retrouve une fois encore l'idée de la bâtardise. 


Même si j'ai trouvé certains passages en trop, d'autres m'ont paru extrêmement éclairant lorsqu'on veut comprendre l'environnement dans lequel a grandi la jeune Violette, entre un père inexistant, une mère insensible et une grand-mère formidable, la jeune fille va devoir se construire seule, avec cette idée de rejet, d'existence injustifiable aux yeux du monde, parce que c'est ce qu'elle semble être à ses yeux, une enfant coupable. 


Prochain ouvrage de l'auteure : L'Affamée


Vous connaissez cette auteure ? Ou certains de ses livres ? 







dimanche 15 juillet 2018

Le Coin des libraires - #103 La Shoah à l'Est : Regards d'Allemands d'Andrej Umansky

Comme toujours dans ce cas, je remercie Babelio ainsi que les éditions Fayard pour ce livre.
Cet ouvrage m'a procuré tout un tas de sentiments forts, du dégoût principalement, mais aussi de la gêne parfois. Il est aussi le premier livre pour lequel j'ai cru ne pas pouvoir respecter la règle de la masse critique - c'est-à-dire en trente jours : lecture + critique publiée. 

Ce livre m'a procuré une grosse panne de lecture - j'en ai toujours une à cette époque de l'année. Je termine mes cours, les vacances approchent et du coup je m'enfile tout un tas d'ouvrages à la vitesse de l'éclair et puis, au bout d'un mois, j'ai un moment à vide où il m'est difficile de lire quoi que ce soit. 
Lorsque j'ai commencé ma lecture ça allait encore, mais une fois l'introduction passée, une fois entrée dans le vif du sujet, je dois admettre que ça a été chaotique. 


2,2  millions. C’est le nombre minimum de Juifs exterminés en territoire soviétique occupé par les nazis –  la majorité par balles  – lors de la Shoah entre 1941 et 1944. Des milliers d’exécutions se déroulèrent de la Galicie orientale en Ukraine jusqu’aux rives de la mer Baltique, les forêts moscovites et les confins du Caucase. Femmes, hommes et enfants juifs furent fusillés, parfois au plein milieu des villes et villages mais aussi des villageois. L’auteur Andrej Umansky, s’est rendu à nombreuses reprises auprès des sites d’extermination dans le cadre des recherches de l’Association Yahad – In Unum.
L’ouvrage révèle la présence d’un public oublié, les Allemands venus eux aussi regarder les exécutions des Juifs pendant la guerre : un employé civil, un soldat curieux ou même l´enfant d’un bourreau. Ils racontèrent plus tard ce qu’ils avaient vu dans des journaux intimes, des lettres ou des dépositions judiciaires.En livrant ces documents exceptionnels, Andrej Umansky met au jour la présence d’Allemands venus assister, pour un jour parfois, au crime commis contre les Juifs pendant la Shoah à l’Est. Ce texte nous fait pénétrer dans la curiosité des Allemands ordinaires que suscitait l’assassinat des Juifs.


Forcément, mon premier conseil si je puis dire, c'est "âme sensible s'abstenir"
Si je commence maintenant à être familière avec les témoignages de camps, je dois dire que j'étais assez intriguée par cette partie du titre : "la Shoah à l'Est". Ma connaissance de la Seconde Guerre mondiale reste partielle sur bien des aspects, à titre d'exemple, je m'y connais bien mieux sur les camps en Pologne, sur la situation en France, que sur la guerre du Pacifique entre le Japon et les États-Unis. De même, je ne suis pas experte quand il s'agit des événements qui se sont passées sur le front de l'Est, sur l'alliance puis l'affrontement entre l'Allemagne et la Russie. 


L'ouvrage est découpé en trois parties (sans compter l'introduction extrêmement bien écrite, dans le sens où elle explique bien la démarche de l'auteur, et sa volonté de montrer, d'éclairer ce moment de l'histoire par le biais de témoignages (sous forme d'interrogatoires, de journaux intimes ou encore de lettres envoyées aux proches)), chacune étant titrée : les bourreaux, les petites mains, les spectateurs. 
Chacun possède forcément une place plus ou moins importante dans les exécutions. 

J'ai mis du temps à le lire parce qu'il est vraiment très dur, on est bel et bien aux premières loges et même si d'un point de vue pédagogique j'ai adoré ma lecture, il m'était impossible de lire plus de deux "témoignages" d'affilés. La partie sur les bourreaux est abominable, mais ce qui m'a le plus choqué, c'est évidemment de voir comment, finalement, pas mal de tortionnaires s'en sont sortis sans être vraiment inquiétés. Il y a eu des enfermements à perpétuité qui duraient une décennies, et au final, le coupable termine sa vie tranquillement en liberté bien qu'il ait tué des dizaines, des centaines de personnes - parfois même des milliers de personnes. 

Les témoignages sont durs, on trouve des interrogatoires menés dans les années 60 ou encore des journaux intimes et autres lettres personnelles. L'auteur est parvenu à compiler des récits parfaitement différents quand on regarde le ressenti de certains, mais également des témoignages qui se recoupent et accusent parfois la même personne. 

À titre d'exemple : Paul Blobel, dépeint comme un des pires êtres humains qui soit, responsable de milliers d'exécutions, jugé lors des procès de Nuremberg et exécuté en 1951. 
On observe plusieurs témoignages dans lesquels Blobel est présent, comme celui de Wilhelm Findeisen, chauffeur d'un camion à gaz et donc complice de l'extermination d'au moins 10 000 Juifs. 

D'ailleurs, ce chapitre concernant Findeisen nous éclaire sur les jugements rendus concernant certains complices nazis. Considéré comme "simple exécutant" il n'a été condamné qu'à un peu plus de 3 ans de prison. Je dis "qu'à" parce que c'est inconcevable pour moi de voir que des complices, littéralement, des personnes au courant de l'extermination et participant à cette dite extermination soient condamnés à une peine aussi courte. 
Alors oui, il n'a été que le chauffeur, mais s'il n'y avait pas de chauffeur pour ce camion à gaz, il aurait été impossible d'éliminer des Juifs avec. 

Ce que je veux dire, c'est que pour moi la justice n'est pas là. Pour moi une peine de trois ans pour un crime si grave, ce n'est pas acceptable. Et j'ai clairement été choquée de voir à quel point certains s'en sont sortis à si bon compte. 


La Shoah à l'Est : Regards d'Allemands, Andrej Umansky, éditions Fayard.


J'ai donc été choquée, dégoûtée, mal à l'aise aussi souvent. La plupart des témoignages n'ont aucune humanité, les exécutions parfois quotidiennes apparaissent dérisoires face au manque des proches par exemple. On parle des exécutions comme d'un simple travail, comme s'il s'agissait de passer un petit coup de balai et voilà. Bon oui ça fatigue, mais au-delà de ça, c'est pas bien méchant...

Des récits m'ont donné envie de vomir, littéralement. C'est aussi pour ça si j'ai mis autant de temps à le lire. Par moment, je le refermais au beau milieu d'une phrase. Je ne pouvais plus lire autant de haine, autant de normalité pour quelque chose qui est tout sauf normal. Je l'ai terminé il y a deux jours et j'ai toujours autant de mal à écrire mon ressenti, j'en ai parfois les mains qui tremblent et une sérieuse nausée se fait sentir. 

Évidemment, tous les témoignages ne sont pas comme cela - disons que la plupart le sont -, certains sont encore imprégnés d'humanité, de cette chose que l'on pense être commune à tous, mais qui se révèlent être absente chez beaucoup. Il y a des soldats, des nazis purs et durs, et il y a des gens lambda, des êtres incapables de générosité, incapable d'accepter autrui, des êtres littéralement abjects dans leur pensée, mais jamais condamnés. 
Et puis, il y a ce témoignage d'Elfriede Nehring, allemande et épouse d'un Juif battu à mort à Kolomea. 
Et puis, il y a le témoignage de Harald M., fils d'un gardien de camp, spectateur de certains méfaits de son père. 
Je recommande ces deux témoignages qui viennent donner un éclairage différent des autres et surtout, qui transpire l'humanité et le rejet de l'antisémitisme ou de toute autre forme de racisme. 


J'ai énormément appris avec cet ouvrage. Comme je le disais, je savais peu de chose sur la Shoah à l'Est, excepté l'Aktion Reinhard. J'en ai appris plus encore dessus d'ailleurs. Par exemple, il est très souvent fait mention du camp de Belzec, (personnellement, je connaissais surtout celui de Treblinka et uniquement de nom celui de Sobibor). En faisant quelques recherches supplémentaires, j'ai appris que ce camp était en gros le premier à avoir mis en place le gazage de manière systématique. 
J'ai également pu me rendre compte à quel point les pratiques étaient différentes de ce côté de l'Europe puisque si le gazage et les camps sont à la base de l'extermination à l'Ouest, les 2,2 millions de Juifs exterminés en territoire soviétique (chiffre minimum donné sur la 4e) ont principalement été abattus à l'aide de pistolets. D'où l'utilisation de "Shoah par balle". 
On observe la cruauté de ces pratiques : séparer les Juifs par groupes, séparer parfois les familles, les laisser mourir ensemble d'autres fois, mais à peu de chose près, c'est toujours le même mode opératoire : creuser des fosses extrêmement longues, placer les Juifs soit dans la fosse et tirer, soit les placer devant la fosse et tirer dans la nuque... 

Cette cruauté me paraît d'autant plus insupportable qu'elle était accessible pour les villageois et autres habitants de Galicie, d'Ukraine, etc. 
Définitivement, ce livre me marquera à vie. Ça a été une lecture extrêmement éprouvante, difficile, et je dois avouer que lire ce livre en même pas un mois était un véritable challenge, étant donné que ce n'est pas le genre de lecture que l'on peut lire d'une traite. Mais comme toujours, j'ai pu en apprendre plus sur cette période et c'est bien ce qui est le plus important pour moi. 







dimanche 8 juillet 2018

Le Coin des libraires - #102 Grisha I. de Leigh Bardugo

Après avoir plus qu'adoré la duologie Six of Crows qui figure d'ailleurs dans mon top de l'année 2016, j'ai longuement hésité avant de me procurer Grisha, le premier volet d'une trilogie écrite avant Six of Crows, et mettant en scène le même univers - mais les personnages et l'intrigue n'ont rien à voir ! 

À vrai dire, je me souviens qu'après avoir partagé mon amour pour Six of Crows, les éditions Milan m'avait annoncé la prochaine réédition de Grisha chez eux. Sur le moment je m'étais dit que je n'allais sans doute pas me la procurer. Et puis avec le temps, j'ai pas mal repensé à Six of Crows et comment dire ? J'étais, disons, nostalgique de la plume de l'auteur, des personnages évidemment, mais aussi de l'univers. Voilà comment j'ai sauté le pas et le moins qu'on puisse dire, c'est que depuis que je l'ai (mi-novembre) j'ai eu du mal à ne pas y toucher. 


Bon forcément la beauté du livre m'a aussi influencée on ne va pas se mentir, j'aime son format, sa prise en main (il est très souple) et évidemment, sa couverture. 



OMBRE. GUERRE. CHAOS.

Un royaume envahi par les ténèbres.
Une élite magique qui se bat sans relâche contre ce mal.
Des citoyens envoyés en pâture aux créatures qui peuplent le Shadow Fold.
Parmi eux : Alina Starkov.
ESPOIR. DESTINÉE. RENOUVEAU.
L’avenir de tous repose sur les épaules d’une orpheline qui ignore tout de son pouvoir.
L’Invocatrice de lumière.


On suit donc Alina qui, comme on s'en doute très vite n'est pas comme les autres. Bon je n'ai pas envie de raconter l'histoire et d'ailleurs soit-dit en passant, je trouve que le résumé de 4e (qu'on trouve  à l'intérieur de la couverture) est bien trop révélateur, ça spoile quoi, les cinquante premières pages ? et quand un livre en fait même pas 350 et que c'est écrit gros, c'est dommage.

Ce livre qui n'est que le tome 1 est une mise en bouche, une façon pour l'auteure de nous faire entrer dans son univers et c'est bien ce qu'il est. Je ne veux pas dire qu'il n'y a pas d'enjeux ou quoi, simplement, on sait pertinemment que tout ne va pas se jouer dans ce tome. 
Pour ma part, j'ai passé un très bon moment, je suis entrée facilement dans l'histoire, j'ai dès le début apprécié le personnage d'Alina, mais évidemment, j'ai des petites choses à redire sur son personnage et l'intrigue en elle-même. 


La première est que je déplore un peu le manque d'originalité dans le sens où, on se doute dès le début que la normalité d'Alina n'est qu'apparence, même si elle-même ne sait pas qu'elle est différente. J'aurais préféré qu'on nous dise d'emblée ce qu'elle est, ou qu'elle soit purement ordinaire, mais là, je ne sais pas, j'ai trouvé que c'était trop commun. 
Deuxième chose, il en va de même pour la relation d'Alina avec son meilleur ami, Mal. Leur relation est des plus basiques, elle, la fille que personne remarque, celle qui est la bonne amie, mais pas suffisamment belle pour être autre chose, lui, le beau gosse qui parvient à se faire des Grisha alors qu'il est lui-même qu'un gars ordinaire, bon ok, c'est un super bon traqueur, mais il n'a pas de pouvoirs, il n'est pas un Grisha ! 



Grisha de Leigh Bardugo aux éditions Milan.


Je pense que ce sont les deux éléments qui m'ont un peu déplu. Après faut le dire, j'avais des attentes, même si ça a été écrit avant, j'ai trouvé Six of Crows tellement original que je m'attendais à plonger en terrain inconnu et non pas à avoir un scénario des plus communs dans la littérature young-adult. 
Au-délà de ça, et ben c'est prenant ! J'ai eu du mal à décrocher, j'aurais adoré avoir la suite afin de pouvoir enchaîner un bon coup ! Même si je suis immédiatement rentrée dedans, il n'empêche que j'ai préféré le moment où Alina et Mal se retrouvent, je n'ai pas trouvé que c'était long avant, mais il était plutôt évident qu'il y avait anguille sous roche, que tout était bien trop parfait pour être réel. 

Pour ce qui est du tempérament d'Alina, comme je le disais, j'étais un peu gênée au début, et puis au fur et à mesure on découvre un personnage avec sa propre personnalité, avec sa gentillesse et sa naïveté. Son personnage est attachant parce que même en étant la fille la plus badass du livre, elle reste tout à fait humaine et modeste. 
Mal m'a clairement ennuyé au début, le délire du tombeur et tout, ça fonctionne pas avec moi - peut-être que c'est pour cette raison si je ne lis pas de romance ? - alors quand ils ont été séparés, je me suis dit "bon vent !". Il est vrai qu'il m'a profondément agacé après avoir retrouvé Alina, le délire de "je t'ai jamais vraiment vu avant" ne m'a pas plu, mais pour le reste, je dis cent fois oui ! 

On trouve enfin un personnage qui possède des blessures, des peurs, mais qui est aussi extrêmement courageux, qui est prêt à tout en fait, et c'est ce qui m'avait tant plu dans les personnages de Six of Crows, celui de Kaz surtout. J'ai refermé le bouquin avec un réel attachement pour ces deux-là, et donc forcément, avec une terrible envie de savoir ce qui allait bien pouvoir leur arriver ! 
J'ai été emportée par l'histoire, par les promesses du Darkling et son obscurité, par les personnages ambivalents que sont Baghra et Genya. J'espère qu'on les reverra, ce sont des personnages prometteurs mais dont on sait trop peu de choses après la lecture de ce volet. 








dimanche 1 juillet 2018

Le Coin des libraires - #101 L'invitée de Simone de Beauvoir

L'invitée (1943) est le premier roman de Simone de Beauvoir et accessoirement, le premier roman que je lis d'elle. Après avoir fait la rencontre de l'auteure par le biais de son autobiographie - le dernier volume lu est La force des choses I et je pense lire la deuxième partie très prochainement - j'ai voulu me plonger dans son oeuvre romanesque. 

"Voyez-vous, dit Pierre, le temps n’est pas fait d’un tas de petits morceaux séparés dans lesquels on puisse s’enfermer successivement ; quand vous croyez vivre tout simplement au présent, bon gré, mal gré, vous engagez l’avenir." 
Simone de BeauvoirL'invitée.


J'ai cette tendance un peu psychorigide de vouloir commencer par les premières oeuvres, c'est donc pour cette raison et parce qu'elle nous parle de la rédaction de ce dit roman dans La force de l'âge. J'avais d'ailleurs aimé cette façon de revenir sur son oeuvre et de la remettre dans le contexte, donc forcément, ça m'avait donné envie de lire ce premier roman. 
Enfin, je pense que je me suis décidée parce que mine de rien, j'ai déjà lu quasiment la moitié de son autobiographie, alors j'essaie de me concentrer sur ses autres oeuvres afin d'en découvrir le plus possible avant d'avoir terminé La cérémonie des adieux (dernier volume de son autobiographie). 


« Je me sens coupable, dit-il. Je me suis reposé bêtement sur les bons sentiments que cette fille me porte, mais ce n'est pas d'une moche petite tentative de séduction qu'il s'agissait. Nous voulions bâtir un vrai trio, une vie à trois bien équilibrée où personne ne se serait sacrifié : c'était peut-être une gageure, mais au moins ça méritait d'être essayé ! Tandis que si Xavière se conduit comme une petite garce jalouse, si tu es une pauvre victime pendant que je m'amuse à faire le joli cœur, notre histoire devient ignoble. »


L'invitée m'intriguait énormément, on me l'a plusieurs fois conseillé et surtout, même s'il ne faut pas prendre ce livre pour un récit vrai au sens où il s'est produit dans la réalité, l'auteure a puisé dans sa propre vie, son entourage et sans aucun doute ses sentiments pour pondre cette histoire. 
En effet, Xavière (prénom que je n'avais jamais croisé auparavant) ne serait autre qu'un mélange d'Olga et sa soeur. Olga - à qui le livre est d'ailleurs dédié, comme on le voit avec l'épigraphe - était une ancienne élève de Simone de Beauvoir lorsqu'elle enseignait à Rouen, l'auteure l'a fait venir sur Paris et l'a introduite dans le milieu théâtral. Elle a par ailleurs eu une aventure avec Sartre avant de se marier avec un des membres de la bande. 

Il n'en reste pas moins que Simone de Beauvoir a choisi d'aborder un sujet qui la concerne directement puisque ce qui est au centre de l'intrigue est bien une relation à trois, une relation de "partage". Sartre et Beauvoir ont passé cette espèce de pacte où, ils partagent leur vie (et durant un certain moment, aussi leur lit), en se vouant un amour inconditionnel, tout en allant voir ailleurs. Enfin, apparemment c'était surtout lui qui avait la bougeotte, mais elle a fini par s'ouvrir aux autres hommes de son côté. 
Bref, tout ça pour dire que cette histoire ne sort pas de nulle part même si je pense qu'une grande partie ne s'est pas déroulée de la façon dont elle l'écrit. 


Le roman se découpe en deux parties, la première consacre évidemment la mise en place, on fait la rencontre de Françoise, la protagoniste et double de l'auteure, ainsi que Xavière comme je le disais plus haut, mais aussi Pierre (largement inspiré de Sartre). À eux trois, ils forment le noyau dur du roman, la plupart des événements sont liés à eux - même si on a de très rares chapitres sous le point de vue d'Elizabeth. 
Cette partie se termine sur la réunion du ménage, après de longues interrogations et même un bref séjour à l'hôpital, les trois décident finalement d'être ensemble et de vivre en osmose à trois. 
La deuxième partie est bien évidemment dans la continuité, mais je n'en dirais pas plus là-dessus. 

Je ne vais pas y aller avec le dos de la cuillère, que ce soit une auteure que j'adore et admire ne change rien au fait que pour le coup, elle a eu le don de pondre des personnages tout à fait insupportables. 
Non mais sans rire, je pense que Xavière décroche la médaille de l'emmerdeuse ! Son personnage est tout à fait antipathique, à tel point qu'à un moment je me suis demandée si l'auteure ne l'avait pas fait exprès, mais je me dis qu'Olga était son amie, alors ce ne serait quand même pas très sympa ! 
Françoise est bien plus attachante malgré le fait que je l'ai trouvé un peu trop passive, notamment dans la première partie où elle encaisse sans sourciller alors que ça la gêne très clairement - ce qui est tout à fait compréhensible ! 
Pierre ne m'a pas plus non plus, trop coureur de jupons et un poil manipulateur, j'ai trouvé son personnage à moitié détestable et en même temps assez pathétique.


L'invitée de Simone de Beauvoir, éditions Folio.


À vrai dire, c'est assez bête étant donné que c'est un personnage secondaire - dans la mesure où il n'appartient pas au trio -, mais j'ai bien accroché avec Elizabeth. Sans en faire trop, j'ai trouvé intéressant d'avoir une autre immersion dans une relation à trois, une relation qui apparemment dure depuis un bout de temps, mais une autre relation qui dès le début, nous est donnée comme étant un véritable échec et une illustration du mécontentement que peuvent ressentir certaines parties. Même s'ils sont très rares (il doit y en avoir trois à tout casser), les chapitres qui épousent son point de vue m'ont intéressé en grande partie grâce à la réflexion qu'elle a sur le monde, sur ce qui l'entoure. 


Après coup, je garde en mémoire cette cruauté entre Françoise et Xavière, cette fausse gentillesse. On imagine dès le départ la fin, on garde à l'esprit que si la fiction est un tant soit peu fidèle à la réalité, Xavière se retrouvera évincée, ou bien elle évincera les autres, et par là j'entends Pierre, car on a beau dire, pour moi Françoise et Xavière gâchent leur relation en y incluant Pierre. 
Mais je ne peux m'empêcher de me demander où commence la fiction, qu'y a-t-il de vrai, et de faux ? Enfin je veux dire, à la fin, c'est quand même très sympa tout ce qui se passe et finalement, par le biais de son personnage, Simone de Beauvoir dépeint une femme jalouse et indécente, prête à écraser son adversaire, rien de plus, rien de mois. 

Je ne m'attendais pas exactement à cette histoire, à avoir toute cette jalousie dévorante puis quelques pages plus loin, un amour d'apparence parfait. C'est surtout que je ne me suis pas attachée aux personnages (excepté Elizabeth et peut-être aussi Gerbert), si bien qu'à part au début, je n'ai jamais eu d'empathie pour eux. Françoise me touchait au début et puis avec le temps, elle a commencé à me dégoûter, montrant à chaque fois qu'elle méritait peut-être ce qui lui arrivait. Comment ressentir de l'amertume pour quelque chose si tu en es l'instigateur, si tu le fais de ton plein gré ? C'est difficile. 

Enfin, ce que je garde, c'est bien évidemment la qualité de la plume, un style concis, sans fioritures qui nous fait entrer dans le monde qu'elle décrit en un claquement de doigts. Il y a des réflexions pertinentes un peu partout, principalement de Françoise et de Pierre, des remarques qui font réfléchir, que l'on soit d'accord ou pas, on ne peut pas rester sans s'interroger. 

D'un côté, je pensais adorer ce roman, je m'étais naturellement dit qu'ayant plus qu'aimé son oeuvres autobiographiques et plus largement la femme qu'elle était, j'allais adorer. Alors attention, j'ai beaucoup aimé et je suis très contente de l'avoir lu, pas de doute là-dessus, mais je n'ai pas franchement accroché aux personnages et c'est dommage. 
D'un autre côté, je suis contente de l'avoir découvert pour la simple et bonne raison que j'ai découvert un autre visage de l'auteure, celui qui choisi d'écrire un livre sur la jalousie, sur les vices et qui, à mon humble avis, devait ressentir cette jalousie. On découvre une facette plus sombre de Simone de Beauvoir à travers ce roman et j'ai trouvé ça tout aussi intéressant que bouleversant. 


"L’angoisse qui la saisit soudain était si violente qu’elle eut presque envie de crier ; c’était comme si brusquement le monde se fût vidé ; il n’y avait plus rien à craindre, mais plus rien non plus à aimer. Il n’y avait absolument rien. Elle allait retrouver Pierre, ils diraient ensemble des phrases, et puis ils se quitteraient ; si l’amitié de Pierre et de Xavière n’était qu’un mirage creux, l’amour de Françoise et de Pierre n’existait pas davantage ; il n’y avait rien qu’une addition indéfinie d’instants indifférents ; rien qu’un grouillement désordonné de chair et de pensée, avec au bout la mort."
Simone de BeauvoirL'invitée.








dimanche 24 juin 2018

Le Coin des libraires - #100 L'ombre de nos nuits de Gaëlle Josse

Attention coup de coeur ! Gaëlle Josse a encore frappé avec ce roman incandescent, plein de sentiments forts, d'amour et d'art. 
Après avoir lu et adoré Le dernier gardien d'Ellis Island, il était évident que je comptais découvrir d'autres roman de l'auteure. À la base c'était Nos vies désaccordées qui me faisait de l'oeil (et ce, depuis trèèès longtemps), et puis j'ai trouvé L'ombre de nos nuits, deuxième roman de l'auteure paru chez Notabilia alors je me suis lancée - à vrai dire, avant de m'y plonger, j'attendais la sortie de son sixième livre : Une longue impatience qui a de très bonnes critiques ! 


Deux récits se dessinent dans L’ombre de nos nuits, avec au centre un tableau de Georges de La Tour. En 1639, plongé dans les tourments de la guerre de Trente Ans en Lorraine, le peintre crée son Saint Sébastien soigné par Irène. De nos jours, une femme, dont nous ne saurons pas le nom, déambule dans un musée et se trouve saisie par la tendresse et la compassion qui se dégagent de l’attitude d’Irène dans la toile. Elle va alors revivre son histoire avec un homme qu’elle a aimé, jusque dans tous ses errements, et lui adresser enfin les mots qu’elle n’a jamais pu lui dire. Que cherche-t-on qui se dérobe constamment derrière le désir et la passion ?
 
En croisant ces histoires qui se chevauchent et se complètent dans l’entrelacement de deux époques, Gaëlle Josse met au cœur de son roman l’aveuglement amoureux et ses jeux d’ombre qui varient à l’infini.


Histoire qu'on se le dise maintenant, Gaëlle Josse figure parmi mes écrivains contemporains favoris. J'adore ses sujets, ses histoires, sa sensibilité, son style.

L'ombre de nos nuits fait partie de ces lectures que j'aimerais relire un jour - chose que je ne fais que très, très rarement - tellement j'ai aimé, tellement je suis entrée dans l'histoire, tellement elle m'a touchée.


"Oui, c’est ainsi que je t’ai aimé. Jusqu’à ce que notre histoire se déchire et nous laisse comme deux marcheurs épuisés, qui voient arriver la nuit et n’ont plus rien pour se nourrir ni pour s’abriter. Jusqu’à ce que cet amour se transforme en souvenirs, puis se fragmente en lambeaux de souvenirs, et que chaque nouveau jour le recouvre d’un peu d’oubli."
Gaëlle JosseL'ombre de nos nuits.


Je me demande bien comment l'idée est venue, pourquoi l'auteure a choisi ce tableau. Je pense qu'elle aime énormément la peinture puisqu'après tout, un de ses premiers romans (Les heures silencieuses) est aussi inspiré d'une toile. Donc on note une prédilection pour ce type de récit, mais ça n'explique pas pourquoi ce tableau. Pourquoi Saint Sébastien soigné par Irène peint par Georges de La Tour ?

Ce que l'on sait, c'est que cette femme, celle vivant à notre époque va faire une fixation sur cette toile. C'est grâce à cette dernière si la femme se remémore tout un tas de souvenirs. C'est l'occasion de revivre le passé, de rappeler la douleur, d'interroger les actes et d'y trouver un semblant d'explication.

L'ombre de nos nuits de Gaëlle Josse, collection Notabilia.

Double récit oui, mais triple point de vue en quelque sorte. Si on suit bien deux époques, la première en 1639 lors de la conception de la peinture, et la deuxième de nos jours, on trouve quand même deux points de vue différent en 1639, celui de Georges de La Tour lui-même et celui de Laurent, son apprenti, jeune homme épris de Claude, fille du peintre et accessoirement modèle pour le personnage d'Irène.
Le fait d'avoir trois points de vue souligne à mon sens deux choses essentielles : l'importance de l'art (ici la peinture) qui permet de ressentir des émotions enfouis ou non ; et l'importance l'amour bien évidemment. Je dis évidemment parce que l'amour est au centre de cette oeuvre, amour du peintre pour son art, amour de Laurent pour la peinture tout autant que pour Claude, amour de cette inconnue pour un homme désormais disparu.


La conclusion de ces deux histoires entrelacées est déchirante tout autant que magnifique. Je n'ai pas de mots pour décrire à quel point Gaëlle Josse parvient à me toucher par sa justesse. La conclusion de cette inconnue dans le musée "Il faut savoir chasser les ombres", c'est tout simplement génial...
Après avoir divagué sur son passé, sur sa douleur, sur l'histoire de ce tableau, la seule fin possible, c'est celle de continuer.


Un roman passionnant, magistral, touchant et juste, voilà comment je définis L'ombre de nos nuits. Une de mes meilleures lectures de cette année, cela va de soi.
Désormais, je vais me plonger dans ses premiers romans, et puis je vais attaquer Une longue impatience, que je suis extrêmement pressée de lire !


Vous avez déjà lu ce roman ? Ou d'autres de l'auteure ?


"Pourquoi toi ? Pourquoi tant ? Les élans de nos coeurs sont destinés à nous demeurer un mystère. L’amour, c’est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. J’avais souligné cette phrase dans un livre, un jour, et elle me revenait en pleine figure. C’est vrai : je ne possédais rien et tu n’en voulais pas ; tu ne voulais pas de mon putain d’amour pour toi. Tu le tolérais, là, sage, pas bouger, au besoin tu le réclamais, parfois tu t’y installais, comme à contrecoeur. Tu ne le nierais pourtant pas, il m’est arrivé, je le jure, de te voir heureux."
Gaëlle Josse, L'ombre de nos nuits.





dimanche 17 juin 2018

Le Coin des libraires - #99 Défense de Prosper Brouillon d'Éric Chevillard

Ce petit livre est pour moi un espèce de hors-série de la collection Notabilia - un peu comme 22 lettres imaginaires d'écrivains bien réels écrit par Maria Negroni, sorti quasiment à la même période une année avant. Je dis qu'ils sont des hors-série, car ils ne sont pas numérotés comme c'est le cas des Notabilia habituellement. 

Enfin bref, j'ai reçu Défense de Prosper Brouillon d'Eric Chevillard à mon anniversaire, je le voulais absolument parce que oui, maintenant vous le savez très bien, je veux tous les Notabilia et aussi parce que celui-ci me faisait très envie. Sans doute parce que j'aime particulièrement la mise en abîme de la couverture et aussi parce qu'il est illustré, ce qui est un gros plus quand même ! 


« Ce livre s’adresse aux désespérés, aux nostalgiques convaincus que nous nous essoufflons, que les plus belles pages de notre littérature ont été tournées depuis longtemps et jaunissent derrière nous et qu’il ne reste plus rien à écrire. »

Ce livre se présente à première vue comme une exploration de l’œuvre merveilleuse d’un écrivain répondant au nom de Prosper Brouillon, dans le but d’en faire l’éloge. Mais ce n’est qu’un leurre : il s’agit en réalité d’un féroce réquisitoire contre une certaine littérature institutionnalisée, pantouflarde et satisfaite d’elle-même. Qu’en est-il quand on y regarde de plus près ? Voilà à quoi répond Éric Chevillard dans ce livre aussi jouissif et frais que caustique et assassin. Prosper Brouillon est le nom donné à l’ensemble des écrivains chez qui ont été collectées les phrases, exemplaires, à partir desquelles Chevillard s’est amusé à reconstruire un faux roman délirant. Fruit de la collaboration au journal Le Monde entre Éric Chevillard et Jean-François Martin, qui en illustre le Feuilleton tous les quinze jours, ce livre comprend également une vingtaine d’images qui viennent ajouter un supplément de sens et d’humour à l’ensemble, pour un résultat des plus savoureux.



Cet article risque d'être court pour une seule est bonne raison : l'oeuvre fait à peine plus de 100 pages illustrations comprises, et j'ai tellement accroché à ce livre que je ne veux pas prendre le risque de gâcher votre futur plaisir ! 

Avant de l'entamer, j'ai lu la quatrième qui n'est autre qu'un passage du livre, je ne savais donc pas vraiment dans quoi je m'embarquais et c'est tant mieux ! Je pense que si on m'avait dit de quoi il en retournait, j'aurais pris moins de plaisir, j'aurais eu plus d'attentes alors que là, je ne pouvais pas être déçue du tout. 
Je ne lis pas de livre humoristique à proprement parler, j'aime lire un livre où il y a des touches d'humour par-ci, par-là, mais c'est tout. Là, j'ai été gâtée niveau humour et le moins qu'on puisse dire, c'est que j'ai bien ris ! 


Défense de Prosper Brouillon d'Eric Chevillard, collection Notabilia.


C'est bien évidemment le gros point fort de ce livre, à chaque page, la défense de l'auteur pour le dernier roman de Prosper Brouillon (écrivain tout ce qu'il y a de plus fictif, mais l'auteur lui prête des citations d'auteurs bien réels), Les Gondoliers, nous plie en deux. 
Je suis sans doute passée à côté de beaucoup de références, ne connaissant Éric Chevillard que de nom - je n'ai jamais lu aucun de ses livres, ni même lu ses chroniques dans Le Monde... 
Mais il n'empêche que pour ce que j'ai compris, j'ai adhéré, je me suis marrée, et c'était fou parce que ça ne m'arrive jamais d'autant rigoler devant un livre. 


Je vous disais dans mon article sur les 22 lettres que c'était un gros plus que le livre soit illustré et c'est véritablement le cas, ça donne une épaisseur en plus aux lettres, ça les insère dans une certaine typographie qui rend le tout bien plus agréable à lire. 
Et ben, il en va de même pour les illustrations dans ce livre puisqu'en plus, elles sont du même artiste, j'ai nommé Jean-François Martin
Si je ne devais en choisir qu'une ce serait bien évidemment celle avec le squelette qui souffle dans la langue de belle-mère - je crois bien que c'est comme ça qu'on appelle ce cotillon, mais j'ai un doute quand même... - ou encore celle avec l'homme qui a une moitié du visage en moins et qui se regarde dans le miroir (voir ci-dessous). 




Pour le coup, je ne veux vraiment pas en dire plus et je veux vous laisser découvrir ce petit livre par vous-mêmes. Ça se lit extrêmement vite, les illustrations sont assez nombreuses mais elles ne noient pas le texte, en tout cas je trouve qu'il y a un bon équilibre entre les deux.




Défense de Prosper Brouillon est un type de lecture auquel je ne suis pas du tout coutumière c'est vrai, mais peut-être que c'est aussi pour ça si je me suis laissée prendre au jeu. Ne connaissant pas l'auteur ni rien, je ne pouvais pas partir avec de grandes attentes ou quoi, je me suis simplement laissée porter et une fois encore j'ai pu voir à quel point la collection Notabilia fait du bon travail. Je suis loin d'avoir lu toutes leurs publications, mais je commence à en avoir lu quelques unes et jusque-là, aucune ne m'a déçu, Défense de Prosper Brouillon ne fait pas exception. 

Il m'a même donné envie de découvrir Éric Chevillard, de lire au moins un autre de ses livres pour me faire un avis sur cet auteur qui m'a énormément fait sourire et rire. 

Pour celles et ceux qui, comme moi, pensent que la littérature d'aujourd'hui n'est plus forcément au niveau de celle d'autrefois, que nous croulons sous la littérature de consommation et qu'il n'y a plus de littérature qui s'élève au rang d'art, je vous conseille mille fois ce petit livre, il devrait vous réconcilier avec notre époque, vous faire rire, et donc vous faire relativiser - en tout cas, ça a fonctionné avec moi. 









dimanche 10 juin 2018

Le Coin des libraires - #98 La terrifiante histoire de Prosper Redding d'Alexandra Bracken

Comme toujours dans ce cas-là, je remercie Babelio ainsi que La martinière jeunesse pour ce livre ! 
Si l'auteure vous dit quelque chose, c'est normal, elle n'est autre que l'écrivain des romans Passenger ou encore Les insoumis. Pour ma part, je n'avais jamais lu aucun de ses livres avant, j'ai énormément vu tourner Passenger, mais l'histoire ne me dit pas trop.  


Vivre avec un démon – un véritable démon ! – à l'intérieur de soi n'est pas chose facile… Surtout si votre famille, après l'avoir découvert, veut vous faire disparaître…
Prosper Redding, pourtant, va devoir s'habituer. Alastor, le démon qui, progressivement, prend possession de lui, ne semble pas décidé à le laisser tranquille. Il a des comptes à régler avec la famille Redding et Prosper fait partie de son plan.
Prosper pourra-t-il compter sur l'aide de son oncle Barnabas et de sa cousine Nell ? Ou sera-t-il obligé, comme l'ont fait ses ancêtres, de pactiser avec Alastor ?
Car les Redding pourraient s'avérer plus dangereux et démoniaques que le démon lui-même… Et Alastor serait alors seul capable de le protéger !


J'ai choisi ce livre à cause de la première phrase, plus précisément après la mention du démon. Forcément il suffit qu'on me parle de l'histoire d'un garçon qui abrite un démon en lui et qui, en plus, ne le sait pas, pour que je veuille le lire ! 

Évidemment le début est assez classique disons, puisqu'on retrouve le schéma type du garçon qui appartient à une famille influente et se sent rejeté, différent, presque défaillant. 
En soi ce schéma ne me gêne pas, enfin ça fait partie du genre, mais j'aurais aimé une petite différence dans le traitement. Ici le personnage est, de base, mis de côté alors qu'on ne sait même pas que c'est en lui que s'est réfugié le démon. C'est dommage. 

Pour le reste, une fois entrée dans l'histoire, une fois la révélation de l'être démoniaque passée, et bien ça se lit plutôt bien. Je l'ai lu après L'anniversaire de Robyn Harding et comme pour ce dernier, je l'ai lu très rapidement. Bon c'est vrai qu'on lit en général plus rapidement un livre jeunesse, mais le truc, c'est que j'étais prise par l'histoire. J'avais envie d'en savoir plus, de pouvoir cerner Alastor. Et puis j'avais de gros doutes concernant Nell et son père - doutes qui se révèlent fondés par ailleurs.


La terrifiante histoire de Prosper Redding d'Alexandra Bracken, éditions La martinière jeunesse.

J'ai aimé le personnage de Prosper, malgré le fait que, comme je l'ai dit, je l'ai trouvé un peu trop basique. Il mériterait d'être un peu plus étoffé, un peu moins assimilable à tout un tas d'autres protagonistes qu'on peut retrouver en jeunesse et plus particulièrement dans la fantasy. 
Sinon celui qui m'a plus, c'est celui de Nell, cette jeune sorcière dont on comprend dès le début que quelque chose cloche. Pour le coup son personnage est stéréotypé, mais j'avais le sentiment que l'auteure essayait de lui donner une certaine épaisseur. C'est en tout cas prometteur. 

L'histoire m'a plu, j'ai été entraînée par le dilemme qui déchire Prosper, je me suis un peu attachée à Alastor, ce démon qui ne paraît pas aussi méchant qu'il le laisse penser. 

En bref, j'ai passé un très bon moment et je me languis d'avoir la suite. 
Voilà le problème : le deuxième volet ne sort qu'en janvier 2019 aux États-Unis donc il va falloir attendre un paquet de temps. Ce que je déteste quoi. 


Enfin, un grand bravo aux éditions de La martinère jeunesse pour leur travail éditorial. Je trouve la couverture vraiment hyper jolie (c'est pour cette raison si j'ai demandé ce livre), le toucher est très agréable. Et puis j'aime assez la police des titres de chapitre. J'aurais peut-être juste aimé des illustrations en tête de ceux-ci, mais c'est déjà très bien. 



Vous avez déjà entendu parler de ce roman ? Il vous fait envie ?






lundi 4 juin 2018

Le Coin des libraires - #97 L'anniversaire de Robyn Harding

Dernier thriller avant l'été pour les éditions du Cherche midi. Le moins que l'on puisse dire, c'est que L'anniversaire de Robyn Harding tombe à pique ! 

Il aura fallu attendre la fin des examens, la fin de ma deuxième licence - et encore, je n'ai pas encore tout à fait tout terminé - pour me plonger dans ce livre. Je voulais quelque chose de léger, sans prise de tête pour pouvoir profiter des quelques jours de vacances qui s'offrent à moi. 


Kim et Jeff Sanders habitent une jolie banlieue de San Francisco, où tout le monde connaît tout le monde. Leur fille, Hannah, est scolarisée dans un lycée huppé de la ville. Pour ses seize ans, elle décide de faire une fête à la maison. Un anniversaire avec ses amis, où tout ne peut que bien se passer.
Et où tout se passe très mal.
Quelques jours plus tard, le couple exemplaire de Kim et Jeff part à vau-l’eau, des secrets et des mensonges sont révélés, les meilleurs amis deviennent les pires ennemis.
Comment une simple fête d’anniversaire peut soudain faire dérailler des vies aussi bien rangées ?


Étant donné que je fais partie de la team thriller, je fais l'effort de lire les 4e, chose que je fais vraiment très rarement. Elle donne quand même pas mal envie, surtout quand on voit la mention de Big Little Lies - j'ai adoré la saison 1 diffusée sur HBO il y a quelques mois maintenant, malheureusement je n'ai jamais eu le temps de vous en parler... 

J'ai aimé le fait qu'on entre quasi instantanément dans l'histoire. Le prologue m'a énormément fait penser à Juste avant la nuit d'Isabel Ashdown pour l'aspect "on nous envoie au coeur de l'action" en quelque sorte. 
D'ordinaire je n'aime pas trop quand on suit des personnages fortunés, dont la vie semble être littéralement parfaite. Bien évidemment, l'auteure va s'évertuer à nous montrer que la vie de Kim et Jeff est tout sauf parfaite, et ce, dès le début. Une fois encore j'ai pensé à Juste avant la nuit, pour l'aspect familial, autant que pour le côté récit avec différents points de vue. 

Si le livre en lui-même n'est peut-être pas hyper original dans son style et son traitement, j'ai passé un excellent moment. Si la plume de l'auteure n'est pas franchement folichonne, elle reste suffisamment plaisante pour donner envie de lire la suite.

En passant, la couverture est bien représentative du roman : il suffit d'un élément pour entraîner un cataclysme et détruire des vies. À l'image de cette allumette dont il suffit de l'allumer pour qu'elle s'embrase, la vie de toute la famille ainsi que celle de Lisa va radicalement changer, se consumer pour tout chambouler.

Au niveau de l'histoire, elle est bien ficelée, mais je déplore une fin beaucoup trop rapide. Il suffit d'un événement et hop, virage à 180° et fin. J'ai un peu le sentiment d'un "tout ça pour ça", toutes ces pages, toutes ces péripéties pour en arriver là. 


L'anniversaire de Robyn Harding, éditions Cherche midi.


Les personnages sont méprisants, tous autant qu'ils sont - même Hannah comme on le voit à la fin... Au début, celui qui me semblait être le pire, c'est celui de Kim, mais finalement j'ai réussi à m'attacher à elle d'une certaine façon. Enfin, je trouve qu'elle est détestable pour toutes sortes de raison, mais elle est tout autant triste à voir, elle est bloquée dans un mariage sans espoir, elle est emprisonnée dans une bulle de solitude. Elle fait de la peine quoi. 

Je vous laisse le soin de découvrir les autres personnages, tous plus égoïstes et méprisants les uns des autres. 

Si je devais souligner un seul et unique point fort, ce serait la diversité. En effet, si le récit a pour point de départ l'anniversaire d'Hannah, on se trouve entraîné par différents personnages ayant différents âges. Ainsi, on peut découvrir les problèmes d'ado que vit Hannah dans son lycée, le besoin d'être populaire pour être reconnue, l'importance des rumeurs et la nécessité d'écraser les autres pour faire ses preuves. Cet âge est sans pitié comme on le voit de plus en plus par le biais de livres ou de séries tels 13 Reasons Why (je n'ai, à ce jour, vu que la saison 1 et je dois dire que je n'ai pas trop accroché. J'ai trouvé le traitement franchement limite et le propos discutable). 

Ce problème à l'adolescence se trouve être également présent à l'âge adulte comme on le voit avec la confrontation Lisa/Kim. J'ai trouvé intéressant de montrer l'importance de l'appât du gain au détriment d'un être humain. Dans ce livre il n'y a qu'une victime et pourtant, elle est toujours oubliée que ce soit par ses pseudos amis ou par sa propre mère qui ne pense qu'à l'argent et qui, en plus, justifie ses actes en utilisant sa fille. C'est abject.


Si j'ai lu ce roman aussi rapidement (2 jours, mais c'est parce que j'ai participé au salon du livre de ma ville, sinon je pense qu'en une journée il aurait été terminé) c'est bien parce que c'est une lecture addictive. Une excellente lecture pour l'été, quand on ne veut pas se plonger dans quelque chose de trop complexe ou autre. À titre d'exemple, j'ai bien aimé L'écrivain public de Dan Fesperman, j'ai trouvé qu'il y avait plein d'éléments passionnants, mais si on me demande quel livre je choisirai pour partir en vacances, pour aller à la plage, je répondrai sans hésiter L'anniversaire, simplement parce que le temps s'y prête plus. 


Je recommande donc ce livre pour tous ceux qui aiment les manigances, les coups bas et ce genre de choses. Les histoires à la Gossip Girl en fait. L'anniversaire de Robyn Harding se lit extrêmement bien et je suis certaine qu'il trouvera son public, car la lecture est tout simplement prenante. 


Vous l'avez lu ? Il vous fait envie ? N'hésitez pas à me répondre en commentaire ! 









samedi 19 mai 2018

Le Coin des libraires - #96 Un goût de cannelle et d'espoir de Sarah McCoy

J'ai reçu ce magnifique roman pour Noël et je dois dire dès à présent que l'objet livre est très beau, et surtout, il fait très période de fêtes, alors je n'ai pas résisté, je l'ai lu quelques jours après qu'il ait rejoint ma pile à lire. 

Ça a donc été une de mes premières lectures de 2018 après Gone Baby Gone de Dennis Lehane. J'ai pris ce roman avec moi lors de mon passage à Paris, j'avais envie d'une lecture, disons, plus légère après ce polar qui retourne littéralement l'estomac ! 


Allemagne, 1944. Malgré les restrictions, les pâtisseries fument à la boulangerie Schmidt. Entre ses parents patriotes, sa sœur volontaire au Lebensborn et son prétendant haut placé dans l'armée nazie, la jeune Elsie, 16 ans, vit de cannelle et d'insouciance. Jusqu'à cette nuit de Noël, où vient toquer à sa porte un petit garçon juif, échappé des camps...
Soixante ans plus tard, au Texas, la journaliste Reba Adams passe devant la vitrine d'une pâtisserie allemande, celle d'Elsie... Et le reportage qu'elle prépare n'est rien en comparaison de la leçon de vie qu'elle s'apprête à recevoir.



Tout d'abord, je ne connais pas du tout Sarah McCoy, je ne sais pas ce qu'elle a publié avant, ce qu'elle publiera après, ni rien. J'ai voulu lire ce roman pour sa couverture forcément et parce que je trouve le titre très bien trouvé - sans doute parce que j'adore la cannelle haha ! 

Ne connaissant rien du tout sur l'histoire, j'ai eu l'agréable surprise de découvrir un double récit, l'un se déroulant sous l'Allemagne nazie, l'autre se passant dans les années 2000 au Texas. Autant dire que j'étais bien contente de me retrouver pendant la Seconde Guerre mondiale et que c'est évidemment ces moments du livre que j'ai le plus aimé. Pour une fois, on est du côté allemand, on suit une famille de boulanger, le père, la mère et surtout les deux soeurs : Hazel et Elsa. 
C'est surtout Elsa qu'on va suivre, c'est généralement son point de vue, son histoire, même si on a accès à la vie d'Hazel par le biais de ses lettres. 
Sans entrer dans les détails de la guerre, j'ai trouvé intéressant le fait qu'on nous parle des Lebensborn, on en parle quand même rarement dans les livres - du moins ceux que j'ai lus - et même si j'aurais aimé en apprendre davantage, ça m'a plu. 

J'ai également aimé le changement d'état d'esprit qui s'opère au fur et à mesure que l'on avance dans le temps, comment Hazel qui est une grande partisane du partie se rend compte de la triste réalité qu'elle ne voulait pas voir, tant que ça ne la concernait pas directement. Il en va un peu de même pour Elsa, mais d'une façon différente. N'ayant pas le même parcours que sa soeur aînée, elle est bien plus détachée de l'idéologie nazie qu'Hazel et elle ne comprend les enjeux que lors de sa rencontre avec le jeune Tobias. 


Un goût de cannelle et d'espoir de Sarah McCoy, éditions Pocket.


L'époque de la guerre m'a fasciné, ça m'a poussé à aller plus loin dans ma lecture et donc, à avancer et à lire les chapitres qui se concentrent sur l'époque contemporaine, l'époque où l'on suit Reba.
Sur cet aspect, je suis un peu plus mitigée dans le sens où ce personnage ne m'a pas particulièrement passionné, j'ai trouvé son histoire avec Riki un peu too much et surtout pas suffisamment intéressante par rapport à celle d'Elsa. Le lien avec l'immigration mexicaine est bien fait c'est sûr, l'idée est bonne, mais au-delà de ça, bah ça ne va pas très loin. 
La relation Reba/Riki est pas mal, mais sans plus, on a envie qu'il termine ensemble tout en sachant que c'est probablement ce qui va arriver de toute façon. 

L'auteure a mixé le tout avec brio, les liens entre les deux époques sont nets et importants - on ne nous donne pas à voir deux époques qui n'ont rien à voir juste pour le plaisir ! L'alternance fonctionne bien même si j'aurais souvent préféré rester sur l'histoire d'Elsa et ce, même une fois la guerre terminée. Son personnage est celui qui m'a le plus touché alors forcément Reba à côté, bah elle ne fait pas le poids ! 

Je garde un bon souvenir de cette lecture. En réalité, là où l'auteure a bien joué son coup, c'est dans le fait de lier une intrigue grave (on parle quand même de la mort d'enfants allemands "défaillants", de juifs dans les camps, de la mort de mexicains qui ont eu le malheur de vouloir entrer aux États-Unis afin de vivre une vie meilleure, etc.) à une écriture légère et un sentiment de béatitude assez omniprésent. Je ne sais pas très bien comment elle y est parvenue, mais c'est bien joué ! 
Les personnages sont attachants, les pages se tournent à la vitesse de l'éclair malgré la tristesse ou l'horreur de certains passages. On entre très facilement dans l'histoire et il est en revanche difficile d'en sortir tellement on s'attache aux personnages.

Dernier + : les recettes allemandes de la boulangerie d'Elsa sont ajoutées à la fin du roman, étant donné que je ne cuisine pas ça ne me mène pas loin, mais je trouve l'idée excellente !




"J’en étais désolé, mais elle a dit que les marques sur nos vies sont comme des notes de musique sur une page : elles chantent une chanson."  
Sarah McCoy, Un goût de cannelle et d'espoir.








La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...