dimanche 15 avril 2018

Le Coin des libraires - #93 L'écrivain public de Dan Fesperman

Ce livre, je l'attendais depuis qu'on nous en a parlés dans le cadre de la team thriller du Cherche midi. Étant une grande passionnée de la Seconde Guerre mondiale - même si c'est vraiment l'aspect témoignage (en particulier de rescapés) qui me passionne - j'aime en savoir plus sur cette époque en général, je vous laisse donc imaginer mon impatience quand j'ai entendu parler de ce livre, L'écrivain public de Dan Fesperman

À vrai dire, j'étais très pressée de le lire car, s'il parle de la Seconde Guerre, il traite également d'un lieu et d'un sujet dont je n'ai auparavant jamais entendu parler : la présence des nazis aux États-Unis et plus largement, la situation de New-York en 1942 - cela faisait alors quelques mois que le pays était entré en guerre. 


9 février 1942. Dès son arrivée à New York, Woodrow Cain, un jeune flic du sud des États-Unis, est accueilli par les flammes qui s’échappent du paquebot Normandie, en train de sombrer dans l’Hudson. C’est au bord de ce même fleuve que va le mener sa première enquête, après la découverte d’un cadavre sur les docks, tenus par la mafia. Là, il fait la connaissance d’un écrivain public, Danziger, obsédé par les migrants qui arrivent d’une Europe à feu et à sang, ces fantômes au passé déchiré et à l’avenir incertain. Celui-ci va orienter Cain vers Germantown, le quartier allemand, où, dans l’ombre, sévissent les sympathisants nazis. Alors que le pays marche vers la guerre, la ville est en proie à une paranoïa croissante. Et les meurtres continuent…

Au fil d’une intrigue passionnante, Dan Fesperman évoque avec un réalisme rare quelques pages aussi méconnues que fascinantes de l’histoire de New York : l’influence nazie, le sort des immigrés juifs et l’implication de la mafia dans le conflit mondial.


Forcément, de savoir qu'il a été élu meilleur roman policier de l'année par le New York Times, ça créer des attentes et même si cela fait maintenant quelques jours que j'ai terminé le bouquin, je me demande encore s'il a rempli son rôle - je tâcherai de la découvrir au fil de cet article ! 


Le prologue nous propulse au coeur de l'intrigue, sans préambule nous sommes catapultés auprès de Cain, le protagoniste principal si je puis dire. J'ai beaucoup aimé ce prologue parce que justement on n'a pas trente pages de présentation avant d'entrer dans le vif du sujet, on ne tergiverse pas, on y va et c'est le genre de truc qui me plaît, surtout quand je lis un roman policier ! 
Mais premier bémol, une fois passé ce prologue, l'entrée dans l'histoire a été, disons chaotique pour la simple et bonne raison que je me suis énormément perdue dans les noms des personnages - excepté pour Danziger et Cain évidemment ! Faut dire qu'il y a un sacré paquet de personnages tout au long du livre et je ne sais pas, parfois c'était vraiment difficile de retenir qui était qui. 

Au-delà de ça, je dois dire que l'auteur possède un grand talent de conteur dans le sens où vraiment, on s'y croit. Ses descriptions permettent une réelle immersion. Enfin, personnellement, j'ai senti que l'auteur s'était documenté sur le sujet, sur l'architecture de l'époque, le style vestimentaire, etc. si bien qu'en plus d'être un roman policier, c'est un roman historique qui nous est livré et ce, par bien des aspects - j'y reviendrai plus loin. 

C'est vraiment pour moi un gros point fort de ce roman : le réalisme. 
Pourtant d'ordinaire j'ai du mal avec les descriptions, je trouve que c'est parfois (souvent...) trop long et ça peut plomber un bouquin qui aurait pu être vachement bien. Là, les descriptions sont tout ce qu'il y a de plus utiles car en plus de nous faire ressentir une atmosphère par moment suffocante, elle nous envoie directement à cette époque et c'est génial ! 


L'autre gros point fort, c'est forcément Danziger, qu'est-ce que je me suis attachée à ce vieux monsieur ! 
C'est d'abord son métier que je trouve passionnant et également modeste. On n'y pense pas - en tout cas je n'y pense pas - mais c'est vrai que lors des grandes vagues d'immigration en particulier, il y avait besoin de quelqu'un pour aider ceux qui ne parlaient pas la langue, rien que pour l'aspect administratif ou encore pour permettre aux personnes illettrées de pouvoir interagir avec leurs proches restés au pays par exemple. 
Danziger, c'est le monsieur sympatoche qui te file un coup de main en toute circonstance et surtout,  c'est celui qui porte de la considération à ta vie, tes proches, ton passé, à l'être humain en dépit de sa langue - bah ouais, on voit bien que ça posait problème d'être allemand à cette époque quand même, mais être juif n'avait pas l'air d'être plus cool non plus bizarrement... 

Là encore j'ai un petit bémol, enfin non, un assez gros bémol : j'ai tellement aimé son personnage que je l'ai trouvé trop peu présent. On a quelques chapitres de son point de vue, mais trop peu : 9 chapitres sur 43, et la plupart du temps ces dits chapitres sont très courts. 
Et puis c'est aussi son passé qui m'a énormément plu, son arrivée à New-York, son passage par Ellis Island, c'est un tout qui fait que ce personnage est de loin mon préféré du livre. Je trouve donc que c'est juste que ce soit lui qui est en quelque sorte mis en avant dès le début et ce, par le biais du titre de l'oeuvre. 


L'écrivain public de Dan Fesperman, éditions Cherche midi.


Attention, ça ne veut pas dire que je n'ai pas aimé le protagoniste, Woodrow Cain, le "vrai" policier, fraîchement arrivé du sud des États-Unis où il a toujours vécu dans une petite ville tranquille jusqu'à, bah jusqu'à il y a quelques mois. Après avoir vécu un événement pour le moins traumatisant, on comprend vite que cet homme, père d'une petite fille, a besoin de se reconstruire, de recommencer et quoi de mieux que New-York pour cela n'est-ce pas ? Sauf qu'évidemment rien ne sera simple pour lui. 

C'est un peu pareil pour lui que pour Danziger. J'ai aimé le fait qu'on lui donne un certain background, un passé assez lourd il faut bien le dire, mais qui ne prend pas vraiment le pas sur l'intrigue. On est vraiment focus sur les corps retrouvés, sur les manigances entre la marine américaine et la mafia, si bien que ce passé qui reste encore frais et est donc par moment mis en avant est surtout le bienvenu parce qu'il permet de donner de l'épaisseur au personnage. 
Après franchement tout le délire avec sa femme, enfin ex-femme, j'ai trouvé ça un peu inutile, en tout cas personnellement je m'en suis foutue de savoir si elle allait bien ou même si elle était à New-York. 

Et puis évidemment il y a l'enquête en elle-même. Les corps trouvés en quelque sorte à la chaîne donc là, bah oui, je suis preneuse. J'ai été entraînée dans l'enquête, j'ai trouvé que tout s'enchaînait parfaitement bien, tout était fluide sans être facilement comment dire, trouvable ? Pas une seule seconde je me suis attendue à cette conclusion, je partais toujours dans des directions qui n'étaient pas les bonnes. Jusqu'au bout je ne savais pas à quoi m'attendre et c'est bien entendu le troisième gros point fort de ce livre. J'ai passé un très bon moment et surtout je n'avais pas envie de le poser avant de savoir. 

Alors oui, même s'il est vrai que je me suis à certains moments sentie perdue à cause de tous les personnages, de leurs noms qui finissaient par me paraître tout à fait étranger ou à l'inverse trop familier, j'ai passé un très bon moment à suivre cette enquête, à découvrir une ville morcelée, une ville à feu et à sang qui vit au rythme de l'effort de guerre et dans la peur que le pays soit de nouveau attaqué. 


Enfin, le vrai gros point fort comme je le disais plus haut, c'est l'aspect réaliste de l'oeuvre. La note de l'auteur en fin d'ouvrage permet d'en savoir plus et nous explique clairement ce qui provient de son imagination et ce dont il s'est inspiré, c'est-à-dire quels sont les faits réels qui ont permis l'élaboration de cette histoire. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y en a des éléments réels dans son bouquin ! J'admire franchement la recherche historique de l'auteur qui a permis de pondre un livre extrêmement précis et surtout passionnant sans tomber dans l'écueil de la pure imagination. Saupoudré par une écriture (ou devrais-je dire une traduction ici) à la fois fluide, agréable et entraînante, j'ai définitivement aimé ma lecture de L'écrivain public. 





dimanche 8 avril 2018

Le Coin des libraires - #92 L'Epouvanteur : tome XIV Thomas Ward l'Epouvanteur de Joseph Delaney

L'attente m'a parue longue, vraiment longue sur la fin, surtout que ce livre devait sortir le 15 novembre et qu'il n'est sorti qu'une semaine après - imaginez ma déception lorsque j'ai ouvert mes cadeaux d'anniversaire et remarqué qu'il n'y figurait pas... 

Contrairement à la version originale, Bayard a décidé de poursuivre les histoires de Tom Ward sous le titre de l'Épouvanteur, bon personnellement, ça ne me gêne pas plus que ça étant donné que ce tome fait suite au tome XIII et puis, au moins, ça permet de conserver le même graphisme de couverture ce qui n'est franchement pas négligeable ! 

Nous y sommes enfin, Tom est bel et bien devenu l'Épouvanteur de Chipenden à la place de Gregory, victime du combat final avec le malin survenu dans le tome précédent. L'action se déroule donc quelques mois après, on nous mentionne la destruction du malin, la désertion d'Alice, la mort de Gregory, la quête de Grimalkin, tout ce beau monde avance sans qu'on sache grand chose au final. 


« La créature me gratifia d’un sourire hideux qui retroussa ses babines :

– Ton pays appartiendra bientôt à mon peuple. Vos femmes seront soumises à nos lois. Quant aux mâles, hommes et garçons, ils mourront. »



Voilà trois mois que des jeunes filles meurent dans des circonstances mystérieuses.
On les retrouve dans leur lit, couvertes de sang, une expression terrifiée sur le visage. Leur fantôme hante les lieux, attendant que quelqu’un comprenne de quelle horreur elles ont été victimes.
Depuis la mort de John Grégory, Thomas Ward est l’Épouvanteur chargé de protéger le Comté des êtres qui errent sous le couvert de la nuit. Et il faut faire vite. Car la bête qu’il va traquer pourrait bien tuer encore.

Et ce n’est que le commencement. Une armée de monstres se rassemble dans les terres du Nord et menace la survie de l’humanité…



Après nous avoir présenté le nouveau quotidien de Tom, quotidien plus que banal et répétitif, on avance enfin bel et bien dans une nouvelle direction. Cette direction nous est en quelque sorte donnée dès la fin du tome précédent, par le biais de la vision de Tom. 
Bon on ne va pas garder le suspense plus longtemps, je parle bien évidemment de l'arrivée du personnage de Jenny, bien décidée à devenir l'apprentie du héros. 
Au début son personnage m'a un peu ennuyé, je l'ai trouvé tout sauf crédible dans le sens où elle donne l'impression de n'avoir peur de rien, alors qu'au contraire, elle a peur de tout. 

J'ai énormément aimé la façon dont Tom a géré la situation, visiblement une femme épouvanteur n'est jamais arrivé et apparemment être septième fille d'une septième fille ne te confère pas forcément de pouvoir comme c'est le cas pour les garçons. Oui, mais ça c'était avant et Jenny est bien déterminée à prouver qu'elle est capable d'être apprentie et plus encore, qu'elle aussi, elle possède un don. 

Évidemment, c'est un gros point fort d'avoir choisi le parti pris d'innover, ça permet aussi de palier à l'absence d'Alice qui se fait vraiment ressentir - pour ma part en tout cas...
Après, comme je le disais j'ai eu un peu de mal avec elle au début, même si ça allait mieux au fur et à mesure. Je trouve que son don est franchement top, ça m'a, jusque dans une certaine mesure, fait penser à Kaleb de Mira Eljundir que j'ai adoré il y a de ça des années ! 
Mine de rien, on n'apprend pas suffisamment à la connaître, son passé avec sa famille abusive nous est rapidement raconté, mais je ne sais pas, je trouve que c'est trop succinct. Du coup, les chapitres de son point de vue sont les bienvenus. Peut-être le sont-ils parce qu'il y en a peu, faut dire que je n'aimerais pas qu'elle remplace Tom comme narrateur et héros de la saga. 



L'Épouvanteur tome XIV de Joseph Delaney, éditions Bayard.


Qui dit nouvelle saga, dit aussi nouvelle menace forcément. L'enjeu du tome précédent était de taille, soit on détruisait le malin et on laissait grandir un autre type de danger, soit on laissait vivre le malin. Il aurait été franchement trop facile de le laisser vivre, pas après tous ces tomes passés à discuter de la façon dont il fallait le tuer, etc. 
Du coup, et bien bonjour dans le monde des Kobalos, monde esquissé dans le tome XI de la saga. Sur le moment, je n'avais pas trop accroché à ce tome, j'avais aimé suivre Grimalkin - on ne suit pas Tom une seule fois - mais je voulais revenir sur la trame principale. Je dois quand même avouer que le personnage de Sliter m'avait bien plu alors j'étais assez curieuse de voir ce que ça allait donner. 

Tom qui a donc décidé d'être l'épouvanteur de Chipenden se voit contraint de quitter son poste pour partir en territoire inconnu en compagnie de Jenny et Grimalkin : les Kobalos se préparent et bientôt le monde leur appartiendra - c'est en gros ce qu'on nous explique.
J'ai aimé suivre leur périple, changer de contrée, voir la tueuse aux côtés de notre héros, pour le coup c'était vraiment cool, même si je déplore vraiment le manque d'informations concernant la suite des événements. 

Et puis, il y a eu cet événement, cette grosse claque survenue un peu avant la fin. Ah non mais au début, je n'y croyais juste pas, c'était comme dans les films où on a trois secondes de panique avant de voir le protagoniste (qu'on pensait mort noyé) tousser comme un fou et recracher toute l'eau ingurgitée. Pourtant, le moins que l'on puisse dire, c'est que j'étais pantoise. Bon, vu la fin du livre, il me paraît clair que Tom va revenir parmi nous - en fait je n'ai pas de doute là-dessus. 


Au final, je suis encore plus pressée d'avoir la suite, parce que vu la fin, je suis forcée de me languir. Je veux aussi qu'on nous reparle enfin d'Alice, non, parce qu'il y a quand même cette allusion qui est sans équivoque : Alice espionne Tom et Jenny, et je suis curieuse de voir où ça va mener tout ça. Peut-être qu'elle n'a pas complètement retourné sa veste, peut-être qu'au contraire elle prépare un plan diabolique avec son mage ? Dans tous les cas, je ne peux faire que des hypothèses et attendre, je n'ai d'autre choix que d'attendre, malheureusement.
D'ailleurs, si je suis bien informée, la suite devrait sortir en novembre prochain - oui, l'attente sera longue une fois encore ! 








dimanche 1 avril 2018

Le Coin des libraires - #91 La Confusion des sentiments & Un soupçon légitime de Stefan Zweig

Les nouvelles de Stefan Zweig sont tellement courtes que je préfère généralement en lire deux à la suite. De cette façon, je me réconforte en me disant que j'ai pu découvrir d'autres oeuvres de lui sans pour autant avoir le sentiment de trop en lire trop vite - dixit la fille qui n'a toujours pas lu Le joueur d'échecs ni même Le Monde d'hier... mais c'est un instinct de conservation, que puis-je dire d'autre ? 

Stefan Zweig est sans doute l'auteur qui sort le plus rapidement de ma pile à lire, mais ça me fait toujours une petite pointe au coeur quand je viens à bout d'un de ses livres - si vous aussi vous ressentez ce même paradoxe, on pourrait rire et pleurer ensemble ! 
Bref, je vais arrêter les plaisanteries et entrer dans le vif du sujet, il est temps. 


Comme toujours et plus encore avec des auteurs que j'aime énormément, je ne lis pas les résumés, c'est vraiment un truc qui me rebute et généralement, je lis la quatrième après coup, une fois le livre refermé et le moins qu'on puisse dire c'est ce que ça spoile souvent... 
Je ne savais donc pas du tout à quoi m'attendre, ou du moins je ne m'attendais pas à l'histoire qui nous est contée dans La Confusion des sentiments. Pour ce qui est d'Un soupçon légitime c'est un peu différent puisque le narrateur nous confie dès le début la tournure des événements. 



  • La Confusion des sentiments (1926)


Ah non, mais on en parle du culot de Stefan Zweig ? Le gars qui, rappelons-le n'est pas homosexuel n'hésite pas à écrire un récit sur l'homosexualité. Bon oui, c'est évident ce n'est plus du tout subversif à notre époque, mais quand on sait qu'au début du XXe Oscar Wilde a fait de la prison pour son orientation sexuelle, quand on sait que l'homosexualité est devenue "légale" en 1971 en Autriche, on peut le dire, c'était audacieux. 

J'ai donc été étonnée par le propos, mais je salue vraiment le courage de l'auteur pour sa démarche. 
Et puis, dans tous les cas, Zweig démontre une fois encore son don pour décortiquer les sentiments les plus complexes. On est rapidement pris dans le tourbillon de l'histoire de ce professeur qui, au crépuscule de sa vie, ressent la nécessité d'évoquer des souvenirs enfouis, de parler de son professeur qui a changé sa personne, qui lui a révélé un monde jusqu'alors inconnu. 
Alors oui, comme je le dis plus haut, ça n'a rien de subversif pour nous aujourd'hui si bien que le comportement du professeur de Roland (le protagoniste) paraît parfois incompréhensible. En revanche, quand on remet l'oeuvre dans le contexte de sa publication, il devient parfaitement logique et explicable. 
Il en va de même pour le comportement de Roland, fin, faut pas être voyant pour comprendre les sentiments réels de son prof, il n'y a pas non plus besoin d'avoir un master de psycho, mais une fois encore, à l'époque c'était encore réprimé ou simplement caché, ça ne semblait tellement pas normal qu'on peut aisément comprendre pourquoi il n'a rien vu avant. 

Comme toujours dans les nouvelles de l'auteur, c'est la qualité de sa plume qui me subjugue, cette façon d'expliquer des sentiments si puissants et souvent indescriptibles. Zweig a tendance à choisir la difficulté, quand il pourrait écrire sur un homme aimant une femme (schéma qui semble être le plus logique étant donné qu'il était hétérosexuel et a été marié à deux reprises), il choisit d'écrire du point de vue d'une femme ou alors d'écrire du point de vue d'un homme qui, même s'il aime aussi les femmes, a aimé un homme durant un certain moment. Pour ma part, Roland a bel et bien aimé son professeur, ses réactions, ses sentiments le prouvent d'ailleurs suffisamment. 
Je pense que ça demande un certain niveau de compréhension de l'humain pour se mettre à la place de quelqu'un d'autre et de raconter ainsi des sentiments si forts et généralement inaccessibles ou du moins énigmatiques pour autrui. 


"Peut-être que ma sensibilité surexcitée et continuellement sur le qui-vive apercevait une offense là où ne s’en trouvait aucune intention ; mais peut-on après coup s’apaiser soi-même, lorsqu’on éprouve des sentiments aussi perturbés ? Et la même chose se renouvelait chaque jour : près de lui je brûlais de souffrance et loin de lui, mon coeur se glaçait ; sans cesse, j’étais déçu par sa dissimulation sans qu’aucun signe vînt me rassurer, et le moindre hasard jetait en moi la confusion !"
Stefan ZweigLa confusion des sentiments.


Dans tous les cas, j'ai adoré cette nouvelle, j'ai ressenti tout un tas d'émotions et surtout, j'ai pris un énorme plaisir à retrouver la plume de qualité de l'écrivain, à me laisser entraîner par son récit, en bref, ça a été une excellente lecture. J'ai aimé le personnage de Roland qui m'a touché par sa naïveté (et parfois agacé aussi, faut bien le dire) et par sa lucidité d'après coup. C'est généralement ce que j'aime dans les récits rétrospectifs, l'importance de la divergence de point de vue entre ce qu'on raconte et ce qu'on en conserve. La Confusion des sentiments ne fait pas exception, c'est un autre récit qui nous montre une fois encore que Zweig pouvait pleinement saisir la complexité des sentiments. 


Même si à l'heure actuelle, en France, l'homosexualité est quelque chose de parfaitement admis - bon je généralise évidemment, mais j'espère fortement que ça l'est - il n'en reste pas moins qu'aujourd'hui encore, treize pays condamne l'homosexualité, parfois c'est même passible de peine de mort comme c'est le cas ou Iran ou encore au Qatar - et évidemment, on ne parlera pas de la Tchétchénie non plus... 



La Confusion des sentiments & Un soupçon légitime de Stefan Zweig, éditions livre de poche.




  • Un soupçon légitime (1987 - posthume) 


Dès le commencement, on nous décrit cette histoire comme étant tragique, il va donc être question de suivre les événements qui mènent à la catastrophe. Bon, déjà ça partait un peu moins bien que d'habitude. Je n'aime pas trop le fait qu'on nous dise très clairement "ah bah vous allez voir, ça va être la loose pour les personnages, mais attendez de voir hein" du coup, je passe mon temps à attendre le moment fatidique tout en sachant pertinemment que celui-ci n'arrivera probablement qu'à la fin. 

Un soupçon légitime nous donne à voir un petit milieu campagnard, le cadre est resserré, on est près de Bath, on ne change jamais de lieu, si bien qu'on fait vite le tour du propriétaire, mais passons. On suit donc le point de vue d'une femme qui est la voisine du couple qui va être victime de la catastrophe tant attendue. 
Il n'y a pas de réelle surprise - comment pourrait-il y en avoir ? - mais il n'empêche qu'on prend du plaisir à suivre l'enchaînement des événements, à être spectateur de la chute. 
Bon là, pour le coup, on peut le dire, la quatrième spoile mais tellement violemment l'histoire que ç'en est indécent, mais elle résume relativement bien l'histoire finalement - il faudrait quand même comprendre la différence entre un résumé de l'oeuvre et une mise en bouche, fin bon. 

J'ai surtout accroché au développement sur la psychologie du chien, Ponto, la façon dont il s'habitue à être le roi et le fait de refuser d'être mis de côté après avoir été choyé. J'ai vraiment trouvé intéressante cette manière d'analyser ses réactions et ainsi d'en tirer des conclusions par rapport à son comportement. Fin, c'est un peu pareil que pour La Confusion des sentiments, cette nouvelle a été écrite entre 1935 et 1940, la vision des êtres était bien différente à cette époque et pourtant Zweig en grand homme qui tente de percer les secrets des comportements parvient magnifiquement bien à nous décrire la nature animale. 

Le personnage de John Limpley, en quelque sorte à l'origine du drame, m'a énormément fait penser à certains personnages dans des nouvelles de Maupassant, ces êtres qui donnent encore et encore, qui passent leur temps à gâter pour finalement que ça se retourne contre eux. J'ai donc bien aimé son personnage parce qu'il m'en a rappelé d'autres. 


« Qu’ils aillent au diable, lui et son bonheur ! » dis-je, aigrie. « C’est un scandale d’être heureux d’une façon si ostentatoire et d’exhiber ses sentiments avec autant de sans-gêne. Ça me rendrait folle, moi, un tel excès, un tel abcès de bienséance. Ne vois-tu donc pas qu’en faisant étalage de son bonheur il rend cette femme très malheureuse, avec sa vitalité meurtrière ? » 
Stefan Zweig, Un soupçon légitime


Au final, je ne vois pas Un soupçon légitime comme une illustration du grand Stefan Zweig, j'ai passé un bon moment, c'était une lecture agréable, mais on est bien loin de ses autres oeuvres comme Le Voyage dans le passé par exemple. J'en garde un bon souvenir, sans que ce soit inoubliable. Peut-être est-ce pour cette raison s'il n'a jamais publié cette nouvelle de son vivant... 








samedi 24 mars 2018

Le Coin des libraires - #90 La dernière étoile (#3 La 5è Vague) de Rick Yancey

Oh mais quelle déception ! Voilà les premiers mots qui viennent conclure mon avis sur cette saga qu'est La 5è Vague. Je ne m'attendais plus à ce que ce soit un coup de coeur, je ne pouvais plus après avoir lu les deux premiers volets sans les trouver exceptionnels, voire même limite dans le traitement du sujet et des personnages, mais que dire, j'aime persévérer. 

Ce troisième tome ne relève pas le niveau, il n'est clairement pas à la hauteur de ce qu'on nous a vendu durant des mois et des mois - franchement, pourquoi ce livre a-t-il eu droit à une adaptation cinématographique quand tant d'autres, qui sont bien mieux, n'ont pas cette chance ? 
Dire qu'il ne vaut rien et que c'est juste nul n'est évidemment pas vrai. Je dois quand même avouer que pour moi, il est plus nul que bien, mais je vais expliquer tout ça. 



1re vague : Extinction des feux.

2e vague : Déferlante.

3e vague : Pandémie.
4e vague : Silence. 
À l’aube de la 5e vague… 
Ils sont parmi nous. Ils sont dans leur vaisseau. Ils sont nulle part. Ilsveulent la Terre. Ils veulent qu’elle nous revienne. Ils sont venus nous exterminer. Ils sont venus nous sauver…
Cassie a été trahie. Ringer aussi. Et Zombie. Et Nugget. Et les 7,5 milliards d’humains qui peuplaient notre planète. Trahis d’abord par les Autres, et maintenant par eux-mêmes.
En ces derniers jours, les rares survivants sur Terre se retrouvent confrontés au dilemme ultime : sauver leur peau… ou sauver ce qui les rend humains.
Le dernier tome de la trilogie phénomène, adaptée au cinéma.


La dernière étoile fait directement suite aux événements de La mer infinie qui, comme je vous le disais dans mon article dessus, est à mon humble avis, bien meilleur que le premier tome. J'avais donc un peu l'espoir que la conclusion de la trilogie pouvait être tout à fait acceptable, du moins se terminer sur une note relativement positive. Malheureusement, ce n'est pas le cas pour moi.

Une fois le deuxième tome terminé, on s'attend forcément à un peu plus d'action, le premier m'avait paru chaotique et particulièrement long, le deuxième m'a semblé avoir été écrit pour meubler, pour justifier la trilogie, mais au moins il avait du potentiel dans son intrigue. Le personnage de Ringer se trouvant être bien plus intéressant que celui de Cassie, c'était assez cool de la suivre elle, mais on n'avançait pas et c'était bien le problème de cet opus. 
Du coup, en commençant le troisième on se dit forcément que ça y est, on y est, tout va partir et ça va être la folie jusqu'aux dernières pages... bah oui, mais non. 

Ça ne se passe pas comme ça parce que tout ce qui se passe est vu à trois kilomètres, on a aucune surprise - la seule, à la rigueur, c'est le fait que Ringer soit enceinte, mais ça sort tellement de nulle part, ça sonne tellement creux qu'on reste abasourdis et pantois. 
Au sujet de Cassie, bah forcément je l'ai trouvé insupportable toutes les fois où elle avait la parole, toutes ses réflexions sans fond au sujet de son frère, au sujet d'Evan, ça m'a mortellement ennuyé et puis c'est cette fin, sa fin... non parce que c'est pas comme si on la sentait à trois kilomètres après tout, non mais c'est vrai, tout le monde sait pertinemment que c'est une mission suicide, elle le sait elle-même alors forcément devoir attendre qu'il se passe ce dont on sait qu'il va se passer, bah c'est un peu chiant en fait. 


La dernière étoile de RickYancey.


C'est vraiment dommage et pour tout dire ça m'embête de ne pas avoir accroché avec cette trilogie. Une fois la lecture du deuxième tome terminée, je me disais que j'étais mitigée, mais qu'on pouvait toujours me convaincre et là, avec ce tome, je n'ai franchement rien de vraiment bon à en sortir, rien qui soit suffisamment important pour que ça relève le niveau, pour que mon appréciation soit moins négative qu'elle ne l'est actuellement. 
Ce qui m'ennuie surtout c'est que l'idée de base est novatrice et même vachement intéressante, la venue des extraterrestres, le principe des vagues qui détruisent l'humanité c'est vraiment top, mais dans le traitement c'est juste pas ça quoi, c'est téléphoné et donc invraisemblable - ce qui arrive à Cassie à la fin de ce tome en est l'exemple parfait ! 


Pour ce qui est du style de l'auteur, j'ai envie de dire que ce n'est pas parce qu'on écrit pour la "jeunesse" qu'il faut écrire sans une once de poésie, mais si je dis ça, je risque de provoquer un tollé, celles et ceux qui ont adoré cette trilogie et qui trouvent la plume de l'auteur poétique risquent de me tomber dessus, mais bon, j'aimerais savoir ce qu'il y a de poétique là-dedans ? À la rigueur, on peut dire que c'est fluide, que c'est naturel, mais poétique, ah, ouais non vraiment, ça l'est carrément pas. 
Personnellement j'ai trouvé son style franchement monotone tout en ayant l'impression qu'il essayait de faire des différences entre les personnages par le biais d'un langage parfois vulgaire mais franchement pas original. C'est un peu l'idée de "oh on est des ados, et puis merde c'est la fin du monde en plus alors pourquoi on n'aurait pas le droit de dire des gros mots ?!"


Et les personnages dans tout ça ? et bien, ils ne sortent jamais réellement des stéréotypes qui leur sont attribués dès le premier tome en fait. C'est donc difficile de les trouver attachants - excepté Zombie qui est un bon personnage, qui arrive malgré tout à devenir autre chose que le beau gosse du lycée, ou encore Evan mais il a été saccagé. Evan est mon personnage préféré, celui avec le plus de potentiel mais l'auteur a tout réduit en miettes ! Ce dernier tome est aussi décevant parce que l'auteur a pris une direction qui ne m'a franchement pas convaincue et qui, une fois encore est couru d'avance, que ce soit sa "capture" ou sa mémoire effacée ou même les dernières lignes du roman le concernant, tout est tellement prévisible et dommage qu'il n'y a rien à rattraper. 

Et enfin, il est grand temps de parler de la conclusion, de la fin qui sonne carrément creux dans le genre faux happy ending on n'aurait pas pu faire mieux ! Après avoir dû faire face à autant de choses, après que Cassie ait cru qu'elle était l'humanité, voilà que tout semble bien se terminer au point que la gamine de Ringer se fait appeler... Cassie ! Ça m'a achevé il n'y a pas d'autres mots je trouve ça tellement nian nian que ça en est presque ridicule ! Je dois donc dire que j'étais bien contente d'en finir, d'en venir à bout parce que franchement, ça ne vaut pas la pub que ça a reçu - enfin tout ça n'est que mon avis bien évidemment. 






dimanche 18 mars 2018

Le Coin des libraires - #89 Ce qu'est l'homme de David Szalay

Ce qu'est l'homme de David Szalay m'est tombé dans les mains un peu au hasard. J'ai reçu un mail de la part de Babelio dans le cadre d'une opération privilégiée comme il l'appelle. Cette opération proposait de recevoir ce roman et comme le résumé m'a bien plu, j'ai tenté le coup. 

Voilà que trois jours après je reçois le roman dans ma boîte aux lettres, quelques jours avant sa sortie officielle. Je remercie donc Babelio et les éditions Albin Michel pour m'avoir donné la possibilité de lire ce livre. 


David Szalay est un nom encore inconnu en France, ce livre est son premier roman traduit en français, mais avec Ce qu'est l'homme, il est possible que les choses changent. 

Neuf hommes, âgés de 17 à 73 ans, tous à une étape différente de leur vie et dispersés aux quatre coins de l’Europe, essayent de comprendre ce que signifie être vivant. Tels sont les personnages mis en scène par David Szalay à la façon d’un arc de cercle chronologique illustrant tous les âges de la vie. En juxtaposant ces existences singulières au cours d’une seule et même année, l’auteur montre les hommes tels qu’ils sont : tantôt incapables d’exprimer leurs émotions, provocateurs ou méprisables, tantôt hilarants, touchants, riches d’envies et de désirs face au temps qui passe. 
Et le paysage qu’il nous invite à explorer, multiple et kaléidoscopique, apparaît alors au fil des pages dans sa plus troublante évidence : il déroule le roman de notre vie.
Avec ce livre, finaliste du Man Booker Prize, le jeune auteur britannique offre un portrait saisissant des hommes du XXIe siècle et réussit, en disséquant ainsi la masculinité d’aujourd’hui, à dépeindre avec force le désarroi et l’inquiétude qui habitent l’Europe moderne.



Je n'avais pas pensé à la taille du livre avant de le recevoir et je dois dire que ça ne m'a pas arrangé qu'il soit aussi gros (quasi 550 p.) - l'inconvénient quand on a des livres à lire pour les cours... Mais au final, je l'ai lu rapidement et ce, grâce à la forme du livre. Catégorisé roman, il pourrait très bien être considéré comme un recueil de nouvelles, puisque une partie correspond à une histoire indépendante les unes des autres. En réalité, le seul élément qui fait que l'on lit les parties dans l'ordre est le fait que les âges des protagonistes évoluent à chaque fois. 

Le premier homme que l'on suit à 17 ans, puis on entre dans la vingtaine, la trentaine, jusqu'à arriver jusqu'à 65 et 73 ans. C'est intéressant de ce point de vue parce que personnellement, j'ai attaché énormément d'importance au temps, à l'emprise du temps, son passage, sa durée. C'est vraiment ce qui m'a le plus plue dans ce livre : la façon dont les personnages que l'on suit vivent dans un lieu dont ils ne sont pas originaires et comment le temps passe ou au contraire, semble faire du sur-place. 

On entre dans l'histoire par le biais de Simon, un anglais qui a décidé de partir faire une partie de l'Europe avec un ami à lui. J'ai adoré cette première partie, le personnage de Simon, ses réflexions, sa passivité et évidemment leur voyage - qui ressemble énormément à celui que je rêverai de faire !
J'ai aimé le questionnement intérieur. Simon qui est "déçu" se demande pourquoi on voyage et ce qu'est être un touriste. 
Dans la deuxième, c'est au tour de Bernard de nous occuper avec un moment de sa vie. Bernard est français, il est en quelque sorte un bon à rien, en tout cas il est suffisamment incapable pour que son oncle décide de le virer. Il décide de partir à Chypre seul après avoir été embrigadé, puis abandonné. Au début j'avais un peu de mal avec lui, avec le fait de devoir rencontrer un autre homme, découvrir sa vie, ses attentes, ses rêves. 
Et bah franchement, je pense qu'il en a pas des masses de rêve, le Bernard. Là aussi j'ai beaucoup aimé suivre son périple, mais je ne saurais pas dire pourquoi. Parce qu'il est resté passif tout du long et n'a fait que subir jusqu'à la fin ? Parce qu'il n'a absolument rien appris, ou en tout cas, qu'il ne semble pas avoir appris grand chose de ce voyage en solo ? Ou peut-être simplement parce que les situations dans lesquelles il se retrouve sont parfois hilarantes. 


Je ne vais pas parler de toutes les histoires, mon article serait trop long et le but n'est pas de vous faire un résumé. Je vais néanmoins en aborder quelques unes plus que d'autres, parce que je trouve que ce roman est très intéressant d'un point de vue anthropologique et sociologique, mais inégales du point de vue des histoires qu'il nous raconte. 


Ce qu'est l'homme de David Szalay, éditions Albin Michel.


Certaines ne m'ont pas franchement intéressées et c'est pas bien parce qu'elles sont globalement assez courtes (une soixantaine de pages en gros), que j'ai pu en venir à bout. À titre d'exemple, après avoir  aimé les deux premières, j'ai beaucoup moins accroché avec la troisième et la cinquième surtout (la quatrième un peu aussi, mais ça allait pour certains aspects). À vrai dire, je ne voyais pas forcément l'intérêt de suivre ces hommes, je suis restée assez hermétique à leur vie, leur but.
Et puis, j'ai trouvé aussi que ça tournait un peu trop autour du sexe, et ce, dans quasiment toutes les parties. Il y a souvent une espèce d'"enjeu" sexuel, comme si être un homme signifiait nécessairement coucher avec une femme ou le souhaiter. Ça pour le coup, j'ai trouvé que c'était dommage. 

Au-delà de ça, certaines parties m'ont marquées pour leur propos, ou leur personnage. Ça a été le cas de la septième, celle de Murray, un anglais qui s'est expatrié en Croatie. Cet homme est détestable, mais il est tout autant attachant parce qu'il est malchanceux. J'ai trouvé cette partie particulièrement bien écrite parce qu'elle nous met dans la situation d'un homme qui se croit mieux que les autres et qui, finalement, est forcé de s'avouer vaincu. J'ai aimé l'ambiance qui se dégage du pays, la moiteur déjà rencontrée à Chypre, dans la deuxième partie. 

J'ai aimé les deux dernières, celles qui mettent en scène des hommes plus vieux, des hommes qui ont déjà vécu une grande partie de leur vie et qui regardent en arrière plutôt qu'en avant. Il m'a été facile de lire ces parties parce qu'elles sont formidablement écrites, elles nous mettent devant la réalité que représente le fait de vieillir, le fait que le temps passe inexorablement. Les destins d'Aleksandr et Tony sont tout à fait différents, ils ont un rapport au temps et donc au monde tout aussi différent, mais il n'empêche qu'à leur façon, ils permettent de remettre les choses en perspective. Ils nous font nous poser cette question toute simple : qu'est-ce que vivre ? ou peut-être plutôt, comment vivre ? 


Aussi, j'aurais voulu visiter plus de pays. Je sais que le résumé parle bien de l'Europe et seulement de l'Europe - chose qu'en soi, je trouve dommage -, mais j'ai un peu eu le sentiment que l'auteur entend l'Angleterre comme centre de l'Europe, et plus particulièrement Londres. En y regardant bien, sept parties citent Londres, que ce soit le domicile du personnage, la ville dont il est originaire, où le lieu où il part en voyage. L'Europe ne se résumé pas à ça, du coup c'est dommage, voire regrettable. 

Comme je le disais j'ai trouvé les histoires assez inégales, peut-être que je suis passée à côté des parties "centrales" - j'ai beaucoup aimé les deux premières ainsi que les trois dernières et ce sont les quatre du milieu qui ne m'ont pas convaincues. Je garde un très bon souvenir de certains personnages et je me suis vraiment attachée à eux au point que ça m'aurait plue que leur histoire continue. C'est ce qui est difficile aussi dans ce livre : accepter de suivre le destin d'un homme durant quelques chapitres, puis la fin arrive et on en ressort avec un sentiment de solitude assez fort. Solitude qui est peut-être (sans doute) celle de ces hommes qui paraissent toujours un peu à l'écart, complètement esseulés. 

Le temps et la solitude donc, oui, ça me paraît assez bien pour résumer mon ressenti pour Ce qu'est l'homme de David Szalay. Loin d'être un coup de coeur, mais une lecture très agréable quand même, et sûrement une lecture plus complexe qu'elle n'y paraît. Ce n'est donc que justice si ce roman a été un des finalistes du Man Booker Prize. 



"Ils ont beau être affutés comme des pierres précieuses, ces souvenirs semblent étonnamment petits, lointains, comme observés dans un télescope à l’envers."

David Szalay, Ce qu'est l'homme


"La veille, il s’était senti sombrer dans une sorte d’obscur crépuscule de l’âme. Un pessimisme épouvantable plusieurs heures d’affilée. En substance, la conviction qu’il avait bousillé sa vie, et que tout était terminé."
David Szalay, Ce qu'est l'homme.

samedi 10 mars 2018

Le Coin des libraires - #88 Comment j'ai infiltré la Gestapo de Jean Lacipiéras

Tout d'abord, un immense merci à Babelio et aux éditions Pierre de Taillac pour ce livre. Je dois dire qu'il me fait de l'oeil depuis sa sortie (mai 2017), malheureusement je ne l'ai jamais trouvé dans une de mes librairies et comme j'ai rarement la patience de commander sur internet,  je n'ai pas eu l'occasion de le lire avant - je vous laisse donc imaginer ma joie quand j'ai vu qu'il figurait au sein de la masse critique de janvier ! 


Je suis très contente d'avoir lu ce livre et ce, pour diverses raisons. La première étant que je n'avais encore jamais lu de récit du côté résistant. C'est véritablement l'aspect concentrationnaire qui m'intéresse dans la Seconde Guerre mondiale et je me rends compte que finalement, à part ce que j'ai appris au lycée, bah je ne sais pas grand chose sur la Résistance en Europe, et plus particulièrement sur la Résistance française. 
Avec ses mémoires, Jean Lacipiéras nous immerge dans un monde duel, où le bien côtoie le mal et même, pactise avec lui. 



Le témoignage surprenant d'un agent double qui va infiltrer la Gestapo lors de la Seconde Guerre mondiale.



En plus d'être mon premier livre dans le genre, c'est également mon premier de cette maison d'édition spécialisée dans l'histoire. Je ne suis pas sûre qu'elle soit très connue malheureusement, mais après avoir longuement regardé le catalogue qu'ils m'ont fait parvenir, je peux dire que leurs livres ont l'air de très bonnes qualités. En tout cas, si je me réfère à Comment j'ai infiltré la Gestapo, il est indéniable qu'historiquement parlant, ce livre est une pépite ! 
C'est évidemment l'aspect historique qu'il faut prendre en compte ici, si vous cherchez un exercice ce style, autant passer votre chemin, Jean Lacipiéras n'est pas écrivain et, comme il le dit lui même, il n'est qu'un soldat. 

Je trépignais d'impatience, je voulais absolument savoir comment ce soldat français a pu infiltrer la milice allemande et ainsi, permettre de sauver des vies, et au passage, d'en supprimer également. 
Comme je le disais c'est un récit tout à fait vrai, l'auteur a même été jusqu'à ajouter en annexe des tas de documents venant prouver ses dires. L'édition de 1949 (publiée à compte d'auteur) était déjà très riche en informations, mais je pense que ce n'était pas nécessairement le bon moment pour le publier et encore moins de faire de ces mémoires un réquisitoire. 


Voici le bémol du bouquin : sous couvert de relater les faits extraordinaires qu'il a accomplit - et il y en a, le gars était tout simplement trop doué quand il s'agissait de jouer un double jeu, c'est parfois même digne des meilleurs récits d'espionnage. Il a littéralement pensé à tout ; par exemple, le fait qu'il ait lui-même rédigé une lettre de recommandation après avoir subtilisé du papier officiel. Ce simple stratagème lui a permis d'entrer dans bon nombre d'organismes et ainsi de gagner la confiance des collaborateurs -, Lacipiéras en profite surtout pour se donner la position de dénonciateur ; et ça balance à tout va dans son livre ! 

C'est donc évidemment exaltant, on se retrouve face à un homme qui aime son pays et qui est prêt à tout pour le libérer, ce qui est tout à son honneur. Mais, lui-même n'est pas un enfant de coeur et on assiste alors à la mise à mort de français qui collaboraient. Alors oui, je sais, on était en temps de guerre, c'était "chacun sa peau" - surtout quand les français balançaient tous ceux qu'ils pouvaient pour être à l'abri... - mais il n'empêche que pour moi, il n'y a rien d'héroïque dans un assassinat. Cet aspect là de l'homme m'a dérangé, et ce n'est pas tout. 

Comme je l'ai dit plus haut, Lacipiéras ne s'encombre pas de l'anonymat ou autres futilités, non, lui, il est là pour clamer haut et fort que tous ne sont pas Résistants et que, justement, un bon paquet de français se disent résistants alors qu'ils étaient collaborateurs ou même, qu'ils profitent de la situation assez difficile de la France post WWII pour s'enrichir. 

Alors, le truc qu'a trouvé l'auteur, c'est bien évidemment d'infiltrer le PCF dans le Gard, afin de jouer l'agent double une fois encore. Et voilà qu'à partir de là ça balance. Probablement en bon nationaliste qu'il était, Lacipiéras ne comprenait pas les communistes ou peut-être que c'était sa façon de continuer le combat : après les nazis, les bolchéviques. Et d'un côté, bah ça se tient, preuves à l'appui, il nous donne des noms, des faits et on est forcé de reconnaître que le PC n'était pas tout blanc à cette époque. 
Je comprends ce besoin de dénoncer. Enfin, je veux dire quand tu as fait la Résistance, que tu as été infiltré parmi les pires vermines, que tu t'es fait capturé, puis laissé pour mort, il me semble un peu normal que tu sois outré de voir des personnes profiter de cette dite Résistance pour se jeter des fleurs alors que tout ce qu'ils ont fait, ça a été de collaborer. 

Je trouve dommage cette haine acharnée envers le PCF, je trouve que ça gâche un peu les exploits de l'homme. Son livre n'est pas un témoignage, mais une dénonciation - ce n'est d'ailleurs pas pour rien si, en 1949, lorsque Lacipiéras a publié son livre, il a été attaqué pour diffamation, son livre a été interdit, à moins qu'il soit expurgé des propos diffamatoires. Bref, ça va loin. En même temps, il n'avait quand même pas peur de s'attaquer au PC qui était le premier parti en France à cette époque, et puis quand je dis attaquer, c'est qu'il n'y va pas avec le dos de la cuillère : le PC est coupable d'espionnage pour le compte de l'URSS, coupable de vouloir la guerre civile pour prendre le contrôle du pays... 


Comment j'ai infiltré la Gestapo, Jean Lacipiéras, éditions Pierre de Taillac.


Enfin bref,  tout ça pour dire que ces mémoires sont une véritable mine d'informations. Ça permet tout d'abord de se rendre compte que tous les français n'étaient pas des fuyards (j'suis désolée ici pour tous les partisans de de Gaulle, mais comme le dit si bien Lacipiéras : "on ne pouvait combattre  l'envahisseur en fuyant à l'étranger"...) ou des collaborateurs (même si ce livre montre aussi l'opportunisme des français...). Jean Lacipiéras est un exemple de courage et de volonté de vivre pour sauver son pays, pour lui rendre sa liberté. 

J'ai adoré les premiers chapitres parce que ce sont ceux qui relatent les infiltrations, comment il est parvenu à entrer dans tel service, comment il a réussi à tromper les nazis, comment il est parvenu à devenir Gruppenführer, qui n'est autre qu'un grade de l'armée nazie (si vous regardez The Man in the Hight Castle, ça doit vous dire quelque chose). C'était prenant et franchement extraordinaire. 

J'ai moins aimé la suite qui dépeint un homme amer, un homme qui ne supporte plus l'hypocrisie ambiante (ce qui est franchement compréhensible, il suffit de voir le personnage de Radio pour saisir l'injustice de la situation) et qui déçu de la réalité. Il se trouve une nouvelle fois à devoir infiltrer un organisme, mais exclusivement français cette fois. L'envahisseur n'est plus et pourtant, les condamnations continues, on tue sans juger, on exécute sans procès, rien ne tourne rond et c'est également cela que dénonce Jean Lacipiéras : les excès de l'épuration. 
On trouve d'ailleurs dans l'annexe de 1949, la liste des otages exécutés sommairement, ainsi que le nom du capitaine qui a commandé le peloton. L'annexe fournit à la fin de l'ouvrage est très complet, on trouve de nombreuses lettres ou rapports, mais également des comptes rendus d'audiences. 


Je ne m'attendais pas à toutes ces dénonciations, peut-être que c'est la raison pour laquelle ça m'a un peu gêné. Je pensais que tout le récit serait concentré sur l'infiltration, ce qui, au final, est loin d'être le cas. Mais d'un côté ce n'est pas plus mal, ça permet d'avoir un récit français qui ne juge pas seulement la guerre et les allemands, mais tout autant les français et la situation d'après la libération. Ce n'est plus un secret que l'épuration était injuste et arbitraire, et pourtant, c'est toujours choquant de voir à quel point l'homme peut aussi rapidement "retourner sa veste".  

Quoi qu'il en soit j'ai pris énormément de plaisir à lire ces mémoires, à découvrir un destin hors du commun et un avis sur la "France des français" après la libération. Vient s'ajouter à cela un excellent avant propos rédigé par François de Lannoy, historien spécialiste des guerres du XXe. Il remet les événements dans leur contexte, retrace en quelques pages la vie de Jean Lacipiéras pour nous permettre de saisir qui il était, et aborde les divers problèmes auquel l'auteur a été confronté après la publication de son livre. 


Je pense essayer de lire un autre livre des éditions Pierre de Taillac, j'ai envie d'en apprendre plus sur les guerres et puis, c'est surtout le travail historique qui m'intéresse. Je trouve que c'est bien d'avoir ce type de maison d'éditions en France. 


"Ce rôle, je ne l’ai pas tenu sur les tréteaux d’un théâtre, mais dans la vie même, et quelle vie ! Je l’ai joué dans cette marge incertaine où le royaume des ombres et celui de la lumière confondent leurs limites. Je l’ai joué, à toute heure du jour et de la nuit, entre la vie et la mort. Je l’ai joué avec passion, car j’étais guidé par un idéal qui m’élevait au-dessus de moi-même, au-dessus de la médiocrité et de l’horreur."
Jean Lacipiéras, Comment j'ai infiltré la Gestapo




samedi 3 mars 2018

Le Coin des libraires - #87 Juste avant la nuit d'Isabel Ashdown

Après avoir accroché à Richard Montanari avec son roman Confession, voici Juste avant la nuit d'Isabel Ashdown

Déjà, est-ce qu'on parle de la couverture ? J'étais à la base dubitative quand j'ai vu la nouvelle charte graphique des thrillers du Cherche midi, mais en fait, une fois l'objet en main, je ne peux qu'adhérer ! Le style est épuré, le format est un peu plus petit qu'avant - ce qui est top, ça me permet de pouvoir emmener le livre avec moi, puisque désormais, il rentre dans ma pochette spéciale livre haha ! 
Bref, je suis fan et en plus, étant donné que les livres sont dans la même gamme de couleurs, ça fait juste trop bien dans la bibliothèque - alors que demande le peuple ? 

Je trouvais le titre du roman assez intrigant, ça m'a d'ailleurs fait penser à Dennis Lehane et son Ils vivent la nuit & Quand vient la nuit - j'ai vu l'adaptation cinématographique du premier, mais je ne les ai pas lus. Dans tous les cas, j'avais envie de savoir ce qu'il allait bien pouvoir se passer. 
Surtout que ce roman est qualifié de thriller psychologique et même si j'avais bien aimé Sous ses yeux de Ross Armstrong, je voulais un vrai thriller psychologique, une vraie histoire de fou ou du moins, une intrigue qui tient en haleine ! 


Lors des funérailles de leur mère, Jess retrouve sa sœur Emily, perdue de vue depuis près de quinze ans. Elle lui propose de venir habiter chez elle et son mari, James, dans leur maison de l’île de Wight. Le soir du Nouvel An, le couple part faire la fête et laisse Emily avec leur bébé, Daisy. Lorsqu’ils rentrent, au petit matin, la police est là. Daisy a disparu. Le cauchemar commence. Bien vite, le commissaire Jacobs, en charge de l’enquête, relève des incohérences dans les récits des uns et des autres. Entre secrets et mensonges, les relations entre les protagonistes se fissurent peu à peu au cours d’un huis clos éprouvant. Que s’est-il réellement passé cette nuit-là ?


En virtuose du suspense psychologique, Isabel Ashdown joue un jeu pervers avec son lecteur, qui suspecte les personnages les uns après les autres, avant qu’un des nombreux rebondissements vienne relancer la donne. Une révélation !


Je ne connaissais pas du tout Isabel Ashdown auparavant, ce qui est sans doute normal puisque Juste avant la nuit est son premier roman publié en France. Je dois dire que je suis bien contente que le Cherche midi ait décidé de le publier, pour la simple et bonne raison que c'était une vraie bonne lecture ! 

On suit au départ un récit à deux voix, celui de deux soeurs, Emily l'aînée et Jess, la cadette, qui, après de longues années sans s'être vues, se retrouvent lors d'un enterrement. 
Jess finit par habiter chez Emily qui semble avoir une petite vie parfaite, un homme que beaucoup de femmes aimeraient avoir, une belle-fille tout à fait géniale et un nouveau née absolument adorable. Pourtant, dès le début cette image de perfection se fissure - et quand je dis début, j'entends vraiment début. 

L'auteure a gagné énormément de points grâce à ça, on n'a pas de longue mise en place, non, dès le prologue l'ambiance est posée, on sent les problèmes et ça part directement, chose que j'adore dans un thriller. 
Bon après, c'est vrai qu'au début j'ai eu un peu de mal à retenir les personnages, on nous immerge tellement vite que c'est un peu comme si on connaissait déjà la petite famille, ce qui n'est évidemment pas le cas. Et puis personnellement, j'ai trouvé que le prologue nous perd un peu dans sa narration, mais une fois passé une vingtaine de pages, on est dedans et c'est top ! 

Je l'ai commencé assez rapidement après l'avoir reçu, je ne peux pas me l'expliquer, mais j'avais très envie de savoir ce qu'il avait dans le ventre, et ce sentiment d'impatience s'est poursuivi durant toute ma lecture. Dès que je refermais le livre, j'avais envie de le reprendre pour le dévorer et savoir ce qu'il en était, qui était réellement coupable, qui est fautif pour la disparition de la petite Daisy, etc. C'est toujours un tas de questions que l'on se pose et c'est vrai qu'au bout d'une centaine de pages, j'ai eu cette crainte : et si ce livre était une sorte de copie de La fille du train de Paula Hawkins

Je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai pensé à ça, peut-être parce que j'ai eu l'impression de retrouver la même atmosphère oppressante, le même type de personnages (une famille d'apparence parfaite, de gros secrets...), mais surtout, parce que j'ai eu énormément peur que ce soit le mari le coupable, ce qui, disons-le, m'aurait clairement gênée. 
Et puis, plus largement, je pense que c'est la plume qui m'a donné ce sentiment, mais qu'on ne s'y trompe pas, Juste avant la nuit est tout à fait différent et si vous voulez savoir, je l'ai trouvé un chouia meilleur que La fille du train - roman que j'ai pourtant bien aimé, même si j'ai été déçue de la tournure des événements. 



Juste avant la nuit d'Isabel Ashdown, éditions Cherche midi.


Juste avant la nuit, c'est la promesse d'un roman rempli de secrets de famille, de non-dits et de fautes non avouées. C'est un mélange de secrets et presque de complots - je pense à Emily qui a la médaille du mépris, ce personnage est tout simplement abject. 
Et pourtant, ce qui est génial c'est que tout ne se résout véritablement qu'à la fin. Durant les trois-quarts du livre on est là à faire des conjectures, à se demander ce qui est arrivé à Daisy évidemment, mais plus encore, à se demander ce qu'il s'est passé entre Emily et Jess. Pour le coup, ce sont vraiment les flashbacks qui m'ont plu, leur jeunesse, les différences entre les deux femmes, entre une Emily populaire, extravertie et une Jess effacée et suiveuse. 

Un autre point fort réside dans l'aspect psychologique, outre les caractères des personnages, leurs actions et les événements qui en résultent, Isabel Ashdown donne l'occasion de découvrir un phénomène qu'on trouve assez peu dans la littérature, du moins exploité à ce point et de cette façon : la syncope vasovagale, ce qui n'est autre qu'une perte de connaissance. Ce petit élément est extrêmement important dans l'intrigue, notamment dans la relation Emily/Jess et j'ai trouvé intéressant de l'utiliser comme l'auteure l'a fait. 

Sans m'étaler plus encore, je conclurais en disant que j'avais envie d'un thriller psychologique et que j'ai été servie. La double intrigue passé/présent fonctionne à merveille et elle permet de soupçonner tour à tour les deux soeurs (et plus largement les quatre membres de la famille) sans être vraiment sûr de quoi que ce soit avant la moitié, puis la fin. 
J'ai trouvé intéressant aussi que le récit soit découpé en deux, on sent bien une progression dans l'intrigue et ça s'enchaîne plus encore jusqu'à la fin. 

Je ne m'attendais pas particulièrement à cette fin, je ne suis ni satisfaite, ni insatisfaite de l'épilogue, je suis simplement fascinée devant le talent de l'auteure. Elle est parvenue à parfaitement ficeler son intrigue et à la rendre intéressante jusqu'au bout. Pour moi, le pari est donc gagné ! 


"Il y a des jours où elle se dit qu’elle est peut-être morte et que le lieu qu’elle prend pour sa maison n’est autre que l’enfer."

Isabel Ashdown, Juste avant la nuit







dimanche 25 février 2018

Le Coin des libraires - #86 L'étoile du diable (#5 Harry Hole) de Jo Nesbø

Lorsque Folio a réédité la saga Harry Hole de Jo Nesbø, je me suis d'abord précipitée sur L'étoile du diable bien qu'il soit le cinquième volet des enquêtes du détective - si on suit l'ordre évidemment ! La raison pour laquelle j'ai acheté celui-ci est parce que je ne comptais pas forcément tous les lires à la base et parce que c'est simplement la couverture que je préférais - ce vert est tellement beau !
Après, j'ai décidé de tous les lires et donc de tous les acheter, mais c'est véritablement celui-ci et L'homme chauve-souris que je préfère question couverture. 

Non seulement ce livre est le plus beau de cette réédition mais en plus, c'est celui que j'ai préféré jusque-là - bon un tout petit plus (ou au même niveau ?) que Rouge-gorge que j'ai quand même vachement aimé ! 


Un doigt coupé et un diamant en forme de pentagramme, plus connu sous le nom de «l’étoile du diable», telle est la signature du tueur qui terrorise Oslo durant cet été caniculaire. 
L’inspecteur Harry Hole va être contraint de réprimer son animosité envers Tom Waaler, son collègue et ennemi, s’il veut résoudre cette affaire qui pourrait bien être sa dernière. Alors que Hole tente de comprendre les motivations de l’assassin, tout laisse à penser qu’un tueur en série opère dans les rues de la capitale norvégienne…



Il faut bien le dire, si j'ai autant aimé ce volet, c'est parce que la recherche du meurtrier d'Ellen est de nouveau d'actualité, parce qu'Harry est complètement désabusé et prêt à tout pour prouver que ses soupçons au sujet de Waaler sont fondés. 

Je suis entrée immédiatement dans l'histoire ce qui n'a pas été le cas avec le tome précédent, Rue Sans-souci, où j'avais eu un peu de mal à m'immerger dans l'enquête. 
Là, c'est l'apothéose, le personnage d'Harry est clairement au fond du trou, il touche le fond, il sait qu'il va finir à la porte, il sait qu'avec Rakel c'est foutu, fin voilà, comme toujours Jo Nesbø maltraite son personnage et en fait un homme qui n'a plus rien, si ce n'est un penchant trop exacerbé pour la bouteille et une obsession maladive pour le meurtre de sa collègue - chose qu'on peut facilement comprendre. 

Dans cet opus, on quitte l'habituel Oslo venteux pour trouver une ville en pleine canicule. Croyant que l'été serait calme - apparemment c'est l'époque à laquelle il y a le moins de délits/crimes là-bas (il faut croire que mêmes les criminels prennent des vacances), les agents de la police d'Oslo n'étaient certainement pas prêts à recevoir un serial killer !

L'enquête principale est géniale et tellement bien pensée ! J'ai été baladée tout le long du livre si bien que j'aurais été incapable de donner le coupable avant de le découvrir. Tout le subterfuge avec les "étoiles" est extrêmement bien imaginé, la désignation du coupable qui n'est pas réellement coupable est tout aussi intelligente que la résolution de l'enquête en elle-même.
C'est un volet rempli d'action où il est clairement impossible de souffler, on entre dans un rythme effréné, dans une cadence qui ne cesse de s'accélérer jusqu'au dénouement final et quel dénouement ! 


L'étoile du diable de Jo Nesbø, éditions Folio.


Vraiment, j'applaudis l'imagination de l'auteur, l'aspect théâtral de son enquête et le besoin de brouiller les pistes. Cette enquête m'a énormément plu alors forcément, j'étais déjà dans une bonne optique pour suivre parallèlement à ça la relation Harry/Waaler qui est très compliquée et ambiguë. 
J'ai bien aimé en apprendre plus sur son enfance, suivre en quelque sorte son parcours et ainsi comprendre comment il a pu en arriver là. Ça donne déjà de l'épaisseur au personnage et surtout, ça permet de contrebalancer avec ce que l'on sait de son personnage - en gros, que c'est une sale ordure de flic corrompu ! 
Mais on le découvre sous un nouveau jour et sans que ce soit pour lui racheter une conduite et ça, j'ai trouvé que c'était agréable. 
Je disais dans mon article sur Rue Sans-souci (il me semble !) que Jo Nesbø n'épargne jamais Harry, une nouvelle enquête, un nouveau mort dans son entourage et cette fois encore ça n'a pas manqué, même si la victime de ce volet n'est pas à proprement parler un proche de Harry, il n'en reste pas moins une personne assez importante et surtout, avec sa mort meurt aussi son secret. 

C'est le seul bémol de ce tome V, le fait qu'Harry n'apprendra jamais la vérité au sujet de la mort d'Ellen parce que son coupable est mort sans même l'avouer. J'ai vraiment aimé cet affrontement final entre les deux hommes si bien que je pensais vraiment qu'Harry aurait le fin mot de l'histoire... et bien non et c'est dommage.
Pour le reste, je n'ai rien à redire, et pourtant, je me demande, avec le fait qu'on finisse par se demander si Harry n'est pas en fait un homme tellement désabusé qu'il en devient un flic véreux, avec le fait qu'on nous donne plus d'informations sur Waaler et son trafic d'armes qui a une place relativement importante que ce soit directement ou indirectement et ce depuis le troisième volet (qui correspond au premier qui se passe en Norvège) : pourquoi faut-il continuer à martyriser Harry en le laissant de le noir total ? Pourquoi est-ce qu'il ne pouvait pas enfin avoir la confirmation au sujet du meurtrier d'Ellen, pourquoi est-ce qu'il va devoir vivre avec des soupçons, des doutes mais jamais avec la confirmation de la vérité ? 


L'étoile du diable a tenu ses promesses et m'a permis de découvrir une nouvelle facette du personnage d'Harry Hole, un personnage qui fait définitivement partie de mes favoris en terme de polar, et qui donne envie de toujours creuser plus loin. Bon, maintenant je dois m'attaquer au sixième tome qui n'est autre que Le sauveur, mais à vrai dire je n'ai aucune idée de quand je pourrais le lire et ce ne sera sans doute pas bientôt. 

La bonne nouvelle est que cette saga ne s'arrête pas au dixième tome comme je le pensais, puisque Gallimard vient de publier la suite des aventures de Harry Hole sous le nom de La soif donc disons que j'ai une année (il y a généralement un an d'attente entre la sortie en grand format & celle en poche) pour lire les suivants. 
D'ailleurs j'y pense, j'espère que Folio pensera à publier ce nouveau volet dans la continuité des précédents !


"Les corps faisaient penser à des carapaces d’insectes vides prises dans une toile d’araignée… l’essence avait disparu, la lumière avait disparu, sans la lueur résiduelle illusoire qu’ont des étoiles qui ont explosé depuis belle lurette."

Jo Nesbo, L'étoile du diable







La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...