samedi 24 mars 2018

Le Coin des libraires - #90 La dernière étoile (#3 La 5è Vague) de Rick Yancey

Oh mais quelle déception ! Voilà les premiers mots qui viennent conclure mon avis sur cette saga qu'est La 5è Vague. Je ne m'attendais plus à ce que ce soit un coup de coeur, je ne pouvais plus après avoir lu les deux premiers volets sans les trouver exceptionnels, voire même limite dans le traitement du sujet et des personnages, mais que dire, j'aime persévérer. 

Ce troisième tome ne relève pas le niveau, il n'est clairement pas à la hauteur de ce qu'on nous a vendu durant des mois et des mois - franchement, pourquoi ce livre a-t-il eu droit à une adaptation cinématographique quand tant d'autres, qui sont bien mieux, n'ont pas cette chance ? 
Dire qu'il ne vaut rien et que c'est juste nul n'est évidemment pas vrai. Je dois quand même avouer que pour moi, il est plus nul que bien, mais je vais expliquer tout ça. 



1re vague : Extinction des feux.

2e vague : Déferlante.

3e vague : Pandémie.
4e vague : Silence. 
À l’aube de la 5e vague… 
Ils sont parmi nous. Ils sont dans leur vaisseau. Ils sont nulle part. Ilsveulent la Terre. Ils veulent qu’elle nous revienne. Ils sont venus nous exterminer. Ils sont venus nous sauver…
Cassie a été trahie. Ringer aussi. Et Zombie. Et Nugget. Et les 7,5 milliards d’humains qui peuplaient notre planète. Trahis d’abord par les Autres, et maintenant par eux-mêmes.
En ces derniers jours, les rares survivants sur Terre se retrouvent confrontés au dilemme ultime : sauver leur peau… ou sauver ce qui les rend humains.
Le dernier tome de la trilogie phénomène, adaptée au cinéma.


La dernière étoile fait directement suite aux événements de La mer infinie qui, comme je vous le disais dans mon article dessus, est à mon humble avis, bien meilleur que le premier tome. J'avais donc un peu l'espoir que la conclusion de la trilogie pouvait être tout à fait acceptable, du moins se terminer sur une note relativement positive. Malheureusement, ce n'est pas le cas pour moi.

Une fois le deuxième tome terminé, on s'attend forcément à un peu plus d'action, le premier m'avait paru chaotique et particulièrement long, le deuxième m'a semblé avoir été écrit pour meubler, pour justifier la trilogie, mais au moins il avait du potentiel dans son intrigue. Le personnage de Ringer se trouvant être bien plus intéressant que celui de Cassie, c'était assez cool de la suivre elle, mais on n'avançait pas et c'était bien le problème de cet opus. 
Du coup, en commençant le troisième on se dit forcément que ça y est, on y est, tout va partir et ça va être la folie jusqu'aux dernières pages... bah oui, mais non. 

Ça ne se passe pas comme ça parce que tout ce qui se passe est vu à trois kilomètres, on a aucune surprise - la seule, à la rigueur, c'est le fait que Ringer soit enceinte, mais ça sort tellement de nulle part, ça sonne tellement creux qu'on reste abasourdis et pantois. 
Au sujet de Cassie, bah forcément je l'ai trouvé insupportable toutes les fois où elle avait la parole, toutes ses réflexions sans fond au sujet de son frère, au sujet d'Evan, ça m'a mortellement ennuyé et puis c'est cette fin, sa fin... non parce que c'est pas comme si on la sentait à trois kilomètres après tout, non mais c'est vrai, tout le monde sait pertinemment que c'est une mission suicide, elle le sait elle-même alors forcément devoir attendre qu'il se passe ce dont on sait qu'il va se passer, bah c'est un peu chiant en fait. 


La dernière étoile de RickYancey.


C'est vraiment dommage et pour tout dire ça m'embête de ne pas avoir accroché avec cette trilogie. Une fois la lecture du deuxième tome terminée, je me disais que j'étais mitigée, mais qu'on pouvait toujours me convaincre et là, avec ce tome, je n'ai franchement rien de vraiment bon à en sortir, rien qui soit suffisamment important pour que ça relève le niveau, pour que mon appréciation soit moins négative qu'elle ne l'est actuellement. 
Ce qui m'ennuie surtout c'est que l'idée de base est novatrice et même vachement intéressante, la venue des extraterrestres, le principe des vagues qui détruisent l'humanité c'est vraiment top, mais dans le traitement c'est juste pas ça quoi, c'est téléphoné et donc invraisemblable - ce qui arrive à Cassie à la fin de ce tome en est l'exemple parfait ! 


Pour ce qui est du style de l'auteur, j'ai envie de dire que ce n'est pas parce qu'on écrit pour la "jeunesse" qu'il faut écrire sans une once de poésie, mais si je dis ça, je risque de provoquer un tollé, celles et ceux qui ont adoré cette trilogie et qui trouvent la plume de l'auteur poétique risquent de me tomber dessus, mais bon, j'aimerais savoir ce qu'il y a de poétique là-dedans ? À la rigueur, on peut dire que c'est fluide, que c'est naturel, mais poétique, ah, ouais non vraiment, ça l'est carrément pas. 
Personnellement j'ai trouvé son style franchement monotone tout en ayant l'impression qu'il essayait de faire des différences entre les personnages par le biais d'un langage parfois vulgaire mais franchement pas original. C'est un peu l'idée de "oh on est des ados, et puis merde c'est la fin du monde en plus alors pourquoi on n'aurait pas le droit de dire des gros mots ?!"


Et les personnages dans tout ça ? et bien, ils ne sortent jamais réellement des stéréotypes qui leur sont attribués dès le premier tome en fait. C'est donc difficile de les trouver attachants - excepté Zombie qui est un bon personnage, qui arrive malgré tout à devenir autre chose que le beau gosse du lycée, ou encore Evan mais il a été saccagé. Evan est mon personnage préféré, celui avec le plus de potentiel mais l'auteur a tout réduit en miettes ! Ce dernier tome est aussi décevant parce que l'auteur a pris une direction qui ne m'a franchement pas convaincue et qui, une fois encore est couru d'avance, que ce soit sa "capture" ou sa mémoire effacée ou même les dernières lignes du roman le concernant, tout est tellement prévisible et dommage qu'il n'y a rien à rattraper. 

Et enfin, il est grand temps de parler de la conclusion, de la fin qui sonne carrément creux dans le genre faux happy ending on n'aurait pas pu faire mieux ! Après avoir dû faire face à autant de choses, après que Cassie ait cru qu'elle était l'humanité, voilà que tout semble bien se terminer au point que la gamine de Ringer se fait appeler... Cassie ! Ça m'a achevé il n'y a pas d'autres mots je trouve ça tellement nian nian que ça en est presque ridicule ! Je dois donc dire que j'étais bien contente d'en finir, d'en venir à bout parce que franchement, ça ne vaut pas la pub que ça a reçu - enfin tout ça n'est que mon avis bien évidemment. 






dimanche 18 mars 2018

Le Coin des libraires - #89 Ce qu'est l'homme de David Szalay

Ce qu'est l'homme de David Szalay m'est tombé dans les mains un peu au hasard. J'ai reçu un mail de la part de Babelio dans le cadre d'une opération privilégiée comme il l'appelle. Cette opération proposait de recevoir ce roman et comme le résumé m'a bien plu, j'ai tenté le coup. 

Voilà que trois jours après je reçois le roman dans ma boîte aux lettres, quelques jours avant sa sortie officielle. Je remercie donc Babelio et les éditions Albin Michel pour m'avoir donné la possibilité de lire ce livre. 


David Szalay est un nom encore inconnu en France, ce livre est son premier roman traduit en français, mais avec Ce qu'est l'homme, il est possible que les choses changent. 

Neuf hommes, âgés de 17 à 73 ans, tous à une étape différente de leur vie et dispersés aux quatre coins de l’Europe, essayent de comprendre ce que signifie être vivant. Tels sont les personnages mis en scène par David Szalay à la façon d’un arc de cercle chronologique illustrant tous les âges de la vie. En juxtaposant ces existences singulières au cours d’une seule et même année, l’auteur montre les hommes tels qu’ils sont : tantôt incapables d’exprimer leurs émotions, provocateurs ou méprisables, tantôt hilarants, touchants, riches d’envies et de désirs face au temps qui passe. 
Et le paysage qu’il nous invite à explorer, multiple et kaléidoscopique, apparaît alors au fil des pages dans sa plus troublante évidence : il déroule le roman de notre vie.
Avec ce livre, finaliste du Man Booker Prize, le jeune auteur britannique offre un portrait saisissant des hommes du XXIe siècle et réussit, en disséquant ainsi la masculinité d’aujourd’hui, à dépeindre avec force le désarroi et l’inquiétude qui habitent l’Europe moderne.



Je n'avais pas pensé à la taille du livre avant de le recevoir et je dois dire que ça ne m'a pas arrangé qu'il soit aussi gros (quasi 550 p.) - l'inconvénient quand on a des livres à lire pour les cours... Mais au final, je l'ai lu rapidement et ce, grâce à la forme du livre. Catégorisé roman, il pourrait très bien être considéré comme un recueil de nouvelles, puisque une partie correspond à une histoire indépendante les unes des autres. En réalité, le seul élément qui fait que l'on lit les parties dans l'ordre est le fait que les âges des protagonistes évoluent à chaque fois. 

Le premier homme que l'on suit à 17 ans, puis on entre dans la vingtaine, la trentaine, jusqu'à arriver jusqu'à 65 et 73 ans. C'est intéressant de ce point de vue parce que personnellement, j'ai attaché énormément d'importance au temps, à l'emprise du temps, son passage, sa durée. C'est vraiment ce qui m'a le plus plue dans ce livre : la façon dont les personnages que l'on suit vivent dans un lieu dont ils ne sont pas originaires et comment le temps passe ou au contraire, semble faire du sur-place. 

On entre dans l'histoire par le biais de Simon, un anglais qui a décidé de partir faire une partie de l'Europe avec un ami à lui. J'ai adoré cette première partie, le personnage de Simon, ses réflexions, sa passivité et évidemment leur voyage - qui ressemble énormément à celui que je rêverai de faire !
J'ai aimé le questionnement intérieur. Simon qui est "déçu" se demande pourquoi on voyage et ce qu'est être un touriste. 
Dans la deuxième, c'est au tour de Bernard de nous occuper avec un moment de sa vie. Bernard est français, il est en quelque sorte un bon à rien, en tout cas il est suffisamment incapable pour que son oncle décide de le virer. Il décide de partir à Chypre seul après avoir été embrigadé, puis abandonné. Au début j'avais un peu de mal avec lui, avec le fait de devoir rencontrer un autre homme, découvrir sa vie, ses attentes, ses rêves. 
Et bah franchement, je pense qu'il en a pas des masses de rêve, le Bernard. Là aussi j'ai beaucoup aimé suivre son périple, mais je ne saurais pas dire pourquoi. Parce qu'il est resté passif tout du long et n'a fait que subir jusqu'à la fin ? Parce qu'il n'a absolument rien appris, ou en tout cas, qu'il ne semble pas avoir appris grand chose de ce voyage en solo ? Ou peut-être simplement parce que les situations dans lesquelles il se retrouve sont parfois hilarantes. 


Je ne vais pas parler de toutes les histoires, mon article serait trop long et le but n'est pas de vous faire un résumé. Je vais néanmoins en aborder quelques unes plus que d'autres, parce que je trouve que ce roman est très intéressant d'un point de vue anthropologique et sociologique, mais inégales du point de vue des histoires qu'il nous raconte. 


Ce qu'est l'homme de David Szalay, éditions Albin Michel.


Certaines ne m'ont pas franchement intéressées et c'est pas bien parce qu'elles sont globalement assez courtes (une soixantaine de pages en gros), que j'ai pu en venir à bout. À titre d'exemple, après avoir  aimé les deux premières, j'ai beaucoup moins accroché avec la troisième et la cinquième surtout (la quatrième un peu aussi, mais ça allait pour certains aspects). À vrai dire, je ne voyais pas forcément l'intérêt de suivre ces hommes, je suis restée assez hermétique à leur vie, leur but.
Et puis, j'ai trouvé aussi que ça tournait un peu trop autour du sexe, et ce, dans quasiment toutes les parties. Il y a souvent une espèce d'"enjeu" sexuel, comme si être un homme signifiait nécessairement coucher avec une femme ou le souhaiter. Ça pour le coup, j'ai trouvé que c'était dommage. 

Au-delà de ça, certaines parties m'ont marquées pour leur propos, ou leur personnage. Ça a été le cas de la septième, celle de Murray, un anglais qui s'est expatrié en Croatie. Cet homme est détestable, mais il est tout autant attachant parce qu'il est malchanceux. J'ai trouvé cette partie particulièrement bien écrite parce qu'elle nous met dans la situation d'un homme qui se croit mieux que les autres et qui, finalement, est forcé de s'avouer vaincu. J'ai aimé l'ambiance qui se dégage du pays, la moiteur déjà rencontrée à Chypre, dans la deuxième partie. 

J'ai aimé les deux dernières, celles qui mettent en scène des hommes plus vieux, des hommes qui ont déjà vécu une grande partie de leur vie et qui regardent en arrière plutôt qu'en avant. Il m'a été facile de lire ces parties parce qu'elles sont formidablement écrites, elles nous mettent devant la réalité que représente le fait de vieillir, le fait que le temps passe inexorablement. Les destins d'Aleksandr et Tony sont tout à fait différents, ils ont un rapport au temps et donc au monde tout aussi différent, mais il n'empêche qu'à leur façon, ils permettent de remettre les choses en perspective. Ils nous font nous poser cette question toute simple : qu'est-ce que vivre ? ou peut-être plutôt, comment vivre ? 


Aussi, j'aurais voulu visiter plus de pays. Je sais que le résumé parle bien de l'Europe et seulement de l'Europe - chose qu'en soi, je trouve dommage -, mais j'ai un peu eu le sentiment que l'auteur entend l'Angleterre comme centre de l'Europe, et plus particulièrement Londres. En y regardant bien, sept parties citent Londres, que ce soit le domicile du personnage, la ville dont il est originaire, où le lieu où il part en voyage. L'Europe ne se résumé pas à ça, du coup c'est dommage, voire regrettable. 

Comme je le disais j'ai trouvé les histoires assez inégales, peut-être que je suis passée à côté des parties "centrales" - j'ai beaucoup aimé les deux premières ainsi que les trois dernières et ce sont les quatre du milieu qui ne m'ont pas convaincues. Je garde un très bon souvenir de certains personnages et je me suis vraiment attachée à eux au point que ça m'aurait plue que leur histoire continue. C'est ce qui est difficile aussi dans ce livre : accepter de suivre le destin d'un homme durant quelques chapitres, puis la fin arrive et on en ressort avec un sentiment de solitude assez fort. Solitude qui est peut-être (sans doute) celle de ces hommes qui paraissent toujours un peu à l'écart, complètement esseulés. 

Le temps et la solitude donc, oui, ça me paraît assez bien pour résumer mon ressenti pour Ce qu'est l'homme de David Szalay. Loin d'être un coup de coeur, mais une lecture très agréable quand même, et sûrement une lecture plus complexe qu'elle n'y paraît. Ce n'est donc que justice si ce roman a été un des finalistes du Man Booker Prize. 



"Ils ont beau être affutés comme des pierres précieuses, ces souvenirs semblent étonnamment petits, lointains, comme observés dans un télescope à l’envers."

David Szalay, Ce qu'est l'homme


"La veille, il s’était senti sombrer dans une sorte d’obscur crépuscule de l’âme. Un pessimisme épouvantable plusieurs heures d’affilée. En substance, la conviction qu’il avait bousillé sa vie, et que tout était terminé."
David Szalay, Ce qu'est l'homme.

samedi 10 mars 2018

Le Coin des libraires - #88 Comment j'ai infiltré la Gestapo de Jean Lacipiéras

Tout d'abord, un immense merci à Babelio et aux éditions Pierre de Taillac pour ce livre. Je dois dire qu'il me fait de l'oeil depuis sa sortie (mai 2017), malheureusement je ne l'ai jamais trouvé dans une de mes librairies et comme j'ai rarement la patience de commander sur internet,  je n'ai pas eu l'occasion de le lire avant - je vous laisse donc imaginer ma joie quand j'ai vu qu'il figurait au sein de la masse critique de janvier ! 


Je suis très contente d'avoir lu ce livre et ce, pour diverses raisons. La première étant que je n'avais encore jamais lu de récit du côté résistant. C'est véritablement l'aspect concentrationnaire qui m'intéresse dans la Seconde Guerre mondiale et je me rends compte que finalement, à part ce que j'ai appris au lycée, bah je ne sais pas grand chose sur la Résistance en Europe, et plus particulièrement sur la Résistance française. 
Avec ses mémoires, Jean Lacipiéras nous immerge dans un monde duel, où le bien côtoie le mal et même, pactise avec lui. 



Le témoignage surprenant d'un agent double qui va infiltrer la Gestapo lors de la Seconde Guerre mondiale.



En plus d'être mon premier livre dans le genre, c'est également mon premier de cette maison d'édition spécialisée dans l'histoire. Je ne suis pas sûre qu'elle soit très connue malheureusement, mais après avoir longuement regardé le catalogue qu'ils m'ont fait parvenir, je peux dire que leurs livres ont l'air de très bonnes qualités. En tout cas, si je me réfère à Comment j'ai infiltré la Gestapo, il est indéniable qu'historiquement parlant, ce livre est une pépite ! 
C'est évidemment l'aspect historique qu'il faut prendre en compte ici, si vous cherchez un exercice ce style, autant passer votre chemin, Jean Lacipiéras n'est pas écrivain et, comme il le dit lui même, il n'est qu'un soldat. 

Je trépignais d'impatience, je voulais absolument savoir comment ce soldat français a pu infiltrer la milice allemande et ainsi, permettre de sauver des vies, et au passage, d'en supprimer également. 
Comme je le disais c'est un récit tout à fait vrai, l'auteur a même été jusqu'à ajouter en annexe des tas de documents venant prouver ses dires. L'édition de 1949 (publiée à compte d'auteur) était déjà très riche en informations, mais je pense que ce n'était pas nécessairement le bon moment pour le publier et encore moins de faire de ces mémoires un réquisitoire. 


Voici le bémol du bouquin : sous couvert de relater les faits extraordinaires qu'il a accomplit - et il y en a, le gars était tout simplement trop doué quand il s'agissait de jouer un double jeu, c'est parfois même digne des meilleurs récits d'espionnage. Il a littéralement pensé à tout ; par exemple, le fait qu'il ait lui-même rédigé une lettre de recommandation après avoir subtilisé du papier officiel. Ce simple stratagème lui a permis d'entrer dans bon nombre d'organismes et ainsi de gagner la confiance des collaborateurs -, Lacipiéras en profite surtout pour se donner la position de dénonciateur ; et ça balance à tout va dans son livre ! 

C'est donc évidemment exaltant, on se retrouve face à un homme qui aime son pays et qui est prêt à tout pour le libérer, ce qui est tout à son honneur. Mais, lui-même n'est pas un enfant de coeur et on assiste alors à la mise à mort de français qui collaboraient. Alors oui, je sais, on était en temps de guerre, c'était "chacun sa peau" - surtout quand les français balançaient tous ceux qu'ils pouvaient pour être à l'abri... - mais il n'empêche que pour moi, il n'y a rien d'héroïque dans un assassinat. Cet aspect là de l'homme m'a dérangé, et ce n'est pas tout. 

Comme je l'ai dit plus haut, Lacipiéras ne s'encombre pas de l'anonymat ou autres futilités, non, lui, il est là pour clamer haut et fort que tous ne sont pas Résistants et que, justement, un bon paquet de français se disent résistants alors qu'ils étaient collaborateurs ou même, qu'ils profitent de la situation assez difficile de la France post WWII pour s'enrichir. 

Alors, le truc qu'a trouvé l'auteur, c'est bien évidemment d'infiltrer le PCF dans le Gard, afin de jouer l'agent double une fois encore. Et voilà qu'à partir de là ça balance. Probablement en bon nationaliste qu'il était, Lacipiéras ne comprenait pas les communistes ou peut-être que c'était sa façon de continuer le combat : après les nazis, les bolchéviques. Et d'un côté, bah ça se tient, preuves à l'appui, il nous donne des noms, des faits et on est forcé de reconnaître que le PC n'était pas tout blanc à cette époque. 
Je comprends ce besoin de dénoncer. Enfin, je veux dire quand tu as fait la Résistance, que tu as été infiltré parmi les pires vermines, que tu t'es fait capturé, puis laissé pour mort, il me semble un peu normal que tu sois outré de voir des personnes profiter de cette dite Résistance pour se jeter des fleurs alors que tout ce qu'ils ont fait, ça a été de collaborer. 

Je trouve dommage cette haine acharnée envers le PCF, je trouve que ça gâche un peu les exploits de l'homme. Son livre n'est pas un témoignage, mais une dénonciation - ce n'est d'ailleurs pas pour rien si, en 1949, lorsque Lacipiéras a publié son livre, il a été attaqué pour diffamation, son livre a été interdit, à moins qu'il soit expurgé des propos diffamatoires. Bref, ça va loin. En même temps, il n'avait quand même pas peur de s'attaquer au PC qui était le premier parti en France à cette époque, et puis quand je dis attaquer, c'est qu'il n'y va pas avec le dos de la cuillère : le PC est coupable d'espionnage pour le compte de l'URSS, coupable de vouloir la guerre civile pour prendre le contrôle du pays... 


Comment j'ai infiltré la Gestapo, Jean Lacipiéras, éditions Pierre de Taillac.


Enfin bref,  tout ça pour dire que ces mémoires sont une véritable mine d'informations. Ça permet tout d'abord de se rendre compte que tous les français n'étaient pas des fuyards (j'suis désolée ici pour tous les partisans de de Gaulle, mais comme le dit si bien Lacipiéras : "on ne pouvait combattre  l'envahisseur en fuyant à l'étranger"...) ou des collaborateurs (même si ce livre montre aussi l'opportunisme des français...). Jean Lacipiéras est un exemple de courage et de volonté de vivre pour sauver son pays, pour lui rendre sa liberté. 

J'ai adoré les premiers chapitres parce que ce sont ceux qui relatent les infiltrations, comment il est parvenu à entrer dans tel service, comment il a réussi à tromper les nazis, comment il est parvenu à devenir Gruppenführer, qui n'est autre qu'un grade de l'armée nazie (si vous regardez The Man in the Hight Castle, ça doit vous dire quelque chose). C'était prenant et franchement extraordinaire. 

J'ai moins aimé la suite qui dépeint un homme amer, un homme qui ne supporte plus l'hypocrisie ambiante (ce qui est franchement compréhensible, il suffit de voir le personnage de Radio pour saisir l'injustice de la situation) et qui déçu de la réalité. Il se trouve une nouvelle fois à devoir infiltrer un organisme, mais exclusivement français cette fois. L'envahisseur n'est plus et pourtant, les condamnations continues, on tue sans juger, on exécute sans procès, rien ne tourne rond et c'est également cela que dénonce Jean Lacipiéras : les excès de l'épuration. 
On trouve d'ailleurs dans l'annexe de 1949, la liste des otages exécutés sommairement, ainsi que le nom du capitaine qui a commandé le peloton. L'annexe fournit à la fin de l'ouvrage est très complet, on trouve de nombreuses lettres ou rapports, mais également des comptes rendus d'audiences. 


Je ne m'attendais pas à toutes ces dénonciations, peut-être que c'est la raison pour laquelle ça m'a un peu gêné. Je pensais que tout le récit serait concentré sur l'infiltration, ce qui, au final, est loin d'être le cas. Mais d'un côté ce n'est pas plus mal, ça permet d'avoir un récit français qui ne juge pas seulement la guerre et les allemands, mais tout autant les français et la situation d'après la libération. Ce n'est plus un secret que l'épuration était injuste et arbitraire, et pourtant, c'est toujours choquant de voir à quel point l'homme peut aussi rapidement "retourner sa veste".  

Quoi qu'il en soit j'ai pris énormément de plaisir à lire ces mémoires, à découvrir un destin hors du commun et un avis sur la "France des français" après la libération. Vient s'ajouter à cela un excellent avant propos rédigé par François de Lannoy, historien spécialiste des guerres du XXe. Il remet les événements dans leur contexte, retrace en quelques pages la vie de Jean Lacipiéras pour nous permettre de saisir qui il était, et aborde les divers problèmes auquel l'auteur a été confronté après la publication de son livre. 


Je pense essayer de lire un autre livre des éditions Pierre de Taillac, j'ai envie d'en apprendre plus sur les guerres et puis, c'est surtout le travail historique qui m'intéresse. Je trouve que c'est bien d'avoir ce type de maison d'éditions en France. 


"Ce rôle, je ne l’ai pas tenu sur les tréteaux d’un théâtre, mais dans la vie même, et quelle vie ! Je l’ai joué dans cette marge incertaine où le royaume des ombres et celui de la lumière confondent leurs limites. Je l’ai joué, à toute heure du jour et de la nuit, entre la vie et la mort. Je l’ai joué avec passion, car j’étais guidé par un idéal qui m’élevait au-dessus de moi-même, au-dessus de la médiocrité et de l’horreur."
Jean Lacipiéras, Comment j'ai infiltré la Gestapo




samedi 3 mars 2018

Le Coin des libraires - #87 Juste avant la nuit d'Isabel Ashdown

Après avoir accroché à Richard Montanari avec son roman Confession, voici Juste avant la nuit d'Isabel Ashdown

Déjà, est-ce qu'on parle de la couverture ? J'étais à la base dubitative quand j'ai vu la nouvelle charte graphique des thrillers du Cherche midi, mais en fait, une fois l'objet en main, je ne peux qu'adhérer ! Le style est épuré, le format est un peu plus petit qu'avant - ce qui est top, ça me permet de pouvoir emmener le livre avec moi, puisque désormais, il rentre dans ma pochette spéciale livre haha ! 
Bref, je suis fan et en plus, étant donné que les livres sont dans la même gamme de couleurs, ça fait juste trop bien dans la bibliothèque - alors que demande le peuple ? 

Je trouvais le titre du roman assez intrigant, ça m'a d'ailleurs fait penser à Dennis Lehane et son Ils vivent la nuit & Quand vient la nuit - j'ai vu l'adaptation cinématographique du premier, mais je ne les ai pas lus. Dans tous les cas, j'avais envie de savoir ce qu'il allait bien pouvoir se passer. 
Surtout que ce roman est qualifié de thriller psychologique et même si j'avais bien aimé Sous ses yeux de Ross Armstrong, je voulais un vrai thriller psychologique, une vraie histoire de fou ou du moins, une intrigue qui tient en haleine ! 


Lors des funérailles de leur mère, Jess retrouve sa sœur Emily, perdue de vue depuis près de quinze ans. Elle lui propose de venir habiter chez elle et son mari, James, dans leur maison de l’île de Wight. Le soir du Nouvel An, le couple part faire la fête et laisse Emily avec leur bébé, Daisy. Lorsqu’ils rentrent, au petit matin, la police est là. Daisy a disparu. Le cauchemar commence. Bien vite, le commissaire Jacobs, en charge de l’enquête, relève des incohérences dans les récits des uns et des autres. Entre secrets et mensonges, les relations entre les protagonistes se fissurent peu à peu au cours d’un huis clos éprouvant. Que s’est-il réellement passé cette nuit-là ?


En virtuose du suspense psychologique, Isabel Ashdown joue un jeu pervers avec son lecteur, qui suspecte les personnages les uns après les autres, avant qu’un des nombreux rebondissements vienne relancer la donne. Une révélation !


Je ne connaissais pas du tout Isabel Ashdown auparavant, ce qui est sans doute normal puisque Juste avant la nuit est son premier roman publié en France. Je dois dire que je suis bien contente que le Cherche midi ait décidé de le publier, pour la simple et bonne raison que c'était une vraie bonne lecture ! 

On suit au départ un récit à deux voix, celui de deux soeurs, Emily l'aînée et Jess, la cadette, qui, après de longues années sans s'être vues, se retrouvent lors d'un enterrement. 
Jess finit par habiter chez Emily qui semble avoir une petite vie parfaite, un homme que beaucoup de femmes aimeraient avoir, une belle-fille tout à fait géniale et un nouveau née absolument adorable. Pourtant, dès le début cette image de perfection se fissure - et quand je dis début, j'entends vraiment début. 

L'auteure a gagné énormément de points grâce à ça, on n'a pas de longue mise en place, non, dès le prologue l'ambiance est posée, on sent les problèmes et ça part directement, chose que j'adore dans un thriller. 
Bon après, c'est vrai qu'au début j'ai eu un peu de mal à retenir les personnages, on nous immerge tellement vite que c'est un peu comme si on connaissait déjà la petite famille, ce qui n'est évidemment pas le cas. Et puis personnellement, j'ai trouvé que le prologue nous perd un peu dans sa narration, mais une fois passé une vingtaine de pages, on est dedans et c'est top ! 

Je l'ai commencé assez rapidement après l'avoir reçu, je ne peux pas me l'expliquer, mais j'avais très envie de savoir ce qu'il avait dans le ventre, et ce sentiment d'impatience s'est poursuivi durant toute ma lecture. Dès que je refermais le livre, j'avais envie de le reprendre pour le dévorer et savoir ce qu'il en était, qui était réellement coupable, qui est fautif pour la disparition de la petite Daisy, etc. C'est toujours un tas de questions que l'on se pose et c'est vrai qu'au bout d'une centaine de pages, j'ai eu cette crainte : et si ce livre était une sorte de copie de La fille du train de Paula Hawkins

Je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai pensé à ça, peut-être parce que j'ai eu l'impression de retrouver la même atmosphère oppressante, le même type de personnages (une famille d'apparence parfaite, de gros secrets...), mais surtout, parce que j'ai eu énormément peur que ce soit le mari le coupable, ce qui, disons-le, m'aurait clairement gênée. 
Et puis, plus largement, je pense que c'est la plume qui m'a donné ce sentiment, mais qu'on ne s'y trompe pas, Juste avant la nuit est tout à fait différent et si vous voulez savoir, je l'ai trouvé un chouia meilleur que La fille du train - roman que j'ai pourtant bien aimé, même si j'ai été déçue de la tournure des événements. 



Juste avant la nuit d'Isabel Ashdown, éditions Cherche midi.


Juste avant la nuit, c'est la promesse d'un roman rempli de secrets de famille, de non-dits et de fautes non avouées. C'est un mélange de secrets et presque de complots - je pense à Emily qui a la médaille du mépris, ce personnage est tout simplement abject. 
Et pourtant, ce qui est génial c'est que tout ne se résout véritablement qu'à la fin. Durant les trois-quarts du livre on est là à faire des conjectures, à se demander ce qui est arrivé à Daisy évidemment, mais plus encore, à se demander ce qu'il s'est passé entre Emily et Jess. Pour le coup, ce sont vraiment les flashbacks qui m'ont plu, leur jeunesse, les différences entre les deux femmes, entre une Emily populaire, extravertie et une Jess effacée et suiveuse. 

Un autre point fort réside dans l'aspect psychologique, outre les caractères des personnages, leurs actions et les événements qui en résultent, Isabel Ashdown donne l'occasion de découvrir un phénomène qu'on trouve assez peu dans la littérature, du moins exploité à ce point et de cette façon : la syncope vasovagale, ce qui n'est autre qu'une perte de connaissance. Ce petit élément est extrêmement important dans l'intrigue, notamment dans la relation Emily/Jess et j'ai trouvé intéressant de l'utiliser comme l'auteure l'a fait. 

Sans m'étaler plus encore, je conclurais en disant que j'avais envie d'un thriller psychologique et que j'ai été servie. La double intrigue passé/présent fonctionne à merveille et elle permet de soupçonner tour à tour les deux soeurs (et plus largement les quatre membres de la famille) sans être vraiment sûr de quoi que ce soit avant la moitié, puis la fin. 
J'ai trouvé intéressant aussi que le récit soit découpé en deux, on sent bien une progression dans l'intrigue et ça s'enchaîne plus encore jusqu'à la fin. 

Je ne m'attendais pas particulièrement à cette fin, je ne suis ni satisfaite, ni insatisfaite de l'épilogue, je suis simplement fascinée devant le talent de l'auteure. Elle est parvenue à parfaitement ficeler son intrigue et à la rendre intéressante jusqu'au bout. Pour moi, le pari est donc gagné ! 


"Il y a des jours où elle se dit qu’elle est peut-être morte et que le lieu qu’elle prend pour sa maison n’est autre que l’enfer."

Isabel Ashdown, Juste avant la nuit







dimanche 25 février 2018

Le Coin des libraires - #86 L'étoile du diable (#5 Harry Hole) de Jo Nesbø

Lorsque Folio a réédité la saga Harry Hole de Jo Nesbø, je me suis d'abord précipitée sur L'étoile du diable bien qu'il soit le cinquième volet des enquêtes du détective - si on suit l'ordre évidemment ! La raison pour laquelle j'ai acheté celui-ci est parce que je ne comptais pas forcément tous les lires à la base et parce que c'est simplement la couverture que je préférais - ce vert est tellement beau !
Après, j'ai décidé de tous les lires et donc de tous les acheter, mais c'est véritablement celui-ci et L'homme chauve-souris que je préfère question couverture. 

Non seulement ce livre est le plus beau de cette réédition mais en plus, c'est celui que j'ai préféré jusque-là - bon un tout petit plus (ou au même niveau ?) que Rouge-gorge que j'ai quand même vachement aimé ! 


Un doigt coupé et un diamant en forme de pentagramme, plus connu sous le nom de «l’étoile du diable», telle est la signature du tueur qui terrorise Oslo durant cet été caniculaire. 
L’inspecteur Harry Hole va être contraint de réprimer son animosité envers Tom Waaler, son collègue et ennemi, s’il veut résoudre cette affaire qui pourrait bien être sa dernière. Alors que Hole tente de comprendre les motivations de l’assassin, tout laisse à penser qu’un tueur en série opère dans les rues de la capitale norvégienne…



Il faut bien le dire, si j'ai autant aimé ce volet, c'est parce que la recherche du meurtrier d'Ellen est de nouveau d'actualité, parce qu'Harry est complètement désabusé et prêt à tout pour prouver que ses soupçons au sujet de Waaler sont fondés. 

Je suis entrée immédiatement dans l'histoire ce qui n'a pas été le cas avec le tome précédent, Rue Sans-souci, où j'avais eu un peu de mal à m'immerger dans l'enquête. 
Là, c'est l'apothéose, le personnage d'Harry est clairement au fond du trou, il touche le fond, il sait qu'il va finir à la porte, il sait qu'avec Rakel c'est foutu, fin voilà, comme toujours Jo Nesbø maltraite son personnage et en fait un homme qui n'a plus rien, si ce n'est un penchant trop exacerbé pour la bouteille et une obsession maladive pour le meurtre de sa collègue - chose qu'on peut facilement comprendre. 

Dans cet opus, on quitte l'habituel Oslo venteux pour trouver une ville en pleine canicule. Croyant que l'été serait calme - apparemment c'est l'époque à laquelle il y a le moins de délits/crimes là-bas (il faut croire que mêmes les criminels prennent des vacances), les agents de la police d'Oslo n'étaient certainement pas prêts à recevoir un serial killer !

L'enquête principale est géniale et tellement bien pensée ! J'ai été baladée tout le long du livre si bien que j'aurais été incapable de donner le coupable avant de le découvrir. Tout le subterfuge avec les "étoiles" est extrêmement bien imaginé, la désignation du coupable qui n'est pas réellement coupable est tout aussi intelligente que la résolution de l'enquête en elle-même.
C'est un volet rempli d'action où il est clairement impossible de souffler, on entre dans un rythme effréné, dans une cadence qui ne cesse de s'accélérer jusqu'au dénouement final et quel dénouement ! 


L'étoile du diable de Jo Nesbø, éditions Folio.


Vraiment, j'applaudis l'imagination de l'auteur, l'aspect théâtral de son enquête et le besoin de brouiller les pistes. Cette enquête m'a énormément plu alors forcément, j'étais déjà dans une bonne optique pour suivre parallèlement à ça la relation Harry/Waaler qui est très compliquée et ambiguë. 
J'ai bien aimé en apprendre plus sur son enfance, suivre en quelque sorte son parcours et ainsi comprendre comment il a pu en arriver là. Ça donne déjà de l'épaisseur au personnage et surtout, ça permet de contrebalancer avec ce que l'on sait de son personnage - en gros, que c'est une sale ordure de flic corrompu ! 
Mais on le découvre sous un nouveau jour et sans que ce soit pour lui racheter une conduite et ça, j'ai trouvé que c'était agréable. 
Je disais dans mon article sur Rue Sans-souci (il me semble !) que Jo Nesbø n'épargne jamais Harry, une nouvelle enquête, un nouveau mort dans son entourage et cette fois encore ça n'a pas manqué, même si la victime de ce volet n'est pas à proprement parler un proche de Harry, il n'en reste pas moins une personne assez importante et surtout, avec sa mort meurt aussi son secret. 

C'est le seul bémol de ce tome V, le fait qu'Harry n'apprendra jamais la vérité au sujet de la mort d'Ellen parce que son coupable est mort sans même l'avouer. J'ai vraiment aimé cet affrontement final entre les deux hommes si bien que je pensais vraiment qu'Harry aurait le fin mot de l'histoire... et bien non et c'est dommage.
Pour le reste, je n'ai rien à redire, et pourtant, je me demande, avec le fait qu'on finisse par se demander si Harry n'est pas en fait un homme tellement désabusé qu'il en devient un flic véreux, avec le fait qu'on nous donne plus d'informations sur Waaler et son trafic d'armes qui a une place relativement importante que ce soit directement ou indirectement et ce depuis le troisième volet (qui correspond au premier qui se passe en Norvège) : pourquoi faut-il continuer à martyriser Harry en le laissant de le noir total ? Pourquoi est-ce qu'il ne pouvait pas enfin avoir la confirmation au sujet du meurtrier d'Ellen, pourquoi est-ce qu'il va devoir vivre avec des soupçons, des doutes mais jamais avec la confirmation de la vérité ? 


L'étoile du diable a tenu ses promesses et m'a permis de découvrir une nouvelle facette du personnage d'Harry Hole, un personnage qui fait définitivement partie de mes favoris en terme de polar, et qui donne envie de toujours creuser plus loin. Bon, maintenant je dois m'attaquer au sixième tome qui n'est autre que Le sauveur, mais à vrai dire je n'ai aucune idée de quand je pourrais le lire et ce ne sera sans doute pas bientôt. 

La bonne nouvelle est que cette saga ne s'arrête pas au dixième tome comme je le pensais, puisque Gallimard vient de publier la suite des aventures de Harry Hole sous le nom de La soif donc disons que j'ai une année (il y a généralement un an d'attente entre la sortie en grand format & celle en poche) pour lire les suivants. 
D'ailleurs j'y pense, j'espère que Folio pensera à publier ce nouveau volet dans la continuité des précédents !


"Les corps faisaient penser à des carapaces d’insectes vides prises dans une toile d’araignée… l’essence avait disparu, la lumière avait disparu, sans la lueur résiduelle illusoire qu’ont des étoiles qui ont explosé depuis belle lurette."

Jo Nesbo, L'étoile du diable







samedi 17 février 2018

Série du moment - #20 Animal Kingdom (saison 2)

L'année dernière, je vous parlais de la découverte de la série Animal Kingdom dans un article où j'abordais la saison 1 de la série et le film australien qui l'a inspiré, aujourd'hui, je vais vous parler de la saison 2 qui s'est terminée il y a quelques semaines aux États-Unis. 

J'étais pressée que cette série revienne, j'avais énormément aimé la saison 1 et la fin m'avait donnée envie d'en savoir un peu plus et de continuer à suivre cette famille relativement étrange !
C'est aussi le moment des vacances, c'est l'été, il fait beau et comme il y a des livres qui sont propices à être lus en cette période, il en va de même pour les séries. 

Toujours écrasés par le soleil de Californie, la petite famille se déchire en petits morceaux. Les garçons veulent leur indépendance, ils décident enfin de prendre les choses en main et d'évincer Smurf pour se débrouiller par eux-mêmes. Après avoir fait preuve de pouvoir dans la première saison, Smurf tombe sur un os et se voit balayée de l'équation. Elle déchante et passe alors de la mama à la paria si bien qu'au début de la saison, je me suis surprise à avoir de la peine pour elle - même s'il faut bien le dire, ça n'a pas duré !




Dans la première saison, J est le petit nouveau, il est témoin de l'unité de cette famille et est en quelque sorte, à l'extérieur de la chose. Dans cette saison 2, après les événements qui viennent clôturer la première, il n'est plus question de le mettre à l'écart et il s'impose enfin comme un membre à part entière à qui on ne fait pas forcément confiance, mais qui fait le taff. 

Il est le personnage principal et j'avais un peu de mal avec lui avant, je le trouvais trop puéril, trop immature et hésitant, mais là, il prend les choses en main et c'est pas trop tôt j'ai envie de dire ! 
Après le départ de tous ses oncles, il devient le protégé de Smurf, son élève et j'ai vraiment aimé cette relation entre eux deux. Pas dans le sens où elle est saine - aucune relation ne peut être saine avec Smurf... - mais plus dans le sens où ça fonctionne entre eux, il n'y a pas d'embrouilles et où on en apprend un peu plus sur Smurf et la façon dont elle gère les choses. 

Bon, je ne vais pas détailler toute la saison, j'ai adhéré et voilà ; la première partie de la saison est géniale, la deuxième est grandiose ! Tout s'accélère, s'enchaîne dans un rythme effréné, on se demande comment les personnages ont pu en arriver là et comment ça va bien pouvoir se terminer. 
On craint ce qui peut leur arriver. Bon ok j'avoue, je n'ai eu peur que pour Pope qui est de très loin mon préféré de tous. Il est vraiment le plus attachant, il est le plus sain d'esprit (bon Deran et J mis à part on va dire) mais il est aussi le plus manipulable. 
On a vu l'année dernière à quel point il est le pantin de Smurf, mais dans cette saison, je ne sais pas trop. Je ne m'attendais juste pas du tout à ce que ça se passe comme ça entre Baz et Pope, j'étais déjà en déprime, je le voyais déjà balancé dans l'océan pacifique et on en parlait plus, mais non, non non et non, il est toujours là et comment dire à quel point j'en suis heureuse ! 


Animal Kingdom, saison 2.


C'est bête à dire, mais j'ai eu le même problème qu'avec la dernière saison de Kingdom dont je vous parlais il y a quelques semaines, c'est-à-dire qu'on nous fait suivre une même intrigue durant quelques épisodes, ici bah c'est le vol de l'église ou même la relation de Pope avec celle qu'il rencontre là-bas - gros trou de mémoire, impossible de retrouver son nom, mais bref - et puis d'un coup, affaire classée on en parle plus. Bon après c'est vrai qu'il faut dire qu'on a de quoi s'occuper avec Smurf qui est mise sur le banc des accusés, mais quand même ! Enfin personnellement j'ai pas oublié que la police s'est ramenée chez Pope et tout, que c'est un peu tendu pour lui ! Peut-être qu'on nous en reparlera dans la prochaine saison, mais ça veut dire qu'il faut qu'on attende un an pour ça et je dis non ! 

Je parlais de l'image de la femme dans la première saison, si mes souvenirs sont bons je disais que Smurf était bien la seule à faire bonne figure dans le sens où elle est une femme avec du pouvoir mais là, c'est la débandade, l'échec complet. Du début de la saison jusqu'à la fin, elle n'est que l'ombre d'elle-même, abandonnée de tous, attachée dans une chambre d'hôtel miteuse, menacée de mort, trahit par son fils, bref elle est au fond du trou et donc pour la femme forte, on repassera. 
Aucun besoin d'aborder Nikki, elle est tout aussi inutile que lors de la saison précédente, et nous confirme que la seule chose pour laquelle elle est bonne, c'est se droguer... 
Mais on a Lucy maintenant, la nouvelle patronne qui m'a tout l'air d'être une sacrée bonne profiteuse dont il faut se méfier. 
Bon bah voilà, la vision de la femme se trouve être une fois encore complètement rabaissée et dégradée par des personnages insignifiants (Nikky et la copine dealeuse de Craig qui est sans doute la fille la plus débile de toute la série) ou alors des personnages qui ne sont en réalité que des arnaqueuses/kidnappeuses (Lucy). 

Mais ça reste à nuancer parce qu'au final même si Smurf mord la poussière, elle garde quand même un certain contrôle sur la situation - elle donne procuration à J et ainsi bloque les plans de Baz, elle révèle la vérité à ce dernier sur la disparition de Cat - elle a toujours les cartes en main c'est vrai, et ça montre sans aucun doute à quel point elle peut être à craindre. 
Néanmoins, je ne suis pas sûre que ça donne une bonne image que d'être Smurf... 


Maintenant que c'est terminé, il faut attendre. Bon le point positif est que la série est renouvelée donc on aura forcément une suite, mais il y a tellement de choses sur le feu, la saison se termine tellement sur les chapeaux de roue que ça va être difficile. Personne n'est à l'abri (en tout cas, certains le sont bien moins que d'autres) et trop de questions restent sans réponse. Que va-t-il arriver à Baz ? à Smurf ou même J ? et surtout à Pope ? 







mercredi 14 février 2018

Le Coin des libraires - #85 L'immense regret qui me conduit sur le chemin de chez moi d'Alain Sevestre

L'immense regret qui me conduit sur le chemin de chez moi (on parle de ce nom à rallonge ?) d'Alain Sevestre fait partie de la rentrée d'hiver 2018 et il faut bien dire que sans Babelio et sa masse critique, je ne l'aurais toujours pas lu. 

L'année dernière à la même période j'ai eu la chance de recevoir Ressentiments distingués de Christophe Carlier, un Phébus là aussi. La différence majeure entre les deux est que j'avais bien accroché au premier et malheureusement, j'ai beaucoup moins accroché avec celui-ci. 


« Elle est arrêtée derrière la porte close. Elle lève la tête vers le plafond de la cage d’escalier, bouche ouverte, cherche de l’air.
Elle descend l’escalier en somnambule. En bas, sur du plat, c’est moins évident, elle appuie l’épaule contre les boîtes à lettres, il va falloir sortir.
Et puis, ce printemps. Partout, dans les squares, dans l’air, dans les arbres, même si on ne peut plus leur faire confiance, partout, c’est le printemps, le jour plus clair plus tôt, et des gens qui ne savent pas comment s’habiller pour la journée, se ravissent. L’implacable printemps.
Elle marche dans la rue. Marcher, c’est facile. Elle marche beaucoup. »

Alain Sevestre nous offre l’inoubliable portrait d’une femme qui aime.



Je trépignais d'impatience de le recevoir, rien que pour l'objet. Je trouve les romans des éditions Phébus très beaux, très agréables au touché avec souvent de très belles couvertures - oui, vous savez maintenant qu'une couverture suffit à me faire acheter et donc lire un livre... -, mais déjà là, je trouvais la couverture de celui-ci moins jolie que d'habitude. En tout cas, bien moins jolie que celle de l'autre roman sortie en même temps : Histoire vraie de nos vies formidables d'Elizabeth Crane qui me fait très envie. 
Non mais honnêtement, quelqu'un peut-il m'expliquer cette couverture ? enfin voilà, perso j'adhère pas du tout... d'ailleurs, peut-être que ça aurait dû être un signe suffisant, peut-être que ça voulait déjà dire que ce livre n'était pas fait pour moi, mais tant pis, je l'ai reçu et maintenant il est lu donc c'est trop tard. 

Plus sérieusement, j'exagère un peu. Je n'ai pas envie qu'on pense que je démonte un bouquin juste comme ça, en vérité cette lecture n'a pas non plus été catastrophique, j'ai pas galéré à le terminer ou quoi. C'est simplement, que, bah je suis restée hermétique aux personnages et donc à l'histoire évidemment. 


L'immense regret qui me conduit sur le chemin de chez moi d'Alain Sevestre, éditions Phébus.


On suit donc Camille, journaliste parisienne et amoureuse perdue. J'ai, de prime abord, était intéressée par l'intrigue autour du journal où elle bosse, le fait que la direction ait changé, que plein "d'anciens" décident de prendre le large. J'ai trouvé ça franchement prometteur, mais à l'image du bouquin entier, j'ai trouvé que c'était bien trop survolé, au final tout semble être un prétexte pour suivre une fille paumée dans sa tête, qui ne fait que divaguer au fur et à mesure des pages, pour en venir à la conclusion que son pote nous a donné dès le début du livre. 

Oui, je crois que c'est ça mon problème avec cette oeuvre, pas une fois j'ai eu l'impression que Camille était dotée de sentiments réels, pas une fois j'ai ressenti de l'empathie pour elle ou même quoi que ce soit d'autre. Je suis restée passive tout du long et c'est véritablement ce qui m'a dérangé.
Alors oui, peut-être que je suis complètement passée à côté de l'histoire, peut-être que j'aurais dû me laisser envoûter que ce soit par la plume ou par cette femme, mais tout ce qui me sautait aux yeux, c'était l'absence. Absence de profondeur, d'épaisseur, d'intérêt, d'enjeux tout simplement. 

Je lisais tout en me disant qu'il n'y avait pas d'évolution depuis le début, que je pouvais bien continuer à lire, les personnages apparaissaient toujours aussi fades et surtout inconnus. Les deux hommes dans la vie de Camille sont des ombres, on ne sait quasi rien d'eux à part deux-trois éléments à la volée. On ne peut pas s'attacher à des personnages avec aussi peu de détails, comment s'attacher à un personnage si on ne le connaît pas ? 

Et puis, comment apprécier une histoire si on ne voit pas où l'auteur veut nous mener ? Non mais en réalité, c'est surtout à cause de ce moment, lorsque Camille boit un coup avec ses amis et qu'ils lui parlent des deux hommes dans sa vie où on lui dit avec qui elle finira et je me suis dit "si c'est ça la conclusion, c'est pas possible" et pourtant... 


En vérité je vais m'arrêter là, je n'ai pas envie de dégoûter des lecteurs potentiels, après tout ce n'est pas parce que je n'ai pas aimé que vous n'aimerez pas - après tout, contrairement à moi, beaucoup ont aimé Les gens heureux lisent et boivent du café... 
Finalement, je dirais simplement que je n'ai pas accroché à la quête et à toutes les péripéties qui mènent à cette conclusion. C'est un peu un tout et même le style de l'auteur n'a pas pu sauver mon appréciation. Je n'ai jamais lu d'Alain Sevestre auparavant donc je ne sais pas si c'est ce livre qui me pose problème ou plus les écrits de cet auteur, mais dans tous les cas, je suis contente de pouvoir dire que cette lecture, aussi rapide fut-elle est loin d'être mémorable, et qu'elle est même un peu décevante.


"Ça sera encore plus difficile de vivre parce que au moins quand tu es avec quelqu’un, tu n’y penses pas, ou peu. Quand on est seul, c’est encore plus difficile d’être."

Alain Sevestre, L'immense regret qui me conduit sur le chemin de chez moi









samedi 10 février 2018

Le Coin des libraires - #84 Seuls les enfants savent aimer de Cali

Tout d'abord je tiens à remercier les éditions du Cherche midi pour ce livre, j'ai eu l'agréable surprise de le recevoir la veille de Noël et ça m'a énormément touché alors, un grand merci.
Cali n'est pas un artiste que je connais particulièrement. Disons que je le connais de nom, que j'ai déjà entendu certaines de ses chansons, mais ça ne va pas au-delà de ça, ce n'est donc pas pour l'auteur si j'ai eu envie de rapidement lire Seuls les enfants savent aimer. 


Seuls les enfants savent aimer.

Seuls les enfants aperçoivent l'amour au loin, qui arrive de toute sa lenteur, de toute sa douceur, pour venir nous consumer.

Seuls les enfants embrassent le désespoir vertigineux de la solitude quand l'amour s'en va.

Seuls les enfants meurent d'amour.
Seuls les enfants jouent leur coeur à chaque instant, à chaque souffle.
À chaque seconde le coeur d'un enfant explose.
Tu me manques à crever, maman.
Jusqu'à quand vas-tu mourir ?



J'ai attendu de passer mes derniers examens pour pouvoir me plonger dans ce roman et ainsi pouvoir le lire rapidement si l'envie m'en prenait. 
La thématique du roman n'est pas neuve puisque l'auteur nous parle de sa mère, plus précisément de sa disparition. Les récits sur les mères ne manquent pas en littérature - je vous parlais récemment de Rien ne s'oppose à la nuit... 
Et pourtant, j'ai réellement aimé lire ce livre, je n'ai pas trouvé qu'il était moins pertinent ou intéressant qu'un autre, ce qui aurait pu être possible étant donné que l'auteur n'est pas "écrivain de métier" - écrivain dans le sens d'écrire des livres, il est compositeur et auteur, mais de musique, la démarche est quand même différente. 


C'est par la grande porte que l'on entre dans l'histoire, par une immersion directe et brutale puisque le petit Bruno, âgé d'à peine 6 ans, nous ramène au moment de l'enterrement de sa mère. C'est bien évidemment le moment fondamental, on se concentre bel et bien sur ce manque de la mère, sur cette disparition trop rapide (elle avait une trentaine d'années). 
C'est la fêlure et on va s'attacher à nous raconter comment un jeune garçon qui a perdu sa mère voit le monde, comment il tente de continuer à vivre malgré tout. Des moments où sa mère était encore présente, on ne sait au final pas grand chose, elle nous est esquissée de manière assez intimiste, par pudeur peut-être. 

Quoi qu'il en soit le but du livre n'est pas d'écrire une sorte d'éloge à sa mère disparue, enfin personnellement, je l'ai surtout vu comme une manière de lui rendre hommage évidemment, mais aussi peut-être d'exorciser une douleur contenue trop longtemps. L'homme qu'est devenu le petit Bruno a peut-être ressenti ce besoin d'enfin parler et de dire la douleur que c'est de perdre sa mère aussi jeune. 


Seuls les enfants savent aimer de Cali, éditions Cherche midi.


J'ai aimé cette façon de reprendre des interrogations enfantines en quelque sorte, de poser des questions telles que "Jusqu'à quand tu vas mourir ?", ça permet de rappeler que même si c'est un homme adulte qui s'adresse à nous, c'est sans aucun doute avec son regard d'enfant qu'il se remémore cette période et forcément, ça rend le récit plus poignant que si c'était simplement rétrospectif.

En revanche, j'ai trouvé certains passages assez longs, enfin disons plutôt que certains passages ne m'ont pas énormément passionné, c'est le cas par exemple des moments passés à l'école. Je comprends la nécessité de contrebalancer la mort de la mère avec le fait que malgré tout la vie continue, malgré tout un enfant qui vient de perdre sa mère doit bien retourner à l'école et accepter le regard des autres, c'est simplement que personnellement, j'ai pas hyper adhéré. 

J'ai trouvé cool le fait qu'on nous ne en dise pas des tonnes sur toute sa famille. Au final, il nous parle un peu de son frère et sa soeur, un peu de son père (qui est d'ailleurs toujours très touchant dans sa tristesse...), mais on ne s'attarde pas trop. On s'attarde moins sur eux que sur son meilleur ami, Alexandre, qui a indéniablement le second rôle. Son personnage m'est apparu comme remplaçant de cette mère trop vite disparue, un peu comme si avec avec la mort, Bruno opérait un glissement familial. Sa famille qui paraît n'être plus qu'une ombre n'est pas dans la capacité de s'occuper d'un enfant qui vient de perdre sa mère, chacun ayant déjà sa propre peine à gérer, alors la famille de son meilleur ami devient sa famille et d'une certaine façon, va permettre de guérir ou du moins d'atténuer la peine.


"J’aimerais tant que la vie nous perde pour toujours. Égarés en un lieu que personne ne connaît. Un lieu où mourir heureux, le ventre déchiré d’amour."

Cali, Seuls les enfants savent aimer.


Et puis il y a ces autres passages, des fulgurances, des phrases, parfois des paragraphes qui sortent de nulle part et qui disent la douleur, qui sont des émotions à l'état pur et qui touchent, qui touchent d'une manière si brusque qu'on ne peut que souffrir un peu avec Bruno. Depuis que j'ai terminé le livre je pense beaucoup à ce moment où Bruno a un chat pour son anniversaire, et plus particulièrement à toutes les remarques qu'il fait quant à l'animal. J'y pense énormément parce que la finalité m'a déchirée le coeur, cette confirmation qui vient enfoncer encore plus un garçon qui doit faire face la tête haute et qui, en plus, se montre d'une lucidité extraordinaire. 


Enfin, je ne dirais pas que ça a été une lecture inégale parce que j'ai quand même passé un bon moment, simplement, certains passages m'ont moins intéressé que d'autres - c'est le risque quand on décide de traiter par tranches de vie, dans le sens où le récit n'est pas linéaire sur le temps - mais globalement, j'ai apprécié ma lecture. 
J'ai trouvé certains passages extrêmement bien écrits et surtout vrais, je ne sais pas si l'auteur a eu du mal à se remémorer, à "écrire ses sentiments", mais pour moi, il ne fait pas de doute qu'il a décortiqué des émotions avec une grande justesse et c'est sans doute ce que je garderai de ce livre. 


"C’est donc ça, la vie : des rêves qui se noient petit à petit, un sac où s’entassent pêle-mêle amours et joies, des chagrins qui pèsent et vous emportent vers le fond ? Un sac que l’on porte en vacillant ; alors on chute ; notre vie se blesse à chaque mètre."

Cali, Seuls les enfants savent aimer.









La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...