vendredi 24 juin 2016

Série du moment - #8 American Crime Story

Même avec beaucoup de retard dans mes séries en cours, j'ai réussi à trouver le temps pour commencer d'autres séries, sorties début 2016. Aujourd'hui, j'ai décidé de me concentrer sur une seule série - de base, je voulais parler de deux, mais ça faisait trop long ! 

  • American Crime Story de Scott Alexander & Larry Karaszewski 

Très attendu pour ma part, j'avais vraiment envie de voir ce qu'allait donner cette anthologie dont la première saison portait sur le célèbre joueur O.J. - Orenthal James - Simpson, inculpé en 1995 pour avoir tué son ex-femme Nicole et le nouvel ami de celle-ci, Ron Goldman. 
Je ne connaissais pas le résultat du procès ou d'autres informations sur Simpson, tout ce que je savais, c'est qu'il était un footballeur américain et un acteur réputé aux Etats-Unis. Tout ce qui est en rapport avec son procès, le meurtre de son ex-femme, je ne le savais pas - oui c'est vrai, honte à moi !

Au préalable, je me suis promis que je n'irais pas voir ce qu'il en était, si il avait été déclaré coupable ou non, je ne voulais pas me gâcher le plaisir. D'ailleurs, étant donné les nombreuses preuves, je pensais qu'il serait difficile de le relâcher. Bon, c'est vrai, il aurait pu être la victime d'un coup monté comme ses avocats ont voulu le faire croire, oui, peut-être bien, mais je n'y crois pas trop. 
Non parce qu'il est vrai que d'un côté, c'est étrange qu'il y ait autant de preuve donc soit quelqu'un lui en voulait vraiment beaucoup, soit il est vraiment très bête, j'hésite encore je dois dire. 

J'ai adoré cette saison pour deux raisons surtout. Tout d'abord, son casting absolument génial, les acteurs sont juste trop bons quoi, en particulier Sarah Paulson (vue dans American Horror Story) qui, à elle toute seule, représente toutes les femmes et nous livre un jeu saisissant, juste par rapport à la condition de la femme en général - avec son divorce, le fait de lier les enfants et le travail... - mais aussi par rapport à son métier à responsabilité. 
Également Courtney B. Vance excellent dans le rôle de Johnny Cochran, personnage à la fois très sombre et très attachant. Je pense par exemple au moment où on apprend qu'il frappait son ex-femme où je ne m'y attendais pas du tout après l'avoir vu si "épanoui" et doux avec sa femme, et aussi parce que bêtement, il semblait être le citoyen modèle : défenseur des droits des noirs, religieux assidu, tout ça, tout ça. 
C'est aussi un John Travolta - bon, un peu trop botoxé à mon goût - qui incarne magnifiquement bien Robert Shapiro, avocat qui prône les apparences. J'ai aimé son personnage parce qu'il était justement en marge des autres, à penser d'abord à son image plutôt qu'à son client : s'il faut le faire plaider coupable pour que son blason reste sans tâche, alors il le fait sans hésiter. 
Et puis, ce moment où il dit aux autres avocats que la première question à laquelle ils doivent répondre est "est-il coupable ?" puis qu'un silence gêné s'ensuit est juste géniale quoi ! ça a été pour moi une des meilleures scènes de la saison parce que, si révélatrice. 

D'autres m'ont paru bien pâlichons quand j'y pense, comme Kardashian (oui oui, le père de Kim) interprété par David Schwimmer et qui m'a plus énervé qu'autre chose dans le rôle de la victime, genre "quoi mon pote a fait ça ??", mais jamais il ne fait quelque chose pour réparer les remords qui le ronge, non jamais. 
Pour ce qui est du rôle d'OJ, interprété par Cuba Gooding Jr., j'ai été plutôt mitigé. Les premières images - le moment où il retrouve son chauffeur pour partir à l'aéroport - m'ont décontenancé quand j'y repense. J'ai trouvé qu'en fait, ces premières images étaient mensongères, on pense avoir affaire à un homme bien, sans défaut, et on se rend rapidement compte que ce n'est pas du tout ça et qu'au contraire, au lieu d'être un homme intelligent comme on peut le penser de prime abord, on se retrouve avec un bon benêt qui ne se demande même pas comment son ex-femme a pu mourir ! 
Du coup, j'ai apprécié que son personnage soit un peu relégué au second plan pour cette raison mais d'un autre, j'ai trouvé ça bête parce qu'il est quand même le principal intéressé. 




Plus que dix épisodes sur le procès d'un homme, c'est une opposition, un questionnement sur plusieurs sujets fondamentaux. C'est par exemple les droits des femmes avec justement Marcia, ce procureur qui a TOUT pour le faire coffrer, absolument tout mais qui reste une éternelle perdante, quoi qu'elle fasse - qu'elle ait les cheveux frisés ou lisses d'ailleurs. Cette femme qui représente également le bureau du procureur infesté d'hommes, celle qui doit se battre pour sa famille et sa vie privée. 
Mais c'est aussi et surtout, les droits des noirs qui sont au centre avec tout le côté raciste du procès - comme l'utilisation du "mot commençant par N", "nigger". 
C'est aussi une façon de dénoncer, d'interroger la société sur ce qu'elle est, les principes qu'elle défend, et ce pour quoi elle se bat. Un homme a-t-il le droit d'en arrêter un autre sous prétexte que celui-ci est noir et que le premier est un membre des forces de l'ordre ? Voilà une vraie question, voilà un moment plus que dégueulasse mis en lumière par cette série dans une scène qui prend aux tripes quand on voit les deux filles de Johnny Cochran enfermées dans leur voiture avec devant elles, leur père menotté et couché sur le capot. Le regard des gens en face, qui consomment tranquillement leur café en terrasse et qui sont divertis par de l'injustice, de la discrimination, du racisme et qui ne font rien à part regarder comme s'ils étaient face à leur télévision... 
J'ai aimé que le point de vue ne soit pas manichéen, qu'il y ait un vrai équilibre entre l'accusation et  la défense et qu'il nous soit montré les failles existantes dans les deux camps. 

Tout ça m'a beaucoup plu, en revanche, là où j'ai été plutôt déçu, c'est de voir que finalement avec cette série, on n'est pas plus avancé. Alors oui, j'y ai vu une dénonciation du procès qui, trop médiatisé n'a pas tenté de résoudre un crime, - en l'occurence celui de Michele et Ron Goldman - qui s'est évertué à s'occuper de tout à fait autre chose : l'oppression subit par la communauté noir. Sujet important et très sensible, j'en conviens, mais qui d'après moi n'avait absolument rien à faire dans cette histoire quand l'on sait qu'OJ Simpson n'en a jamais rien eu à carrer. 
Tant qu'à faire, j'aurais voulu qu'on nous donne un avis pour une fois, que le dernier épisode nous fasse sentir si oui ou non, on le pense coupable, si oui ou non, il est tout à fait possible qui l'ait fait. 
Là, même si j'en garde un très bon souvenir, je me dis que lire tous les articles publiés dans la presse, regarder toutes les vidéos du procès serait revenu à la même chose d'un point de vue informatif parce que clairement, on apprend rien de plus et c'est dommage. 
J'aurais aussi aimé que l'on parle du livre qu'O.J. Simpson a écrit en 2007, appelé If I did it et qui m'a tout l'air d'être des aveux voilés ! 

Il n'empêche que j'aie pris énormément de plaisir à regarder cette série, que j'attends impatiemment la saison 2 qui portera sur Katrina, en particulier sur la réaction des Américains face au désastre et qui compte déjà Sarah Paulson et John Travolta dans son casting, si j'ai bien compris.


Si vous voulez en apprendre plus sur le procès d'O.J. Simpson, un très bon article est dispo ici 

Si vous voulez voir le verdict en vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=sF9tJUmZGNI


  • Après avoir été sujet à de nombreux ouvrages notamment par Marcia Clark avec Without a Doubt, - que j'aimerais beaucoup lire - la série a été adapté à partir de la non-fiction de Jeffrey Toobin appelée The Run of His Live : The People V. O.J. Simpson, malheureusement introuvable en français, je crois. 



Avez-vous vu American Crime Story et qu'en avez-vous pensé ? 






vendredi 17 juin 2016

Le Coin des libraires - #22 Barcelona de Daniel Sanchez Pardos

J'ai récemment eu la chance d'être sélectionnée pour recevoir un livre et donner mon avis sur celui-ci, et il s'agit de Barcelona de Daniel Sanchez Pardos
Je n'avais jamais entendu parler de l'auteur, d'ailleurs Barcelona est son premier roman à avoir été traduit en français - bien qu'il me semble que c'est son sixième livre - et j'espère que ce ne sera pas le dernier ! 

Barcelona, c'est l'histoire de Gabriel Camarasa, fils d'une bonne famille barcelonaise. Le voilà de retour, lui et sa famille - ses parents et sa petite sœur - dans cette ville qu'ils ont quitté six ans plus tôt, en 1868, lors du coup d'état qui a mis fin à la monarchie des Bourbons. Six ans passés à Londres où Gabriel, nouvel étudiant en architecture, y a rencontré cette femme si mystique qu'est Fiona Begg et qui a elle aussi quitté son Angleterre natale avec son père. 

Dès les premières pages un accident a lieu, un incendie au journal La Gazette du soir, ennemi des Nouvelles illustrés, journal appartenant au père de Gabriel. C'est lors de cet évènement que notre protagoniste va faire la connaissance du personnage bien réel de l'histoire espagnole, le célèbre architecte Antonì Gaudì. 

J'ai été très surprise de voir que le personnage de Gaudì est "secondaire", je m'étais attendue à ce que l'histoire soit vraiment plus centrée sur lui. J'ai fait fausse route, Gabriel reste du début à la fin le personnage qui permet le lien les uns des autres. Et ça n'a pas été pour me déplaire, j'ai trouvé ça vraiment très bien de voir le personnage de l'architecte d'un point de vue extérieur, par le biais des yeux d'un bon ami. Le mystère qui ressort de lui n'en est que plus intense, nous sommes là, avec Gaby à tenter de comprendre qui est Gaudì, ce qu'il fait, s'il est fou ou bien s'il est un génie. 

"Vous êtes un solitaire, alors. Vous considérez qu’être libre c’est vivre sans que personne vous connaisse ou s’inquiète pour vous.
Cela me semble être une bonne définition de la liberté, oui. Vivre sans que personne vous connaisse ou s’occupe de vos affaires…"
Daniel Sanchez Pardos, Barcelona.

On assiste donc à un emmêlement de faits fictifs et de faits réels, la famille Camarasa au centre du roman n'existe pas, les évènements référés dans le livre sont eux, bien vrais. L'année 1874 a bien vu le retour au pouvoir des Bourbons en la personne d'Alphonse XII. Ou encore, dans le roman, Gaudì n'a que son grand frère, Francesc, il est sa seule famille - à l'opposé de Gabriel qui lui est toujours entouré par sa famille -. Dans la réalité, la mère d'Antonì Gaudì est décédée en 1876 tout comme son frère qui voulait en réalité devenir médecin et non avocat. L'auteur s'est donc permis quelques libertés par rapport à l'Histoire ce qui n'est pas dérangeant étant donné qu'il n'est pas dans une optique de relater des faits réels. 

Ce que j'ai le plus aimé dans ce livre, c'est les personnages, bien construits, avec une véritable matière. Les personnages qui, pour moi sont les principaux - Gabriel, Antonì, Fiona & Margarita - sont un véritable bonheur. Tout d'abord parce qu'ils sont très différents, ils ont chacun un petit quelque chose qui fait d'eux des êtres à part entière, ils défendent chacun une sorte de stéréotype : Gabriel celui du fils de riche qui se la coule plutôt douce. Fiona, celui de la femme qui doit se battre pour exister face aux hommes et pour ses convictions, Margarita est (comme dit plusieurs fois dans le roman) à l'image de Marguerite Gauthier dans La dame aux camélias - un des meilleurs livres sur terre - avec toujours des répliques bien trouvé. Pour Gaudì c'est un peu différent, son personnage oscille entre plusieurs, il est en quelque sorte le personnage insaisissable, celui qui gardera toujours une fumée grisâtre autour de lui pour ne pas avoir à nous révéler ses secrets. 

En y réfléchissant bien, je l'ai trouvé mieux écrit et abouti que le personnage de Gabriel, mais c'est sans doute parce qu'il n'est pas le protagoniste, et la seule chose qui m'ait vraiment embêté avec Gaby, c'est le fait qu'il soit un peu un suiveur, qu'il ne réfléchisse pas vraiment par lui-même, mais toujours dans l'optique de ce que sa famille voudrait. 
Par rapport à sa relation avec Fiona aussi, j'ai trouvé que c'était un peu trop obscur. Les informations données sont trop peu nombreuses et imprécises, du coup je ne peux qu'imaginer ce qu'il s'est passé entre eux sans vraiment pouvoir le déterminer, c'est un peu frustrant. 
J'ai trouvé que l'auteur arrivait bien mieux à concevoir des personnages "jeunes", un peu à l'image d'Ezequiel qui est absolument génial lui aussi, contrairement aux parents de Gabriel ou alors à Martin Begg qui est sans doute un des personnages les plus pâles qu'il m'ait été permis de voir. 

Le fait que justement je trouve la famille Camarasa antipathique au possible ne m'a pas permis d'avoir envie de les défendre - et encore moins quand on apprend avec certitude qu'ils complotent pour faire revenir la monarchie en Espagne et qu'absolument toutes les activités de la famille ont été faites dans cette optique-là. En revanche, il était intéressant d'être pour une fois du côté des monarchistes, même si on ne va pas se mentir la politique a quand même une place bien maigre dans le roman quand on y réfléchit bien. La situation est très souvent abordée : il y a eu un coup d'état six ans auparavant, les Bourbons ont fui en France, la République s'est installée mais elle agonise, le retour du monarque est certain, voilà. Il n'y a pas de grandes histoires de conspiration, enfin si, mais pour une fois on n'y participe pas, on la voit de l'extérieur. 


L'autre gros point fort est qu'on a l'impression d'y être, vraiment, l'auteur parvient tellement bien à retranscrire l'ambiance générale, les lieux, qu'on a la sensation d'être aux côtés des personnages, dans la Rambla ou encore à côté de la Basilique Santa Maria del Mar - que je veux absolument découvrir de mes propres yeux maintenant !
Le fait qu'il y ait une carte dans le livre avec les lieux abordés renforce justement la proximité entre le lecteur et les personnages.
Pour ce qui est du style de l'auteur, je l'ai trouvé agréable, fluide et surtout, le découpage est génial. Quand tu as un bouquin de minimum 500 pages à lire et que l'histoire est découpée en trois chapitres ça devient rapidement chiant, on va pas se mentir. Là, avec un chapitre toutes les dix/vingt pages, on peut s'arrêter quand on le veut sans avoir à se dire qu'il nous reste encore une cinquantaine de pages avant la fin du chapitre. 

J'ai également bien aimé le contraste très fort dans le livre avec d'un côté la cellule familiale dans laquelle Gabriel est enfermée, forcé de prendre part sans être vraiment consulté et de l'autre côté son amitié avec Gaudì qui ajoute de la légèreté à l'histoire, qui permet de s'approcher du génie de l'architecte et surtout d'assister à des échanges verbaux absolument géniales. Daniel Sanchez Pardos est vraiment bon pour les dialogues, c'est indéniable, que ce soit de la bouche de Gabriel, Fiona, Gaudì ou encore (et surtout) Margarita, c'est remarquable. 

Et cette fin, haaan, je ne m'y attendais pas, mais pas du tout et du coup j'aimerais vraiment qu'il y ait une suite ! Objectivement parlant, je pense qu'il n'y en aura pas, ou du moins je n'ai pas trouvé l'information - ce n'est pas faute d'avoir cherché ! 

N'étant pas du tout habitué aux thrillers historiques, - je crois bien que c'est le premier que je lis - et à la littérature espagnole - le seul auteur que j'ai lu est Carlos Ruiz Zafòn et je ne pense pas que ce soit comparable - je me suis jetée dans ce livre un peu au hasard, mais avec une grande envie de découverte, d'en apprendre plus sur l'histoire de l'Espagne tout d'abord parce qu'elle m'est absolument inconnue et aussi sur le personnage qu'a pu être Antonì Gaudì, même si finalement ce n'est peut-être pas vraiment lui. 

"Le soleil déclinait dans un ciel couvert de brouillard et de suie, une fois encore. Un ciel industriel, pensai-je. Un ciel sale et pressé. Un ciel résolument moderne."
Daniel Sanchez PardosBarcelona.



Un grand merci à Masse Critique de Babelio et aux éditions des Presses de la Cité pour cette belle découverte. 



Pour l'acheter : Presses de la Cité





vendredi 10 juin 2016

L'Avenue du Cinéma - #21 Elle de Paul Verhoeven

Le 26 mai dernier, j'ai eu la chance d'assister à une projection du dernier film de Paul Verhoeven qui s'est suivie d'une rencontre - vous pouvez la retrouver en intégralité sur le site du Café des Images, le lien à la fin de l'article -. Réalisateur de Robocop (1987), Total Recall (1990) ou encore de Basic Instinct (1992), le cinéaste néerlandais n'est décidément plus à présenter. 

Film faisant partie de la sélection officielle du festival de Cannes 2016, retour du réalisateur après une absence de dix ans derrière la caméra, il y avait de quoi avoir envie ! Surtout quand l'on sait que Elle, n'est ni plus ni moins l'adaptation du roman Oh... (2012) de Philippe Djian que j'ai lu en décembre dernier. 

L'histoire est donc largement reprise du livre, c'est celle de Michelle (interprétée par Isabelle Huppert). une bourgeoise à l'aube de la cinquantaine qui un jour, se fait violer chez elle. Excepté quelques modifications comme le fait que Michelle est à la tête d'une société de jeu vidéo, - dans le livre, il s'agit de scénaristes - globalement, on retrouve l'emprunte Djian. 

Le film commence bien, très bien même, c'est l'image d'un chat gris qui assiste à ce que le spectateur entend, mais ne voit pas, un viol, celui de Michelle.
Comment va-t-elle vivre avec le fait d'avoir été violé ? comment va-t-elle aborder la chose ? Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle n'aime pas se la jouer victime. Michelle n'est pas une victime, elle est plus une survivante, mais une survivante qui paraît fausse comme dans la scène du restaurant où elle confesse à ses amis le viol qu'elle a subi. 
De manière désinvolte, elle le balance comme ça genre "ah oui, je ne vous ai pas dit, c'est vrai !", il ne manquait plus qu'elle demande le sel et c'était le pompon ! Je crois qu'à force de vouloir toujours paraître détachée et inatteignable, Isabelle Huppert est tombée dans l'indifférence au point que ça ne semble tout simplement pas vrai.

Et puis, Michelle continue à vivre tranquillement et ça en est parfois même un peu gênant - je pense notamment à la scène où après avoir subi le viol, elle va tranquillement prendre un bon bain moussant - et l'on se demande une fois encore comment c'est possible, comment est-ce qu'on peut préférer un bain à une douche dont le but est de se laver, de ne plus se sentir souillé ? 


Autour d'elle, on trouve tout un monde, d'abord sa mère - qui semble avoir la mentalité d'une enfant de douze ans et s'entiche d'un homme d'une trentaine d'années, son père qui est en prison pour avoir tué des dizaines d'enfants (d'ailleurs, l'histoire n'est pas la même, dans le film, il est dit qu'il a tué tous les enfants de son quartier, et dans le livre, il me semble qu'il est question d'un massacre à Disneyland). Aussi, l'ex-mari de Michelle ainsi que sa nouvelle copine, mais également son fils Vincent - qui définitivement n'est pas bien futé ou encore sa meilleure amie qui n'a pas l'air de compter plus que ça quand on sait que Michelle se fait son mari depuis plusieurs mois simplement "comme ça". 

Bien évidemment, le personnage du violeur est un personnage récurant qui ne va pas se ramener juste une fois et repartir, non, on va le côtoyer comme Michelle. D'abord sans savoir que c'est lui, en ayant simplement des doutes, puis en le perçant au grand jour. 
Je connaissais déjà l'histoire du livre, je savais déjà à l'avance qui était le violeur, ce qui n'a en rien gâché mon plaisir. En revanche, ce qui l'a gâché, c'est l'interprétation de Laurent Lafitte qui m'a tout sauf convaincu, je l'ai trouvé mauvais et douteux. C'est clair que ça ne doit pas être simple d'incarner ce type de personnage, de dérangé (non parce qu'il faut quand même y aller pour être le genre de mec qui entre chez toi par effraction pour éjaculer sur ton lit, après je dis rien...). 
Le truc, c'est que je n'y ai pas cru une seule seconde quoi, que ce soit dans le rôle du violeur ou dans celui du voisin attentionné, ça coince. Le seul moment où je l'ai trouvé à peu près acceptable a été la scène où Michelle lui parle de son passé autour d'un verre de cognac - scène qui est sans doute l'une des meilleures du film - au-delà de ça, j'ai été déçu. 

De son côté, Isabelle Huppert joue parfaitement bien le rôle de la bourgeoise antipathique, à croire que le rôle était réellement fait pour elle. Je n'aime pas plus que ça cette actrice - ouh, je risque de me faire des ennemis - et j'avais peur que ça nuise à mon appréciation du film alors qu'en fait ça a été le contraire, elle a merveilleusement bien joué son rôle d'héroïne que l'on n'apprécie pas plus que ça et qui a une moralité douteuse, donc rien à redire à ce niveau-là. Après comme je le disais plus haut, à trop vouloir forcer dans le "je-m'en-foutisme", ça en devient trop, comme la scène où elle demande sans pression à son employé de baisser son pantalon et que lui le fait, normal. Mais globalement, son interprétation est bonne et certaines scènes sont vraiment très bien jouées, je pense notamment aux scènes du viol qui est montré sous plusieurs aspects, ou encore le moment où pendant le diner, elle explose de rire quand sa mère annonce ses fiançailles avec un homme de trente (quarante ?) ans de moins qu'elle. 

  • Du roman à l'écran  


Je pense que je n'ai pas pleinement aimé le film parce que je n'avais pas complètement adhéré au livre de Philippe Djian. Ma lecture n'a pas été ennuyeuse, mais elle n'a pas été mémorable non plus. J'ai aimé lire le livre pour le fait qu'il n'y ait pas de moral (comme dans le film d'ailleurs), qu'il n'est pas question de porter un jugement sur les femmes violées ou encore que toutes les femmes fantasment le viol - ouais non, définitivement celui qui pense ça est un bel abruti. J'ai aimé le côté osé, le fait qu'un homme ose parler à la place d'une femme sur un sujet aussi grave et important, oui cet aspect-là m'a beaucoup plu. Mais déjà l'histoire me paraissait bancale, ce délire de fantasmer sur son violeur/voisin qui a un grain, ça ne m'avait pas transporté plus que ça, pas plus que le fait de coucher avec le mari de sa meilleure amie je dois dire. 

Je ne me suis pas attaché au personnage de Michelle simplement parce qu'on ne se ressemble pas, parce que je n'aimais pas sa personnalité, mais j'aimais sa vie, son mariage raté, son fils prêt à tout pour rester avec une femme enceinte d'un enfant qui n'est même pas de lui - d'ailleurs le moment de l'accouchement dans le film est vraiment très marrant, en y pensant, j'en ris encore -. Aussi et surtout l'histoire avec son père, qui me semble être le plus intéressant. 
J'ai ressenti une forme de faiblesse dans le personnage littéraire que je n'ai pas retrouvé à l'écran et j'ai trouvé ça dommage. Dans sa solitude, Michelle reste un personnage humain, fragile qui ressent véritablement des sentiments tandis que dans les films elle est plus comme son personnage de jeu vidéo, une sorte de robot insensible, un être inexistant. 


Autre point qui m'a dérangé, le fait qu'il y est un problème de légitimité vis-à-vis de l'existence des femmes. Toutes les relations sont, de près ou de loin, liées à des hommes : sa mère qui n'arrête pas de remettre sur le tapis le père, sa belle-fille par rapport à son fils, la nouvelle compagne de son ex-mari. C'est la même chose pour la meilleure amie, son mari aussi est mêlé à l'histoire. Mais ce problème trouve sa résolution à la fin du film, au moment où Michelle et Anna décident d'emménager ensemble, on peut sans doute y voir un espoir d'existence féminine sans la dépendance vis-à-vis des hommes - c'est du moins de cette façon que je l'ai vu. 


Après avoir écrit tout ça, j'ai l'impression de ne trouver que des points négatifs à ce film, ce qui n'est pas le cas, j'ai passé un très bon moment malgré quelques défauts apparents. Je savais que le livre m'avait laissé sur ma faim alors je m'étais préparé au fait que ça pourrait être de même pour le film. Mais, quand on met de côté l'histoire en elle-même qui est la reprise du livre, le film en lui-même est vraiment intéressant et il défend des points qui me semblent être pertinents aussi. 


"Comment peut-il rouvrir des plaies à peine fermées ? Qu’il soit maudit, vraiment. Quelle foudre les frappe tous ces gens persuadés de la valeur de leur travail alors qu’on les croyait sains d’esprit, capables de sentir ce qui n’était pas bon avant même d’aller jusqu’au bout de la première phrase ? Quelle boue épaisse leur ferme les yeux ? Quel aveuglement paralyse leur cerveau ? Quel dysfonctionnement se produit dans leur cervelle ?"
Philippe Djian, Oh...


Pour lire l'interview réalisée lors de la rencontre : Retour à l'humanité - Café des Images


Pour se procurer le livre :


mercredi 1 juin 2016

Le Coin des libraires - #21 Mes lectures du mois de mai

Mai a été un mois plutôt compliqué pour diverses raisons - dont le fait que j'ai passé mes derniers partiels de licence de cinéma. Je n'ai pas lu tout ce que je voulais lire, - comme si le contraire pouvait un jour arriver - mais j'ai quand même réussi à trouver du temps pour rencontrer ou retrouver la plume d'auteurs.
Plutôt que de faire différents articles sur ces lectures, j'ai préféré les rassembler dans un seul et même article, chose que je ferais peut-être encore à l'avenir.



Le festin nu, La Mare au Diable, Médée


  • Le festin nu de William Burroughs (1959)

Résumé, quatrième de l'Imaginaire Gallimard

L'Interzone.

lundi 23 mai 2016

Série du moment - #7 Bates Motel saison 4

Dans un article précédent, publié il y a longtemps déjà, je vous parlais de mon coup de cœur pour cette série après la diffusion de la saison 2, si vous souhaitez le revoir, c'est ici

Mais voilà, deux saisons ont passé depuis, j'ai sagement continué la série dans mon coin et je me suis dit qu'il était grand temps que je vous en parle. La saison 4 vient tout juste de se terminer aux États-Unis - la semaine dernière pour être précise - et le moins qu'on puisse dire, c'est que la suite promet ! 

J'attendais avec impatience son retour après la saison 3 qui m'avait laissé sur ma faim, forcément. Surtout, même si le Norman de Bates Motel n'est pas le Norman de Psychose, il me semblait évident qu'un jour arriverait où Norma disparaîtrait. Cela fait quatre ans que la série fonctionne sur la relation quasi incestueuse de Norma et son fils, la situation ne pouvait pas rester éternellement comme ça et surtout, j'attendais de voir comment elle allait mourir, si Norman allait la tuer dans un coup de sang ou si ça allait être plus subtil que ça. 
Alors oui, vous l'aurez compris Norma n'est plus. Un peu comme tous les fans de la série, je redoutais ce moment tout en l'attendant, sachant qu'il était inévitable pour la psychologie du personnage de Norman. Bien que le réalisateur Anthony Cipriano ait plusieurs fois répété qu'il ne s'agissait pas de l'histoire du Norman de Psychose, il paraissait évident que pour devenir le psychopathe qu'il est, il devait tuer ce qui lui était le plus cher au monde. 


Bates Motel saison 4


Mais avant ça, la saison est remplie de rebondissements plus ou moins intéressants. C'est d'abord Dylan, l'aîné de Norma bien décidé à partir avec Emma qui a reçu une greffe de poumons (merci mon Dieu !!). Son personnage apparaît beaucoup moins dans cette saison que dans les précédentes ce que j'ai trouvé dommage, il est celui de la famille qui est "normal" alors que c'est quand même lui qui est le fruit du viol qu'a subit Norma par son frère Caleb - il y a quand même de quoi devenir fou
J'ai aimé le voir avec Emma, leur couple ajoute énormément de légèreté à l'intrigue toujours très sombre. 
D'ailleurs, la seule apparition de Dylan dans l'épisode 10 m'a fait énormément de peine, je trouvais sa situation déjà hyper triste dans l'épisode 9 avec Norma qui, définitivement, n'en a rien à faire de lui, mais c'est surtout ce moment où il appelle Norman pour lui dire qu'il le soutient et ce dernier ne trouve rien de mieux que de dire que leur mère ne parle pas de lui et qu'il vaut mieux couper les ponts. 
Non mais c'est une blague ?? Norma vient de mourir et même pas il lui dit !! 


Cette saison a vu l'apparition du Docteur Edwards, psychologue de Pineview où Norman a été interné, nom qui n'est sans doute pas choisi au hasard puisqu'Alfred Hitchcock a réalisé un film nommé La maison du docteur Edwardes (1945) qui est en rapport avec la psychanalyse - je recommande d'ailleurs ce film qui est génial avec Ingrid Bergman dans le rôle-titre !
J'aime bien son personnage de psychologue qui est là pour aider Norman, qui est le premier à voir sa double personnalité et surtout à comprendre que cette autre personnalité qu'a choisi Norman n'est autre que celle de sa mère. 


Bates Motel saison 4


J'ai adoré cette saison en me disant que ça allait être la dernière pour le duo Norma/Norman, l'internement dans le centre, le mariage avec Alex Romero, le départ de Dylan, tout laissait présager que nous arrivions au bout. Et oui, les instants de bonheur entre les jeunes mariés seront de courtes durées, on retrouve l'idée des moments heureux qui ne durent pas, moments fugaces entre les deux personnages qui sont enfin réunis. Ça m'a vraiment fait beaucoup de peine pour le shérif qui est complètement détruit par la mort de Norma et le fait que le spectateur ait autant d'empathie pour Romero fait que l'on commence à détester Norman, à l'accabler, car après tout, c'est de sa faute. 
Mais, surtout, c'est cette scène absolument dégueulasse où Norman retire la bague de mariage du doigt mort de sa mère qui m'a fait dire que le coup de poing qu'il reçoit quelque minutes plus tard est amplement mérité. 

Ce dernier épisode m'a fait détester Norman, il a fait en sorte que je n'ai pas pitié de lui, mais que je l'ai en horreur. Le fait qu'il soit là comme un con à croire que sa mère est toujours vivante, qu'elle s'est cachée, fin à un moment quand tu vas jusqu'à déterrer ta mère et que tu te trimballes un poids mort jusqu'à ta maison, tu finis bien par te dire que tu as fait une connerie et qu'elle est bel et bien morte. En réalité, je l'ai détesté parce que j'aimais la relation Norma/Romero, et même si je pensais que Norman s'occuperait du mari avant la mère, je dois dire que c'est bien fait pour lui, qu'il n'a eu que ce qu'il méritait et que ce qui devait arriver, arriva. 

En conclusion, la saison 4 est une fois encore à la hauteur de mes espérances. En tant que fan invétérée d'Hitchcock et plus particulièrement de Psychose, j'aime beaucoup ce qu'en ont fait les scénaristes, ils ont su d'après moi rester fidèles à tout un univers, tout en réussissant à bâtir des choses autour. Maintenant, j'attends impatiemment la saison 5 qui d'après Freddie Highmore sera la dernière et je reste confiante, car même si Norma est morte, l'actrice Vera Farmiga n'a sans doute pas dit son dernier mot grâce à la psychose de Norman. 



Merci à vous d'être là.




mardi 17 mai 2016

Le Coin des Libraires - #20 Vernon Subutex I & II de Virginie Despentes

Ce diptyque (finalement y aura-t-il un volume 3 ?) de Despentes a fait sensation lors de sa sortie l'année dernière, mais comme je n'aime pas me jeter directement sur un livre quand il fait parler de lui, j'ai décidé d'attendre. D'attendre qu'il sorte en poche et que "l'effet Despentes" se calme surtout. 


"Vernon était incapable d’attraper les rênes de sa propre machine. S’entrechoquent le désir d’en finir, une colère noire, le dégoût de lui-même, la peur de ce qui arrive, l’asphyxie, le désespoir et la confusion."

Virginie Despentes, Vernon Subutex I


L'histoire, pas mal de gens la connaît maintenant. C'est celle de Vernon Subutex, un ancien disquaire quadragénaire qui, du jour au lendemain, se retrouve à la rue. Son loyer était payé par son "pote" Alex Bleach, grande star du rock et récente victime d'une overdose. Sans le sou et avec aucune possibilité de s'en remettre, Subutex va renouer les liens avec d'anciennes connaissances, mais aussi découvrir de nouvelles têtes comme la sublime Marcia. Une grande partie de l'intrigue repose également sur ces fameuses bandes que Vernon possède, une soi-disant conversation intime avec la star. Cette recherche va faire émerger de nombreux personnages - dont la Hyène déjà présente dans l'œuvre de Despentes comme Apocalypse bébé, je crois - qui seront prêt à tout pour mettre la main sur cette pépite que détient Subutex. 
La fin du tome I nous propose une vision bien pessimiste de l'avenir de notre antihéros, désormais obligé de vivre dans les rues de Paris. 

On ne sait pas exactement combien de temps s'est écoulé depuis la fin du tome I, des semaines sans doute puisque l'aspect physique de Vernon étonnera ses amis quand ils le retrouveront. Oui, on apprend rapidement que Subutex est activement recherché par ses "proches", ceux qui l'ont hébergé chez eux, ceux qui le recherchent pour mettre la main sur l'enregistrement de Bleach. 
Je ne veux pas raconter ce qu'il va se passer même si on peut facilement l'imaginer.


Vernon Subutex I de Virginie Despentes.

Il y a selon moi des points très intéressants dans ces deux œuvres, d'autres, qui le sont beaucoup moins. D'abord, il y a toute cette flopée de personnages très différents. C'est cool hein, je ne dis pas le contraire, je dis juste que quand tu débutes un chapitre, que tu ne sais absolument pas qui est le mec dont on te parle parce que tu as oublié son nom et qu'on en parlait il y a trente pages de cela, c'est tout de suite moins cool.
Attention, je ne dis pas que les personnages ne sont pas bons, au contraire, certains personnages sont de véritables pépites, rien que Subutex déjà, mais aussi la Hyène ou encore Aïcha. Je dis juste qu'il y en a peut-être un peu trop, que ce n'est pas toujours facile de suivre autant d'histoires à la fois, même si elles finissent par parfaitement s'emboîter. 
D'ailleurs, heureusement qu'au début du tome II, on trouve un petit récapitulatif des personnages, ça m'a permis de me rafraîchir la mémoire, mais j'aurais aimé qu'on le trouve aussi dans le tome I, à la fin. Ça aurait été une bonne idée simplement pour ne pas avoir à remonter je ne sais combien de pages parce qu'il faut retrouver la dernière fois dont elle nous a parlé de ce personnage qui ne nous dit plus rien. 

 Ce que j'ai surtout aimé dans ces personnages, c'est leur diversité, un mélange qui crée au final quelque chose d'assez comique. J'ai particulièrement aimé la présentation de personnages "marginaux" comme les actrices porno ou les zonards. 
Dans le tome I, j'ai été particulièrement touché par le personnage de Subutex qui est au centre de tout, le fil qui relie le reste, et plus on avance dans les pages, plus il s'efface, il disparaît pour ne finalement devenir qu'une ombre dans la vie parisienne. 
Au contraire, dans le tome II, je n'ai plus ressenti cette proximité avec notre héros, j'étais plutôt détaché, il n'était plus au centre. Je me suis davantage intéressée aux histoires d'Aïcha et de son père,  à son amitié avec la Hyène aussi et comment après avoir appris que sa mère faisait du X, elle a décidé de la venger. Mais ce que j'ai de loin préféré dans ce tome a été le chapitre où l'enregistrement d'Alex était enfin dévoilé, où j'ai bu ses paroles qui me paraissaient sonner si juste. 


Vernon Subutex I & II de Virginie Despentes.

À ceux qui disent que c'est du roman de gare, que Virginie Despentes est une personne qui n'est pas "une auteure", je répondrais que l'on a pas besoin de parler comme des bourgeois pour écrire quelque chose qui soit de "la littérature". Je trouve triste de voir que sous prétexte que certaines personnes n'aiment pas, elles puissent se permettre de dire si telle ou telle personne est un auteur ou ne l'est pas et surtout, j'aimerais savoir qui ils considèrent comme des vrais auteurs de nos jours.

Pour ma part, c'est ce qui a fait que j'ai aimé son œuvre, ses tournures de phrases tellement crues, mais aussi et surtout tellement vraies. Le regard qu'elle porte est ce qui m'a permis d'aller plus loin et d'accepter de me farcir 650-700 pages de Vernon Subutex et sa bande. J'ai littéralement adoré ses piques sur la société, toutes ses références sur le rock des années 70 à 90 (je crois !), cette façon qu'elle a de nous dépeindre un monde des apparences, un monde en plastique où la consommation est le maître-mot. Lors de certains passages, je me disais "mais c'est tellement ça, elle met des mots sur toutes mes pensées, sur mes idées". Oui, elle a raison et c'est en ça que son œuvre est si forte, si poignante, si retentissante. 
C'est le gros-gros point fort, cette ironie dans le ton, cette véracité dans ses propos. En revanche, son vocabulaire a fini par me gêner, la répétition incessante de certains mots était pour ma part de trop. Le fait d'être crue est une chose, de radoter en est une autre. 


"Il a complètement perdu la raison et, pour la première fois depuis des semaines, cette certitude le terrorise. Il reste un long moment, secoué de sanglots, assis tout seul sous cet arbre. Puis il sent, dans cette déflagration de désespoir, autre chose qui s’immisce, une sensation de joie inouïe, qui prend le dessus sur les larmes."
Virginie Despentes, Vernon Subutex II


Au final, j'ai été un peu déçue, je m'attendais à mieux à cause de toute cette publicité qu'il y a eu autour. Comme d'habitude, on nous vend quelque chose comme génialissime alors l'attente devient immense, et on se retrouve à se dire qu'on aurait sans doute plus aimé si on n'en avait pas tant entendu parler. Le tome II est un peu moins bon que le premier, j'ai même été jusqu'à me demander pourquoi l'avoir appelé Vernon Subutex alors que le personnage éponyme ne paraît plus si important que ça. Il est là, parmi nous et en même temps totalement absent, il est une volute de fumée qui s'enfuit parce qu'elle ne peut rester enfermée. Mais c'est surtout la fin qui ne m'a pas particulièrement plu, je suis arrivée au bout et je me suis demandée pourquoi, pourquoi avoir choisi cet aboutissement plutôt qu'un autre. Et encore aujourd'hui, je m'interroge, je ne comprends pas cette fin, elle ne me plaît pas plus que ça et j'espère qu'il y aura bien un troisième volet pour venir compléter tout ça.

Je pense néanmoins me mettre à la lecture de ces autres livres comme Apocalypse bébé et King Kong Théorie, d'ailleurs si vous en avez déjà lu, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, ça m'aiderait !


Pour vous le procurer, c'est ici : Librairie Chapitre - Tome I (poche)
                                                   Librairie Chapitre - Tome II (poche)











dimanche 13 mars 2016

L'Avenue du Cinéma - #20 The Revenant d'Alejandro González Iñárritu

The Revenant d'Iñárritu, c'est la légende du trappeur Hugh Glass dans le Nord-Ouest des États-Unis au XIXème siècle (1820 environ). Histoire quelque peu modifiée par rapport au roman Le Revenant de Michael Punke puisque Glass n'aurait jamais eu de fils indien et surtout, l'histoire de revanche entre Fitzgerald et notre héros concernerait simplement une histoire de vol, celui du fusil de Glass que Fitzgerald lui aurait subtilisé au moment où il décida de le laisser seul pour mort dans la nature. 

Développé d'un point de vue uniquement fictif, le fils de Glass, Hawk (interprété par Forrest Goodluck) est un élément scénaristique qui, il faut bien le dire rajoute une certaine épaisseur au personnage principal. Bah oui, je ne suis pas certaine que l'impact aurait été le même si on avait suivi le périple vengeur de Glass durant plus de deux heures simplement pour que celui-ci récupère son fusil. Le fait que Fitzgerald ait tué son fils, qui plus est sous ses yeux sans qu'il ne puisse rien faire rajoute à la dramatisation. 

Le film s'inscrit surtout dans une optique réaliste où l'esthétique prône sur le reste, ce n'est d'ailleurs pas pour rien si le tournage prévu en quatre-vingts jours a en réalité duré neuf mois. Ce tournage difficile, on le doit à la météo, mais surtout au réalisateur lui-même et à son directeur de la photographie, Emmanuel Lubezki qui voulaient tourner avec une certaine lumière et toujours en extérieur. Rien que les premiers plans sont d'une beauté à couper le souffle, je pense par exemple au deuxième plan du film, celui avec l'arbre qui est absolument magnifique. Il y a beaucoup de plans "horizontaux" notamment dans la forêt et ces plans-là aussi valent le coup. 




La bataille avec l'ours est sans conteste la séquence la plus marquante du film, de par son réalisme et sa beauté. Il faut quand même se rendre compte que derrière ce corps d'ours se cache un homme, (Glenn Ennis) un cascadeur qui aurait beaucoup observé les ours pour copier leurs mouvements et lui aussi, on peut dire qu'il joue parfaitement son rôle. Oui, il faut bien le dire, on y voit que du feu, on est tellement pris dans cet affrontement absolument terrible et les effets spéciaux sont tellement bons qu'on croirait à un vrai ours ! Un animal sauvage qui lacère le dos de sa proie, que dis-je de sa victime, qui s'en va pour mieux revenir, après avoir reçu une balle de la part de Glass qui a eu pour seul but de l'énerver plus encore. Et alors c'est là qu'il y a cette image d'une barbarie qui va au-delà de tout, nous voilà scotchés devant l'écran après ce moment très rapide où l'ours déchire la gorge de Glass d'un unique coup de patte, bah oui, il ne fallait pas plus. 
Et là encore, quand on se dit que ça suffit, que le combat va s'achever, que l'ours renifle la peur de notre héros, la lèche comme pour la garder en mémoire, nous sommes repartis pour un troisième round, round final qui se terminera avec la mort de l'ours, in extremis sans doute pour notre trappeur qui, on le pense ne pourra pas survivre à ça

Le casting du film est bien évidemment excellent, je pense aux trois acteurs qui portent le film : Leonardo DiCaprio, Tom Hardy et Will Poulter. Finalement, une grande partie du film ne repose que sur DiCaprio, sa solitude dans une nature sauvage inquiétante où il arrive, avec peine à survivre. Son Oscar est plus que mérité, toujours dans la justesse, il n'est jamais ridicule ou dans l'exagération. La scène du meurtre de son fils en est un parfait exemple, il est là, face à cette horreur et il ne peut rien, il ne peut même pas crier, hurler à la mort, rien, excepté des bruits de plaintes qui ne font que renforcer son incapacité à agir. Ou encore le passage avec la carcasse de cheval dont il ressort nu au petit matin, mi-homme mi-animal, une sorte de métissage des deux. Scène qu'il a bien tourné lui-même d'ailleurs, et je dois bien avouer que personnellement, je ne sais pas si je l'aurais fait tellement ça me semble dégueulasse, ou même de manger du foie de bison cru, et encore, je ne suis pas végétarienne comme lui.


Mais il a néanmoins un petit bémol dans cette perfection que semble être The Revenant. J'ai adoré, il n'y a aucun doute là-dessus, non, ce qui m'a le plus embêté en fait, c'est que je savais que j'adorerais et j'attendais jusqu'à la dernière seconde quelque chose qui viendrait me faire moins l'aimer, parce que oui, rien n'est parfait - même si certaines œuvres s'en rapprochent dangereusement. Et j'ai bien trouvé quelque chose, ce quelque chose, c'est la fin du film. Cet espèce d'affrontement final entre Glass & Fitzgerald qui débute comme une chasse quelques douze minutes avant la fin. Oui, nous y voilà, cela fait désormais plus de deux heures que nous sommes devant cette beauté visuelle, deux heures également que nous l'attendons cette vengeance promise et elle est là, face à nous. J'ai été bien déçue, un affrontement qui finalement ne dure pas plus de sept minutes pour se conclure en "ça ne ramènera pas ton fils Glass" et celui-ci qui lâche son ennemi pour le donner aux autres, ceux qui sont les ennemis des Blancs, mais pas de Glass, les Indiens. J'ai trouvé la scène trop brève, j'ai trouvé qu'elle ne nous donnait pas suffisamment comparé au film dans sa globalité, c'est censé être le moment fatidique et finalement, nous sommes obligés de nous contenter d'un bref combat qui est évidemment beau visuellement, avec cette neige qui au fur et à mesure des coups de poignard et de hache devient comme contaminée par le sang, par un Fitzgerald qui n'est plus qu'un homme grisonnant, l'ombre d'une silhouette passée qui n'a plus grand chose à nous apporter. 

The Revenant est de ces excellents films qu'il faut avoir vu rien que pour sa beauté, son esthétique absolument magnifique où son directeur de la photographie mérite amplement d'avoir été oscarisé pour son travail. C'est un film intéressant sur une légende américaine du XIXème siècle qui nous fait voyager pendant plus de deux heures trente, mais qui n'est pas parfait à cause d'un scénario qui pèche un peu au profit de l'esthétique (à l'inverse du film Spotlight, vu récemment).








dimanche 6 mars 2016

L'Avenue du Cinéma - #19 Spotlight de Tom McCarthy

Spotlight de Tom McCarthy (cinéaste indépendant avec une longue filmographie mais aucun film réellement notable, pour ma part) raconte l'histoire plus que controversée de l'enquête menée par un groupe de journalistes d'investigations nommé Spotlight à la rédaction du Boston Globe. Journalistes qui mettront finalement en lumière des agressions pédophiles de la part de prêtres de l'Église catholique en particulier dans la région de Boston. 

Ce travail de fond de la part des journalistes a bel et bien existé puisqu'il s'agit d'un film s'appuyant sur des faits réels, le groupe Spotlight a d'ailleurs reçu le prix Pulitzer pour cette histoire en 2003. 
Ce groupe Spotlight est composé de Walter V. Robinson (Michael Keaton), Martin Baron (Liev Schreiber), Sasha Pfeiffer (Rachel McAdams) & Michael Rezendes (Mark Ruffalo). 

Il s'agit avant tout de montrer les avancées et les régressions de l'enquête qui a duré un an, on ne trouve pas énormément de rebondissements dans le film simplement parce qu'il n'y a rien de fantastique, il n'y a aucun besoin d'effets spéciaux ou de tout autre artifice devenus monnaie courante dans le cinéma américain d'aujourd'hui, il s'agit de montrer le quotidien de ces journalistes, le labeur d'un travail de plusieurs mois, d'un travail sur la durée. 




On trouve dans le film une sorte de refus du sensationnel, de cette idée d'en mettre plein les yeux au profit d'une histoire parfaitement ficelée qui, il faut bien le dire se suffit à elle-même. Même si beaucoup semblent avoir à redire sur la réalisation qui est vraiment simpliste (généralement des champ/contre champ ou des plans séquences), je trouve que c'est une bonne prise de position, le réalisateur a eu le courage d'affirmer le parti-pris qui est que le scénario est sans conteste le noyau dur du film et je pense que celui-ci aurait perdu de sa force si la réalisation l'avait bariolé de mouvements d'appareil qui oui, aurait sans aucun doute ajouté à la beauté du film mais n'aurait pas permis de voir l'histoire comme elle est réellement. 
Un peu à la manière d'un journaliste, le réalisateur nous fournit les faits et rien d'autre, pas d'artifice pour l'embellir ou au contraire amoindrir le propos, il nous balance l'histoire comme elle est, voilà tout. 
D'ailleurs, si la réalisation semble classique, elle n'en est pas moins recherchée puisqu'il faut quand même savoir que McCarthy a pour chaque scène fait plus de cent prises ! - oui, il a eu le courage ! 


Spotlight est comme dit plus haut porté par quatre acteurs et c'est ici que ça se complique un peu pour moi. Oui, de cette équipe de choc, le seul à véritablement sortir du lot est Mark Ruffalo qui nous donne une interprétation plus que sensationnelle du travail de Michael Rezendes. Les autres personnages sont - à mon goût - trop survolés, pas assez étoffés pour que l'on puisse leur accorder une identification suffisante. Le personnage incarné par Rachel McAdams n'est pas suffisamment exploité, on lui parle beaucoup trop facilement, librement aussi, sans qu'il n'y ait de raison particulière hormis le fait qu'elle est la seule femme du groupe. Doit-on en déduire que sous prétexte qu'elle est une femme, on peut lui confier sans raison aucune une agression sexuelle dont on a été victime lors de son enfance, qui plus est par un prêtre comme ça, entre deux cafés ? 
C'est d'après moi le principal problème du film, les personnages n'existent qu'en surface, ils n'ont pas de véritables personnalités qui permettraient qu'on s'attache réellement à eux. D'un autre côté, c'est aussi la volonté du réalisateur de ne pas nous montrer la vie intime de ces personnages, simplement parce que ce n'est pas le propos, parce que pour l'histoire qui nous intéresse, pour cette enquête sur les prêtres pédophiles, ça n'a aucune espèce d'importance. Alors, j'ai décidé de me contenter de ce qui nous est donné : une formidable prestation de Mark Ruffalo qui porte véritablement l'équipe entière. 

Je dirais donc que Spotlight est un très bon film, que son sujet (plus que sensible) est intéressant et qu'il nous emmène parfaitement dans le quotidien de ces personnes qui ont tout fait pour faire éclater une vérité extrêmement dérangeante. Il est un film qui mérite amplement d'avoir remporté l'Oscar du meilleur scénario, mais qui malgré tout reste discutable pour l'Oscar du meilleur film. 


  • Le Boston Globe a mis en ligne l'enquête complète rédigée par Michael Rezendes qui n'est autre que le personnage incarné par Mark Buffalo dans le film : 

La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

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