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dimanche 25 février 2018

Le Coin des libraires - #86 L'étoile du diable (#5 Harry Hole) de Jo Nesbø

Lorsque Folio a réédité la saga Harry Hole de Jo Nesbø, je me suis d'abord précipitée sur L'étoile du diable bien qu'il soit le cinquième volet des enquêtes du détective - si on suit l'ordre évidemment ! La raison pour laquelle j'ai acheté celui-ci est parce que je ne comptais pas forcément tous les lires à la base et parce que c'est simplement la couverture que je préférais - ce vert est tellement beau !
Après, j'ai décidé de tous les lires et donc de tous les acheter, mais c'est véritablement celui-ci et L'homme chauve-souris que je préfère question couverture. 

Non seulement ce livre est le plus beau de cette réédition mais en plus, c'est celui que j'ai préféré jusque-là - bon un tout petit plus (ou au même niveau ?) que Rouge-gorge que j'ai quand même vachement aimé ! 


Un doigt coupé et un diamant en forme de pentagramme, plus connu sous le nom de «l’étoile du diable», telle est la signature du tueur qui terrorise Oslo durant cet été caniculaire. 
L’inspecteur Harry Hole va être contraint de réprimer son animosité envers Tom Waaler, son collègue et ennemi, s’il veut résoudre cette affaire qui pourrait bien être sa dernière. Alors que Hole tente de comprendre les motivations de l’assassin, tout laisse à penser qu’un tueur en série opère dans les rues de la capitale norvégienne…



Il faut bien le dire, si j'ai autant aimé ce volet, c'est parce que la recherche du meurtrier d'Ellen est de nouveau d'actualité, parce qu'Harry est complètement désabusé et prêt à tout pour prouver que ses soupçons au sujet de Waaler sont fondés. 

Je suis entrée immédiatement dans l'histoire ce qui n'a pas été le cas avec le tome précédent, Rue Sans-souci, où j'avais eu un peu de mal à m'immerger dans l'enquête. 
Là, c'est l'apothéose, le personnage d'Harry est clairement au fond du trou, il touche le fond, il sait qu'il va finir à la porte, il sait qu'avec Rakel c'est foutu, fin voilà, comme toujours Jo Nesbø maltraite son personnage et en fait un homme qui n'a plus rien, si ce n'est un penchant trop exacerbé pour la bouteille et une obsession maladive pour le meurtre de sa collègue - chose qu'on peut facilement comprendre. 

Dans cet opus, on quitte l'habituel Oslo venteux pour trouver une ville en pleine canicule. Croyant que l'été serait calme - apparemment c'est l'époque à laquelle il y a le moins de délits/crimes là-bas (il faut croire que mêmes les criminels prennent des vacances), les agents de la police d'Oslo n'étaient certainement pas prêts à recevoir un serial killer !

L'enquête principale est géniale et tellement bien pensée ! J'ai été baladée tout le long du livre si bien que j'aurais été incapable de donner le coupable avant de le découvrir. Tout le subterfuge avec les "étoiles" est extrêmement bien imaginé, la désignation du coupable qui n'est pas réellement coupable est tout aussi intelligente que la résolution de l'enquête en elle-même.
C'est un volet rempli d'action où il est clairement impossible de souffler, on entre dans un rythme effréné, dans une cadence qui ne cesse de s'accélérer jusqu'au dénouement final et quel dénouement ! 


L'étoile du diable de Jo Nesbø, éditions Folio.


Vraiment, j'applaudis l'imagination de l'auteur, l'aspect théâtral de son enquête et le besoin de brouiller les pistes. Cette enquête m'a énormément plu alors forcément, j'étais déjà dans une bonne optique pour suivre parallèlement à ça la relation Harry/Waaler qui est très compliquée et ambiguë. 
J'ai bien aimé en apprendre plus sur son enfance, suivre en quelque sorte son parcours et ainsi comprendre comment il a pu en arriver là. Ça donne déjà de l'épaisseur au personnage et surtout, ça permet de contrebalancer avec ce que l'on sait de son personnage - en gros, que c'est une sale ordure de flic corrompu ! 
Mais on le découvre sous un nouveau jour et sans que ce soit pour lui racheter une conduite et ça, j'ai trouvé que c'était agréable. 
Je disais dans mon article sur Rue Sans-souci (il me semble !) que Jo Nesbø n'épargne jamais Harry, une nouvelle enquête, un nouveau mort dans son entourage et cette fois encore ça n'a pas manqué, même si la victime de ce volet n'est pas à proprement parler un proche de Harry, il n'en reste pas moins une personne assez importante et surtout, avec sa mort meurt aussi son secret. 

C'est le seul bémol de ce tome V, le fait qu'Harry n'apprendra jamais la vérité au sujet de la mort d'Ellen parce que son coupable est mort sans même l'avouer. J'ai vraiment aimé cet affrontement final entre les deux hommes si bien que je pensais vraiment qu'Harry aurait le fin mot de l'histoire... et bien non et c'est dommage.
Pour le reste, je n'ai rien à redire, et pourtant, je me demande, avec le fait qu'on finisse par se demander si Harry n'est pas en fait un homme tellement désabusé qu'il en devient un flic véreux, avec le fait qu'on nous donne plus d'informations sur Waaler et son trafic d'armes qui a une place relativement importante que ce soit directement ou indirectement et ce depuis le troisième volet (qui correspond au premier qui se passe en Norvège) : pourquoi faut-il continuer à martyriser Harry en le laissant de le noir total ? Pourquoi est-ce qu'il ne pouvait pas enfin avoir la confirmation au sujet du meurtrier d'Ellen, pourquoi est-ce qu'il va devoir vivre avec des soupçons, des doutes mais jamais avec la confirmation de la vérité ? 


L'étoile du diable a tenu ses promesses et m'a permis de découvrir une nouvelle facette du personnage d'Harry Hole, un personnage qui fait définitivement partie de mes favoris en terme de polar, et qui donne envie de toujours creuser plus loin. Bon, maintenant je dois m'attaquer au sixième tome qui n'est autre que Le sauveur, mais à vrai dire je n'ai aucune idée de quand je pourrais le lire et ce ne sera sans doute pas bientôt. 

La bonne nouvelle est que cette saga ne s'arrête pas au dixième tome comme je le pensais, puisque Gallimard vient de publier la suite des aventures de Harry Hole sous le nom de La soif donc disons que j'ai une année (il y a généralement un an d'attente entre la sortie en grand format & celle en poche) pour lire les suivants. 
D'ailleurs j'y pense, j'espère que Folio pensera à publier ce nouveau volet dans la continuité des précédents !


"Les corps faisaient penser à des carapaces d’insectes vides prises dans une toile d’araignée… l’essence avait disparu, la lumière avait disparu, sans la lueur résiduelle illusoire qu’ont des étoiles qui ont explosé depuis belle lurette."

Jo Nesbo, L'étoile du diable







samedi 17 février 2018

Série du moment - #20 Animal Kingdom (saison 2)

L'année dernière, je vous parlais de la découverte de la série Animal Kingdom dans un article où j'abordais la saison 1 de la série et le film australien qui l'a inspiré, aujourd'hui, je vais vous parler de la saison 2 qui s'est terminée il y a quelques semaines aux États-Unis. 

J'étais pressée que cette série revienne, j'avais énormément aimé la saison 1 et la fin m'avait donnée envie d'en savoir un peu plus et de continuer à suivre cette famille relativement étrange !
C'est aussi le moment des vacances, c'est l'été, il fait beau et comme il y a des livres qui sont propices à être lus en cette période, il en va de même pour les séries. 

Toujours écrasés par le soleil de Californie, la petite famille se déchire en petits morceaux. Les garçons veulent leur indépendance, ils décident enfin de prendre les choses en main et d'évincer Smurf pour se débrouiller par eux-mêmes. Après avoir fait preuve de pouvoir dans la première saison, Smurf tombe sur un os et se voit balayée de l'équation. Elle déchante et passe alors de la mama à la paria si bien qu'au début de la saison, je me suis surprise à avoir de la peine pour elle - même s'il faut bien le dire, ça n'a pas duré !




Dans la première saison, J est le petit nouveau, il est témoin de l'unité de cette famille et est en quelque sorte, à l'extérieur de la chose. Dans cette saison 2, après les événements qui viennent clôturer la première, il n'est plus question de le mettre à l'écart et il s'impose enfin comme un membre à part entière à qui on ne fait pas forcément confiance, mais qui fait le taff. 

Il est le personnage principal et j'avais un peu de mal avec lui avant, je le trouvais trop puéril, trop immature et hésitant, mais là, il prend les choses en main et c'est pas trop tôt j'ai envie de dire ! 
Après le départ de tous ses oncles, il devient le protégé de Smurf, son élève et j'ai vraiment aimé cette relation entre eux deux. Pas dans le sens où elle est saine - aucune relation ne peut être saine avec Smurf... - mais plus dans le sens où ça fonctionne entre eux, il n'y a pas d'embrouilles et où on en apprend un peu plus sur Smurf et la façon dont elle gère les choses. 

Bon, je ne vais pas détailler toute la saison, j'ai adhéré et voilà ; la première partie de la saison est géniale, la deuxième est grandiose ! Tout s'accélère, s'enchaîne dans un rythme effréné, on se demande comment les personnages ont pu en arriver là et comment ça va bien pouvoir se terminer. 
On craint ce qui peut leur arriver. Bon ok j'avoue, je n'ai eu peur que pour Pope qui est de très loin mon préféré de tous. Il est vraiment le plus attachant, il est le plus sain d'esprit (bon Deran et J mis à part on va dire) mais il est aussi le plus manipulable. 
On a vu l'année dernière à quel point il est le pantin de Smurf, mais dans cette saison, je ne sais pas trop. Je ne m'attendais juste pas du tout à ce que ça se passe comme ça entre Baz et Pope, j'étais déjà en déprime, je le voyais déjà balancé dans l'océan pacifique et on en parlait plus, mais non, non non et non, il est toujours là et comment dire à quel point j'en suis heureuse ! 


Animal Kingdom, saison 2.


C'est bête à dire, mais j'ai eu le même problème qu'avec la dernière saison de Kingdom dont je vous parlais il y a quelques semaines, c'est-à-dire qu'on nous fait suivre une même intrigue durant quelques épisodes, ici bah c'est le vol de l'église ou même la relation de Pope avec celle qu'il rencontre là-bas - gros trou de mémoire, impossible de retrouver son nom, mais bref - et puis d'un coup, affaire classée on en parle plus. Bon après c'est vrai qu'il faut dire qu'on a de quoi s'occuper avec Smurf qui est mise sur le banc des accusés, mais quand même ! Enfin personnellement j'ai pas oublié que la police s'est ramenée chez Pope et tout, que c'est un peu tendu pour lui ! Peut-être qu'on nous en reparlera dans la prochaine saison, mais ça veut dire qu'il faut qu'on attende un an pour ça et je dis non ! 

Je parlais de l'image de la femme dans la première saison, si mes souvenirs sont bons je disais que Smurf était bien la seule à faire bonne figure dans le sens où elle est une femme avec du pouvoir mais là, c'est la débandade, l'échec complet. Du début de la saison jusqu'à la fin, elle n'est que l'ombre d'elle-même, abandonnée de tous, attachée dans une chambre d'hôtel miteuse, menacée de mort, trahit par son fils, bref elle est au fond du trou et donc pour la femme forte, on repassera. 
Aucun besoin d'aborder Nikki, elle est tout aussi inutile que lors de la saison précédente, et nous confirme que la seule chose pour laquelle elle est bonne, c'est se droguer... 
Mais on a Lucy maintenant, la nouvelle patronne qui m'a tout l'air d'être une sacrée bonne profiteuse dont il faut se méfier. 
Bon bah voilà, la vision de la femme se trouve être une fois encore complètement rabaissée et dégradée par des personnages insignifiants (Nikky et la copine dealeuse de Craig qui est sans doute la fille la plus débile de toute la série) ou alors des personnages qui ne sont en réalité que des arnaqueuses/kidnappeuses (Lucy). 

Mais ça reste à nuancer parce qu'au final même si Smurf mord la poussière, elle garde quand même un certain contrôle sur la situation - elle donne procuration à J et ainsi bloque les plans de Baz, elle révèle la vérité à ce dernier sur la disparition de Cat - elle a toujours les cartes en main c'est vrai, et ça montre sans aucun doute à quel point elle peut être à craindre. 
Néanmoins, je ne suis pas sûre que ça donne une bonne image que d'être Smurf... 


Maintenant que c'est terminé, il faut attendre. Bon le point positif est que la série est renouvelée donc on aura forcément une suite, mais il y a tellement de choses sur le feu, la saison se termine tellement sur les chapeaux de roue que ça va être difficile. Personne n'est à l'abri (en tout cas, certains le sont bien moins que d'autres) et trop de questions restent sans réponse. Que va-t-il arriver à Baz ? à Smurf ou même J ? et surtout à Pope ? 







mercredi 14 février 2018

Le Coin des libraires - #85 L'immense regret qui me conduit sur le chemin de chez moi d'Alain Sevestre

L'immense regret qui me conduit sur le chemin de chez moi (on parle de ce nom à rallonge ?) d'Alain Sevestre fait partie de la rentrée d'hiver 2018 et il faut bien dire que sans Babelio et sa masse critique, je ne l'aurais toujours pas lu. 

L'année dernière à la même période j'ai eu la chance de recevoir Ressentiments distingués de Christophe Carlier, un Phébus là aussi. La différence majeure entre les deux est que j'avais bien accroché au premier et malheureusement, j'ai beaucoup moins accroché avec celui-ci. 


« Elle est arrêtée derrière la porte close. Elle lève la tête vers le plafond de la cage d’escalier, bouche ouverte, cherche de l’air.
Elle descend l’escalier en somnambule. En bas, sur du plat, c’est moins évident, elle appuie l’épaule contre les boîtes à lettres, il va falloir sortir.
Et puis, ce printemps. Partout, dans les squares, dans l’air, dans les arbres, même si on ne peut plus leur faire confiance, partout, c’est le printemps, le jour plus clair plus tôt, et des gens qui ne savent pas comment s’habiller pour la journée, se ravissent. L’implacable printemps.
Elle marche dans la rue. Marcher, c’est facile. Elle marche beaucoup. »

Alain Sevestre nous offre l’inoubliable portrait d’une femme qui aime.



Je trépignais d'impatience de le recevoir, rien que pour l'objet. Je trouve les romans des éditions Phébus très beaux, très agréables au touché avec souvent de très belles couvertures - oui, vous savez maintenant qu'une couverture suffit à me faire acheter et donc lire un livre... -, mais déjà là, je trouvais la couverture de celui-ci moins jolie que d'habitude. En tout cas, bien moins jolie que celle de l'autre roman sortie en même temps : Histoire vraie de nos vies formidables d'Elizabeth Crane qui me fait très envie. 
Non mais honnêtement, quelqu'un peut-il m'expliquer cette couverture ? enfin voilà, perso j'adhère pas du tout... d'ailleurs, peut-être que ça aurait dû être un signe suffisant, peut-être que ça voulait déjà dire que ce livre n'était pas fait pour moi, mais tant pis, je l'ai reçu et maintenant il est lu donc c'est trop tard. 

Plus sérieusement, j'exagère un peu. Je n'ai pas envie qu'on pense que je démonte un bouquin juste comme ça, en vérité cette lecture n'a pas non plus été catastrophique, j'ai pas galéré à le terminer ou quoi. C'est simplement, que, bah je suis restée hermétique aux personnages et donc à l'histoire évidemment. 


L'immense regret qui me conduit sur le chemin de chez moi d'Alain Sevestre, éditions Phébus.


On suit donc Camille, journaliste parisienne et amoureuse perdue. J'ai, de prime abord, était intéressée par l'intrigue autour du journal où elle bosse, le fait que la direction ait changé, que plein "d'anciens" décident de prendre le large. J'ai trouvé ça franchement prometteur, mais à l'image du bouquin entier, j'ai trouvé que c'était bien trop survolé, au final tout semble être un prétexte pour suivre une fille paumée dans sa tête, qui ne fait que divaguer au fur et à mesure des pages, pour en venir à la conclusion que son pote nous a donné dès le début du livre. 

Oui, je crois que c'est ça mon problème avec cette oeuvre, pas une fois j'ai eu l'impression que Camille était dotée de sentiments réels, pas une fois j'ai ressenti de l'empathie pour elle ou même quoi que ce soit d'autre. Je suis restée passive tout du long et c'est véritablement ce qui m'a dérangé.
Alors oui, peut-être que je suis complètement passée à côté de l'histoire, peut-être que j'aurais dû me laisser envoûter que ce soit par la plume ou par cette femme, mais tout ce qui me sautait aux yeux, c'était l'absence. Absence de profondeur, d'épaisseur, d'intérêt, d'enjeux tout simplement. 

Je lisais tout en me disant qu'il n'y avait pas d'évolution depuis le début, que je pouvais bien continuer à lire, les personnages apparaissaient toujours aussi fades et surtout inconnus. Les deux hommes dans la vie de Camille sont des ombres, on ne sait quasi rien d'eux à part deux-trois éléments à la volée. On ne peut pas s'attacher à des personnages avec aussi peu de détails, comment s'attacher à un personnage si on ne le connaît pas ? 

Et puis, comment apprécier une histoire si on ne voit pas où l'auteur veut nous mener ? Non mais en réalité, c'est surtout à cause de ce moment, lorsque Camille boit un coup avec ses amis et qu'ils lui parlent des deux hommes dans sa vie où on lui dit avec qui elle finira et je me suis dit "si c'est ça la conclusion, c'est pas possible" et pourtant... 


En vérité je vais m'arrêter là, je n'ai pas envie de dégoûter des lecteurs potentiels, après tout ce n'est pas parce que je n'ai pas aimé que vous n'aimerez pas - après tout, contrairement à moi, beaucoup ont aimé Les gens heureux lisent et boivent du café... 
Finalement, je dirais simplement que je n'ai pas accroché à la quête et à toutes les péripéties qui mènent à cette conclusion. C'est un peu un tout et même le style de l'auteur n'a pas pu sauver mon appréciation. Je n'ai jamais lu d'Alain Sevestre auparavant donc je ne sais pas si c'est ce livre qui me pose problème ou plus les écrits de cet auteur, mais dans tous les cas, je suis contente de pouvoir dire que cette lecture, aussi rapide fut-elle est loin d'être mémorable, et qu'elle est même un peu décevante.


"Ça sera encore plus difficile de vivre parce que au moins quand tu es avec quelqu’un, tu n’y penses pas, ou peu. Quand on est seul, c’est encore plus difficile d’être."

Alain Sevestre, L'immense regret qui me conduit sur le chemin de chez moi









samedi 10 février 2018

Le Coin des libraires - #84 Seuls les enfants savent aimer de Cali

Tout d'abord je tiens à remercier les éditions du Cherche midi pour ce livre, j'ai eu l'agréable surprise de le recevoir la veille de Noël et ça m'a énormément touché alors, un grand merci.
Cali n'est pas un artiste que je connais particulièrement. Disons que je le connais de nom, que j'ai déjà entendu certaines de ses chansons, mais ça ne va pas au-delà de ça, ce n'est donc pas pour l'auteur si j'ai eu envie de rapidement lire Seuls les enfants savent aimer. 


Seuls les enfants savent aimer.

Seuls les enfants aperçoivent l'amour au loin, qui arrive de toute sa lenteur, de toute sa douceur, pour venir nous consumer.

Seuls les enfants embrassent le désespoir vertigineux de la solitude quand l'amour s'en va.

Seuls les enfants meurent d'amour.
Seuls les enfants jouent leur coeur à chaque instant, à chaque souffle.
À chaque seconde le coeur d'un enfant explose.
Tu me manques à crever, maman.
Jusqu'à quand vas-tu mourir ?



J'ai attendu de passer mes derniers examens pour pouvoir me plonger dans ce roman et ainsi pouvoir le lire rapidement si l'envie m'en prenait. 
La thématique du roman n'est pas neuve puisque l'auteur nous parle de sa mère, plus précisément de sa disparition. Les récits sur les mères ne manquent pas en littérature - je vous parlais récemment de Rien ne s'oppose à la nuit... 
Et pourtant, j'ai réellement aimé lire ce livre, je n'ai pas trouvé qu'il était moins pertinent ou intéressant qu'un autre, ce qui aurait pu être possible étant donné que l'auteur n'est pas "écrivain de métier" - écrivain dans le sens d'écrire des livres, il est compositeur et auteur, mais de musique, la démarche est quand même différente. 


C'est par la grande porte que l'on entre dans l'histoire, par une immersion directe et brutale puisque le petit Bruno, âgé d'à peine 6 ans, nous ramène au moment de l'enterrement de sa mère. C'est bien évidemment le moment fondamental, on se concentre bel et bien sur ce manque de la mère, sur cette disparition trop rapide (elle avait une trentaine d'années). 
C'est la fêlure et on va s'attacher à nous raconter comment un jeune garçon qui a perdu sa mère voit le monde, comment il tente de continuer à vivre malgré tout. Des moments où sa mère était encore présente, on ne sait au final pas grand chose, elle nous est esquissée de manière assez intimiste, par pudeur peut-être. 

Quoi qu'il en soit le but du livre n'est pas d'écrire une sorte d'éloge à sa mère disparue, enfin personnellement, je l'ai surtout vu comme une manière de lui rendre hommage évidemment, mais aussi peut-être d'exorciser une douleur contenue trop longtemps. L'homme qu'est devenu le petit Bruno a peut-être ressenti ce besoin d'enfin parler et de dire la douleur que c'est de perdre sa mère aussi jeune. 


Seuls les enfants savent aimer de Cali, éditions Cherche midi.


J'ai aimé cette façon de reprendre des interrogations enfantines en quelque sorte, de poser des questions telles que "Jusqu'à quand tu vas mourir ?", ça permet de rappeler que même si c'est un homme adulte qui s'adresse à nous, c'est sans aucun doute avec son regard d'enfant qu'il se remémore cette période et forcément, ça rend le récit plus poignant que si c'était simplement rétrospectif.

En revanche, j'ai trouvé certains passages assez longs, enfin disons plutôt que certains passages ne m'ont pas énormément passionné, c'est le cas par exemple des moments passés à l'école. Je comprends la nécessité de contrebalancer la mort de la mère avec le fait que malgré tout la vie continue, malgré tout un enfant qui vient de perdre sa mère doit bien retourner à l'école et accepter le regard des autres, c'est simplement que personnellement, j'ai pas hyper adhéré. 

J'ai trouvé cool le fait qu'on nous ne en dise pas des tonnes sur toute sa famille. Au final, il nous parle un peu de son frère et sa soeur, un peu de son père (qui est d'ailleurs toujours très touchant dans sa tristesse...), mais on ne s'attarde pas trop. On s'attarde moins sur eux que sur son meilleur ami, Alexandre, qui a indéniablement le second rôle. Son personnage m'est apparu comme remplaçant de cette mère trop vite disparue, un peu comme si avec avec la mort, Bruno opérait un glissement familial. Sa famille qui paraît n'être plus qu'une ombre n'est pas dans la capacité de s'occuper d'un enfant qui vient de perdre sa mère, chacun ayant déjà sa propre peine à gérer, alors la famille de son meilleur ami devient sa famille et d'une certaine façon, va permettre de guérir ou du moins d'atténuer la peine.


"J’aimerais tant que la vie nous perde pour toujours. Égarés en un lieu que personne ne connaît. Un lieu où mourir heureux, le ventre déchiré d’amour."

Cali, Seuls les enfants savent aimer.


Et puis il y a ces autres passages, des fulgurances, des phrases, parfois des paragraphes qui sortent de nulle part et qui disent la douleur, qui sont des émotions à l'état pur et qui touchent, qui touchent d'une manière si brusque qu'on ne peut que souffrir un peu avec Bruno. Depuis que j'ai terminé le livre je pense beaucoup à ce moment où Bruno a un chat pour son anniversaire, et plus particulièrement à toutes les remarques qu'il fait quant à l'animal. J'y pense énormément parce que la finalité m'a déchirée le coeur, cette confirmation qui vient enfoncer encore plus un garçon qui doit faire face la tête haute et qui, en plus, se montre d'une lucidité extraordinaire. 


Enfin, je ne dirais pas que ça a été une lecture inégale parce que j'ai quand même passé un bon moment, simplement, certains passages m'ont moins intéressé que d'autres - c'est le risque quand on décide de traiter par tranches de vie, dans le sens où le récit n'est pas linéaire sur le temps - mais globalement, j'ai apprécié ma lecture. 
J'ai trouvé certains passages extrêmement bien écrits et surtout vrais, je ne sais pas si l'auteur a eu du mal à se remémorer, à "écrire ses sentiments", mais pour moi, il ne fait pas de doute qu'il a décortiqué des émotions avec une grande justesse et c'est sans doute ce que je garderai de ce livre. 


"C’est donc ça, la vie : des rêves qui se noient petit à petit, un sac où s’entassent pêle-mêle amours et joies, des chagrins qui pèsent et vous emportent vers le fond ? Un sac que l’on porte en vacillant ; alors on chute ; notre vie se blesse à chaque mètre."

Cali, Seuls les enfants savent aimer.









samedi 3 février 2018

Le Coin des libraires - #83 Journal d'un recommencement de Sophie Divry

Ce n'est plus un secret pour personne, je collectionne désormais tous les ouvrages de la collection Notabilia et ce, depuis un an maintenant. 
Comme c'est une collection qui existe depuis 2013, il est difficile de trouver les premières parutions si bien qu'il faut les commander pour la plupart et comme je déteste commander sur Internet - le problème de l'attente...  - et bien, il me manque beaucoup des premières parutions. 

Néanmoins, après avoir lu le tout premier avec Dernier voyage à Buenos-Aires de Louis-Bernard Robitaille, je me suis procurée le troisième qui est Journal d'un recommencement de Sophie Divry


Journal d’un recommencement est un regard neuf sur une institution vieillissante, regard posé par la jeune narratrice sur l’Église catholique. Elle s’interroge sur les rituels qui réunissent les chrétiens tous les dimanches, elle qui perçoit sa propre croyance non pas comme un aveuglement mais comme une énigme.

À travers le journal de visites paroissiales, alliant introspection et observations teintées d’humour, Sophie Divry parvient à dresser un tableau tout en subtilité sur la vie d’une communauté de croyants.

Sa plume sobre, jamais complaisante, navigue avec bonheur entre différents registres pour nous livrer un récit inhabituel et bouleversant.


Je ne connaissais pas Sophie Divry avant l'été 2016, avant que son livre Quand le diable sortit de la salle de bain fasse grand bruit. Ce roman m'intriguait déjà énormément si bien que je l'ai acheté - mais pas encore lu car j'aimerais lire ses livres en fonction des parutions et celui-ci est son troisième roman publié chez Notabilia, alors je vais devoir attendre encore un peu. 


Journal d'un recommencement est extrêmement court puisqu'il ne fait que 80 pages, il se lit d'une traite un peu comme Les enfants de Dimmuvík de Jón Atli Jónassón, mais pas pour les mêmes raisons. 
Les enfants de Dimmuvík m'a marqué pour sa dureté et sa froideur, Journal d'un recommencement m'a marqué pour la force des interrogations et la pertinence de la Foi dans l'Eglise catholique aujourd'hui. 

On suit une jeune femme, on ne sait pas grand chose sur elle si ce n'est qu'elle a grandi dans une famille croyante et qu'elle a "décidé" de devenir athée à l'âge de 14 ans. Comme son titre l'indique, c'est sous forme de journal intime que la narratrice va nous parler, c'est le journal d'une femme qui renoue peu à peu avec la religion, qui retrouve la foi et s'interroge sur ce qu'est être croyant aujourd'hui, sur la place de la religion dans la vie et ce que ça peut apporter. 

Ce petit livre est divisé en chapitres tels que "le besoin", "le doute", "la pitié", "le recommencement", qui sont eux-mêmes divisés par des "moments", des passages où la narratrice se trouve dans une église et écrit son état d'esprit, son ressenti par rapport à ce lieu spécifique. Il arrive qu'on retrouve la même paroisse, mais d'autres fois, la narratrice va dans une autre église ce qui permet d'enclencher toutes sortes de questionnement - par exemple l'aspect décrépi des lieux ou encore le manque de fidèles. 


Journal d'un recommencement de Sophie Divry, collection Notabilia.

J'ai vraiment aimé me plonger dans ce livre parce que j'ai trouvé les interrogations de la narratrice tout à fait pertinentes. En partant de ce postulat de "qu'est-ce que l'Eglise aujourd'hui ? qu'est-ce qu'être croyant ?" on apprend vraiment énormément de choses et on se rend compte à quel point la vision de la religion (catholique ici) a changé. Pour donner quelques exemples, il y a un passage où la narratrice est avec des amis et elle prétexte quelque chose pour aller se promener et aller à l'église, elle ne dit pas qu'elle y va, sans aucun doute parce qu'elle a honte d'y aller. 
Le fait que la croyance soit devenue si peu commune de nos jours remet en perspective la religion en elle-même. L'histoire montre l'importance qu'a eue l'Eglise dans la vie des hommes et ce, durant des siècles et des siècles et aujourd'hui, il semblerait que la roue ait tourné et que le manque de fidèles entraîne une décrépitude de la pratique, mais aussi des lieux de cultes. 

J'ai été choquée de voir la différence de nombre de prêtres ordonnés en France : 1033 en 1950 et seulement 83 en 2010, on peut difficilement mieux illustrer cette ruine. 
Et puis, il y a aussi ce mini-chapitre qui est très différent du reste du livre par sa forme, en effet, il s'agit d'un dialogue à trois voix, une conversation autour de l'abandon des lieux de culte, autour des églises - ici l'église du Bon-Pasteur - qui se retrouvent fermées parce qu'il n'y a plus suffisamment de prêtres ni de fidèles. 

Je crois qu'on ne se rend pas vraiment compte de l'agonie de la religion de nos jours, je crois qu'il faut avoir été croyant et même pratiquant pour le remarquer. N'ayant pas été forcée de faire du catéchisme ni même d'assister à la messe, je ne peux pas dire que c'est un sujet que je connais puisque dans tous les cas, je ne suis pas croyante. Mais je dois dire que je suis attristée de voir de si beaux bâtiments laissés en ruine par manque de moyens, par manque d'intérêt pour ces anciens lieux de vie. 

Il y a énormément d'églises là où je vis, notamment une dans le centre-ville qui me paraissait être peu fréquentée. Je passe devant un nombre incalculable de fois et jamais je ne suis rentrée. 
Et puis j'ai lu ce livre, j'ai énormément réfléchi dessus et je me suis décidée à entrer dans cette fameuse église et je ne sais pas ce que je voulais y voir exactement, mais j'étais curieuse. Je suis entrée et j'ai trouvé un bâtiment vide, pas une âme qui vive, rien, simplement le silence.
C'était un moment agréable c'est vrai, je me suis retrouvée entièrement seule dans un lieu magnifique et c'était un sentiment de quiétude ou quelque chose qui s'en rapproche, mais j'étais aussi peinée de voir qu'il est désormais déserté. 
N'étant pas croyante je ne vais pas commencer à investir les lieux de culte comme ça, mais j'aime le bâtiment, ça fait partie de notre patrimoine et je suis peinée de voir des églises à l'état d'abandon, des monuments qui autrefois ont accueilli des tas de personnes et qui maintenant, se trouvent être abandonnés, c'est dommage. 


Mon premier Sophie Divry donc et un premier pari réussi, le prochain que je dois lire (et donc me procurer) est La condition pavillonnaire et après ça, je pourrais enfin m'atteler à Quand le diable sortit de la salle de bain et surtout à Rouvrir le roman, son dernier livre paru en février dernier qui est un essai sur le roman comme son nom le laisse présager - vivement donc ! 


"Sans doute nos anciens savaient nommer ces émotions : béatitude, grâce, oraison, mais là ; cette musique ; cette douceur ; cet échec pour les dire. Ainsi de toutes ces questions transmises de génération en génération , « vivre en conformité avec l’évangile », ces voyages dans l’âme, ces combats du tréfonds : chacun les saisit par ses propres moyens, de plus en plus faibles ; les réponses ; de plus en plus obscures ; nous sommes balbutiants ; car s’il n’y a plus de mots, notre for intérieur, comment survivra-t-il ? Ainsi de mon ignorance devant cette musique que je ne peux nommer ; qui correspond pourtant à un dépôt de mémoire en moi ; un dépôt que d’autres auraient laissé et que j’écoute sans comprendre."

Sophie Divry, Journal d'un recommencement.






Le Coin des libraires - # Le château (#1 trilogie des Ferrailleurs) d'Edward Carey

L e château , publié en 2013 en Angleterre et en 2015 en France, n'est autre que le premier volet de la trilogie des Ferrailleurs , écr...