dimanche 30 août 2020

Le Silence des vaincues de Pat Baker

Les vaincus sont les oubliés de l’Histoire, et leur version des faits meurt avec eux.

 

 La mythologie grecque continue d’avoir le vent en poupe. On la trouve partout : au cinéma, dans la littérature jeunesse, chez des auteurs comme Madeline Miller ou plus récemment chez Pat Baker. 


S’il ne devait y avoir qu’un seul point de comparaison entre les deux, il s’agirait du caractère féministe des héroïnes, de leur capacité de résilience. 




Mais Circé, la magicienne, petite-fille d’Océan et fille d’Hélios, le soleil n’a rien à voir avec Briséis, ancienne reine de Lyrnessos, devenue captive d’Achille après que celui-ci ait tué son mari et ses frères. 


Voilà neuf ans que dure la guerre de Troie. 

Neuf ans que les massacres s’accumulent et que les achéens se rapprochent petit à petit du but : faire tomber Troie. 


Suivre le point de vue de Briséis créer un sentiment de lenteur. La guerre fait rage mais les événements se découlent presque au ralenti dans le camp, où il n’y a rien à faire si ce n’est attendre, si ce n’est suivre de ses propres yeux la ruine des troyens. 


Briséis mentionne ses comparses, toutes ces femmes enlevées et gardées captives. Parmi elles, la captive du roi des Grecs, Chryséis, fille du prêtre troyen d’Apollon. 

Le père viendra supplier Agamemnon de lui rendre sa fille, ce à quoi le  « roi » des Achéens se refuse. 

À que cela ne tienne, Apollon, fou de rage, abat la peste sur le camp. 


C’est véritablement à partir de ce moment que je suis entrée dans le livre. 

Le démarrage est assez lent, on suit Briséis mais je n’avais pas cette étincelle qui donnait envie d’aller plus loin. Et puis une fois la colère d’Apollon abattue sur le camp, c’était parti. 


Raconter Briséis c’est raconter toutes les captives, celles qui ont été rendues esclaves et dont on ne parle pas. 

Trophées des Grecs elles sont des esclaves et doivent être considérées comme telles. 

Il n’y a rien de beau à être la captive d’Achille, à devoir supporter sa haine, à devoir supporter de partager la couche d’un homme qui a décimé ton mari, ta famille, ta ville. 


Pat Baker insiste sur l’aspect peu reluisant qui est toujours caché. On préfère s’arrêter sur la bravoure de ces hommes, sur la ruse d’Ulysse, le génie guerrier d’Achille, etc., plutôt que de soulever un élément incriminant : les meurtres et les viols commis afin de gagner la guerre, de récupérer cette « salope » d’Hélène et de rentrer chez soi, enfin. 


L’auteure brosse un portrait attachant de Patrocle, sans doute seul représentant positif de la gente masculine. 

Achille, lui, est dépeint comme un homme, ni plus ni moins. Un homme hanté par l’abandon de sa mère, orgueilleux comme un mortel à qui l’on aurait ôté son jouet (Briséis), forcé de regarder la vérité en face : son seul ami est mort à cause de son orgueil. 


Rien n’est épargné dans Le Silence des vaincues. La douleur, la crainte, la peur… et avec elle la confrontation de l’étranger. 

Briséis n’est qu’un trophée troyen aux yeux d’Achille. Jusqu’à ce qu’elle apparaisse comme une alliée sans le vouloir et alors débute une étrange relation. 


Pat Baker nous entraîne au coeur de la guerre de Troie qui en est à ses derniers balbutiements. 

Elle nous raconte une histoire méconnue, non plus celle des héros mais celle des captives, héroïnes de leur propre histoire.

Il y a des passages à vide, traduisant l’ennui, le côté palpitant est absent pour laisser place à la banalité du quotidien. Briséis ne fait pas la guerre, elle attend sagement qu’il se passe quelque chose. 

L’aspect le plus intéressant concerne évidemment cette histoire des vaincues comme son nom l’indique. Non, ces héros qui ont bercé notre enfance et continuent de nous fasciner n’étaient pas des bons gars, non ce n’était pas à proprement parler des « héros ». 


La figure de Briséis est méconnue dans la mesure où tout ce qu’on sait d’elle est qu’elle était reine troyenne et qu’Achille l’a prise comme captive. 

Pour le reste, une fois la mort d’Achille survenue, c’est le silence radio. 

En choisissant cette figure inexploitée, l’auteure parvient à intéresser : en s’attachant à elle, on s’attache à toutes les captives, on relativise les histoires rabattues et on comprend alors que les héros sont eux aussi coupables. 


Mais vous voyez le problème, non ? Comment pourrait-on bien éprouver de la pitié ou du chagrin face à cette liste de noms intolérablement anonymes ? 



Le Silence des vaincues de Pat Baker traduit par Laurent Bury, aux éditions Charleston 

dimanche 23 août 2020

Alabama 1963 de Ludovic Manchette & Christian Niemiec

 Le titre parle pour lui-même. C’est-à-dire qu’on va parler ségrégation évidemment. 

1963 c’est l’année du célèbre et magnifique discours de Martin Luther King, prononcé le 28 août. 

1963 c’est l’année où Kennedy a été abattu le 22 novembre. 

1963 c’est (fictivement) l’année où quelques fillettes noires (évidemment) ont été  enlevées, violées puis tuées. 



Alabama 1963 ça raconte l’histoire d’un racisme ambiant, d’une haine des blancs pour les noirs, d’une haine des noirs pour les blancs. 


Adela, veuve avec des enfants est femme de ménage. Sa semaine est découpée en fonction des « clients » pour lesquels elle travaille. 

Chaque jour correspond à une maison, à une personnalité. 

Il y a les racistes, celles qui ne se rendent même pas compte des débilités qui sortent de leur bouche. 

Et puis il y a les autres, ceux qu’on découvre au fur et à mesure, ceux qui sont minoritaires et qui apportent un souffle d’air frais à cette histoire qui empoisonne. 


Tout commence doucement. 

Adela a dû prendre son gamin avec elle, pas le choix. Mais voilà qu’il est découvert et que la maîtresse de maison, une bonne blanche bien comme il faut est choquée d’entendre sa voisine lui raconter que le gamin noir a touché sa gamine blanche. 

Grand Dieu. 

L’unique solution : merci au revoir. 

Enfin plutôt au revoir, pour le merci, Adela peut toujours rêver. 


Courageuse et battante Adela doit désormais trouver quelqu’un pour remplir ses mercredis et samedis. 

Par un coup du sort, elle va tomber sur un ancien flic reconverti en détective privé après avoir été viré : Bud Larkin. 


Bud à la base il est vraiment détestable. 

Noyé dans l’alcool et incapable de faire quoi que ce soit. 

Mais même s’il est franchement raciste il est missionné pour enquêter sur la disparition du Dee Dee, une ado noire qui a disparu et pour laquelle la police ne fait rien. 


Mais dans un monde où la couleur sépare les êtres, Bud va être confronté au silence, au refus de parole. Dès lors, comment enquêter ? 

C’est là qu’Adela entre en scène. 


Alabama 1963 c’est pas qu’une enquête. Pour moi ce n’est pas ça du tout, et si ça l’était, honnêtement le roman serait bien pauvre, notamment parce que l’enquête piétine trop et qu’on n’a aucune idée du tueur avant que la narration nous le dévoile — ce qui est, je trouve, la faiblesse du livre. 


Alabama 1963 c’est l’apprivoisement. 

C’est la preuve que chaque être humain peut changer et accepter l’autre. 


Il y a quelques éléments qui font que j’ai adoré (et dévoré) ce livre. 

D'abord on sent bien l’aspect cinématographique dans l’écriture. Il y a ce côté imagé qui permet d’avoir une idée très précise des événements. Évidemment c’est lié au fait que les deux auteurs, Ludovic Manchette et Christian Niemiec sont traducteurs pour le cinéma. 


Ensuite il y a le côté stéréotypé qui est annihilé par l’écriture justement. 

Oui il y a bon nombre de situations qui sont des clichés sur patte : la bonne noire qu’on prend forcément pour une voleuse, le détective désabusé qui est seul et qui tise à longueur de journée, les policiers blancs qui sont les pires racistes possibles… 


Et malgré ça, les deux écrivains arrivent à contrer l’aspect redondant pour donner à voir une rencontre formidable, une amitié entre deux êtres que tout oppose, entre les rumeurs et les menaces, entre la peur et la générosité. 

Adela et Bud forment un duo extrêmement attachants parce qu’ils ne sont plus des stéréotypes, parce qu’ils parviennent à sortir du carcan pour exister. 


L’enquête en tant que telle je l’ai trouvé évidemment intéressante mais comme je le disais je ne me suis pas trop attardée dessus. Je l’ai trouvé trop obscur, qu’elle traînait en longueur et surtout qu’on apprenait rien — ça c’est vraiment dommage. 

Mais les personnages, les situations… waouh !


Il y a des scènes grinçantes, elles font rire malgré elles, d’un rire jaune mais quand même. 

Je pense à un passage, le plus marquant pour moi parce qu’il m’a fait mourir de rire en dépit de la situation : tous les samedis Adela et ses amies font leur lessive à la laverie, évidemment réservée aux noirs mais voilà qu’une canadienne entre et cela donne lieu à quelque chose de drôle, mais drôle !!


En réalité ça n’a rien d’amusant mais ici ça donne un souffle d’air, une respiration qui est la bienvenue dans ce roman où les « trois lettres » (KKK) brûlent des croix dans les jardin, où la police s’active pour retrouver une gosse blanche partie chez une amie mais reste le cul confortablement installé sur son siège de bar dès lors qu’il s’agit d’une gamine noire.


Les discussions entre Adela et ses différents employeurs au fur et à mesure de la semaine sont tantôt glaçantes par leur racisme, tantôt drôles par le rejet des convenances, ce à quoi Adela a du mal à se faire (« quoi ? Adela est montée dans la voiture d’un blanc ?! »…) 


J’aurais adoré une suite, vraiment j’aurais voulu qu’il y ait d’autres enquêtes au coeur de cette Alabama, avec ce même duo que tout oppose et qui est diablement attachant. 

J’aurais vraiment voulu. 

Mais la fin est arrivée et avec elle la prise de conscience que non il n’y aura pas de suite. Qu’il va falloir laisser Adela et Bud. 

Et c’est avec conviction que je conclus en disant que c’est malheureux, parce qu’honnêtement, j’aurais bien pris du rab. 







mercredi 19 août 2020

Mangeterre de Dolores Reyes

Les morts ne traînent pas chez les vivants, il faut que tu comprennes ça.      

Ceci est la première phrase du roman. Si d’ordinaire on aurait tendance à penser qu’elle est vraie, force est de constater que le roman va s’évertuer à lui donner tort. 

Mangeterre a perdu sa mère et son père, mais lui, il est parti on ne sait où. 

Mangeterre elle vit seule avec son frère Walter et sa tante. Jusqu’à ce que celle-ci ne supporte plus les bizarreries de sa nièce. 




Capable de ressentir la douleur, de retrouver les disparus en mangeant de la terre, l’héroïne est à la fois considérée comme une folle à lier, une pestiférée à éviter, et une alliée bien utile dès lors qu’un proche a disparu. 


Ça commence avec la mère mais ça va surtout continuer avec Ana, l’institutrice que Mangeterre va réussir à retrouver… morte.

Premier palier, première fuite. La solitude réapparaît. 


Par la suite ce qui devait être unique, ponctuel à la limite va devenir une sorte de commerce. 


On a deux histoires avec ce roman argentin. La première c’est celle d’une fratrie très pauvre qui s’en sort avec les moyens du bord. Une famille où la « Play » et la « Zique » tiennent une place de choix dans le quotidien. 

La deuxième c’est l’histoire d’une voyante, presque d’une sorcière. C’est l’histoire de l’héroïne qui se force parfois, puis souvent, à manger de la terre pour retrouver les disparus des autres.



Les deux histoires s’entrechoquent à tel point que la deuxième prend le pas sur la première sans pour autant la minimiser. Le quotidien de Mangeterre et Walter il est passionnant, entre flemme intersidérale et peur de sortir de chez soi. 

Le réalisme du quotidien s’imbriquent dans la magie du pouvoir de l’héroïne pour mieux le mettre en perspective. Pour finalement donner un roman hypnotisant et déroutant dans un style actuel et qui détonne avec la gravité du sujet. 


C’est parce qu’il y a cette accroche au réel, ce lien avec Walter que les capacités de Mangeterre apparaissent comme crédibles. 

Cette sorte de réalisme magique c’est le coeur même du roman. 


« Je commençais à me rendre compte que les gens à la recherche d’une personne ont un trait distinctif, une marque près des yeux, de la bouche, un mélange de douleur, de colère, de force et d’attente qui prend corps. Quelque chose de brisé où vit celui qui ne revient pas. »     


Au fur et à mesure des années notre héroïne grandit, elle n’est plus l’enfant qui a mangé la terre pour savoir ce qui était arrivée à son institutrice, elle n’est plus celle qui a été abandonnée par un copain de son frère ; celui qui a pris ses jambes à son cou par peur. 

Parce que oui, un des éléments les plus intéressants de ce livre c’est les sentiments que Mangeterre fait ressentir aux autres. 

Entre gentillesse et dégoût, entre insignifiance et peur. 


Est-ce qu’on peut considérer qu’il s’agit d’un don ou d’une malédiction ? 

Est-ce que c’est vraiment un cadeau que de se retrouver aux côtés d’une ado séquestrée ? ou sur un terrain vague avec face à soi, un corps sans vie ? 


Dolores Reyes traduit toute l’ambivalence qu’il y a à être doté d’un si grand pouvoir.

De la douleur physique aussi de devoir en passer par là, par la nécessité d’engloutir de la terre. 

De la crainte qu’on ressent autant que du besoin de recourir à ses services. 


Mais en réalité Mangeterre n’est pas que Mangeterre. 

Celle qui n’a pas de prénom et qui est simplement désignée par sa fonction (son don ou sa malédiction en fonction de là où on se positionne) est en réalité bien plus que cela. 

Elle est une fille abandonnée, une solitaire qui ne demande qu’à être aimée. 


J’ai adoré l’usage de la langue, l’insertion de mots « jeun’s » pour parler du quotidien et de sa banalité. J’ai été prise dans une histoire qui se dévore littéralement. 

Où Mangeterre va-t-elle arriver ? Va-t-elle finir par mourir à cause de toute cette terre ? Va-t-elle continuer à entasser les bouteilles dans son jardin ou au contraire va-t-elle décider d’arrêter, de suivre les conseils de sa tante puis d’Ana et de vivre sa vie ? 


En distillant des passages oniriques entre la banalité du quotidien et la difficulté de regarder la barbarie en face, Dolores Reyes donne à voir un premier roman réussit, une goutte au coeur de la rentrée littéraire. Mais une goutte qui peut devenir océan. 


Mangeterre c’est même pas 200 pages de pur délice, c’est l’invitation d’un ailleurs (comme toujours avec la littérature étrangère chez L’Observatoire), c’est la rencontre d’un quotidien qui frôle le misérable avec un pouvoir immense et destructeur. 

Soulignons enfin l’excellente traduction d’Isabelle Gugnon, qui fait que ce roman est aussi bon à déguster ! 



📅 Mangeterre de Dolores Reyes, traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon aux éditions de l’Observatoire, paru le 19 août 2020. 


dimanche 16 août 2020

Circé de Madeline Miller

 Madeline Miller qui a déjà écrit Le Chant d’Achille s’est intéressée à Circé pour son deuxième roman. 

Je lui dirais que certaines personnes sont comme des constellations qui ne touchent la terre que l’espace d’une saison.


Enseignante spécialiste du grec et du latin, l’auteure a souhaité faire connaître plus facilement les héros qui peuplent les écrits antiques. 



Circé, figure de magicienne généralement représentée péjorativement, du moins comme une ennemie dans l’Odyssée (elle empêche Ulysse de repartir pour retrouver sa femme Pénélope à Ithaque) devient ici protagoniste et même héroïne. 


Madeline Miller s’inspire des mythes autour de la figure de la magicienne pour construire son histoire. 

Ainsi tout commence au palais d’Océan, grand-père de Circé, qui est la fille de Persé (nymphe aquatique) et d’Hélios (dieu du Soleil, parcours le ciel avec son char) où Circé, dotée d’un physique ingrat et d’une voix jugée insupportable va devoir accepter la solitude mais aussi la méchanceté des nymphes ou encore de ses frères et soeurs. 


Plutôt que de la dépeindre comme une méchante sorcière à l’origine de la transformation en monstre avec Scylla, Madeline Miller choisit de jouer sur la tension déesse/humaine, présent dans le mythe même de Circé. 


Son comportement ou encore sa voix, ce sont des éléments qui la rapproche de l’humanité plus que de la divinité. En témoigne son premier acte de résistance, sa rébellion contre les dieux : sa brève rencontre avec le titan Prométhée. 


Ma seule crainte avant d’entamer le livre c’était de me retrouver confrontée à une simple histoire d’amour, une histoire où Circé ne serait pas tant l’héroïne que l’amante de ce cher Ulysse. 

J’aurais pas plus me tromper… 


L’auteure dépeint une femme pleine de contradictions, une femme sensible et amoureuse, blessée et vengeresse. Elle donne à voir la solitude, le rejet, la peine aussi.

Profondément féministe Circé est une femme forte, non pas victime de son destin mais consciente de ses actes et de ses choix. 

D’ailleurs les différents hommes de sa vie traduisent bien ce besoin d’émancipation, cette forme de dépendance amoureuse qui ne tient pas à son sexe mais simplement à la force de l’amour qu’elle porte. 

Sa relation avec Hermès par exemple est passionnante pour cette raison. Loin d’être naïve, d’être une femme que l’on peut mener par le bout du nez, Circé affirme son statut paradoxal de « déesse humaine » tout en assumant ses erreurs passées et son besoin de vivre, de faire un avec la nature, de s’amender et de réparer ses torts. 


Circé c’est à la fois l’oscillation entre divinité et humanité, entre bien et mal, entre la solitude et l’accompagnement, entre les héros et les hommes. 

J’ai aimé les traits que Madeline Miller donne à Ulysse, homme désabusé, où plane l’ombre de faits héroïques. 

J’ai aimé Télégonos ce fils chéri et toutes les réflexions qui découlent de la maternité et du besoin farouche de protection. 

Enfin j’ai aimé cette fin, l’émancipation, l’amour simple. 

Je crois que jamais je n’avais autant aimé Télémaque et pourtant j’ai toujours eu un faible pour son courage. 


Plus tard, des années plus tard, j’entendrais la chanson relatant notre rencontre. Bien que le garçon qui la chantait soit inexpérimenté, manquant les notes plus souvent qu’il ne les réussissait , la douce mélodie des vers resplendissait malgré sa piètre performance. Je ne fus pas étonnée du portrait qu’on y faisait de moi : la fière sorcière s’avouant vaincue devant l’épée du héros, s’agenouillant et demandant grâce. Il semble que punir les femmes soit le passe-temps favori des poètes. Comme s’il ne pouvait pas y avoir d’histoire à moins que nous ne rampions en pleurant.


À lire si vous aimez la mythologie et si vous avez envie d’un éclairage différent sur un personnage resté trop longtemps dans l’ombre. 



Circé de Madeline Miller, traduit par Christine Auché aux éditions Pocket 






dimanche 26 juillet 2020

La pitié dangereuse de Stefan Zweig

« Mais il y a deux sortes de pitié. L’une, molle et sentimentale, qui n’est en réalité que l’impatience du coeur de se débarrasser au plus vite de la pénible émotion qui vous étreint devant la souffrance d’autrui, cette pitié qui n’est pas du tout de la compassion, mais un mouvement instinctif de défense de l’âme contre la souffrance étrangère. Et l’autre, la seule qui compte, la pitié non sentimentale mais créatrice, qui sait ce qu’elle veut et est décidée à persévérer avec patience et tolérance jusqu’à l’extrême limite de ses forces, et même au-delà. C’est seulement quand on va jusqu’au bout, quand on a la patience d’y aller qu’on peut venir en aide aux autres. C’est seulement quand on se sacrifie et seulement alors ! »


Être enthousiasmée par toutes mes lectures, c’est la promesse tacite entre Stefan Zweig et moi. Il y en a qui marquent plus que d’autres, certaines sont inoubliables, déchirantes de beauté, d’autres sont innovantes, captivantes d’humanisme. 


Mes textes préférés demeurent Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, Le Voyage dans le passé, La Confusion des sentiments ou Marie-Antoinette (et encore d’autres !)…

Avec Zweig je me suis promis à moi-même de ne pas tout lire d’un coup : il faut conserver la magie le plus longtemps possible. 


J’ai découvert Clarissa et ça a été une telle lecture qu’encore maintenant, trois ans après, je reste obsédée par cette histoire sans fin — le roman est inachevé, il a été retrouvé dans les archives de l’auteur dans les années 1980. 


Je sais que pour cette raison, j’ai entamé La Pitié dangereuse un peu à reculons. Son seul roman achevé, et voilà qu’il sera lu, lui aussi. Que me restera-t-il ? (le jour où j’aurais lu Le Monde d’hier, je pleurerai face à cette injustice de ne plus avoir d’autres chefs-d'oeuvre à découvrir…) 



Rester dans cet état d’esprit n’a jamais aidé personne alors avant même de dire ouf je me suis retrouvée prise dans le tourbillon de l’Histoire, en suivant le protagoniste, Anton, ancien officier autrichien décoré. 


Stefan Zweig adore le phénomène du récit enchâssé, il n’est donc pas étonnant si on le retrouve ici. 


Anton va remonter la ficelle de ses souvenirs pour raconter son passé, pour expliquer pourquoi il a reçu une médaille militaire et pourquoi il ne l’a mérite en rien. 

Nous sommes peu avant la Seconde Guerre mondiale — le roman a été écrit en 1939, à cette époque, l’écrivain est exilé en Angleterre. Ce lien a directement inspiré l’histoire de La Pitié dangereuse où il est question à la fois d’une dénonciation des préjugés, des convenances sociales liées à l’Empire austro-hongrois, mais aussi forcément au lien ténu entre la Première Guerre mondiale et la Deuxième ; un lien de cause à effet qu’on ressent dans l’oeuvre mais qui n’est pas du tout au centre du propos. 



1913. Anton, jeune soldat se laisse porter par les événements. Il vient d’une famille assez pauvre, il est en garnison dans une petite ville d’Autriche. Jusque-là, rien de bien méchant. Mais voilà qu’un jour il est invité avec d’autres à se rendre au château de Kekesfalva, l’homme le plus riche des environs. 

Après une soirée assez tranquille, Anton met les pieds dans le plat en invitant la fille du comte à danser. Problème, celle-ci est paraplégique.


Contre toute attente, la jeune fille, Edith, a apprécié cette remarque, elle qu’on couve à toutes heures, elle qui n’est qu’une petite fille à qui on passe tout. 

Anton sera rappelé, et encore, et encore. Si bien qu’il va se lier d’amitié avec Edith, sa cousine et le père Kekesfalva. 


C’est la première fois que je lis un livre de Zweig où le protagoniste m’est vraiment antipathique. J’ai pas du tout aimé Anton je l’ai trouvé égoïste, parfois profiteur, frôlant la perfidie… L’exemple de celui qui désire le beurre et l’argent du beurre et qui, quand il se retrouve avec rien, s’étonne et se reproche d’avoir fait n’importe quoi ! 

Un peu trop tard quoi…


Le fait de ne pas aimer le protagoniste aurait pu, dans un effet de ricochet, me détourner du roman. Il n’en est rien. 

Au contraire même j’ai adoré le livre en grande partie parce qu’Anton est une tête à claque. Un homme qui ne comprend rien, qui se fourvoie en se répétant qu’il fait le bien quand il ne fait que le mal. Un être prêt à aider autrui, mais pas au point de nuire à sa réputation, d’aller à l’encontre de ses envies, de ses sentiments. 


La Pitié dangereuse est extraordinaire de précision. Comme toujours, Zweig poursuit son analyse de la psyché humaine. 

En s’intéressant à la pitié, c’est le principe même de la compassion qu’aborde l’écrivain. Compassion forcée, compassion cherchée, la pitié est représentée sous toutes ses facettes. 


La fin est attendue dès le début, et malgré ça, il y a quand même cette déchirure. 


La Pitié dangereuse est donc le seul roman achevé de Stefan Zweig. Durant toute ma lecture j’avais une pensée pour Joseph Roth, grand ami de Zweig, mort en 1939, soit la même année que la publication de La Pitié dangereuse

Je pensais à lui et surtout à sa Marche de Radetzky, à sa propre représentation du faste passé de l’Empire autant que de ses tares. 


Les deux romans n’ont rien à voir et pourtant ils ont cette même attache aux militaires, cette même couleur pour représenter un passé dans le fond pas aussi parfait que ce qu’on pourrait croire.


Enfin parce qu’il faut bien conclure, gros point fort pour les deux autres récits enchâssés, celui de l’histoire de Kekesfalva et celui du médecin Condor, tous les deux ont eu une expérience plus qu’intense avec la pitié.


Un roman excellent, une histoire qui fait réfléchir, qui fait sortir de ses gonds, qui traduit le crime que peut représenter le poids des convenances, les ouï-dires. Un roman qui illustre l’amour enfantin, bestial, primordial, vital ; l’amour à sens unique. 


La Pitié dangereuse de Stefan Zweig, éditions Livre de poche.

Traduit de l’allemand par Alzir Hella.


« Situation effroyable, insoluble : l’instant d’avant encore, on se sentait libre, on s’appartenait et on ne devait rien à personne, et soudain on est poursuivi et assiégé, but et proie d’un désir étranger. Troublé jusqu’au plus profond de l’âme, on sait que jour et nuit une femme pense à vous, languit et soupire après vous, elle, une inconnue ! Elle vous veut, vous désire, exige que vous soyez à elle de toutes les fibres de son être, de toutes les forces de son corps et de son sang. Vos mains, vos cheveux, vos lèvres, votre corps, elle les veut, vos nuits et vos jours, vos sentiments, votre sexe et tous vos rêves et pensées. Elle veut s’associer à votre vie, vous prendre et vous aspirer avec son souffle. Toujours, que vous soyez éveillé ou que vous dormiez, il y a désormais dans le monde un être qui vit avec vous et pour vous, qui vous attend, qui veille et rêve en pensant à vous. C’est inutile que vous vous efforciez de ne pas penser à elle, qui sans cesse pense à vous, que vous cherchiez à fuir : vous n’êtres plus en vous, mais en elle. »







mercredi 22 juillet 2020

Sur quelques Notabilia...

Il est rare que j’écrive un article pour parler de quatre livres qui n’ont pas le même auteur, ni le même thème. À vrai dire, leur seul point commun est d’être des parutions des éditions Noir sur Blanc, de la collection Notabilia.



  • Place ouverte à Bordeaux de Hanne Ørstavik




Sans doute celui qui m’a le moins plu. À vrai dire j’ai vraiment hésité avant d’écrire quoi que ce soit dessus. Mais je me dis que même même si je n’ai pas grand chose à en dire, c’est important aussi de parler des oeuvres qu’on n'a pas aimé. 


J’adore cette couverture, et puis je trouvais le nom évocateur, surtout la mention de Bordeaux pour un livre écrit par une norvégienne, c’est assez étonnant. 


240 pages. Le roman fait 240 pages et il aurait bien pu en faire moitié moins que mon avis serait toujours le même. 


Je suis complètement passée à côté de cette lecture. Rien ne m’a plu, j’ai trouvé l’héroïne méprisable, son histoire pas franchement intéressante, bref... je n’ai pas accroché du tout. 

Et puis l’auteure m’a perdu avec toutes ses considérations qui, je trouve, arrivaient un peu comme un cheveu sur la soupe. Dans le sens où il y a trop de passages décousus, sans lien les uns des autres. 


Il y a pourtant bon nombre de renvoi à des plasticiens, ce qui aurait pu être intéressant, mais non, là encore ma curiosité n’a pas été piquée. 

Enfin surtout j’ai trouvé que de la première à la dernière page on n’allait nulle part. 


En lisant Place ouverte à Bordeaux j’ai eu le sentiment d’entendre l’héroïne s’entendre parler. Même tout ce qui concerne le sentiment amoureux, l’importance de la féminité, je suis restée de marbre. 


Parmi la trentaine de livres de cette collection que j’ai lus, Place ouverte à Bordeaux est, je crois, celui que j’ai le moins aimé. Avant c’était La mer de la tranquillité de Sylvain Trudel. Et bien il a été détrôné…

L'oeuvre possède des qualités indéniables, disons simplement qu'il est question de sensibilité et que je n'ai pas été particulièrement touchée. 

En d'autres mots, je suis passée à côté. 


Si quelqu’un connait ce livre ou l’auteure, n’hésitait pas à me donner votre avis ! je ne connais encore personne qui ait lu Hanne Ørstavik. 


Lily se dit qu’il faut laisser les rêves faire leur effet, sans être expliqués ou compris. Les images doivent juste pouvoir exister, et être ressenties, et tout doit pouvoir être comme il est, jusqu’à ce que cela se transforme.


Place ouverte à Bordeaux, traduit par Céline Romand-Monnier aux éditions Noir sur Blanc. 



  • Lutte des classes d’Ascanio Celestini 




Mon premier livre de l’italien, premier et sans doute pas dernier. 


Lutte des classes m’a bien plu, je l’ai trouvé amusant et intéressant.

Le roman s’attache à décrire quatre personnes vivant dans un même immeuble. 


Le premier à qui la parole est donnée est Salvatore le petit frère puis vient le tour de Marinella, une des femmes travaillant au centre d’appel. Pourvue d’un bec de lièvre, elle vit de façon solitaire. Et c’est après à Nicola, le grand-frère de Salvatore d’être au centre de l’histoire. Lui aussi travaille au centre d’appel, nuit et jour, pour pouvoir aider sa famille. Et enfin c’est mademoiselle Patrizia qui ne travaille pas là-bas, mais qui a beaucoup de choses à dire. Sur sa solitude notamment. 


Comme je l’ai dit plus haut, ce livre est amusant. Et c’est là pour moi toute sa force car Celestini ne traite que de sujets sérieux dans son ouvrage : rejet des autres pour cause de différence, pauvreté accrue, dérives liés à la mondialisation, considération pour les femmes… 


Avec humour (et surtout ironie), l’auteur dénonce tout un tas d’éléments qui sont aujourd’hui au centre de nos quotidiens. 

Chaque personnage ajoute sa pierre à l’édifice de la loufoquerie. Salvatore tient en haute estime la lingerie de sa voisine du dessus par exemple pendant que Nicola lui raconte des ébats sexuels tout ce qu’il y a de plus extravagant. 


Finalement, une fois la dernière page tournée, on comprend que Patrizia sert de reliant entre les êtres. Cette anti-consumériste est le noyau dur. 

Et malgré la loufoquerie et l’ironie disséminés ici et là, il y a une forme de suspense dans chaque partie, un suspense qui ne prend fin qu’à la lecture des dernières pages de ces dites parties. 


Dit comme ça Lutte des classes ne fait pas fier allure, mais grâce à l’intérêt éprouvé pour ces personnages normaux, laissés de côté, grâce à la plume de Celestini (sans doute très bien … grâce à la traduction de Christophe Mileschi) qui donne véritablement à voir quatre personnages distincts avec des préoccupations et des aspirations différentes. 


Lutte des classes a été une très bonne lecture. Oscillant entre ironie et sérieux, on sort de cette histoire avec une question : est-il nécessaire de rire de la vie de gens désaxés pour ne pas tomber dans le pathos ? 


"Et la fatigue qui m’accablait comme un gros pull et toutes les pensées qui pesaient sur mes épaules, je les aurais démêlées et posées par terre."


Lutte des classes, traduit par Christophe Mileschi aux éditions Noir sur Blanc 


  • Journal d'un psychotronique de Aleksi K. Lepage




Paru en 2017 chez Noir sur Blanc, Journal d’un psychotronique entre dans le panthéon des oeuvres bizarroïdes


Cet avis sera court pour deux raisons : la longueur du roman (environ 80 pages) ne permet pas d’avoir énormément de choses sur lesquels se reposer sans prendre le risque de vous spoiler ; mon manque d’intérêt pour cette oeuvre. 


Depuis sa sortie j’avais envie de le découvrir, ça avait l’air complètement décalé. Et qu’on ne s’y trompe pas, c’est complètement décalé ! 


On suit un personnage qui décide de reprendre son journal, abandonné des années plus tôt. Et pendant toute la longueur de l’oeuvre, on va suivre ses récriminations, ses réflexions. Complètement à côté de la plaque, le narrateur n’a rien, pas d’argent, pas de travail, pas de relations. Seul, enfermé dans son journal, ça part dans tous les sens. Ça part vraiment trop dans tous les sens. Si bien que j’ai lu d’un oeil, prise d’ennui parce que la vie du narrateur est tout sauf palpitante. 


On se dit que ça n’a ni queue ni tête, mais ce n’est rien, le sens viendra plus tard. Et on l’attend, encore et toujours, jusqu’à la dernière page. Et le sens se fait grand absent de l’oeuvre. Ça part dans tous les sens, mais ça ne va nulle part. 

Je crois tout simplement que je suis malheureusement passée à côté... Un peu comme pour Place ouverte à Bordeaux quoi. 


Finalement je ressors de cette lecture avec un sentiment assez mitigé, sans savoir quoi vraiment en penser. Peut-être que c’était le but d’Aleksi K. Lepage. Ou peut-être pas du tout. 


Ma vie, je n’ai pas la fougue ni le talent de la raconter, de l’écrire pour d’autres, pour vous, de la réinventer, de la mettre en scène, enfin de jouer avec ; ma vie, donc, comme à peu près tout le monde je me contente de la vivre à défaut de pouvoir en faire une bonne histoire.




  • Solstice d’hiver de Svetislav Basara





Le roman que j’ai lu le plus récemment. Là encore il s’agit de mon premier roman de l’auteur serbe


Solstice d’hiver était plus que prometteur. À la lecture de la première dizaine de pages (sur 130) je me suis dit « ok c’est hyper bizarre, mais ça a l’air aussi vachement cool ». 


Il y en a eu des livres bizarre publiés chez Notabilia et qui méritait une attention particulière — je pense à Et au pire on se mariera par exemple.


Ce roman met en scène un narrateur dont on ne connait pas le nom. Tout ce qu’il faut savoir, c’est qu’il a connu Nana, que celle-ci est morte d’un cancer de la peau (tout le monde savait qu’elle mourrait comme ça, sauf son mari) et qu’elle a décidé de lui faire parvenir son journal. 


Le roman se concentre sur Nana, sur sa vie avant sa mort, sa rencontre avec le narrateur, leur courte liaison. Nana est la figure de LA femme que tous les hommes désirent, mais une femme qui est apparemment frigide - ce qui explique pourquoi elle s’est mariée avec Lovejoy, ce professeur des universités aussi barbant qu’impuissant. 


Le narrateur nous raconte les choix de celle qui a vécu pendant 33 ans. Comment elle a eu ses premières règles, comment elle a tué son père en l’irradiant un peu plus chaque jour.


Et parallèlement à cela, le narrateur nous raconte comment il a été abandonné par son père, comment ce dit père a décidé, comme Nana, d’envoyer une sorte de journal à son fils. 

La démarche est la même et de manière parallèle le narrateur nous entraine vers une fin inexorable. Une fin horrible.


Horrible, mais plutôt attendue. 


Solstice d’hiver a été une bonne lecture. Moins bonne que Lutte des classes parce que j’ai des petites choses à redire dessus. Principalement concernant la narration que j’ai trouvé franchement lourde, et aussi à cause du fait que c’est parfois trop barré. Enfin c’est surtout que la narrateur fait des digressions qui, pour moi, n’ont pas lieu d’être. Ça n’ajoute rien à le lecture si ce n’est que ça embrouille le lecteur. 


J’aimerais bien lire autre chose de Svetislav Basara histoire de vraiment me faire un avis dessus. Je me souviens avoir lu Le coeur de la terre en 2017, un roman sur Nietzsche et sur son voyage à Chypre. Je me souviens que j’avais trouvé l’écriture vraiment fluide car, moi qui n’y connais rien au philosophe j’avais apprécié ma lecture malgré certaines difficultés. 

Donc je sais que Basara peut être intéressant. Le tout reste de savoir si Noir sur Blanc éditera oui ou non un troisième livre de lui. 


Concernant les cinq dernières pages du livre intitulée Basara n’existe pas et écrit par David Albahari je n’ai pas grand chose à dire simplement parce que je n’ai franchement rien compris. Alors voilà je ne sais pas trop où l’auteur voulait en venir, mais il m’a perdu et ce, dès la première page… 


Quand elle ferme les yeux, dit-elle, c’est comme si elle n’existait pas. Elle a terriblement peur du noir. Elle aimerait que, tant que nous sommes éveillés, il fasse aussi clair en nous qu’en plein jour.


Solstice d'hiver, traduit du serbe par Gojko Lukić aux éditions Noir sur Blanc 






La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...