dimanche 16 août 2020

Circé de Madeline Miller

 Madeline Miller qui a déjà écrit Le Chant d’Achille s’est intéressée à Circé pour son deuxième roman. 

Je lui dirais que certaines personnes sont comme des constellations qui ne touchent la terre que l’espace d’une saison.


Enseignante spécialiste du grec et du latin, l’auteure a souhaité faire connaître plus facilement les héros qui peuplent les écrits antiques. 



Circé, figure de magicienne généralement représentée péjorativement, du moins comme une ennemie dans l’Odyssée (elle empêche Ulysse de repartir pour retrouver sa femme Pénélope à Ithaque) devient ici protagoniste et même héroïne. 


Madeline Miller s’inspire des mythes autour de la figure de la magicienne pour construire son histoire. 

Ainsi tout commence au palais d’Océan, grand-père de Circé, qui est la fille de Persé (nymphe aquatique) et d’Hélios (dieu du Soleil, parcours le ciel avec son char) où Circé, dotée d’un physique ingrat et d’une voix jugée insupportable va devoir accepter la solitude mais aussi la méchanceté des nymphes ou encore de ses frères et soeurs. 


Plutôt que de la dépeindre comme une méchante sorcière à l’origine de la transformation en monstre avec Scylla, Madeline Miller choisit de jouer sur la tension déesse/humaine, présent dans le mythe même de Circé. 


Son comportement ou encore sa voix, ce sont des éléments qui la rapproche de l’humanité plus que de la divinité. En témoigne son premier acte de résistance, sa rébellion contre les dieux : sa brève rencontre avec le titan Prométhée. 


Ma seule crainte avant d’entamer le livre c’était de me retrouver confrontée à une simple histoire d’amour, une histoire où Circé ne serait pas tant l’héroïne que l’amante de ce cher Ulysse. 

J’aurais pas plus me tromper… 


L’auteure dépeint une femme pleine de contradictions, une femme sensible et amoureuse, blessée et vengeresse. Elle donne à voir la solitude, le rejet, la peine aussi.

Profondément féministe Circé est une femme forte, non pas victime de son destin mais consciente de ses actes et de ses choix. 

D’ailleurs les différents hommes de sa vie traduisent bien ce besoin d’émancipation, cette forme de dépendance amoureuse qui ne tient pas à son sexe mais simplement à la force de l’amour qu’elle porte. 

Sa relation avec Hermès par exemple est passionnante pour cette raison. Loin d’être naïve, d’être une femme que l’on peut mener par le bout du nez, Circé affirme son statut paradoxal de « déesse humaine » tout en assumant ses erreurs passées et son besoin de vivre, de faire un avec la nature, de s’amender et de réparer ses torts. 


Circé c’est à la fois l’oscillation entre divinité et humanité, entre bien et mal, entre la solitude et l’accompagnement, entre les héros et les hommes. 

J’ai aimé les traits que Madeline Miller donne à Ulysse, homme désabusé, où plane l’ombre de faits héroïques. 

J’ai aimé Télégonos ce fils chéri et toutes les réflexions qui découlent de la maternité et du besoin farouche de protection. 

Enfin j’ai aimé cette fin, l’émancipation, l’amour simple. 

Je crois que jamais je n’avais autant aimé Télémaque et pourtant j’ai toujours eu un faible pour son courage. 


Plus tard, des années plus tard, j’entendrais la chanson relatant notre rencontre. Bien que le garçon qui la chantait soit inexpérimenté, manquant les notes plus souvent qu’il ne les réussissait , la douce mélodie des vers resplendissait malgré sa piètre performance. Je ne fus pas étonnée du portrait qu’on y faisait de moi : la fière sorcière s’avouant vaincue devant l’épée du héros, s’agenouillant et demandant grâce. Il semble que punir les femmes soit le passe-temps favori des poètes. Comme s’il ne pouvait pas y avoir d’histoire à moins que nous ne rampions en pleurant.


À lire si vous aimez la mythologie et si vous avez envie d’un éclairage différent sur un personnage resté trop longtemps dans l’ombre. 



Circé de Madeline Miller, traduit par Christine Auché aux éditions Pocket 






2 commentaires:

  1. J'ai beaucoup vu passer cet ouvrage sur Bookstagram mais, je ne m'étais jamais plus penchée dessus. Ta chronique (qui est très bien écrite) me donne bien envie de le découvrir, je le rajoute à ma wishlist ! Merci :)

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    1. Merci d'avoir pris le temps de me lire ! j'espère qu'il te plaira

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