mercredi 11 décembre 2019

Le Coin des libraires - #148 Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry

Intriguée par Journal d’un recommencent, livre ovni autour de la religion chrétienne au XXIe siècle, j’ai découvert une Sophie Divry passionnante et innovante. Puis j’attendais beaucoup de La condition pavillonnaire, toujours publié dans la collection Notabilia de Noir sur Blanc et ça a été une bonne lecture, mais tellement moins bien que ce à quoi je m’attendais. 

Tant pis, je suis remontée en celle avec son essai Rouvrir le roman. Un autre ouvrage atypique qui vient nous interroger sur notre pratique de lecture et particulièrement sur celle du roman à notre époque. Idées fines, langage accessible, Rouvrir le roman m’a rappelé pourquoi Sophie Divry m’avait tant plu avec son Journal d’un recommencement

De cette auteure, il me reste deux ouvrages à découvrir : Quand le diable sortit de la salle de bains et son dernier, Trois fois la fin du monde



La rigidité de mon esprit me force à découvrir des oeuvres dans l’ordre de parution — il y a ces auteurs que j’admirent et dont j’aimerais lire l’intégrale de leur bibliographie, rassurez-moi, vous aussi ça vous arrive ? — la suite logique était donc Quand le diable sortit de la salle de bains, paru en 2015. 

Sophie (l’héroïne, pas l’auteure, quoique, dans un mouvement de réalisme, peut-être que son héroïne est inspirée de sa vie, qui sait ?) est sacrément dans la dèche. Elle n’a même plus le droit au chômage. Tout ce qui lui reste, ce sont les minimas sociaux, cette ASS qui ne veut pas tomber. 

Oui, j’étais courageuse. La dèche déclenche souvent de l’orgueil — et je pense que tous ceux qui ont connu ça me comprennent — puisqu’on est capable de ne rien manger ou presque, on se croit au-dessus des autres, comme si la misère développait chez ses victimes une fierté idiote, mais nécessaire pour se battre contre elle. 

C’est la faim, l’idée irrépressible de la faim. Alors Sophie mange ce qu’elle peut avec ce qu’elle a. Ce sera des nouilles, des nouilles, des biscuits secs, et encore des nouilles. 

Sophie se noie petit à petit dans la pauvreté, dans les maux de ventre, les étourdissements. Mais si Sophie vit une vie de misère, il n’est pas question que son récit renvoie cette image. 

Extrêmement drôle et fin (élément nécessaire pour aborder un sujet qui n’est pas franchement amusant), Quand le diable sortit de la salle de bain est un souffle d’air frais dans une société où les inégalités ne cessent de se creuser. Le ton est léger et c’est là la grande force de ce récit, mais qu’on ne s’y trompe pas, ça reste une histoire sérieuse. Une histoire où il est nécessaire de se reconvertir pour espérer décrocher un travail, une histoire où il faut abandonner ses rêves pour combler la faim qui tiraille le ventre. 

Sophie est une héroïne attachante et drôle, comme son ami Hector, tout autant dans la dèche, et qui donne à voir des scènes tordantes où la réflexivité du roman se trouve interrogée, où il est question du diable, du changement de typographie pour raconter une histoire. 

Sans doute le conditionnel a-t-il été inventé par une famille pauvre pour mieux supporter sa condition. Ce devait être il y a très très longtemps, quand n’existaient ni l’électricité ni la déprime du dimanche soir et que tout le monde croyait en un dieu super-méchant. Cela avait dû se passer dans la famille Ladèche.

Quand le diable sortir de la salle de bain est une lecture addictive, amusante et surtout drôle. Je lis peu de livres humoristiques, et qu’est-ce que j’ai ris devant celui-ci ! Un sujet sérieux mais qui n’est pas tourné en dérision dans un acte purement gratuit. Non, un sujet sérieux, abordé avec légèreté afin de relativiser et peut-être ainsi, de sortir de la dèche. 







2 commentaires:

  1. Bonjour ! J'ai découvert votre blog via votre Tumblr, et j'aime beaucoup la façon dont vous présentez vos lectures - ça donne envie, sans en dévoiler plus qu'il ne le faut. Je suis très curieux de découvrir cet ouvrage, mais en suivant votre raisonnement, pensez-vous qu'il s'agit du meilleur bouquin pour découvrir cette auteure ?

    Je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année,
    Andy

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    Réponses
    1. Bonjour Andy,
      Tout d'abord merci beaucoup pour votre commentaire.
      Honnêtement je pense que ce titre est un bon moyen de découvrir Sophie Divry. Elle a aussi écrit Journal d'un recommencement qui est très court mais il faut aimer le sujet (elle y parle de la perception de la religion chrétienne aujourd'hui), c'est très intéressant mais ça relève à mon sens presque plus de l'essai que du roman. Tandis que Quand le diable sortit de la salle de bain est un roman humoristique et grave à la fois. Une jolie découverte en somme.

      Une belle journée,
      Angélique

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