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mercredi 22 avril 2020

Le Coin des libraires - Cette nuit de Joachim Schnerf

Intriguée par ce livre à cause de sa forte médiatisation en partie liée à l'obtention du Prix Orange 2018, j'avais très envie de découvrir Cette nuit de Joachim Schnerf. Et plus encore lorsque j'ai appris qu'il s'agit d'un roman autour d'un rescapé d'Auschwitz. 




Cette nuit est un roman court et dense, sorte de huis clos qui étouffe autant qu'il amuse. Suivre le personnage de Salomon, c'est se confronter à diverses mémoires. Celle des camps, du passé proche et personnel. Cette façon de parler des camps est, je trouve, audacieuse. Dès que Salomon fait mention de son expérience concentrationnaire, c'est pour en faire des blagues, et ainsi d'une certaine façon, minimiser un passé trop douloureux. 

Je trouve cette façon d'aborder l'époque intéressante parce que généralement on ne fait pas de blague sur le sujet, et encore moins devant un rescapé. Donc le fait que ça sorte de la bouche de Salomon  forcément ça passe mieux, et ça nous interroge sur le processus d'acceptation.
L'autre passé, c'est celui la tradition juive. Comme son nom l'indique, l'ouvrage ne concerne directement qu'une nuit (il est question des souvenirs de Salomon, de sa vie partagée avec son âme soeur Sarah, mais le présent dans l'ouvrage, c'est lorsque Salomon doit passer la Pessah seul puisque Sarah est décédée peu avant). Cette nuit de la Pessah, qui est la Pâque juive, est très importante pour eux et c'est pour cette raison s'il y a tant de choses à prévoir, à préparer pour le repas, etc. 

Donc d'écrire Cette nuit comme un simple roman sur un rescapé de la Seconde Guerre mondiale me semble un peu mince. Plus largement c'est un livre autour de la religion juive, de ses traditions et sans doute aussi sur ce que c'est d'être juif après la Shoah. C'est un livre novateur parce qu'il mêle des situations sérieuses à un humour noir, parfois dérangeant c'est vrai, et parfois hilarant aussi. 
Je pense notamment à ce moment où Salomon apprend que sa petite-fille fréquentait un Allemand, ça donne lieu à toutes sortes de réflexions amusantes.

Sarah. J’aime murmurer son nom, j’aime la murer dans mes pensées pour empêcher l’oubli d’effectuer ses rondes. J’enroule ma femme dans nos tapis, dans nos rideaux, je démembre son image pour qu’aucun nazi ne puisse la rafler tout entière. Je remplace les abat-jour par ses prunelles bleutées, les oreillers par ses mains accueillantes.

Je ne m'attendais pas donc pas à ce type de récit où l'auteur mélange les genres, et si je l'avais su avant ma lecture j'aurais peut-être été dubitative à l'avance, mais là, j'ai trouvé que l'humour et le sérieux se mélangeaient extrêmement bien et c'est pour moi la grande force du récit, avec le personnage de Salomon. 

Salomon n'est pas de ces personnages dont on se lasse de suivre le récit, bien au contraire. On désire en savoir plus sur son passé, sur sa rencontre avec Sarah et leur amour inconditionnel, sur ses enfants, ses joies comme ses peines. Salomon est à l'image de l'ouvrage : issu d'un mélange de genre. Si les situations qu'il vit sont extrêmement difficiles (la Seconde Guerre mondiale, la perte de sa femme et par extension de celle de ses repères), il n'en reste pas moins drôle. Il refuse le pathos.
On touche cette fois au point qui m'a le plus intéressé dans l'ouvrage : le refus de se laisser aller.
Salomon touche le fond, il se retrouve seul comme jamais il semble ne l'avoir été et pourtant, même s'il sent qu'il n'est pas capable de continuer sans elle, il y a toujours cette pointe d'optimisme, notamment due à la famille.

Je n'en ai pas vraiment parlé mais les enfants de Salomon et Sarah occupent une place importante. Michelle et Denise sont désormais grandes, elles sont mariées, ont des enfants, et elles seront présentes lors de la Pessah ce qui va ajouter à l'angoisse de Salomon - il faut dire que ses filles n'ont pas l'air d'être franchement faciles à vivre haha !


En résumé, Cette nuit a été une très bonne découverte, un récit un peu à part parmi les livres que j'ai lus concernant la Seconde Guerre mondiale. Le sujet est toujours abordé avec parcimonie, il est parfois raillé, mais toujours avec un humour distillé avec parcimonie ce qui donne un résultat étonnant et intéressant à découvrir. Salomon est un personnage attachant, qu'on aurait envie de rassurer et qu'il est difficile de quitter à la fin.


Des soupirs et des corps exténués. Un crématoire. De la fumée humaine. Des cendres qui s’accumulent dans mes narines et m’empêchent de respirer. Suis-je seulement éveillé ? Sinon comment expliquer cette sensation d’essoufflement. Pourquoi cette impression de faiblesse, comme si mes poumons étaient envahis d’images impossibles à dissiper ? La fumée se concentre, je ne parviens plus à tousser, à cracher ces visions qui ont le goût de mort. Ma poitrine s’affaisse et je déglutis. Mon organisme est trop vieux pour supporter les souvenirs. Et puis comment imaginer, m’imaginer sans Sarah ?




samedi 13 octobre 2018

Le Coin des libraires - #115 La Saison des fleurs de flamme d'Abubakar Adam Ibrahim

Excellente lecture ? Coup de coeur ? J'hésite encore. La Saison des fleurs de flamme d'Abubakar Adam Ibrahim est en tout cas un roman plein de surprises. 


J'aimerais en premier lieu remercier Babelio et les éditions de l'Observatoire pour ce roman. J'ai lu Ces rêves qu'on piétine de Sébastien Spitzer (dont il faut encore que j'écrive mon avis) et j'ai eu sacrément envie de me procurer d'autres livres de cette maison d'édition. J'ai notamment acheté Réelle de Guillaume Sire le mois dernier. Voilà que la masse critique sort et que j'ai la bonne surprise de trouver cet ouvrage dans la liste. Ni une ni deux je le demande et deux jours plus tard, je reçois la confirmation. Il ne me reste plus qu'à l'attendre et à le lire. 


Une fois reçu, je me plonge rapidement dedans. Je n'ai pas beaucoup de temps, j'ai des livres à lire pour les cours, mais tant pis, je suis prise dans le feu de l'histoire. 


Lorsque Binta surprend Reza en pleine effraction chez elle, couteau à la main, son destin s’enlace à celui du jeune dealer. Malgré l’étrangeté de leur attirance réciproque, à leurs yeux interdite, éclot entre cet homme de main d’un politicien corrompu et cette veuve musulmane de trente ans son aînée une passion illicite, sensuelle et déchirante.
À travers l’histoire tragique de cette union au parfum de scandale, composée de colères contenues et d’émotions taboues, de couleurs vivaces et d’odeurs éternelles, Abubakar Adam Ibrahim capture l’essence provocante du Nigéria comme peu d’autres romanciers ont osé le faire.


Cette histoire, c'est celle d'une découverte, une rencontre impromptue entre Hajiya Binta, mère de famille ayant la cinquantaine et Reza, la vingtaine et voyou comme c'est pas permis.
On va directement entrer dans leur quotidien, leur intimité. Cette histoire interdite apparaît comme banale de prime abord, mais la religion, la morale s'en mêle et alors, une histoire un brin scandaleuse chez nous, va apparaître comme catastrophique là-bas.


"Ce fut à ce moment précis, devait-elle songer plus tard, que les pétales de sa vie, pareils à un bourgeon qui avait enduré un demi-siècle de nuits, se mirent à s’ouvrir enfin."
Abubakar Adam Ibrahim, La Saison des fleurs de flamme.


Leur relation semble dès le départ assez étrange, voire un peu incestueuse d'une certaine façon. C'est parce que Reza ressemble énormément à Murtala (Yaro), son fils aîné décédé, et c'est parce que Binta ressemble à la mère de Reza que celui-ci ressent sans doute une certaine attraction pour elle.
Oui c'est un peu sale quand on le voit de cette façon, mais pourtant l'auteur nous décrit une passion attachante et déchirante à la fois. Un amour impossible dont on aimerait qu'il soit possible.

À côté de cette liaison, on suit bien évidemment les deux personnages de manière alternative. C'est alors l'occasion de découvrir les coutumes et les moeurs du Nigéria. De prendre conscience du fait que la religion occupe une place centrale dans la vie des nigérians - Reza et ses branleurs de copains semblent néanmoins s'en moquer - et notamment dans la vie des femmes.
On comprend rapidement que l'honneur est quelque chose de fondamental là-bas. Le fait d'être une personne respectable compte énormément, d'autant plus lorsqu'il s'agit d'un petit village et que tout le monde se connait.
Binta est une femme respectable, elle a toujours suivi les traditions, elle s'est mariée très jeune à un homme qu'elle n'aimait pas, elle a eu des enfants avec lui, elle lui a survécu et maintenant elle est une veuve de 50 ans qui prend conscience de certaines choses, notamment du fait qu'elle n'a jamais aimée qui que ce soit. Jamais elle a pu sortir de ce moule conçu pour les musulmanes.
En réalité, ce que l'on attend de Binta est simple : elle doit aller à la madrasa (en gros c'est un établissement d'enseignement islamique, un lieu d'apprentissage donc) et se remarier avec son cher voisin. Mais malgré le poids des convenances, le désir prend toujours le dessus.

Le personnage de Reza "Hassan" permet de donner un autre point de vue sur le pays. Ni pratiquant, ni franchement croyant, le jeune Reza est ce qu'on pourrait appeler une petite frappe - c'est du moins ce que l'on pense au début. Il fait des petits larcins, il a une petite clique à ses bottes, rien de bien méchant quoi.
Reza livre l'image d'un pays divisé, pays dans lequel règne la corruption, où les voleurs paient la police pour être tranquilles, où les politiciens orchestrent des kidnappings et autres assassinats.

Binta qui apparaît dès le début comme une des femmes les plus traditionnelles qui soit se laisse finalement aller à la séduction, au sexe et à la salissure.
J'ai le sentiment que les sens ont une place privilégié dans ce roman, il n'y a qu'à voir déjà avec la couverture qui désigne l'importance du toucher que l'on retrouve dans l'histoire, aux côtés de l'odorat qui possède une place toute particulière. Odeur de sexe donc de souillure, odeur d'encens pour masquer le péché. Odeur de fleurs qui sentent la mort aussi. Les sens ont une place de choix dans l'oeuvre, ils sont les guides de ce plaisir jusqu'alors inconnu chez Binta.


La Saison des fleurs de flamme d'Abubakar Adam Ibrahim, éditions de l'Observatoire.


Cet ouvrage pose donc des questions de tradition, de moral, de respectabilité. Une femme ne peut appeler son aîné par son prénom, c'est contraire à la loi à laquelle les musulmanes doivent se plier. Une femme ne peut désirer un homme, qui plus est quand cet homme est de trente ans son aîné et qu'il ne veut pas se marier. La question du mariage est très importante, tout autant que celle de la polygamie.
En effet, l'auteur traite de ce thème par le biais de la fille de Binta, Hureïra qui en est à son deuxième mariage et qui est menacée d'être reléguée au rang de "première épouse" - ce qui signifie donc qu'il n'y a pas quelle...

C'est bel et bien une forme de pression sociale qui jettera le déshonneur sur Binta et qui conduira sa famille à sa perte. Les dernières pages sont absolument effroyables, d'une cruauté sans nom. L'idylle entre les deux était vouée à l'échec, et pourtant, il était difficile d'imaginer que la conclusion ne serait pas uniquement leur séparation.
Il n'y a ni gagnant ni perdant dans cette histoire, la jeunesse ne l'emporte pas sur la vieillesse, pas plus que la respectabilité (bon ok, Binta a une aventure avec un homme ayant 30 ans de moins qu'elle, mais durant le restant de sa vie, elle a été irréprochable, et en soi, qu'on se le dise, elle ne fait rien de mal, Reza est plus que consentant et aucun des deux n'est marié...) sur la corruption et la violence.

Les deux personnages apparaissent comme fragiles, ils semblent être seuls aussi malgré le fait qu'ils soient toujours entourés, Binta de sa famille (en particulier Fa'iza et Umma) et Reza de ses acolytes. Mais malgré tout, ces deux personnages s'offrent avec une nudité complète, ils sont solitaires et ont soif de découverte, d'amour, d'acceptation et sans doute aussi de pardon.
Finalement, je ne pense pas que le pardon ait été la conclusion de leur relation, je pense surtout que tout cela est un beau gâchis. Je pense que ce poids de la moral qui pèse est un véritable poison.


La Saison des fleurs de flamme, c'est une pépite. Une écriture (traduction) absolument addictive et délicate. Un gros plus aussi, le fait que l'auteur a inséré des tournures de phrases provenant de l'arabe ainsi que du haoussa (une des langues officielles du Nigéria). Ces insertions m'ont énormément plu, ça rajoute de l'épaisseur à l'histoire, ça la rend plus crédible dans le sens où ça l'insère bien plus dans son environnement - surtout si comme moi, nous n'avez jamais lu de roman nigérian auparavant !
C'est pour moi une réussite que ce livre, il figure d'ailleurs parmi mes meilleures lectures de cette année 2018.

Un beau et bon livre, que demander de plus ? Merci encore une fois aux éditions de l'Observatoire et à Babelio pour cette découverte !


"Les cendres de la mémoire s’agitèrent et elle eut l’impression de sentir le temps disparaître. Elle retrouvait le goût des larmes amères, elle revoyait les sourires, les clins d’oeil mystérieux et les petits fragments de vie quotidienne qui fusionnaient les uns avec les autres pour former le trésor de son passé."
Abubakar Adam Ibrahim, La Saison des fleurs de flamme.







samedi 8 septembre 2018

Le Coin des libraires - #110 Adoration de Jimmy Lévy

Quelle difficulté pour trouver les mots justes, ceux dont on sait qu'ils décriront à la perfection ce sentiment à la fois de joie et de tristesse face à un texte aussi beau que savoureux, aussi destructeur que salutaire. 


Souvenez-nous, l'année passée je vous parlais de mon coup de coeur pour Petites reines, premier roman de Jimmy Lévy, reçu grâce à la gentillesse et aux très bons goûts de Benoit, du Cherche midi. 


"Je ne sais pas comment naissent les passions, de quelle matière elles sont faites, si elles grandissent de ce qu’on y projette ou si elles claquent soudain dans l’air comme un arc électrique qui zèbre un espace inconstant. Je ne sais pas si je raconte une passion ou une défaite."
Jimmy Lévy, Adoration.


Toujours, on ne l’apprend que trop tard. On cherche à savoir par quoi ça commence. D’où c’est parti. Comment la vie se transforme en enfer. Un enfer d’amour. Une adoration.
Je ne sais pas situer un début. L’instant invisible où ça se noue. Où ça s’empare de toi. La flèche que décoche le Cupidon de service, le préposé à l’addiction, le sniper ailé. Curieuse, quand même, cette idée de flèche. Déjà un perce-cœur, une hémorragie. Déjà un goût de meurtre. Je ne sais pas si tout se joue là, en une poignée de secondes. Je ne sais rien de L. C’est la condition du désastre.

 
L souffre d’une perversion incurable, toxique, insoupçonnable au premier abord. Une pathologie sans nom qui ravage et dévore tout ce qui l’entoure autant qu’elle-même. Le narrateur, tombé fou amoureux de L, ne voit rien venir de la dévastation en marche. Il va jouer sa peau pour tenter de sauver l’insauvable, devenant à son corps défendant le complice, le mobile et la victime de la perdition de L.
De son récit fragmentaire, chaotique, surgit le tableau d’un naufrage, un autoportrait en ruines.


Autre registre, autre époque. On quitte le récit à double voix pour ne s'arrêter que sur une seule, sur le point de vue de cet homme qui va nous confier son adoration pour L, cette femme destructrice, dont leur relation est assimilable à un camion fou. 

C'est par le biais de chapitres très courts, mais aux noms significatifs (menottes, pharmakon,  résistance, pyramide...) que le narrateur va tenter de nous faire comprendre l'origine et l'histoire de cette adoration. Comment en est-il arrivé là ? Comment a-t-il pu devenir cet homme qui s'est fait arrêter par la police pour avoir frappé sa femme rachitique ? Comment a-t-il pu se faire avoir au point de frôler la prison par amour pour L ? 

Le narrateur va nous raconter leur rencontre, leur vie commune, vite devenue un cauchemar. Tout autant que la grossesse de L qui va être un vrai calvaire pour cette femme droguée aux médicaments. 
C'est une vraie pharmacie que leur appartement, un lieu où il ne fait pas bon vivre quand on a un enfant en bas âge, un lieu où l'amour n'a finalement pas sa place.

Ce qui m'a le plus touché, c'est la maladie de L, maladie pour laquelle le narrateur devra attendre un bon paquet de temps avant d'avoir droit de poser un mot dessus : la bipolarité.
C'est parce qu'il est emprisonné qu'il se voile la face, qu'il pardonne et oublie. 

On ne s'explique pas très bien cet autodestruction du protagoniste, pourquoi accepter tout ça ? Pourquoi cet homme plus vieux, divorcé, et ayant une vie des plus normales accepte de devenir un pantin, une victime de la méchanceté de L ? Ce n'est plus de l'amour, mais bel et bien ce terme dont use l'auteur pour titrer son roman, c'est de l'adoration. Le protagoniste voue un véritable culte à L lorsqu'il la rencontre, lorsqu'elle prononce les deux syllabes qui forment son nom. 


Adoration de Jimmy Lévy, éditions Cherche midi.


L'histoire est absolument géniale, on compatit avec le narrateur qui ne fait que subir au fil des pages, qui semble se résigner tout au long du récit et qui le conclut d'une manière aussi déroutante qu'évidente. Qu'aurait-il pu faire ? 

Adoration, c'est un tout, une histoire de destruction : celle de cet homme qui voulait la sauver, et celle de L qui est incapable de vivre. C'est la destruction de l'amour et des sentiments. 
La description du point de non retour.

J'ai aimé les idées de Jimmy Lévy, le fait d'écrire sur cette maladie et d'ajouter une véritable épaisseur novatrice aux personnages. Ici il est question de violences conjugales, mais ce n'est pas la femme la véritable victime, non, ici c'est l'homme lui-même qui se fait avoir, coupable avant d'être innocent. 
Il est fait comme un rat dans une société où il est très rare que l'on fasse mention des violences conjugales touchant les hommes - et oui, c'est pas parce que c'est moins commun qu'elles n'existent pas !! 

Il semble que L n'ait aucune qualité. Avant qu'elle devienne cette personne accro à ses médocs et aussi toxique que de l'arsenic, elle apparaît comme un personnage un peu fantomatique, du moins fantasmé, où on observe déjà le début de la fêlure. 
Qu'elle veuille se détruire, qu'elle veuille avoir le corps de la taille d'une brindille et le besoin de se droguer en permanence la regarde, mais les chapitres sur la grossesse sont révélateurs du tempérament du personnage. 

À la dernière page on s'interroge, est-il réellement la seule victime de cette histoire ? ne sont-ils pas tous des victimes à leur échelle ? après tout, bien qu'elle soit répugnante dans sa façon d'être, L n'est-elle pas carrément affligeante ? cette façon de vivre, cette nécessité de s'enfiler des médocs par dizaines, n'est-ce pas cela le plus triste ? 
Pour moi ça l'est, tout autant que ce petit garçon dont on entend finalement très peu parler, mais pour qui on est obligé de ressentir de la compassion. 
Comment pourrait-il vivre avec une mère aussi toxique ?


"Tout ce qui s’écrit de la passion est un faux en écriture, un plagiat édulcoré, un arrangement, l’enluminure épique d’un texte hermétique qui ne se donne pas à lire, dont çà et là affleurent seulement des aspérités et des leurres. La passion est imprenable, c’est elle qui prend. Toute tentative de roman est une passion. Cendres en pages. Pages en suaires."
Jimmy Lévy, Adoration.


Adoration, c'est une écriture à couper le souffle. Si l'histoire m'a énormément touchée de par son propos et ses idées, c'est l'écriture qui m'a bouleversée, qui m'a retournée l'estomac. Une écriture élégante, délicate en même temps que bourrue et tranchante. Le style de Jimmy Lévy m'hypnotise. C'est assez étrange comme émotion. 
On passe de l'amour à la haine en quelques mots. On est à la place de ce narrateur sans nom et on est charmé, charmé par cette femme séduisante bien qu'on sache qu'elle est de celle qui s'enfile des cachetons comme des bonbons, qu'elle est de celles qui vivent en noir et se lève à 15h.  

Adoration, ou l'occasion de montrer le ravage de la passion, le tragique d'une relation. C'est une fin nécessairement atroce après la découverte d'une histoire tumultueuse, mêlée de coups de folie et de coups de déprime. C'est la mort dans l'amour. Ou l'amour dans la mort ? 



Deuxième roman, deuxième coup de coeur, Jimmy Lévy est un auteur à suivre. Un auteur à l'écriture merveilleuse et magnétique. 
Décidément un de mes auteurs contemporains favoris. 












La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...