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Le Coin des libraires - #60 La force des choses I de Simone de Beauvoir

Après avoir lu La force de l'âge de Simone de Beauvoir l'été dernier, il fallait que je continue mon périple avec la suite : La force des choses. À ce jour je n'ai lu que le premier des deux tomes - Folio a en tout cas décidé de le diviser en deux - et je ne sais pas quand je lirai la suite alors je préfère écrire un article uniquement sur le premier. 

Tout comme pour La force de l'âge, j'ai mis pas mal de temps à le lire, le lisant par petits morceaux. Ce n'est pas parce que je voulais le garder bien au chaud comme son prédécesseur, mais plutôt parce que ça a été une lecture plutôt difficile. 


«Peu de temps après le jour V, je passai une nuit très gaie avec Camus, Chauffard, Loleh Bellon, Vitold, et une ravissante Portugaise qui s'appelait Viola. D'un bar de Montparnasse qui venait de fermer, nous descendîmes vers l'hôtel de la Louisiane ; Loleh marchait pieds nus sur l'asphalte, elle disait : "C'est mon anniversaire, j'ai vingt ans." Nous avons acheté des bouteilles et nous les avons bues dans la chambre ronde ; la fenêtre était ouverte sur la douceur de mai et des noctambules nous criaient des mots d'amitié ; pour eux aussi, c'était le premier printemps de paix.» 

Simone de Beauvoir, née en 1908 à Paris, a raconté son enfance et son adolescence dans Mémoires d’une jeune fille rangée, sa vie à Paris, ses débuts d’écrivain, la guerre et l’Occupation dans La force de l’âge. La troisième partie de ses souvenirs, La force des choses, commence dans le Paris de la Libération.


Ce livre est une première petite déception pour moi. J'ai tellement aimé suivre Simone de Beauvoir dans Mémoires d'une jeune fille rangée et La force de l'âge que je ne m'étais pas dit que ça pourrait être différent pour celui-ci. J'ai été captivé par les précédents, tandis que j'ai trouvé des longueurs dans celui-ci. Ces longueurs, elles sont dues à toutes ces tartines de politique que l'on doit suivre page après page. 

Le livre débute à la Libération, la situation en France est donc plutôt compliquée et je n'ai pas eu le sentiment que la façon dont elle l'a décrite l'a rendu plus claire. J'ai eu le sentiment qu'on m'envoyait des acronymes de parties sans chercher à expliquer les véritables idées et surtout, elle ne parlait que des penchants politiques de Sartre. À un moment, je me suis dit que si je voulais savoir qu'elles avaient été les opinions politiques de Sartre, j'aurais essayé de lire une biographie ou autre, qu'elle en parle, je comprends, qu'elle parle dix fois plus de ça que de son deuxième voyage aux États-Unis, je dis non. 

En revanche, j'ai vraiment aimé la façon dont elle a traduit toute la palette de sentiments ressentis à la fin de la Seconde Guerre mondiale : espoir de liberté, période d'euphorie, deuil commun, horreur à l'annonce des événements survenus aux camps, etc. 


La force des choses I de Simone de Beauvoir, édition Folio



"Je me disais aussi : « Il y a des gens plus malheureux que moi », mais je ne trouvais pas cette vérité consolante, au contraire ; cette frêle tristesse en moi, c’était comme un résonateur qui captait un concert de plaintes ; un désespoir universel s’insinuait dans mon coeur jusqu’à me faire souhaiter la fin du monde."
Simone de Beauvoir, La force des choses I.


J'ai aussi aimé entrer dans "l'élite littéraire" de l'époque : Camus, Malraux, Vian, etc. on apprend non pas qui ont été ces écrivains, mais qui ont été ces hommes et c'était forcément intéressant. Par contre, il n'y a que deux seules et uniques mentions de Violette Leduc, et encore, à la volée ! Je pensais qu'elle en parlerait plus en détail comme elle le fait avec tous ces amis qui font partie intégrante de son oeuvre, et pourtant non. Je ne le cache pas, ça a été une déception. 

Et puis on fait la connaissance de l'Américain Algren, auteur également, résidant à Chicago. Elle nous décrit parfois un peu pudiquement, mais avec une réelle sincérité son idylle avec lui, le plaisir des retrouvailles, la souffrance des au-revoir. Elle expose avec une véritable simplicité l'incompatibilité entre sa vie à lui à Chicago et sa vie à elle, à Paris, aux côtés de Sartre. 

Il y a aussi ces moments où elle parle de ses écrits, de façon rétrospective elle nous donne son avis sur ceux-ci, et elle parle enfin de sa grande oeuvre Le Deuxième Sexe - qui ne m'intéresse pas outre mesure. Ces passages étaient passionnants, qu'elle livre ce qu'elle pense de ses écrits après coup, qu'elle prenne position par rapport à eux, j'ai adoré. 


Voilà, ça n'a pas été une mauvaise lecture, loin de là, je pensais simplement que ce serait une lecture aussi bouleversante que pour les deux premiers, que je chavirerais pour ne reprendre pied qu'à la fin du livre, ça n'a pas été le cas, mais ça n'empêche pas je vais continuer à la lire, à la découvrir. J'ai tellement aimé ce que j'ai déjà vu que je n'ai pas le choix, il faut que j'en apprenne plus encore. 



"Non seulement ma vie, ce n’était pas moi qui la tissais, mais sa figure, la figure de mon époque et de tout ce que j’aimais, dépendait de l’avenir. Si je pensais que l’humanité s’acheminait vers la paix, la justice, l’abondance, mes jours n’avaient pas la même couleur que si elle courait vers la guerre ou piétinait dans la douleur."

Simone de Beauvoir, La force des choses I.






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