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mercredi 23 décembre 2020

Dans l'ombre & La Femme de l'ombre d'Arnaldur Indridason

DArnaldur Indridadson je n’ai lu que Le livre du roi il y a bien cinq ans maintenant. J’en garde un bon souvenir et je m’étais dit qu’il s’agissait sans doute d’un auteur à suivre de plus près. 


Lors de la sortie de sa Trilogie des Ombres chez Métallié, j’ai eu très envie de me replonger dans l’atmosphère de ses romans. 



Été 1941. Les nazis éprouvent un certain intérêt pour l’Islande, en grande partie pour leur « race », vue comme pure, descendant directement des vikings, c’est-à-dire en gros sans mélange avec les ennemis. Ainsi les Islandais seraient en quelque sorte des aryens parfaits. Oui mais le truc c’est que les nazis islandais ont rapidement eu l’herbe coupée sous le pied, parce qu’en mai 1940, les Britanniques ont envahi le pays, court-circuitant le peu de contacts entre l’Allemagne nazie et l’Islande, revendiquée comme neutre — le pays le restera d’ailleurs jusqu’à la fin de la guerre. 


De plus, en juin 1941 le pays n’est plus sous la coupe des britanniques mais des américains, et le moins qu’on puisse dire c’est que l’auteur illustre très bien la tension, et même la rivalité, entre les britanniques et les américains, supposés dans le même camp, mais quand même pas tout à fait. 


Au milieu de tout ce background historique, un meurtre a lieu. Un homme, un représentant est retrouvé dans un appartement. Il a été tué d’une balle dans le visage (celui-ci a éclaté) et son meurtrier a laissé un étrange message : le front de la victime est barbouillé de son sang, formant un étrange symbole. De quoi laisser les enquêteurs dubitatifs. 


Dans l’ombre nous amène à rencontrer Flovent, seul inspecteur de la criminelle encore présent dans la brigade (les autres ont été réquisitionnés, guerre oblige) et Thorson, « Islandais de l’ouest », c’est-à-dire que ses parents ont quitté l’Islande pour le Canada. Thorson a donc grandi en Amérique et il fait partie de cette armée. C’est d’ailleurs pour cette raison s’il est mis sur l’enquête aux côtés de Flovent : il connait l’islandais, et l’arme qui aurait tué la victime est une arme de l’armée américaine. 


Le démarrage est rapide, on entre dans l’histoire avec une facilité déconcertante. L’époque est toujours bien présente, notamment par l’entremise de ce qu’on appelle « la situation » (en islandais : Åstandio) qui se rapporte à l’époque de l’occupation des troupes Alliés, mais également aux femmes qui ont eu des aventures avec des soldats étrangers. 


Dans l’ombre met en perspective deux pistes possibles, la piste historique avec les nazis, leur folie liée à la génétique, à l’idée de race pure, etc. et l’enquête plus traditionnelle de jalousie amoureuse. 

Les deux s’imbriquent magnifiquement bien et du coup même s’il n’y a pas de gros retournement de situation, on a envie d’en savoir toujours plus, jusqu’à en arriver au dénouement.


Finalement avec quelques jours de recul je pense que j’aurais préféré une fin plus étoffée. On nous donne les faits et pouf, merci au revoir. 

C’est un peu dommage mais ça reste un détail en comparaison du reste. 


Et puis j’avais vu passé pas mal d’avis, des élogieux et d’autres pas. L’argument qui revenait le plus souvent c’était qu’il y a trop de longueurs. Pour le coup je ne suis pas du tout d’accord. 

Quand on regarde en comparaison un roman comme Am Stram Gram de M.J. Arlidge (lu juste avant, je vous invite à aller lire mon avis dessus !) on peut pas dire qu’il y a des longueurs ici, ça me semble inconcevable. 


Surtout quand on voit que l’auteur ne s’appesantit pas sur l’état d’esprit des personnages, qu’il n’est pas là à nous décrire leur généalogie ni même leurs habitudes. 

Les seuls éléments un peu perso qu’on nous délivre concernent la vie familiale de Flovent — ce qui permet d’introduire la grippe espagnole et la catastrophe humaine que ça a été, même en Islande ! — ou celle de Thorson, sur laquelle on nous fait comprendre des éléments à demi mot. 


Enfin si jamais vous avez trouvé qu’il y a des longueurs, discutons-en ! 


Bref Dans l’ombre c’est une bonne entrée en matière, une plongée au coeur de la Seconde Guerre mondiale où le meurtre, oscillant entre explication historique et thèse commune, entre théorie raciale d’une bêtise absolue et jalousie maladive, pose des questions d’hier et d’aujourd’hui. 


À lire pour ceux qui aiment les policiers nordiques évidemment et qui ont en plus envie d’une plongée au coeur de l’Histoire ! 


Dans l’ombre d’Arnaldur Indridadson, traduit par Éric Boury aux éditions Points.  



  • La Femme de l'ombre 

Dans l’ombre, le premier volet de la trilogie historique d’Arnaldur Indridadson se déroulait en 1941, le second, La Femme de l’ombre est consacré à l’année 1943, avec quelques retours en 1941. 


Cette date permet d’aborder une traversée de l’Esja, dont la mission consistait à rapatrié les Islandais vivant dans les pays nordiques. Cette traversée, survenue non sans accroche et apparaît comme unique : 


« Il n’avait jamais voyagé sur ce paquebot, mais il se rappelait avoir lu dans les journaux, deux ans et demi plus tôt, que l’Esja était parti de l’extrême nord de la Finlande pour ramener au pays des compatriotes domiciliés dans les pays nordiques ayant obtenu l’autorisation de rentrer en Islande. Il supposait qu’il serait impossible d’obtenir une telle autorisation maintenant que la guerre s’était étendue à travers le monde et que les combats se renforçaient de jour en jour. » 


1943 maintenant. Les américains occupent toujours le pays et survient une histoire de meurtre pour le moins sordide, une histoire qui va entraîner notre duo favori sur des terrains obscurs. 


Une histoire alternée du tonnerre où le lecteur comprend rapidement les enjeux mais où le plaisir n’en demeure pas moins présent. 

On est confrontés à la bêtise humaine, reposant largement sur l’idée selon laquelle les islandais sont une race pure, et sur les anciens partisans nazis (pas si ancien que ça !). 


La Femme de l’ombre aborde les tourbillons de la guerre, et démontre à quel point l’Islande était un point stratégique. 

On a été confrontés aux tensions entre les britanniques et les américains avec Dans l’ombre, ici nous nous retrouvons avec celle entre les américains et les islandais. 

On en profite aussi pour aborder les camps. De manière lointaine et distanciée, mais quand même. Dachau devient l’exemple de tous les camps, et avance l’idée que quelque part, sur le continent, des êtres meurent pour des raisons incohérentes : 


« […] décédé de complications cardiaques dans le camp de Dachau où il était incarcéré, près de Munich. Le corps ne nous sera pas remis. Il a déjà été enterré avec les autres prisonniers décédés le même jour. » 


Ce livre frôle le coup de coeur, à l’instar de Dans l’ombre

Pourtant ce qui ne me chiffonnait pas dans le premier, je l’ai rencontré dans le second : trop de répétitions, en grande partie sous forme interrogative.

Ces répétitions coupent la lecture et ennuient plus qu’elles n’ajoutent au suspense. 


C’est pour moi le seul point noir de cette histoire encore rondement menée. J’adore toujours autant suivre Flovent et Thorson même s’ils n’étaient pas souvent réunis dans ce volet. 

Cette trilogie est d’ores et déjà l’une de mes favorites (en espérant que le tome conclusif soit à la hauteur !), elle est addictive, intéressante et en plus de ça elle se passe pendant ma période historique préférée dans le pays où je rêve d’aller. Alors que demander de plus ? 


La Femme de l’ombre d’Arnaldur Indridadson, traduit par Éric Boury aux éditions Points. 




samedi 31 janvier 2015

Le Coin des Libraires - #11 Le livre du roi de Arnaldur Indridason

C'est d'un livre un peu spécial dont je vais vous parler aujourd'hui, je l'ai reçu en cadeau pour Noël. Au départ je pensais que c'était un polar d'un auteur Islandais, en réalité, ce n'est pas exactement cela. Je ne suis pas certaine qu'on puisse classer ce roman dans un genre précis, bien qu'il s'agisse d'une enquête à proprement parler. 

"Il ne parlait jamais de son amour. On aurait dit qu'il voulait garder sa mémoire à l'abri des mots inutiles, lui, mieux que quiconque, en connaissait le pouvoir."
Arnaldur Indridason, Le livre du Roi.

On commence à suivre un jeune Islandais, Valdemar, nous sommes en 1955. Notre héros  arrive à Copenhague pour faire ses études de lettres nordiques, plus particulièrement l'étude de vieux manuscrits aux côtés d'un professeur de renom lui-même Islandais. Commence alors une aventure pleine de péripéties. Tout tourne autour d'un seul et unique objet : le Livre du Roi, patrimoine culturel ultime de l'Islande. Le Livre du Roi n'est autre qu'une partie de L'Edda Poétique datant du XIIè siècle. 

Ce qu'il y a de vraiment appréciable dans ce roman, ce sont tous les sauts dans le temps, l'auteur passe d'une époque à une autre et alors, nous sommes ballotés au travers des décennies et de l'histoire cachée du Livre du Roi. Le temps a une immense importance dans ce roman, car celui-ci nous est compté et je trouve que c'est ce que l'auteur a voulu nous faire comprendre. Tout se passe à travers des moments bien spécifiques, Indridason utilise d'ailleurs des faits réels, comme le fait que les vieux manuscrits islandais appartenaient au Danemark avant qu'il soit rendu aux Islandais en 1971.

Arnaldur Indridason, Le livre du roi.


J'ai déjà lu un roman cette fois-ci plus fantastique sur la mythologie nordique, Islandaise plus précisément, j'avoue que j'aime beaucoup l'histoire de ce pays et que c'est sans surprise que j'ai été embarqué dans l'histoire du Livre du Roi. Je l'ai terminé en deux jours, il est de ces livres qui se lisent presque d'une traite, malheureusement, j'ai été assez déçue par la fin. À vrai dire, je me suis plongée dedans, l'immersion dans l'univers de ce livre ne m'a pas du tout déplu. C'est quand j'ai appris que le Livre du Roi appartenait au Danemark et qu'il n'était pas perdu depuis des siècles que j'ai été un peu déçue. Son côté mystérieux a perdu un peu de son éclat. Toutefois, l'histoire du professeur autour du Livre du Roi est géniale, pour beaucoup, ces pages de description sont en trop, d'après moi, elles font la force de cette histoire, elles permettent aux lecteurs de se faire son propre avis sur les faits. Son amour sans pareille pour un simple livre semble presque fou, cependant, on comprend rapidement qu'il n'est pas juste un livre pour ce vieil homme à qui la vie n'a pas fait de cadeaux, son seul espoir de rédemption est de retrouver ce manuscrit. 

L'histoire autour du Livre du Roi est passionnante, on s'attend à ce qu'il appartienne à une grande famille riche d'Allemagne après avoir été volé par un nazi nommé Orlepp, eh bien non, il a appartenu pendant des années à un couple pauvre qui ne connaissait même pas son existence. L'ironie de certaines situations permet de ne pas tomber dans la fatalité, ce qui est forcément un bon point. 
C'est avec une très grande attention que j'ai fini ce livre et vraiment, la fin m'a laissée un petit goût amer, j'aurais aimé que cela se passe autrement même si finalement je ne vois aucune autre issue possible qui aurait été susceptible de convenir. Au-delà de cela j'ai nettement préféré le personnage du professeur à celui de Valdemar, ce qui est dommage puisqu'il est le protagoniste et narrateur, Valdemar est un personnage qui n'a pas vraiment de matière, l'auteur a beaucoup plus étoffé le personnage du vieux professeur que celui du jeune étudiant. D'ailleurs, bien que commune, cette dualité professeur/étudiant fonctionne formidablement bien, à la fin du roman, il ne s'agit plus d'un simple professeur mais plus d'une forme paternelle à qui Valdemar n'a jamais eu droit. 

C'est avec un énorme plaisir que j'ai commencé ce livre et une petite déception quand je l'ai refermé, il n'en reste pas moins une bonne découverte littéraire qui m'a permis d'encore une fois apercevoir quelque chose de différent de mes habitudes. 

"C'est une part de soi qui meurt, mais cette part n'est pas enterrée, elle est au contraire omniprésente. Elle te suit où que tu ailles et entretient le souvenir. C'est la mort qui habite en toi. Et, bien que tu saches très bien que la vie ne te doit rien et qu'on peut rien exiger d'elle, on ne se débarrasse jamais de ce deuil et de ce manque."

Arnaldur Indridason, Le livre du roi.







La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

Il était une fois un homme qui croyait aux contes de fées. Il était une fois un homme qui savait que les contes révèlent ce qui demeure cach...