dimanche 12 avril 2020

Le Coin des libraires - Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson

Philippe Besson m’a souvent donné envie. Auteur contemporain reconnu, il figure sans doute parmi les plus prolifiques aux côtés d’Amélie Nothomb. Longtemps hésitante face à Vivre vite, j’ai fini par me laisser surprendre par « Arrête avec tes mensonges ». Comme quoi, les bonnes occasions permettent souvent les belles trouvailles. 

« Arrête avec tes mensonges » est ma première lecture de Besson. J’ai aimé, j’ai même adoré. 


Roman aux allures d’autobiographie dès la première page, on fait la connaissance de Philippe Besson en 2007, écrivain, venu à Bordeaux pour faire la promo de son dernier bébé. Là, résurgence, remémoration, Besson a aperçu quelqu’un, une personne qui ne l’a jamais vraiment quitté malgré le nombre d’années. 
Cet homme, c’est Thomas, une connaissance adolescente. 

Retour en 1984, à Barbezieux, en Charentes, là où l’auteur a grandi. Nous faisons la connaissance d’un jeune homme gauche, timide, mal dans sa peau. Celui dont on se moquait pour « ses manières de filles » s’enterre dans le travail. Mais son regard n’a pas pu s’empêcher de croiser celui de Thomas Andrieu, dont la rumeur parle de ses penchants pour les garçons. 

Le sentiment amoureux, il me transporte, il me rend heureux. Mais il me brûle aussi, il m’est douloureux, comme sont douloureuses toutes les amours impossibles. […] La difficulté, on peut s’en accommoder ; on déploie des efforts, des ruses, on tente de séduire, on se fait beau, dans l’espoir de la vaincre. Mais l’impossibilité, par essence, porte en soi notre défaite. 

C’est l’histoire d’un amour de jeunesse, sans doute du premier. C’est l’interdit, la séparation, la douleur, l’acte manqué. C’est la déchirure de la séparation. La promesse d’un bel avenir pour le futur écrivain, alors en route pour Bordeaux afin de rejoindre une prépa HEC. 
« Arrête avec tes mensonges » c’est l’histoire d’un amour impossible, l’histoire d’une ambition, d’une fuite et, par extension, d’un abandon. 

Ce roman m’a plu parce qu’il est sans chi-chi, Besson se met à nu en assumant un passé peut-être encore douloureux. La modestie du personnage m’a touché : à 17 ans, qu’est-ce qu’on sait de l’amour ? 
Je redeviens celui que j’étais avant, le garçon qui intrigue, pas celui qui plaît. Je me dis que plaire n’a duré que le temps d’une étreinte, dans un vestiaire. Que plaire n’a été qu’une illusion. 
Mais Philippe refuse de lâcher. Épris du beau Thomas, il doit faire face aux barrières que ce dernier met entre eux. Thomas qui refuse d’aborder « l’homosexualité » (terme qu’il n’utilise jamais), Thomas le défaitiste, le réaliste. Thomas qui sait que ce n'est qu’un amour adolescent, destiné à périr, destiné à mourir dès que Philippe s’en ira. 

Une multitude de sujets sont abordés dans ce roman : le manque de confiance en soi, l’abandon, la perte, la difficulté de s’assumer tel qu’on est. 
Cette lecture est déchirante, surtout la fin. 
J’ai eu comme une pression dans le coeur, celle que l’on ressent quand on a envie de verser une larme. C’est rare d’autant m’émouvoir en littérature, chapeau monsieur Besson pour cette belle histoire. 
J’articule ces derniers mots sans y mettre le moindre affect, comme si la vie, c’était ça, simplement ça, se fréquenter et se perdre de vue et continuer à vivre, comme s’il n’y avait pas des déchirements, des séparations qui laissent exsangues, des ruptures dont on peine à se remettre, des regrets qui vous poursuivent longtemps après.









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