samedi 26 octobre 2019

Le Coin des libraires - #141 Garden of love de Marcus Malte

Un début difficile. L'auteur nous perd avec son premier chapitre. J'ai personnellement mis du temps à comprendre, à remettre en place les pièces de ce puzzle que représente Garden of love, histoire fausse dans une histoire vraie, ou mieux, histoire réel remplie de fiction dans une histoire vraie. 
Mon premier Marcus Malte, que j'avais envie de découvrir grâce à Le Garçon - qui a obtenu le prix Fémina lors de sa sortie en 2016.
L’espoir je l’avais tenu à l’écart, enfoui au fond de moi, j’avais pris soin d’en étouffer la flamme de peur qu’elle ne grandisse et m’embrase soudain et me consume comme un arbre sous la foudre. 
Marcus Malte, Garden of love



Troublant, diabolique même, ce manuscrit qu’Alexandre Astrid reçoit par la poste ! Le titre : Garden of love. L’auteur : anonyme. Une provocation pour ce flic sur la touche, à la dérive, mais pas idiot pour autant. Loin de là. Il comprend vite qu’il s’agit de sa propre vie. Dévoyée. Dévoilée. Détruite. Voilà soudain Astrid renvoyé à ses plus douloureux et violents vertiges. Car l’auteur du texte brouille les pistes. Avec tant de perversion que s’ouvre un subtil jeu de manipulations, de peurs et de pleurs.

Comme dans un impitoyable palais des glaces où s’affronteraient passé et présent, raison et folie, Garden of love est un roman palpitant, virtuose, peuplé de voix intimes qui susurrent à l’oreille confidences et mensonges, tentations et remords. Et tendent un redoutable piège. Avec un fier aplomb.



Ma première impression : quelle plume !
Même si je ne savais clairement pas où je mettais les pieds, je me suis sentie happée par cette écriture à la fois crue et délicate. 

Sorti en 2007, il a reçu le grand prix des lectrices Elle, dans la catégorie roman policier. 
De prime abord, je ne comprenais pas trop le lien entre les personnages que l'on suit et celui d'Alexandre Astrid, ce policier cynique, désenchanté qui a tout perdu. 
L'histoire se déroule au fur et à mesure, peu à peu on obtient les pièces du puzzle, mais c'est toujours avec parcimonie que les informations nous sont données. 

Qui est Mathieu ? Qui est Ariel ? Qui est Edouard ? Autant de questions qui se posent et finissent par se mélanger. C'est parce que nous sommes confrontés à un emmêlement d'êtres que les personnages nous apparaissent autant comme attachants que rebutants. 
Pour le coup j'ai aimé le personnage de Mathieu, ce besoin d'être proche de sa famille, de faire attention à sa femme, de vivre avec une boule au ventre à l'idée de la perdre. Son personnage m'a plu et j'ai ressenti pas mal d'empathie pour lui, malgré la réalité. 




C'est de ce point de vue que je tire mon chapeau, on prend des personnages pour ce qu'ils ne sont pas. L'auteur nous perd entre la réalité (Astrid et son enquête) et les dérives d'un être aux multiples facettes. On s'attache à quelque chose qui n'existe pas pour ensuite prendre la pleine mesure de la vérité : ceci n'a jamais existé. 
On nous perd dans une réalité qui est autre, l'auteur nous emmène dans des contrées où le mensonge se mêle à la vérité, où seul Astrid peut démêler les deux, sa vie étant prise pour cible. 

On côtoie Alexandre Astrid qui est paumé, qui a tout abandonné à la suite d'un accident mortel. De flic véreux et égoïste, il est devenu une épave solitaire, noyant son chagrin dans l'alcool. Oui, mais ça c'était jusqu'à ce qu'il reçoive le manuscrit Garden of love et qu'on commence à prendre la pleine mesure de la supercherie. 

Livre dans le livre, Garden of love s'apprécie comme ces livres que l'on ne peut pas véritablement lâcher jusqu'à ce qu'on arrive à la dernière page, comme ces livres que l'on aimerait pouvoir poser afin de les conserver un maximum. Je l'ai adoré ; ça a été une excellente lecture. 


Le lecteur se trouve pris au piège entre ce qu'on nous montre et ce qui est vrai. On est forcé de reconnaître que Mathieu n'est pas celui que l'on croit, pas plus qu'Ariel ou même Florence. L'auteur joue avec notre perception de ses personnages pour les torturer et nous torturer par la même occasion. 
Roman atypique caractérisé par une plume acérée et agréable, - le style de Marcus Malte y est pour beaucoup dans mon appréciation. Je dirais que son style compte autant que son histoire pour le coup. 
J'ai aimé ce "roman policier" qui me paraît être plus un roman à tiroir. 

La noirceur des personnages transparaît de toutes les pages, on trouve une écriture de la schizophrénie (puis-je dire cela ?), le narrateur semble se perdre ce qui, forcément, contribue à perdre le personnage lui-même. 
Mais du coup, le seul vrai bémol pour moi, c'est la fin, je l'ai trouvé trop rapide, dans le sens où il reste encore plein d'interrogations. À la fin de ma lecture, Édouard m'apparaît toujours comme un personnage étranger, un être énigmatique, si ce n'est fantomatique. J'aurais aimé mieux le connaître, entrer plus profondément dans sa réalité plutôt que de rester en périphérie de sa maladie. 


Et les mots fuient quand il s’agit d’explorer les sentiments. Les mots détournent et trahissent. Tout ce qui sortira de nos bouches, tout ce qui sera couché sur le papier ne sera jamais que viande morte.
Marcus Malte, Garden of love.






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