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Le Coin des libraires - #100 L'ombre de nos nuits de Gaëlle Josse

Attention coup de coeur ! Gaëlle Josse a encore frappé avec ce roman incandescent, plein de sentiments forts, d'amour et d'art. 
Après avoir lu et adoré Le dernier gardien d'Ellis Island, il était évident que je comptais découvrir d'autres roman de l'auteure. À la base c'était Nos vies désaccordées qui me faisait de l'oeil (et ce, depuis trèèès longtemps), et puis j'ai trouvé L'ombre de nos nuits, deuxième roman de l'auteure paru chez Notabilia alors je me suis lancée - à vrai dire, avant de m'y plonger, j'attendais la sortie de son sixième livre : Une longue impatience qui a de très bonnes critiques ! 


Deux récits se dessinent dans L’ombre de nos nuits, avec au centre un tableau de Georges de La Tour. En 1639, plongé dans les tourments de la guerre de Trente Ans en Lorraine, le peintre crée son Saint Sébastien soigné par Irène. De nos jours, une femme, dont nous ne saurons pas le nom, déambule dans un musée et se trouve saisie par la tendresse et la compassion qui se dégagent de l’attitude d’Irène dans la toile. Elle va alors revivre son histoire avec un homme qu’elle a aimé, jusque dans tous ses errements, et lui adresser enfin les mots qu’elle n’a jamais pu lui dire. Que cherche-t-on qui se dérobe constamment derrière le désir et la passion ?
 
En croisant ces histoires qui se chevauchent et se complètent dans l’entrelacement de deux époques, Gaëlle Josse met au cœur de son roman l’aveuglement amoureux et ses jeux d’ombre qui varient à l’infini.


Histoire qu'on se le dise maintenant, Gaëlle Josse figure parmi mes écrivains contemporains favoris. J'adore ses sujets, ses histoires, sa sensibilité, son style.

L'ombre de nos nuits fait partie de ces lectures que j'aimerais relire un jour - chose que je ne fais que très, très rarement - tellement j'ai aimé, tellement je suis entrée dans l'histoire, tellement elle m'a touchée.


"Oui, c’est ainsi que je t’ai aimé. Jusqu’à ce que notre histoire se déchire et nous laisse comme deux marcheurs épuisés, qui voient arriver la nuit et n’ont plus rien pour se nourrir ni pour s’abriter. Jusqu’à ce que cet amour se transforme en souvenirs, puis se fragmente en lambeaux de souvenirs, et que chaque nouveau jour le recouvre d’un peu d’oubli."
Gaëlle JosseL'ombre de nos nuits.


Je me demande bien comment l'idée est venue, pourquoi l'auteure a choisi ce tableau. Je pense qu'elle aime énormément la peinture puisqu'après tout, un de ses premiers romans (Les heures silencieuses) est aussi inspiré d'une toile. Donc on note une prédilection pour ce type de récit, mais ça n'explique pas pourquoi ce tableau. Pourquoi Saint Sébastien soigné par Irène peint par Georges de La Tour ?

Ce que l'on sait, c'est que cette femme, celle vivant à notre époque va faire une fixation sur cette toile. C'est grâce à cette dernière si la femme se remémore tout un tas de souvenirs. C'est l'occasion de revivre le passé, de rappeler la douleur, d'interroger les actes et d'y trouver un semblant d'explication.

L'ombre de nos nuits de Gaëlle Josse, collection Notabilia.

Double récit oui, mais triple point de vue en quelque sorte. Si on suit bien deux époques, la première en 1639 lors de la conception de la peinture, et la deuxième de nos jours, on trouve quand même deux points de vue différent en 1639, celui de Georges de La Tour lui-même et celui de Laurent, son apprenti, jeune homme épris de Claude, fille du peintre et accessoirement modèle pour le personnage d'Irène.
Le fait d'avoir trois points de vue souligne à mon sens deux choses essentielles : l'importance de l'art (ici la peinture) qui permet de ressentir des émotions enfouis ou non ; et l'importance l'amour bien évidemment. Je dis évidemment parce que l'amour est au centre de cette oeuvre, amour du peintre pour son art, amour de Laurent pour la peinture tout autant que pour Claude, amour de cette inconnue pour un homme désormais disparu.


La conclusion de ces deux histoires entrelacées est déchirante tout autant que magnifique. Je n'ai pas de mots pour décrire à quel point Gaëlle Josse parvient à me toucher par sa justesse. La conclusion de cette inconnue dans le musée "Il faut savoir chasser les ombres", c'est tout simplement génial...
Après avoir divagué sur son passé, sur sa douleur, sur l'histoire de ce tableau, la seule fin possible, c'est celle de continuer.


Un roman passionnant, magistral, touchant et juste, voilà comment je définis L'ombre de nos nuits. Une de mes meilleures lectures de cette année, cela va de soi.
Désormais, je vais me plonger dans ses premiers romans, et puis je vais attaquer Une longue impatience, que je suis extrêmement pressée de lire !


Vous avez déjà lu ce roman ? Ou d'autres de l'auteure ?


"Pourquoi toi ? Pourquoi tant ? Les élans de nos coeurs sont destinés à nous demeurer un mystère. L’amour, c’est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. J’avais souligné cette phrase dans un livre, un jour, et elle me revenait en pleine figure. C’est vrai : je ne possédais rien et tu n’en voulais pas ; tu ne voulais pas de mon putain d’amour pour toi. Tu le tolérais, là, sage, pas bouger, au besoin tu le réclamais, parfois tu t’y installais, comme à contrecoeur. Tu ne le nierais pourtant pas, il m’est arrivé, je le jure, de te voir heureux."
Gaëlle Josse, L'ombre de nos nuits.





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