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Le Coin des libraires - #29 Un dernier verre avant la guerre (#1 Kenzie/Gennaro) de Dennis Lehane

Cela fait plus d'un an maintenant que je veux lire en intégralité la série Kenzie/Gennaro de Dennis Lehane. J'ai découvert cet auteur l'année dernière - enfin il y a quasiment deux ans maintenant - lors d'un cours que j'ai suivie à la fac sur le roman policier. L'une des œuvres étudiés était Prières pour la pluie qui correspond au cinquième tome sur les six qui composent la série. Ce livre a été celui que j'ai préféré de toutes mes lectures pour ce cours. N'étant pas une grande experte du genre à ce moment - je ne le suis toujours pas maintenant, mais au moins je m'y suis mise entre-temps - je ne savais pas vraiment dans quoi je m'étais les pieds que ce soit du point de vue du style comme de l'atmosphère du roman policier en tant que tel. 

Je me souviens avoir tellement adoré ce livre que j'avais décidé de le chroniquer sur le blog, d'ailleurs si ça vous intéresse voici mon avis : Le Coin des libraires - #9 Prières pour la pluie de Dennis Lehane

Enfin passons ! Je disais donc que j'avais très envie de lire cette saga et dans l'ordre de préférence ! Aujourd'hui, il ne me manque plus que le dernier tome, Moonlight Mile il me semble, mais tant pis, j'ai décidé de quand même me lancer ! 

Résumé des éditions Payot & Rivages

Amis depuis l’enfance, Patrick Kenzie et Angela Gennaro sont détectives privés. Ils ont installé leur bureau dans le clocher d’une église de Boston. Un jour, deux sénateurs influents les engagent pour une mission apparemment simple : retrouver une femme de ménage noire qui a disparu en emportant des documents confidentiels. Ce que Patrick et Angela vont découvrir, c’est un feu qui couve « en attendant le jet d’essence qui arrosera les braises ». En attendant la guerre des gangs, des races, des couples, des familles.

Thriller urbain, roman engagé, Un dernier verre avant la guerre est la première enquête du couple Kenzie-Gennaro, les deux héros meurtris de Dennis Lehane. Ils ont, selon les mots de Jean-Pierre Perrin dans Libération, « le désespoir terriblement drôle et l’humour ravageur prêt à fleurir sur la moindre cicatrice. 


Dès les premières pages, nous sommes comme propulsés dans la ville de Boston et ses différents quartiers. Le contexte dans lequel les personnages évoluent est primordial puisque tout est imprégné de cette espèce de rivalité/haine entre les Noirs et les Blancs. Dès le début, on comprend que le livre va poser la question des problèmes raciaux avec le personnage de la femme de ménage noire qui a disparu en emportant des papiers importants, comme par hasard. On ne peut tout simplement pas passer à côté de cette question de la couleur de peau qui est absolument essentielle pour la compréhension du roman et surtout qui pose des questions très différentes les unes des autres en fonction de la personne qui les formulent. 

J'ai trouvé vraiment intéressant d'aborder cette problématique qui malgré ce que beaucoup diront, reste d'actualité aujourd'hui encore. Les rivalités et les "guerres" entre noirs et blancs existent toujours en particulier aux États-Unis, d'ailleurs certains quartiers sont comme réservés. L'élite blanche vit dans les beaux quartiers tandis que les noirs sont forcés de vivre dans des quartiers malfamés en périphérie et toujours plus reculés comme si dans le fond, on ne voulait pas d'eux. 
Indirectement, c'est cette haine entre les hommes qui mène à la guerre des gangs, d'où le titre "Un dernier verre avant la guerre" qui, soit dit en passant est une phrase dite dans le roman. 

Ça a été un très grand plaisir de retrouver le personnage de Patrick et celui d'Angie découvert dans Prières pour la pluie. Je pense qu'on peut lire les livres indépendamment les uns des autres, mais certains détails nous manquent, certaines clés nous échappent pour comprendre la psychologie des personnages d'une manière qui soit profonde et dans son intégralité. 
Par exemple, je savais qu'Angie avait été marié à un homme Phil, qu'il la battait, mais au moment de Prières pour la pluie sa relation avec lui est bel et bien de l'histoire ancienne, il n'est qu'un vague souvenir d'une vie passée. Or, dans Un dernier verre avant la guerre, Angie est mariée à Phil, ils vivent ensemble et on suit ce qui sera la fin de leur mariage. Cet aspect de la femme mariée - et battue - permet d'en apprendre plus encore sur son personnage et de creuser un peu plus profondément sur son caractère. 

Un dernier verre avant la guerre de Dennis Lehane, édition Rivages/Noir.

De même pour Patrick qui est le vrai personnage principal de la série, celui que l'on suit plus encore qu'Angie ou même Booba qui contre toute attente n'apparaît pas plus que ça dans ce premier tome, ce qui, je l'avoue m'a un peu déçue mais bon, on ne peut pas tout avoir. 
Il en va de même pour Patrick qui est comme bloqué dans le passé, qui existe dans l'ombre d'un père  considéré comme un Héros pour la population. Cette image qu'on nous dépeint dès les premières pages par le biais des sénateurs ne correspond pas à l'image qu'à Patrick de ce père violent récemment décédé d'un cancer des poumons.
Au fil des pages, on va en apprendre plus sur cette relation que Pat entretenait avec son père, sur sa peur, sur son dégoût aussi. J'ai particulièrement aimé le chapitre où Patrick se rappelle le moment où lui et sa sœur ont manqué de mettre le feu dans toute leur maison et où, en représailles son père l'a brûlé avec un fer à repasser. 
La psychologie de Patrick est finement écrite et tellement réaliste qu'on ne peut qu'y croire. Je pense surtout que son personnage est aussi bien écrit et abordé parce que l'auteur a été éducateur par le passé, il doit à mon avis, avoir entendu des histoires plus odieuses les unes des autres avec des enfants pour principaux acteurs. 

Alors je ne sais pas si l'histoire en elle-même lui a été inspirée par un enfant qu'il a aidé ou si elle est sortie de son esprit comme ça, un jour, mais elle est absolument géniale ! 
Au début, toute cette histoire de documents volés paraît anodine, on se demande ce que la femme de ménage, Jenna Angeline a bien pu voler qui justifie d'engager des détectives privés et puis enfin, quand on l'apprend, oh, nan mais je n'ai vraiment pas de mots ! J'ai été scotché même si je dois bien avouer que je m'en suis doutée quelques pages avant (je parle de l'identité du petit garçon sur les photos qui était, je trouve, assez évidente après l'épisode de l'enterrement de Jenna Angeline). 


J'ai lu quelques avis où on disait que c'est un livre drôle, pour le coup, je ne partage pas cet avis, du tout même. C'est un roman très amer, cynique de par le style de l'auteur, c'est indéniable. Certains passages font sourire, notamment l'insolence de Patrick, mais en aucun cas je l'ai trouvé drôle. Enfin je veux dire la trame principale n'a absolument rien de drôle, c'est au contraire choquant et immoral quand on apprend de quoi il en retourne, dans quoi l'un des sénateurs a trempé et définitivement, drôle n'est pas un adjectif que j'emploierai pour définir ce roman - mais bien sûr, ça n'est que mon avis

Le style de Dennis Lehane est très agréable parce que très lisible, on tourne les pages sans même se rendre compte qu'on les tourne. Il est aussi très cynique comme je le disais plus haut, on sent une sorte de désenchantement qui se dégage des personnages principaux et en particulier de Patrick. 
Et nous lecteurs, nous sommes là, au beau milieu de deux camps qui s'affrontent de manière acharnée et bien qu'on ne prenne pas forcément parti comme le font Angie et Patrick, nous ne pouvons pas rester au milieu à attendre que ça passe. Au bout d'un moment, nous aussi nous devons choisir nos armes et nous battre parce que nous ne sommes pas en sécurité, à n'importe quelle page nous pouvons mourir et ce, dès les premières lignes, quand Patrick se retrouve en quelque sorte en "territoire ennemi", dans cet hôtel pompeux emplie de personnages peu recommandables comme le sont ses clients : des sénateurs que l'on peut déjà voir comme véreux. 

J'ai adoré cette lecture, j'ai pris beaucoup de plaisir à retrouver Patrick et Angie et je suis pressée de lire la suite, Ténèbres, prenez moi la main que je pense lire le mois prochain. Je ne veux pas les enchaîner pour la simple et bonne raison que c'est une série que l'auteur a terminée et donc, une fois les six tomes achevés, je ne pourrais plus lire les aventures de Kenzie & Gennaro, ce qui, j'en suis déjà persuadée, me rendra un peu triste. 


"Dans ces yeux, il y avait l’emprunte flétrie de l’espoir défunt et il y avait une porte fermée. C’étaient les yeux d’un cerveau et d’une âme qui s’étaient effondrés sous le poids d’une surcharge sensorielle. Les yeux d’un mort vivant, de quelqu’un qui n’a plus conscience de sa perte, de sa nudité."

Dennis Lehane, Un dernier verre avant la guerre.







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