mercredi 28 octobre 2020

Le Détour de Luce d'Eramo

« Espérons au moins que cette aventure t’aura appris que chacun doit suivre sans détour son chemin. » 

Comment se raconter des années après ? la mémoire consiste-t-elle en un rafraîchissement ou un enjolivement ?

Ces deux questions sont une infime partie de ce qui fait la richesse de ce livre unique, Le Détour (en italien, Deviazione), édité par Le Tripode pour notre plus grand plaisir. 




Encore un bouquin sur la guerre vous allez me dire. 

Effectivement. 


Mais bien qu’on ait toujours tendance à insister sur la singularité de tel ou tel livre, celui-ci est encore autre chose, il interroge d’autres problématiques. 


D’ailleurs la différence majeure entre ce livre et les autres témoignages réside dans la démarche même de la jeune Luce d’Eramo en 1944.


Après être née et avoir grandi en France jusqu’à l’adolescence, la famille rentre au pays, l’Italie. 

Luce est la fille d’un des membres de la République de Salo. Fille de fasciste, fasciste elle-même, elle veut se faire sa propre idée des camps nazis, voir si la rumeur ambiante est vraie, si le nazisme vaut le fascisme. 

Alors, en février 1944, quelques semaines avant ses 19 ans, Luce d’Eramo embarque direction l’Allemagne. 


L’histoire de cette femme devenue ouvrière volontaire dans les camps de travail donne un aspect inédit : elle n’est pas à proprement parler prisonnière. Ses parents ont de l’influence au pays et son nom est gage de survie. 

Jusqu’à ce que Luce soit rapatriée, et fuit de nouveau. Cette fois sans ses papiers. Considérée comme une prisonnière lambda, elle est déportée à Dachau, et raconte comment elle est parvenue à s’échapper.


Et puis Luce est une idéaliste, elle veut aider les autres peu importe les dangers. 

En février 1945, soit un an après sa fuite, un mur s’ébat sur la jeune femme, venue prêter main forte pour libérer des blessés prisonniers des décombres. 

Le mur lui broie le corps et, désormais paralysée, c’est un long processus de guérison qui attendra la jeune femme. 


Cette histoire hors du commun, elle nous la raconte de manière décousue, éclatée. Le récit est non chronologique — le livre est linéaire du point de vue des dates d’écriture : on commence avec les années 1953-54 pour terminer en 1977. 


En racontant son histoire, l’auteure donne à voir la différence de traitement entre les travailleurs volontaires et les déportés. Elle revient sur sa solitude dans les camps, sur la gentillesse des Russes contrairement aux autres, sur la différence entre sa condition à elle, celle d’une jeune femme cultivée, et celle des autres qui voient d’un mauvais oeil cette gamine qui s’est elle-même engagée. 


Mais Le Détour c’est aussi tellement plus.

C’est une réflexion pointue et d’une extrême richesse concernant la mémoire : 


"[…] toujours est-il que mes souvenirs ne m’aidaient pas du tout. Ils en sont arrivés à se liguer ensemble contre moi pour m’empêcher de passer. C’était comme un embouteillage. Un épisode en tamponnait un autre, lequel en cabossait un troisième et ainsi de suite. Il en surgissait des nouveaux de partout, si bien que les positions respectives de chacun changeaient continuellement. Et puis, ils s’en prenaient à moi. Chacun d’eux prétendait être un souvenir authentique, contrairement à l’autre prétentieux d’à côté qui, poussé par mon imagination, voulait le doubler."


autant qu’une réflexion autour des camps et des différences entre ceux qui ont de l’argent et les autres, prouvant ainsi que l’inégalité pécuniaire demeure, même dans les camps de travail. 


Parce qu’elle était volontaire et parce qu’elle s’est attachée à parler de thèmes peu abordés, Luce d’Eramo confie avec Deviazione un ouvrage exceptionnel, une mine d’or sur la situation en Allemagne à cette époque, sur l’état d’esprit idéaliste d’une jeune femme fortunée — nombreux sont les passages où sa position sociale est vivement critiquée par les détenus qui, eux, n’ont pas eu le choix. 


En tentant de percer le secret de sa mémoire, Luce d’Eramo revient au fil des années sur son expérience concentrationnaire. En usant tantôt d’une narration à la première personne, tantôt à la troisième personne, elle s’interroge sur celle qu’elle était et n’est plus au moment de l’écriture. Parce que ce n’est plus elle, s’instaure une distance. 


Le Détour est riche de réflexions morales et philosophiques autant que de réflexions sur la mémoire et les tours qu’elle peut jouer. C’est un témoignage sur la situation en Allemagne lors de sa chute et de son état sanitaire une fois l’accident survenu. 


Le Détour est un météore. 

Le Détour est passionnant et spécial. 

Le Détour est à lire. 



Le Détour de Luce d’Eramo, traduit par Corinne Lucas Fiorato, et publié chez Le Tripode 






mercredi 14 octobre 2020

Disparaître ici de Kelsey Rae Dimberg

Avec ce premier roman, Kelsey Rae Dimberg s’attaque à un thème en apparence rabâché, celui de la nounou qui s’immisce dans la vie de famille. 


Finn, baby-sitter d’Amabel, petite-fille du sénateur d’Arizona, est aussi étrange que les autres personnages. 

Le démarrage est percutant, le rythme est bon, avec de courts chapitres comme j’aime. Tout semblait fait pour me plaire. 


Une semaine après l’avoir achevé, le doute demeure : apprécié ? déçu ? 


Après avoir fermé le roman pour la dernière fois — après l’avoir largement dévoré — je me suis dit que l’histoire en elle-même est sympa mais pas folle. 

L’ambiance prend aux tripes, on est ballotés entre le faste de la famille Martin et la pauvreté d’autrui, on oscille entre la beauté des célébrations et la tension malsaine perceptible à bien des niveaux. 


Le point fort c’est sans conteste cette habilité à perdre le lecteur, à le faire douter de tous, y compris de la protagoniste dont on se demande quelles sont les véritables intentions. C’est ce qui rend l’ouvrage si attrayant malgré quelques lacunes. 


Ces lacunes, c’est des longueurs — je me rends compte que plus je lis de thriller, plus cette remarque revient — et le style, malheureusement. 


Ce que je vais faire, je déteste le faire mais l’honnêteté prime… Il y a bien trop de mauvaises tournures de phrases — certaines qui ne veulent carrément rien dire. Le style est trop lourd, la lecture en est parfois chaotique. 

Je ne sais pas s’il s’agit de la plume de Dimberg ou de la traduction mais certains passages m’ont énervé. Trop de redondances jumelées à des tournures de phrases fautives, c’est majoritairement ce qui a nui à mon plaisir de lecture. 


Au-delà le roman est incroyablement efficace, je me suis posée tout un tas de questions, j’ai soupçonné tout le monde. Je réfléchissais aux agissements de certains alors que ça n’avait pas lieu d’être. Ou je ne soupçonnais pas la bonne personne…

L’éditeur l’a inscrit sur la quatrième « Kelsey Rae Dimberg tend un véritable piège au lecteur » et c’est on ne peut plus vrai ! 


Il y a des éléments que je n’ai pas vu venir mais après coup on comprend qu’il aurait été possible de s’en rendre compte. L’auteure distille parfaitement son suspense et démontre que chaque détail compte — c’est bien ce qui fait un bon thriller, les détails, non ? 

Mais à côté il y a des éléments que j’ai trouvé invraisemblable comme le couple Philip/Marina, ou le comportement de Finn avec certains hommes… 


Disparaître ici est sans doute l’un des rares thrillers où je me suis sentie déboussolée, avec le sentiment de ne pouvoir faire confiance à personne. 

En pesant le pour et le contre, il faut bien reconnaître que c’est un bon roman malgré des zones d’ombre encore trop nombreuses, une conclusion peut-être un peu simpliste et un style trop chaotique. Dommage. 



À lire pour ceux qui aiment les page turner… et être bousculés. 



Disparaître ici de Kelsey Rae Dimberg, traduit par Tania Capron au Cherche midi ! 

dimanche 11 octobre 2020

Am Stram Gram de M.J. Arlidge

Ils étaient les cartes de visite vivantes, le testament en chair et en os du sadisme d’une tierce personne.

 

Quand on lit rien qu’un peu de thriller, il est impossible d’être passé à côté de ce titre et encore moins de cet auteur. 

Au sein du genre il y a un espèce d’affrontement entre les thrillers/policiers anglophones et les thrillers/policiers nordiques. 



Si à la base je fais partie de la première team (Dennis Lehane coeur coeur) je dois dire que plus je lis de polars nordiques, plus je suis accro (en grande partie à cause de Jo Nesbø !). 


J’avais malgré tout très envie de découvrir la nouvelle plume anglaise à la mode : M.J. Arlidge. 


Am Stram Gram est le premier volume d’une série autour du commandant Helen Grace. Il va nous entraîner au coeur de la folie humaine, au coeur du cerveau malade d’un serial killer, où la perversité atteint son paroxysme. 


En gros les victimes vont toujours être enlevées par deux, ce sont toujours des gens qui se connaissent plus ou moins bien, des gens qui vont devoir faire un terrible choix s’ils veulent rester en vie. 


L’histoire est bien évidemment haletante, la vie perso d’Helen est mise en avant mais sans que ce soit jamais trop redondant. Forcément j’aime le fait que ce soit une femme, que celle-ci soit mystérieuse, etc., j’aime sa relation avec son collègue Mark même si j’ai trouvé qu’on insistait trop sur le cliché du flic alcoolo, devenu sorte de leitmotiv des polars… 


Autant le dire maintenant j’ai passé un bon moment de lecture, j’ai fait défiler les pages jusqu’à la dernière — définitivement il n’y a rien de telle que d’écrire des chapitres assez courts pour me donner envie de dévorer le bouquin. 

L’enquête est intéressante c’est vrai, autant que l’enquête « interne » d’Helen dans le but de découvrir la taupe au sein de la police. 


Mais il y a quand même certains éléments qui étaient vraiment de trop. 

Parce qu’il voulait frapper fort, on dirait que M.J. Arlidge a pris tous les éléments à sensation dans le genre, les à mélanger et pouf, voici Am Stram Gram.

Déjà le choix d’un tueur en série, enfin d’une tueuse en série (vous inquiétiez pas c’est pas un spoil, on l’apprend quasi au début), et puis il y a d’autres choses (que je vais pas dire ici mais qui sont directement liées à Helen et que je trouve d’une grossièreté presque révoltante). Sans parler du destin de Mark.


Ouais non je trouve que c’est trop, qu’il n'y a pas de dosage mais au contraire que c’est un espèce de fourre-tout et débrouille-toi avec.

Qu’on se méprenne pas, je l’ai dévoré le bouquin, je voulais savoir si mes doutes étaient fondés ou non, je voulais savoir comment ça allait bien pouvoir se passer entre Mark et Helen, puis entre Helen et la coupable. 


Malgré ça oui je ressors mitigée. Je ressors avec le sentiment d’avoir lu un livre pas mal mais avec trop de longueurs, trop de répétitions — parce que ouais, sur 400 pages, on nous répète bien trop souvent les mêmes choses. Je ne parle pas des kidnappings, ça c’est normal qu’ils soient quasi toujours pareil, je parle vraiment de ce besoin de répéter des choses qui ont déjà été dites. 

Et je parle aussi de la qualité du texte.J’ai trouvé l’écriture pauvre et répétitive là aussi. 

Je ne sais pas si c’est directement le texte en VO qui est fautif ou si c’est la traduction mais question vocabulaire, c’est clairement pas ça. 


Le dernier élément un peu décevant c’est le fait qu’on ait pas assez de passages autour des séquestrations. À ce sujet j’ai lu il y a des années Des noeuds d’acier de Sandrine Colette et ça n’a rien à voir. Ce dernier est tellement fascinant du point de vue de la victime qu’Am Stram Gram fait pâle figure à côté. 

À l’inverse j’ai trouvé que les descriptions sur les séquelles psychologiques, sur la culpabilité, la honte et l’impossibilité de continuer à vivre étaient abordés avec intelligence et pertinence. 


Enfin tout ça pour dire qu’Am Stram Gram s’est lu comme il fallait : à une vitesse déconcertante. 

Malgré cela il souffre de beaucoup de défauts. Il n’empêche, je lirai très probablement la suite, juste pour savoir où l’auteure va mener son héroïne. 



À lire pour ceux qui veulent un page-turner sympa pour l’été ou un polar pas trop prise de tête mais où on trouve quand même des réflexions intelligentes sur la séquestration, la perte, la culpabilité, la folie, et la façon dont, sans le vouloir, on peut blesser les uns en aidant les autres. 



Am Stram Gram traduit par Élodie Leplat aux éditions 10/18 (collector ici) !






dimanche 4 octobre 2020

La Montagne de minuit de Jean-Marie Blas de Roblès

J’ai rencontré Jean-Marie Blas de Roblès lors du salon du livre de ma ville il y a plus de deux ans. J’ai pu échanger avec lui pendant un petit moment. J’ai rencontré un monsieur intéressant et surtout adorable. Je lui ai confié (avec un peu - pas mal - de honte) que je n’avais jamais lu de livre de lui, mais que j’aimerais découvrir Là où les tigres sont chez eux (pavé, lauréat du Médicis 2008). 



Il a été compréhensif et il m’a plutôt conseillé L’île du Point Némo pour démarrer. 

Le temps a passé et je ne l’ai toujours pas lu. Et puis je suis tombée sur La Montagne de minuit, un roman court. 


Même pas 200 pages pour raconter une histoire où il est question de solitude, de rejet, de passion pour le Tibet et le lamaïsme… et même, contre toute attente, de Seconde Guerre mondiale. 


La Montagne de minuit m’a plu. On fait la connaissance de Bastien, gardien d’une école jésuite. Voilà des années qu’il aurait dû partir en retraite, mais il n’a pas de famille, pas d’amis, pas d’argent. 

Une mère et son fils viennent s’installer dans l’immeuble où il vit. 


Cela va être l’occasion pour Bastien de sortir de son mutisme, mutisme dans lequel il a été plus ou moins forcé. Les raisons sont obscurs mais tout le monde se méfie de lui, surtout quand il s’agit des enfants - au début je croyais, un peu interdite, qu’il s’agissait d’une histoire d’attouchement… 

Quelle a donc été ma surprise quand j’ai compris qu’en réalité il était question de faits survenus pendant la Seconde Guerre mondiale ! 


Bastien semble pourtant inoffensif. Fasciné par le Tibet, il est touchant parce qu’il est seul et qu’il rêve d’une vie à des années lumières de la sienne. 


Sur un coup de tête, Rose (la mère, tout récemment rencontrée) décide de l’emmener au Tibet. 


Voyage initiatique, le Tibet s’affiche comme terre promise pour Bastien qui s’y sent parfaitement dans son élément : il parle la langue, connaît les lieux, etc. 

C’est aussi l’occasion d’en apprendre plus sur son passé, sur le fait que son père et son frère étaient des collabos, sur le fait qu’il est parti en Allemagne, dans une sorte de couvent pour moines tibétains. Ce serait-là que Bastien aurait tout appris. 


C’est grossièrement l’histoire de La Montagne de minuit (sans la fin évidemment !!), mais ce roman c’est aussi tellement plus que ça. 


C’est l’interrogation sur la place du narrateur dans l’histoire, tension qui ressort par le biais des interventions de la mère, Rose, qui s’adresse à son fils, le narrateur, qui a choisi d’écrire sur la vie de Bastien, cet obscur personnage. 

C’est aussi l’interrogation sur la tension entre fiction et histoire. C’est pile le questionnement qui m’intéresse pour mes études, et le retrouver là, sans s’y attendre, c’était inespéré… et passionnant. 


La Montagne de minuit est une illustration du mal que peut faire la littérature à l’histoire. C’est un exemple du fait que les mauvaises informations peuvent rapidement être prises pour vraies. Dans ce sens, le personnage de Rose, historienne de métier, en est la représentante, elle illustre du danger que peut représenter le mensonge, la déformation. 


« - Regarde Dan Brown et son Da Vinci Code. Je me fiche que ce type écrive mal ou raconte des conneries, la seule chose que je lui reproche c’est de commencer son livre en disant : « attention, tout ce que vous allez lire est la stricte vérité, je n’ai rien inventé », alors qu’ensuite il te raconte le Petit Chaperon rouge. 

- Alors j’écris « ceci est un conte », et je fais ce que je veux ?

- Juste une question de conscience personnelle. Quoi que tu dises, de toute façon, cela n’empêchera pas les gens de croire dur comme fer à leurs fantômes préférés. » 



Finalement Bastien demeure un personnage obscur, opaque, insaisissable. On ne sait comment il a appris tout ce qu’il sait. On ne sait comment il a vécu pendant la Seconde Guerre mondiale. 

Ce que l’on sait, c’est qu’il était un homme bon, ce qui devrait être suffisant. 


La Montagne de minuit a été une bonne découverte. Un court roman autour de questions nécessaires, avec des personnages attachants et étoffés. La plume de l’auteur est accessible (la plupart du temps) et agréable. On sent dès le début les immenses connaissances de Jean-Marie Blas de Roblès sans que ça passe pour de l’étalage. Bien au contraire l’auteur distille ici et là des bribes d’informations sur le Tibet, des morceaux d’interrogation, pour donner un roman court sur la quête identitaire et sur ce que la littérature vole à l’Histoire - ou inversement ? 









dimanche 20 septembre 2020

Tout ira bien de Damian Barr

Nous sommes en 1901, en Afrique du Sud. À cette époque, la Seconde guerre des Boers fait rage. Les britanniques veulent mater ces paysans blancs (= boers en néerlandais) qui ont émigré quelques siècles auparavant, et prendre le contrôle du pays. 


Sarah van der Watt est épouse d’un soldat boer, parti se battre aux côtés des autres. Mais pendant ce temps-là l’armée britannique, qui a cette époque promeut la politique de la terre brûlée arrive chez eux, et lui ordonne de se munir du strict nécessaire et de partir avec son fils sous le bras. Direction le camp de Bloemfontein crée l’année précédente pendant que leur maison, toute leur vie s’évapore dans les flammes. 


Sarah est cultivée (elle parle anglais) et décide d’écrire son quotidien pour le raconter à son mari absent malgré l’interdit. La première centaine de pages nous plonge dans l’horreur de la vie concentrationnaire. La chaleur en été, le manque d’air, le froid en hiver. La sous-alimentation — sauf peut-être pour ceux qui ont accepté de se rendre à l’ennemi, les « mains en l’air » — la peur, la fatigue, les conditions de vie odieuses… Évidemment les maladies ont tout le luxe de prospérer et c’est des milliers de personnes qui meurent… 


On estime 29 000 morts sur environ 145 000 femmes et enfants boers internés… 



L’histoire de Sarah apporte des éléments historiques passionnants. 

Et puis, on m’a coupé l’herbe sous le pied. 


L’arrivée en 1976 est chaotique parce que le changement est abrupte. 

Après quelques pages, on s’y fait et on prend même plaisir à découvrir une femme qui a grandi avec son temps : Rayna. 

Même s’il est certain qu’elle a des progrès à faire sur certains sujets, elle est bien plus tolérante que sa fille, Irma. 

La mère de Willem, l’adolescent qui va nous intéresser. 


Il y a différents sauts dans le temps à partir de 1976 pour en arriver à 2010 — 2015 pour la toute fin — au moment où Willem, considéré comme un gosse à problème trop sensible, est forcé d’intégrer le camp d’Aube nouvelle, sorte de camp militaire barbare et effrayant. 


La mise en perspective est intéressante d’autant plus quand on sait que les deux histoires sont réelles : Damian Barr explique dans ses Remerciements qu’il s’est inspiré de l’histoire d’un adolescent tué dans ce type de camp… 


Du point de vue du fond c’est une mine d’or qui renseigne et délivre un message d’urgence. Un parallèle concret d’une forme de répétition de l’Histoire. 

On nous fait comprendre que les temps ont changé, maintenant on paie pour entrer dans des camps, avant on était forcés, mais sinon, rien n’a bougé. 


Du point de vue de la forme honnêtement ça ne m’a pas transcendé. Comme je le disais je trouve la coupure entre l’histoire de Sarah et l’époque plus contemporaine trop abrupte. Je trouvais que ses émotions étaient bien retranscrites tandis qu’elles l’étaient beaucoup moins par la suite. Et puis on reste un peu sur notre faim. On entend au détour d’une phrase ce qui est arrivé à Sarah mais c’est trop elliptique pour qu’on soit touchés. 

Le sentiment qui a rythmé ma lecture a été la colère, évidemment.


Parce que je n’avais pas de connaissances sur cet affrontement du début du 20e, j’ai beaucoup aimé l’apport historique et le lien effectué par l’écrivain. 

Pour ce qui est du reste, Tout ira bien figure parmi ces oeuvres intéressantes mais qui ne m’ont pas touché outre mesure. 

Je crois que ça peut s’expliquer par le fait que Damian Barr est initialement journaliste et qu’il s’agit de son premier roman. À voir les suivants donc. 



À lire pour ceux qui veulent en savoir plus sur la Seconde guerre des Boers, sur le machisme contemporain et l’homophobie, même dans le pays d’Afrique le plus avancé au sujet des lois LGBT… 



Tout ira bien de Damian Barr, traduit par Caroline Nicolas au Cherche midi 






mercredi 16 septembre 2020

Le Wagon d'Arnaud Rykner

 « Tout ce qui est raconté ici est vrai. Tout ce qui est inventé ici est vrai aussi. Bien au-dessous de la réalité. Ce n’est pas une fiction. » 


Arnaud Rykner écrit dans sa préface du Wagon que son histoire relève non pas de la fiction, mais de l’Histoire. 




L’auteur s’est donné pour pari d’écrire sur un des derniers convois de déportés, direction Dachau. La raison de cette nécessité d’écrire ? Le fait qu’un des membres de sa famille ait été dans ce wagon, et que ce wagon ait été particulièrement funeste (environ 500 morts sur un peu plus de 2000 déportés). 


Ils sont de plus en plus nombreux les auteurs qui ressentent le besoin d’écrire sur la Seconde Guerre mondiale dans une impulsion qui trouve son origine dans la famille (on trouve aussi Daniel Mendelsohn, avec son génial Les Disparus). 


L’invention relève de la nécessité dès lors qu’on n’a pas la possibilité de connaître la vrai du faux. Dans un monologue qui s’étend sur presque 150 pages, le narrateur va nous décrire la peur, l’enfermement, la honte, la solidarité ou au contraire la désunion qui règne dans le wagon. 

Dans ce wagon, mais aussi dans tous les autres. 

Il y en a eu 24 des wagons qui, en date du 2 juillet 1944 sont parties de Compiègne direction Dachau. 


Il y est question des privations, de la mort, de la réjouissance de la mort des uns pour permettre aux autres de vivre plus longtemps, du moins de pouvoir respirer moins péniblement. Il y est aussi beaucoup question de la chaleur et de l’attente. L’attente de savoir où on sera emmené, où va-t-on arriver. Est-ce que quelqu’un connaît les lieux par lesquels ils passent ? 


La lecture, comme le récit, se fait en apnée. Le lecteur doit accepter la claustrophobie. Sauf à un moment, court moment d’accalmie. On peut respirer à l’air libre, se dégourdir les jambes, oublier, même si ce n’est que durant une poignée de secondes, l’horreur de l’instant. Puis c’est le retour dans les wagons. C’est le moment où le narrateur se demande combien de personnes ont péri. Son wagon est moins rempli qu’avant, c’est horrible à dire, mais c’est une libération pour les vivants qui sont un peu moins entassés. 

La réjouissance de la mort, quelle ironie… 


Ce qui est horrible dans ce livre, c’est la tension entre l’écriture, le style d'une vraie beauté, les phrases, le plus souvent courtes et percutantes, et la gravité du propos. Il y a une difficulté à lire ce récit, mené par un « je » lucide, réaliste qui comprend l’horreur de la situation mais qui doit compiler avec. Sans doute comme l’ont fait ceux qui, comme lui, ont été déportés dans un wagon bien trop étroit pour contenir autant de monde, pour une direction inconnue, pour ceux qui ont survécu jusque-là. 


Le Wagon est un court récit très puissant, où la solidarité côtoie la mort, où le « je » perd de son individualité pour se fondre dans les autres ; faute de vivre, il faudrait au moins survivre et se souvenir. Se souvenir de chaque visage, de ces compagnons de malheur qui ont fait la route avec lui et qui ne sont plus, que ce soit au sens littéral ou figuré. 



« Que vont-ils faire de nous ? Que peuvent-ils faire de nous ? Rien à en tirer. Nous ne servons à rien. Nous ne sommes plus rien. Des fantômes. Déjà, nous nous effaçons. Déjà nous ne sommes plus là. » 






mercredi 9 septembre 2020

Portrait d'un cannibale de Sinar Alvarado

 Pas de métaphore ou de sens caché dans le titre. Ce livre, Portrait d’un cannibale, porte bien son nom.


Sinar Alvarado, journaliste colombo-vénézuélien a choisi d’écrire sur un sujet pour le moins atypique : retracer les méfaits et la vie du tueur et cannibale vénézuélien Dorancel (Dorángel) Vargas. 

Si ce tueur en série a quand même droit à sa page Wikipédia en français, c’est à peu près le seul site où vous pourrez trouver des infos dans la langue de Molière. 


Les éditions Marchialy, surtout connues pour leurs parutions signées Jack Adelstein (que je n’ai pas lues) publient de la « littérature du réel ». Moi qui suis très friande de ce genre de littérature, je regarde toujours avec attention leurs publications. Et ce livre, Portrait d’un cannibale était sur le haut de la liste. 


L’ouvrage démarre sur un Dorancel qui sort de prison. Le lecteur, quelque peu bouleversé se demande où il se trouve chronologiquement parlant. En effet, durant tout l’ouvrage nous allons subir un va-et-vient assez brusque du point de vue de la temporalité et des acteurs. 


J’appelle acteurs les membres de la famille des personnes décédées. Il me paraît étrange de parler de personnages pour nommer des êtres qui sont encore vivants et qui ont été interrogés… 

Bref, Portrait d’un cannibale se tisse autour de trois procédés : du côté de Dorancel, de ses victimes, et de la famille de ces derniers. 


Je parlais du titre au début, disant qu’il était bien choisi. Il est intéressant dans la mesure où il englobe la vie du principal agent (Dorancel) autant que les bouleversements liés à ses actes (la perte pour les familles d’un fils, d’un frère…). Mais il l’est aussi parce qu’il est question « d’un » cannibale. En l’occurence Sinar Alvarado s’attache non pas à nous dépeindre la vie d’un fou, mais bien à nous faire comprendre que ce genre de problèmes mentaux n’ont pas leur place dans la société vénézuélienne. 


L’ajout pour l’édition française à la fin est particulièrement éclairant : Dorancel est placé dans une prison de transit, où légalement, un détenu n’a pas le droit de rester plus de huit jours, Dorancel y est resté plus de dix ans. 

Sa prise en charge médicamenteuse est elle-même désastreuse, réglée sur les passages bien trop inégaux des médecins. 


Finalement, Dorancel a encore fait parler de lui en 2016, lorsqu’il y a eu une mutinerie en prison et qu’il a été choisi pour cuisiner trois prisonniers…


Portrait d’un cannibale a ses lacunes, avec une narration intelligente et invisible où le jugement n’a pas sa place, il souffre par des répétitions trop nombreuses, par des va-et-vient qui, finalement n’apportent pas forcément quelque chose en plus. 

J’ai trouvé l’emboitement intéressant, mais trop obscur pour permettre une vue d’ensemble. 


Le travail d’investigation lui est passionnant, ainsi que les descriptions des Andes vénézuéliennes. Je n’ai jamais lu de livre mettant en scène ce pays et pourtant je n’ai pas eu de mal à visualiser le paysage. C’était accessible et ça permettait d’accéder plus facilement au quotidien de Dorancel.


Si le sujet vous intéresse je crois qu’il faut lui laisser sa chance. Entrer dans Portrait d’un cannibale c’est entrer dans un territoire inconnu, un monde où la maladie n’est pas traitée comme il faut, où la communauté est soudée, où le manque d’équipements, de lois claires autour de la prise en charge d’individus malades et inaptes à la vie n’est clairement pas au point. 

Aucune pitié n’est possible pour Dorancel, qui a reconnu être coupable d’une dizaine de meurtres, et pourtant on se prend à le plaindre, lui et ses morts qui ne cessent de lui hurler dans la tête. Parce que Dorancel est malade, mais que la situation médicale du pays ne peut le prendre en charge, le laissant sur le  bas côté... 



Portrait d'un cannibale de Sinar Alvarado, traduit de l'espagnol par Cyril Gay, aux éditions Marchialy.

dimanche 6 septembre 2020

Dans le jardin de l'ogre de Leïla Slimani

« Ça n’en finit pas, Adèle. Non, ça n’en finit pas. L’amour, ça n’est que de la patience. Une patience dévote, forcenée, tyrannique. Une patiente déraisonnablement optimiste. » 


Lors de la sortie de Chanson douce en 2016, avec son couronnement par l’Académie Goncourt, j’avais trop envie de le découvrir. Surtout le nom de l’auteure m'était inconnue. Mais trop de médiatisation, une visibilité à en vomir. 




Alors j’ai repoussé et à la place, je me suis procurée Dans le jardin de l’ogre publié initialement en 2014 et réédité en 2018 dans cette magnifique édition collector de chez Folio. 


Dans le jardin de l’ogre parle de d’Adèle, mariée, mère d’un garçon, et accro au sexe

Enfin je ne suis pas bien sûre qu’il s’agisse uniquement d’une dépendance. Car Adèle est esclave de son sort. Incapable de ne pas coucher à droite à gauche, avec des collègues journalistes ou alors avec un mec un tant soit peu à son goût, de ne pas courir les rues de Paris, pendant que son mari l’attend chez eux.


Adèle souffre, Adèle est malade. Maladie de sexe, probablement de celle qu’on appelle trouble du comportement sexuel compulsif. À cause d’un manque d’amour aigu dans son enfance, sans doute ressent-elle le besoin de reconnaissance. Là où sa mère, jalouse de sa fille n’a engendré qu’un manque, une incomplétude, les hommes dont elle fait la rencontre au gré des nuits, des voyages d’affaires la font de sentir entière. Du moins rassasiée pour un temps. 


Voilà que son mari, Richard, désire quitter Paris, s’installer dans une maison, à la campagne, loin des remous de la ville. Quitter Paris ça signifie quitter les autres, les hommes, ceux qui peuplent ses pensées et ses cauchemars. 

Puis un jour, le pire arrive.


Adèle, démunie face à la réalité des choses se voit contrainte de se battre, de se réfugier auprès de son mari et d’espérer des jours meilleurs car personne ne la sauvera. 


C’est un premier roman audacieux que livre ici Leïla Slimani en s’attaquant à un sujet encore largement tabou : la sexualité féminine, plus particulièrement la dépendance sexuelle chez les femmes. Dans le jardin de l’ogre s’impose et cri à qui veut l’entendre que les femmes aussi ont des désirs, des fantasmes. Elles aussi peuvent être accro au sexe.


Jonglant entre l’énervement et l’émotion, Adèle apparaît comme un personnage fin, tiraillée entre une vie rêvée par beaucoup : le mari aimant, le fils, la carrière qui pourrait être quelque chose si on s’en donne la peine, la maison à la campagne pour se ressourcer ; et une vie de dépravée, à écumer les soirées, à ramener des hommes chez elle pendant que son mari est en déplacement. À mettre de côté sa vie familiale à cause de ça, de cette obsession qui ne la quitte jamais vraiment. 


Adèle est un personnage qui m’a touché parce que c’est un malheur qu’elle vit, une prison mentale. J’aurais aimé la suivre encore un peu plus, pouvoir me faire une idée de Richard, mais je ne me sens pas le droit de juger, ni Adèle, ni Richard, deux âmes en peine, forcés de compiler avec leur chagrin. 

La tristesse de Richard m’a touché dans les dernières pages, sa retenue face au corps de cette femme qui est la sienne. 


Dans le jardin de l’ogre est pour moi une lecture unique. J’ai été chamboulée, traversée d’émotions contradictoires pour les personnages. De la pitié à la haine, de l’énervement à la clémence. Un premier roman maîtrisé et intelligent sur des souffrances de femmes encore peu abordées. 


Adèle a déchiré le monde. Elle a scié les pieds des meubles, elle a rayé les miroirs. Elle a gâché le goût des choses. Les souvenirs, les promesses, tout cela ne vaut rien. Leur vie est une monnaie de singe. 


dimanche 30 août 2020

Le Silence des vaincues de Pat Baker

Les vaincus sont les oubliés de l’Histoire, et leur version des faits meurt avec eux.

 

 La mythologie grecque continue d’avoir le vent en poupe. On la trouve partout : au cinéma, dans la littérature jeunesse, chez des auteurs comme Madeline Miller ou plus récemment chez Pat Baker. 


S’il ne devait y avoir qu’un seul point de comparaison entre les deux, il s’agirait du caractère féministe des héroïnes, de leur capacité de résilience. 




Mais Circé, la magicienne, petite-fille d’Océan et fille d’Hélios, le soleil n’a rien à voir avec Briséis, ancienne reine de Lyrnessos, devenue captive d’Achille après que celui-ci ait tué son mari et ses frères. 


Voilà neuf ans que dure la guerre de Troie. 

Neuf ans que les massacres s’accumulent et que les achéens se rapprochent petit à petit du but : faire tomber Troie. 


Suivre le point de vue de Briséis créer un sentiment de lenteur. La guerre fait rage mais les événements se découlent presque au ralenti dans le camp, où il n’y a rien à faire si ce n’est attendre, si ce n’est suivre de ses propres yeux la ruine des troyens. 


Briséis mentionne ses comparses, toutes ces femmes enlevées et gardées captives. Parmi elles, la captive du roi des Grecs, Chryséis, fille du prêtre troyen d’Apollon. 

Le père viendra supplier Agamemnon de lui rendre sa fille, ce à quoi le  « roi » des Achéens se refuse. 

À que cela ne tienne, Apollon, fou de rage, abat la peste sur le camp. 


C’est véritablement à partir de ce moment que je suis entrée dans le livre. 

Le démarrage est assez lent, on suit Briséis mais je n’avais pas cette étincelle qui donnait envie d’aller plus loin. Et puis une fois la colère d’Apollon abattue sur le camp, c’était parti. 


Raconter Briséis c’est raconter toutes les captives, celles qui ont été rendues esclaves et dont on ne parle pas. 

Trophées des Grecs elles sont des esclaves et doivent être considérées comme telles. 

Il n’y a rien de beau à être la captive d’Achille, à devoir supporter sa haine, à devoir supporter de partager la couche d’un homme qui a décimé ton mari, ta famille, ta ville. 


Pat Baker insiste sur l’aspect peu reluisant qui est toujours caché. On préfère s’arrêter sur la bravoure de ces hommes, sur la ruse d’Ulysse, le génie guerrier d’Achille, etc., plutôt que de soulever un élément incriminant : les meurtres et les viols commis afin de gagner la guerre, de récupérer cette « salope » d’Hélène et de rentrer chez soi, enfin. 


L’auteure brosse un portrait attachant de Patrocle, sans doute seul représentant positif de la gente masculine. 

Achille, lui, est dépeint comme un homme, ni plus ni moins. Un homme hanté par l’abandon de sa mère, orgueilleux comme un mortel à qui l’on aurait ôté son jouet (Briséis), forcé de regarder la vérité en face : son seul ami est mort à cause de son orgueil. 


Rien n’est épargné dans Le Silence des vaincues. La douleur, la crainte, la peur… et avec elle la confrontation de l’étranger. 

Briséis n’est qu’un trophée troyen aux yeux d’Achille. Jusqu’à ce qu’elle apparaisse comme une alliée sans le vouloir et alors débute une étrange relation. 


Pat Baker nous entraîne au coeur de la guerre de Troie qui en est à ses derniers balbutiements. 

Elle nous raconte une histoire méconnue, non plus celle des héros mais celle des captives, héroïnes de leur propre histoire.

Il y a des passages à vide, traduisant l’ennui, le côté palpitant est absent pour laisser place à la banalité du quotidien. Briséis ne fait pas la guerre, elle attend sagement qu’il se passe quelque chose. 

L’aspect le plus intéressant concerne évidemment cette histoire des vaincues comme son nom l’indique. Non, ces héros qui ont bercé notre enfance et continuent de nous fasciner n’étaient pas des bons gars, non ce n’était pas à proprement parler des « héros ». 


La figure de Briséis est méconnue dans la mesure où tout ce qu’on sait d’elle est qu’elle était reine troyenne et qu’Achille l’a prise comme captive. 

Pour le reste, une fois la mort d’Achille survenue, c’est le silence radio. 

En choisissant cette figure inexploitée, l’auteure parvient à intéresser : en s’attachant à elle, on s’attache à toutes les captives, on relativise les histoires rabattues et on comprend alors que les héros sont eux aussi coupables. 


Mais vous voyez le problème, non ? Comment pourrait-on bien éprouver de la pitié ou du chagrin face à cette liste de noms intolérablement anonymes ? 



Le Silence des vaincues de Pat Baker traduit par Laurent Bury, aux éditions Charleston 

La promise au visage de fleurs de Roshani Chokshi

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