samedi 10 novembre 2018

Le Coin des libraires - #119 Nord-Michigan de Jim Harrison

Mon premier Jim Harrison. Lorsque j'ai commencé à lire des livres de façon "sérieuse", je me suis pas mal intéressée à la littérature américaine et anglaise (en plus de la française), et puis, entre temps, je me suis découvert une grande passion pour la littérature allemande/autrichienne, si bien que j'ai un peu délaissé la littérature américaine. 

J'en lis toujours, mais quand même assez peu au final. Je n'ai pas rencontré les grandes figures du XIXe-XXe siècle américain comme Edith Wharton, Jack London, Charles Bukowski ou encore William Faulkner - cette mini liste d'auteurs est non exhaustive et ne contient que des auteurs que j'aimerais lire, donc par définition, que je n'ai pas encore personnellement découvert. 

Néanmoins, je dois contraster en soulignant que je ne suis pas non plus une vraie bille, j'ai déjà lu Poe, Sallinger, Hemingway, Fitzgerald... 
Et puis, j'ai lu, pleuré, relu, repleuré face à Des souris et des hommes de Steinbeck qui est pour moi un des meilleurs livres jamais écrit au monde. 
Fin voilà, ma culture en littérature américaine est passable, mais mes lectures, bah, elles le sont bien moins. 

J'ai reçu Dalva pour mon anniversaire (ou Noël ?) en 2016. Je ne l'ai pas encore lu non plus. À vrai dire j'ai un peu de mal à me plonger dans un pavé lorsque je n'ai encore rien lu de l'auteur en question. Lorsque j'ai vu que les éditions 10/18 sortait une édition limitée de Nord-Michigan, troisième roman de l'auteur paru aux États-Unis en 1976, je n'ai pas hésité bien longtemps, j'ai commencé par celui-ci car il a été écrit avant Dalva et parce qu'il est plus court, c'était donc pour moi l'occasion de découvrir l'auteur plus rapidement. 


Instituteur dans une bourgade rurale du Nord-Michigan, Joseph coule des jours tranquilles dans la ferme de ses parents. Entre la chasse et la pêche, il partage ses nuits avec Rosalee, l’amie d’enfance, l’éternelle fiancée. Quand survient Catherine, une de ses élèves, âgée de dix-sept ans et très affranchie, déterminée à bouleverser le cours des choses… 

Sur un thème presque banal, Harrison a composé le plus simple mais aussi le plus beau de tous ses romans. 


Après la lecture des premières pages, une question s'impose : dans quoi me suis-je embarquée ? 
Une fois passée les trois pages d'un espèce de prologue, on est catapulté dans la nature, on nous parle de pêche de manière assez pointue quand on y pense. 
Bon, après coup je me suis dit "normal, vu le passif de Joseph, la pêche, la chasse et la nature vont avoir une place importante, si ce n'est centrale dans cette histoire". 

Pourtant, une fois passée les premières pages au sujet de la pêche, je me rends compte que je suis entrée dedans à la vitesse de l'éclair et que ma lecture est pour le moins agréable et enrichissante. 

Il faut dire que le personnage de Joseph, qui m'est apparu comme étranger de prime abord m'a rapidement touché. Ce quadragénaire, instituteur (un peu) aigri rêve d'évasion, plus précisément de l'océan. Déjà, pour moi, un des gros points forts du livre, c'est ce tiraillement, cette hésitation entre terre et mer, entre la chasse et la pêche, entre Rosalee, celle qu'il aime depuis des années et Catherine, celle avec qui il occupe ses journées, celle qui semble être un peu l'illustration de sa crise de la quarantaine. 

C'est une vie banale que nous montre Harrison, une petite vie tranquille de fils de fermier dans le Michigan, près de la Pine River. C'est un lieu commun pour cet auteur, membre du mouvement  nature writing - courant littéraire naît avec le fameux Wilden de Thoreau (si je ne me trompe pas) qui mêle des passages autobiographiques à des réflexions et descriptions de la nature. 

C'est bien ce qu'est Nord-Michigan : un court roman issu du nature writing. 
On y trouve en tout cas bon nombre de descriptions des lieux (qui, d'ailleurs, donne envie de découvrir le nord de cet état) et certains traits du personnage semblable à son auteur. 
À titre d'exemple, il y a évidemment les racines de l'auteur qui, comme son protagoniste, est d'origine suédoise de par ses parents. Il y a également le fait que Jim Harrison est né et a vécu au Michigan. 
Sans doute y en a-t-il d'autres, mais le but de cet article n'est pas de prouver que ce roman fait partie de ce mouvement littéraire américain. 


Nord-Michigan de Jim Harrison, éditions 10/18 collector.


C'est alors dans cette banalité de la vie qu'évolue Joseph, habitant de ce Michigan rural où il n'y a qu'une seule école pour tous les élèves. De ce Michigan où il vit avec sa mère mourante, dernier enfant de la famille à être resté dans les environs - ses soeurs sont parties de ce trou perdu depuis belle lurette -, de ce Michigan où il est hanté par le souvenir de son meilleur ami décédé, Orin, ex-mari de son amour de jeunesse, j'ai nommé Rosalee. 

Las de vivre une vie paisible, sans accroc, il découvre la fraicheur de la nouveauté en la personne de Catherine, ado de 17 ans qui n'est autre qu'une de ses élèves. À partir de là, Joseph va jouer à un jeu dangereux, un jeu qui brûle, qui abîme. Forcément, il va faire souffrir son amour de toujours, forcément il va devoir grandir et alors décider de la suite. Il va devoir faire un choix entre des éléments irréconciliables, entre la terre et la mer. 


Comme je le disais plus haut, j'ai eu du mal avec les premières pages, avec les descriptions de la nature, etc. et puis on comprend vite l'importance de ces descriptions pour l'ambiance d'une part, pour imprimer un paysage, et pour le personnage d'autre part. C'est un personnage fragile, attachant, émotif que l'on découvre. 
Jim Harrison nous offre un tableau passionnant, bucolique du nord du Michigan, et avec lui, l'illustration d'un homme fatigué d'être là où il est, d'être ce qu'il est, mais néanmoins heureux d'être environné de ces paysages si familier, de ces terres pour chasser, des lacs et autres rivières pour pêcher. 
C'est simplement que ce n'est pas l'océan. 


Honnêtement, je me suis plongée dedans un peu au hasard. Avec l'envie de découvrir ce grand monsieur de la littérature américaine du XXe siècle et avec le pressentiment que ce roman allait vraiment être trop centré sur la nature, et pas assez sur le personnage. Je me suis trompée. 
J'ai énormément aimé ce roman, je l'ai trouvé juste et touchant, à l'image du personnage de Joseph. 
Il ne fait pas de doute que je découvrirai d'autres romans de l'auteur, à commencer par Dalva qui m'attend sagement dans ma bibliothèque. 



"Il s’arrêta à l’idée que la vie n’était qu’une danse de mort, qu’il avait traversé trop rapidement le printemps et puis l’été et qu’il était déjà à mi-chemin de l’automne de sa vie. Il fallait vraiment qu’il s’en sorte un peu mieux parce que chacun sait à quoi ressemble l’hiver."
Jim Harrison, Nord-Michigan.





2 commentaires:

  1. Bonjour, je vous ai rencontré par les citations du livre "La force des choses" de Simone de Beauvoir que vous partagez sur Babelio puis j'ai lu ce texte sur un auteur que j'ai toujours aimé, Jim Harrison. J'y suis rentré par mon GOÛT pour le monde de l'alimentation et de la cuisine via "Aventure d'un gourmand vagabond"... Une fois harponné, ne restait plus qu'à découvrir son oeuvre. Dalva entre autres... Avec lui, on est dans l'essence des choses.

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    1. Bonjour Ludovic,
      Je ne sais comment ça se fait mais je n'ai jamais été prévenue de votre commentaire... Je réponds donc avec plus d'un an de retard (honte à moi...). Merci beaucoup pour votre commentaire ! J'ai Dalva dans ma bibliothèque depuis au moins 2 ans, j'ai très envie de le lire, mais j'ai aussi le sentiment qu'une fois que ce sera fait, j'aurais peut-être découvert la meilleure oeuvre de Jim Harrison. Parfois, on a des appréhensions qu'on ne s'explique pas vraiment.

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