dimanche 26 août 2018

Le Coin des libraires - #108 Les heures silencieuses & Nos vies désaccordées de Gaëlle Josse

L'ombre de nos nuits  a été un gros coup de coeur, une histoire qui laisse des traces, des personnages uniques et extrêmement touchants. D'une certaine façon il en va de même ici puisque Les heures silencieuses, le premier roman de Gaëlle Josse est également inspiré d'un tableau. Une oeuvre picturale du XVIIe siècle là aussi. 
Nos vies désaccordées est complètement différent. Déjà, il s'agit d'un récit contemporain, un récit qui se passe en partie à Paris, mais néanmoins un récit où l'art est toujours présent. Ce n'est plus la peinture, c'est la musique au centre de cette histoire - en plus de l'amour. 

Si j'ai décidé de vous parler de ces deux romans dans un même article, c'est parce que je les ai lus à la suite et parce que ce sont de courts récits. Les heures silencieuses ne fait même pas 100 pages, Nos vies désaccordées en fait à peine 20 de plus. 


  • Les heures silencieuses (J'ai lu, 2012)


Gaëlle Josse aime la concision, ses livres ne dépassent pas les 200 pages (enfin, je ne me souviens plus exactement le nombre de pages du Dernier gardien d'Ellis Island), c'est dire si elle affectionne les histoires courtes, concentrées, fortes en émotion. C'est un élément que j'adore chez cette auteure, le fait qu'elle parvienne si facilement à détailler un événement, un sentiment en quelques phrases, parfois en quelques mots. 

Ce premier roman est significatif du chemin que prendra l'auteure : la parole donnée à un personnage qui se cherche, qui s'interroge sur sa place dans le monde, sur ses désirs, ses aspirations, ses accomplissements aussi. 
Ici, nous suivons Magdalena Van Beyeren qui n'est autre que la femme au premier plan sur le tableau (voir la couverture plus bas), une femme issue d'une famille relativement aisée, mais qui a dû accepter son rôle. Enfin, je parle de rôle, j'entends par là qu'elle a dû se plier à la volonté de son père, elle a dû accepter sa "place de femme" et donc mettre de côté ses aspirations pour se marier et avoir des enfants. Douée dans son domaine, elle est un véritable atout, mais elle n'est qu'une femme - c'est l'occasion de voir la place du sexe féminin dans la société du XVIIe. 

Magdalena s'adresse directement à nous, du moins le récit se fait à la première personne puisqu'il s'agit de l'écriture du journal intime de celle-ci. Cette façon de se trouver confronter aux pensées du personnage est un procédé assez fréquent chez Gaëlle Josse - on le trouve également dans Une longue impatience, son dernier roman paru au début de l'année 2018 - et il nous permet d'être en adéquation complète avec le personnage. 


Les heures silencieuses de Gaëlle Josse, éditions J'ai lu.


Bien évidemment ce récit est fictionnel, Gaëlle Josse a imaginé la vie de cette femme comme elle a imaginé celle de Georges de la Tour dans L'ombre de nos nuits (en revanche, peut-être n'a t-elle pas imaginé cette femme sans nom présente au musée, celle qui admire l'oeuvre et se remémore sa relation passée), et cette fiction est l'occasion d'interroger la place de la femme dans la société de cette époque comme dit plus haut, et aussi d'insérer la figure de la femme forte, de la femme effacée, coincée dans une vie qui ne semble pas complètement la satisfaire. Une femme de dos, sans visage et sans possibilité d'avancée dans un monde qui refuse de s'offrir à elle. 

D'ailleurs, si sur la couverture d'Une longue impatience la femme se trouve être de face, il n'empêche que par bien des aspects, elle ressemble à Magdalena, rien que par le fait qu'elle est aussi une femme forte, qu'elle s'interroge sur sa place, qu'elle finit par faire partie du décor aussi - forcément tout ceci n'est que mon interprétation personnelle de ces oeuvres. 


Les heures silencieuses figure parmi mes romans favoris de l'auteure, il est pour moi quasiment parfait, le seul bémol se trouve dans sa taille. Je l'ai trouvé trop court, trop rapide. J'aime la concision de l'auteure, mais comme pour L'ombre de nos nuits, j'aurais voulu rester plus longtemps auprès de cette femme, j'aurais aimé que son histoire continue. J'aurais aimé qu'elle ne s'achève pas si vite, si brutalement. 
J'ai terminé cette lecture avec un goût doux et amer à la fois, avec le sentiment d'avoir découvert une grande oeuvre dans ma vie de lectrice, et celui d'avoir tout lu trop vite. 


"Je ne suis ni plus sage, ni meilleure que beaucoup d’autres, mais avec le temps les peines du monde font leur chemin dans le coeur, et si l’on ne peut rien retirer des misères existantes, du moins efforçons-nous de n’en point ajouter."
Gaëlle Josse, Les heures silencieuses.


  • Nos vies désaccordées (J'ai lu, 2013)


Si j'ai enchaîné avec ce roman, c'est peut-être parce que je n'ai pas été suffisamment contenté par Les heures silencieuses de par sa taille. Quoi qu'il en soit, avant que je ne découvre réellement l'auteure par le biais de ma lecture du Dernier Gardien, j'avais ajouté ce roman à ma wishlist.
Pourquoi celui-ci ? franchement, je ne m'en souviens plus, mais si j'ai vraiment bien aimé, ce n'est pas un coup de coeur comme a pu l'être Les heures silencieuses

Comme je le disais plus haut, nous quittons le XVIIe siècle pour nous retrouver à notre époque, à Paris, où François Vallier, pianiste reconnu dans le milieu qui possède une blessure, et qui va s'attacher à la refermer, nous ouvre les portes d'une histoire passée. 

Voilà des années qu'il a rencontré Sophie, une rencontre magnifique, une relation fusionnelle et puis un jour, c'est la fissure. Plus rien ne va et François va se montrer lâche, égoïste, fuyard. 
Contrairement à d'habitude, c'est le point de vue à la première personne de François que l'on suit ici - je ne sais pas ce qu'il en est pour Noces de neige que je n'ai pas encore lu, mais ce roman est le seul avec Le Dernier Gardien a mettre en avant un point de vue masculin. Et en effet, ici Sophie n'aura pas la parole, elle restera jusqu'au bout un personnage évanescent, fantomatique. 


Nos vies désaccordées de Gaëlle Josse, éditions J'ai lu.


Au début du livre, cela fait déjà quelques temps que François et Sophie se sont quittés (3 ans, exactement), elle a fait une  dépression, du moins, son état de santé n'est pas au beau fixe. 
François a tenté de la retrouver après l'abandon, en vain.  
C'est par le biais d'un petit mot laissé sur son site internet que François va retrouver la trace de Sophie et ainsi se remémorer toute cette histoire.

Plus qu'une histoire d'amour, c'est surtout l'histoire d'un échec, d'une douleur longtemps occultée, mais finalement jamais oubliée. C'est leur histoire passée et l'espoir d'une histoire future. 

J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre, la plume de l'auteure y est évidemment pour beaucoup. J'ai aimé l'histoire, mais à vrai dire, j'aurais aimé avoir rien qu'une fois le point de vue de Sophie, savoir ce qu'il se passait dans sa tête, saisir ses émotions, tout simplement connaître son chemin autrement que par les yeux de son bourreau. Malgré l'amour que François lui porte, je trouve le personnage de Sophie bien plus puissant et intéressant. J'ai évidemment aimé cette ouverture, cette sensibilité du personnage, son besoin de s'exprimer, d'extérioriser une douleur trop longtemps réprimée. Mais je ne sais pas, disons qu'il me manquait un petit truc pour que cette histoire soit un coup de coeur. 

Il n'empêche qu'il vaut évidemment le détour, rien que pour l'écriture de l'auteure je le conseille à 1000%, il m'a simplement moins touché que son premier roman. Peut-être à cause du point de vue, de l'histoire, de l'époque, je ne saurais dire. 


"Elle avait fait surgir du plus profond de moi des mondes inexplorés, où tout demeurait à inventer. Ses propres dérives lui avaient donné un regard indulgent sur mes nuits blanches et mes appétits désordonnés. Parfois, son regard laissait affleurer l’empreinte des vies antérieures incandescentes et dangereuses, que je m’efforçais d’apaiser. Elle m’avait apprivoisé sans rien exiger, décuplant sans le savoir un insatiable désir d’elle." 
Gaëlle Josse, Nos vies désaccordées.





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