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Le Coin des libraires - #101 L'invitée de Simone de Beauvoir

L'invitée (1943) est le premier roman de Simone de Beauvoir et accessoirement, le premier roman que je lis d'elle. Après avoir fait la rencontre de l'auteure par le biais de son autobiographie - le dernier volume lu est La force des choses I et je pense lire la deuxième partie très prochainement - j'ai voulu me plonger dans son oeuvre romanesque. 

"Voyez-vous, dit Pierre, le temps n’est pas fait d’un tas de petits morceaux séparés dans lesquels on puisse s’enfermer successivement ; quand vous croyez vivre tout simplement au présent, bon gré, mal gré, vous engagez l’avenir." 
Simone de BeauvoirL'invitée.


J'ai cette tendance un peu psychorigide de vouloir commencer par les premières oeuvres, c'est donc pour cette raison et parce qu'elle nous parle de la rédaction de ce dit roman dans La force de l'âge. J'avais d'ailleurs aimé cette façon de revenir sur son oeuvre et de la remettre dans le contexte, donc forcément, ça m'avait donné envie de lire ce premier roman. 
Enfin, je pense que je me suis décidée parce que mine de rien, j'ai déjà lu quasiment la moitié de son autobiographie, alors j'essaie de me concentrer sur ses autres oeuvres afin d'en découvrir le plus possible avant d'avoir terminé La cérémonie des adieux (dernier volume de son autobiographie). 


« Je me sens coupable, dit-il. Je me suis reposé bêtement sur les bons sentiments que cette fille me porte, mais ce n'est pas d'une moche petite tentative de séduction qu'il s'agissait. Nous voulions bâtir un vrai trio, une vie à trois bien équilibrée où personne ne se serait sacrifié : c'était peut-être une gageure, mais au moins ça méritait d'être essayé ! Tandis que si Xavière se conduit comme une petite garce jalouse, si tu es une pauvre victime pendant que je m'amuse à faire le joli cœur, notre histoire devient ignoble. »


L'invitée m'intriguait énormément, on me l'a plusieurs fois conseillé et surtout, même s'il ne faut pas prendre ce livre pour un récit vrai au sens où il s'est produit dans la réalité, l'auteure a puisé dans sa propre vie, son entourage et sans aucun doute ses sentiments pour pondre cette histoire. 
En effet, Xavière (prénom que je n'avais jamais croisé auparavant) ne serait autre qu'un mélange d'Olga et sa soeur. Olga - à qui le livre est d'ailleurs dédié, comme on le voit avec l'épigraphe - était une ancienne élève de Simone de Beauvoir lorsqu'elle enseignait à Rouen, l'auteure l'a fait venir sur Paris et l'a introduite dans le milieu théâtral. Elle a par ailleurs eu une aventure avec Sartre avant de se marier avec un des membres de la bande. 

Il n'en reste pas moins que Simone de Beauvoir a choisi d'aborder un sujet qui la concerne directement puisque ce qui est au centre de l'intrigue est bien une relation à trois, une relation de "partage". Sartre et Beauvoir ont passé cette espèce de pacte où, ils partagent leur vie (et durant un certain moment, aussi leur lit), en se vouant un amour inconditionnel, tout en allant voir ailleurs. Enfin, apparemment c'était surtout lui qui avait la bougeotte, mais elle a fini par s'ouvrir aux autres hommes de son côté. 
Bref, tout ça pour dire que cette histoire ne sort pas de nulle part même si je pense qu'une grande partie ne s'est pas déroulée de la façon dont elle l'écrit. 


Le roman se découpe en deux parties, la première consacre évidemment la mise en place, on fait la rencontre de Françoise, la protagoniste et double de l'auteure, ainsi que Xavière comme je le disais plus haut, mais aussi Pierre (largement inspiré de Sartre). À eux trois, ils forment le noyau dur du roman, la plupart des événements sont liés à eux - même si on a de très rares chapitres sous le point de vue d'Elizabeth. 
Cette partie se termine sur la réunion du ménage, après de longues interrogations et même un bref séjour à l'hôpital, les trois décident finalement d'être ensemble et de vivre en osmose à trois. 
La deuxième partie est bien évidemment dans la continuité, mais je n'en dirais pas plus là-dessus. 

Je ne vais pas y aller avec le dos de la cuillère, que ce soit une auteure que j'adore et admire ne change rien au fait que pour le coup, elle a eu le don de pondre des personnages tout à fait insupportables. 
Non mais sans rire, je pense que Xavière décroche la médaille de l'emmerdeuse ! Son personnage est tout à fait antipathique, à tel point qu'à un moment je me suis demandée si l'auteure ne l'avait pas fait exprès, mais je me dis qu'Olga était son amie, alors ce ne serait quand même pas très sympa ! 
Françoise est bien plus attachante malgré le fait que je l'ai trouvé un peu trop passive, notamment dans la première partie où elle encaisse sans sourciller alors que ça la gêne très clairement - ce qui est tout à fait compréhensible ! 
Pierre ne m'a pas plus non plus, trop coureur de jupons et un poil manipulateur, j'ai trouvé son personnage à moitié détestable et en même temps assez pathétique.


L'invitée de Simone de Beauvoir, éditions Folio.


À vrai dire, c'est assez bête étant donné que c'est un personnage secondaire - dans la mesure où il n'appartient pas au trio -, mais j'ai bien accroché avec Elizabeth. Sans en faire trop, j'ai trouvé intéressant d'avoir une autre immersion dans une relation à trois, une relation qui apparemment dure depuis un bout de temps, mais une autre relation qui dès le début, nous est donnée comme étant un véritable échec et une illustration du mécontentement que peuvent ressentir certaines parties. Même s'ils sont très rares (il doit y en avoir trois à tout casser), les chapitres qui épousent son point de vue m'ont intéressé en grande partie grâce à la réflexion qu'elle a sur le monde, sur ce qui l'entoure. 


Après coup, je garde en mémoire cette cruauté entre Françoise et Xavière, cette fausse gentillesse. On imagine dès le départ la fin, on garde à l'esprit que si la fiction est un tant soit peu fidèle à la réalité, Xavière se retrouvera évincée, ou bien elle évincera les autres, et par là j'entends Pierre, car on a beau dire, pour moi Françoise et Xavière gâchent leur relation en y incluant Pierre. 
Mais je ne peux m'empêcher de me demander où commence la fiction, qu'y a-t-il de vrai, et de faux ? Enfin je veux dire, à la fin, c'est quand même très sympa tout ce qui se passe et finalement, par le biais de son personnage, Simone de Beauvoir dépeint une femme jalouse et indécente, prête à écraser son adversaire, rien de plus, rien de mois. 

Je ne m'attendais pas exactement à cette histoire, à avoir toute cette jalousie dévorante puis quelques pages plus loin, un amour d'apparence parfait. C'est surtout que je ne me suis pas attachée aux personnages (excepté Elizabeth et peut-être aussi Gerbert), si bien qu'à part au début, je n'ai jamais eu d'empathie pour eux. Françoise me touchait au début et puis avec le temps, elle a commencé à me dégoûter, montrant à chaque fois qu'elle méritait peut-être ce qui lui arrivait. Comment ressentir de l'amertume pour quelque chose si tu en es l'instigateur, si tu le fais de ton plein gré ? C'est difficile. 

Enfin, ce que je garde, c'est bien évidemment la qualité de la plume, un style concis, sans fioritures qui nous fait entrer dans le monde qu'elle décrit en un claquement de doigts. Il y a des réflexions pertinentes un peu partout, principalement de Françoise et de Pierre, des remarques qui font réfléchir, que l'on soit d'accord ou pas, on ne peut pas rester sans s'interroger. 

D'un côté, je pensais adorer ce roman, je m'étais naturellement dit qu'ayant plus qu'aimé son oeuvres autobiographiques et plus largement la femme qu'elle était, j'allais adorer. Alors attention, j'ai beaucoup aimé et je suis très contente de l'avoir lu, pas de doute là-dessus, mais je n'ai pas franchement accroché aux personnages et c'est dommage. 
D'un autre côté, je suis contente de l'avoir découvert pour la simple et bonne raison que j'ai découvert un autre visage de l'auteure, celui qui choisi d'écrire un livre sur la jalousie, sur les vices et qui, à mon humble avis, devait ressentir cette jalousie. On découvre une facette plus sombre de Simone de Beauvoir à travers ce roman et j'ai trouvé ça tout aussi intéressant que bouleversant. 


"L’angoisse qui la saisit soudain était si violente qu’elle eut presque envie de crier ; c’était comme si brusquement le monde se fût vidé ; il n’y avait plus rien à craindre, mais plus rien non plus à aimer. Il n’y avait absolument rien. Elle allait retrouver Pierre, ils diraient ensemble des phrases, et puis ils se quitteraient ; si l’amitié de Pierre et de Xavière n’était qu’un mirage creux, l’amour de Françoise et de Pierre n’existait pas davantage ; il n’y avait rien qu’une addition indéfinie d’instants indifférents ; rien qu’un grouillement désordonné de chair et de pensée, avec au bout la mort."
Simone de BeauvoirL'invitée.








Commentaires

  1. Salut ! Ta critique m'a donné envie de découvrir ce livre. La jalousie est un sentiment dévorant et voir comment Simone de Beauvoir le traite doit être intéressant. Merci pour ton article !

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