jeudi 14 novembre 2019

Le Coin des libraires - #143 Mafioso de Ray Celestin

Récemment je vous parlais de Mascarade, du fait que j’avais préféré ce tome au précédent, de la complexité des personnages qui semblait avoir pris un cran. Avec sa suite, Mafioso, Ray Celestin n’en finit pas de m’entraîner dans les bas fonds des États-Unis. 

1947, New York. Date importante historiquement parlant. Elle représente l’après-guerre, ainsi que le début de la Guerre froide. D’ailleurs, l’ambiance du roman en est complètement imprégné, regardant le passé et ses fantômes errants au travers de la ville :

C’était ça, le résultat d’une guerre qui avait vu le monde entier s’entre-déchirer, des millions de gens se faire massacrer et l’ombre des morts s’imprimer sur les murs ? Il se demanda, comme souvent, si le monde n’était pas parti avec ce grand embrasement : peut-être l’humanité continuait-elle à vivre son existence dans les limbes, dans une nécropole, et Gabriel était le seul à s’en rendre compte. 

autant que le futur avec le début des répressions contre les communistes, au travers de la fameuse Hollywood blacklist, liste ayant pour but de répertorier les professionnels des studios communistes et ainsi de les forcer à abandonner le communisme, ou à les interdire d’exercer. 1947 sonne la création de cette liste qui fera par la suite bien des dégâts, la fuite de Chaplin des États-Unis au début des années 50, suite à l’ajout de son nom. On peut la voir comme les prémisses de ce qu’on appellera par la suite la chasse aux sorcières que l’on doit au sénateur McCarthy. 

Mafioso met en avant diverses forces, du fantôme de la Seconde Guerre mondiale, à la propagation de la mafia dans toutes les sphères, à la traque du nouveau méchant (qui ne serait qu’un prétexte pour que les autorités lâchent un peu de mou), le communisme. Aussi, il ne faut pas oublier l’importance de la mise en avant de la condition des noirs et de celle des femmes

L’accusé du mystérieux meurtre relaté au début nous remet les idées en place quant à la considération portée aux afro-américains. Et Ida, elle, quasiment l’unique figure féminine de l’oeuvre, est un personnage suffisamment fort et développé pour pouvoir représenter dignement les femmes et la représentation qu’en ont les hommes à cette époque.

Et au-delà de tous ces éléments gravitant autour de nos héros, il y a justement ces héros. On retrouve avec un bonheur non feint le duo Michael/Ida, décidément attachants et intrépides. Michael, désormais à la retraite m’a beaucoup touché. Au même titre qu’Ida, que la vie n’a pas gâté depuis qu’on l’a quittée presque vingt ans auparavant. 

L’évolution des personnages apparaît en filigrane, ils ont grandi, sans nous, mais le sens du détail de Ray Celestin nous permet d’avoir un panorama de leur vie. C’est d’ailleurs avec une telle minutie que l’auteur dissémine ici et là des fragments de leur passé (connus ou non du lecteur d’ailleurs) qu’on se prend à croire qu’on ne les a jamais quittés. 




Et, qui dit nouveau volet, dit aussi nouveau personnage, après D’Andréa puis Dante, voici venu Gabriel. Bon on sent bien que Célestin aime ce type de personnage, qui trempe dans des trucs franchement louches, qui s’est clairement acoquiné avec la mafia. Mais qui a au final un bon fond. J’ai aimé les deux précédents personnages. Mais qu’est-ce que j’ai aimé Gabriel ! L’histoire de sa soeur, ses motivations, ses contacts. Il est mon petit chouchou de cette histoire car malgré sa naïveté, il est (presque toujours) mue par les émotions les plus nobles. 

Faut dire que même Costello, parrain de la famille Luciano, — une des cinq familles de la mafia new-yorkaise, les cinq étant de la Cosa nostra, (déjà apparu dans divers films, il a véritablement existé, au même titre que Lucky Luciano ou encore Vito Genovese) — m’a semblé sympathique. Avec son rhume qui semble plus être une annonce de mort, même si dans la réalité Costello est mort bien des années après, il apparaît comme un personnage autant fragile que dangereux, mais rarement méprisant. 

Tout ce beau monde (et d’autres encore !) se rencontrent au coeur de la ville grouillante, en pleine ébullition, où la criminalité y est exponentielle. Comme pour les deux volets précédents les enquêtes se chevauchent et se complètent. Le lecteur est le mieux renseigné puisqu’il suit les différents pans.

Mafioso c’est l’addiction, le besoin de poursuivre la lecture afin d’arriver au bout, à la conclusion. C’est des pages qui se tournent toutes seules, au rythme de la musique diffusée tout au long de l’ouvrage. C’est les retrouvailles avec Louis Armstrong, mais un Armstrong différent des précédents. Désormais hésitant, dépassé par les progrès, la création du be-bop en 1945 notamment. Fier de son talent, Louis refuse de se laisser aller à la nouveauté, malgré le déclin du big band. 

Mafioso c’est tout ça à la fois et même plus encore. Lecture passionnante, dépaysante. Un vrai coup de coeur tout simplement. 


C’était la musique de l’apocalypse, un grand cri contre tout ce qui déconnait dans le monde, contre l’avenir difforme dont cette génération avait hérité. Ils étaient tous là pour communier dans cette noirceur collective et, par leur réunion même, en réduire l’intensité.








vendredi 1 novembre 2019

Le Coin des libraires - #142 L'aube sera grandiose d'Anne-Laure Bondoux

Mon deuxième Anne-Laure Bondoux après Tant que nous sommes vivants. Paru en 2017 chez Gallimard jeunesse, L’aube sera grandiose est un excellent roman sur la famille et ses secrets. 
D’abord il y a cette couverture, puis il y a le nom de cette auteure, rencontrée rapidement en 2017, et enfin ce titre. Tout s’alignait pour que le plaisir de lecture soit là. 


Titania est écrivain de roman policier, elle a une fille Nine, âgée de 16 ans. Sa mère vient la chercher en trombe à la sortie de son entraînement de natation, Nine n’ira pas au bal de son lycée parisien. Au lieu de ça, elles prennent la route pour une direction inconnue. 
Une fois à l’abri des regards, enfoncée dans une forêt où nulle lumière ne perce, Titania décrète qu’elles sont arrivées, mais arrivées où ? 
Dans sa cabane d’enfance, face au lac. 

Nine a toujours vécu qu’avec sa mère (ses parents étaient déjà séparés avant sa naissance, son père n’est pas très présent) et pour cause, cette dernière lui a toujours dit que sa famille était morte. Quelle n’est donc pas la surprise de Nine quand elle apprend, en une nuit, la vérité sur sa famille. 

Une nuit pour raconter de multiples vies, une nuit pour expliquer, justifier et se faire pardonner. Une nuit pour tout changer




Grâce à un récit alternant passé et présent, le passé vient petit à petit éclairer le présent et inversement. Au rythme des flash-backs on découvre comme Nine l’existence de personnages tous plus attachants les uns des autres. 

Il y a Jean-Ba et aussi Vadim. À leur façon ils sont géniaux, et on se prend d’affection pour ces deux hommes au coeur brisé. 
Et il y a Octo et Orion, mes favoris. C’est leur histoire qui m’a touchée plus que n’importe quelle autre. Orion avec sa manie de reproduire les catalogues et Octo avec son asthme. 

300 pages pour dire des vies, pour raconter un destin, pour tenter de percer le mystère d’une famille, de son absence, de ses disputes, de son amour, de ses mensonges, de ses secrets. 
300 pages où le huis-clos rencontre l’ouverture au monde, où la petitesse de la cabane se frotte contre la fureur du monde. 

300 pages pour rencontrer des êtres, et ne plus jamais les oublier. 






samedi 26 octobre 2019

Le Coin des libraires - #141 Garden of love de Marcus Malte

Un début difficile. L'auteur nous perd avec son premier chapitre. J'ai personnellement mis du temps à comprendre, à remettre en place les pièces de ce puzzle que représente Garden of love, histoire fausse dans une histoire vraie, ou mieux, histoire réel remplie de fiction dans une histoire vraie. 
Mon premier Marcus Malte, que j'avais envie de découvrir grâce à Le Garçon - qui a obtenu le prix Fémina lors de sa sortie en 2016.
L’espoir je l’avais tenu à l’écart, enfoui au fond de moi, j’avais pris soin d’en étouffer la flamme de peur qu’elle ne grandisse et m’embrase soudain et me consume comme un arbre sous la foudre. 
Marcus Malte, Garden of love



Troublant, diabolique même, ce manuscrit qu’Alexandre Astrid reçoit par la poste ! Le titre : Garden of love. L’auteur : anonyme. Une provocation pour ce flic sur la touche, à la dérive, mais pas idiot pour autant. Loin de là. Il comprend vite qu’il s’agit de sa propre vie. Dévoyée. Dévoilée. Détruite. Voilà soudain Astrid renvoyé à ses plus douloureux et violents vertiges. Car l’auteur du texte brouille les pistes. Avec tant de perversion que s’ouvre un subtil jeu de manipulations, de peurs et de pleurs.

Comme dans un impitoyable palais des glaces où s’affronteraient passé et présent, raison et folie, Garden of love est un roman palpitant, virtuose, peuplé de voix intimes qui susurrent à l’oreille confidences et mensonges, tentations et remords. Et tendent un redoutable piège. Avec un fier aplomb.



Ma première impression : quelle plume !
Même si je ne savais clairement pas où je mettais les pieds, je me suis sentie happée par cette écriture à la fois crue et délicate. 

Sorti en 2007, il a reçu le grand prix des lectrices Elle, dans la catégorie roman policier. 
De prime abord, je ne comprenais pas trop le lien entre les personnages que l'on suit et celui d'Alexandre Astrid, ce policier cynique, désenchanté qui a tout perdu. 
L'histoire se déroule au fur et à mesure, peu à peu on obtient les pièces du puzzle, mais c'est toujours avec parcimonie que les informations nous sont données. 

Qui est Mathieu ? Qui est Ariel ? Qui est Edouard ? Autant de questions qui se posent et finissent par se mélanger. C'est parce que nous sommes confrontés à un emmêlement d'êtres que les personnages nous apparaissent autant comme attachants que rebutants. 
Pour le coup j'ai aimé le personnage de Mathieu, ce besoin d'être proche de sa famille, de faire attention à sa femme, de vivre avec une boule au ventre à l'idée de la perdre. Son personnage m'a plu et j'ai ressenti pas mal d'empathie pour lui, malgré la réalité. 




C'est de ce point de vue que je tire mon chapeau, on prend des personnages pour ce qu'ils ne sont pas. L'auteur nous perd entre la réalité (Astrid et son enquête) et les dérives d'un être aux multiples facettes. On s'attache à quelque chose qui n'existe pas pour ensuite prendre la pleine mesure de la vérité : ceci n'a jamais existé. 
On nous perd dans une réalité qui est autre, l'auteur nous emmène dans des contrées où le mensonge se mêle à la vérité, où seul Astrid peut démêler les deux, sa vie étant prise pour cible. 

On côtoie Alexandre Astrid qui est paumé, qui a tout abandonné à la suite d'un accident mortel. De flic véreux et égoïste, il est devenu une épave solitaire, noyant son chagrin dans l'alcool. Oui, mais ça c'était jusqu'à ce qu'il reçoive le manuscrit Garden of love et qu'on commence à prendre la pleine mesure de la supercherie. 

Livre dans le livre, Garden of love s'apprécie comme ces livres que l'on ne peut pas véritablement lâcher jusqu'à ce qu'on arrive à la dernière page, comme ces livres que l'on aimerait pouvoir poser afin de les conserver un maximum. Je l'ai adoré ; ça a été une excellente lecture. 


Le lecteur se trouve pris au piège entre ce qu'on nous montre et ce qui est vrai. On est forcé de reconnaître que Mathieu n'est pas celui que l'on croit, pas plus qu'Ariel ou même Florence. L'auteur joue avec notre perception de ses personnages pour les torturer et nous torturer par la même occasion. 
Roman atypique caractérisé par une plume acérée et agréable, - le style de Marcus Malte y est pour beaucoup dans mon appréciation. Je dirais que son style compte autant que son histoire pour le coup. 
J'ai aimé ce "roman policier" qui me paraît être plus un roman à tiroir. 

La noirceur des personnages transparaît de toutes les pages, on trouve une écriture de la schizophrénie (puis-je dire cela ?), le narrateur semble se perdre ce qui, forcément, contribue à perdre le personnage lui-même. 
Mais du coup, le seul vrai bémol pour moi, c'est la fin, je l'ai trouvé trop rapide, dans le sens où il reste encore plein d'interrogations. À la fin de ma lecture, Édouard m'apparaît toujours comme un personnage étranger, un être énigmatique, si ce n'est fantomatique. J'aurais aimé mieux le connaître, entrer plus profondément dans sa réalité plutôt que de rester en périphérie de sa maladie. 


Et les mots fuient quand il s’agit d’explorer les sentiments. Les mots détournent et trahissent. Tout ce qui sortira de nos bouches, tout ce qui sera couché sur le papier ne sera jamais que viande morte.
Marcus Malte, Garden of love.






samedi 19 octobre 2019

Le Coin des libraires - #140 Les Mangeurs d'argile de Peter Farris

Le roman policier, le thriller, le roman noir. Pour moi ils ont en commun d’être des genres découverts tardivement, mais pour lesquels j’éprouve une grande affection. 
Par l’entremise de Babelio, j’ai pu découvrir Les Mangeurs d’argile de Peter Farris, un roman noir sorti à l’occasion de la rentrée littéraire. 

Je n’ai encore jamais lu Peter Farris, d’ailleurs ce roman n’est que mon deuxième Gallmeister. 
Et le deuxième, comme le premier (Idaho dont j’aurais voulu vous parler, mais dont je n’ai toujours pas écrit d’article…) a été une lecture addictive et percutante. 




Tout commence avec Richie, le père de Jesse. L’action se passe en Géorgie. Premier point positif puisque nous sommes perdus au milieu de l’immensité naturelle, les arbres et le lac pour seuls compagnies. 
Richie qui travaillait sur la construction d’un mirador pour son fils — parce que oui, la chasse c’est un peu toute leur vie, c’est un élément central de la relation entre le père et le fils, c’est aussi le symbole de toute cette histoire : le chasseur traquant sa proie, mais bref. 

Richie meurt assez bêtement dans le fond, mais ce n’est pas comment il est mort qui va nous intéresser, mais plus pourquoi est-il mort ? 
Et alors là, j’ai été servie ! Moi qui pensais suivre une banale histoire de meurtre, où la recherche du coupable allait prendre toute l’intrigue, mais quelle erreur ! C’était tellement bien de voir que ce n’est pas du tout ce qui occupe Peter Farris - et tant mieux parce que dès le début le lecteur peut déduire qui est le coupable, ça aurait donc été dommage de se farcir une enquête pendant 300 pages pour pas grand chose !

Et on part dans une spirale où le présent rattrape le passé, où celui-ci vient nous éclairer sur un membre de la famille en apparence pas très important, le frère de Richie, Vandy, décédé des années plus tôt. 
L’alternance des temps m’a beaucoup plu car contrairement à ce qu’on rencontre d’habitude : un chapitre présent / un chapitre passé, l’auteur a choisi de cumuler plusieurs chapitres au présent, et ensuite d’insérer un court chapitre au passé, si bien qu’il faut lire quelques chapitres avant de pouvoir retrouver le fil de l’histoire de Vandy, de la rencontre de Richie avec sa seconde femme, Grace. 

Ce que j’ai le moins aimé dans ce roman, c’est l’insertion de ce duo du FBI, dépêché pour arrêter un ancien militaire devenu terroriste : Billy. J’ai trouvé attachant le personnage de Billy et intéressant. Il est l’incarnation de ces hommes qui ont vu des atrocités, qui ont vu surtout des inégalités à la guerre et qui n’ont pas pu s’en remettre. Ses actes sont bien évidemment condamnables, mais il n’empêche qu’on ne peut que ressentir de l’affection pour ce vieil homme, sans doute prêt à se rendre. 

En découpant ses différentes parties en très courts chapitres, Farris donne toujours envie d’en savoir plus, et de se laisser prendre par le jeu du « encore un chapitre, il ne fait que 5 pages » et alors c’est la spirale infernale jusqu’à 3h du matin. 

Ces parties sont d'ailleurs un rappel des armes à feu, un rappel d'une des facettes du travail de Richie (fabriquant de cartouche), autant que le symbole de la relation avec son fils. Les armes sont indissociables de ce duo père/fils. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, le rapport aux armes est sain dans le sens où Richie respecte ses proies, comme on le voit dans un flash-back. 


Porté par des personnages attachants et profonds - Jesse est définitivement mon personnage préféré, ainsi que son père, Richie, dont les retours dans le passé permettent de rencontrer un homme meurtri, entouré de morts, mais d’un courage immense, et Vandy dont la fragilité m’a énormément touché —, Les Mangeurs d’argile s’affiche comme un roman noir sur la méchanceté d'un côté, avides de pouvoir et prêts à tout pour l’obtenir, sur la fraternité entre des êtres que tout opposent de l'autre. 
Bref, Les Mangeurs d’argile c’est une excellente lecture, un dépaysement et une belle rencontre, celle de la famille Pelham. 


"Quelqu’un de célèbre a dit un jour que ne pas détruire les terres qu’on possède, c’est la plus grande oeuvre d’art dont on puisse rêver."
Peter Farris, Les Mangeurs d'argile .

lundi 14 octobre 2019

Le Coin des libraires - #139 Mascarade de Ray Celestin

Après avoir un passé un bon moment avec Carnaval, j’ai pris un grand plaisir à découvrir Mascarade, le deuxième volet d’une quadrilogie dont le troisième tome va paraître au Cherche midi d’ici début octobre ! 


"Que faisait-on des débris de rêves ? Est-ce qu’on les ramassait pour les recoller et en faire quelque chose d’autre ou bien est-ce qu’on laissait les éclats joncher le sol pour s’écorcher les pieds dessus jusqu’au sang ?"
Ray Celestin, Mascarade.


De la Nouvelle-Orléans à Chicago
Les personnages du premier volet reviennent, enfin, pour certains. J’ai été assez déçue de ne pas revoir D’Andréa qui était un des personnages les plus intéressants. Heureusement on fait la connaissance d’autres, tout aussi secrets et touchants. 
Le noyau dur demeure, on suit toujours activement Michael et Ida, désormais connaissance et collègues, ce qui n’était pas le cas avant. 
Et puis, on fait la connaissance d’un être pour le moins célèbre : Al Capone.

Une fois encre Celestin nous entraîne dans une époque historique bien spécifique (Chicago à la fin des années 20, juste avant le crack boursier, et pendant la prohibition) à la rencontre de personnages ayant, pour certains, existé. 

Plus addictif, peut-être mieux maîtrisé, quoi qu’il en soit Mascarade est un thriller historique qui porte bien son nom. Baladé de théories en conspirations, de conspirations en complots, Mascarade est un deuxième tome meilleur que son prédécesseur, où les luttes de pouvoir s’affinent, où la place de la femme est une fois encore interrogée et mise en avant, où les méchants ne sont pas ce qu’ils prétendent être, de même pour les gentils. 

J'ai aimé faire la rencontre de Dante, un des anciens sous-fifre de Capone. Arrivé de New-York il est chargé d'une mission par le mafieux. Mission qui n'est pas sans risque puisqu'il est question d'alcool frelaté, mais aussi de drogue. Les drogues, dont l'héroïne que Capone déteste. Il en tuerait d'ailleurs plus d'un s'il apprenait qu'un de ses soldats était consommateur. Il est pour moi l'exemple parfait du voyou au bon coeur, comme l'était D'Andréa dans Carnaval





Le gros point fort de Carnaval était pour moi l’ambiance, le choix du lieu ainsi que de l’époque, les descriptions de la Nouvelle-Orléans. Avec Mascarade, Ray Celestin nous entraîne plus loin encore dans la découverte des États-Unis, et toujours avec en arrière-plan, le jazz qui ne nous quitte pas. 

Le jazz qui a d'ailleurs pris une place bien plus importante, le jazz qui s’impose comme preuves que les noirs ne sont pas des faire-valoir des blancs, au contraire, ils sont capables de faire danser les blancs jusqu’au bout de la nuit. Car Ray Celestin a bien en tête de mettre en avant la musique jazz et quoi de mieux pour cela que de mettre en scène le grand jazzman, Louis Armstrong qui a vécu à la Nouvelle-Orléans, puis qui est parti à Chicago ? 

Au final la question qui se pose est : suit-on l’histoire des États-Unis par le biais du duo de détectives ? ou suit-on l’histoire du jazz aux États-Unis par le biais de Lewis, comme on l’appelle dans les romans ? 

Sans doute un peu des deux. 






mardi 8 octobre 2019

Le Coin des libraires - #138 Et au pire, on se mariera de Sophie Bienvenu

Je crois que le roman canadien et moi ça ne fait pas bon ménage, le peu que j’ai lus jusque-là sont issus de chez Noir sur Blanc. Si j’ai eu des déceptions avec la plupart, j’ai par la suite découvert ce roman, le premier d’une écrivain inconnue (pour ma part) : Et au pire, on se mariera de Sophie Bienvenu




J’aimais bien cette couverture, cette culotte aux impressions enfantins qui n’est pas sans rappeler les jeux d’arcade labyrinthique, qui jure complètement avec le titre du roman. 

Ce décalage, il est présent tout au long de l’histoire. On suit la jeune Aïcha, 13 ans qui préfère la présence des prostituées à celle des gens de son âge. Parce qu’Aïcha est déjà mature et pleine de secrets. 

Les péripéties, la langue, l’histoire d’Aïcha, tout est malsain à souhait. On se sent mal à l’aise de suivre une fille si jeune qui décide d’elle-même qu’elle est prête à s’envoyer en l’air avec le premier venu. La langue est provocatrice à l’image de sa narratrice. On se prend d’ailleurs à oublier qu’elle est si jeune, qu’elle est encore une enfant quand on l’entend parler, jurer comme une chartreuse. 


Sortir de sa zone de confort 


Excellente lecture que celle-ci, car complètent originale. C’est bien les décalages qui mettent le lecteur mal-à-l’aise, qui lui donne envie de refermer le livre. Mais c’est si bon de tuer le temps avec cette petite sauvage. C’est si bon de suivre ses récriminations envers les gens de son âge ou sa « salope de mère ». Personne n’est épargnée, excepté son beau-père, qu’elle aime de tout son petit coeur, même si là encore, la crasse vient recouvrir une relation qui aurait pu être pure, mais qui se trouve être violente et incestueuse. 

Mais ce n’est rien car si Aïcha se retrouve seule une fois le beau-père disparu du tableau, une rencontre va lui sauver la vie, lui donner envie à nouveau. Baz entre dans sa vie, tel un grand frère, tel un amant, avec Aïcha qui divague, c’est difficile de savoir. 

Et au pire, on se mariera est novateur dans son histoire, sa narration, comme pour son utilisation de la langue québécoise qui ajoute évidemment un plus à toute l’histoire. Le seul petit bémol à ce sujet, ce serait peut-être la trop forte répétition de certaines expressions. Et encore, c’est le seul élément que j’ai trouvé pour soulever un aspect négatif.

Entre le sentiment de malaise, celui de provocation mêlée à une forte envie de secouer la jeune Aïcha, ce roman est excellent, et unique. 



Infos pratiques : 


  • Paru en 2014 aux éditions Noir sur Blanc (13€) 
  • Adapté au cinéma en 2017 par la réalisatrice Léa Pool 



"Quand toute ta vie tu te fais un chemin que tu veux suivre, tu te fais un devoir de rester sur une ligne, c’est ça qui te définit, c’est ça qui fait qui tu es… Et là, il t’arrive plein de trucs qui font que t’es… épuisée, genre. Mais vraiment épuisée, je veux dire. Épuisée comme quand t’as plus du tout de vie à l’intérieur. T’es vidée de ton sang, de ton eau, de tout ce qui fait que tu es toi. T’es tellement vide que t’as juste tes organes qui restent dedans. Ton coeur qui continue de battre rien que pour te narguer, on dirait. Tu voudrais crever, ce serait reposant, mais non. Il continue de battre, ce salaud, et chaque battement t’épuise encore plus, c’est de la torture."
Sophie Bienvenu, Et au pire, on se mariera.






vendredi 27 septembre 2019

Le Coin des libraires - #137 D'innombrables soleils d'Emmanuelle Pirotte

J’ai lu peu de romans issus de la rentrée littéraire, ce phénomène me semble toujours un peu plus gênant au fil des années. On croise toujours les mêmes couvertures, les mêmes auteurs. Comme si la rentrée littéraire c’était juste une dizaine de livres, et pas des centaines. 
Bref pour pas déroger à cette règle, il va être question aujourd’hui D’innombrables soleils d’Emmanuelle Pirotte, publié chez le Cherche midi.


Je m’attendais à une lecture sensuelle, voluptueuse, historique aussi un peu. Sans doute est-ce ce qui m’a perdu, le manque d’historicité. Marlowe est un personnage réel et à ce titre, je pense qu’il mérite qu’on lui restitue sa grandeur. Ce qui n’a pas été vraiment le cas ici. 

Ce qui intéresse Emmanuelle Pirotte c’est le ménage à trois, le triangle amoureux, l’amour charnel entre un homme et une femme. Ceci est un des seuls aspects ayant retenu mon attention : le retournement d’attirance sexuelle. Homosexuel endurcie Marlowe succombe. Ce renversement est intéressant parce que l’auteure prend les choses à l’envers, elle explore un terrain encore peu représenté (ou pas du tout ?) qui est celui du passage de l’homosexualité à l’hétérosexualité. Pour cela rien à dire, j’ai trouvé l’idée suffisamment originale pour me plaire. 

Et j’aurais été conquise je pense, si l’histoire n’avait pas démarré de cette façon — c’est-à-dire de manière assez lente, avec le sentiment qu’on nous jette ici et là des fragments de savoirs sur qui était véritablement Christopher Marlowe et surtout avec cette répétition d’un bout à l’autre du roman. 




Au final D’innombrables soleils n’a pas grand chose d’original, que ce soit dans le fond comme dans la forme. Énième histoire sur un triangle amoureux il m’a ennuyé durant quasiment la première moitié. Les pages avaient du mal à se tourner, parce qu’on tourne en rond justement. Il y a trop de répétitions, des paragraphes entiers sont là pour décrire l’union des corps, l’amour charnel qui ne cesse de grandir, mais c’est en réalité un dédoublement. Une phrase ne vient pas compléter la précédente, elle la répète et c’est bien dommage. Car en ce qui concerne la plume d’Emmanuelle Pirotte, elle est des plus agréables. Elle se lit très bien si on met de côté l’aspect répétitif.

Le thème central a beau être la liaison entre Jane et Marlowe, il aurait pu être intéressant de mettre plus en avant l’aspect mystérieux de la mort de Marlowe. Tout comme il aurait pu être intéressant de donner plus de profondeur à Jane qui, à mes yeux, fait office de poupée de chiffon. Elle est bien là, mais sans contours, sans personnalité si ce n’est celle d’être une femme adorée, et malheureuse. Finalement j’ai été plus touchée par Walter que par Jane l’insaisissable. 


Sans rien attendre de ce roman, je souhaitais quand même être éblouie par Emmanuelle Pirotte qui fait pas mal de bruit depuis la sortie de Today We Live et plus récemment avec Loup et les hommes

Probablement ce roman est de ceux dont on a un avis tranché dessus. On adore, ou pas. Je ne le déteste pas, loin de là. Seulement le démarrage était bien trop long, au point que je l’ai laissé de côté pendant deux semaines, bloquée à la page 102, incapable de poursuivre à cause d’une histoire où il semble que chaque protagoniste se morde la queue. Un peu comme le lecteur, bloqué dans une impasse. 




"Mais elle se mettait son joli doigt dans l’oeil, si elle espérait se ménager un atterrissage sans douleur. Il faudrait bien qu’elle souffre, qu’elle en crève, comme lui-même en crevait, qu’elle touche le fond, s’écrase, mange la poussière, se déchire et tombe en lambeaux. Il faudrait bien que cet amour tienne ses promesses et l’anéantisse. Que croyait-elle ? Qu’on aimait impunément, seulement hanté de petites craintes de chrétien combinant ?"
Emmanuelle Pirotte, D'innombrables soleils.





samedi 7 septembre 2019

Le Coin des libraires - #136 Soeur d'Abel Quentin

Les éditions de l'Observatoire n'ont plus besoin de faire leur preuve avec moi. Avec plus de quatre coups de coeur (La Saison des fleurs de flamme, Nous qui sommes jeunes, Les Dévastes et Ces rêves qu'on piétine - dont je me rends compte que je n'ai pas encore publié mon avis !), la barre est placée très haut, et pourtant, voilà l'arrivée de Soeur d'Abel Quentin, nominé pour le prix Goncourt 2019 ! 




Il y a Chafia d’abord, qui se retrouve à passer un interrogatoire dans un commissariat, comme ça, d’un coup d’un seul. 

Puis le temps passe, un mois, précisément. 

On fait la rencontre de Jenny, adolescente perdue, seule et mal dans sa peau. Jenny est le stéréotype de la petite campagnarde qui rêve d’être branchée à l’école, d’être entourée de tout un tas d’amis, de décrocher le beau gosse que tout le monde vénère. Bref, Jenny Marchand c’est une nana comme les autres, fan de Harry Potter (surtout Daniel Radcliffe), de Rihanna et autres célébrités idolâtrées par les ados du XXe siècle. 

Tout bascule, parce qu’elle se sent enfermée, rejetée, incomprise de la part de ses pairs autant que de ses parents. Que faire quand on est la risée du lycée ? Comment continuer à garder la tête haute quand personne n’est là pour nous aider ?
Tout bascule parce qu’elle fait la rencontre de Dounia, sa mentor. 

Dounia sera le pont entre la vie rangée et morne de Jenny, et sa conversion à l’islam, à des idéaux extrémistes, terroristes. Elle permettra sa réincarnation. 

Au-delà de cette amitié entre les deux filles, il y a les parents de Jenny, dépassés. Impuissants spectateurs, victimes des mensonges de leur fille. Lucide quant à son comportement (pour Marion du moins). La représentation des parents est à mon sens aussi importante que celle de Jenny car ils sont des victimes, au même titre que les autres. Dommages collatérales de l’embrigadement, ils assistent à cette déchéance, la perte de leur fille. 




Roman de l’endoctrinement, Abel Quentin montre comment il peut être facile de faire commettre l’irréparable à quelqu’un qui se sent vide. Comment il est possible de profiter de la faiblesse des uns pour permettre la force des autres.
Premier ouvrage que je lis sur le djihad et l’embrigadement, il m’est arrivé d’avoir une pensée pour The Girls d’Emma Cline, car dans les deux cas la protagoniste se retrouve influencée par une fille plus âgée qu’elle, une fille qu’elle vénère et qui l’a sortie de sa claustration. 


Un roman passionnant, nécessaire pour tenter de comprendre la radicalisation qui est un sujet omniprésent à l’heure d’aujourd’hui. Après honnêtement même si j’ai saisi les mécanismes à l’oeuvre, cela reste est un phénomène qui m’échappe complètement. 


"Sa décision est tellement énorme, aberrante, monstrueuse, que Chafia s’est en quelque sorte détachée d’elle-même. Son corps obéit gentiment. Au fond, c’est presque confortable de ne plus sentir la tension permanente du libre-arbitre qui transforme chaque action en un accouchement dans la douleur."
Abel Quentin, Soeur.










mardi 13 août 2019

Le Coin des libraires - #135 Carnaval de Ray Celestin

Publié en 2014 et paru l’année suivante au Cherche midi, Carnaval de Ray Celestin est le premier tome d’une quadrilogie — le tome 3 sortira début octobre toujours chez le Cherche midi ! 

J’ai vu passer tout un tas d’avis positifs, et puis, il y a des éléments qui attisent la curiosité. 
C’est bien simple, il suffit de me montrer cette tête de mort coiffée d’un chapeau sur la couverture, et de me dire que ce roman se déroule à la Nouvelle-Orléans, au lendemain de la Première Guerre mondiale pour que je sois conquise. Le pari semblait gagné d’avance. 

Tout commence avec le journaliste John Riley écumant les lettres des habitants concernant de près ou de loin le Tueur à la hache. C’est à ce moment qu’il tombe sur une lettre écrite par le coupable. Ni une, ni deux, John Riley décide de publier cette missive envoyé par celui qui effraie toute la Nouvelle-Orléans. 

Retour en arrière, d’un mois. 




Alternativement, on va suivre quatre personnages, Luca D’Andrea (ex-flic, et tout juste ex-taulard), Michael Talbot, policier et ex protégé de Luca (il est celui qui a balancé ses magouilles et l’a envoyé en prison), ainsi qu’Ida, secrétaire déçue, dans un bureau de détective privée qui décide de mener l’enquête en compagnie d’un de ses amis d’enfance, le jazzman Louis Arrmstrong. 

Tout ce beau monde vit chacun de son côté si bien que l’avancée de l’histoire peut être assez lente. L’auteur aurait gagné à mettre en avant moins de personnages afin qu’ils soient plus étudiés. J’ai le sentiment qu’on ne fait que les frôler, sans jamais pénétrer à l’intérieur. Pauvres carapaces vides. Excepté pour Lewis et Luca, qui sont pour moi les meilleurs personnages, parce que les plus aboutis. 

L’enquête piétine, les morts s’entassent et l’enquête piétine encore. On ne sait pas où regarder, quelle ethnie viser, quelle croyance dénoncer. 
Le temps peut paraître long, mais il m’a semblé qu’il était au contraire réaliste. 
Quand on se renseigne un peu sur la véritable histoire de celui qu’on surnomme L’Homme à la hache, on apprend que celui-ci n’a jamais été attrapé, qu’il a toujours réussi à s’échapper et qu’il a simplement arrêté de commettre des crimes — pour ce qu’on en sait du moins.
Comment Ray Celestin aurait donc pu créer un Tueur à la hache si facilement trouvable ? 


On se prend dans le fil de l’histoire, dans les descriptions de la Nouvelle-Orléans, de son humidité marécageuse, de son racisme, de sa mixité, se côtoie des italiens, des français, des locaux. 
Personne n’est à l’abri, et surtout pas ceux qui n’écoutent pas de jazz. 



Un très bon premier tome ! Une bonne mise en bouche, une envie d’en savoir plus sur les différents personnages même si j’ai surtout été attirée par la beauté des descriptions, l’ambiance qui se dégage de la ville et la mystérieuse enquête du tueur à la hache. Résolue, ou non, par l’imagination de Ray Celestin, pour le savoir, il faudra le lire ! 







vendredi 28 juin 2019

Le Coin des libraires - #134 Le squale de Francine Kreiss

Quand je l'ai reçu - encore merci à Benoit et au Cherche-midi -, on peut dire que je ne m'attendais pas à ça ! 

Lorsque je l'ai reçu j'ai eu très envie de le lire grâce à la mention de "thriller du réel". À vrai dire, combiner le thriller qui est un genre que j'aime beaucoup à un récit supposé vrai, je ne pouvais qu'avoir envie de le lire ! 


Thommy Recco et Francine Kreiss n’auraient jamais dû se croiser. Ou seulement au fond de l’eau.
Il a été héros de guerre, apnéiste hors pair et meurtrier. Il croupit désormais en prison.
Elle est apnéiste, journaliste et enquête sur le passé du frère, un corailleur légendaire : Toussaint Recco, assassiné sur son bateau. Sur un quiproquo, Francine écrit à Thommy; une correspondance insolite se noue.

L’homme, emmuré jusqu’à la mort, clame son innocence. Insaisissable et manipulateur, il joue de son charme. De ses colères aussi…
Francine reste sur ses gardes, résiste. Mais, fascinée, elle poursuit irrésistiblement sa descente en apnée dans les méandres de ce personnage hors-norme que tout le monde surnomme « le Monstre ». En coulisse, elle découvre le don étrange de la famille Recco pour le monde marin : dans la tribu, Thommy demeure celui qui peut vous attirer vers les abysses.

Qui, de lui ou d’elle, infligera sa folie à l’autre ?

Véritable thriller du réel, Le Squale offre un face-à-face sidérant qui emporte par-delà le bien et le mal.


J'étais pressée de le lire (comme tous les autres qui me sont chaudement recommandés par Benoit) et en même temps, j'avais un peu peur de passer à côté à cause du propos principal qui n'est autre qu'un reportage sur des apnéistes de renom. 

En effet l'auteure, journaliste et apnéiste a eu l'idée de faire un reportage sur un homme en particulier, Toussaint Recco, un monstre de l'apnée puisqu'il peut aller à plus de 100 mètres sous l'eau ou quelque chose comme ça. Mais il y a une sorte de malentendu, du moins ce Recco ne peut pas rencontrer Francine Kreiss pour la simple et bonne raison qu'il est mort - ça devient compliqué d'un coup haha ! 
Par un coup du sort, l'auteure va être mise en relation avec Tommy Recco qui n'est autre que le frère de Toussaint et aussi l'auteur de différents crimes qui lui valent d'être incarcéré à vie. 

C'est donc une relation pour le moins surprenante qui va se créer entre les deux, entre Francine, la journaliste passionnée d'apnée et Tommy, le corse au sang chaud, ayant un caractère pour le moins changeant et une furieuse envie de clamer son innocence. 
Ce livre, Le Squale est un ovni, un reportage sur la famille Recco d'abord, sur les problèmes de vengeance (vive la vendetta en Corse, de toute façon) qui ont engendré la mort de plusieurs membres de la famille (dont Toussaint), mais aussi l'occasion de creuser un peu, de savoir si Tommy est bel et bien le monstre qu'on lui dépeint ou s'il est un homme innocent - ou du moins en partie. 





En vérité j'ai eu du mal à entrer dedans car même si je sais que Tommy Recco existe bel et bien, qu'il est bel et bien emprisonné à la prison de Borgo, j'ai été bien moins intéressée par les recherches de Francine Kreiss sur l'apnée, sur les antécédents de la famille que sur Tommy Recco, meurtrier. 
C'est bien parce que l'apnée ne m'intéresse pas plus que ça que j'ai eu du mal à entrer dedans. 

Pourtant, au fur et à mesure du livre, la relation entre les deux protagonistes se construit, on apprend à connaître Tommy par le biais des autres, par des membres de sa famille ou même par un proche d'une des victimes de Recco. On nous livre un portrait tout en contraste, un portrait lumineux et ombrageux d'un homme complexe. C'est bien parce que c'est un personnage ambigu que Francine Kreiss peine à obtenir le droit de le rencontrer. Si on ne veut pas d'elle au début, c'est bien parce que Tommy peut s'avérer être dangereux, parce qu'il s'est en quelque sorte épris d'elle et que ça peut vite devenir hasardeux. 

Si j'ai eu du mal avec cette histoire qui ne m'intéressait qu'à moitié au final, je dois dire que j'ai énormément aimé la plume de l'auteure et que c'est pour moi le gros point fort de l'ouvrage. Une plume incisive, brève (j'entends par là, l'utilisation de phrases relativement courtes) et chargée d'images. Un délice ! 

Je ressors finalement de cette lecture mi-figue, mi-raisin, si j'ai aimé la plupart du livre, je dois dire que j'ai eu du mal à entrer dedans (au moins 50 pages avant d'être dans l'histoire). La mention de thriller du réel qui lui convient bien m'a peut-être procuré trop d'attentes par rapport au sujet du livre qui est avant tout un reportage sur l'apnée et qui devient par la suite la rencontre entre deux êtres tout à fait différent, mais néanmoins réunis autour d'une passion commune. 
J'en garde un bon souvenir, sans que ce soit pour autant une excellente lecture. 
Disons que j'ai été contente de découvrir un ovni de la littérature comme celui-ci et aussi une plume aussi agréable que celle de Francine Kreiss. 










Le Coin des libraires - #143 Mafioso de Ray Celestin

R écemment je vous parlais de Mascarade , du fait que j’avais préféré ce tome au précédent, de la complexité des personnages qui semblait a...