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dimanche 17 février 2019

Le Coin des libraires - #126 Le Saboteur de Paul Kix

Comme toujours j'aimerais remercier le Cherche midi pour l'envoi de Le Saboteur de Paul Kix ! Je l'ai reçu en épreuve non-corrigée il y a quelques semaines maintenant - en tout cas avant sa sortie officielle en librairie qui a eue lieu le 3 janvier dernier

J'ai décidé de refuser la plupart des services presses qui me sont proposés pour l'année à venir, mais je n'ai pas pu résister à celui-ci, en grande partie parce qu'il se déroule durant la Seconde Guerre mondiale - époque qui correspond à mon domaine de recherche pour mon mémoire ! 


Juin 1940. Robert de La Rochefoucauld a 16 ans lorsque l’Allemagne nazie envahit la France. Farouchement décidé à défendre son pays, il gagne Londres, y rencontre le général de Gaulle avant d’être recruté par la branche action des services secrets anglais. Après un entraînement commando, il est parachuté en France. Multipliant les fausses identités, il y accomplit de nombreuses missions, il est capturé à plusieurs reprises par les Allemands, s’évade à chaque fois, dans des conditions souvent rocambolesques. À partir de centaines d’heures d’entretiens, de recherches inédites dans les dossiers officiels, Paul Kix a reconstitué la vie romanesque et palpitante de ce héros peu ordinaire. Avec un sens de l’intrigue et de la construction digne des plus grands romanciers, il nous offre ici un document exceptionnel qui se lit comme un véritable thriller.  


Forcément j'ai été intriguée par la mention "L'histoire d'un héros français : quand la réalité dépasse la fiction" puisque je souhaite travailler sur la tension entre fiction et réalité concernant les écrits de la Seconde Guerre. 

On suit donc Robert de La Rochefoucauld. Ce nom vous dit quelque chose ? C'est bien normal puisque notre protagoniste n'est autre qu'un descendant du célèbre poète François de La Rochefoucauld qui a vécu au XVIIe et à qui l'on doit l'écriture des Maximes. On ne tombe pas n'importe où donc, et peut-être est-ce aussi une des raisons qui ont mené le jeune Robert à s'engager auprès de De Gaulle pour libérer son pays des Allemands. 

L'auteur américain, Paul Kix explique dans son avant-propos le souci d'exactitude qui ne l'a jamais quitté durant les quatre années où il a travaillé sur ce sujet. Selon ses propres mots, Le Saboteur n'est pas une fiction, c'est bel et bien la réalité. 
Là aussi se pose la question de la véracité des informations, de la difficulté de trouver des éléments probants concernant un homme qui a possédé diverses identités pour éviter de se faire attraper. D'un homme qui a été capturé, incarcéré, torturé. J'ai toujours cette méfiance à l'égard des auteurs qui mettent en avant leurs recherches, le fait qu'ils n'inventent rien et ne font que conter des événements réels. 




Ici, pas de méfiance. Je crois que l'auteur est parvenu à me convaincre dès son avant-propos et ce sentiment de vérité m'est ensuite apparu durant toute la lecture du livre. 
Le Saboteur n'est peut-être pas un document d'histoire (pour cela, il manque sans doute les références bibliographiques et autres notes glanés par l'auteur durant ses recherches), mais ça reste un livre qui parvient à raconter une histoire (trop) méconnue. Ce qui fait la force de l'ouvrage, c'est évidemment l'histoire de ce résistant qui n'a jamais faibli. On est subjugué par cet homme qui a tout essayé, qui n'a jamais accepté la défaite et l'Occupation.

Le personnage de Robert est le livre à lui seul. Il est le héros, il est l'histoire, il est la justification d'une telle entreprise. J'ai aimé le suivre, pas spécialement en tant qu'homme, mais en tant que résistant. J'ai admiré son courage, il n'y a pas d'autres mots. 

Ce livre est très intéressant, il permet de découvrir l'identité d'un homme à qui l'on doit peut-être un peu notre vie actuelle (dans le sens où sans ces hommes, peut-être serions-nous toujours sous le joug de l'Allemagne nazie, qui sait). C'est pour moi l'essentiel. 
Concernant la plume de l'auteur, je trouve qu'elle fait très "historien" dans le sens où il s'en tient aux faits, aux éléments qu'il a trouvé et qu'il relate simplement. Paul Kix se place selon moi entre l'historien et l'écrivain, il raconte quelque chose qui s'est véritablement produit à l'aide de faits, et il remet en ordre les événements afin d'en sortir une histoire intelligible et à peu près complète.
Ce que j'essaie de dire c'est que la plume n'est pas franchement poétique - et je pense d'ailleurs que le but n'était pas d'en faire quelque chose de poétique, mais bel et bien de narrer une histoire réelle méconnue et ce, de la manière la plus concise et juste qui soit. 


Le Saboteur a été une bonne découverte. Je n'ai pas particulièrement accroché au personnage de Robert, mais j'admire son héroïsme et je lui dis merci pour tout... Je suis heureuse d'avoir pu faire sa connaissance, car il mérite amplement d'être plus reconnu pour ses actions durant la Seconde Guerre mondiale. 
Si vous êtes passionné par l'époque, si vous avez envie de découvrir une histoire ignorée ou simplement si vous aimez les histoires d'espionnage, ce livre est fait pour vous ! 


« L’expérience de la torture n’est pas seulement, peut-être même pas principalement, celle de la souffrance, de la solitude abominable de la souffrance, écrirait Semprun. C’est aussi, surtout sans doute, celle de la fraternité. Le silence auquel on s’accroche, contre lequel on s’arc-boute en serrant les dents, en essayant de s’évader par l’imagination ou la mémoire de son propre corps, son misérable corps, ce silence est riche de toutes les voix, toutes les vies qu’il protège, auxquelles il permet de continuer à exister. […] »
Paul Kix, Le Saboteur







samedi 9 février 2019

Le Coin des libraires - #125 La marche de Radetzky & La crypte des capucins de Joseph Roth

Je ne me serais probablement jamais arrêtée sur cet ouvrage si je n'avais pas dû le lire. Trop peu connu, trop peu lu : trop démodé ? Il y a beaucoup d'interrogations quant au fait que Joseph Roth ne soit pas forcément reconnu aujourd'hui. Certains le voit comme un auteur incontournable de la littérature allemande du XXe, d'autres, comme un simple écrivain grignoté par l'alcool et mort dans la misère. 


  • La marche de Radetzky (1932)


Joseph Roth est les deux, auteur sans réelle reconnaissance, il est surtout connu pour ses articles journalistiques. Homme relativement instable aux tendances mythomanes, l'auteur a tenté d'écrire sa grande oeuvre, celle qui ferait de lui un homme reconnu même après sa mort. Peut-être était-il trop imbibé, trop déçu de la vie pour s'en rendre compte, mais Joseph Roth l'a bien écrit son chef-d'oeuvre. Je parle bien évidemment de La marche de Radetzky, roman aux tendances historiques (dans les descriptions "militaires" par exemple), mais surtout, roman hommage à cet âge d'or perdu qu'était l'empire austro-hongtois. 
Hommage donc, mais également critique. Si c'est un monde révolu que nous décrit l'auteur, il le fait avec détachement parfois, avec un regard conscient des erreurs, des impasses et d'une sorte de fatalité. 

Joseph Roth se faisait lui-même un roman familial, c'est du moins ce terme que Freud a utilisé pour parler des enfants qui invente des histoires sur sa filiation. Jeune homme déçu de sa généalogie, il a régulièrement inventé une paternité qui n'était pas la sienne, afin, peut-être, de combler un amour absent (celui du père). 
La paternité est donc importante, on le remarque d'ailleurs tout de suite avec ce roman puisqu'on retrace la vie de trois générations d'hommes Trotta, du grand-père, le héros de Solférino au petit-fils, petit homme sans réelle conviction. 

C'est autant une fresque familiale qu'historique que l'auteur nous livre avec ce roman ayant pour titre la grande marche viennoise, composée en l'honneur de Joseph Radetzky en 1848. Cette marche est symbolique dans la mesure où elle est composée à la suite de la dernière victoire de l'empire, avant que celui-ci ne commence à enchaîner les défaites jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale qui sonnera sa fin.


"Le monde où il valait encore la peine de vivre était condamné à sombrer. Le monde qui lui succéderait ne méritait plus d’être habité par des gens comme il faut."
Joseph RothLa Marche de Radetzky.


Durant tout le roman, l'auteur va s'évertuer à mettre en avant la puissance de l'empire, enfin plutôt, la puissance de l'empereur qui est l'empire, à l'image des Trotta qui le sont tout autant. 
Cette façon de lier l'Histoire à une famille est passionnante. L'auteur parvient à nous faire saisir tout un tas de détails qui sonneront la fin de ce monde. 
Néanmoins, que l'on ne s'y trompe pas, si l'auteur est nostalgique de ce monde révolu, il sait pertinemment que celui-ci n'était pas parfait, il s'évertue d'ailleurs à le prouver. C'est par le biais de l'ironie que l'on comprend les travers de l'empire, que l'on comprend que l'empereur et tous ses sujets se voilent la face. 

Dès le début le contraste est frappant, le roman débute lors de la bataille de Solférino (1859), la première d'une longue série de défaite. Néanmoins, tout au long du roman (quasiment) il n'est fait mention que de cet héros, celui qui a sauvé l'empereur, j'ai nommé Joseph Trotta. 

Ce sauvetage est en réalité le début de la fin. L'anoblissement va conduire les Trotta à la ruine autant que l'Empire lui-même. Car c'est aussi de cela dont il est question, du déclin d'une famille dès lors qu'elle a grimpé les échelons. De simples fils de paysans, Joseph Trotta von Sipolje devient quelqu'un, une personne de renom, respectée et admirée. 
Oui, mais rapidement celui-ci se rend compte des machinations de l'Empire, de ses défauts et de là, la déception pointe le bout de son nez. 

Puis c'est au tour du fils de Joseph, François de devenir quelqu'un. Dans l'impossibilité de devenir soldat (son père le refuse) il deviendra en quelque sorte un double de l'Empereur, incapable de lui survivre en tout cas. 
Finalement, le personnage que l'on suit véritablement, c'est bel et bien Charles-Joseph, petit-fils du héros de Solférino, soldat moyen qui représente assez bien la dégradation de l'Empire. 

Finalement, l'Histoire se joue beaucoup entre eux, le père et le fils. C'est à travers eux que l'on va suivre les événements jusqu'au déclin. L'Histoire en elle-même est présente en filigrane, il y est parfois fait mention explicitement d'autres fois, de manière assez discrète. On observe des dialogues sur la chute, le déclin à venir - surtout par le biais du personnage de Chojnicki, sorte de prophète fou - mais au-delà de ça, c'est dans l'intimité des personnages que tout se joue.


Comme vous pouvez vous en douter, j'ai adoré ce livre. Je l'ai trouvé extrêmement enrichissant. Il m'a permis d'en apprendre plus sur l'histoire par le biais de personnages tout ce qu'il y a de plus fictifs. J'ai aimé la plume de l'auteur que j'ai trouvé suffisamment descriptive sans être trop lourde. 
À titre comparatif, je dirais que L'éducation sentimentale (1869) de Flaubert possède certains traits de La marche. Le plus gros point commun est évident l'histoire du particulier, c'est-à-dire de parler d'une époque, sans mettre en avant son Histoire, mais laisser l'histoire se dérouler en toile de fond autour de personnages plus ou moins concernés par celle-ci. Néanmoins j'ai mille fois préféré le roman de Roth. 

Du coup après ma lecture, j'ai eu envie de me plonger dans La crypte des capucins, sans être à proprement parler une suite, il s'agit d'un autre Trotta, un parent éloigné (cousin) de celui rencontré dans La marche de Radetzky, mais toujours un descendant slovène, du village de Sipolje. 


"Les grandes douleurs étaient déjà chez elles dans son âme et les nouvelles douleurs ne faisaient que venir retrouver les anciennes, comme des soeurs depuis longtemps attendues."
Joseph RothLa Marche de Radetzky.




  • La crypte des capucins (1938)


Tout comme pour La marche, le titre de cet ouvrage est symbolique puisqu'il s'agit d'un caveau à Vienne où sont inhumés les Habsbourg. 
C'est toujours le récit de la fin, de la chute d'un monde qui avait bien des défauts, mais qui était malgré tout chéri. 
Si La marche est teinté d'une certaine ironie, La crypte des capucins est davantage vu comme un texte sombre et sans espoir. En effet, Roth, qui s'est exilé à Paris lors de la montée du nazisme en 1933 (et jusqu'à sa mort en -39) a passé un dernier séjour dans sa Vienne adorée, en 1938, soit la même année que la publication de ce livre, la même année que l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne à laquelle l'auteur a assisté avant de revenir en France. 

Si c'est un roman plus sombre, c'est bel et bien parce qu'il a été écrit à une période plus sombre. L'auteur parlait d'un monde révolu, celui de l'Empire Austro-Hongrois, désormais, le monde est mort, sans possibilité de régénération.

Notre héros est bien loin des Trotta, il se prénomme François-Ferdinand Trotta est vit la grande vie à Vienne. Il ne sait pas grand chose, ne fait pas grand chose non plus, si ce n'est vivre de manière légère comme seul un bourgeois sans souci peut le faire. 
Et puis fatalement, c'est la chute. Après s'être engagé dans la Première Guerre mondiale, il reviendra sans honneur, sans rien en fait. Le monde a changé, il lui va falloir changer également. 

François-Ferdinand est incapable, il est paralysé par une vie trop douce, si bien que quand la dure réalité le rattrape, il ne peut rien faire, il est impuissant et on comprend à quel point cet homme est la représentation de l'Empire perdu. Antihéros sans ambition, il est à l'image de ce monde dans lequel il a toujours évolué, mais dont il n'a pas compris la chute. Les illusions se bousculent et explosent. 

Pourtant, il y a la base d'un beau message de tolérance dans ce roman, celle d'une amitié entre trois hommes que tout opposent, ils sont de religions et classes sociales différentes, la seule chose qu'ils ont en commun : l'Empire.
Le message de l'auteur, c'est aussi que l'Empire, ce n'était pas seulement Vienne et Budapest (capitale de l'empire d'Autriche, du royaume d'Hongrie), l'Empire, c'était aussi tous ces lieux reculés, c'était la Galicie par exemple (lieu de naissance de l'auteur) tout autant que la Moravie ou la Bohême. 
Ici, Roth nous montre une image idéale, celle du pouvoir des peuples entre eux, celle de l'union de l'Europe pour vaincre l'ennemi nazi. 



C'est un roman funèbre, à l'image de ses dernières pages où Trotta, complètement désemparé veut entrer dans la crypte des capucins pour voir François-Joseph. Il est finalement rendu au silence par un moine lorsqu'il prononce les premières paroles de l'hymne impérial Autrichien. C'est fini, ceci est du passé, il ne faut plus en parler. 


"La mort, il est vrai, croisait déjà ses mains décharnées au-dessus des verres que nous vidions, mais nous ne voyions pas la mort, nous ne voyions pas ses mains."
Joseph Roth, La crypte des capucins





dimanche 3 février 2019

Le Coin des libraires - #124 Le faubourg (#2 trilogie des Ferrailleurs) d'Edward Carey

Nouveau lieu, même ambiance, un délice !
Le château s'est conclu sur un événement pour le moins étonnant et forcément, comme je le disais, ça donnait trop envie de lire la suite. Dès que j'ai eu un peu de temps, je me suis plongée dans le deuxième volet, Le faubourg, qui démarre sur les chapeaux de roue ! 

Si Le château était un véritable labyrinthe, Le faubourg l'est tout autant, et on sort d'un huis-clos pour un autre, un peu plus grand, mais tout aussi sale et poussiéreux. 


Rien ne va plus depuis que le château de l'extravagante famille Ferrayor a croulé sous l'assaut des objets rendus à la vie. Clod erre dans une ville ravagée. Lucy Pennant, sa complice, perdue dans les profondeurs d’une décharge, fait la rencontre d’une créature aussi monstrueuse qu’attachante. Pourchassés, nos deux héros vont devoir s’unir pour déjouer les plans du tyran qui asservit le peuple du Faubourg.

Ce deuxième volume de la «  Trilogie des Ferrailleurs  » confirme le génie visionnaire d’un écrivain et dessinateur unique en son genre, «  héritier des rêves illuminés de Borges, Calvino et Perec  » (The New York Times Review of Books), démiurge d'un monde dont l'inquiétante étrangeté n'est pas sans rappeler notre propre réalité.



On retrouve Clod et Lucy dans des situations pour le moins critique au début. La fin du tome précédent laissait présager la suite, si bien qu'on savait déjà à quoi s'en tenir, mais il n'empêche que cette situation temporaire (mais qui peut devenir permanente) est assez angoissante ! 
Heureusement, rapidement les protagonistes reprennent les choses en main et on retrouve Clod ainsi que Lucy en un seul morceau. 

En plus de ces deux personnages, on va faire la connaissance d'un nouveau, Benordur, qui est très important pour la suite des événements. 
Après avoir découvert le château des Ferrayor dans ses moindres recoins, Edward Carey nous propulse dans le faubourg, autre lieu dans lequel l'auteur va donner vie et nous permettre de voir son univers s'agrandir. Et quel univers ! On sort tout à fait du faste du premier volet pour entrer dans la grande pauvreté, pis, la misère, tant humaine qu'économique. 

Séparés à la fin du tome 1, Lucy et Clod vont devoir se battre pour s'en sortir dans Fetidborough et aussi pour se retrouver. Les retrouvailles sont d'ailleurs assez rapides, chose que j'ai franchement aimé. On n'a pas trop d'épanchement ou quoi, ils se retrouvent et la quête continue. 
C'est un truc que j'adore avec l'auteur, il a inventé des personnages profonds, intéressants, mais aussi qui mettent la priorité à la mission. Se retrouver c'est bien, s'en sortir c'est mieux. 




Gros plus pour la plume (ou la traduction) de l'auteur, il y a de la magie derrière ça. Il suffit de lire la première page pour être entrainé jusqu'à la dernière. C'est dingue comment il parvient à nous happer d'une façon telle qu'il est presque impossible de reposer le livre avant de l'avoir fini.  

Je pense que c'est un tout, c'est les personnages, l'univers, l'intrigue. J'adhère complètement à l'ambiance créée par Carey. Chaque chapitre est dans la continuité du précédent et en même temps très différent. On ne sait jamais à quoi s'attendre dans ce monde poussiéreux, rempli de détritus, de méchanceté et de folie. Néanmoins, nous avons Clod et Lucy pour nuancer tout cela et pour nous montrer que le monde ne se résume pas à la décharge. 

La fin du volet est prometteuse, tout comme l'était celle du premier. On a envie de lire la suite pour savoir ce que ça va donner, pour savoir si notre duo va parvenir à ses fins, pour savoir si Clod et Lucy vont redevenir respectivement un demi-souverain et un bouton ou s'ils parviendront à repousser cette malédiction des humains qui deviennent des objets. 


"J’aurai tout le temps de verser des larmes, Clod, quand tu seras loin de mes yeux."
Edward Carey, Les ferrailleurs II - Le faubourg








samedi 26 janvier 2019

Le Coin des libraires - #123 La force des choses II de Simone de Beauvoir

Ça y est, je crois que l'on peut dire que je suis arrivée à la moitié de l'autobiographie de Simone de Beauvoir. Avec le deuxième volet de La force des choses, l'auteure reprend là où elle s'était arrêtée à la fin de la première partie. Publié en 1963, il commence à la Libération (première partie) et se termine au début des années 60. 

L'auteure se confie sur son état d'esprit par rapport au communisme soviétique ou encore sur la guerre d'Algérie. On retrouve aussi les descriptions de ses voyages, ses surprises et ses déceptions, et aussi, on fait la connaissance d'un nouveau personnage haut en couleur : Claude Lanzmann, écrivain, cinéaste (notamment connu pour son documentaire culte Shoah, 1985) qui va devenir son amant, puis un de ses amis les plus proches. 
J'ai un peu étudié Lanzmann par le passé, mais j'ai vraiment pu apprendre à le connaître grâce au portrait qu'en brosse Beauvoir, ça a donc été avec une petite pointe de tristesse que j'ai appris son décès en juillet dernier. 

«Peu de temps après le jour V, je passai une nuit très gaie avec Camus, Chauffard, Loleh Bellon, Vitold, et une ravissante Portugaise qui s'appelait Viola. D'un bar de Montparnasse qui venait de fermer, nous descendîmes vers l'hôtel de la Louisiane ; Loleh marchait pieds nus sur l'asphalte, elle disait : "C'est mon anniversaire, j'ai vingt ans." Nous avons acheté des bouteilles et nous les avons bues dans la chambre ronde ; la fenêtre était ouverte sur la douceur de mai et des noctambules nous criaient des mots d'amitié ; pour eux aussi, c'était le premier printemps de paix.» 


J'ai encore mis énormément de temps à lire ce volet. Le précédent m'avait paru bien trop politique, pas assez intime. Il m'avait laissé sur ma faim on va dire. J'attendais beaucoup de cette deuxième partie et je n'ai pas été déçue. 
J'ai mis deux mois à le lire pour deux raisons, la première était que je voulais absolument le commencer lors de mon séjour à Paris, il s'avère que je logeais juste à côté de son dernier appartement - d'ailleurs, elle mentionne à un moment la rue dans laquelle j'étais et qui se trouve en face de sa plaque commémorative. 
La deuxième - qui n'est que répétition si vous avez déjà vu mon article sur L'invitée - est que la typo de chez Folio est un véritable calvaire. C'était pire encore que pour L'invitée, une police minuscule, des mots mâchés. Il m'arrivait de me retrouver comme une con dans le métro à essayer de déchiffrer un mot pour saisir la phrase. Ça n'a pas de sens. 

Ça a clairement gêné mon plaisir de lecture, je lisais 10 pages et j'en avais déjà marre. Pour qu'un livre me procure ce sentiment, c'est vraiment que c'est gênant. Si jamais Folio ou un autre éditeur se décide à les ré-éditer, il ne fait pas de doute que je les rachèterai. 

Bref, passons à ce qui nous intéresse, le contenu du livre ! 



"La petite fille dont l’avenir est devenu mon passé n’existe plus. Je veux croire, quelquefois, que je la porte en moi, qu’il serait possible de l’arracher à ma mémoire, de défroisser ses cils fripés, de la faire asseoir, intacte, à mes côtés. C’est faux. Elle a disparu sans même qu’un squelette menu commémore son passage. Comment la tirer du néant ?"
Simone de Beauvoir, La force des choses II.


Je suis immédiatement entrée dedans, c'est dans son style élégant que l'auteure nous ramène à sa vie peuplée d'écriture, de sorties et de voyages. 
On découvre donc Lanzmann, qu'elle mentionne au tout début. Ce portrait est important, dans la mesure où cet homme aura une place de choix dans l'avenir de l'auteure. Il est présent tout au long du livre - l'époque dont elle traite correspond à celle de leur liaison (1952-1959) - et même lorsqu'ils décident de se séparer, Lanzmann n'en reste pas moins un ami très proche de la philosophe puisqu'il deviendra le directeur des Temps modernes, la revue créée, entre autres, par Sartre et Beauvoir. 

Elle nous emmène aussi lors de ses voyages, avec elle on découvre l'Italie, l'Espagne, Cuba, Brésil... On découvre tout un tas de pays par le biais de ses impressions, que ce soit sur le paysage ou sur le pays en lui-même - c'est à ce moment que l'on se rend compte à quel point elle était pour le régime de Castro par exemple. 
Néanmoins, l'événement véritablement au centre du livre, c'est bien évidemment la guerre d'Algérie et la nomination de de Gaulle à la tête du pays. 




C'est à la lecture de ces pages que je me suis rendue compte à quel point tout l'aspect politique de la première partie est importante. Je vous disais dans mon article sur La force des choses I que j'avais moins aimé ce tome à cause de la trop grande place qu'occupait la politique, plus particulièrement les pensées et actions de Sartre. Finalement, à la lumière des événements relatés par l'auteure, on se rend compte qu'il est important d'avoir un minimum de connaissances sur l'état du pays à cette époque. 

Lorsqu'il est question de la guerre, des violences faites aux Algériens sur le sol français ou en Algérie, j'avais vraiment le sentiment de lire son journal intime. Déjà parce que l'auteure a retranscrit les événements tels qu'elle les avaient écrit, c'est-à-dire qu'elle faisait bien attention à écrire la date et qu'elle expliquait absolument tout, ce qu'elle a lu dans le journal, ce qu'elle a appris, ce qu'elle a vu. Les dangers qu'elle a encouru aussi - même si on ne va pas se mentir, c'est surtout Sartre qui était dans de beaux draps. 

J'ai adoré cette façon de relater quelque chose d'aussi important au jour le jour. C'est évidemment tout sauf objectif, mais c'est pour moi une mine d'informations historiques, fin faut quand même voir l'audace quand on y pense. 
Elle dénonce les violences policières, les lynchages dans la rue, les massacres tout ce qu'il y a de plus arbitraire - si tant est que ça peut ne pas l'être... - fin vraiment elle n'y va pas avec le dos de la cuillère. Elle affiche son dégoût pour son pays, son incompréhension et sa colère. 

À côté de l'Histoire, on retrouve une femme qui prend conscience du temps, qui regarde son âme soeur dépérir et se tuer à la tâche. Sartre est surmené, Sartre boit trop, Sartre devrait se reposer... C'est par le biais des faiblesses de son âme soeur (dans un sens large) qu'elle comprend que la mort rôde. 
Et la mort, c'est quelque chose qui commence peu à peu à hanter son écriture, la peur de la mort est omniprésente et on la retrouve de plus en plus fréquemment au fil des pages. 


C'est dans un style élégant et poétique que Simone de Beauvoir se livre, elle en arrive à un âge où elle comprend que la vie a passé, où elle refuse d'être assimilée à quelque chose qu'elle dénonce. 
Bien plus sombre que ces prédécesseurs, La force des choses apparaît comme livre charnière, celui qui fera la transition entre les jeunes années de l'auteure, l'insouciance, les premiers succès, les premiers voyages, et les dernières années, celle où la fraîcheur a laissé place à la désillusion, où la mort a gagné du terrain sur la vie. 
Plus qu'une autobiographie centrée sur soi, l'auteure décortique les événements, elle prend le temps de détailler, d'expliquer, de se révolter - je pense par exemple à la manifestation mise en place dans les rues de Paris alors qu'il était interdit de se réunir dans les rues pour protester. 
On découvre un monde qui ne tourne plus rond, et qui, malheureusement, résonne énormément avec notre monde actuel, empli de violences policières, de crimes perpétrés au nom du racisme et de la différence. 


"J’ai perdu ce pouvoir que j’avais de séparer les ténèbres de la lumière, me ménageant, au prix de quelques tornades, des ciels radieux. Mes révoltes sont découragées par l’imminence de ma fin et la fatalité des dégradations ; mais aussi mes bonheurs ont pâli. La mort n’est plus dans les lointains une aventure brutale ; elle hante mon sommeil ; éveillée, je sens son ombre entre le monde et moi : elle a déjà commencé. Voilà ce que je ne prévoyais pas : ça commence tôt et ça ronge."
Simone de Beauvoir, La force des choses II.




dimanche 20 janvier 2019

Le Coin des libraires - #122 La mer de la tranquillité de Sylvain Trudel

Décidément, je crois que les auteurs canadiens ne sont pas ma tasse de thé ! Après avoir lu N'oublie pas, s'il te plaît, que je t'aime de Gaétan Soucy, je me suis plongée dans La mer de la tranquillité de Sylvain Trudel paru en 2013 - un des auteurs qui a écrit une réponse de l'étudiante dans le livre inachevé de Soucy.


Chez Sylvain Trudel, les magazines érotiques ont des vertus théologiques, les chats immolés se mêlent aux météorites, les adolescents amoureux font fi des becs-de-lièvre, les prophètes annoncent l’ère du Cochon en reluquant les prostituées, on noie la guerre dans le scotch étendu d’eau de Lourdes, les vieillards méditent des noirceurs sous leur chapka de putois, un homme tue sa femme mais épargne son fils caché sous la jupe d’une fille, des frères tatoués chez les Hells Angels fument du haschich dans des pages de la Bible, un malade alcoolique lit l’Eloge de la calvitie et écoute le Quatuor pour la fin du temps pendant que son infirmière musulmane lui fait une piqûre dans la fesse, un raté promène ses mutations génétiques dans un quartier contaminé par les métaux lourds. Sous la lune couleur d’os, tous pourchassent la vie heureuse et espèrent la mort paisible, sans savoir que, pour son malheur, l’homme est à la fois la galère et le galérien.


Plutôt que de déclarer de but en blanc que je n'ai pas aimé ma lecture, je préfère essayer de nuancer dans la mesure du possible. 
Tout d'abord, le gros problème de cette lecture a été que je n'ai, de prime abord, pas compris qu'il s'agissait d'un recueil de nouvelles. Du coup après être complètement passée à côté de la première appelée "Epiphanies", j'ai mis plusieurs pages avant de comprendre que "Deux visages" n'était pas le titre du deuxième chapitre, mais bel et bien le titre d'une deuxième nouvelle - oui, là c'est ma faute... 
Forcément pour entrer dedans, bah c'était plus compliqué. 

S'y ajoute le fait que certaines nouvelles étaient pour moi dénuées de sens excepté pour dire que l'espoir est mort et qu'il n'y a rien à attendre de la vie. Fin franchement je pense qu'il ne faut pas le lire à n'importe quel moment, ce livre peut donner des idées sombres. L'auteur met en scène des personnages fantomatiques ou dénués d'intérêt qui n'ont d'autres buts que d'errer, d'attendre quelque chose qui ne semble jamais venir.




Pour être honnête je ne sais pas si c'est moi qui aies un problème de compréhension, mais j'ai eu du mal à comprendre ce que je lisais par moment. J'ai eu le sentiment que l'auteur tournait en rond et qu'il parlait pour ne rien dire - enfin, je parle d'auteur, mais je veux plutôt dire narrateur. 
C'est donc un démarrage assez long, des passages par moment incompréhensibles et des personnages assez repoussants. 

Dans ces neuf nouvelles on n'apprend rien, si ce n'est que le monde est gris, solitaire et sans espoir. D'ordinaire c'est un postulat qui m'aurait plu, si je n'avais pas eu tant de mal à comprendre où l'auteur voulait en venir, enfin, si je n'avais pas chercher à comprendre quelque chose là où il n'y avait peut-être rien. 

Même si j'ai eu du mal avec la plupart des nouvelles, j'ai néanmoins aimé la quatrième qui se nomme "Le quadrille à maman Maïs". J'ai trouvé cette nouvelle drôle, remplie d'errances et de générosité. Oui, celle-ci m'a plu. Après, je ne suis pas certaine que l'auteur voulait en faire une histoire drôle, après tout, il s'agit quand même d'un garçon qui veut récupérer son âme, et qui pense qu'il faut faire de bonnes actions pour cela. Sa rencontre avec la prostituée m'a amusé et je n'en demandais pas plus. 

Le reste du recueil est fidèle à la première nouvelle : sombre et triste. 

Je pensais aimer malgré le fait que le résumé de la quatrième soit particulièrement énigmatique, mais une fois les premières pages tournées, on est forcé de se rendre compte que ce résumé est à l'image du recueil lui-même : un véritable fouillis. 

Attention, je respecte le travail de l'auteur et je reconnais le travail que celui-ci a dû fournir pour son livre, c'est simplement que d'une part, je ne m'attendais pas à ça, et d'autre part, j'avais des attentes assez hautes. En soi, je n'ai pas détesté la plume de l'auteur, au contraire, j'ai trouvé certains passages extrêmement bien écrits, - et j'ai pu découvrir de nouveaux mots haha. Disons seulement que je n'ai pas accroché aux histoires.


"L’angoisse de la nuit proche me noue la gorge et j’aimerais me cramponner aux gens pour leur arracher des lambeaux d’amitié, mais c’est en toussant et en crachant que je vois les derniers fantômes disparaître au loin, mêlant leur ombre aux ombres des bonheurs insensés, bonheurs secrets et inconcevables qui sanctifient des hommes et des femmes, au hasard, comme la foi, mais qui abandonnent les damnés au bord des chemins."
Sylvain Trudel, La mer de la tranquillité.








samedi 12 janvier 2019

Le Coin des libraires - #121 Une longue impatience de Gaëlle Josse

Le voici, le dernier roman de Gaëlle Josse, paru lors de la rentrée littéraire d'hiver 2018, j'ai nommé Une longue impatience. Récit déchirant, puissant, émouvant, j'ai une nouvelle fois prit un immense plaisir à la lire.


"Je suis envahie, pénétrée, toute résistance devenue inutile, par les coups sourds, aveugles, insistants d’une souffrance qui ne me laisse aucun repos. Je vis avec une absence enfouie en moi, une absence qui me vide et me remplit à la fois. Parfois, je me dis que le chemin qui me happe chaque jour est comme une ligne de vie, un fil sinueux sur lequel je marche et tente d’avancer, de toutes les forces qui me restent."
Gaëlle Josse, Une longue impatience.


Ce soir-là, Louis, seize ans, n’est pas rentré à la maison. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans un village de Bretagne, sa mère Anne voit sa vie dévorée par l’attente, par l’absence qui questionne la vie du couple et redessine celle de toute la famille.

Chaque jour, aux bords de la folie, aux limites de la douleur, Anne attend le bateau qui lui ramènera son fils. Pour survivre, elle lui écrit la fête insensée qu’elle offrira pour son retour. Telle une tragédie implacable, l’histoire se resserre sur un amour maternel infini.

Avec Une longue impatience, Gaëlle Josse signe un roman d’une grande retenue et d’une humanité rare, et un bouleversant portrait de femme, secrète, généreuse et fière. Anne incarne toutes les mères qui tiennent debout contre vents et marées.


En me remémorant ma lecture, je me rends compte que ce qui m'a le plus frappé c'est la diversité dans le propos. Gaëlle Josse s'attaque à l'absence tout d'abord et ce, par le biais de l'absence du fils. Mais cette absence m'est apparu comme un élément déclencheur, l'élément qui permet de creuser plus loin. C'est bien parce que Louis s'en va sans donner de nouvelles que l'on en apprend plus sur le passé d'Anne par exemple. 

Il y a aussi l'importance de l'époque, du fait que l'on soit dans les années 1950, soit seulement quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale - l'auteure met d'ailleurs en lumière un phénomène qui m'était inconnu jusqu'alors : le fait que les Alliés (ici l'Angleterre) bombardaient les bateaux de pêche français afin d'éviter de ravitailler les soldats Allemands qui occupaient la France. 

Et puis c'est aussi l'histoire d'un tiraillement, de la difficulté de trouver sa place dans la vie, d'être prise entre deux hommes, son fils issu d'un premier mariage, et son deuxième mari. Cet écartèlement permet alors d'aborder le passé d'Anna, son enfance vécue dans la misère, sa relation avec Yvon, son premier mari, pêcheur décédé quelque temps auparavant. C'est la mort de ce dernier et avec cela, la nécessité de s'en sortir seul avec son fils, l'élever malgré la famine, malgré la Seconde Guerre mondiale qui amène avec elle des privations.




On trouve alors deux récits, le premier au présent, qui relate les événements maintenant que Louis (son premier enfant) a pris le large. Le second au passé, afin de mieux comprendre les personnages, leur donner une réelle profondeur. Anne se révèle particulièrement attachante, Etienne, plutôt pathétique.
L'auteure a entrecoupé ces deux temporalités de chapitres où Anne écrit à son fils. On ne sait si elle envoie ses lettres - en sachant qu'elle ne sait pas où Louis est parti, ça semble compromis, mais bon.
Elle lui écrit pour parler de son retour, du festin qu'elle a prévu pour le grand jour. Mais malheureusement, l'attente n'en finira pas. Louis devait partir pour quelques mois, il devait rentrer pour Noël, et finalement, seule l'absence visitera notre héroïne.

Comme je le disais, Anne est prise entre deux feux, entre sa vie passée dont Louis reste le seul élément qui la rattache à Yvon, à sa pauvreté, à cette petite maison de pécheur qu'elle visite quotidiennement et sa vie présente, celle avec Etienne. Cette vie où elle est une femme gâtée, cette vie qui ne lui correspond pas.

Enfin, j'ai aussi aimé les rares mentions de la guerre, notamment des privations, mais surtout du petit passage où il est fait mention des dénonciations, de ces trois femmes qui ont été arrêtées et tondues sur la place de la mairie. On mesure alors la peur de se retrouver faussement dénoncée à son tour.

C'est un livre de courage, un livre de force. Anne est pour moi un des personnages les plus forts et les plus humbles que j'ai eu l'occasion de découvrir en littérature. C'est une femme qui, évidemment a fait des erreurs, mais qui passe le restant de sa vie à essayer de les réparer, ou du moins, de les effacer.
Mais Anne, ce n'est pas un personnage pathétique, loin de là, on ne se complait pas dans le pathos, on n'en fait pas des tonnes, Anne souffre de l'absence de son fils, elle se détache de sa nouvelle vie pour s'enfoncer dans la solitude d'une bicoque, symbole de sa vie passée, mais pas une fois elle se complait dans son malheur.

Une fois encore, Gaëlle Josse montre son don pour des récits courts (même pas 200 pages), mais dans lesquels chaque mot a sa place. Ce sont des mots simples qui forment la poétique de l'auteure, des phrases sans fioritures qui vont droit au coeur et touchent par leur sincérité.
J'ai fermé ce roman avec une pointe au coeur, avec douleur. Le dernier chapitre m'a déchiré, je l'ai trouvé d'une cruauté sans nom pour cette mère qui ne rêve que d'une chose : retrouver son fils.


Sans être mon préféré (ça reste L'ombre de nos nuits et Les heures silencieuses), je mettrai ce livre au même niveau que Le dernier gardien d'Ellis Island, mon premier de l'auteure et par extension, celui qui m'a donné envie d'en apprendre plus. 



"Tous les jours je dois m’inventer de nouvelles résolutions, des choses pour tenir debout, pour ne pas me noyer, pour me réchauffer, pour écarter les lianes de chagrin qui menacent de m’étrangler. Je m’applique à être digne, convenable, à être parfois aimable, à me montrer comblée."
Gaëlle Josse, Une longue impatience.








mercredi 19 décembre 2018

Le Coin des libraires - #120 La goûteuse d'Hitler de Rosella Postorino

Merci aux éditions Albin Michel et à Babelio pour m'avoir permis de découvrir ce roman en avant-première. Sa sortie officielle est prévue pour le 2 janvier 2019

À la base j'avais décidé de refuser toute opération privilégiée jusqu'à la fin de l'année, j'ai déjà tellement d'ouvrages à lire pour mes études et plus largement, chez moi, que je ne voulais pas me rajouter de lecture. Oui mais ça c'était avant de recevoir un mail me proposant ce livre. 
Comme vous vous en doutez maintenant, il m'a suffit de lire le titre pour avoir envie de le découvrir. Même si je ne vais pas lire que ça durant les deux prochaines années, j'ai décidé de travailler sur les récits de fiction documentés sur la Seconde Guerre mondiale (mes recherches ne concernent que la littérature française !) et ma curiosité a forcément été piquée quand j'ai vu ce titre. 


1943. Reclus dans son quartier général en Prusse orientale, terrorisé à l’idée que l’on attente à sa vie, Hitler a fait recruter des goûteuses. Parmi elles, Rosa. 
Quand les S.S. lui ordonnent de porter une cuillerée à sa bouche, Rosa s’exécute, la peur au ventre : chaque bouchée est peut-être la dernière. Mais elle doit affronter une autre guerre entre les murs de ce réfectoire : considérée comme « l’étrangère », Rosa, qui vient de Berlin, est en butte à l’hostilité de ses compagnes, dont Elfriede, personnalité aussi charismatique qu’autoritaire. 
Pourtant, la réalité est la même pour toutes : consentir à leur rôle, c’est à la fois vouloir survivre et accepter l’idée de mourir.

Je suis parvenue à me plonger dedans, mais pas de la manière que j'aurais souhaité - je lisais une dizaine de pages par-ci une dizaine de pages par-là. Le début ne m'a pas franchement enchanté. J'ai trouvé la mise en place assez longue. Bref, après avoir mis une petite semaine à lire les cent premières pages, je me dis que ce n'est pas exactement ce que j'attendais. 

Et pourtant, une fois passée cette centaine de pages, immersion directe. La mise en place est longue, on suit Rosa dans son quotidien répétitif et parfois sans grand intérêt. Et pour moi, tout s'enchaîne avec l'entrée du personnage de Ziegler. Toute la complexité du roman apparaît avec ce personnage. C'est à ce moment que Rosa est tiraillée entre son statut de femme mariée qui vit chez ses beaux-parents parce que son mari a dû partir au front et celui de simple citoyenne allemande qui doit accepter la tyrannie des SS. 


Ce déchirement du personnage à partir de Ziegler m'a énormément plu. J'ai trouvé les questionnements vraiment pertinents et pas seulement là pour faire avancer l'histoire. Il en va de même pour les autres goûteuses. Si je trouvais leur présentation un peu invraisemblable, du moins pas vraiment intéressante, au fur et à mesure l'auteure parvient à bien détailler ses personnages et à en faire des êtres vivants et non plus de simples figures fantomatiques dans une histoire qui ne les concerne pas réellement. Le personnage d'Elfriede est sans conteste celui que j'ai préféré. On sent qu'elle cache quelque chose derrière son tempérament assez bipolaire, mais je ne pensais pas que ce serait ça pour autant. 

L'histoire s'enchaîne très bien, le personnage de Rosa est à mon sens vraiment trop sage. C'est vraiment l'archétype de la bonne allemande qui refuse la guerre, refuse Hitler, bref elle a déjà compris tous les problèmes liés au Troisième Reich, bref elle semble un peu trop parfaite. Jusqu'à l'arrivée de Ziegler qui va remettre en cause tout un tas de choses. 
D'ailleurs, pour ce qui est de ce personnage, je trouve que c'est un des mieux réussis. Il est complexe dans le sens où il ne semble pas particulièrement méchant ni même cruel, mais il n'est pas franchement bon non plus. C'est pour moi le plus aboutit de tous parce que l'auteure a su en faire un être humain, un être qui a commis des atrocités au nom de ses idéaux (lorsqu'il raconte à Rosa pourquoi il a demandé à être muté), et qui est hanté par ce qu'il a vu. On retrouve donc ici aussi l'image du bourreau dépeinte de manière réaliste, tout en essayant d'une certaine façon de le rendre attachant au lecteur. 

Le bémol de cette histoire avec Ziegler, c'est la finalité. Alors là j'ai pas compris pourquoi ils arrêtent de se voir avec Rosa, il raconte un peu ce qu'il faisait avant d'arriver à la Wolfsschanze, puis il part retrouver sa famille, il revient, les goûteuses sont confinées dans un même bâtiment et tout est fini. J'ai trouvé ça expéditif et sans vraie raison, c'est dommage. 




J'ai particulièrement aimé le côté rétrospectif de l'histoire, ça fait très "témoignage", ça ajoute, à mon sens, de l'épaisseur au récit. Mais des fois, je trouve ça un peu gratuit aussi. Rosa nous répète plusieurs fois "je ne l'ai appris que plus tard", ce genre de choses, sans forcément s'étaler dessus. C'est bien de le savoir, mais ce serait mieux de développer un peu. Par exemple, on ne sait pas ce que Ziegler devient une fois qu'il l'a fait évacuer vers Berlin. On n'a jamais aucune nouvelle de lui et c'est dommage quand l'on sait qu'il est un des personnages principaux de l'histoire - oui, je déteste rester dans l'ombre haha ! 

L'auteure amène très bien le passé de Rosa. Le fait d'invoquer sa famille, notamment la disparition de son père, puis celle de sa mère permet de mieux comprendre le personnage sans pour autant tomber dans le pathos. On comprend un peu mieux pourquoi elle prend ces décisions, pourquoi elle est si farouchement opposée à Hitler et à son gouvernement. Alors oui, ça fait peut-être un peu le cliché de la bonne allemande qui a dû subir sous peine d'être supprimé, mais finalement n'est-ce pas simplement ce qu'il s'est passé en réalité ? 

Je voudrais enfin ajouter que la dernière partie m'a laissée sur ma faim. Son mari, Gregor revient, mais ça ne colle pas ? Je ne comprends pas. Je ne comprends pas comment on peut nous parler d'une relation durant 300 pages, de la douleur d'une femme qui apprend que son mari a disparu, pour finalement en arriver à cette conclusion. Je trouve la fin bien trop pessimiste par rapport au reste du roman. Donc oui, pourquoi pas j'imagine, mais c'est dommage de terminer de cette façon, sur la solitude de Rosa et sur ses secrets finalement. Tout ce qu'il s'est passé durant son absence est passé sous silence et c'est bien les non-dits qui ont détruit leur relation. Et la femme qui a inspiré Rosa est restée avec son mari jusqu'à ce que celui-ci décède bien des années après la guerre. 

Globalement ça a été une très bonne lecture. Un démarrage plutôt difficile, mais une fois entrée dedans, il devient difficile de lâcher le bouquin. Un personnage principal charismatique et intéressant, et surtout, un personnage inspiré de la réalité. 
Tout au long de l'ouvrage, je me demandais ce qu'il y avait de réel dans l'histoire. À titre d'exemple, est mentionné l'attentat qui a failli coûter la vie à Hitler en juin 1944, les éléments relatés dans l'ouvrage sont fidèles à la réalité. 
L'auteure mentionne dans une note que cette idée lui est venue par le biais d'une interview d'une femme, Margot Wölk, qui, en 2013 a donné une interview en Allemagne où elle racontait justement son métier de goûteuse pour Hitler qui a duré deux ans. 

Pour ceux que ça intéresse, j'ai trouvé un article qui relate rapidement ce qu'a vécu cette femme durant la guerre et on se rend rapidement compte que Rosella Postorino s'est largement inspirée de son vécu pour écrire son roman. Elle dit d'ailleurs qu'elle souhaitait la rencontrer, mais que malheureusement, Margot Wölk est décédée avant qu'elle puisse le faire. 


La goûteuse d'Hitler de Rosella Postorino est donc un roman documenté comme j'en cherche, c'est-à-dire une histoire où l'auteure ajoute des éléments imaginaires, mais où il y a aussi une grande part de vérité. Pour répondre à ma question de savoir si les romans documentés sur la Seconde Guerre mondiale peuvent permettre au lecteur d'apprendre quelque chose sur l'Histoire, ici, je dirais cent fois oui. J'ai passé un très bon moment de lecture et j'ai appris des choses, je ne peux donc que remercier l'auteure pour la qualité de son ouvrage et une fois encore les éditions Albin Michel pour m'avoir donné l'opportunité de le découvrir en avant-première. 









mercredi 21 novembre 2018

Séries du moment - #7 novembre 2018

J'ai envie d'essayer d'écrire un article tous les deux-trois mois sur trois séries comme je l'ai fait en septembre dernier où je vous parlais d'Orange is the new black, Preacher et 3%
Mon article de novembre sur trois séries est consacré à Atypical, Daredevil et Sharp Objects - et oui, il faut bien faire un choix ! 

  • Atypical (saison 1 & 2)


Si je ne vous ai jamais parlé de cette série avant, c'est bien parce que je ne l'avais pas encore découverte !
Dans cette série créée par Netflix on va suivre les péripéties et autres déboires de la famille Gardner. En réalité, la série se focalise surtout sur l'aîné, Sam 18 ans, atteint d'autisme (ce qu'on appelle aujourd'hui dans le jargon un trouble du spectre de l'autisme - TSA). 

Sans raconter ce les événements de la saison 1 (et encore moins ceux de la 2), je peux dire que cette série est une pépite dans son genre, mais une pépite bien trop courte. 
Et oui, la saison 1 sortie en août 2017 est composée de seulement huit épisodes, la saison 2, sortie en septembre dernier n'en compte, elle, que dix. 

Juste pour vous donner l'eau à la bouche, le postulat de départ est que Sam désire se trouver une petite-amie. Cette quête va donner lieu à des événements hilarants et parfois difficiles, mais il faut bien garder à l'esprit qu'Atypical est une comédie, c'est une série qui nous dévoile ce que peut être le quotidien de quelqu'un atteint d'autisme dans ce qu'il a de plus dur et touchant. 

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À mon sens si la série fonctionne c'est grâce à un scénario extrêmement bien dosé, on ressent de la compassion pour Sam, mais jamais de la pitié. Il nous fait rire aux larmes, mais ce n'est jamais de la moquerie. 
Et puis il y a les acteurs. Franchement, chapeau bas pour Keir Gilchrist, l'acteur qui incarne Sam, il joue parfaitement bien, il arrive à dépeindre les difficultés que posent l'autisme pour soi, et pour autrui. Si on a tous le sentiment de ne pas trouver sa place lorsqu'on est adolescent, c'est plus compliqué pour Sam qui est un adolescent-jeune adulte, Sam a bien des raisons de se trouver différent des autres. 

Mais finalement, au fur et à mesure des épisodes on découvre une famille tout sauf uni, un père (Michael Rapaport) pour le moins effacé, une mère qui flippe pour rien et qui surprotège son fils (Jennifer Jason Leigh) et enfin une soeur cadette (Brigette Lundy-Paine) qui doit toujours prendre soin de son frère aîné au détriment de sa propre vie parfois. 
On découvre par la suite d'autres personnages hilarants et attachants comme c'est le cas du meilleur ami Zahid (Nik Dodani). 

Bref, après qu'on m'ait chaudement recommandé cette série, je la recommande à mon tour et jusqu'à présent, on ne m'en a dit que des choses positives. 
Si vous souhaitez regarder quelque chose de mi-doux, mi-amer, si vous voulez découvrir quelque chose de neuf, vraiment regardez cette série, elle vaut le détour tout simplement. 




  • Daredevil (saison 3)


À la base je comptais vous parler de la saison 8 d'American Horor Story, nommée Apocalypse, mais j'ai à peine vu la moitié de la saison, du coup je préfère la garder bien au chaud pour écrire un article complet dessus une fois que je l'aurais terminé - j'espère avoir le temps de vous en parler ! 

Du coup j'ai décidé de vous parler d'une autre série dont j'ai commencé la dernière saison, j'ai nommé la saison 3 de Daredevil
Bizarrement je ne crois pas en avoir déjà parlé ici, malgré le fait que j'ai adoré la première saison. À savoir que ça partait mal étant donné que les seuls éléments connus sur ce justicier venaient du navet Daredevil sorti en 2003 avec Ben Affleck et Jennifer Garner... On ne dira rien de plus sur ce film ! 

Je disais donc que j'ai énormément aimé la saison 1, je trouve Charlie Cox parfait dans son rôle de démon de Hell's Kitchen, j'aime le personnage de Foggy (Elden Henson) et par-dessus tout j'ai pu retrouver Deborah Ann Woll qui jouait un de mes personnages fétiches dans la série True Blood !! 

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La saison 1 était très bien, et puis il a fallu attendre des plombes pour la deuxième puisqu'entre temps Netflix a décidé de sortir Luke Cage, Jessica Jones, Iron Fist, et enfin les Defenders.
Mouais, bof quand même. 

Je n'ai pas accroché à Luke Cage et encore moins à Jessica Jones, j'ai trouvé Iron Fist pas mal, mais pas transcendant et les Defenders, j'ai trouvé ça extrêmement lent. 
Autant d'attente pour ça, n'est-ce pas... 

Mais voilà que la troisième saison arrive, qu'on apprend enfin ce qui est arrivé à Matt depuis son dernier affrontement. On retrouve le trio plus désuni que jamais, et il semble que la menace qu'est Fisk ne partira jamais. Malgré l'emprisonnement de ce dernier, il continue à tout contrôler et là où j'en suis (j'ai vu l'épisode 7 avant-hier) ça n'a pas l'air d'être différent. 

Pour le moment je trouve cette saison un peu en-dessous de la première qui est pour moi la meilleure. Je ne retrouve pas forcément la dynamique qui me faisait adorer le personnage et la série. Je suis toujours ses aventures avec plaisir, mais ce n'est plus le même engouement, sûrement à cause des crossovers qui dénaturent la fiction quand on essaie d'en faire trop. 

Je materai sans doute la saison 2 de Defenders, mais pour l'instant, ça a surtout fait de l'excellente Daredevil un simple grain de sable dans un océan beaucoup plus grand, mais pas nécessairement utile ni même agréable. 



  • Sharp Objects (saison 1) 


L'été dernier j'ai découvert la nouvelle série HBO : Sharp Objects, réalisée par Jean Marc Vallée (qui n'est autre que le réalisateur de Big Little Lies) et adaptée d'un roman de Gillian Flynn, auteure surtout connue pour son ouvrage Les apparences, également adapté, mais au cinéma cette fois sous le nom Gone Girl - film que je recommande et dont j'avais d'ailleurs écrit un article lors de sa sortie

Ce qui m'a donné envie de regarder cette série ? Le fait que ce soit HBO qui est quand même reconnue pour ses très bonnes séries, le fait que ce soit l'adaptation d'un roman (Sur ma peau, que je n'ai pas lu, mais quand même !) et enfin parce que la série est portée par Amy Adams qui est une actrice que j'aime beaucoup - notamment pour son rôle dans Premier contact ou encore Nocturnal Animals

Et bien de prime abord, cette série m'a énormément fait penser à Top of the lake avec Elizabeth Moss. 
Le postulat de départ y ressemble étrangement : la disparition de jeunes filles dans un endroit à peu paumé. Même si d'autres éléments peuvent être rapprochés (il faut avoir vu les deux pour s'en rendre compte), on va dire que la comparaison s'arrête ici. 

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Sharp Objects est une série difficile à regarder. Je comprends d'ailleurs pourquoi Amy Adams a refusé de tourner une deuxième saison, ça doit être très éprouvant pour une actrice de devoir se mettre dans ce type de rôle. Et en effet, Camille Preaker est une femme pour le moins tourmentée. 

Après avoir quitté sa ville natale de Wind Gap, elle doit revenir sur ordre de son rédacteur en chef pour suivre l'affaire concernant la disparition de deux adolescentes. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que les retrouvailles avec sa famille ne sont pas des plus agréables. Sa mère, Adora (Patricia Clarkson) est une véritable folle, atteinte du syndrome de Münchhausen (ou trouble factice) mais par procuration. C'est-à-dire qu'elle a le besoin de simuler une maladie ou du moins des symptômes afin d'attirer la compassion. Sauf qu'elle, elle rend ses filles malades (au point d'en mourir) afin d'être indispensable pour celles-ci. 

Le petit point négatif c'est qu'au fond, la disparition des adolescentes et amies d'Amma (nom ??), la petite soeur de Camille, est au final un prétexte pour explorer la famille Preaker. Mais faut dire qu'il y en a des choses à dire sur cette famille entre la mère et les filles ! 
Le dernier épisode tout aussi oppressant que les précédents nous révèle une vérité pour le moins glaçante. 

Cette série m'a retourné, elle est tout sauf simple à regarder - j'ai dû mentionner 10% de ce qui se passe dans la saison. Camille est un personnage tourmentée, trop dépressive, trop penchée sur la bouteille, elle est dans l'excès de douleur si je peux le dire ainsi. D'une certaine façon il en va de même pour Amma qui a été façonnée par sa mère et pour laquelle elle semble prête à mourir, excès de soumission, qui mène à un excès de violence.

Je ne sais pas si j'aurais souhaité une deuxième saison, celle-ci était déjà difficile à regarder et même si la fin peut laisser présager une suite, je pense que je préférerais me pencher sur le bouquin - surtout que j'ai entendu qu'il y a quelques différences entre le livre et la série. 









samedi 10 novembre 2018

Le Coin des libraires - #119 Nord-Michigan de Jim Harrison

Mon premier Jim Harrison. Lorsque j'ai commencé à lire des livres de façon "sérieuse", je me suis pas mal intéressée à la littérature américaine et anglaise (en plus de la française), et puis, entre temps, je me suis découvert une grande passion pour la littérature allemande/autrichienne, si bien que j'ai un peu délaissé la littérature américaine. 

J'en lis toujours, mais quand même assez peu au final. Je n'ai pas rencontré les grandes figures du XIXe-XXe siècle américain comme Edith Wharton, Jack London, Charles Bukowski ou encore William Faulkner - cette mini liste d'auteurs est non exhaustive et ne contient que des auteurs que j'aimerais lire, donc par définition, que je n'ai pas encore personnellement découvert. 

Néanmoins, je dois contraster en soulignant que je ne suis pas non plus une vraie bille, j'ai déjà lu Poe, Sallinger, Hemingway, Fitzgerald... 
Et puis, j'ai lu, pleuré, relu, repleuré face à Des souris et des hommes de Steinbeck qui est pour moi un des meilleurs livres jamais écrit au monde. 
Fin voilà, ma culture en littérature américaine est passable, mais mes lectures, bah, elles le sont bien moins. 

J'ai reçu Dalva pour mon anniversaire (ou Noël ?) en 2016. Je ne l'ai pas encore lu non plus. À vrai dire j'ai un peu de mal à me plonger dans un pavé lorsque je n'ai encore rien lu de l'auteur en question. Lorsque j'ai vu que les éditions 10/18 sortait une édition limitée de Nord-Michigan, troisième roman de l'auteur paru aux États-Unis en 1976, je n'ai pas hésité bien longtemps, j'ai commencé par celui-ci car il a été écrit avant Dalva et parce qu'il est plus court, c'était donc pour moi l'occasion de découvrir l'auteur plus rapidement. 


Instituteur dans une bourgade rurale du Nord-Michigan, Joseph coule des jours tranquilles dans la ferme de ses parents. Entre la chasse et la pêche, il partage ses nuits avec Rosalee, l’amie d’enfance, l’éternelle fiancée. Quand survient Catherine, une de ses élèves, âgée de dix-sept ans et très affranchie, déterminée à bouleverser le cours des choses… 

Sur un thème presque banal, Harrison a composé le plus simple mais aussi le plus beau de tous ses romans. 


Après la lecture des premières pages, une question s'impose : dans quoi me suis-je embarquée ? 
Une fois passée les trois pages d'un espèce de prologue, on est catapulté dans la nature, on nous parle de pêche de manière assez pointue quand on y pense. 
Bon, après coup je me suis dit "normal, vu le passif de Joseph, la pêche, la chasse et la nature vont avoir une place importante, si ce n'est centrale dans cette histoire". 

Pourtant, une fois passée les premières pages au sujet de la pêche, je me rends compte que je suis entrée dedans à la vitesse de l'éclair et que ma lecture est pour le moins agréable et enrichissante. 

Il faut dire que le personnage de Joseph, qui m'est apparu comme étranger de prime abord m'a rapidement touché. Ce quadragénaire, instituteur (un peu) aigri rêve d'évasion, plus précisément de l'océan. Déjà, pour moi, un des gros points forts du livre, c'est ce tiraillement, cette hésitation entre terre et mer, entre la chasse et la pêche, entre Rosalee, celle qu'il aime depuis des années et Catherine, celle avec qui il occupe ses journées, celle qui semble être un peu l'illustration de sa crise de la quarantaine. 

C'est une vie banale que nous montre Harrison, une petite vie tranquille de fils de fermier dans le Michigan, près de la Pine River. C'est un lieu commun pour cet auteur, membre du mouvement  nature writing - courant littéraire naît avec le fameux Wilden de Thoreau (si je ne me trompe pas) qui mêle des passages autobiographiques à des réflexions et descriptions de la nature. 

C'est bien ce qu'est Nord-Michigan : un court roman issu du nature writing. 
On y trouve en tout cas bon nombre de descriptions des lieux (qui, d'ailleurs, donne envie de découvrir le nord de cet état) et certains traits du personnage semblable à son auteur. 
À titre d'exemple, il y a évidemment les racines de l'auteur qui, comme son protagoniste, est d'origine suédoise de par ses parents. Il y a également le fait que Jim Harrison est né et a vécu au Michigan. 
Sans doute y en a-t-il d'autres, mais le but de cet article n'est pas de prouver que ce roman fait partie de ce mouvement littéraire américain. 


Nord-Michigan de Jim Harrison, éditions 10/18 collector.


C'est alors dans cette banalité de la vie qu'évolue Joseph, habitant de ce Michigan rural où il n'y a qu'une seule école pour tous les élèves. De ce Michigan où il vit avec sa mère mourante, dernier enfant de la famille à être resté dans les environs - ses soeurs sont parties de ce trou perdu depuis belle lurette -, de ce Michigan où il est hanté par le souvenir de son meilleur ami décédé, Orin, ex-mari de son amour de jeunesse, j'ai nommé Rosalee. 

Las de vivre une vie paisible, sans accroc, il découvre la fraicheur de la nouveauté en la personne de Catherine, ado de 17 ans qui n'est autre qu'une de ses élèves. À partir de là, Joseph va jouer à un jeu dangereux, un jeu qui brûle, qui abîme. Forcément, il va faire souffrir son amour de toujours, forcément il va devoir grandir et alors décider de la suite. Il va devoir faire un choix entre des éléments irréconciliables, entre la terre et la mer. 


Comme je le disais plus haut, j'ai eu du mal avec les premières pages, avec les descriptions de la nature, etc. et puis on comprend vite l'importance de ces descriptions pour l'ambiance d'une part, pour imprimer un paysage, et pour le personnage d'autre part. C'est un personnage fragile, attachant, émotif que l'on découvre. 
Jim Harrison nous offre un tableau passionnant, bucolique du nord du Michigan, et avec lui, l'illustration d'un homme fatigué d'être là où il est, d'être ce qu'il est, mais néanmoins heureux d'être environné de ces paysages si familier, de ces terres pour chasser, des lacs et autres rivières pour pêcher. 
C'est simplement que ce n'est pas l'océan. 


Honnêtement, je me suis plongée dedans un peu au hasard. Avec l'envie de découvrir ce grand monsieur de la littérature américaine du XXe siècle et avec le pressentiment que ce roman allait vraiment être trop centré sur la nature, et pas assez sur le personnage. Je me suis trompée. 
J'ai énormément aimé ce roman, je l'ai trouvé juste et touchant, à l'image du personnage de Joseph. 
Il ne fait pas de doute que je découvrirai d'autres romans de l'auteur, à commencer par Dalva qui m'attend sagement dans ma bibliothèque. 



"Il s’arrêta à l’idée que la vie n’était qu’une danse de mort, qu’il avait traversé trop rapidement le printemps et puis l’été et qu’il était déjà à mi-chemin de l’automne de sa vie. Il fallait vraiment qu’il s’en sorte un peu mieux parce que chacun sait à quoi ressemble l’hiver."
Jim Harrison, Nord-Michigan.





Le Coin des libraires - #126 Le Saboteur de Paul Kix

C omme toujours j'aimerais remercier le Cherche midi pour l'envoi de Le Saboteur de Paul Kix ! Je l'ai reçu en épreuve non-c...