vendredi 6 décembre 2019

Le Coin des libraires - #147 Une femme en contre-jour de Gaëlle Josse

L’histoire démarre en 2007, avec John Maloof. En réalité, l’histoire démarre bien avant, même avant la naissance de Vivian en 1926. 
L’histoire c’est celle de la famille de Vivian Maier, l’histoire d’une tension entre les États-Unis, terre promise et la France, terre des racines. 

Je l’ai lu il y a un petit moment, mais comme souvent je suis en retard dans mes publications (vous aussi ça vous arrive ??) et du coup j’ai passé plusieurs semaines à réfléchir à mon avis sur cette lecture, à réfléchir à ce que je peux en dire, en ressortir, en ressentir. 






Lors de sa sortie l’éclectisme était de rigueur, chacun y allait de son propre avis, tantôt enthousiaste, tantôt détracteur.
J’en ai retenu qu’avec son livre, « on apprend rien de plus » que dans le documentaire réalisé par Arte. Mais n’ayant pas vu le documentaire, ne connaissant pas Vivian Maier, j’ai tourné les dernières pages en ayant un sentiment de mystère jamais révolu, en pensant que Gaëlle Josse a tout résumé. 

Peut-être que ça fait un peu « catalogue » dans le genre je vous balance tous les éléments biographiques glanés ici et là, mais pour moi ça fait aussi intimiste. Vivien Maier m’apparaît comme un être fantomatique, petit fantôme voguant sur la terre avec son appareil, prête à capturer les clichés de la vie. 

Vivien Maier est inscrite dans chaque page, et à la fois elle est évanescente, insaisissable. Elle reste cette artiste un peu trop mystérieuse. Cette artiste dont il est impossible de justifier le pourquoi du comment, pourquoi était-elle aimée en tant que nourrice dans certaines familles et détestée dans d’autres ? Mais question plus importante encore : pourquoi n’a-t-elle pas développé ses photos ? 
Manque de confiance en soi ? Idée de la gloire comme d’un élément impossible à atteindre ? 


Vivian invente sa vie, une vie vierge de toutes les scories familiales, de tous les conflits, les déchirements, de tous les manques. Une pellicule vierge où va s’imprimer ce qu’elle est, ce qu’elle voit, ce qu’elle saisit, ce qui l’émeut, la surprend, la bouleverse. 

C’est le portrait d’une femme forte et solitaire que nous dépeint Gaëlle Josse, l’image d’une femme inconnue mais géniale. On ne sait sur quel pied danser : femme odieuse ou adorable ? Laquelle était la bonne ? Est-il possible d’être tout à la fois ? L’attachement pour la personne n’était pas au rendez-vous, mais la fascination pour cette photographe mise au ban de la société était bien là. 
Munie comme toujours d’une écriture délicate, l’auteure tente de percer un mystère indéchiffrable. On entre à l’intérieur d’une vie secrète grâce à la minutie et la concision, deux éléments fondamentaux de l’écriture de Gaëlle Josse. 

Les visages. Je suis, comme Vivian Maier, fascinée, obsédée par les visages. Par ce qui s’y lit, ce qui s’y dérobe. Approcher un parcours de vie, un chemin, une histoire. Approcher le grain de peau, le battement du coeur, du sang, le souffle, la sincérité d’une expression, le surgissement d’une émotion, suivre le tracé d’une ride, d’un frémissement des lèvres, d’un battement de paupières. Saisir les conflits intérieurs qui s’y jouent, les passions qui y brûlent, les douleurs qui affleurent, entendre les mots qui ne seront pas dits. Accompagner quelques êtres qui courent vers leur destin et nous interrogent sur le nôtre.

Alors finalement peut-être ne suis-je pas assez objective quant aux écrits de Gaëlle Josse. Ils sont pour moi si précieux que j’ai souvent du mal à prendre du recul. Une femme en contre-jour n’est clairement pas parfait, il n’arrive pas à la cheville de L’ombre de nos nuits, Les heures silencieuses ou plus récemment Une longue impatience, mais il m’a touché, il m’a captivé et c’est bien ce qui compte le plus. 


« Vivian Maier. Une silhouette anonyme, une invisible dans la rumeur d’océan de la ville. Un visage parmi d’autres. Elle marche. S’arrête. Cadrage. Intuitif, parfait. Déclenchement. »






mercredi 4 décembre 2019

Le Coin des libraires - #146 L'Épouvanteur : tome XV La résurrection de l'Épouvanteur de Joseph Delaney

J'ai encore tellement de retard dans la rédaction de mes articles que je m'attelle seulement maintenant à vous délivrer mon avis sur le tome XV de l'Épouvanteur, sorti à la fin de l'année 2018. Le volet qui est censé être l'avant-dernier ne le sera sans doute pas. Joseph Delaney a confirmé qu'il était actuellement en train d'écrire la suite du troisième tome de Starblade Chronicles. Série que les éditions Bayard ont choisi de ne pas différencier de Wardstone Chroniques.




Pour celles et ceux qui lisent cette saga (tout le monde ici j'imagine, sinon vous ne serez pas en train de lire ces lignes...), il est impossible d'oublier la fin du tome XIV avec la mort de notre protagoniste. Le titre de ce tome ôte toute ambiguïté, puisqu'on sait déjà qu'aura lieu la résurrection. Comme c'est quelque chose d'attendu, cela a lieu dès le début comme ça on peut entrer dans le vif du sujet assez rapidement. Parce que oui, il n'y a plus de temps à perdre, bientôt, l'armée des Kobalos parviendra à invoquer leur dieu, Talkus, mais avant cela, Tom et ses petits camarades (Alice, Jenny, Meg, Grimalkin, Sliter) vont devoir affronter Golgoth, déjà apparu dans les premiers tomes de la saga (quelque chose comme le troisième tome, non ?) et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce ne sera pas chose aisée !

Les événements se précipitent et finalement, l'affrontement a lieu après que les armées d'humains se soient faites décimer. Mais restons en là concernant le déroulé des événements général.
J'aimerais plutôt aborder les personnages, dont Alice déjà. Si vous avez lu mes avis précédents sur cette saga, vous savez sans nul doute qu'Alice est mon personnage favori, même si mon appréciation a baissé depuis quelques tomes, je souhaitais quand même qu'elle revienne auprès de Tom, après avoir fait n'imp avec Lukraste. Ce que j'attendais survient donc dans ce tome, mais ce retour, et bien je dois dire que je l'ai trouvé un peu facile. Elle revient, explique que ce n'est pas franchement sa faute mais qu'elle a fait ça dans l'intérêt de tous et hop, c'est pardonné on oubli. Mouais, personnellement je ne suis pas convaincue... Mais elle est de retour, et c'est le principal, surtout quand on voit ce qui se passe à la fin de ce tome.


Concernant Jenny, elle est un personnage qui se découvre au fur et à mesure du temps. Légèrement niaise et peureuse dans le tome précédent, j'ai trouvé que malgré la peur, elle s'affirmait de plus en plus ici. Elle fait figure de remplaçante, pour palier l'absence de John Grégory, Joseph Delaney a fait le choix d'exprimer des remarques qui auraient été celles de Grégory s'il n'était pas mort - je pense à son aversion pour les sorcières, et notamment sa jalousie envers Alice. Mais elle est un personnage qui devient de plus en plus intéressant de jour en jour, et j'aime suivre son évolution.

On est bien loin du Tom des premiers volets. Il assume pleinement son rôle d'Épouvanteur, il protège Jenny, même si on sent bien qu'elle est plus déterminée que lui, et peut-être moins trouillarde que lui au début de sa formation. C'est amusant de voir l'évolution du personnage, mais l'évolution entre le tome précédent et celui-ci est bâclée. Dans le tome XIV, on passe je ne sais combien de temps à nous parler d'Alice, de sa trahison, du mauvais goût dans le bouche de Tom qui lui faisait confiance malgré qu'elle appartienne à l'obscur. Et là, virage à 180°, Alice revient et on oublie tout. Faut-il préciser que les événements se passant à la fin du tome XIV sont déclenchées par Alice elle-même ?
Même si j'aime profondément ce couple, je ne peux m'empêcher de trouver cette réunion trop facile... 

Et puis forcément il y a les batailles, la plume percutante de Joseph Delaney qui décrit avec justesse les événements, sans épargner son lecteur qui, ne l'oublions pas, est un lecteur jeunesse. Il reste un tome pour conclure cet arc disons, l'auteur va-t-il épargner son lecteur ? combien de morts y aura-t-il à la fin, après tous ceux qu'il y a déjà ? Ah j'ai tellement hâte !! J'espère retrouver Sliter dans le prochain volet, il revient ici mais uniquement durant quelques pages.

Ce tome XV est hyper haletant du début à la fin. Quelques bémols viennent obscurcir une appréciation à la base très positive (le retour d'Alice après avoir effectué quand même pas mal de méfaits... ; la conclusion de la bataille contre Golgoth, avec la perte d'un personnage fondamental...). Bref j'attends la suite avec impatience, histoire de voir à quelle sauce nos héros vont être mangés.
Je souligne enfin un dernier bémol, le fait qu'il n'y ait plus d'illustrations en tête de chapitre. Je trouve ça vraiment dommage surtout que c'est la première fois en 15 tomes que ça arrive...











samedi 30 novembre 2019

Le Coin des libraires - #145 Valse mémoire de Violaine Ripoll

Valse mémoire raconte Émile, maître d’école, marié à Aurore depuis des décennies. Émile qui n’a plus jamais fermé l’oeil depuis son retour d’Algérie en 1962
Valse mémoire raconte Aurore, à qui on diagnostique Alzheimer. C’est le début de la maladie, le conseil d’un médecin qui est d’écrire avant d’oublier. Alors Aurore écrit, elle couche sur le papier, de façon hésitante, distante parfois. 




Entrecroisement de trois récits, celui d’Émile, d’Aurore et de Solange, la soeur d’Aurore, venue prêter main forte à un Émile impuissant. Aurore les a quitté, elle a passé ce stade où elle ne les reconnaît plus, où elle est devenue une autre. Émile est seul avec son passé, son amour pour Aurore. 
Et puis il y a l’Algérie, fantôme inoubliable. Et Solange aussi, avec qui la relation n’est pas si claire. 

À eux trois ils vont raconter des histoires, de l’Histoire inoubliable à l’histoire individuelle perdue dans les méandres de l’oubli, les personnages vont devoir se battre pour continuer à vivre malgré la douleur. Pour conserver ce qui fait leur identité, envers et contre tout. 

Découvrir que l’on est atteint d’Alzheimer, c’est apprendre le début de la déchéance, c’est perdre à petit feu sa vie tout en luttant pour en conserver des bribes, aussi infimes soient-elles. 


Il n’y a pas de passage pour rejoindre l’endroit invisible de ton absence. En creux, le manque de ton regard et de tes paroles. Tes cris parfois heurtent le silence qui s’est installé. Je me débats avec le chagrin.


Aurore est touchante dans sa confession. Désemparée elle suit les conseils de son médecin et raconte des souvenirs. 
Émile, pour qui on ne peut éprouver que de l’empathie face à une situation insoutenable. Privé de sa femme, il doit subir ses crises, celles où Aurore ne le reconnaît pas et prend peur. 

Émile doit accepter la réalité d’une vie qui ne lui a pas fait d’autre cadeau qu’Aurore et qui lui retire. 
Son récit, réaliste du point de vue des événements autant que de ses sentiments, est ce qui fait toute la force du livre parce qu’il complète magnifiquement bien le journal tenu par Aurore. 

L’élément décevant du roman c’est la présence de la guerre d’Algérie et le manque de soin qu’on lui apporte. Il n’y a que dans un chapitre vraiment qu’on l’aborde (sans doute le plus long), et je trouvais qu’au final, l’insérer dans l’histoire donnait un peu un prétexte pour mettre en confrontation la blessure d’un passé qu’on ne peut oublier et la maladie qui, quoi qu’il se passe, balaiera tous les souvenirs sur son passage. 


Il en va de même pour Solange, elle ajoute une note positive, elle permet d’éviter de tomber dans le mélo, mais en même temps elle n’ajoute rien à l’histoire en tant que tel je trouve, mais ce n’est comme toujours que mon avis. 


L’histoire des hommes n’est pas cousue du fil blanc des reliures des livres qui pèsent lourd dans les bibliothèques des bienpensants. L’innocence des uns ne vaut rien quand les crimes des autres ont été permis et encouragés, imposés à nous comme une victoire. Cette impunité court toujours, alors notre culpabilité de lâche perdure et nous gangrène. Le fil de barbelé de l’histoire est encore un bâillon sur nos bouches de taiseux horrifiés. Je me cache ici, derrière ces prés et ces vieux arbres, derrière des livres qui racontent un autre monde et pourtant toujours le même. Je me cache, car c’est dans l’obscurité de cette maison, dans son silence, dans ton souffle j’écoute la nuit, que mon coeur, que mon corps s’apaisent, expirent au fil des années le venin qu’ils ont fait couler dans mes veines. 





mercredi 27 novembre 2019

Le Coin des libraires - #144 L'Âge de la lumière de Whitney Scharer

Reçu un peu avant la rentrée littéraire, laissé de côté, entamé, puis de nouveau laissé de côté. C’était difficile de repousser cette histoire. 
D’ailleurs, avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais souligner l’excellent travail de la traductrice, Sophie Bastide-Foltz, car si j’ai trouvé ce livre aussi bien écrit, aussi entraînant, c’est grâce à l’auteure bien sûr, mais c’est tout autant grâce au fabuleux travail de traduction — les traducteurs ne sont pas reconnus à leur juste valeur, et pourtant, ils contribuent grandement à la découverte des pépites en langues étrangères ! 




L’âge de la lumière est un récit enchâssé. Le premier chapitre nous propulse dans les années 1960 en Angleterre. Lee Miller vivant désormais à la campagne avec son mari Roland propose de rédiger un article un peu spécial : un portrait de Man Ray et surtout, de sa relation avec lui. Un moyen de donner sa version des faits concernant leur idylle destructrice survenue presque 40 ans plus tôt. 

Arrivée à Paris, 1929
Lee Miller, jeune mannequin américaine rêve du beau Paris, de s’y établir et de profiter de ce que la ville lumière a à offrir. 
Désoeuvrée, dégoûtée du mannequinat qu’elle considère presque avec dédain Lee choisit de se réinventer à l’aide de l’appareil photo qu’elle trimballe partout. Un cadeau de son père, lui-même photographe.

De fil en aiguille la rencontre avec Man Ray est inévitable. D’inconnue elle deviendra assistance, d’assistance à maîtresse, de maîtresse à égale. 

Mélange de découvertes photographiques (la solarisation) et de scènes amoureuses, L’Âge de la lumière fait le jour sur Lee Miller, femme aux multiples vies. 
On côtoie les surréalistes, les beaux noms des années 20 dont la fameuse Kiki de Montmartre. On découvre un monde élitiste où jamais Lee n’est considérée pour ce qu’elle est réellement : une photographe à part entière. 


Solarisation. C’est le nom qu’ils lui donnent. Ça dit bien ce qu’elle éprouve, une sensation d’éblouissement, comme si, ayant libéré son corps de ses entraves, tous deux l’avaient rapproché du soleil. 


D’amour blessé aux désillusions il n’y a qu’un pas, et le Man Ray jaloux et possessif s’avère être fragile autant qu’insupportable. 

Whitney Scharer, par le biais d’une plume minutieuse et délicate nous immerge dans le Paris des années folles au travers des visions de la ravissante Lee, encore trop souvent laissée dans l’ombre au profit du grand Man. 
Whitney Scharer brosse un portrait tout en ombres et lumières où la condition humaine revient au galop car malgré les amours, malgré les attaches, la vie composée de noir et de blanc, ne fait pas de cadeaux. 

Whitney Scharer a écrit un roman foisonnant, passionnant où se rencontrent la Lee des années folles à Paris, la Lee reconvertie en reporter de guerre, chargée de photographier les camps et la libération, la Lee vieillissante, meurtrie par la vie, qui préfère se cacher dans le Sussex aux côtés d’un homme dont on est même pas certain qu’elle l’aime. 

Le seul petit élément qui m’a un peu déçu, c’est le fait qu’on ne parle pas de sa transformation : à quelle moment Lee est passée de photographes du temps présent, du bon endroit au bon moment à photographe de guerre ? 
Qu’a-t-elle fait durant les années qui ont suivi sa séparation avec Man Ray ? 
Mais cette dose de mystère contribue aussi à la beauté de l’ouvrage. 


Ce qu’elle cherche avant tout, c’est cet instant où l’évidence s’impose, où la décision doit être prise. Elle veut créer des moments et les saisir sur la pellicule. Saisir l’expérience en train de se vivre, la sensation d’être vivant. 


Rien que d’y penser, je me sens toute chose. Je repense au voyage de Lee et Man, à leurs corps amoureux couchés sur le sable. Je repense à la soirée des objets avec les surréalistes. Je repense à la trahison de Lee, puis à celle, plus grande encore de Man. 
Lee. Man. Ou la représentation des passions humaines. Ou la difficulté d’aimer à la suite d’un passé trop lourd. La promesse d’une éternité face à l’impossibilité du futur. 

L’Âge de la lumière c’est tout ça à la fois. C’est un roman qui marque, un roman qui retourne le coeur et laisse un sentiment d’abattement. 
Une fois la dernière page tournée, impossible de ne pas se demander ce qu’ils se sont dit, impossible d’oublier cette beauté. 









jeudi 14 novembre 2019

Le Coin des libraires - #143 Mafioso de Ray Celestin

Récemment je vous parlais de Mascarade, du fait que j’avais préféré ce tome au précédent, de la complexité des personnages qui semblait avoir pris un cran. Avec sa suite, Mafioso, Ray Celestin n’en finit pas de m’entraîner dans les bas fonds des États-Unis. 

1947, New York. Date importante historiquement parlant. Elle représente l’après-guerre, ainsi que le début de la Guerre froide. D’ailleurs, l’ambiance du roman en est complètement imprégné, regardant le passé et ses fantômes errants au travers de la ville :

C’était ça, le résultat d’une guerre qui avait vu le monde entier s’entre-déchirer, des millions de gens se faire massacrer et l’ombre des morts s’imprimer sur les murs ? Il se demanda, comme souvent, si le monde n’était pas parti avec ce grand embrasement : peut-être l’humanité continuait-elle à vivre son existence dans les limbes, dans une nécropole, et Gabriel était le seul à s’en rendre compte. 

autant que le futur avec le début des répressions contre les communistes, au travers de la fameuse Hollywood blacklist, liste ayant pour but de répertorier les professionnels des studios communistes et ainsi de les forcer à abandonner le communisme, ou à les interdire d’exercer. 1947 sonne la création de cette liste qui fera par la suite bien des dégâts, la fuite de Chaplin des États-Unis au début des années 50, suite à l’ajout de son nom. On peut la voir comme les prémisses de ce qu’on appellera par la suite la chasse aux sorcières que l’on doit au sénateur McCarthy. 

Mafioso met en avant diverses forces, du fantôme de la Seconde Guerre mondiale, à la propagation de la mafia dans toutes les sphères, à la traque du nouveau méchant (qui ne serait qu’un prétexte pour que les autorités lâchent un peu de mou), le communisme. Aussi, il ne faut pas oublier l’importance de la mise en avant de la condition des noirs et de celle des femmes

L’accusé du mystérieux meurtre relaté au début nous remet les idées en place quant à la considération portée aux afro-américains. Et Ida, elle, quasiment l’unique figure féminine de l’oeuvre, est un personnage suffisamment fort et développé pour pouvoir représenter dignement les femmes et la représentation qu’en ont les hommes à cette époque.

Et au-delà de tous ces éléments gravitant autour de nos héros, il y a justement ces héros. On retrouve avec un bonheur non feint le duo Michael/Ida, décidément attachants et intrépides. Michael, désormais à la retraite m’a beaucoup touché. Au même titre qu’Ida, que la vie n’a pas gâté depuis qu’on l’a quittée presque vingt ans auparavant. 

L’évolution des personnages apparaît en filigrane, ils ont grandi, sans nous, mais le sens du détail de Ray Celestin nous permet d’avoir un panorama de leur vie. C’est d’ailleurs avec une telle minutie que l’auteur dissémine ici et là des fragments de leur passé (connus ou non du lecteur d’ailleurs) qu’on se prend à croire qu’on ne les a jamais quittés. 




Et, qui dit nouveau volet, dit aussi nouveau personnage, après D’Andréa puis Dante, voici venu Gabriel. Bon on sent bien que Célestin aime ce type de personnage, qui trempe dans des trucs franchement louches, qui s’est clairement acoquiné avec la mafia. Mais qui a au final un bon fond. J’ai aimé les deux précédents personnages. Mais qu’est-ce que j’ai aimé Gabriel ! L’histoire de sa soeur, ses motivations, ses contacts. Il est mon petit chouchou de cette histoire car malgré sa naïveté, il est (presque toujours) mue par les émotions les plus nobles. 

Faut dire que même Costello, parrain de la famille Luciano, — une des cinq familles de la mafia new-yorkaise, les cinq étant de la Cosa nostra, (déjà apparu dans divers films, il a véritablement existé, au même titre que Lucky Luciano ou encore Vito Genovese) — m’a semblé sympathique. Avec son rhume qui semble plus être une annonce de mort, même si dans la réalité Costello est mort bien des années après, il apparaît comme un personnage autant fragile que dangereux, mais rarement méprisant. 

Tout ce beau monde (et d’autres encore !) se rencontrent au coeur de la ville grouillante, en pleine ébullition, où la criminalité y est exponentielle. Comme pour les deux volets précédents les enquêtes se chevauchent et se complètent. Le lecteur est le mieux renseigné puisqu’il suit les différents pans.

Mafioso c’est l’addiction, le besoin de poursuivre la lecture afin d’arriver au bout, à la conclusion. C’est des pages qui se tournent toutes seules, au rythme de la musique diffusée tout au long de l’ouvrage. C’est les retrouvailles avec Louis Armstrong, mais un Armstrong différent des précédents. Désormais hésitant, dépassé par les progrès, la création du be-bop en 1945 notamment. Fier de son talent, Louis refuse de se laisser aller à la nouveauté, malgré le déclin du big band. 

Mafioso c’est tout ça à la fois et même plus encore. Lecture passionnante, dépaysante. Un vrai coup de coeur tout simplement. 


C’était la musique de l’apocalypse, un grand cri contre tout ce qui déconnait dans le monde, contre l’avenir difforme dont cette génération avait hérité. Ils étaient tous là pour communier dans cette noirceur collective et, par leur réunion même, en réduire l’intensité.








vendredi 1 novembre 2019

Le Coin des libraires - #142 L'aube sera grandiose d'Anne-Laure Bondoux

Mon deuxième Anne-Laure Bondoux après Tant que nous sommes vivants. Paru en 2017 chez Gallimard jeunesse, L’aube sera grandiose est un excellent roman sur la famille et ses secrets. 
D’abord il y a cette couverture, puis il y a le nom de cette auteure, rencontrée rapidement en 2017, et enfin ce titre. Tout s’alignait pour que le plaisir de lecture soit là. 


Titania est écrivain de roman policier, elle a une fille Nine, âgée de 16 ans. Sa mère vient la chercher en trombe à la sortie de son entraînement de natation, Nine n’ira pas au bal de son lycée parisien. Au lieu de ça, elles prennent la route pour une direction inconnue. 
Une fois à l’abri des regards, enfoncée dans une forêt où nulle lumière ne perce, Titania décrète qu’elles sont arrivées, mais arrivées où ? 
Dans sa cabane d’enfance, face au lac. 

Nine a toujours vécu qu’avec sa mère (ses parents étaient déjà séparés avant sa naissance, son père n’est pas très présent) et pour cause, cette dernière lui a toujours dit que sa famille était morte. Quelle n’est donc pas la surprise de Nine quand elle apprend, en une nuit, la vérité sur sa famille. 

Une nuit pour raconter de multiples vies, une nuit pour expliquer, justifier et se faire pardonner. Une nuit pour tout changer




Grâce à un récit alternant passé et présent, le passé vient petit à petit éclairer le présent et inversement. Au rythme des flash-backs on découvre comme Nine l’existence de personnages tous plus attachants les uns des autres. 

Il y a Jean-Ba et aussi Vadim. À leur façon ils sont géniaux, et on se prend d’affection pour ces deux hommes au coeur brisé. 
Et il y a Octo et Orion, mes favoris. C’est leur histoire qui m’a touchée plus que n’importe quelle autre. Orion avec sa manie de reproduire les catalogues et Octo avec son asthme. 

300 pages pour dire des vies, pour raconter un destin, pour tenter de percer le mystère d’une famille, de son absence, de ses disputes, de son amour, de ses mensonges, de ses secrets. 
300 pages où le huis-clos rencontre l’ouverture au monde, où la petitesse de la cabane se frotte contre la fureur du monde. 

300 pages pour rencontrer des êtres, et ne plus jamais les oublier. 






samedi 26 octobre 2019

Le Coin des libraires - #141 Garden of love de Marcus Malte

Un début difficile. L'auteur nous perd avec son premier chapitre. J'ai personnellement mis du temps à comprendre, à remettre en place les pièces de ce puzzle que représente Garden of love, histoire fausse dans une histoire vraie, ou mieux, histoire réel remplie de fiction dans une histoire vraie. 
Mon premier Marcus Malte, que j'avais envie de découvrir grâce à Le Garçon - qui a obtenu le prix Fémina lors de sa sortie en 2016.
L’espoir je l’avais tenu à l’écart, enfoui au fond de moi, j’avais pris soin d’en étouffer la flamme de peur qu’elle ne grandisse et m’embrase soudain et me consume comme un arbre sous la foudre. 
Marcus Malte, Garden of love



Troublant, diabolique même, ce manuscrit qu’Alexandre Astrid reçoit par la poste ! Le titre : Garden of love. L’auteur : anonyme. Une provocation pour ce flic sur la touche, à la dérive, mais pas idiot pour autant. Loin de là. Il comprend vite qu’il s’agit de sa propre vie. Dévoyée. Dévoilée. Détruite. Voilà soudain Astrid renvoyé à ses plus douloureux et violents vertiges. Car l’auteur du texte brouille les pistes. Avec tant de perversion que s’ouvre un subtil jeu de manipulations, de peurs et de pleurs.

Comme dans un impitoyable palais des glaces où s’affronteraient passé et présent, raison et folie, Garden of love est un roman palpitant, virtuose, peuplé de voix intimes qui susurrent à l’oreille confidences et mensonges, tentations et remords. Et tendent un redoutable piège. Avec un fier aplomb.



Ma première impression : quelle plume !
Même si je ne savais clairement pas où je mettais les pieds, je me suis sentie happée par cette écriture à la fois crue et délicate. 

Sorti en 2007, il a reçu le grand prix des lectrices Elle, dans la catégorie roman policier. 
De prime abord, je ne comprenais pas trop le lien entre les personnages que l'on suit et celui d'Alexandre Astrid, ce policier cynique, désenchanté qui a tout perdu. 
L'histoire se déroule au fur et à mesure, peu à peu on obtient les pièces du puzzle, mais c'est toujours avec parcimonie que les informations nous sont données. 

Qui est Mathieu ? Qui est Ariel ? Qui est Edouard ? Autant de questions qui se posent et finissent par se mélanger. C'est parce que nous sommes confrontés à un emmêlement d'êtres que les personnages nous apparaissent autant comme attachants que rebutants. 
Pour le coup j'ai aimé le personnage de Mathieu, ce besoin d'être proche de sa famille, de faire attention à sa femme, de vivre avec une boule au ventre à l'idée de la perdre. Son personnage m'a plu et j'ai ressenti pas mal d'empathie pour lui, malgré la réalité. 




C'est de ce point de vue que je tire mon chapeau, on prend des personnages pour ce qu'ils ne sont pas. L'auteur nous perd entre la réalité (Astrid et son enquête) et les dérives d'un être aux multiples facettes. On s'attache à quelque chose qui n'existe pas pour ensuite prendre la pleine mesure de la vérité : ceci n'a jamais existé. 
On nous perd dans une réalité qui est autre, l'auteur nous emmène dans des contrées où le mensonge se mêle à la vérité, où seul Astrid peut démêler les deux, sa vie étant prise pour cible. 

On côtoie Alexandre Astrid qui est paumé, qui a tout abandonné à la suite d'un accident mortel. De flic véreux et égoïste, il est devenu une épave solitaire, noyant son chagrin dans l'alcool. Oui, mais ça c'était jusqu'à ce qu'il reçoive le manuscrit Garden of love et qu'on commence à prendre la pleine mesure de la supercherie. 

Livre dans le livre, Garden of love s'apprécie comme ces livres que l'on ne peut pas véritablement lâcher jusqu'à ce qu'on arrive à la dernière page, comme ces livres que l'on aimerait pouvoir poser afin de les conserver un maximum. Je l'ai adoré ; ça a été une excellente lecture. 


Le lecteur se trouve pris au piège entre ce qu'on nous montre et ce qui est vrai. On est forcé de reconnaître que Mathieu n'est pas celui que l'on croit, pas plus qu'Ariel ou même Florence. L'auteur joue avec notre perception de ses personnages pour les torturer et nous torturer par la même occasion. 
Roman atypique caractérisé par une plume acérée et agréable, - le style de Marcus Malte y est pour beaucoup dans mon appréciation. Je dirais que son style compte autant que son histoire pour le coup. 
J'ai aimé ce "roman policier" qui me paraît être plus un roman à tiroir. 

La noirceur des personnages transparaît de toutes les pages, on trouve une écriture de la schizophrénie (puis-je dire cela ?), le narrateur semble se perdre ce qui, forcément, contribue à perdre le personnage lui-même. 
Mais du coup, le seul vrai bémol pour moi, c'est la fin, je l'ai trouvé trop rapide, dans le sens où il reste encore plein d'interrogations. À la fin de ma lecture, Édouard m'apparaît toujours comme un personnage étranger, un être énigmatique, si ce n'est fantomatique. J'aurais aimé mieux le connaître, entrer plus profondément dans sa réalité plutôt que de rester en périphérie de sa maladie. 


Et les mots fuient quand il s’agit d’explorer les sentiments. Les mots détournent et trahissent. Tout ce qui sortira de nos bouches, tout ce qui sera couché sur le papier ne sera jamais que viande morte.
Marcus Malte, Garden of love.






samedi 19 octobre 2019

Le Coin des libraires - #140 Les Mangeurs d'argile de Peter Farris

Le roman policier, le thriller, le roman noir. Pour moi ils ont en commun d’être des genres découverts tardivement, mais pour lesquels j’éprouve une grande affection. 
Par l’entremise de Babelio, j’ai pu découvrir Les Mangeurs d’argile de Peter Farris, un roman noir sorti à l’occasion de la rentrée littéraire. 

Je n’ai encore jamais lu Peter Farris, d’ailleurs ce roman n’est que mon deuxième Gallmeister. 
Et le deuxième, comme le premier (Idaho dont j’aurais voulu vous parler, mais dont je n’ai toujours pas écrit d’article…) a été une lecture addictive et percutante. 




Tout commence avec Richie, le père de Jesse. L’action se passe en Géorgie. Premier point positif puisque nous sommes perdus au milieu de l’immensité naturelle, les arbres et le lac pour seuls compagnies. 
Richie qui travaillait sur la construction d’un mirador pour son fils — parce que oui, la chasse c’est un peu toute leur vie, c’est un élément central de la relation entre le père et le fils, c’est aussi le symbole de toute cette histoire : le chasseur traquant sa proie, mais bref. 

Richie meurt assez bêtement dans le fond, mais ce n’est pas comment il est mort qui va nous intéresser, mais plus pourquoi est-il mort ? 
Et alors là, j’ai été servie ! Moi qui pensais suivre une banale histoire de meurtre, où la recherche du coupable allait prendre toute l’intrigue, mais quelle erreur ! C’était tellement bien de voir que ce n’est pas du tout ce qui occupe Peter Farris - et tant mieux parce que dès le début le lecteur peut déduire qui est le coupable, ça aurait donc été dommage de se farcir une enquête pendant 300 pages pour pas grand chose !

Et on part dans une spirale où le présent rattrape le passé, où celui-ci vient nous éclairer sur un membre de la famille en apparence pas très important, le frère de Richie, Vandy, décédé des années plus tôt. 
L’alternance des temps m’a beaucoup plu car contrairement à ce qu’on rencontre d’habitude : un chapitre présent / un chapitre passé, l’auteur a choisi de cumuler plusieurs chapitres au présent, et ensuite d’insérer un court chapitre au passé, si bien qu’il faut lire quelques chapitres avant de pouvoir retrouver le fil de l’histoire de Vandy, de la rencontre de Richie avec sa seconde femme, Grace. 

Ce que j’ai le moins aimé dans ce roman, c’est l’insertion de ce duo du FBI, dépêché pour arrêter un ancien militaire devenu terroriste : Billy. J’ai trouvé attachant le personnage de Billy et intéressant. Il est l’incarnation de ces hommes qui ont vu des atrocités, qui ont vu surtout des inégalités à la guerre et qui n’ont pas pu s’en remettre. Ses actes sont bien évidemment condamnables, mais il n’empêche qu’on ne peut que ressentir de l’affection pour ce vieil homme, sans doute prêt à se rendre. 

En découpant ses différentes parties en très courts chapitres, Farris donne toujours envie d’en savoir plus, et de se laisser prendre par le jeu du « encore un chapitre, il ne fait que 5 pages » et alors c’est la spirale infernale jusqu’à 3h du matin. 

Ces parties sont d'ailleurs un rappel des armes à feu, un rappel d'une des facettes du travail de Richie (fabriquant de cartouche), autant que le symbole de la relation avec son fils. Les armes sont indissociables de ce duo père/fils. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, le rapport aux armes est sain dans le sens où Richie respecte ses proies, comme on le voit dans un flash-back. 


Porté par des personnages attachants et profonds - Jesse est définitivement mon personnage préféré, ainsi que son père, Richie, dont les retours dans le passé permettent de rencontrer un homme meurtri, entouré de morts, mais d’un courage immense, et Vandy dont la fragilité m’a énormément touché —, Les Mangeurs d’argile s’affiche comme un roman noir sur la méchanceté d'un côté, avides de pouvoir et prêts à tout pour l’obtenir, sur la fraternité entre des êtres que tout opposent de l'autre. 
Bref, Les Mangeurs d’argile c’est une excellente lecture, un dépaysement et une belle rencontre, celle de la famille Pelham. 


"Quelqu’un de célèbre a dit un jour que ne pas détruire les terres qu’on possède, c’est la plus grande oeuvre d’art dont on puisse rêver."
Peter Farris, Les Mangeurs d'argile .

lundi 14 octobre 2019

Le Coin des libraires - #139 Mascarade de Ray Celestin

Après avoir un passé un bon moment avec Carnaval, j’ai pris un grand plaisir à découvrir Mascarade, le deuxième volet d’une quadrilogie dont le troisième tome va paraître au Cherche midi d’ici début octobre ! 


"Que faisait-on des débris de rêves ? Est-ce qu’on les ramassait pour les recoller et en faire quelque chose d’autre ou bien est-ce qu’on laissait les éclats joncher le sol pour s’écorcher les pieds dessus jusqu’au sang ?"
Ray Celestin, Mascarade.


De la Nouvelle-Orléans à Chicago
Les personnages du premier volet reviennent, enfin, pour certains. J’ai été assez déçue de ne pas revoir D’Andréa qui était un des personnages les plus intéressants. Heureusement on fait la connaissance d’autres, tout aussi secrets et touchants. 
Le noyau dur demeure, on suit toujours activement Michael et Ida, désormais connaissance et collègues, ce qui n’était pas le cas avant. 
Et puis, on fait la connaissance d’un être pour le moins célèbre : Al Capone.

Une fois encre Celestin nous entraîne dans une époque historique bien spécifique (Chicago à la fin des années 20, juste avant le crack boursier, et pendant la prohibition) à la rencontre de personnages ayant, pour certains, existé. 

Plus addictif, peut-être mieux maîtrisé, quoi qu’il en soit Mascarade est un thriller historique qui porte bien son nom. Baladé de théories en conspirations, de conspirations en complots, Mascarade est un deuxième tome meilleur que son prédécesseur, où les luttes de pouvoir s’affinent, où la place de la femme est une fois encore interrogée et mise en avant, où les méchants ne sont pas ce qu’ils prétendent être, de même pour les gentils. 

J'ai aimé faire la rencontre de Dante, un des anciens sous-fifre de Capone. Arrivé de New-York il est chargé d'une mission par le mafieux. Mission qui n'est pas sans risque puisqu'il est question d'alcool frelaté, mais aussi de drogue. Les drogues, dont l'héroïne que Capone déteste. Il en tuerait d'ailleurs plus d'un s'il apprenait qu'un de ses soldats était consommateur. Il est pour moi l'exemple parfait du voyou au bon coeur, comme l'était D'Andréa dans Carnaval





Le gros point fort de Carnaval était pour moi l’ambiance, le choix du lieu ainsi que de l’époque, les descriptions de la Nouvelle-Orléans. Avec Mascarade, Ray Celestin nous entraîne plus loin encore dans la découverte des États-Unis, et toujours avec en arrière-plan, le jazz qui ne nous quitte pas. 

Le jazz qui a d'ailleurs pris une place bien plus importante, le jazz qui s’impose comme preuves que les noirs ne sont pas des faire-valoir des blancs, au contraire, ils sont capables de faire danser les blancs jusqu’au bout de la nuit. Car Ray Celestin a bien en tête de mettre en avant la musique jazz et quoi de mieux pour cela que de mettre en scène le grand jazzman, Louis Armstrong qui a vécu à la Nouvelle-Orléans, puis qui est parti à Chicago ? 

Au final la question qui se pose est : suit-on l’histoire des États-Unis par le biais du duo de détectives ? ou suit-on l’histoire du jazz aux États-Unis par le biais de Lewis, comme on l’appelle dans les romans ? 

Sans doute un peu des deux. 






mardi 8 octobre 2019

Le Coin des libraires - #138 Et au pire, on se mariera de Sophie Bienvenu

Je crois que le roman canadien et moi ça ne fait pas bon ménage, le peu que j’ai lus jusque-là sont issus de chez Noir sur Blanc. Si j’ai eu des déceptions avec la plupart, j’ai par la suite découvert ce roman, le premier d’une écrivain inconnue (pour ma part) : Et au pire, on se mariera de Sophie Bienvenu




J’aimais bien cette couverture, cette culotte aux impressions enfantins qui n’est pas sans rappeler les jeux d’arcade labyrinthique, qui jure complètement avec le titre du roman. 

Ce décalage, il est présent tout au long de l’histoire. On suit la jeune Aïcha, 13 ans qui préfère la présence des prostituées à celle des gens de son âge. Parce qu’Aïcha est déjà mature et pleine de secrets. 

Les péripéties, la langue, l’histoire d’Aïcha, tout est malsain à souhait. On se sent mal à l’aise de suivre une fille si jeune qui décide d’elle-même qu’elle est prête à s’envoyer en l’air avec le premier venu. La langue est provocatrice à l’image de sa narratrice. On se prend d’ailleurs à oublier qu’elle est si jeune, qu’elle est encore une enfant quand on l’entend parler, jurer comme une chartreuse. 


Sortir de sa zone de confort 


Excellente lecture que celle-ci, car complètent originale. C’est bien les décalages qui mettent le lecteur mal-à-l’aise, qui lui donne envie de refermer le livre. Mais c’est si bon de tuer le temps avec cette petite sauvage. C’est si bon de suivre ses récriminations envers les gens de son âge ou sa « salope de mère ». Personne n’est épargnée, excepté son beau-père, qu’elle aime de tout son petit coeur, même si là encore, la crasse vient recouvrir une relation qui aurait pu être pure, mais qui se trouve être violente et incestueuse. 

Mais ce n’est rien car si Aïcha se retrouve seule une fois le beau-père disparu du tableau, une rencontre va lui sauver la vie, lui donner envie à nouveau. Baz entre dans sa vie, tel un grand frère, tel un amant, avec Aïcha qui divague, c’est difficile de savoir. 

Et au pire, on se mariera est novateur dans son histoire, sa narration, comme pour son utilisation de la langue québécoise qui ajoute évidemment un plus à toute l’histoire. Le seul petit bémol à ce sujet, ce serait peut-être la trop forte répétition de certaines expressions. Et encore, c’est le seul élément que j’ai trouvé pour soulever un aspect négatif.

Entre le sentiment de malaise, celui de provocation mêlée à une forte envie de secouer la jeune Aïcha, ce roman est excellent, et unique. 



Infos pratiques : 


  • Paru en 2014 aux éditions Noir sur Blanc (13€) 
  • Adapté au cinéma en 2017 par la réalisatrice Léa Pool 



"Quand toute ta vie tu te fais un chemin que tu veux suivre, tu te fais un devoir de rester sur une ligne, c’est ça qui te définit, c’est ça qui fait qui tu es… Et là, il t’arrive plein de trucs qui font que t’es… épuisée, genre. Mais vraiment épuisée, je veux dire. Épuisée comme quand t’as plus du tout de vie à l’intérieur. T’es vidée de ton sang, de ton eau, de tout ce qui fait que tu es toi. T’es tellement vide que t’as juste tes organes qui restent dedans. Ton coeur qui continue de battre rien que pour te narguer, on dirait. Tu voudrais crever, ce serait reposant, mais non. Il continue de battre, ce salaud, et chaque battement t’épuise encore plus, c’est de la torture."
Sophie Bienvenu, Et au pire, on se mariera.






Le Coin des libraires - #147 Une femme en contre-jour de Gaëlle Josse

L ’histoire démarre en 2007, avec John Maloof. En réalité, l’histoire démarre bien avant, même avant la naissance de Vivian en 1926 .   L...