dimanche 24 janvier 2021

À l'autre bout de la mer de Giulio Cavalli

 « Traiter ces morts comme des marchandises est une infamie qui restera dans l’histoire. »


DF, petite ville portuaire italienne. Tout s’y déroule sans accro. Village de pêcheur tout d’un coup envahit par l’étranger. 

Tout commence lors de la découverte d’un corps par Giovanni Ventimiglia. Un homme, un étranger, un mort. 

C’est par la suite la découverte d’un deuxième corps.


Peu à peu la ville est envahie, une véritable marée humaine investit le village, le recouvre, l’abîme. 



Les habitants, le maire, même Rome, tout le monde est dépassé. 

Qui sont ces morts qui se ressemblent tous ? D’où viennent-ils ? Que viennent-ils faire ici ? 


Avec un fléau digne des meilleurs passages bibliques, DF doit compiler avec l’urgence de la situation. Seule face à tous ces corps anonymes mais en même temps identiques, il faut trouver une solution. 

Et le moins qu’on puisse dire c’est que les solutions sont vite trouvées. Elles débordent d’ingéniosité. Mais elles sont d’une glaçante barbarie. 


Avec À l’autre bout de la mer Giulio Cavalli s’intéresse à la question des migrants bien sûr, mais aussi à celle de l’économie, parfaitement indissociables. 

Et effectivement l’économie tient une place importante dans la perception que l’on a des migrants, ceux qui « volent notre travail »… 


À l’autre bout de la mer est un roman d’une grande force. En conjuguant différents points de vue, du plus abject au plus acceptable, le lecteur ne peut rester de marbre face aux exactions commises par certains personnages au nom de la préservation de DF ou du bénéfice. 


La lecture se fait de plus en plus difficile à mesure que les solutions inhumaines sont trouvées. Et c’est dans la normalité, la légèreté avec laquelle parlent certains personnages que les scènes sont les plus abominables. 


Quelque chose s’est brisé, a-t-elle sangloté. Oui, tu me les brises, lui ai-je rétorqué. Elle a fait semblant de chercher un objet dans un tiroir vide, pour éviter de me regarder. Je ne veux pas rester ici, vous êtes en train de devenir des bêtes, murmurait-elle le nez dans le tiroir. Tu parles au tiroir ? lui ai-je demandé.


La préservation passe avant tout, avant l’explication, avant l’aide. Il ne s’agit pas de comprendre d’où viennent ces hommes, comment ils ont pu débarquer ici, comment ils sont morts. Il s’agit de se protéger, de protéger DF et ses habitants, d’enterrer les morts le plus rapidement possible et à défaut, de les utiliser pour prospérer. 


Finalement DF devient une ville cauchemar. Une ville où les journalistes sont bannis, une ville, que dis-je un « état indépendant » puisqu’autosuffisant où les étrangers ne sont que du bétail. 

Une ville dystopique. Une dictature. 


De nouveau les éditions de l’Observatoire m’éblouissent avec leur littérature étrangère. 

J’ai adoré ce roman parce que comme toute bonne dystopie, il nous révèle quelque chose de notre monde, il dénonce une réalité connue mais évidemment largement exacerbée. 


Dans une langue simple mais diablement efficace, Giulio Cavalli (et donc aussi sa traductrice Lise Caillat) touche dans le mille, il bouscule, il dérange le lecteur. 

Il dénonce surtout ; l’égoïsme humain et sa cupidité, voilà deux éléments parmi bien d’autres auxquels vous serez confrontés à la lecture de ce roman. 












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