dimanche 28 juin 2020

Le Coin des libraires - Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre

« Même les grandes joies vous laissent un peu de regret, il y a un fond de manque dans tout ce qu’on vit. »


Vous savez, il y a ces livres qu’on vous offre et sans que vous sachiez pourquoi, ils se retrouvent relégués au fond de la bibliothèque, attendant sagement d’être soupesés et feuilletés, abandonnés ou bien dévorés. 


Depuis fin 2015 Au revoir là-haut était de ceux-là. Toujours repoussé, par élimination puis par choix (trop de tapage lors de la sortie du film en 2017…). 

Vient enfin ce sentiment du bon moment, du maintenant ou jamais. 



1918, Albert et Édouard, des soldats français, sont à quelques jours de la fin de la Première Guerre mondiale. Tout est (quasi) terminé, la France a gagné. Oui mais la guerre n’a pas dit son dernier mot… 

Je dis la guerre mais on sait tous très bien que derrière celle-ci se cache toujours (un ou) des hommes, avides de pouvoir et prêts à tout pour monter dans l’échelle sociale, mais passons. 


Au revoir là-haut est un livre pour lequel il ne faut rien savoir, au contraire il faut se laisser bercer, plonger dans l’horreur à la fois avec une excellente plongée au coeur des tranchées et avec cette immédiate après-guerre qui pointent, et avec elle, toutes les difficultés que cela peut poser. 


Beaucoup l’ont désormais lu et d’autres pas, pour cette raison je ne vais pas m’appesantir sur l’histoire ni même sur cette fin ô combien déchirante mais aussi extraordinaire de justesse. 


Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Au revoir là-haut n’a rien de pathétique et c’est pour moi l’aspect le plus intéressant du livre. 

Pierre Lemaitre nous raconte une histoire tragique en soi, mais il y a cette écriture, incisive, particulièrement efficace. 

Écrire sur la guerre, l’immédiate après, c’est souvent l’occasion de donner un ton de déploration, d’insister sur le pathos, bref c’est pas toujours très agréable — en grande partie parce que le ton misérabiliste mêlé à une histoire aussi tragique, bah forcément ça donne pas un très bon état d’esprit…


L’auteur a pris les choses d’une autre manière, il a donné une teinte comique à son histoire, il a, par son style, rendu une histoire en apparence plombante, en quelque chose d’autre, en quelque chose entre la tristesse et le rire. 

Certains passages glacent par leur crudité par exemple et pourtant il suffit d’une phrase, ou d’une tournure pour déclencher un sourire ou un rire. 


C’est ce que j’ai préféré dans ce livre, le jeu sur les différents registres, le style qui oscille entre gravité et légèreté. Parce que, qu’on s’y trompe pas, l’ironie de certaines situations est révélatrice de la cupidité des uns qui, inexorablement, entraînent les autres dans leur chute. 


J’ai adoré Au revoir là-haut parce qu’il n’est pas qu’un énième roman sur la Première Guerre mondiale, parce que Pierre Lemaitre est parvenu à en faire une histoire magnifique et terrible. Une histoire où le besoin de rendre hommage à tous nos disparus est tourné en dérision — se pose donc la question du devoir de mémoire et de comment rendre justice — où les soldats, ces gueules cassées, revenus de l’enfer se trouvent désaxés, inadaptés dans ce monde qui a des traits de l’ancien mais qui ne l’est pas non plus tout à fait. 


Le cynisme est omniprésent et le coup de force, c’est bien de nous donner à voir une histoire fabuleuse et de parvenir à nous faire ressentir une palette d’émotions si diverses, si peu communes dès lors qu’on lit sur la guerre…


« Il y aurait à écrire une histoire des larmes dans la vie d’Albert. Celles-ci, désespérées, naviguaient de la tristesse à la terreur selon qu’il considérait sa vie ou son avenir. » 


À lire à lire à lire !! 

Et ce malgré ses 600 pages parce que franchement, elles sont vite avalées !  





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