mercredi 27 mai 2020

Le Coin des libraires - La Disparition de Joseph Mengele d'Olivier Guez

Couronné par le prix Renaudot en 2017, La disparition de Joseph Mengele est ce que l'on peut appeler une fiction historique. C'est-à-dire que l'auteur, Olivier Guez a fait énormément de recherches historiques concernant son personnage et à côté de cela, il a romancé différents événements, fautes d'informations ou autre. 




Si vous avez lu mon article sur Ces rêves qu'on piétine de Sébastien Spitzer, vous n'êtes pas sans savoir que ce type d'ouvrage disons hybride (puisqu'il mélange fiction et histoire) est ce qui m'intéresse le plus actuellement en littérature. Là aussi, l'auteur a choisi l'époque de la Seconde Guerre mondiale, mais celle-ci est très rapidement abordée au début et on se concentre ensuite sur la fuite de Mengele en Amérique latine. 

Le titre indique ce que l'on va suivre, mais je pensais quand même qu'il allait y avoir plus de références à la Seconde Guerre mondiale qui est le socle de toute l'histoire de Mengele, de 1945 jusqu'à sa mort, en 1979. Si vous souhaitez en apprendre plus sur les atrocités de celui qu'on a nommé "L'ange de la mort", ce n'est pas avec ce livre d'Olivier Guez que vous allez être contenté. 

Non, on suit véritablement et presque exclusivement sa fuite en Amérique. Il est rapidement fait mention de ses expériences lorsqu'il était "médecin" à Auschwitz, mais ce n'est qu'au début et je pense que c'est dans une volonté de remettre en contexte sa disparition
Et jamais, au grand jamais le lecteur aura le sentiment qu'il regrette les horreurs qu'il a commises, pour lui au nom de la science - pour nous au nom de la folie. 

Lors de ma lecture je me demandais comment c'était possible qu'un homme aussi diabolique a pu échapper à la justice, et l'auteur répond à cette question : grâce à des fanatiques du nazisme et autres partisans comme c'était le cas de Juan Perón en Argentine par exemple, et aussi grâce à un manque cruel de remords. Pas un seul instant Mengele semble regretter ses actions. Au contraire, il est carrément déçu de ne pas pouvoir poursuivre ses recherches... On est dans un sacré niveau d'inhumanité là. 


Malheur à celui qui trouble son mode de vie immuable et ordonné, emprunte un stylo, des ciseaux, un livre, déplace une chaise ou un tapis : il entre dans une fureur noire et vocifère et gémit, comme si la disparition d’un objet ébranlait le fragile ordonnancement de son existence et illustrait le néant de son immense solitude. 


Cet exil de 35 ans est l'occasion pour l'auteur de nous montrer que l'Amérique du Sud était la destination de rêve pour les nazis, suprémacistes blanc, etc. Mengele a eu de la chance, sa traque n'a pas été des plus virulentes et il a réussi à se sortir de toutes les situations avec plus ou moins d'avance. Alors oui, cette cavale lui a valu de devenir paranoïaque, de tomber malade, mais ça me paraît être une consolation trop mince comparé au fait qu'il n'a jamais été jugé pour ses actes. 
Il est mort à 67 ans. 35 ans à se cacher, certes, mais ça reste à mon sens c'est un petit prix à payer. Jamais aucun remords ; comment est-ce possible d'être si fondamentalement mauvais ? Comment c'est possible que sa famille ait pu protéger quelqu'un d'aussi abject ?

De Gênes en Argentine, de l'Argentine au Paraguay, des vacances en Uruguay puis un nouveau déménagement au Paraguay après qu'ait été demandé son extradition à l'Argentine, pour finalement terminer au Brésil où il mourra. 
Le pire là-dedans, ce n'est pas tous ces voyages, toutes ces fois où il aurait pu se faire arrêter en passant d'un pays à un autre, non, le pire c'est qu'il a pu utiliser sa véritable identité, il a pu récupérer son certificat de naissance pour avoir des papiers, il a pu vivre sous son propre nom et c'est ça qui semble impossible. 

Une histoire avec des longueurs, beaucoup de références historiques concernant la situation politique des pays dans lesquels il a vécu (principalement en Argentine où il est souvent question du régime péroniste) qui sont lourdes. En tout cas toutes les fois où j'ai décroché, c'est à cause de ces longs développements qui ne concernent qu'indirectement le personnage qui nous intéresse. 
À la fin de ma lecture, l'image que j'ai gardé de l'ange de la mort est pathétique. Cet homme a été pitoyable jusqu'à son dernier souffle, un être fragile et méprisable qui a eu la chance d'être bien entouré, d'avoir une famille qui l'a aidé jusqu'à la fin.
Bref, certains passages sont carrément pitoyables, notamment lorsqu'il se retrouve tout seul, qu'il a peur d'être démasqué, etc. et même si on sait très bien qu'il n'a jamais été attrapé, on se prend à l'espérer très fort, rien que pour se dire qu'il y a une justice, du moins sur le papier. 


Une lecture un tantinet décevante, j'aurais aimé qu'il soit plus souvent fait mention de ces activités en tant que médecin à Auschwitz durant quasiment deux ans, même si le titre indique déjà que ce qui compte, c'est l'après guerre. Un titre d'ailleurs parfaitement choisi puisqu'il n'a pas seulement pris la fuite, il a carrément disparu pour tous ceux qui tentaient de le retrouver. Un roman important qui permet d'en apprendre énormément sur cette cavale qui dura 35 ans et qui me semble être injustement méconnue. 


Puissent-ils rester loin de nous, les songes et les chimères de la nuit. 
Méfiance, l’homme est une créature malléable, il faut se méfier des hommes. 







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