mercredi 12 février 2020

Le Coin des libraires - La Vie silencieuse de la guerre de Denis Drummond

Lors de la rentrée littéraire de septembre 2019 est paru au Cherche midi l’ouvrage La Vie silencieuse de la guerre, signé Denis Drummond. 

J’avais très envie de le lire, et aussi un peu peur. Pas parce qu’il parle de guerre, non ça je commence à avoir l’habitude je crois. Mais parce qu’il s’agit de pays dont je ne sais pas grand chose, hormis le Rwanda. 
C’est ce qui m’a lancé. 


Ce livre met en scène trois protagonistes : Enguerrand, Jeanne et Gilles.

Tout commence avec une lettre du premier. En s’adressant à Jeanne, Enguerrand lui demande de contacter un galeriste et de regarder avec lui des négatifs ainsi que son journal et ses notes. 

Le roman se divise en 5 parties, les quatre premières sont centrés sur un pays différent, un pays dans une situation délicate, un pays à feu et à sang. 

Rwanda, Bosnie-Herzégovine, Afghanistan, Irak

Les voyages s’étendent sur 9 ans, 1994 pour le Rwanda, 2003 pour l’Irak. 
Et à chaque fois, on retrouve un Enguerrand fidèle à lui-même et en même temps toujours plus entamé par les horreurs de la guerre. 

La mise en abîme du titre m’a plu, dans la mesure où ce titre, il est représentatif du travail à la fois de Denis Drummond, et de Enguerrand. 
En voulant représenter la guerre, Enguerrand, en photo-reporter qu’il est, la magnifie. Il la rend somptueuse, fragile et impitoyable.
« Je te serre dans mes bras sans abîmer ton rêve. Tu sentiras chaque jour mon souffle sur ta nuque. Mon souffle et mon odeur refermeront tes poings sur les plis de ton drap. Dors, mon aimée, dors, mon amour, dors en paix, car je retourne à la guerre. Elle est là qui m’attend. »
Je ne sais pas si j’ai préféré suivre les péripéties du photographe par le biais de son journal ou les descriptions de ses photos. Des descriptions si réalistes qu’on a presque l’impression d’avoir devant nous les décors, les êtres qui occupent le cadre. C'était assez étrange comme expérience et en même temps, j'ai trouvé ça dingue, cette capacité de retranscrire une photographie et tout ça uniquement par l'usage de mots. Parce que ces descriptions si minutieuses nous entraînent véritablement au coeur des oeuvres. 

Il y a vraiment un gros plus dans les descriptions, cette importance de rendre presque palpable les détails des photographies pour représenter un sentiment. 
Et puis il y a aussi tout ce parallèle avec la peinture qui est grandiose. Pour ça, le personnage de Gilles est passionnant quand il nous parle de ce que sont les Ex-voto par exemple et les met en lien avec les photographies.  

J’avais peur de ressortir de cette lecture le coeur plombé par les horreurs, dégoûtée de l’humain et incapable de lire autre chose. Mais en réalité Denis Drummond parvient très bien à concilier horreur de la guerre et vie tranquille à Paris. 
Malgré le fait qu’il s’agisse d’un sujet sensible et que le lecteur soit catapulté dans différents pays en guerre, la lecture n’est pas si déprimante que cela. Sans doute parce qu’elle permet de donner un autre regard de la guerre, des massacres. Sans doute parce que le travail d’Enguerrand est accompli et ce travail est nécessaire pour ceux qui n’ont pas connu les affrontements ni les tueries. 
« La guerre a ses mensonges, ses écrans de fumée, elle sait endormir, faire se lever un soleil dans la nuit, attraper la lune du bout des doigts. Elle porte le masque de la vérité. À défaut de savoir, que peut-on croire ? » 
Concernant la fin, je ne sais pas trop sur quel pied danser. Est-ce que c’était la meilleure fin possible ? ou est-ce qu’au contraire on ne termine pas sur une note pessimiste, ce qui ajoute un aspect encore plus déprimant à l’entreprise ? Mais bon, je me dis qu’au moins cette fin, elle a le mérite d’être réaliste…

La Vie silencieuse de la guerre est paru il y a six mois maintenant et pendant ma lecture je ne pouvais m’empêcher de me répéter : pourquoi n’a t-il pas fait plus de bruit ? pourquoi est-ce que je l’ai si peu vu sur les réseaux sociaux ? 

Ce roman aurait dû être plus visible. Il traite d’un sujet de notre temps et sans fioritures, sans chichi, Denis Drummond nous entraîne, avec une grande sensibilité, au coeur de la guerre et de la détresse humaine. 
Pour conclure, je crois que la meilleure phrase pour parler de ce livre, c'est encore la phrase conclusive de sa quatrième de couverture : « Une œuvre hors du commun, à la frontière de l’horreur et de la beauté. »




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