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mercredi 27 février 2019

Le Coin des libraires - #127 Les Dévastés de JJ Amaworo Wilson

Coup de coeur pour cet ouvrage paru aux éditions de l'Observatoire lors de la rentrée d'hiver 2019. Je tiens à remercier la maison d'édition ainsi que Babelio pour l'envoi. Après l'excellente découverte de La Saison des fleurs de flamme d'Abubakar Adam Ibrahim, voilà que les éditeurs frappent encore très fort avec ce roman aux multiples facettes.


Ils sont six cents, sans abri, sans pays et sans destin. Parias magnifiques, ils sont « les dévastés ».
Leur espoir est porté par un homme, Nacho Morales. Polyglotte estropié, prophète athée, ce joueur d’échecs cultivé, qui conte des histoires pour faire comprendre le monde à son peuple, veut les mener jusqu’à la terre promise. Envers et contre tout, il a décidé de les établir dans la célèbre Tour des Torres, un gratte-ciel abandonné de soixante étages dans la mégalopole de Favelada.

Ainsi commence l’aventure épique et spectaculaire des dévastés, qui leur demandera de faire face à un déluge biblique, des policiers corrompus, une armée de libellules ou des gangsters illuminés, dans une lutte toujours héroïque et souvent comique pour la survie et la dignité.



Lors de ma lecture, je ne cessais de m'interroger : à quel genre appartient ce roman ? Anticipation, dystopie, enquête post-apo ? Le moins qu'on puisse dire est que ce roman est pour moi synonyme d'universalité. On suit le personnage de Nacho Morales, c'est vrai, mais comme nous n'avons aucune indication précise de lieu (les lieux fictifs dans le roman tels que la mégalopole de Favelada font penser à divers lieux - ici aux favelas brésiliennes) ni même de langues puisque la Tour Torres où vont se réfugier les dévastés est peuplée d'êtres ne parlant pas la même langue. Cette tour, sans nul doute assimilable à celle de Babel n'est qu'un premier élément de l'inspiration biblique dans laquelle l'auteur a puisé. 


Tout ce que l'on sait sur l'époque, c'est qu'elle est bien craignos, les catastrophes naturelles se sont enchaînées (on a d'ailleurs droit à un déluge dans le roman...) et les conspirations politiques ont mené le pays (ou le monde ?) et ses habitants à la ruine. Du coup, voilà qu'il faut parvenir à caser 600 dévastés quelque part, et quoi de mieux qu'un monolithe pour cela ? 
Le problème du logement est donc vite trouvé, néanmoins le problème n'est pas de l'avoir trouvé,  mais bel et bien de le conserver. Nacho Morales va devoir parvenir à garder la Tour Torres pour les dévastés, tout en repoussant l'ennemi mortel, j'ai nommé la famille Torres. 
Bien évidemment, celle-ci est détestable - sinon, sans méchant à haïr, le lecteur n'aurait que les conditions climatiques à déplorer, ça fait peu quand même. 
Pourtant, l'auteur réussit à doser leurs apparitions, si bien que cette guerre n'est vraiment pas le plus intéressant dans l'ouvrage. 



Pour moi, le plus intéressant c'est véritablement ce que je nomme peut-être à tort l'universalité, la mixité des cultures et donc des langues. Je précise ici que l'auteur a parfois ajouté certaines phrases en Allemand par exemple. Pour moi, ça ajoute une certaine vraisemblance au récit (on croit un peu plus au fait que les personnages en question sont Allemands) et puis faut le dire, c'est quelque chose que je trouve extrêmement enrichissant, d'avoir ici et là des phrases dans une langue étrangère. 

Pour ce qui est de l'histoire en tant que tel, je ne vais rien raconter de plus que ce que j'ai dit là, je préfère vous laisser le maximum de surprise. Sachez simplement que cette histoire pose énormément de questions fondamentales sur la difficulté de vivre en communauté, sur la pauvreté et la place des gens pauvres dans la société, sur la question de l'handicap (Nacho est estropié, c'est d'ailleurs à cause de sa malformation physique s'il a été abandonné...) ou même de la liberté. C'est un roman foisonnant, passionnant sur l'humanité, sur notre histoire passée, et aussi peut-être sur celle à venir. 

Quoi qu'il en soit j'ai adoré le personnage de Nacho (ainsi que celui de son frère, je trouve qu'ils forment un très bon duo tous les deux, même un très bon trio, si on compte Maria avec). Nacho est un personnage complet et c'est quelque chose qui devient bien trop rare maintenant j'ai l'impression. 

Les Dévastés c'est pour moi un roman de l'acceptation, de l'autre autant que de soi. C'est une histoire qui fait réfléchir sur notre époque et sur notre façon de vivre. 
Je recommande à 1000% ce livre parce qu'il est quasiment parfait, parce qu'il nous donne à voir des personnages tout autant attachants que répugnants. J'ai adoré les flashbacks, mais peut-être qu'il aurait été parfois plus clair de signifier qu'il s'agissait d'un flashback ou que l'on va se concentrer sur un personnage secondaire. C'était par moment difficile à saisir.
Non, le seul mini bémol d'après moi, c'est la résolution de certains problèmes. À croire que les dévastés qui logent dans la Tour Torres sont auréolés de chance, puisque dès qu'un ennemi apparaît, bim, il semble que le monde lui-même vient les défendre.


Après quelques recherches, j'ai trouvé un article du Monde expliquant que l'inspiration de JJ Amaworo Wilson viendrait en fait d'un bidonville au Vénézuela, plus exactement, "la légende d'un bidonville aérien" au Vénézuela. Si vous voulez en apprendre plus, voici le lien de l'article.


Sinon, Les Dévastés c'est tout simplement une lecture passionnante et addictive, une lecture atypique aussi, qui donne envie de réunir toutes les nationalités entre elles dans un monolithe où chacun est libre de ses choix. Les Dévastés, c'est une lecture marquante, et sans doute sera-t-elle l'une de mes meilleures de cette année 2019.






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