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Le Coin des libraires - #26 La force de l'âge de Simone de Beauvoir

Comme je l'ai attendu ce livre, comme il me faisait de l'œil depuis des mois. La force de l'âge, paru en 1960 est la suite directe à Mémoires d'une jeune fille rangée (1958). J'ai lu ce dernier en décembre de l'année dernière et j'étais tombée amoureuse de cette auteure, de sa plume, de ses convictions, d'à peu près tout en fait. 


Depuis six mois que j'ai terminé son prédécesseur, je voulais absolument me plonger une nouvelle fois dans la vie de cette femme qu'était Simone de Beauvoir, mais j'ai préféré attendre l'été, d'avoir du temps devant moi pour me plonger dedans et surtout, prendre le temps de le lire. Effectivement, j'ai pris mon temps puisque j'ai mis quasiment deux semaines à lire les presque 700 pages qui le constituent. 

"Le jeu, en déréalisant notre vie, achevait de nous convaincre qu’elle ne nous contenait pas. Nous n’appartenions à aucun lieu, aucun pays, aucune classe, aucune profession, aucune génération. Notre vérité était ailleurs. Elle s’inscrivait dans l’éternité et l’avenir la révélerait : nous étions des écrivains."
Simone de Beauvoir, La force de l'âge (1960).

J'ai rarement de vrais coups de cœur pour un auteur en particulier, c'est plus généralement un livre et même encore, c'est plutôt rare. Bien qu'un de mes livres favoris soit écrit par une femme - Orgueil et préjugés de Jane Austen - j'ai tendance à préférer les auteurs masculins - peut-être parce qu'ils sont bien plus nombreux et tiennent mieux la postérité, mais c'est un autre débat. 

Résumé édition Folio

Vingt et un ans et l'agrégation de philosophie en 1929. La rencontre de Jean-Paul Sartre. Ce sont les années décisives pour Simone de Beauvoir. Celles ou s'accomplit sa vocation d'écrivain, si longtemps rêvée. Dix ans passés à enseigner, à écrire, à voyager sac au dos, à nouer des amitiés, à se passionner pour des idées nouvelles. La force de l'âge est pleinement atteinte quand la guerre éclate, en 1939, mettant fin brutalement à dix années de vie merveilleusement libre.


C'est le deuxième livre de Simone de Beauvoir que je lis, j'aimerais lire l'intégralité de son œuvre et j'ai décidé de commencer par ses autobiographies, soit six livres (sept si l'on compte La force des choses partie I & partie II), autant dire que j'ai encore de la lecture avant de me plonger dans ses romans, essais, pièces.

J'ai particulièrement aimé Mémoires d'une jeune fille rangée, j'ai aimé la façon dont l'auteure donnait son ressenti sur son sur enfance et surtout, il m'a permis de m'interroger sur plein de choses différentes et c'est ce que je recherche dans une œuvre quelle qu'elle soit, je vois l'art comme une chose qui ne laisse jamais indifférent et qui amène toujours une interrogation, du moins une réflexion personnelle par rapport à cette dite œuvre. Également je me suis énormément identifiée à elle ce qui forcément m'a permis d'apprécier cette lecture à sa juste valeur. 

La force de l'âge débute donc en 1929, on suit une Simone de Beauvoir qui débute dans l'enseignement, d'abord à Marseille puis à Rouen. Elle décrit précisément ses sentiments à cette époque, ces habitudes aussi, elle mélange sa vie personnelle aux actualités. Néanmoins même si elle parle énormément de son cercle d'amis, sa "famille" et précisément de Jean-Paul Sartre, on ne peut pas dire qu'elle s'épanche sur ses sentiments pour eux. Ce que je veux dire, c'est que si vous vous attendez à avoir des détails croustillants notamment sur sa vie avec Sartre, et bien, c'est raté - je dis ça parce que j'aurais quand même un peu aimé ! 

Elle parle énormément de l'actualité en général comme par exemple de l'histoire des sœurs Papin, cette affaire qui a inspiré bon nombre d'artistes, je pense en particulier à Genet pour sa pièce absolument génial, Les Bonnes ou encore Chabrol pour La Cérémonie
Aussi des gens de lettres, de théâtre de l'époque comme Jean Cocteau qui rencontre Jean Marais au détour d'une page, un soir de représentation. Elle parle pas mal de cinéma et forcément, bah j'ai trouvé ça trop cool ! Il y a notamment un passage où elle parle d'un film qu'elle venait de voir, Les 39 marches d'Alfred Hitchcock, nom qui lui était alors inconnu et le hasard veut que j'ai vu ce film quelque chose comme deux jours avant de le lire dans son livre ! 

Le livre se découpe en deux parties, la première allant de 1929 à 1939, la deuxième, de 1939 à la libération de Paris en 1945. Le début de la deuxième partie a une forme différente puisque c'est le journal que l'auteure a tenu durant la drôle de guerre. 
J'ai trouvé intéressant d'avoir un récit morcelé pour des évènements aussi importants que le début de l'occupation allemande en France, mais je n'ai pas vraiment compris pourquoi d'un coup le journal de bord se termine et l'on revient alors au récit "mémoire", c'est-à-dire écrit à postériori des évènements. 


La force de l'âge de Simone de Beauvoir, édition Folio.


La Seconde Guerre mondiale est une période de l'histoire que je trouve particulièrement passionnante et j'aime lire des écrits par rapport à celle-ci. C'est la première fois que je me confrontais au témoignage d'une femme française n'ayant jamais vraiment eu rien à craindre durant la guerre et j'ai trouvé ça intéressant. Elle n'est pas réellement en danger, mais elle est tout autant impuissante face à la situation. Elle ne peut que rester et voir certains de ses amis enlevés, déportés, tués. Ces passages sont extrêmement dérangeants, elle nous parle de personnes ayant appartenu à son cercle d'amis qui ne sont plus, elle nous parle de sa peur de perdre Sartre et de ne jamais pouvoir rien faire pour changer le cours de la vie. 

Ce livre est particulièrement captivant parce qu'il est une époque charnière dans la vie de Simone de Beauvoir, on sent bien à quel point sa façon de penser a évolué entre l'avant-guerre et à la fin de celle-ci. Elle reste cette femme qui croit au bonheur dur comme fer, mais elle est aussi une femme qui prendra les armes et décidera de se battre pour ce en quoi elle croit, et je pense sincèrement qu'elle ne serait peut-être pas devenue cette femme si la guerre ne l'avait pas fait réfléchir sur un certain nombre de choses. 
Mine d'informations sur l'époque de l'occupation, sur les rations alimentaires, sur le climat du pays, La force de l'âge permet de saisir les changements de mentalité survenus avec la guerre. 

À côté de son témoignage sur la guerre, j'ai aimé la rétrospection sur ses propres livres, ici sur L'invité, son premier roman publié qu'elle a mis quatre ans à écrire et également sur Tous les hommes sont mortels dont elle parle bien moins que le premier. Alors, c'est vrai que j'aurais aimé avoir lu L'invité, surtout qu'il a l'air vraiment cool, mais bon, ce sera pour une prochaine fois. 

Après lecture de ce roman, on ne peut que se rendre compte de l'importance du cercle artistique vivant à Paris à cette époque, elle nous parle bien évidemment de Sartre, mais aussi de Paul Nizan un de ses amis tués durant la guerre - qui a d'ailleurs gagné le prix Interallié en 1938 pour son livre La conspiration qui a l'air bien - ou encore de Camus, Picasso, Merleau-Ponty, Malraux. 
Entendre parler de ces grandes figures de l'art, surtout d'une façon romancé fait d'eux des personnages à part entière, des êtres que l'on connaît de nom pour leurs œuvres et que l'on découvre un peu plus intimement parfois grâce à Simone de Beauvoir. 

Et puis, il y a ces quelques lignes avant de refermer le bouquin, ce moment où elle parle de la mort, de sa réflexion sur celle-ci qui est tout autant intéressante aussi.  

Vous l'aurez donc compris, j'ai adoré ce livre, du début à la fin j'ai été happé par son histoire, son époque, l'écriture de Simone de Beauvoir, tout en fait. J'ai pris mon temps pour le lire afin de ne pas en perdre une miette et je ne suis pas déçue, je ne suis pas déçue d'avoir autant attendu pour le lire parce que définitivement, il valait le coup. 


"Cette mort qui nous est commune à tous, chacun l’aborde seul. Du côté de la vie, on peut mourir ensemble ; mais mourir, c’est glisser hors du monde, là où le mot « ensemble » n’a plus de sens. Ce que je souhaitais le plus au monde, c’était de mourir avec qui j’aimais ; mais fussions-nous couchés cadavre contre cadavre, ce ne serait qu’un leurre : de rien à rien, il n’existe pas de lien."
Simone de Beauvoir, La force de l'âge.




La suite dans le prochain volet de son autobiographie, La force des choses









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