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Bilan - #1 Juin 2016

Un nouvel article un peu différent de d'habitude - ouais, j'essaie d'innover, faire de nouvelles choses, etc. Le mois dernier, vous avez eu droit à un article "condensé" de mes lectures du mois de mai, ce mois-ci, j'ai décidé de faire un peu la même chose tout en ajoutant les articles que j'ai écrits lors du mois de juin. 

Là, j'ai décidé de parler de deux livres que j'ai lu en juin et dont je n'ai pas encore donné mon avis, il s'agit de Le Chevalier de Maison-Rouge d'Alexandre Dumas & Enfance de Nathalie Sarraute  - d'ailleurs, si vous me suivez sur Instagram vous avez certainement vu ces deux lectures. 

  • Le Chevalier de Maison-Rouge d'Alexandre Dumas (1845) 



Pas de résumé pour celui-ci simplement parce que je n'en ai pas sur mon édition et qu'après de nombreuses recherches, il m'a été impossible de trouver une édition qui se rapproche de la mienne - tout ce que j'ai trouvé a été celle de Folio classique qui fait pas moins de 600 pages, contre un peu moins de 200 pour la mienne donc j'avoue, ça m'étonnerait que ce soit la même histoire, ou alors Gallimard a décidé de mettre d'autres récits dans son édition, mais évidemment, ça n'est pas précisé. 


Pour dire les choses rapidement, c'est l'histoire de Maurice Lindey, en 1793, en France - donc sous la Révolution française - qui va tomber amoureux d'une jeune femme, Geneviève. À côté de ça, c'est aussi et surtout les derniers mois de vie de Marie-Antoinette et les tentatives du fameux Chevalier de Maison-Rouge pour la faire libérer. 
J'appréhendais un peu ma lecture quand je l'ai commencé, tout d'abord parce que j'avais peur que ce soit trop politique pour moi - ouais, la politique fait partie des sujets qui m'ennuie profondément - j'avais également peur que ce soit trop manichéen du genre "tous les royalistes à la guillotine !" et en fait bah pas du tout ! 

J'ai été assez surprise de voir que l'auteur a très bien su doser ses personnages, qu'aucun n'est tout noir ou tout blanc, mais plutôt gris. Même pour Marie-Antoinette, je pensais qu'elle serait vraiment dépeinte comme le pire personnage existant sur terre - ah oui, parce que je ne l'ai pas dit mais lorsque le récit débute, Louis XVI est déjà passé à la guillotine donc on ne parle plus de lui. 
L'intrigue comme les personnages est contrastée ce qui permet un point de vue relativement juste, j'ai trouvé. Pour le personnage de Marie-Antoinette par exemple, certains personnages la haïssent, elle est Madame Véto, celle qui a mené la France à sa perte, mais pour d'autres, elle est aussi cette mère effrayée pour ses enfants, cette femme qui a fait n'importe quoi certes, mais qui ne mérite pas pour autant d'être mal traité. 
Le fait que les points de vue soient vraiment différents permet de voir les choses autrement, clairement ça m'aurait vraiment saoulé si pendant 200 pages j'avais été obligé de lire un manifeste pro Révolution française du genre "ouais vive la guillotine, c'est trop cooooool" ! Le dosage entre l'histoire et la fiction est lui aussi bien réalisé, on en apprend un peu plus sur les rivalités entre révolutionnaires : jacobins/girondins ce qui, là aussi est intéressant parce que Dumas ne s'impose pas en nous disant "ouais alors eux ce sont les gentils et puis euh bah, ce sont les méchants". 
Le fait que le point de vue de l'auteur soit extérieur, qu'il nous présente son histoire dans l'Histoire sans pour autant nous donner son avis ou nous dire quoi croire et tout ce qui fait la force du récit d'après moi. 

Le texte en lui-même est assez léger parce que Dumas s'est surtout concentré sur l'intrigue amoureuse plus que sur l'intrigue historique. Je pensais que nous allions suivre le Chevalier de Maison-Rouge alors que non, Lindey est un révolutionnaire, il n'est pas un royaliste et comme c'est son personnage que l'on suit, ce qui compte surtout, c'est son amour pour Geneviève. D'ailleurs, pour ce qui est de leur histoire d'amour, je n'ai pas grand chose à en dire si ce n'est qu'elle est plutôt basique, bien écrite. Et puis, tout est bien qui finis bien - excepté Marie-Antoinette qui se fait guillotiner mais bon, on ne peut pas non plus demander à changer l'Histoire. 


Je dirais que ma lecture m'a bien plu, que j'ai aimé l'histoire en elle-même et les dessins qui l'accompagnait. C'est seulement le deuxième livre de Dumas père que je lis, après La Reine Margot que j'ai dévorée (et adoré) il y a plusieurs années maintenant et que je ne peux que conseiller. 


"- Moi, j’ai des raisons d’être triste ; je suis malheureux. Ne vous apercevez-vous point que je souffre ? Il m’arrive, quand je cause avec vous, d’être forcé d’aller demander de l’air au ciel, parce qu’il me semble que ma poitrine va se briser.
- À quoi attribuez-vous cette souffrance ?
- À ce que je ne sais point me faire aimer."

Alexandre Dumas, Le Chevalier de Maison-Rouge.

N.B. Mon livre est de l'édition G.P. (collection Souveraine) qui a été racheté en 1961 par le groupe Presses de la cité. Bien évidemment elle a disparu depuis, ce que je trouve dommage parce qu'il n'en existe plus désormais, des éditions comme celle-ci. 



  • Enfance de Nathalie Sarraute (1983) 




Ce livre est écrit sous la forme d'un dialogue entre Nathalie Sarraute et son double qui, par ses mises en garde, ses scrupules, ses interrogations, son insistance, l'aide à faire surgir «quelques moments, quelques mouvements encore intacts, assez forts pour se dégager de cette couche protectrice qui les conserve, de ces épaisseurs [...] ouatées qui se défont et disparaissent avec l'enfance». Enfance passée entre Paris, Ivanovo, en Russie, la Suisse, Saint-Pétersbourg et de nouveau Paris.

Un livre où l'on peut voir se dessiner déjà le futur grand écrivain qui donnera plus tard une œuvre dont la sonorité est unique à notre époque.

J'ai acheté ce livre sur les conseils d'un libraire quand j'étais à la recherche d'œuvre de Simone de Beauvoir. Ayant littéralement adoré Mémoires d'une jeune fille rangée - énorme, énorme coup de cœur même ! - je m'étais dit qu'il n'y avait aucune raison pour que Nathalie Sarraute ne me plaise pas, en particulier son livre autobiographique Enfance.
Ce que j'ai trouvé remarquable, c'est que l'auteur a rédigé ces fragments à l'âge de 83 ans, comme quoi, il n'est jamais trop tard pour se souvenir. C'est justement intéressant d'avoir un texte fragmenté, parce que quand il s'agit de souvenirs, généralement ce n'est jamais linéaire, on se souvient de quelques bribes et détails, mais jamais du souvenir dans son intégralité, encore moins quand on l'écrit 75 ans plus tard, j'imagine et c'est véritablement ce qui donne de la force à ses écrits. On découvre une petite enfant russe qui, balloté entre sa mère et son père se retrouve entre la Russie et la France principalement, mais qui, - j'en ai eu l'impression en tout cas - s'est toujours sentie chez elle à Paris. 

Ce que j'ai aimé, c'est la sincérité dans le récit, l'auteure parle franchement de ses souvenirs dans un dialogue entre deux parties d'elle-même, sa face que j'appellerais "naïve" qui est l'enfant, et l'autre, celle qui a raisonné et grandit. De cette façon l'une des deux voix met toujours l'accent sur une chose en particulier, sur l'interprétation d'une action d'autrui, sur ses sentiments aussi ce qui rend le récit vraiment personnel. Sincère également parce qu'elle ne s'encombre pas, elle n'écrit pas pour combler les blancs, elle se souvient ou elle ne se souvient pas et quand c'est le cas, elle le dit ce qui est agréable, on n'a pas à se poser la question de savoir si on est mené en bateau. La naïveté de l'enfance est elle aussi bel et bien présente avec notamment ce passage où elle demande carrément à sa belle-mère si celle-ci la déteste.

Globalement, ma lecture m'a plu, j'ai pris du plaisir avec ce livre, c'était cool, sans être extraordinaire non plus. Le fait qu'elle ne parle que de ses 10 premières années - la période correspondant à l'enfance comme l'indique le titre - amène certains sujets assez ennuyeux, du moins pour moi - je pense par exemple aux moments où elle parle de l'école, l'importance que l'école française a eue sur elle et à quel point ça a compté dans sa vie. Toute cette partie là m'a un peu ennuyé parce que je n'ai pas du tout le même ressenti qu'elle sur la chose donc je ne me sentais pas très concerné. En revanche, les passages où elle parle de sa famille sont vraiment intéressants parce qu'on peut en apprendre plus sur la mentalité des gens à cette époque, sur son père qui ne supportait pas de parler d'amour ou de toute autre sentiment fort (comme le dégoût) ou encore sa mère qui, va savoir pourquoi décide de laisser sa fille chez son père pendant trois ans, comme ça, genre "tiens, je vais me prendre des vacances pendant trois ans, ma fille ne sera pas dans mes pattes".
Alors je m'attendais à mieux parce que j'ai énormément aimé Simone de Beauvoir comme je l'ai dit plus haut et pour le coup, bah Nathalie Sarraute n'est pas arrivée à la hauteur malgré la sincérité, malgré la forme du récit. J'ai un peu moins accroché parce que je me suis bien moins identifié, tout est question de ressenti.

Mais ce n'est pas pour autant que je ne compte plus rien lire de cette auteure qui m'intrigue, définitivement je vais lire d'autres de ses livres et pourquoi pas du théâtre cette fois, Le Silence ou encore Le Mensonge.


"et à ce moment-là, c’est venu… quelque chose d’unique… qui ne reviendra plus jamais de cette façon, une sensation d’une telle violence qu’encore maintenant, après tant de temps écoulé, quand, amoindrie, en partie effacée elle me revient, j’éprouve… mais quoi ? quel mot peut s’en saisir ? pas le mot à tout dire « bonheur », qui se présente le premier, non, pas lui… « félicité », « exaltation », sont trop laids, qu’ils n’y touchent pas… et « extase »… comme devant ce mot ce qui est là se rétracte… « Joie », oui peut-être… ce petit mot modeste, tout simple, peut effleurer sans grand danger… mais il n’est pas capable de recueillir ce qui m’emplit, me déborde, s’épand, va se perdre, se fondre […]"
Nathalie Sarraute, Enfance. 


Pour l'acheter : Folio site



  • Cinéma/série en juin :

L'Avenue du cinéma - #21 Elle de Paul Verhoeven (+ sur Oh... de Philippe Djian
Série du moment - #8 American Crime Story 


  • Livre : 

Le Coin des libraires - #22 Barcelona de Daniel Sanchez Pardos
Le Coin des libraires - #23 La Princesse des glaces de Camilla Läckberg
Le Coin des libraires - #24 Sa Majesté des mouches de William Golding 



Lectures du mois de juin





Et bientôt un nouvel article sur Sa Majesté des mouches de William Golding (et son adaptation cinématographique) ! 












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