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L'Avenue du Cinéma - #18 Imitation Game de Morten Tyldum

Imitation Game est le premier film de Morten Tyldum qui met en scène un mathématicien/ cryptographe de génie sous la Seconde Guerre mondiale, qui n'est autre qu'Alain Turing (interprété par Benedict Cumberbatch). Ce nom vous dit sans doute quelque chose, puisqu'il est notamment l'auteur d'un article fondateur sur la science informatique, autrement dit, les ordinateurs. 

Déjà jeune, ses professeurs disaient de Turing qu'il était un génie, ce qui lui a valu d'être mal considéré par ses camarades. Alan Turing a permis de grandes avancées dans le monde mathématique, il est d'ailleurs comparé à Einstein et Newton dans le film. 
Cette comparaison à Einstein est justifiée puisqu'à l'âge de 16 ans, Turing étudie la loi du mouvement et de la relativité et les comprend sans l'aide de personne. 

Le film s'ouvre à Manchester en 1951, Alan Turing vient de se faire cambrioler, la police va commencer à enquêter sur l'affaire et surtout sur cet homme qu'ils ne connaissent pas. Directement le commissaire devient suspicieux face à un Turing qui ne se soucie guère d'avoir été cambriolé la nuit dernière.
Et puis, nous sommes propulsé des années auparavant, en 1939 plus précisément, la guerre vient d'éclater, on retrouve un Alan Turing plus jeune, qui souhaite travailler sur l'étape décisive que représente le décryptage de la machine Enigma utilisée par les nazis pour communiquer. On suit alors le jeune Turing travaillant secrètement pour le gouvernement anglais, on en apprend plus sur sa personnalité, sa vie aussi. On voit qu'il aime beaucoup courir, que ça semble lui "remettre les idées en place" tout comme dans la vraie vie.
J'ai vraiment aimé en apprendre un peu plus sur Alan Turing, qui il était, ce qu'il a fait. J'avoue que je ne connaissais même pas le personnage (honte à moi, je le sais bien), du coup ça n'a été que des découvertes sur découvertes bien que j'avais déjà reçu quelques informations de la part de mon meilleur ami au préalable.


L'enquête sur Turing est intéressante, au début, la police va se demander ce qu'il faisait pendant la Seconde Guerre mondiale pour finalement découvrir que le pressentiment du commissaire est totalement injustifié et que la seule "infraction" de Turing est son homosexualité. J'ai particulièrement aimé voir que tout le récit du passé de Turing qui est offert sous nos yeux n'est que la narration d'Alan Turing lui-même ainsi que le policier.
Il fut par la suite accusé d'indécence manifeste et de perversion sexuelle, sa réputation de professeur a été ruinée, à cette époque, on ne se remet pas d'un drame comme celui-là.
Le film est également agrémenté de flash-backs sur l'enfance d'Alan Turing, lors de ses études, on le trouve en compagnie de celui qui fut son seul vrai ami, Christopher. Ces flash-backs ne sont pas sans raisons puisque tout ce que fait Turing est destiné à son ami, malheureusement décédé. D'ailleurs tout commence avec ce dernier car, Christopher lui offre un livre sur la cryptographie.

J'ai trouvé émouvante les scènes où Turing était en compagnie de Joan Clarke ( interprétée par Keira Knightley), l'amitié qu'il lui portait sans jamais aller plus loin. J'ai aimé leurs scènes parce qu'ils sont similaires indirectement. Alan est un homosexuel, crime punie par la loi à cette époque - eh dire que c'était il n'y a pas si longtemps... - et Joan Clarke est simplement une femme, qui, encore à l'époque était très mal considérée comme le film le montre bien au moment où elle entre dans la salle pour passer le test et ainsi faire partie de l'équipe de décryptage. J'ai apprécié le personnage de Joan qui reste le personnage le plus proche d'Alan, elle est prête à se marier avec lui bien qu'elle sache qu'il est homosexuel et même si ça aurait permis à Turing d'éviter les ennuis, je suis heureuse qu'il ne se soit pas marié, que le film ait été fidèle à la réalité - bah sinon, ce n'est pas un biopic non mais oh ! -

La fin du film est déchirante, on y trouve Turing chez lui, Joan vient lui rendre visite. Alan Turing est alors persécuté pour homosexualité, il est forcé d'accepter la castration chimique (c'est-à-dire la prise d'oestrogènes) pour ne pas aller en prison. Seulement, la dépression est là. J'ai vraiment été choquée face à son allure végétatif, à bout de force, mais toujours avec son Christopher qui l'accompagne jusqu'au bout. 
Jusqu'à ce qu'il se suicide en s'empoisonnant avec du cyanure en 1954.



En plus d'avoir été époustouflé par une histoire vraie à couper le souffle, le casting est tout simplement bon. Benedict Cumberbatch (Star Trek Into Darkness, Le Hobbit ou encore la série Sherlock) m'a scotché, je l'ai trouvé épatant dans son rôle à croire qu'il était fait pour lui. Ce qui touche avec ce personnage, c'est indubitablement sa solitude, l'incompréhension autour de lui. On le remarque surtout au début du film, quand il est engagé pour décrypter la machine avec une équipe déjà composée, mais aussi dans les dernières minutes du film, quand Joan vient le voir chez lui, qu'elle le trouve en robe de chambre totalement désillusionné et toujours seul. J'ai adoré être face à un homme considéré comme un des plus intelligents du monde mais qui n'est pourtant pas capable d'avoir une quelconque relation. Turing est totalement désarçonné face aux êtres humains, j'ai même cru à un moment qu'il était atteint de dyslexie.

Bien qu'il dure quasiment deux heures - comme un peu tous les films presque maintenant -, on ne s'ennuie pas une seule seconde face à l'écran, le film est réalisé de telle sorte qu'on imagine avoir face à nous le sort de l'humanité tout entière, tout se joue dans une petite salle rempli d'une énorme machine créée pour contrer Enigma et ainsi remporter la guerre.
Ce film montre divers aspects des années 40-50, comme bien évidemment l'homosexualité qui était interdite par la loi ou encore le côté misogyne des hommes qui encore en 1940 ne pouvait accepter qu'une femme soit autant si ce n'est plus intelligente qu'un homme. Avec ce film nous prenons un vrai cours d'histoire sur la Seconde Guerre mondiale, cette fois-ci du côté des Anglais, de nos amis de l'autre côté de la Manche qui, on peut désormais le dire, ont sauvé la vie de milliers - millions ? - d'êtres humains.

  • Le secret autour du décryptage fut tenu secret jusque dans les années 70, Turing est décédé presque 20 ans auparavant. 
  • Ce n'est qu'en 2012, que la reine Elizabeth II reconnaît l'importance majeure qu'a été Turing d'un peu de vue humain comme informatique. 

Je tiens à préciser que j'ai eu énormément de mal à rédiger cet article, comme quoi, il est toujours dur de s'exprimer même quand il s'agit d'une oeuvre que l'on a aimé. Je dirais même qu'il est plus difficile de parler de quelque chose que l'on a aimé que le contraire. 




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