mercredi 22 juillet 2020

Sur quelques Notabilia...

Il est rare que j’écrive un article pour parler de quatre livres qui n’ont pas le même auteur, ni le même thème. À vrai dire, leur seul point commun est d’être des parutions des éditions Noir sur Blanc, de la collection Notabilia.



  • Place ouverte à Bordeaux de Hanne Ørstavik




Sans doute celui qui m’a le moins plu. À vrai dire j’ai vraiment hésité avant d’écrire quoi que ce soit dessus. Mais je me dis que même même si je n’ai pas grand chose à en dire, c’est important aussi de parler des oeuvres qu’on n'a pas aimé. 


J’adore cette couverture, et puis je trouvais le nom évocateur, surtout la mention de Bordeaux pour un livre écrit par une norvégienne, c’est assez étonnant. 


240 pages. Le roman fait 240 pages et il aurait bien pu en faire moitié moins que mon avis serait toujours le même. 


Je suis complètement passée à côté de cette lecture. Rien ne m’a plu, j’ai trouvé l’héroïne méprisable, son histoire pas franchement intéressante, bref... je n’ai pas accroché du tout. 

Et puis l’auteure m’a perdu avec toutes ses considérations qui, je trouve, arrivaient un peu comme un cheveu sur la soupe. Dans le sens où il y a trop de passages décousus, sans lien les uns des autres. 


Il y a pourtant bon nombre de renvoi à des plasticiens, ce qui aurait pu être intéressant, mais non, là encore ma curiosité n’a pas été piquée. 

Enfin surtout j’ai trouvé que de la première à la dernière page on n’allait nulle part. 


En lisant Place ouverte à Bordeaux j’ai eu le sentiment d’entendre l’héroïne s’entendre parler. Même tout ce qui concerne le sentiment amoureux, l’importance de la féminité, je suis restée de marbre. 


Parmi la trentaine de livres de cette collection que j’ai lus, Place ouverte à Bordeaux est, je crois, celui que j’ai le moins aimé. Avant c’était La mer de la tranquillité de Sylvain Trudel. Et bien il a été détrôné…

L'oeuvre possède des qualités indéniables, disons simplement qu'il est question de sensibilité et que je n'ai pas été particulièrement touchée. 

En d'autres mots, je suis passée à côté. 


Si quelqu’un connait ce livre ou l’auteure, n’hésitait pas à me donner votre avis ! je ne connais encore personne qui ait lu Hanne Ørstavik. 


Lily se dit qu’il faut laisser les rêves faire leur effet, sans être expliqués ou compris. Les images doivent juste pouvoir exister, et être ressenties, et tout doit pouvoir être comme il est, jusqu’à ce que cela se transforme.


Place ouverte à Bordeaux, traduit par Céline Romand-Monnier aux éditions Noir sur Blanc. 



  • Lutte des classes d’Ascanio Celestini 




Mon premier livre de l’italien, premier et sans doute pas dernier. 


Lutte des classes m’a bien plu, je l’ai trouvé amusant et intéressant.

Le roman s’attache à décrire quatre personnes vivant dans un même immeuble. 


Le premier à qui la parole est donnée est Salvatore le petit frère puis vient le tour de Marinella, une des femmes travaillant au centre d’appel. Pourvue d’un bec de lièvre, elle vit de façon solitaire. Et c’est après à Nicola, le grand-frère de Salvatore d’être au centre de l’histoire. Lui aussi travaille au centre d’appel, nuit et jour, pour pouvoir aider sa famille. Et enfin c’est mademoiselle Patrizia qui ne travaille pas là-bas, mais qui a beaucoup de choses à dire. Sur sa solitude notamment. 


Comme je l’ai dit plus haut, ce livre est amusant. Et c’est là pour moi toute sa force car Celestini ne traite que de sujets sérieux dans son ouvrage : rejet des autres pour cause de différence, pauvreté accrue, dérives liés à la mondialisation, considération pour les femmes… 


Avec humour (et surtout ironie), l’auteur dénonce tout un tas d’éléments qui sont aujourd’hui au centre de nos quotidiens. 

Chaque personnage ajoute sa pierre à l’édifice de la loufoquerie. Salvatore tient en haute estime la lingerie de sa voisine du dessus par exemple pendant que Nicola lui raconte des ébats sexuels tout ce qu’il y a de plus extravagant. 


Finalement, une fois la dernière page tournée, on comprend que Patrizia sert de reliant entre les êtres. Cette anti-consumériste est le noyau dur. 

Et malgré la loufoquerie et l’ironie disséminés ici et là, il y a une forme de suspense dans chaque partie, un suspense qui ne prend fin qu’à la lecture des dernières pages de ces dites parties. 


Dit comme ça Lutte des classes ne fait pas fier allure, mais grâce à l’intérêt éprouvé pour ces personnages normaux, laissés de côté, grâce à la plume de Celestini (sans doute très bien … grâce à la traduction de Christophe Mileschi) qui donne véritablement à voir quatre personnages distincts avec des préoccupations et des aspirations différentes. 


Lutte des classes a été une très bonne lecture. Oscillant entre ironie et sérieux, on sort de cette histoire avec une question : est-il nécessaire de rire de la vie de gens désaxés pour ne pas tomber dans le pathos ? 


"Et la fatigue qui m’accablait comme un gros pull et toutes les pensées qui pesaient sur mes épaules, je les aurais démêlées et posées par terre."


Lutte des classes, traduit par Christophe Mileschi aux éditions Noir sur Blanc 


  • Journal d'un psychotronique de Aleksi K. Lepage




Paru en 2017 chez Noir sur Blanc, Journal d’un psychotronique entre dans le panthéon des oeuvres bizarroïdes


Cet avis sera court pour deux raisons : la longueur du roman (environ 80 pages) ne permet pas d’avoir énormément de choses sur lesquels se reposer sans prendre le risque de vous spoiler ; mon manque d’intérêt pour cette oeuvre. 


Depuis sa sortie j’avais envie de le découvrir, ça avait l’air complètement décalé. Et qu’on ne s’y trompe pas, c’est complètement décalé ! 


On suit un personnage qui décide de reprendre son journal, abandonné des années plus tôt. Et pendant toute la longueur de l’oeuvre, on va suivre ses récriminations, ses réflexions. Complètement à côté de la plaque, le narrateur n’a rien, pas d’argent, pas de travail, pas de relations. Seul, enfermé dans son journal, ça part dans tous les sens. Ça part vraiment trop dans tous les sens. Si bien que j’ai lu d’un oeil, prise d’ennui parce que la vie du narrateur est tout sauf palpitante. 


On se dit que ça n’a ni queue ni tête, mais ce n’est rien, le sens viendra plus tard. Et on l’attend, encore et toujours, jusqu’à la dernière page. Et le sens se fait grand absent de l’oeuvre. Ça part dans tous les sens, mais ça ne va nulle part. 

Je crois tout simplement que je suis malheureusement passée à côté... Un peu comme pour Place ouverte à Bordeaux quoi. 


Finalement je ressors de cette lecture avec un sentiment assez mitigé, sans savoir quoi vraiment en penser. Peut-être que c’était le but d’Aleksi K. Lepage. Ou peut-être pas du tout. 


Ma vie, je n’ai pas la fougue ni le talent de la raconter, de l’écrire pour d’autres, pour vous, de la réinventer, de la mettre en scène, enfin de jouer avec ; ma vie, donc, comme à peu près tout le monde je me contente de la vivre à défaut de pouvoir en faire une bonne histoire.




  • Solstice d’hiver de Svetislav Basara





Le roman que j’ai lu le plus récemment. Là encore il s’agit de mon premier roman de l’auteur serbe


Solstice d’hiver était plus que prometteur. À la lecture de la première dizaine de pages (sur 130) je me suis dit « ok c’est hyper bizarre, mais ça a l’air aussi vachement cool ». 


Il y en a eu des livres bizarre publiés chez Notabilia et qui méritait une attention particulière — je pense à Et au pire on se mariera par exemple.


Ce roman met en scène un narrateur dont on ne connait pas le nom. Tout ce qu’il faut savoir, c’est qu’il a connu Nana, que celle-ci est morte d’un cancer de la peau (tout le monde savait qu’elle mourrait comme ça, sauf son mari) et qu’elle a décidé de lui faire parvenir son journal. 


Le roman se concentre sur Nana, sur sa vie avant sa mort, sa rencontre avec le narrateur, leur courte liaison. Nana est la figure de LA femme que tous les hommes désirent, mais une femme qui est apparemment frigide - ce qui explique pourquoi elle s’est mariée avec Lovejoy, ce professeur des universités aussi barbant qu’impuissant. 


Le narrateur nous raconte les choix de celle qui a vécu pendant 33 ans. Comment elle a eu ses premières règles, comment elle a tué son père en l’irradiant un peu plus chaque jour.


Et parallèlement à cela, le narrateur nous raconte comment il a été abandonné par son père, comment ce dit père a décidé, comme Nana, d’envoyer une sorte de journal à son fils. 

La démarche est la même et de manière parallèle le narrateur nous entraine vers une fin inexorable. Une fin horrible.


Horrible, mais plutôt attendue. 


Solstice d’hiver a été une bonne lecture. Moins bonne que Lutte des classes parce que j’ai des petites choses à redire dessus. Principalement concernant la narration que j’ai trouvé franchement lourde, et aussi à cause du fait que c’est parfois trop barré. Enfin c’est surtout que la narrateur fait des digressions qui, pour moi, n’ont pas lieu d’être. Ça n’ajoute rien à le lecture si ce n’est que ça embrouille le lecteur. 


J’aimerais bien lire autre chose de Svetislav Basara histoire de vraiment me faire un avis dessus. Je me souviens avoir lu Le coeur de la terre en 2017, un roman sur Nietzsche et sur son voyage à Chypre. Je me souviens que j’avais trouvé l’écriture vraiment fluide car, moi qui n’y connais rien au philosophe j’avais apprécié ma lecture malgré certaines difficultés. 

Donc je sais que Basara peut être intéressant. Le tout reste de savoir si Noir sur Blanc éditera oui ou non un troisième livre de lui. 


Concernant les cinq dernières pages du livre intitulée Basara n’existe pas et écrit par David Albahari je n’ai pas grand chose à dire simplement parce que je n’ai franchement rien compris. Alors voilà je ne sais pas trop où l’auteur voulait en venir, mais il m’a perdu et ce, dès la première page… 


Quand elle ferme les yeux, dit-elle, c’est comme si elle n’existait pas. Elle a terriblement peur du noir. Elle aimerait que, tant que nous sommes éveillés, il fasse aussi clair en nous qu’en plein jour.


Solstice d'hiver, traduit du serbe par Gojko Lukić aux éditions Noir sur Blanc 






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