samedi 8 février 2020

Le Coin des libraires - Trois cercueils blancs d'Antonio Ungar

Deuxième parution de la collection Notabilia, j'avais très envie de me plonger dans ce roman colombien - mon deuxième roman après Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. 


Au commencement de ma lecture de Trois cercueils blancs je me suis dit que c'était mal parti : un roman où la politique occupe une place centrale, très peu pour moi. 
Oui mais ça c'était avant d'arriver au début, plus précisément au chapitre qui débute après la fin de première la partie. J'avoue que les cinquante premières pages, correspondant au chapitre "Avant de commencer" ne m'ont pas franchement plues. J'ai trouvé ça long et simplement pas à mon goût. 
J'évite ce qui touche de près ou de loin à la politique généralement

Oui mais ça c'était pour les cinquante premières pages. Une fois celles-ci passées, c'était bon, j'étais dans l'histoire. Il fallait que José Cantoná accepte de prendre la place de Pedro Akira, leader de l'opposition au régime pour que je sois pleinement dans l'histoire. 

Avec ce changement d'identité, Cantoná va découvrir un nouveau monde, il va découvrir quelle était la vie d'Akira, cet homme désormais mort qui lui ressemblait et qui en plus était le symbole du futur pour beaucoup d'habitants du Miranda. 

La stratégie est bonne et on suit le protagoniste avec peur et envie. Il passe d'une vie inutile et grise pour une autre, plus palpitante, plus entourée, plus dangereuse aussi. 
Je n'ai pas envie de dévoiler les événements, de gâcher le plaisir de lecture, car ce qui est sûr, c'est que j'ai passé un excellent moment de lecture

Je ne pensais pas accrocher à l'histoire à cause de la forte présence de la politique et au final, on a l'impression qu'elle passe un peu au second plan. Ce qui compte, c'est d'abord la transformation, le fait de faire de Cantoná un Akira plausible, un opposant au régime aussi charismatique qu'intelligent. Un modèle en quelque sorte. 

Devenir Akira apparaît comme la chance de sa vie, la possibilité de faire quelque chose de grand, de reconnu et de trouver l'amour aussi. C'est en la personne d'Ada qu'il va trouver du réconfort, de l'aide et du soutien. C'est grâce à son amour qu'il va aller aussi loin. 

Le gros point fort de ce livre, c'est les différents registres. Le ton est globalement sérieux - il est quand même question de dictature, de meurtres et autres méfaits fomentés par le président et ses amis... - mais on trouve par moment des passages vraiment amusants, où l'on est obligé de rire. C'est plaisant d'avoir un récit aussi sérieux dans ses événements avec un ton ouvertement ironique, si ce n'est cynique. 
C'est une sorte de satire sur les dictatures d'Amérique du Sud. La République de Miranda n'existe pas réellement, elle est une dictature commune à bons nombres de pays. Il ne faut pas prendre le récit tel qu'il est mais plutôt s'en détacher pour comprendre à quel point Antonio Unger parodie les écrits sur les dictatures d'Amérique latine.
Je la vois et je comprends que quelque chose d’anormal est advenu dans les hautes sphères célestes pour que je reçoive un tel cadeau. Je commence à m’apercevoir, dès cette première nuit avec Ada, que je suis un autre. Qu’à l’intérieur de moi-même quelque chose de minuscule s’est brisé pendant que nous faisions l’amour et que cette petite rupture interne a altéré les forces qui me gouvernent et a commencé à me libérer de moi-même. 
Finalement plus qu'un récit sur le besoin de renverser une dictature pour la remplacer par un gouvernement démocratique, du moins, un minimum égalitaire, c'est l'occasion de décrire l'avidité, de montrer combien tout homme est prêt à tout pour obtenir le pouvoir et le conserver, à l'image de Del Pito, président de cette république, responsable de tout un tas de méfaits et évidemment jamais épinglé pour être jugé. 

Rien ne tourne rond dans ce monde, Cantoná ne peut pas se fier à tout le monde, ce qu'il apprendra à ses dépens... 


J'ai été très emballée par cette lecture parce qu'elle m'a happée. C'était une lecture haletante où on a envie d'aller plus loin pour savoir qui est corrompu, qui ne l'est pas, comment ça va se terminer pour José et Ada. Aussi pour savoir si José va parvenir à faire fuiter ses informations, s'il va mourir ou s'il y a un espoir de renverser un régime aussi épouvantable qu'odieux. J'étais embarquée dans cette histoire comme si je lisais un véritable récit d'espionnage où se mêle l'humour à la recherche

La dernière partie correspond à une espèce de suite au récit lui-même, comme si le texte qu'on venait de lire était bel et bien un roman, ou plus exactement un témoignage et que celui-ci avait été modifié à des fins de protection. Par exemple, la République du Miranda est en fait un faux nom pour désigner un lieu bien réel. Décidément, l'ironie ne s'arrête jamais. 


J'ai trouvé cette histoire intéressante et prenante, malgré le fait que je ne suis sans doute pas parvenue à saisir toutes les nuances dans l'histoire, à toujours bien lire entre les lignes ce que l'auteur voulait réellement nous dire. Je pense qu'il me faudrait le relire pour déchiffrer de nouveaux éléments. 
Pour ce qui est du style de l'auteure, je ne connaissais pas Ungar mais j'ai été heureuse de pouvoir le découvrir par le biais de cet ouvrage. Ma bonne appréciation du livre tient autant au fait qu'il m'a entraîné dans son histoire par sa plume que par sa capacité à mettre en scène une histoire tout autant sérieuse et glaçante qu'amusante et entraînante ! 

Le bonheur dure pas longtemps, mais quel bonheur le temps que ça dure !








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