mercredi 3 octobre 2018

Série du moment - #22 Fleabag

Je ne comptais pas écrire sur cette série qu'est Fleabag de Phoebe Waller-Bridge, à vrai dire, je n'en ai jamais entendu parler, j'ai juste vu l'affiche un jour et j'ai essayé, comme souvent. 
D'abord destinée au théâtre, la créatrice et actrice principale Phoebe Waller-Bridge a décidé de l'adapter pour la chaîne en ligne BBC Three. 

Fleabag, c'est ce que j'appellerais une mini-série. Composée de seulement six épisodes variant de 25 à 30 minutes chacun, la saison 1 nous expose la vie du londonienne prénommée Fleabag - dit-on rien qu'une fois son nom dans la série ? 
Ces six épisodes bien trop court à mon goût - il en aurait fallu au moins quatre autres pour aller plus loin et creuser plus encore dans la psychologie des personnages - sont un mélange assez inégal entre le comique et le dramatique. 

Tout commence au lit, Fleabag est une perverse qui aime le sexe, qui adore le sexe à la limite de la nymphomanie peut-être, du moins, le sexe fait partie intégrante de sa vie - comme de celle de sa belle-mère. Dès les premières secondes, on sait à quoi s'en tenir, on va suivre une femme un peu délurée, complètement égocentrique qui va souvent - très souvent - faire tomber le quatrième mur et s'adresser au spectateur. 

Le fait de faire tomber la quatrième mur de manière si fréquente et prononcée permet aux spectateurs de réellement se croire dans la scène, d'être complètement insérés dans l'histoire. Je me suis souvent faite la réflexion que certaines de ses moues parfois dégoûtée ou même choquée devaient être les mêmes que les miennes dans ces moments, ce qui est plaisant puisqu'on se sent complètement acteur de l'histoire et non plus seulement spectateur. Nous sommes cet ami intime qui voit tout, entend tout mais qui ne dit rien, nous sommes un peu comme Hillary, ce petit hamster tout mignon qui a droit à un café à son effigie mais qui reste un personnage silencieux.




Lors de mon visionnage du premier épisode, j'étais un peu perdu, genre "mais wtf ?" parce qu'il faut quand même se dire que c'est un peu barré comme série, surtout que les personnages sont pour le coup loin d'être des stéréotypes et se classent même dans la catégorie de gens que l'on ne pensait jamais rencontrer de sa vie. 
Fleabag est vraiment unique en son genre je trouve, elle est tantôt légère et très amusante dans sa façon de s'adresser à nous avec complicité et tantôt torturée, déprimée par la perte de sa meilleure amie Boo. 

Oui, il faut dire que l'on s'attend à une comédie, à quelque chose de simple avec beaucoup d'éclats de rire. Il y en a c'est vrai, je pense notamment à ce moment où Fleabag se caresse sur un discours d'Obama alors que son copain est dans le lit à côté d'elle ! Mais au fur et à mesure, on se rend compte qu'il y a plus, que l'on ne va pas seulement suivre la vie d'une femme qui possède un café qui manque de déposer le bilan, qui a perdu sa mère après que celle-ci ait subit une double mastectomie, que sa soeur est tout un personnage et que son père s'est mis en couple avec une folle à lier, une artiste siphonnée qui est une véritable conne. Dis comme ça, c'est plutôt amusant, du moins, il n'y a pas de quoi faire pleurer dans les chaumières, mais ça ne s'arrête pas là. 

Les minutes passent, les épisodes également et on saisi toute l'étendue de la tristesse, de la solitude qui habite notre protagoniste qui n'arrive pas à garder une relation sérieuse avec un homme et qui n'a pas d'ami. Finalement, on comprend assez vite que rien ne va dans sa vie et même si au début on en est pas vraiment touché, on finit par l'être. 

Les premiers épisodes sont quelque peu brouillons, on se perd un peu dans les informations, on ne sait pas vraiment de quoi on peut rire et de quoi on ne peut pas. Par exemple, j'ai éclaté de rire quand Fleabag nous apprend que sa meilleure amie Boo s'est suicidée mais "accidentellement", par la suite, je me suis dit que ça n'était pas amusant du tout. 
C'est à partir du milieu, donc de l'épisode 3 que ça devient vraiment intéressant et où on entre pleinement dans l'histoire, tout simplement. 

J'ai beaucoup aimé le personnage de Fleabag pour son côté justement très délurée, paumée dans sa vie active comme dans sa vie sexuelle. Elle a toujours le mot pour rire même dans des situations plutôt délicates ce qui contraste justement avec sa véritable personnalité, je veux dire par là sa douleur qu'elle essaie de cacher aux autres, sa peine qu'elle tente d'enfouir en elle et qui rejaillit malgré elle dans le dernier épisode. J'ai aimé ces flash-backs avec sa meilleure amie, en particulier ce plan qui revient continuellement, celui où Boo est face à la route, où elle se prépare à se faire renverser. 
Notre protagoniste n'arrive pas à accepter le décès de sa meilleure amie, elle n'arrive pas à la laisser partir, comme je pense qu'elle et sa soeur Claire (Sian Clifford) n'arrivent pas à accepter le décès de leur mère et surtout le fait que leur marraine soit devenue la nouvelle compagne de leur père -  j'avoue vu le personnage, je comprends tout à fait ! 

J'ai aussi aimé Claire, son personnage est bien moins présent, mais elle est tout autant intéressante dans le rôle de la femme qui veut être parfaite, qui est mariée à un homme riche, qui possède deux diplômes, qui est active dans son travail au point qu'on lui propose l'occasion en or qui est de partir en Finlande. D'extérieur elle nous apparaît comme la parfaite petite londonienne qui a bien réussi et finalement on comprend que là aussi, ce n'est qu'un leurre. Elle est brisée à l'intérieur aussi, elle ne sait plus à qui faire confiance comme le dernier épisode nous le montre et au final, après avoir gagné la sympathie des spectateurs en particulier grâce aux épisodes 4 & 5 elle jette tout par terre avec cette révélation dans le dernier épisode, quand il s'agit d'homme, on ne peut pas faire confiance à Fleabag, elle l'a confirmée avec Boo... 
Cette révélation est dure, vraiment et on comprend la vérité, ce que l'on a pas voulu peut-être mais qu'on ne peut plus repousser, Fleabag y est pour quelque chose et c'est douloureux, pour elle comme pour nous au final. Sans doute aussi douloureux que de se raccrocher à la voix de Boo sur son répondeur.


Fleabag saison 1.


Pour ce qui est des parents, le père est vraiment spécial dans son genre au point que je ne saurais vraiment dire ce que j'en pense, il est tellement distant et en même temps proche de Fleabag que ç'en est assez étrange. Pour ce qui est de la belle-mère, que dire ? c'est une conne, on l'apprend dès le début mais ça n'empêche que plus les épisodes passent et plus on aimerait que Fleabag lui rende la monnaie de sa pièce (je veux dire par là qu'elle l'a gifle aussi) ! 

Je n'ai pas trouvé la réalisation plus intéressante que ça, elle sert le propos mais l'esthétique n'est pas hyper recherchée. L'aspect comique est présent jusqu'au bout, jusqu'à la dernière scène de la saison où le banquier parle du café pour hamster. Le comique est là dans tous les épisodes, parfois parce que des situations sont complètement loufoques comme celle où les deux soeurs passent un week end dans une maison où le silence est la seule règle et où Claire rit aux éclats et vient briser ce silence tant recherché. Il est aussi présent dans certaines situations qui sont moins drôles, comme ce moment où pour la première fois, Fleabag appelle le numéro de Boo pour tomber sur sa messagerie et dit que quelqu'un devrait penser à couper la ligne. 

La comédie est présente pour faire rire, mais aussi pour mieux cacher le drame, le mal de vivre, pour minimiser ces choses communes à tous : les problèmes d'argent, de famille, les décès ou même la solitude. 
Avec des épisodes aussi courts et aussi peu nombreux, Fleabag se regarde sans que l'on voit la saison passer ce qui est dommage.
Mais pas de panique, la saison 2 débarquera en 2019, c'est confirmé et le tournage a d'ailleurs commencé ! 







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